Salut tout le monde.

Quand la nouvelle du confinement est tombée en Belgique, je me suis d'abord dit "youpie, je vais avoir plein de temps pour écrire la suite de VHK"... J'étais vraiment naïve sur la quantité d'activités qu'une femme seule peut faire dans son appart: entre le nettoyage de printemps, le ménage journalier, la bouffe, les activités liées au régime, le chien, les jeux vidéos, la confection de masque et le bénévolat... Bref, ce chapitre que j'ai commencé à écrire pendant les vacances de noël n'est terminé que maintenant.

J'espère que les chapitres suivants iront plus vite. Je vous souhaite à tous une bonne santé et l'espoir que vous ou vos propres n'attraperont pas cette petite saleté. Chez moi, personne de proche ne l'a eu, mais bien des amis des amis, ou des amis des parents. Je stresse un peu pour ma famille car il y a beaucoup de monde dans la tranche d'âge et les professions à risque.

Bonne lecture à tous et j'espère pouvoir vous faire un peu oublier le confinement.

Chapitre 19 : les gens bizarres des services secrets

« Le quartier général de l'association des hunters »

Rijsel, une grande ville commerçante connue pour son industrie du textile et sa grande et ancienne citadelle. C'est cette dernière qui sert de quartier général à l'association des Vampires Hunters. Des bâtiments anciens vieux de trois siècles et d'autres modernes les composent. Il y a d'abord un haut bâtiment principal : le château qui a été agrandit de deux ailes modernes de 8 étages où se trouvent les bureaux, services secrets et laboratoires. Il y a aussi de grands entrepôts qui incluent une section spéciale consacrée aux objets maudits collectés par les hunters. Les anciens baraquements accueillent des dortoirs et restaurants. Un gymnase a également été construit pour l'entrainement des hunters et est géré par le cardinal du singe. Dans le bâtiment principal, il y a une gigantesque bibliothèque ainsi que les archives. Les cardinaux du lapin et du cheval s'en partagent la gestion.

Le laboratoire est géré par la cardinale du serpent. Elle y étudie la faune et la flore et l'influence que les vampires et autre démons ont sur l'environnement. La section des services secrets est le seul endroit que je n'ai pas encore visité et je n'ai aucune idée de ce qui s'y passe et du genre de personne qui y travaille.

Journal de K.»

Kurapika était conscient que tous les regards étaient concentrés sur lui. Après plus de 20 jours d'absence et les rumeurs de sa mort, tout le monde était curieux de savoir comment réagirait sa peau au contact du Christ en croix situé à la porte d'entrée du quartier général.

La sculpture faisait trois mètres de haut. Le corps du fils de Dieu était en ivoire, la croix et les vêtements dans l'argent le plus pur. K pouvait sentir une force sacrée en émaner et se dit qu'il ne devait pas y avoir un vampire ou dhampire qui ne devait pas frémir à l'idée d'entrer en contact avec ce métal bénit.

Il se rendit compte que tous les regards étaient tournés vers lui. Cela devait être normal si la rumeur de sa mort avait fait le tour de l'association, mais à la façon dont certains alternaient entre lui et la croix, ils devaient surtout se demander s'il n'avait pas été changé durant son absence. K avait hâte de leur montrer qu'il était toujours aussi digne d'être un vampire hunter en réussissant le test dit de l'ordalie. Les crucifix de l'abbaye n'avaient eu aucun effet sur lui. Pourquoi serait-ce différent maintenant ? Il tendit la main et entendit plusieurs personnes retenir leur respiration. C'en était presque exaspérant. Il toucha la croix en étalant bien sa main. Le métal était tiède, ce qui n'était pas étonnant vu la température du hall. Mais pas la moindre brûlure ou décharge.

« - Il n'a rien. Il a vraiment réussi à s'enfuir d'un nid de rang S ? »

« - Attends, ce n'était peut-être pas un nid de rang S. »

« - Je parie qu'il a été aidé. Les pauvres malheureux qui vivent là-bas doivent être désespérés d'être débarrassés des vampires et qu'ils attendent une intervention de notre part. »

« - Je suis sûr que toute cette histoire de nid dans la pire décharge du monde est fausse. »

« - Tu as vu ses blessures ? Il y a quelque chose là-bas. »

« - Personne ne s'est jamais aventuré dans ce tas de débris avant. »

Les voix autour de K ne s'arrêtaient pas. Les rumeurs avaient clairement eu le temps de se répandre. Et K se rendait bien compte que la plupart des vampires hunters étaient encore dans un état de déni. Personne n'avait envie d'avoir une nouvelle menace à surveiller. Et personne ne voulait reconnaître que ce n'était pas normal de ne jamais avoir enquêté sur cette zone de non-droit avant aujourd'hui.

Et alors qu'il signait le registre des entrées à l'accueil, une grosse voix raisonna dans le hall.

- « Yo ! K ! Ca fait rudement plaisir de te voir en un seul morceau. »

Le blond se crispa légèrement et se retourna. Celui qui l'avait interpellé était KB, un vampire hunter spécialisé dans les démons « bestiaux ». Il portait une longue veste blanche et une coiffure pompadour qui rappelait son passé de délinquant dans son pays d'origine. Il était plutôt compétent et n'était plus très loin du grade à une lettre. C'était une question d'une ou deux missions réussies à présent. Mais K n'était jamais très à l'aise avec lui, notamment à cause de son caractère bouillonnant encore plus marqué que celui de Léorio. Il était bruyant. Il parlait fort et tout le temps, et K préférait de loin le silence. Mais il y avait aussi, K devait l'admettre, une petite pointe de jalousie. KB était un monstre des mathématiques. Son cerveau était un véritable ordinateur. Il avait repris plusieurs fois K quand il s'agissait de gérer le budget, le matériel et les statistiques lors des rapports de missions et le jeune homme en gardait une certaine vexation. Bref, ce n'était pas le genre de personne avec qui il aimait passer son temps libre.

- « Oui, toujours en un seul morceau », répondit-il d'une voix qu'il espérait neutre.

- « Tu nous as bien foutu la trouille, tu sais. Lors d'un meeting, le cardinal du rat avait déclaré que tu étais porté disparu après avoir envoyé un message de détresse depuis le Ryuseï. Qu'il y avait un nid de rang S et qu'il n'y avait aucune chance que tu en ai réchappé… »

Les gens autour d'eux les regardaient avec un mélange de curiosité et de crainte. KB pouvait être vraiment un abruti quand il s'y mettait. K était supposé travailler au département des services secrets à présent. Il ne pouvait pas se permettre de laisser cette histoire se répandre partout. Moins les hunters portaient intérêt à la cité de l'Etoile Filante, mieux c'était. Pourquoi le Rat avait-il clamé ça sur tous les toits ?

- « Qu'est-ce qu'il a dit exactement ? »

KB leva les yeux en se grattant le menton. C'était sa façon de réfléchir.

- « D'abord, il a commencé par donner l'ordre du jour du meeting et ensuite, il a demandé une minute de silence en ton honneur. Il a expliqué que tu avais envoyé un message alarmant depuis la décharge du Ryuseï et que tu n'avais pas répondu depuis. Il a ajouté que le message en question disait qu'il y avait des vampires, dhampires et que la population les servait, et qu'ils disposaient de leurs propres dirigeables. Il a ensuite demandé d'ajouter à l'ordre du jour la question de notre ignorance de l'existence d'un nid de rang S. »

K était un peu étonné que Pariston demande une minute de silence pour lui, mais se rendit tout de suite compte que ce maudit cardinal du Rat avait tenté d'utiliser son martyr comme un moyen de discréditer Nétéro.

- « … Et le président de lui répondre du tac au tac qu'il était effectivement étonnant que les services secrets dont Pariston a la charge n'en ai jamais eu vent, ce qui a clos leur duel pour la journée ».

K était de plus en plus mal à l'aise. Il allait devoir travailler pour ce mystérieux personnage qui avait la ferme intention d'en faire son nouveau jouet et outil contre le président.

- « Du coup, c'est vraiment cool que tu sois de retour. Ca va soulager tout le monde », dit-il en donnant une tape dans le dos de K. Elle n'était pas forte, mais les os encore cicatrisants de K la sentirent passer. Le hunter glapit de douleur.

- « Non mais ça va pas ?! »

- « Oups, pardon ? Et du coup, comment tu t'es amoché ? Tu as du beaucoup te battre pour t'enfuir ? »

- « Non, pour gagner leur respect. J'ai à présent le statut de membre honoraire de leur nid et peut aller et venir. »

- « Ah ? Il y a moyen de… »

- « Nétéro veut que je m'en occupe seul. Le reste est confidentiel et j'ai rendez-vous avec ce cher cardinal qui a eu la délicate intention d'honorer ma mémoire. A plus.»

KB avait envie de discuter mais le blond lui fit savoir qu'il était pressé pour son rendez-vous et pris congé. Ce type était encore plus insistant et papa poule que Léorio et ce n'était pas peu dire. Sur son chemin, de nombreuses autres personnes tentèrent de l'accoster pour prendre des nouvelles. Il les renvoya tous à l'exception de deux d'entre-eux : B et SI. B, de son vrai nom Biscuit Krueger, était un des meilleurs hunters de l'association et accessoirement l'entraineuse et superviseuse de Gon et Kirua. Ne serait-ce que pour éviter qu'elle soit de mauvaise humeur et qu'elle se défoule sur ses deux amis, K faisait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter de l'énerver. Et SI, alias Senritsu, était une des personnes les plus proches de K, sa confidente à l'association. Il lui promit de la retrouver ce soir pour lui raconter ses aventures.

Finalement, il arriva au département des services secrets tout juste à temps. Et l'atmosphère changea immédiatement. Il y avait une tension étrange dans l'air. Les personnes qu'il croisait dégageaient tous une étrange aura et le regardaient d'un air soupçonneux.

Arrivé au bureau du cardinal, il fut accueilli par un secrétaire qui semblait des plus banals, mais K pouvait voir dans sa nuque la trace d'une morsure de vampire ainsi que plusieurs brûlures aux mains. Il était donc maudit.

L'homme le fit tout de suite rentrer. K fut surpris par l'intérieur du bureau. Il avait l'air tellement… normal. Un bureau en acajou au milieu de la pièce, une grande baie vitrée avec des stores en tissus baissés. Quelques fauteuils et chaises élégantes, une série d'armoires fermées, des étagères de dossiers bien rangés, des plantes vertes, un petit bar… Tout était d'une propreté impeccable. Il se serait cru dans le bureau d'un CIO d'une grande entreprise. La seule chose glauque était une peinture du jugement dernier dans le style primitif flamand.

Pariston était assis à son bureau, portant un élégant costume bleu clair et il discutait avec une femme blonde recouverte de maquillage et certainement de chirurgie esthétique.

- « Pile à l'heure. C'est très bien. J'aime les gens ponctuels, » lança le cardinal d'un sourire éclatant. Il désigna ensuite la femme de sa main.

- « Je te présente Cutie, ma déléguée à la communication. Cutie, voici notre nouvelle recrue, Kurapika. »

Un grand sourire illumina le visage de la femme.

- « Quel plaisir de te rencontrer. Ce n'est pas souvent que nous recrutons de beaux et jeunes gens. Heureusement que nous avons le cardinal pour illuminer nos journées. »

Pariston mit rapidement un terme à la conversation en informant la dame qu'ils reprendraient leur discussion plus tard. Elle se retira rapidement. Seul avec le cardinal, K sentit immédiatement une sorte de pression angoissante. « Il veut jouer avec toi », pensa le hunter. « Ne lui laisse pas d'ouvertures. »

Le chef des services secrets lui fit signe de s'assoir, toujours avec cet énigmatique sourire qui lui faisait froid dans le dos.

- « Je suis content que tu sois arrivé. Comment vont tes blessures ? »

- « Un imbécile m'a donné une tape dans le dos ce matin… »

L'homme rit.

- « Kurapika, pas d'air grognon ici. Nous sommes tous une grande famille et dans le seul département où il est permis de s'amuser. Donne-moi ton plus joli sourire. »

- « Je ne sais pas sourire sur commande », répondit le plus jeune.

- « Essaye… »

- « Non ! »

- « Kurapika, ne désobéit pas aux ordres de ton supérieur. L'art de la Poker Face et celui de la comédie est vitale dans notre profession, surtout quand la mission en question consiste à être l'objet d'affection de son pire ennemi. Alors montre-moi le joli sourire que tu vas devoir apprendre à montrer à Lucifer.»

Le sourire de cet enfoiré était de plus en plus large. Pariston s'amusait. K aurait tellement aimé avoir le moyen de le faire disparaître de son visage. Il voulait voir le cardinal du rat avec une mine contrariée. Ca ne suffisait pas de lui rappeler qu'il allait devoir revoir Lucifer et supporter son harcèlement tout les 10 du mois ?

- « Je crois que tu confonds sourire avec grimace crispée. Ou alors tu n'as pas encore bien saisi l'opportunité qui t'est donnée. Kuroro Lucifer te laisse aller et venir et il est prêt à te faire des concessions pour peu que tu lui accordes un peu d'attention. Tu as le pouvoir de surveiller et de contrôler la Brigade Fantôme dans ton… notre intérêt. Mais cela ne durera que le temps où il cherchera à te plaire. Alors, pour que cette relation puisse tenir dans le temps, tu vas suivre quelques « cours » qui te permettront de garder ton influence sur le vampire de ton cœur. Et la première de ces leçons est de sourire sur commande. La poker face joyeuse est beaucoup plus efficace que la grognon. »

Comprenant que le cardinal ne lâcherait pas l'affaire, K s'appliqua à effectuer un sourire forcé tenant plus de la grimace qu'autre chose.

- « On dirait que tu es sur le point de tuer quelqu'un, mais ça ira pour cette fois. J'espère que tu réalises que tu ne garderas pas Lucifer dans tes filets longtemps avec ce genre de grimace. »

« Si seulement il pouvait se lasser de moi, » pensa le jeune homme, pas encore résigné à devenir un galant.

Il y eu une petite sonnerie au niveau du micro déposé sur le bureau. Pariston décrocha. La voix du secrétaire se fit entendre. « Françis attend devant le bureau ». L'homme de lui répondre immédiatement de faire entrer cet individu.

La personne qui entra était une personne d'une trentaine d'année. Il avait les cheveux blonds ondulé qui allaient jusqu'aux épaules, une fine barbe de trois jours et portait une très distinguée veste blanche au dessus d'une chemise rouge bordeaux entrouverte jusqu'au torse. Pariston était déjà un canon d'élégance en sois, mais cet homme-là, K devait admettre qu'il était un niveau au dessus. Il pouvait presque admettre qu'il était… « attirant ».

- « Salut Pariston-chéri ! Alors, où est le… »

Il posa les yeux sur K.

- « Oh, le voilà, le mignon petit nouveau. Lève-toi, mon cher. »

K rougit devant tant de familiarité. Il jeta un regard interrogateur à Pariston. Celui-ci expliqua

- « Françis, nom de code FB, est notre Fashion Hunter. Dans notre département, il est en charge de la gestion de nos apparences. Il supervise du costume au maquillage en passant par le comportement et le langage. Il va te prendre en main. »

- « C'est tout à fait ça. Notre joli cardinal m'a expliqué la situation. Mais du coup, j'ai besoin de te connaître un peu mieux afin de savoir ce qu'il faut améliorer. Alors merci de te lever et de te tourner un peu que je puisse me faire une première impression. »

K rougit encore plus fort. Il avait l'impression d'être une jeune fille en train de se faire conseiller pour son bal de débutante par deux inconnus.

- « Allez, je comprends que tu sois timide, mais je ne vais pas te mordre. »

Ironiquement, la voix du Fashion Hunter était douce, chaleureuse et séduisante. Il devait être plus efficace à séduire les femmes que n'importe quel vampire. Il était certainement plus que ce pervers sadique de Lucifer. Mais bon, dans ce contexte, K avait l'impression que le Rat faisait tout ce qui était en son pouvoir pour l'humilier. Plus il résisterait, plus la situation deviendrait bizarre et compromettante. Il obéit et se leva. Francis lui fit signe de se tourner. K obéit encore un peu.

- « C'est bon. Tu peux te rassoir. Tu as du potentiel, beaucoup plus que la plupart des personnes que mon ratounet m'envoie habituellement… »

- « Francis ? »

Le Fashion Hunter se retourna vers le cardinal qui continua :

- « Qu'est-ce que nous avons dit à propos de ce surnom ? »

K sentit l'atmosphère changer en un instant. Pariston avait toujours le même sourire, mais il avait à présent l'impression que le rat était en cet instant la personne la plus dangereuse au monde. Le troisième homme devait avoir eu la même sensation que lui car il changea également en un instant. Il n'était plus le bellâtre extraverti mais un employé de bureau soumis.

- « Je m'excuse monsieur. Je me suis oublié. Cela ne se reproduira plus. »

- « Bien. Je compte sur toi pour le conseiller. Il doit rester le maître du cœur de Kuroro Lucifer le plus longtemps possible. Tant que ce sera le cas, je daignerai oublier que tu as prononcé ce mot une fois de trop. »

- « Oui Monsieur ! » répondit Francis avait un grand sourire jovial. Il se retourna vers K. « Donc, et si nous y allions ? Sans vouloir t'offenser, il y a quand même pas mal de travail qui nous attend. »

K trouvait la situation bien trop bizarre pour résister. Et l'occasion d'échapper au cardinal du rat était trop belle. Il se laissa donc emmener par cet excentrique FB et pu prendre congé de son supérieur.

Le fashion Hunter guida prestement son protégé dans un dédale de couloirs jusqu'à son bureau. Et une fois la porte fermée, il changea à nouveau de visage. Il s'affala sur un divan.

- « Quel idiot je fais ! Il avait été si clair. Toutes ces années de comédie m'ont fait oublier la situation… »

L'homme qui avait l'air si assuré dans le bureau du cardinal paraissait à présent être un homme brisé. K était déconcerté par l'incroyable alternance de personnalités de cet homme. Qu'était-il réellement ?

Et puis soudainement, Francis se redressa comme si de rien n'était.

- « Enfin, tant que tu es là, je n'ai rien à craindre. J'ai bien compris que tu avais un rôle ultra délicat à jouer et que tu n'y arriverais pas sans mon aide. Je t'aide à tenir Kuroro Lucifer en respect, les services secrets contrôlent ainsi un nid de rang S… Pariston n'aura aucun intérêt à me faire disparaître comme les autres. Tant qu'il faut contrôler la brigade fantôme, il a besoin de moi… Hahaha… »

Oui, non, en fait, Francis était encore plus flippant que Pariston.

- « Bien ! » Il regarda K et lui montra un autre divan. « Assied-toi, chéri. Nous avons du pain sur la planche. Qu'est-ce que tu veux boire ? »

Il ouvrit la porte d'un bar où se trouvaient différentes liqueurs. K hésita. Lui qui avait toujours respecté des doctrines draconiennes pour être digne de la grâce se refusait à boire de l'alcool.

- « Je peux faire du thé si tu veux », ajouta le Fashion Hunter.

- « D'accord, un thé à la menthe. »

- « Tout de suite, monsieur. » et en un instant, une bouilloire se mettait à chauffer. Francis avait troqué sa veste haute couture pour un tablier, et il se mettait à préparer un plateau de madeleines.

- « Résumons la situation si tu veux bien. De ce que le cardinal m'a dit, tu as l'incroyable privilège et infortune d'avoir plu à un seigneur vampire contrôlant un nid de rang S jusqu'à présent inconnu. Quand n'importe quel vampire te garderait enfermé pour se repaître de ton charme et de ton sang, lui t'a offert une place comme membre de son équipe, te laisse aller à ta guise entre l'association, tes missions et le nid et compte sur toi pour être son informateur. Je ne sais pas comment tu t'y es pris, mais je te tire mon chapeau. »

- « J'en ai un peu marre que les gens me félicitent. Vous n'imaginez pas comme c'est désagréable… »

- « Je crois que c'est toi qui ne réalise pas à quel point ton traitement est exceptionnel. Lorsqu'un vampire trouve un humain et son sang à son goût, il l'enlève dans 90% des cas. S'il développe une addiction à ce dernier, il ne peut plus étancher sa soif sur une autre proie. Aucune autre personne ne peut lui apporter satisfaction et cela l'affaiblit grandement. D'où la nécessité de garder l'objet de ses désirs cloîtré dans son nid. Si ton vampire boit trop régulièrement de ton sang, cela pourrait bien t'arriver. Un vampire qui te fasse suffisamment confiance que pour te laisser parcourir le monde, je ne dirais pas que c'est la première fois que ça arrive, mais ça reste un cas très rare. »

- « Il n'a bu mon sang que deux fois, pas de quoi développer une addiction. »

- « C'est pourquoi il faudra que tu le tiennes autrement que par la promesse d'un festin. J'aimerai que tu me parles un peu de lui et de votre rencontre. Cela m'aidera à planifier notre stratégie. »

K était terriblement gêné à l'idée de parler encore une fois de son réveil cauchemardesque dans ce donjon de perversité et des journées suivantes où le vampire l'avait couvert de cadeaux et tenté de se montrer sous un meilleur jo… euh nuit. Toutes ses tentatives pour lui montrer qu'ils avaient les mêmes centres d'intérêt et qu'il pouvait être quelqu'un de civilisé n'étaient aux yeux de Kurapika que de grossières manœuvres de manipulation. Et Francis avait une réaction qu'aucune autre personne n'avait eu auparavant. Il regardait dans le vide d'un air triste… à moins que cela ne soit de la nostalgie. K finit par lui demander si quelque chose n'allait pas.

- « Oh, c'est juste que ton histoire m'en rappelle une autre. Tu me fais penser à un vampire que j'ai connu dans ma folle jeunesse. »

K était un peu étonné.

- « C'est une histoire longue et compliquée. Je ne crois pas que cela t'intéresse. »

- « Heu… tu veux dire que tu as connu un vampire qui a tenté de te séduire de façon traditionnelle ? »

Là, le plus âgé eu un petit rire.

- « Oh non, c'était plutôt le contraire. Il était dans le déni complet. Mais nous nous sommes retrouvés à dériver seuls dans un canot de sauvetage pendant 2 semaines. Alors pour rester sains d'esprit et survivre, nous n'avons pas eu d'autre choix que de coopérer. J'ai du le forcer à boire de mon sang pour qu'il ait suffisamment de forces pour ramer de nuit. Il a forcément développé une addiction et refusait de l'admettre… Maintenant que j'y pense, il était vraiment chou quand il était en mode « Ne te fais aucune illusion, le barbu ! Il n'y a personne d'autre avec du sang potable dans les environs. Dès que je me trouve une jolie vierge de 18 ans, je me casse à l'autre bout du monde. » Nous nous sommes beaucoup disputés, mais avec le recul, je réalise que j'adorais lui chercher des poux. Tu aurais vu sa tête quand je mentionnais l'épaisseur de ses sourcils.»

- « Et qu'est-ce qui s'est passé ? »

- « Après trois ans, il a disparu. Il m'a laissé un mot pour me dire qu'un certain Gin Freecss l'avait convaincu de participer à un projet sur la fameuse Greed Island. Il avait ajouté « Je me fiche complètement de savoir ce que tu vas devenir et je ne m'attends absolument pas à ce que tu me rejoignes. » Têtu jusqu'à la fin. »

- « Et vous n'aviez aucune intention de le revoir ? »

- « Je venais d'être recruté au service de Pariston et il me promettait une brillante carrière. Je me suis efforcé de ne pas penser à cette invitation. Et après un an, pendant une réunion, le sujet de Greed Island est tombé. Plus personne n'en revenait. Plus aucun contact ou signe de vie. Je pense très souvent à ce qui se serait passé si j'avais essayé de le rejoindre quand je le pouvais. Je ne sais pas exactement ce que je ressens pour lui, mais nos vieilles chicanes me manquent. »

Il y eu un petit silence. K était vraiment surpris par cette histoire. Humains et vampires pouvaient développer des liens affectifs aussi forts ? Aucune chance que cela arrive entre lui et Lucifer, par contre !

Francis changea rapidement de sujet en revenant à Lucifer et son client.

- « J'ai bien l'impression qu'il aime discuter avec toi. Voilà qui nous arrange. Tant que tu auras des choses intéressantes à dire, il sera satisfait. Inutile d'y mettre du cul. »

- « Du coup, pas besoin de cours ? »

- « Oh, trois fois rien. Tu vas lire ce que tu veux 3 heures par jour et raconter le contenu de ta lecture à d'autres personnes. Cela devrait à la fois travailler ta culture générale et ton sens de la communication. »

- « Juste ça ? » C'était trop beau pour être vrai.

- « Non, nous allons aussi ajouter l'apprentissage du langage des courtisans flatter, piquer l'intérêt de l'interlocuteur… En fait, tu vas apprendre tout ce qui permet à certaines personnes de vivre au crochet des gens riches et puissants. A toi d'utiliser ces compétences avec sagesse. Nous allons aussi revoir ta garde robe, parce que, désolé, mais tu ne sais pas t'habiller. Les vêtements traditionnels, c'est vite ringard. Et la forme de la tenue ne t'avantage pas du tout. »

Le teint de K s'empourpra et il plaça ses deux bras de manière protectrice autour de son corps.

- « Non ! Mes vêtements sont une part de moi, ils sont le souvenir de mon clan. Mon clan vit encore à travers mon respect des traditions. »

Non mais sérieusement, ce n'est pas parce qu'il était certainement l'empereur de l'élégance qu'il pouvait se permettre de critiquer ses choix vestimentaires.

- « Je ne te demande pas de les brûler. Mais Lucifer a aimé ta tante et tué ton clan en représailles de sa mort non ? Voir ces vêtements à chacune de vos rencontres va perpétuellement lui rappeler de mauvais souvenirs. Autant je comprends tes raisons personnelles de les lui rappeler, autant ce n'est pas dans l'intérêt des relations entre l'Association et le Ryuseï. Réfléchis aux priorités. »

Jusqu'ici, ce Francis avait fait plutôt bonne impression à K malgré son extravagance et son coming-out, mais là, il lui rappelait de manière cruelle sa délicate situation : il devait garder sous son charme sans se faire mordre le responsable des meurtres des membres de sa famille pour une raison de sécurité mondiale. Et cela le répugnait, l'humiliait… Et il lui avait signifié plutôt qu'il avait un intérêt personnel à ce qu'il réussisse cette mission.

Françis lui tendit ce qui semblait être un magasine de mode masculine.

- « Demain à 10h, j'aurais un assortiment de vêtements pour toi. Nous verrons ce dans quoi tu es le plus à l'aise. Tu pourras porter tes vêtements fétiches autant que tu voudras tant que ça ne soit pas dans le nid de vampires. »