Je poste un peu plus tôt aujourd'hui, et ce sera probablement le cas dans les prochaines semaines.
Bonne lecture !
La tension qui régnait dans l'appartement fut soudain rompue lorsque le ventre de Remus émit un gargouillement particulièrement long et bruyant. D'abord amusé, Sirius esquissa un sourire, qui se fana presque aussitôt en réalisant qu'il n'avait peut-être pas mangé depuis plusieurs jours.
Il s'arracha à la contemplation du corps prostré du loup-garou et se dirigea d'un pas vif vers la cuisine pour leur mitonner rapidement quelque chose. En vérité, il était particulièrement mauvais dans l'art de confectionner les plats (c'était principalement Remus qui était aux fourneaux lorsqu'ils étaient ensemble), mais il savait pertinemment que Lupin nierait être affamé. Alors, il ne lui laisserait pas d'autre choix que d'accepter son plat – sans doute infâme, mais préparé avec amour.
— Qu'est-ce que tu fais ? demanda faiblement le lycanthrope en relevant lentement la tête, plus pâle encore qu'auparavant si c'était possible.
— Je nous prépare à manger, j'ai faim, mentit éhontément Sirius.
Remus ne chercha pas à protester, cette fois. Il devait vraiment être affamé.
L'Animagus ne put s'empêcher de lui jeter un regard furtif par-dessus son épaule alors qu'il s'activait avec sa baguette au-dessus du plan de travail. Il finissait son chocolat chaud en silence, le regard toujours voilé, perdu dans ses souvenirs. Black mourait d'envie de lui demander ce qu'il s'était passé, ce qu'il avait fait pendant ces longs mois d'absence, mais il savait qu'il était encore trop tôt pour cela. Il devait d'abord le convaincre de rester, de le laisser prendre soin de lui ; au moins le temps de le remplumer.
De nombreuses questions se bousculaient au bord de ses lèvres (« Tu m'aimes encore ? », « Où étais-tu passé tout ce temps ? », « Est-ce la bague qui t'a fait fuir ? », « Depuis combien de temps vis-tu à la rue ? », « Quelles sont ces meutes de loups-garous que tu as évoquées ? », « Qu'est-ce que tu as à l'épaule ? »), et il était très difficile pour quelqu'un d'aussi franc que lui de les ravaler, mais il était conscient que cela n'aurait qu'une seule conséquence : une nouvelle fuite de son loup. C'était sa grande spécialité, et Sirius en avait conscience depuis longtemps. Il ne se souvenait pas avoir jamais autant peiné à courtiser quelqu'un ! Non pas par manque d'intérêt, mais par peur. Remus était constamment anxieux, terrifié même, à l'idée de le perdre, lui et tous leurs amis. À ses yeux, se risquer dans une histoire d'amour – homosexuelle, qui plus est – était une folie qu'il ne pouvait pas se permettre. Il se considérait déjà béni d'avoir eu un jour leur affection. Sirius trouvait cela ridicule. Il méritait tellement plus !
— Sirius…
— Hm ? fit distraitement l'intéressé, un œil toujours tourné vers lui.
— La fumée noire, c'est normal ?
Black poussa un juron et fit un bond en arrière en abaissant sa baguette magique, observant avec horreur ses œufs au plat noircir et émettre une drôle de fumée brunâtre. Dans un geste paniqué, il tenta de verser de l'eau dans la poêle, mais cela eut pour principal effet de lui brûler le visage en l'éclaboussant.
— Par la barbe de Merlin… !
Il enfouit son visage dans ses mains, les yeux fermés à s'en faire mal alors que ses joues et son front le brûlaient férocement. Il entendit confusément des pas précipités, un « pschitt » étonnant et un bruit de casseroles dans l'évier.
Deux mains fraîches et délicates écartèrent doucement ses doigts pour l'obliger à lever le visage vers la lumière, sous l'examen attentif de Remus.
— Comment diable as-tu fait pour survivre jusqu'ici ? marmonna Lupin dans un grognement mi-agacé, mi-amusé.
— Sans toi, ma fin est proche, affirma Sirius avec un sourire aussi désabusé que séduisant.
Le loup-garou leva les yeux au ciel en réprimant très mal un sourire.
— Tu as toujours ta trousse à pharmacie dans la salle de bains ?
L'Animagus acquiesça, cruellement déçu de sentir ses mains si familières quitter son visage. Cependant, il resta sagement debout dans la cuisine, observant sa poêle parfaitement récurée fumer tranquillement dans l'évier, débarrassée de tout œuf noirci. Remus avait toujours été très doué avec les sortilèges domestiques.
Lorsqu'il revint armé d'onguents et de bandages, il lui fit signe avec une certaine autorité – qui était loin de lui déplaire – de s'asseoir sur le canapé du salon. Sirius s'exécuta docilement, le corps tourné vers le sien alors qu'il s'asseyait à ses côtés pour appliquer une crème dont il avait oublié le nom sur ses brûlures. S'il fut d'abord tenté de réprimer ses grimaces de douleur par fierté, il décida finalement d'en faire des caisses pour s'attirer les petits soins de Remus. Ce crétin adorait prendre soin des autres.
Loin d'être dupe, le lycanthrope ne fit pas de commentaire et s'appliqua à soulager puis panser les quelques zones touchées sur son visage. Sirius regretta amèrement que l'eau bouillante n'ait pas sauté dans son cou et l'échancrure de sa chemise. Il aurait adoré voir ses joues rosir d'embarras en lui demandant de se déshabiller.
Lupin haussa un sourcil, fournissant visiblement un effort surhumain pour réduire son sourire à un simple frémissement de lèvres.
— Tu sais que je pourrais presque entendre les obscénités qui te traversent l'esprit ?
Sirius fit mine d'être outragé en posant une main sur son cœur, l'air offensé.
— Pas du tout ! C'est toi qui as les idées mal placées ! Vraiment, si tu ne peux pas te retenir alors que tu touches simplement mon visage, il va falloir songer à t'enfermer…
Son ami secoua la tête en souriant franchement, cette fois.
— Tu ne sais pas faire autre chose que le pitre, hein ?
— Pas quand c'est le seul moyen d'attirer tes beaux yeux, minauda Sirius avec un haussement de sourcil suggestif.
Comme Lupin secouait toujours la tête avec un sourire, sans renchérir, il n'insista pas. Il aurait bien le temps de le draguer sans vergogne durant les prochains jours. Il finirait par craquer ; après tout, c'est comme ça qu'il l'avait eu la première fois.
Il poussa un soupir à fendre l'âme, avant de demander d'une voix dramatique, posant une main sur son front en rejetant la tête :
— Mais qui donc pourra prendre soin de mes terribles blessures durant les prochaines semaines ? Vais-je donc mourir seul et abandonné ?
Pour toute réponse, Lupin attrapa son menton d'une main sûre pour l'obliger à tourner à nouveau la tête vers lui afin d'achever ses soins.
— Je pense qu'un ou deux jours de soins suffiront amplement, répliqua-t-il avec un amusement de plus en plus difficilement contenu.
— Alors, disons que tu seras mon garde-malade durant ces deux jours, suggéra Sirius en sautant à pieds joints sur l'occasion.
— On avait dit juste une nuit, lui rappela Remus en retrouvant son sérieux.
— Disons juste une nuit… Et on avisera ensuite.
— Tu es infernal, gronda le loup-garou en fronçant les sourcils. Voilà, maintenant, interdiction d'y toucher ! conclut-il en remballant les onguents dans la trousse, faisant jouer son épaule douloureuse avec irritation.
— C'est pour ça que tu m'aimes, se risqua Sirius un peu à retardement, après avoir hésité.
Remus ne répondit rien, les sourcils toujours froncés. Il se leva, disparut brièvement dans la salle de bains, puis s'en alla chercher son énorme sac plein à craquer avant de le poser au pied du canapé. Le cœur de Sirius fit un bond dans sa poitrine, et il se mordit l'intérieur des joues pour ne pas sourire victorieusement.
— En revanche, mon cher Lunard, je ne te laisserai pas dormir sur le canapé, le réprimanda-t-il gentiment. Tu es mon invité. Prends mon lit, je dormirai ici.
— Non… Merci, refusa plus ou moins poliment le Maraudeur en dodelinant de la tête. Je me contenterai du canapé. Je ne veux pas m'imposer.
— Tu as pratiquement vécu ici avec moi, tu es chez toi ! s'insurgea Sirius, mais il sut à l'expression de son compagnon qu'il n'aurait pas dû dire ça.
— Ce n'est plus chez moi depuis des mois, rétorqua-t-il d'une voix blanche.
Patmol enchaîna aussitôt, pour se rattraper :
— Alors, accepte mon hospitalité ! Quel hôte fait dormir ses invités sur son canapé ? Franchement, Remus ! Tu ferais ça, toi ?
Le loup lui lança un regard noir, presque bestial.
— Difficile à dire, sans jamais avoir eu de maison.
Sirius se mordit les lèvres, furieux contre lui-même et contre le manque de coopération de son ami. Il choisit de changer radicalement de ton, et d'opter pour une fausse légèreté, puisque la discussion à cœur ouvert n'avait jusqu'ici que créé des tensions :
— Très bien, je te laisse le choix. Soit tu dors dans mon lit, soit on dort tous les deux dans le canapé. De toi à moi, la deuxième option me…
— C'est bon, j'ai compris, le coupa le lycanthrope en détournant les yeux. Je prends le lit.
Satisfait, l'Animagus afficha un air réjoui et se leva aussitôt pour transporter le bagage de son meilleur ami jusque dans sa chambre.
— Sirius, attends !
Mais il ignora la protestation de Remus et déposa son gros sac sur son vaste lit, sans se laisser démonter par les nombreux souvenirs de rires, de chuchotements et de caresses mutines qui affluaient sitôt le seuil franchi. Derrière lui, Lupin marqua un temps, lui aussi, l'air interloqué.
— Le lit est fait, releva-t-il, non sans stupeur.
Il semblait réfléchir à toute vitesse.
— Tu ne fais jamais ton lit. Et tout est parfaitement rangé, recouvert d'une fine poussière… Depuis quand est-ce que tu ne viens plus ici ?
Sirius s'ébroua, comme pour chasser la mélancolie et les regrets qui menaçaient de le poinçonner.
— Depuis que tu es parti, répondit-il simplement, s'efforçant d'adopter un ton égal tout en scrutant l'expression de son comparse.
Le visage de Lupin exprima alors une irrépressible tristesse, avant de se figer lorsque ses yeux se posèrent sur l'alliance qui trônait sur la table de chevet qui était auparavant la sienne. Sirius s'empressa de la ranger dans le tiroir, l'air de rien.
— Mets-toi à l'aise, dit-il simplement avant de quitter la pièce d'un pas empressé.
Il ne voulait pas que Remus voie les larmes qui menaçaient de déborder.
Le prochain chapitre s'intitulera « La pire nuit de sa vie ».
