Salut à tous. Petit chapitre de début de vacances. J'espère que j'arriverai à écrire beaucoup durant les deux mois qui viennent. (c'est pas gagné avec Dragon Quest Builders 2 qui sort dans 10 jours et le week-end tour de France ces 6 et 7 juillet).

Chapitre 15 : L'abbaye de la paix.

« L'abbaye Sainte Bénédicte de l'Ourdine.

Il y a deux cent ans, bien avant le règne des vampires, une série de miracles se produisit dans une vallée reculée du pays d'Auvergna. Une paysanne avait été témoin d'une apparition de la vierge Marie. Elle avait découvert une source et plusieurs personnes ayant bu de son eau avaient eu des guérisons miraculeuses. En peu de temps, un sanctuaire fut établi, ainsi qu'une abbaye où de nombreux malades venaient se faire soigner. Pendant un bon siècle, l'abbaye et le village de Sainte-Bénédicte de l'Ourdine (l'Ourdine étant le nom de la rivière s'écoulant dans la vallée) prospérèrent grâce aux pèlerins. Puis vint l'avènement des vampires et le lieu devint connu pour autre chose. Dans ce sanctuaire, une autre jeune fille reçu des visions de la vierge et découvrit le pouvoir de la grâce. Le village de l'Ourdine devint alors un des principaux bastions de la résistance contre les vampires. Ce ne fut que plusieurs décennies plus tard, une fois que les humains aient réussi à repousser l'offensive des démons, que le lieu retrouva sa fonction première sous l'influence de la cardinale du chien, Chidoru Yokusha. Cette dernière avait consacré sa vie à la médecine et la recherche, mettant tout ce qui était en son pouvoir pour soigner les victimes des vampires et divers démons. Suite à une action d'éclat il y a quinze ans, en neutralisant un nid de vampire à quelques vallées de là, dans les ruines du château de Mortegard, elle avait réussi à se faire nommer « abbesse » des lieux, avait installé un laboratoire en plus de moderniser l'hôpital et de nos jours, c'est un des lieux de guérison les plus réputés au monde.

Aujourd'hui, s'il y a toujours des moines et que la cardinale du chien a été nommée par le Vatican, l'abbaye est essentiellement sous le contrôle de l'Association des Vampires Hunters. Régulièrement, des tensions entre l'Association et le Saint-Siège éclatent à propos de l'intervention des hunters dans les affaires de l'église et l'abbaye Sainte Bénédicte en fait partie. Actuellement, le Vatican touche un pourcentage des bénéfices de l'hôpital, mais souhaiterai avoir la totalité des revenus. Il suspecte aussi l'association de pervertir l'âme des patients et de les détourner de la vraie foi. L'Association reproche au Vatican sa cupidité et sa soif de pouvoir. L'équilibre actuel y est fragile…

Journal de K. »

A la grande surprise du hunter, le voyage vers Auvergna ne dura que quatre jours. Grâce au pouvoir de Gladys qui avait su créer les bons courants aériens, le dirigeable avait traversé l'océan Thétys a la vitesse de l'éclair. Il se posa à un aéroport dans le Sud-Ouest d'Auvergnia, utilisant des papiers trafiqués. K fut le seul à descendre, montrant sa licence de hunter. A la vue de ses blessures apparentes, un service de secours de l'aéroport le plaça dans une chaise roulante et fut conduit dans une ambulance directement à l'abbaye Sainte-Bénédicte. Ce ne fut qu'à la vue des moines guérisseurs et se sachant désormais en sécurité que le hunter finit enfin par se relâcher et sombrer dans l'inconscience.

Quand il se réveilla, il se retrouva dans une salle blanche, allongé sur un lit d'hôpital avec une perfusion dans le bras. Il y avait au moins trois crucifix au mur, un bénitier, un des murs était fait de barreaux.

Il examina ensuite son corps. Il avait visiblement été soigné. Il avait de beaux bandages neufs et pouvait sentir une bande de compression sur sa poitrine. Il sentait la pommade et surtout, ses blessures lui faisaient beaucoup moins mal. Pas de doutes, il se trouvait là où il voulait se trouver. Mais cette pièce… c'était comme s'il était mis en quarantaine.

Il essaya de se relever. Ouch, ses côtes lui faisaient toujours mal. Cela allait mettre beaucoup de temps à guérir. Il décida de voir si quelqu'un se trouva à proximité et appela. Il y eu un bruit de chaise qui tombait de l'autre côté de la porte. Un jeune homme de grande taille aux cheveux noirs habillé de la bure bleue marine des moines entra en trombe en essayant d'ajuster ses lunettes.

- « Léorio ! » s'exclama Kurapika, débordant de joie. Qu'est-ce que son meilleur ami lui avait manqué.

- « Kurapika ! Je… »

L'apprenti prêtre guérisseur avait les larmes aux yeux.

- « Je n'arrive pas à y croire. C'est un miracle. Tu n'imagines pas comme j'ai eu peur pour toi. »

- « J'avoue, tu as du te demander où j'ai du recevoir ces blessures. »

- « Dans la décharge du Ryuseï qui s'est révélé être un nid de vampires de rang S, c'est ça ? »

Kurapika ouvrit de grands yeux. Comment était-il au courant ?

- « Je veux dire… nous avons reçu un message de la part du cardinal du rat qui s'est fait un plaisir de nous dire que tu avais envoyé un rapport depuis la décharge, qu'il y avait des dhampires, des vampires, que le peuple leur était soumis, que la communication avait été brusquement coupée et rien depuis. Nous envisagions le pire. J'ai cru qu'ils t'avaient attrapé. C'était il y a quatorze jours… »

- « Quatorze ? J'ai dormi trois… »

- « Tu as avais une fièvre carabinée. Tu t'es réveillé plusieurs fois en délire et incapable de répondre à nos questions. C'est ton premier moment de lucidité depuis ton arrivée. »

- « Désolé. »

- « Comment as-tu réussi à arriver ici dans cet état ? Le Ryuseï est de l'autre côté de l'océan. »

- « C'est une longue histoire… »

- « Je suis toute ouïe. »

- « Je vais commencer par le début. »

K s'assit, rapprochant la perfusion. Puis il commença. Léorio était la personne en qui il avait le plus confiance en ce monde. Il pouvait lui dire la vérité. Il expliqua les raisons de sa mission : Shizuku et le vampire qu'il avait tué. Ensuite son arrivée à la cité et la découverte que le peuple soutenait les vampires, les dhampires, puis la tour de contrôle, son message, ses retrouvailles avec Pokuru. Ensuite le combat contre les fourmis chimères, la course poursuite avec Lucifer, sa capture…

- « Je me disais bien que ces blessures étaient les plus anciennes. C'était aussi les plus inquiétantes. Elles sont infectées. Tu as des staphylocoques d'argent. Cela pourrait te tuer de façon particulièrement horrible. Heureusement que tu as choisi de te faire soigner ici. La cardinale a mis au point un traitement très efficace. Mais tu vas devoir te faire des injections tous les jours pendant plusieurs semaines pour te débarrasser de la moindre bactérie. »

Kurapika blémit un peu. Ni Machi ni Bonorenof n'étaient capables de traiter une infection si rare et dangereuse. Si Lucifer ne l'avait pas laissé partir, c'était la mort assurée.

L'aspirant médecin le pressa de continuer. Le blond d'attaquer la partie la plus gênante de l'histoire : Lucifer et ses intentions envers lui. Léorio rougit et détourna le regard. Kurapika passa très vite le passage dans le donjon bdsm et parla de la chambre de sa tante, qu'il avait été bien traité, mis à part les avances du vampire. Ensuite vint sa rencontre avec Shizuku et S, la découverte de la cité de l'étoile filante et enfin, l'accord qu'il avait passé avec la brigade fantôme.

- « Ah, c'était donc ça, ce nouveau tatouage dans ton dos. Nous ne savions pas quoi en penser…. »

Ce fut à ce moment qu'une voix résonna dans un haut-parleur.

- « Je vais arrêter cette conversation ici. Léorio, tu peux retourner à tes tâches. »

Les deux jeunes gens se figèrent. Ils avaient été écoutés.

- « Je ne savais pas, Kurapika. » s'affola le brun. « Je suis désolé, je ne savais pas. »

Le cœur de K commençait à s'emballer. Cette voix, c'était celle de la cardinale du chien. Il comprenait à présent pourquoi il était dans une chambre à barreaux. Il était désormais suspecté de trahison.

La-dite cardinale ne tarda pas à faire son entrée. Elle avait une apparence singulière. Autant elle portait une ravissante toilette qui sied aux plus hauts rangs de l'église, autant son visage avait une apparence « canine ». K n'avait jamais osé lui demandé si elle était une hybride. Elle semblait douce et réfléchie, mais elle avait gagné son rang de cardinale en détruisant des nids de vampires à elle seule. Tout allait dépendre de si elle le considérait comme une menace ou non.

- « Leorio, laisse-nous, » commanda-t-elle.

- « Madame Yorkshire, si vous l'avez entendu comme moi, vous savez qu'il ne l'a pas fait dans un but malfaisant. Il est toujours des nôtres.»

- « Ce sera à nous d'en juger. N'interviens pas. Tu as toujours un rapport à remettre dans une semaine et tu n'y as pas touché ces trois derniers jours. Dois-je te mettre un zéro pointé ? »

- « Kurapika n'est pas notre ennemi. J'espère juste que vous vous en rappelez. »

- « Dehors ! »

Leorio jeta un dernier regard inquiet à son ami avant de sortir.

Chidoru et le blessé restèrent silencieux quelques secondes.

- « Avant toute chose, je voudrais faire une vérification, » déclara la Cardinale. « Touche un des crucifix. »

K comprit ce qu'elle voulait dire. Une personne mordue par les vampires ne supportait plus la grâce. Les crucifix, l'eau et l'argent (le métal) bénits étaient les meilleurs catalyseurs de ce pouvoir. Ils permettaient de démasquer les créatures des ténèbres et les hommes maudits. Ainsi la plupart des édifices religieux ou appartenant à l'association étaient équipés d'un de ces éléments, parfois les trois à la fois. De grands bénitiers ou crucifix en argents accueillaient les visiteurs à l'entrée de chaque bâtiment et pour faire patte blanche, les gens devaient plonger leur main dans l'eau ou toucher les pieds du christ. S'ils pouvaient le faire naturellement, alors ils étaient « purs » et pouvaient entrer. Mais s'ils se blessaient, alors ils étaient grillés (littéralement, vu que le principal effet de la grâce est de brûler la peau des impies). Chidoru voulait s'assurer qu'il était toujours pur. Et K lui-même voulait savoir s'il était toujours digne de la grâce avec tout ce qu'il avait vécu. Il se leva donc péniblement. Il avait des crampes épouvantables en plus de ses os cassés. Il se dirigea vers le crucifix le plus proche et tendit la main. Le métal était froid, désagréable au toucher (et il ne pu s'empêcher de penser aux doigts de Lucifer dont le contact ne lui semblait plus si désagréable que ça tout d'un coup), mais il pu prendre la croix dans les mains. Il se retourna vers l'abbesse et lui montra qu'il pouvait tenir un objet bénit sans difficulté.

Elle hocha la tête mais maintenait son regard méfiant.

- « Tu vas récupérer de tes blessures dans cette pièce. J'ai déjà contacté ton supérieur, le cardinal du bœuf. Il sera là après-demain. Mais à ce que j'ai entendu, c'est du ressort du président à présent. Tu auras droit à un interrogatoire en règle à son arrivée. Merci d'attendre calmement ici. »

K ne put retenir un rire sarcastique. « Vous croyez vraiment que je suis en état de tenter une évasion ? Et pourquoi je le ferais ? »

- « Peut-être parce que tu as d'abord affirmé avoir découvert un nid de vampires de rang S, en revient dans un sale état et affirme à présent avoir rejoint une des pires bandes de criminels au monde. De mon point de vue, il est normal de se méfier. Je ne veux pas être celle qui fera entrer le loup dans la bergerie.».

- « Et qu'est-ce qu'il risque de m'arriver ? Devenir un de vos sujets d'expérience ?»

- « Le président décidera. Profite de ces quelques jours pour récupérer et préparer ta défense. »

Son ton était beaucoup plus froid et distant que d'habitude. K savait qu'elle était du genre pragmatique. Sa longue expérience de médecin chercheur et de chasseuse de vampires lui avait appris à ne pas s'attacher à ses patients, surtout ceux contaminés par les vampires et qui avaient peu de chance d'être sauvés. En bref, cela ne s'annonçait pas bien pour lui.

L'abbesse continua.

- « Mais maintenant, j'ai des questions concernant tes blessures. Comment ont-elles été traitées ? »

K de décrire comment Machi et Bonorenof s'y étaient pris, et avait insisté sur le fait que le sorcier avait remarqué des taches blanches sur ses blessures. Il ne connaissait pas le contenu des pommades. Il avait aussi insisté sur le fait que la cité subissait un manque criant d'hygiène et de dispensaires.

- « Tu dois savoir qu'une telle quantité de staphylocoques n'aurait pas pu se développer juste au moment des blessures. Les bactéries ont été déposées plusieurs fois sur plusieurs jours. Bref, elles étaient dans la pommade que l'on t'a appliquée. »

Cela eu l'effet d'une douche froide. K savait qu'ils n'étaient pas très avancés au niveau médecine mais au point d'avoir des médicaments infectés ? Il se rappela les taches blanches constatées par le sorcier et l'hostilité constante de Machi. Avait-elle essayé de le tuer en faisant passer cela pour une maladie ? Était-il vraiment considéré comme un membre de la brigade ? Dans ce cas, il retournerait au Ryuseï à ses risques et périls.

Il pensa à Sharnalk et à Shizuku. Il était certain que ces deux-la le voyaient comme un ami, quasiment comme leur témoin de mariage. Gladys aussi semblait vraiment sincère. Et puis, il y avait Lucifer. Après tout le numéro de charme qu'il avait déployé, avait-il vraiment envie de le voir mourir recouvert de pustules remplies de pus ? Non. K était persuadé que Machi avait agit seule, juste pour que le cœur de son « boss » soit à nouveau libre.

Chidoru reprit son interrogatoire.

- « Je n'arrive toujours pas à croire que l'un de nos plus brillants hunters se compromette en se joignant aux criminels qui ont massacré sa famille. Qu'avais-tu en tête en décidant de participer à leurs raids sanglants. »

- « Vous ne connaissez rien de la vérité, alors épargnez moi votre jugement ! », grommela K que cette conversation commençait à fatiguer. « Quand il m'a proposé de me joindre à eux, j'ai commencé par le maudire. Et puis j'ai appris la vérité sur les circonstances du massacre, et j'ai découvert la cité de l'étoile filante où vivent un bon million d'êtres humains que la terre entière a abandonnés. Des personnes qui doivent se nourrir de déchets avariés et cultiver le sol le plus pollué de la planète. C'est un endroit infesté par les bactéries où il n'y a aucun dispensaire, aucun approvisionnement en médicaments. La brigade fantôme est la seule chance de salut de ces gens. Ils pillent à travers le monde de la nourriture, médicaments et technologie pour subvenir à leur besoins. J'ai accepté de les rejoindre pour venir en aide à ces hommes. Et vous, que comptez-vous faire pour eux, à part prétendre qu'ils n'existent pas ? »

Chidoru le fixa en silence un moment, puis elle soupira et annonça que le sort de K serait décidé à l'arrivée du président Nétéro. Enfin elle sortit. K resta un moment assis et immobile. Il était trop épuisé et était trop étourdit par les médicaments que pour réfléchir à un plan pour se tirer de cette impasse. Avec peine, il se recoucha sur son lit.

Deux jours s'écoulèrent sans événements notables. Un moine vint plusieurs fois inspecter ses blessures et lui faire des injections. Un autre vint pour le confesser et lui donner le sacrement des malades, ce qui ne rassurait pas K. Léorio revint également plusieurs fois car il estimait que le sort de son ami était autrement plus important qu'une note pour un travail de fin de trimestre. Il avait trouvé dans la bibliothèque de l'Abbaye une thèse d'un étudiant parlant du lien ambigu entre l'amour et la grâce.

- « Pourquoi tu me sorts un document pareil ? » lui demanda K en rougissant et détournant le regard.

- « Tu avais l'air très inquiet de savoir si commencer une relation risquait d'affecter ta grâce. »

- « Laisse tomber ! Le problème est évident. La créature qui me fait des avances est non-seulement masculin mais aussi un vampire et le démon qui a tué ma famille. »

Léorio jeta un coup d'œil à ses signets dans le livre.

- « Ton histoire est très compliquée, mais je tiens quand même à te préciser deux ou trois choses. D'abord, être marié et se reproduire ne prive en rien de la grâce. La reproduction est une nécessité pour l'espèce humaine. Contrairement à ce que tu crois, beaucoup d'hunters sont mariés et ont des enfants. Ensuite, l'auteur a relevé des cas de hunters qui étaient en couple avec une personne du même sexe… et ils avaient toujours la grâce. »

K fit de grands yeux. Des relations homosexuelles… et toujours la grâce ? »

- « Bref, lis sa thèse. Tu arriveras peut-être à une autre conclusion que moi. En ce qui me concerne, il me semble que du moment que la relation est saine et que les partenaires s'aiment et se respectent, ils sont toujours dignes de la bénédiction divine. »

K n'était pas disposé à partager le point de vue de Léorio.

- « Des hunters mariés ? En couple ? Qui ça ? »

- « Le cardinal du dragon, par exemple. Il est père et grand-père. »

- « QUOIIII ? »

Pas possible. K avait toujours vu le vieil homme comme un célibataire endurci. Il n'avait jamais fait allusion à sa famille.

- « Les hunters n'étalent juste pas leur vie privée sur la place publique par mesure de sécurité. Nous faisons un métier dangereux ou nous nous faisons beaucoup d'ennemis maléfiques. Si un vampire rescapé apprend que les hunters qui ont décimé son nid ont des familles, il y a de très fortes chances qu'il s'en prenne à elles. »

Là-dessus, l'étudiant en médecine laissa son ami se reposer et retourna à ses corvées. K s'allongea sur son lit et ouvrit le livre. Ce n'était pas comme s'il avait autre chose à faire. Il apprendrait peut-être quelque chose d'intéressant.

Par contre, il y avait quelque chose de certain. Il n'aimait pas Lucifer.