Bonjour à tous. D'abord, désolée pour le retard. J'ai été occupée par de nombreux autres projets au cours du mois de novembre, y compris me remettre d'une sale bronchite. Mais le nouveau chapitre est là et le suivant est en cours d'écriture. Il devrait paraître avant Noël.

Bonne lecture

Chapitre 11 : La fin des négociations.

Le tatouage de l'araignée.

Les membres de la tristement célèbre brigade fantôme se reconnaissent grâce à un tatouage particulier. Il s'agit d'une araignée de couleur noire à douze pattes, plus le numéro du membre de la brigade sur le corps de celle-ci. De nombreux vampires ont tenté de se l'approprier par le passé dans une pure tentative d'intimidation. J'en ai éliminé cinq ou six du genre. Tous avaient zappé deux ou trois détails à propos de la brigade fantôme, que ce soit le numéro, le nombre de pattes ou simplement le fait qu'ils étaient simplement trop faibles pour être digne d'en faire partie.

Que représente ce tatouage ? Pourquoi une araignée ? Je n'en sais encore rien. Certaines personnes pensent que cela représente le côté obscur de l'âme humaine, cette partie de nous que nous haïssons, les vampires étant des humains corrompus et transformés par le mal. Pour ma part, je ne tire pas encore de conclusions, mais les douze pattes représentent les différents membres de la brigade et la tête, le numéro 0, le chef…

Lorsqu'un vampire hunter aperçoit le vrai tatouage sur la peau de son adversaire, il peut être certain d'être face à une personne privée d'empathie, prête à tuer et qui n'a pas besoin de raison pour le faire. En tant que vampire hunter, se retrouver face à une telle créature ne signifie que deux choses, soit il parvient à tuer la créature, soit c'est la mort assurée. C'est la raison pour laquelle la plupart de mes collègues prient pour ne jamais apercevoir le vrai tatouage et ainsi éviter la brigade. Moi, au contraire, j'en tremble d'impatience. Je me suis entrainé toutes ces années dans le seul et unique but de les affronter et de les détruire.

Journal de K.

Lorsque K se réveilla le lendemain matin, il serrait toujours la feuille de papier que Lucifer lui avait remise. Il l'avait lue plusieurs fois durant la soirée, soucieux de l'analyser sous toutes les coutures. Il était persuadé que Lucifer essayait de le piéger. Il avait même fait une analyse en rapprochant le papier d'une bougie pour s'assurer qu'il n'y avait rien d'écrit à l'encre sympathique et utilisé ses « yeux d'Apophis » pour détecter d'éventuels sortilèges.

Le papier était tout ce qu'il y avait de plus normal. Et l'encre rouge n'était pas du sang. C'était une simple encre à stylo qui se trouve dans le commerce. K était toujours méfiant. Il ne pouvait pas croire que Lucifer n'avait pas d'idée vicieuse derrière la tête.

Le document avait été édité de la façon suivante

1 : Kuroro Lucifer arrêtera de me harceler et il abandonnera l'idée de coucher avec moi (sans mon consentement explicite).

2 : Je ne serai impliqué dans aucune opération consistant à tuer et voler des innocents.

3 : Mon travail consistera à vous apporter des informations sur les autres nids de vampires et les menaces éventuelles dont j'aurais entendus parler. Ma mission prioritaire sera d'identifier les menaces visant la cité de l'étoile filante. Ma deuxième mission la plus importante est de protéger la ville contre lesdites menaces.

4. Si Kuroro essaye d'abuser de moi ou de me mordre, l'accord sera rompu.

5. Je reviendrai faire mon rapport au Ryuseï à chaque pleine lune. Si je me retrouve dans l'impossibilité de faire le trajet, je dois prévenir un membre de la brigade au moins 24 heures précédant la pleine lune. Si je ne respecte pas cette procédure, les autres membres de la brigade seront autorisés à partir à ma recherche.

6. J'accepte de porter le tatouage de l'araignée.»

Le premier point en particulier suscitait la méfiance et l'agacement de K. C'était quoi, cette histoire de consentement explicite ? Lucifer essayait définitivement de jouer sur les mots. Il réalisait que le terme « harceler » était trop vague et celui « d'explicite »… trop réducteur. Le démon pouvait continuer sa drague lourde et K devrait constamment lui dire « NON » !

Sinon, le vampire semblait d'accord sur le fait qu'il refusait de participer à leurs pillages. Mais là encore, K avait la désagréable sensation que le vampire jouait à nouveau sur les mots. La notion « Impliqué » voulait certes dire que le garçon ne participerait pas à ces raids, mais cela ne voulait pas dire que ces massacres n'auraient pas lieu. K avait surtout l'impression qu'il se dérobait à ses responsabilités. Il jouerait à celui qui n'a rien vu, rien entendu et qui ne savait rien. Du coup, s'il y avait moyen d'éviter ces drames et qu'il refusait de s'en mêler, il avait la sensation qu'il péchait par inaction. C'était quasiment de la non-assistance à personne en danger. Il devait retravailler ce point là car sa conscience n'allait pas le laisser tranquille.

Pour le point 3, cela ne lui posait pas de problème. C'était bien la seule chose de la liste qu'il ferait de son plein gré.

Oh, étonnement, Lucifer n'avait rien modifié au point 4. Cela voulait-il dire que le vampire s'engageait solennellement à renoncer à se servir de lui comme d'une cave à vin ? Au moins une maigre consolation.

Le point 5 l'inquiétait. Chaque mois, il devait revenir au Ryuseï et réaffronter ce maudit vampire. S'il ne le faisait pas, Lucifer le ferait venir de force. K ne se faisait pas d'illusion sur la réelle signification de la phrase « les membres seront autorisés à partir à ma recherche ». Le démon devait espérer profiter de ces réunions régulières pour continuer ses lamentables tentatives de séduction. Une fois par mois, il devrait souffrir sa présence, son sourire narquois… Et il ne voyait vraiment pas comment il allait expliquer à son supérieur le cardinal du Bœuf pourquoi il serait injoignable sept jours par mois. Cela allait impliquer une multitude de mensonges et K n'aimait pas ça. Il détestait le mensonge et il savait qu'il risquait sa grâce dans l'histoire.

Et finalement le point 6. C'était certainement ce qui rebutait le plus Kurapika. Porter ce maudit tatouage d'araignée. À ses yeux, c'était une marque d'infamie aussi salissante qu'une morsure de vampire. Elle l'associait à jamais aux monstres qui avaient détruit son village. Les crimes de ces gens seraient imprimés à jamais sur sa peau, comme s'il les avait commis lui-même. Non… il ne pouvait pas faire ça. C'était au-delà de ses capacités, autant accepter les avances perverses de Lucifer.

Il était toujours en train de vociférer lorsque Pakunoda fit son apparition avec son repas du matin. Elle pouvait deviner à la tête du garçon qu'il n'était pas de bonne humeur, mais se risqua tout de même à lui poser des questions.

- « Alors, les propositions te conviennent-elles ? »

- « Un point est particulièrement inacceptable ! »

- « Ah bon ? J'avais pourtant bien discuté avec le boss. Il me semblait que… »

- « Que j'allais accepter « ça » ? Que je n'allais pas protester à l'idée de porter cette répugnante marque d'infamie qu'est le tatouage de l'araignée ? »

Pakunoda fronça les sourcils. Le garçon détestait la brigade comme au premier jour. Rien n'avait changé. C'était toujours beaucoup trop tôt avant de le laisser entrer dans la brigade et il était définitivement impossible de lui faire confiance.

- « Kurapika, de toutes les conditions présentes sur le papier, s'il y en a bien une qui n'est pas négociable, c'est bien celle-là. Le simple fait que tu considères ce tatouage comme la marque du diable et que tu te juges trop « pur » pour lui nous prouve que nous ne pouvons pas te faire confiance. Ce n'est que si et seulement si tu acceptes de le porter sans honte que nous t'accepterons réellement comme l'un des nôtres. »

- « Je ne serai jamais l'un des vôtres dans ce cas. Et qui sait, le prochain dirigeable qui survolera la cité contiendra peut-être des bombes incendiaires. Qui sait, avec tous ces gouvernements qui vivent dans la paranoïa des nids de vampires clandestins ? Vous êtes des meurtriers assoiffés de sang. Vous essayez de vous justifier en prétendant le faire pour subvenir aux besoins de votre cité mais ce n'est pas vrai. Vous tuez et vous volez car vous en avez envie. Je refuse catégoriquement d'être complice de vos crimes.»

Le regard de Pakunoda s'assombrit un bref instant.

- « Très bien. J'entends que tu n'accepteras jamais de te joindre à nous de ton plein gré et en tant qu'humain toujours béni par la grâce. J'en ferai part ce soir au Boss. Quand il saura que cela ne sert à rien d'espérer de toi un changement d'attitude ou de cœur, il reviendra certainement à son idée de départ. Mais c'était ce que tu voulais, n'est-ce pas ? »

K lui lança le meilleur regard écarlate dont il était capable.

- « Je m'en vais. Profite bien de tes dernières heures en tant qu'être humain. »

Une fois seul, le garçon fut tenté de renverser le plateau et de tout détruire dans la chambre. Le désespoir et la colère le submergeaient. Il y était presque. Il avait presque réussi à obtenir le droit de partir. Et sa haine pour la brigade l'avait finalement emporté. Parce qu'il refusait de porter cette répugnante marque d'araignée, il allait être dévoré ce soir. Il s'imaginait déjà le vampire lui arracher ses vêtements et tenter de l'immobiliser sur le sol. Il pouvait parfaitement s'imaginer comment se déroulerait son viol… Non ! Il ne se laisserait pas faire. Il possédait les yeux d'Apophis et tant qu'il aurait sa grâce, il résisterait au démon coûte que coûte.

Il retourna dans la salle de bain et examina sa corde artisanale. Il n'était même pas neuf heures du matin. S'il se faufilait maintenant à l'extérieur, il aurait peut-être le temps d'atteindre le désert avant que la nuit ne tombe. Le souci serait d'arriver à survivre dans le désert. Sans dromadaire, rejoindre la civilisation lui prendrait une bonne semaine de marche et il n'avait ni réserves de nourriture ni gourde pour stocker son eau. Et des goules rôdaient la nuit dans le désert. Sans ses armes, il aurait beaucoup plus de mal à vaincre les créatures. Non, la fuite n'était pas une solution réaliste.

Durant les heures qui suivirent, K ne fit que déprimer davantage. Il pouvait se défendre face à Lucifer, peut-être même le tuer mais ensuite… il y avait d'autres vampires qui, eux, seraient armés avec autre chose que des pieux de bois.

Un peu après midi, quand Phinks passa lui apporter un nouveau plateau-repas, il le retrouva recroquevillé dans un coin sombre de la pièce, entre l'armoire et le mur. L'homme hésita à parler. Il n'avait pas les talents de diplomate de son épouse et même elle avait perdu son sang-froid ce matin. Il ne savait pas quoi dire pour soulager ou convaincre le garçon. Il se contenta de faire l'échange de plateau. Et au moment de sortir, il lâcha un « Il n'est pas trop tard pour changer d'avis. »

Deux heures plus tard, c'était au tour de Shizuku de venir prendre de ses nouvelles. Elle avait apporté un échiquier et fut très étonnée de trouver le hunter dans sa cachette.

- « Qu'est-ce qui s'est passé ? Quelqu'un t'a violenté ? »

« Pas encore », pensa K.

- « Si quelqu'un t'a fait du mal, tu devrais te plaindre au boss. Il punira quiconque s'en prend à toi. »

- « Laisse-moi Shizuku. Lucifer va me tuer ce soir. »

- « Te tuer ? Mais pourquoi ? Il ne te ferait jamais de mal. Il t'aime trop pour ça. »

- « Juste… va-t-en, s'il-te-plait… »

La jeune fille n'insista pas. Elle partit avec son jeu de société.

Les pensées de K retournèrent au vampire qui le séquestrait. « Il m'aime trop pour me faire du mal ? » Balivernes ! Le hunter imagina malgré lui ce à quoi ressemblerait une relation sexuelle consentie avec le vampire. Son corps nu contre celui glacé de Lucifer, la langue de ce dernier descendre sur sa nuque, ses épaules. Les mains froides qui caressaient son ventre, ses tétons, qui descendaient vers ses régions vitales. Il poussa un gémissement et à sa plus grande horreur, il réalisa que son membre était déjà en train de réagir. Il sentit des larmes de honte couler de ses yeux. Son corps lui hurlait qu'il avait refoulé ses pulsions sexuelles trop longtemps. Il était à présent affamé. Lorsque Lucifer tenterait de le posséder ce soir, malgré toute la volonté de K, son corps le trahirait et accueillerait le vampire comme s'il avait attendu ce moment toute sa vie. Le jeune homme pouvait peut-être sauver sa vie ce soir en acceptant de coucher avec lui, mais il allait définitivement perdre sa grâce.

« Si ce n'est que ça… » pensa-t-il. Et tout d'un coup, il se dit que ce n'était pas le pire qui puisse arriver. S'il devenait la chose de Lucifer, au moins, il ne serait pas utilisé pour espionner l'association des hunters. Il ne serait pas forcé de participer à des massacres ou de fermer les yeux quand les araignées sortiraient piller un musée ou un vestige archéologique ou un de leurs « espionnages industriels ». Il ne ferait de mal à personne. Il assumerait seul et en silence son péché de luxure. Personne d'autre ne serait impliqué…

Phinks et S. repassèrent vers 19h30. L'hiver arrivait dans cette région du monde et les vampires se réveillaient de plus en plus tôt. S. en particulier était particulièrement inquiet pour son ancien collègue.

- « Shizuku a dit que tu étais dans un état épouvantable. Qu'est-ce qui s'est passé au juste ? »

Et de presser le garçon de tout lui expliquer. K ne bougeant pas, S se promena dans la pièce jusqu'à trouver le papier sur lequel Lucifer avait exprimé ses conditions. Il l'examina longuement.

- « Tu sais, s'il y a un point qui ne te plait pas, tu peux en parler avec le boss. Il est ouvert aux discussions. »

- « Il parait que ce point n'est pas négociable. »

- « Oh, laisse-moi deviner. Tu as un problème avec le tatouage ? Tu trouves plus répugnant d'avoir cette marque cachée quelque part près de ta cheville que de réchauffer nuit après nuit le lit d'un homme que tu hais ? »

- « Je ferai moins de mal aux gens de cette façon. »

S poussa un soupir. « Je crois que le boss n'appréciera pas forcément que tu te donnes à lui de cette façon. C'est d'un compagnon dont il a envie pour le moment. »

- « Je ne peux pas… je ne l'aimerai jamais… Mais je n'ai pas… »

S soupira à nouveau. Il lui donna une petite tape sur la tête.

- « Tu es vraiment têtu comme une mule. Pas étonnant que Paku ait perdu son calme ce matin. Ecoute, je sais que mon avis n'est pas des plus appropriés vu que j'admire le boss depuis ma naissance et que l'amour m'est venu naturellement, mais… Ne peux-tu pas considérer l'idée que le fait de vous voir une fois par mois dans un contexte tranquille puisse t'aider à changer d'avis sur lui ? Je ne te demande pas de coucher avec lui, juste d'accepter de passer un peu de temps tous les deux comme il semble le demander sur ce papier. Sérieusement, quand je lis ce qu'il a écrit, je trouve qu'il s'est montré particulièrement respectueux de ton intégrité. Tu es vraiment sûr que tu veux refuser des conditions pareilles ? A cause d'une marque fixée à vie sur ta peau ? Je veux dire… Quand j'étais vampire hunter, j'ai bien failli me faire capturer par l'une d'entre-eux.t qui voulait faire de moi sa chose. Je comprends parfaitement que la perspective de devenir un esclave sexuel n'ait rien de réjouissant. Mais j'espère quand même que tu es capable de voir la différence dans la situation présente.»

Le visage de K se referma. « Cette marque est le symbole des crimes que la brigade a commis aux quatre coins du monde, des victimes prises dans votre toile… »

-« Pour toi peut-être. Mais chaque membre l'interprète à sa façon. Pour les membres fondateurs, alias le boss, ainsi que Machi, Franklin et Kurotopi, l'araignée voulait représenter leur complot patiemment mis en place pour se débarrasser du précédent chef des vampires. Machi se bat en utilisant des fils d'acier, c'est la personnification même d'une araignée. Pour moi, elle représente la reconnaissance de mes talents et de ma loyauté. J'étais tellement fier le jour où ils m'ont accepté dans leurs rangs et que j'ai fait ma cérémonie de bizutage. Pour Bonorenof, cela lui évoque sa terre natale, car il parait qu'il y a vraiment des araignées à douze pattes là-bas… »

K resta silencieux. Il essayait de réfléchir. Pouvait-il voir autre chose que l'ombre des assassins de son clan dans ce maudit tatouage, autre chose que le sang, le mal et le péché ?

- « Quoi qu'il en soit, lève-toi et habille toi. Tu ressembles à une épave. Tu feras meilleure impression avec une apparence décente. »

K ne résista pas quand son ancien collègue le poussa dans la salle de bain et lui tendit une pile de vêtements.

- « Et mets ça ! C'est à moi mais nous avons quasiment la même taille. Ne traine pas. Tu ne tiens pas à ce qu'il te voie nu, n'est-ce pas ? »

Là, Sharnalk marquait un point. A peine la porte fermée, K s'empressa de se déshabiller et de faire une toilette rapide. Il oublia une fois de plus le médicament de Bonorenof, se contenant de passer le gant de toilette gorgé de savon sur sa peau. Quand vint le moment de s'habiller, il fut surpris. S lui avait donné un tailleur complet signé d'une maison de haute couture. Chemisier blanc, veste et pantalon gris foncé, cravate d'un ton vert émeraude. Les boutons de manchette étaient en or. K ne s'était jamais sentit aussi élégant et n'avait jamais porté de vêtements aussi chers (à supposer que ce n'était pas de la contrefaçon, mais la tenue était de trop bonne qualité pour que ce soit le cas). Il avait l'impression d'être un riche chef d'Etat sur le point de négocier un traité de paix avec une superpuissance mondiale. Il se sentait déjà mieux et plus en confiance. Il savait qu'il était bon en négociations.

Quand il sortit de la salle de bain, S était déjà parti. K relut la feuille annotée encore une fois. Comment s'y prendre pour négocier ? Il s'assit dans le fauteuil et se mit à réfléchir aux deux points qu'il n'acceptait pas : le 2 et le 6. Le fait de se sentir dans la peau d'un chef d'Etat lui faisait voir les choses différemment. Il avait des responsabilités… A 20h30 (selon l'horloge de sa chambre), Lucifer arriva. Il était vêtu de ses plus beaux atours : sa veste à fourrure et croix renversée, un chemisier noir brodé d'or et un pantalon qui semblait lui aussi sortit tout droit d'un atelier de haute-couture, des boucles d'oreilles qui semblaient faites d'améthystes : un vrai prince des ténèbres. K réalisa qu'il n'avait jamais remarqué à quel point le vampire pouvait être… « Charismatique ».

- « Je ne t'attendais pas avant 9 heures. »

- « Tu me donneras ta réponse à 9 heures. Tu as encore une demi-heure pour apporter toutes les dernières modifications. »

- « Ca va être un peu court. »

- « Raison de plus pour commencer tout de suite. Où as-tu trouvé une telle tenue ?»

- « Prêt de S… Sharnalk. »

Le vampire n'avait pas son sourire triomphant d'assurance habituel. Il avait une mine plutôt sérieuse. Paku ou Sharnalk avaient du lui parler.

- « D'abord, tes modifications au point 2 me donnent la sensation de passer pour un hypocrite. En disant que je ne serai pas impliqué dans tes massacres et pillages habituels, cela veut juste dire qu'ils auront lieu et que je n'en serai juste pas informé, n'est-ce pas ? »

Le regard de Lucifer s'assombrit. Le vampire se contenta de hocher de la tête. K avait donc vu juste.

- « Alors cela me pose un profond problème de conscience. Je ne peux faire semblant que je ne suis pas au courant et ne pas essayer de sauver des vies si c'est en mon pouvoir. Donc, afin de sortir de cette impasse, je propose une autre condition.»

- « Vas-y. »

K prit une grande inspiration. Si Lucifer acceptait sa condition, il allait s'engager sur une voie très dangereuse…

- « Je change d'avis, je serai un membre de la brigade à part entière et je participerai aux opérations. Mais mon rôle sera de limiter les victimes au maximum. Je sélectionnerai le jour et l'heure où le moins de monde possible sera présent, de faire diversion si nécessaire ou de neutraliser les gens sur place. De cette façon, j'aurai vraiment la sensation d'avoir fait mon maximum pour sauver ces gens. »

Lucifer eut un regard surpris.

- « Je ne comprends pas vraiment. Tu peux développer ? »

- « Suppons que vous planifiez d'aller visiter le musée privé du président Erdolan… »

- « Ah oui, bonne idée ça… Pourquoi je n'y ai pas pensé avant ? » lâcha Lucifer d'un air songeur.

K se put s'empêcher de lui lancer un regard noir mais continua : - « Au lieu d'égorger tout le monde sur votre chemin, vous me laissez me charger de tenir un maximum de gardiens, soldats ou autre malheureux membre du personnel ailleurs. Ou alors je parviens à identifier les membres de la milice capables de maîtriser la grâce ou la magie et qu'il faudra éviter… Je trouverai ma méthode. Le jour où il y a le moins de monde, celui ou il est le plus simple de s'infiltrer, arriver à endormir tout le monde grâce à du somnifère, gaz soporifique ou musique hypnotique… »

- « Tu maîtrise l'hypnose par musique ? »

- « Non, mais une de mes connaissances, oui. Et donc, si par malheur une personne arrive encore à vous gêner, libre à vous d'en faire ce que vous voulez. Je le verrai comme un échec personnel, mais j'aurai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour les sauver.»

- « Ce n'est pas une proposition qui va plaire à toutes les araignées. Certains d'entre eux aiment particulièrement l'adrénaline du danger. »

- « Et pour toi, qu'est-ce qui compte le plus, le butin ou que tes hommes se fassent blesser ou tuer car ils ont sous-estimé l'adversaire ? »

- « Bon, d'accord, supposons que tu sois en charge d'éliminer les menaces préventivement, j'imagine que c'est faisable si notre cible est une zone humaine normale. Mais si je veux quelque chose qui se trouve dans un sanctuaire de l'église chrétienne? »

- « Tu voudrais mettre la main sur une relique imbibée de grâce que tu ne pourrais pas tenir dans tes mains ? »

- « Il n'y a pas que des reliques dans les sanctuaires. Il y a des tableaux, des livres… »

- « Genre la bibliothèque secrète des Etats Pontificaux ? »

Le léger sourire et le détournement de regard du seigneur des vampires lui indiquèrent qu'il avait visé droit dans le mille.

K savait qu'il s'engageait sur une voie de non-retour. Il ne se sentait pas chrétien. L'association des Hunters ne se revendiquait pas non-plus d'une religion en particulier, mais là, il avait tout de même la désagréable sensation de trahir son camp. « Je sauve des vies, je sauve des vies », se répétait K. Puis il répondit à son interlocuteur.

- « Tous les hommes de Dieu, même s'ils le revendiquent, ne possèdent pas forcément la grâce ou l'ont perdue sans même s'en rendre compte. La sainte cité n'est pas vraiment digne de son nom. Cela peut me prendre du temps, peut-être plusieurs semaines d'infiltration, mais les barrières de grâce peuvent tomber si trop de personnes « déchues » sont concentrées au même endroit. Si tu m'en laisses le temps, je peux m'arranger pour créer une situation ou le bâtiment abritant la bibliothèque secrète ne soit pas protégé par la grâce pendant quelques heures. Et je peux toujours glisser des somnifères à condition que vous me laissiez le temps de gagner la confiance des gardiens du sanctuaire. Par contre, si tu tiens à ce que cette mission d'infiltration réussisse, je dois garder ma grâce jusqu'au bout. Et s'ils voient un tatouage d'araignée sur mon corps, c'est fini. »

Lucifer fronça les sourcils.

- « Je veux que tu portes ce tatouage. Libre à toi de le mettre ou tu veux, dans ton cou, sous ton bras, ta cuisse ou sur le pied, mais tu dois le porter. C'est la seule preuve dont j'ai besoin pour pouvoir te faire confiance. »

- « Et il signera mon arrêt de mort. »

- « Nous courrons tous ce risque en mission. »

- « Ma mission à moi est de côtoyer la cible sans éveiller les soupçons. S'ils coincent une personne avec le tatouage de l'araignée, c'est comme leur annoncer la visite prochaine de la brigade fantôme. Et sérieusement, tu voudrais vraiment qu'il m'arrive quelque chose ? Je suis fort contre les vampires, certes, mais contre des humains comme les inquisiteurs, c'est une autre histoire. »

- « Dissimule-le comme tu veux, mais tu le portes quand même. » Lucifer avait eu un instant une mine contrariée. K se retint de montrer sa satisfaction. Sharnalk et Shizuku n'avaient pas tort au bout du compte. Le démon s'était attaché à lui et ne voulait pas le perdre. C'était son point faible et la corde sur laquelle le hunter devait jouer. »

- « Et si je le dissimule en l'intégrant dans un tatouage plus complexe ? »

- « Pardon ? »

K sortit un dessin qu'il avait griffonné 5 minutes avant l'arrivée du vampire. Le motif de l'araignée à 12 pattes y était représenté. K y avait ajouté le n°11 car il se doutait que c'était ce chiffre-là qui lui serait attribué. Mais surtout, il avait dessiné au dessus de l'arachnide une chaine qui semblait rayer la bestiole.

- « Présenté comme ça, si des gens m'interrogent, je peux toujours expliquer que j'ai tué le n°11 de la brigade et que je porte cette marque en souvenir de ma victoire. Ce n'est pas un mensonge et l'association comme les hommes d'église devraient accepter cette explication. »

A la surprise du blond, son interlocuteur se mit à rire. Au bout d'un moment, il finit par répondre.

- « C'est d'accord. Rien d'autre ? »

- « Je veux aussi mettre au point la notion de harcèlement… »