Je poste avec un jour d'avance parce que je suis quasiment certaine que je ne parviendrai pas à poster en temps et en heure demain.
Donc je préfère poster plus tôt que plus tard !
Enjoy. :)
18 novembre 1981
Londres
— Arrête de rire, Sirius !
Patmol n'en pouvait plus. Il en avait mal aux côtes, les yeux brillants de larmes ; Remus lui-même parvenait difficilement à conserver son sérieux, les lèvres agitées de soubresauts alors qu'il tentait de réfréner un large sourire.
— A-Alors, haleta Sirius, hilare, c'est ça le terrible rite de passage des loups-garous ? Se mettre à poil ?
— Mais non, soupira Lunard en levant les yeux au ciel dans un petit rire. Il m'a poussé dans mes retranchements devant Erin pour qu'elle étudie mon comportement. Apparemment, ils ont aimé que je ne me laisse pas faire, tout en essayant d'être le plus conciliant possible jusqu'à la rupture. Je n'ai pas cherché à dissimuler mon identité ou qui je suis. Ça prouvait que je n'étais ni un Mangemort ni un loup mal intentionné.
— D'accord, mais pourquoi il s'est foutu à poil ?
Les sourcils de l'Animagus étaient levés très haut, et son regard brillait de curiosité.
— Si tu arrêtais deux secondes de hurler de rire, je pourrais peut-être reprendre mon histoire, souligna Lupin en haussant un sourcil à son tour.
Sirius grogna.
— Oui, d'accord. Mais c'est dur de ne pas rire en imaginant la tête que tu devais tirer !
Sous le regard aigu de Remus, Patmol soupira.
— Bon, très bien, continue.
...
3 septembre 1981
Yorkshire du Nord
— Je ne vais pas t'agresser, tu n'es pas obligé de raser les murs comme ça, ricana Lucian, les mains sur ses hanches nues.
Rouge pivoine, Remus cherchait vainement une échappatoire, promenant ses yeux sur tout sauf sur ce loup-garou outrageusement dénudé. Qu'attendait-il de lui, exactement ? Qu'il se déshabille à son tour ? Il n'en était pas question !
— Écoute, Remus, soupira le grand brun en croisant ses bras sur sa large poitrine marbrée de cicatrices. Il va falloir que tu t'habitues à la nudité. Ne me dis pas que tu déchires tes vêtements tous les mois ?
— N-Non ! protesta-t-il avec véhémence, les oreilles rose vif. Je me déshabille avant de me transformer.
— Et que penses-tu que font cinquante-six loups aux ressources limitées avant la pleine lune ?
Cette étape de la vie en communauté lycanthropique avait bizarrement échappé à Lupin.
— Vous n'êtes peut-être pas obligés de vous déshabiller tous ensemble en plein air…
— On ne va certainement pas risquer de cabosser nos tentes et nos caravanes ! Et personne ne va venir te couvrir pudiquement d'une serviette avant ton réveil, mon beau. Tout le monde à poil, c'est comme ça. Il va falloir t'y faire. Ce sont juste des corps. Tu verras bien plus répugnant, crois-moi.
Remus ouvrit la bouche pour l'interroger sur cette inquiétante assertion, mais il fut coupé net dans son élan en voyant la nudité de Lucian se rapprocher un peu trop de lui.
— Q-Qu'est-ce que tu fais ? bafouilla-t-il, son cou se marbrant à son tour de plaques rouges.
— Oh, mais c'est que je lui fais de l'effet, ronronna le grand loup en obligeant Remus à se plaquer contre un mur. Écoute, ajouta-t-il avec plus de sérieux en voyant le nouveau venu se tendre comme un arc prêt à décocher sa flèche. Tu n'es pas encore suffisamment éduqué pour le sentir, mais les odeurs sont très importantes entre loups. On ne peut pas te présenter comme ça aux autres, tu te ferais dévorer. Alors, mets mes vêtements et ne discute pas – à moins d'avoir un profond désir de mort.
Sceptique, Remus leva le menton avec toute la fierté qu'il lui restait, le défiant du regard.
— Et qu'est-ce que ça va changer, exactement ? Ils ont des yeux, ils vont bien voir que je ne suis pas toi, même si j'ai ton odeur sur moi.
— Ça va changer que tu seras totalement imprégné de l'odeur du père. Aucun loup n'osera toucher un seul de tes cheveux. Tu es sous ma protection.
— Le père ? répéta le sorcier, peinant à comprendre.
Ce n'était pas la première fois qu'il faisait allusion à des « parents ».
Sa question parut agacer son interlocuteur.
— Tu ne sais donc vraiment rien ! Très bien. Dans une meute de loups-garous, il y a une forme de hiérarchie. Elle n'est pas absolue, et peut être fluctuante, mais il y a une règle à respecter : les parents, formés par un couple de loups puissants, protègent le reste du groupe en échange de son obéissance et de certains privilèges. Erin est la mère, je suis le père. Si l'un des loups de notre famille est attaqué, nous prenons sa défense. C'est aussi simple que ça.
— Erin et toi formez un couple ?
Cela lui paraissait absurde, ils semblaient n'éprouver aucun sentiment l'un pour l'autre.
— Symboliquement, oui. Mais ça n'a rien à voir avec une histoire d'amour, tu peux me croire. Il faut plutôt nous voir comme un duo. D'ailleurs, il ne serait pas idiot que je t'explique les bonnes manières. Et ne fais pas cette tête-là, je ne parle pas de tes bonnes manières d'humain. Entre loups aussi, il faut être poli.
Si Remus trouvait la situation un poil grotesque, il était fasciné. La vie entre lycanthropes semblait infiniment plus complexe qu'il ne l'avait imaginée.
— Je vais commencer par le plus simple – la règle de politesse par excellence, qui te sauvera sans doute la mise. Lorsque tu croises un loup que tu ne connais pas – et ça va t'arriver souvent ces prochains jours –, tu ne dois pas le regarder dans les yeux. Tu n'es pas sur ton territoire, c'est à toi de faire preuve de bonne volonté.
— Et comment est-ce que je suis censé faire ça ?
Au grand soulagement de Remus, Lucian se recula enfin. Il détourna les yeux et lui tendit la face intérieure de son poignet, inclinant légèrement la tête.
— Renifle, lui ordonna-t-il, toujours dans cette position qui ne lui allait pas.
Il respirait la puissance et l'assurance, aussi le voir fuir son regard et se mettre dans cette position offerte sonnait-il faux.
Ravalant ses questions et son scepticisme, le jeune homme se pencha en avant pour obéir, effleurant l'intérieur de son poignet de ses narines. Il se tendit brutalement, les yeux écarquillés, comme mille informations semblaient l'assaillir. Il n'aurait su décrire cette expérience synesthésique avec des mots, mais des images de grand loup noir, de crocs menaçants et de babines retroussées lui emplirent le nez, en même temps qu'un doux grondement, un sourire gentiment moqueur et la puissance rassurante de deux bras enveloppants.
Lorsqu'il rouvrit les yeux (quand les avait-il fermés, au juste ?), Remus croisa le regard victorieux de son guide, qui affichait un large sourire.
— Je… Je ne savais pas que je pouvais faire ça, dit-il simplement, encore surpris.
— C'est notre façon de décliner notre identité. Retourne-moi la politesse, que je puisse te sentir.
Remus s'exécuta, détournant les yeux en lui tendant l'intérieur de son poignet, la tête inclinée. Il frémit en sentant son souffle brûlant contre la peau fine, mais resta sagement immobile le temps qu'il renifle son odeur. Il se redressa finalement, l'air pensif.
— Intéressant, lâcha-t-il.
Évidemment, Remus s'engouffra dans la brèche :
— Qu'est-ce que tu as senti ?
Lucian étira un sourire gentiment moqueur, celui-là même que Remus avait vu.
— Tu es vraiment candide. C'est rafraîchissant. Mais tu devrais éviter de laisser les autres te manipuler aussi facilement en échange d'un peu de reconnaissance et d'affection.
Sa remarque lui fit l'effet d'un bain glacé. Était-il si transparent ? Sa façon de le cerner aussi rapidement lui donnait le vertige.
— Beaucoup de souffrance et de peur, finit par confier Lucian en dévisageant prudemment le jeune loup. Tu cherches ta place.
— Je n'ai pas vu ce genre de choses chez toi, releva le sorcier en fronçant les sourcils. C'étaient des… images, des sons, des impressions.
— Oui, et au même titre qu'on peut déduire certaines choses d'une photo d'identité, tu peux interpréter ce que mon odeur te dit. Tu dois être plus spontané, t'écouter davantage. Et arrêter de te museler pour les beaux yeux des humains. Quels sont les premiers mots qui te viennent en tête en me sentant ?
En élève studieux, Remus se pencha pour sentir à nouveau le poignet de Lucian, qu'il lui tendit de bonne grâce. Il ferma fort les yeux pour se couper du reste du monde, concentré, inspirant longuement. À sa grande surprise, un murmure franchit ses lèvres :
— Violence… Domination… Protecteur… Joueur.
— On va peut-être pouvoir faire quelque chose de toi, après tout, sourit le grand loup avec satisfaction.
Lorsque Lupin rouvrit les yeux, il se releva brutalement pour détourner les yeux de l'entrejambe de son professeur.
— Est-ce que tu comptes t'habiller un jour ? s'écria-t-il d'une voix anormalement aiguë.
— Quelle petite nature, soupira Lucian en allant ouvrir un placard coulissant.
Il prit tout son temps pour sélectionner de nouveaux habits. Remus soupçonnait qu'il prenait un malin plaisir à l'embarrasser.
Un moment plus tard, les deux loups-garous sortaient de la caravane, Remus enveloppé des vêtements de Lucian.
...
18 novembre 1981
Londres
— Attends, attends, l'interrompit pour la seconde fois Sirius, beaucoup plus sérieux. Tu éludes ce qu'il s'est passé dans cette caravane ! Je te connais Remus, je vois bien que tu rosis. Qu'est-ce que tu as fait ?
— Mais rien du tout ! s'emporta le lycanthrope en rosissant plus fort. C'est lui qui…
— Lui qui quoi ? gronda Sirius avec une férocité qui arracha un rire incrédule à son compagnon.
— Tu es jaloux ?
Patmol se renfrogna, plissant le nez. De mauvaise grâce, il admit :
— Franchement ? Oui. Ce mec a clairement envie de te baiser.
Lunard s'étrangla, recrachant l'eau de son second thé.
— Sirius… !
— Non, mais vraiment, c'est quoi cette façon de te tourner autour en roulant des mécaniques ? C'est pathétique.
L'Animagus renifla avec dédain pour marquer sa désapprobation.
— Je ne crois pas que c'est ce qu'il avait en tête…
— Ce que tu peux être naïf !
Agacé, le loup-garou lâcha une exclamation irritée.
— Si tu arrêtes d'être pénible, je te raconte ce qu'il s'est passé. Mais pas un commentaire, c'est compris ?
Consumé par l'envie dévorante de percer le secret de cette entrevue, Patmol soupira et enfonça sa moue boudeuse dans sa main en lui faisant signe de poursuivre.
...
3 septembre 1981
Yorkshire du Nord
Lucian choisissait de nouveaux habits avec une lenteur abominable.
— Quelles sont les autres règles de politesse ? demanda le néophyte pour tenter de recentrer la discussion sur un sujet qui le mettait moins mal à l'aise.
— Tu sais rencontrer un autre loup, t'aplatir devant un loup plus fort que toi…, énuméra Lucian en enfilant (au grand soulagement de Remus) un boxer. Je pense qu'il est dans ton intérêt de savoir réclamer la protection d'un autre membre de la famille. Viens-là.
— Tu ne veux pas finir de t'habiller, d'abord ?
— Quel plaisir en tirerais-je, si tu étais parfaitement dans ton élément ? rétorqua-t-il avec un rire rauque et bruyant.
Résigné, Remus s'approcha de lui, ses vêtements toujours entre les mains.
— Tu devrais les enfiler, lui conseilla son mentor.
La mine défaite, Lupin ravala un énorme soupir et se fit violence pour se déshabiller. Il prit soin d'enfiler un nouveau vêtement dès qu'il en ôtait un, afin d'éviter de se dénuder trop à son goût devant un parfait inconnu. Il buta cependant sur le boxer usager qu'il tint entre deux doigts précautionneux, sans parvenir à masquer son dégoût.
— Est-ce que tu as déjà entendu parler d'hygiène élémentaire ? s'exclama-t-il, répugné.
Lucian fut secoué d'un rire tonitruant, si chaleureux qu'il sembla au sorcier qu'il dégageait spontanément de la chaleur à chaque inspiration.
— Tu es impertinent, j'adore ! Un peu inconscient sur les bords, mais c'est charmant. Les louveteaux malicieux ont bien volontiers ma protection.
Remus se sentit rougir, sans savoir si c'était de gêne ou de plaisir.
— Je suis vraiment obligé d'enfiler ça ? insista-t-il, aussi rebuté à l'idée de dévoiler ses parties génitales que d'enfiler le sous-vêtement de quelqu'un d'autre, dont il n'avait aucune idée du soin porté à son corps.
— Petit Remus, soupira le grand brun en secouant la tête. Le monde des humains t'a peut-être appris à en faire un tabou, mais figure-toi que tes glandes anales et préputiales sont celles qui sécrètent ton odeur avec le plus de force. Si tu ne veux pas mettre mon boxer, ce n'est pas la peine de mettre le reste. Ta signature odorante restera largement dominante sans cette précaution, et je te garantis que ma protection ne sera pas complète sans ça. Après, ajouta-t-il non sans malice, si tu ça t'excite de te faire monter par tous les loups plus forts que toi que tu croises…
Cette fois, Remus n'était plus rouge ; il était écarlate, et ce jusqu'à la racine des cheveux.
— Comment ça, me faire monter ?
— Tu es adorable, quand tu paniques, ricana Lucian avec condescendance. Je vais te montrer.
— Quoi ? Non, euh… Vraiment, ce n'est pas la p…
Impossible de finir sa phrase : Lucian l'avait plaqué au placard coulissant, lui arrachant un très peu digne « ouille ! » et quelques couinements plaintifs. Tout son corps était collé au sien, l'écrasant douloureusement contre la surface métallique ; sans crier gare, il enfouit son nez dans son cou et ouvrit la bouche pour poser ses dents contre sa jugulaire. Il n'appuya pas, ne le blessa pas, mais l'obligea à lui offrir sa gorge pour lui permettre de le menacer davantage de sa morsure.
...
18 novembre 1981
Londres
— Mais c'est super érotique, son truc !
Remus frappa du poing sur la table, cette fois furieux.
— Bon sang de bois, Sirius Black ! C'est précisément pour ça que je ne voulais pas t'en parler. Je ne te raconte pas cette scène pour que tu me piques une crise de jalousie. C'est extrêmement déplacé. Ça n'avait rien d'érotique, ce n'était même pas un peu plaisant. Imagine-toi un inconnu sentant le fauve, faisant le double de ton poids et te dépassant de deux bonnes têtes te plaquer violemment contre du métal froid. C'est douloureux, humiliant et terrifiant. Ça n'a rien de sexy. Et je ne te parle même pas de l'horreur que j'ai ressentie en pensant qu'il allait me déchirer la gorge sous sa forme humaine. J'étais à deux doigts de me faire dessus, pas de lui rouler un patin, acheva-t-il d'une voix cassante.
La mine contrite, Sirius baissa les yeux sur ses mains crispées autour de sa tasse et étira une moue chagrine.
— Désolé, marmonna-t-il. Je me suis un peu emporté.
— Sans rire !
Les yeux furieux de Remus ne le lâchaient pas, et Black se sentait aussi ridicule que puéril.
— Je suis vraiment désolé, insista-t-il en cherchant un peu de douceur dans son regard. C'est juste que… Je suis bêtement anxieux à l'idée que ton récit d'aventures se transforme en histoire d'amour avec un beau loup-garou et me confirme que tu n'éprouves plus rien pour moi.
Le visage froncé d'agacement du loup-garou se dérida légèrement.
— Tu es vraiment l'un des hommes les plus égocentrés que je connaisse…, soupira-t-il.
Patmol haussa les épaules, gêné.
— Contrairement à ce dont tu t'es persuadé, ce n'est pas toi qui ne me mérites pas, c'est moi qui suis indigne de toi.
Toute trace d'animosité disparut aussitôt des traits de Remus, qui ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis la referma. Il secoua doucement la tête.
— Tu es quelqu'un de bien Sirius. Tu as des défauts, mais cela n'empêche pas que tu sois un sorcier admirable et dévoué.
— Je ne t'ai pas été assez dévoué, à toi, souligna-t-il en pinçant les lèvres, les prunelles douloureuses.
— Tu ne peux pas…
Le lycanthrope chercha ses mots.
— Ce n'est pas sain de vouer une confiance aveugle à son partenaire. Au regard de la situation, il était naturel que tu éprouves des doutes. Tout se jouait dans ton cercle intime, soupçonner n'importe lequel d'entre nous était douloureux. Et beaucoup d'éléments ne jouaient pas en ma faveur, admit Lupin avec un soupir.
— Mais toi, tu n'as jamais douté…
— Non, le coupa-t-il avec une grande douceur, je n'ai pas douté. Ça ne veut pas dire que c'était ce qu'il y avait de mieux à faire. J'aurais dû te soupçonner, moi aussi. Si notre relation était équilibrée, je l'aurais sans doute fait.
Un silence s'étira, durant lequel Sirius se sentit soufflé.
— Tu… trouves que notre relation était déséquilibrée ? Parce que… tu avais confiance en moi ?
Remus hocha la tête.
— Parce que j'avais une confiance aveugle et inconditionnelle en toi. Ta propre confiance en moi était aveugle, mais pas inconditionnelle. Tu ne voulais pas véritablement m'accuser, mais tu ne pouvais pas t'empêcher de penser que si j'avais basculé du mauvais côté, il fallait que tu agisses en conséquence. Tu as réagi comme un homme responsable, soucieux de la sécurité de ses meilleurs amis et de son filleul. Comment te blâmer ?
— Mais Remus…
Sirius était perdu. N'était-ce pas son amour inconditionnel qu'il cherchait depuis toujours ? N'était-ce pas pour cette raison précise, ce manquement dont l'Animagus avait fait preuve, qu'il avait quitté l'appartement sans se retourner ?
— Ce n'est pas toi, le problème, Siri.
Le surnom fit à Patmol l'effet d'un petit soleil au creux du ventre. Il mourait d'envie de l'embrasser, à cet instant précis. De l'embrasser et de lui assurer qu'il n'était pas le problème, qu'il n'avait jamais été un problème, mais la solution à tout.
— J'ai toujours eu la faiblesse de tout pardonner à mes proches, parce que je pensais qu'en les aimant inconditionnellement, ils reconnaîtraient ma fidélité et me rendraient la pareille. Mais c'est une vision du monde détraquée, toxique. Personne ne mérite mon amour inconditionnel, pas même toi.
Sirius tressaillit, mais il sut pourtant instinctivement que ce n'était pas une mauvaise chose, à la façon dont la voix rauque de Remus se réchauffait, presque caressante.
— L'amour, poursuivit-il, devrait toujours avoir ses limites, aussi brutal cela paraît-il. Tu as fixé les tiennes à la trahison, au mensonge, à la dissimulation. Les miennes… Les miennes sont à définir, je tâtonne encore. C'est un travail de longue haleine, car j'ai longtemps cru que mon bien-être ne vaudrait jamais la reconnaissance de mes pairs.
À présent, son vieil ami voyait où il voulait en venir. Il ne devait pas reconquérir le loup. Il ne devait pas forcer le contact, encore moins faire des pieds et des mains pour lui prouver qu'il était digne de lui. Sirius devait lui réassurer son amour en le lui offrant à chaque fois qu'il en avait besoin, tout simplement. C'était à son compagnon de faire son propre chemin, pas à lui de l'attirer sur le sien.
Il lui proposa sa main, paume tendue vers lui. Remus la saisit avec un petit sourire ému.
— Ton bien-être compte tellement plus que l'amour et la reconnaissance des autres, Rem. Tu comptes tellement pour moi, James, Lily, Harry… Je veux que tu ailles bien. Tu ne peux pas t'imaginer comme je me rendais malade pendant les pleines lunes, chaque nuit supplémentaire en ton absence était une torture. Je me demandais si tu étais au chaud, en sécurité, si tu étais heureux. Je n'ai pas simplement envie de ton corps, besoin de ta personnalité pour égayer mon quotidien ; j'ai envie – et besoin – de te voir sourire, te voir t'épanouir. Si ça veut dire renoncer à ton amour, mais regagner ton amitié… Qu'il en soit ainsi. Je te veux dans ma vie, peu importe ce que tu éprouves pour moi. Avant d'être mon amant, mon compagnon, tu es mon ami, mon meilleur ami.
Sirius se leva, contourna la table et l'étreignit avec toute la tendresse qu'il éprouvait pour lui alors que des sanglots libérateurs secouaient Remus.
Le prochain chapitre s'intitulera « Biéraubeurre ».
