Je poste plus tôt, aujourd'hui. :)


Sirius avait toujours pensé qu'il effraierait Remus avec ses idées de psychomage, mais force était d'admettre que l'évocation d'une thérapie avait singulièrement apaisé le loup-garou. Il n'aurait jamais cru qu'il s'engouffrerait dans la brèche aussi facilement, sans véritablement lutter ; peut-être était-il à bout de force, à bout de solution. Ou peut-être que, comme Patmol le soupçonnait, Remus avait besoin qu'on lui donne l'autorisation de penser qu'il avait le droit à un accompagnement, à de l'aide – et pourquoi pas au bonheur.

Il était heureux à l'idée que le jeune homme blessé envisage sérieusement un après, une possibilité de soins et de rédemption. Ce n'était pas parfait, le chemin serait sans aucun doute long et éprouvant, et sûrement cela ne résoudrait-il pas tout, mais c'était un début.

À présent qu'ils avaient démêlé tous ces fils, qui leur paraissaient quelques heures plus tôt inextricables, il demeurait tout de même un problème majeur : la morsure ensorcelée, suintante et inquiétante, qu'arborait l'épaule du lycanthrope. Lupin lui avait assuré qu'elle lui faisait mal, sans plus ; il n'en restait pas moins inquiet.

— C'est une morsure de loup-garou, pas vrai ? s'enquit Sirius, enlaçant toujours étroitement son amant.

Il grimaça pour toute réponse.

— C'était quoi, déjà…, marmonna Patmol, les sourcils froncés, fouillant dans ses souvenirs. Ah, oui ! Un mélange de poudre d'argent et de dictame ! Je suis sûr que Dumbledore a ce genre de choses au quartier général. Je sais que c'est normalement pour arrêter l'hémorragie, mais ça ne peut pas faire de mal, j'imagine…

Une étrange expression passa sur le visage de Remus.

— Comment se porte l'Ordre ? Il s'est dissolu ?

Les joues de Sirius perdirent toute couleur, et il se sentit très mal à l'idée de ce qu'il devait transmettre à son compagnon.

— Oh, Remus… Il y a eu… Oh, Merlin, je suis désolé… Peu d'entre nous s'en sont sortis indemnes…

À la soudaine pâleur du loup-garou, il crut qu'il allait à nouveau s'enfuir – pour se protéger, se soustraire à cette nouvelle douleur. Au lieu de quoi, il coassa :

— Qui ?

— Fol Œil a perdu une bonne partie de son nez en voulant arrêter Rosier et Wilkes, soupira Patmol, décrivant de petits cercles nerveux sur l'épaule saine de son amant. Mais il est vivant, tu sais comme il est, précisa-t-il avec un faible sourire. Alice et Franck sont à Ste Mangouste…

— Ils s'en sortiront ?

La voix pleine d'espoir de Remus lui brisa le cœur.

— Je suis vraiment, vraiment désolé, Rem… Il s'est passé tellement de choses durant ton absence… Ils ont été torturés par Doloris et sont… Ils en ont perdu la raison…

Le glapissement qu'il émit lui fit resserrer sa prise autour de sa taille, enfouissant son nez dans ses cheveux. Il fallait qu'il achève son triste décompte avant de ne plus trouver la force.

— Benjy, Dorcas, les frères Prewett, la famille McKinnon, les Bones… Assassinés. Caradoc a disparu, mais on soupçonne qu'il ne reviendra pas.

Les gémissements de bête blessée du lycanthrope lui firent monter les larmes aux yeux, réveillant cette douleur encore tapie sous la surface, prête à surgir et à le saisir à la gorge au moindre signe de faiblesse. Il le berça jusqu'à ce que leurs larmes se tarissent d'épuisement, sans chercher à le calmer ou à amoindrir sa peine. Il avait besoin de l'exprimer, de la hurler, de s'y rouler jusqu'à l'écœurement pour prendre la pleine mesure de tous ces deuils. Il ne parvenait pas à se figurer l'effet que devait produire l'annonce de tant de pertes en l'espace d'une seule conversation. Lui-même avait traversé ces mois de sombres nouvelles et de désespoir la mort dans l'âme. Leur récente victoire sur Voldemort avait allégé son cœur, le retour de Remus aussi, mais le bilan était lourd.

— Si j'étais resté pour aider…

Sirius le coupa avec sévérité :

— Non, Remus. Si tu es coupable d'être parti, alors que dire de moi qui suis resté sans rien pouvoir empêcher ?

— Tu as raison, grogna le loup, à la grande surprise de son compagnon. De toute façon, Dumbledore m'avait écarté des activités de l'Ordre…

La rancœur dans sa voix fit sourciller Sirius.

— Et il a eu raison.

Son ami blessé se figea, releva lentement son visage froissé.

— Quoi ?

— Je ne suis pas toujours un grand fan des initiatives de protection de Dumbledore, mais je suis soulagé qu'il l'ait fait cette fois-ci.

— De protection ? répéta Remus, éberlué.

Comme son amant semblait véritablement ignorer ce qui avait motivé sa mise à l'écart, Patmol expliqua :

— Plusieurs membres de l'Ordre ont voté pour que tu infiltres une troupe de loups-garous ralliés aux Mangemorts. C'était une mission particulièrement dangereuse et difficile, mais certains d'entre eux auraient aimé que tu, ah… (Sirius parut embarrassé.) Que tu prouves ta loyauté, acheva-t-il, contrit.

La surprise et la colère qui se peignaient sur ses traits lui firent craindre le pire.

— Parce que je suis un loup-garou ?

— Parce que Voldemort ralliait tous les loups-garous et que nous savions tous qu'il y avait un traître parmi nous. Cette sale ambiance rendait tout le monde paranoïaque, tu sais bien… Et puis, ça ne s'est pas passé comme tu l'imagines. Tu étais alité après une pleine lune, tu n'avais pas pu assister à la réunion… Caradoc a émis l'idée. Benjy était d'accord. Les frères Prewett ont ajouté que ça clarifierait tout doute sur ton allégeance. Personne ne t'a accusé, mais la méfiance qui régnait à cette époque… Lily, James et moi nous étions violemment disputés avec eux. Dumbledore s'est interposé, a dit qu'il n'était pas question de t'envoyer là-bas et que la discussion était close. Il y a eu des protestations, des accusations de favoritisme… Sale époque, conclut sombrement Sirius.

— Et à partir de ce moment-là, je n'ai quasiment plus mis un pied au quartier général, murmura Remus, dont le regard brillait étrangement. Alors, Dumbledore… m'a écarté pour m'épargner la défiance de mes propres amis.

Patmol dodelina de la tête, un peu mal à l'aise.

— En partie… Il avait surtout peur que tu décides par toi-même d'infiltrer les rangs de Voldemort pour leur prouver que tu étais loyal. Et, sans vouloir t'offenser, mon amour, c'est tout à fait ton genre.

Remus émit un rire semblable à un grognement.

— Oui… Oui, ça me ressemble. C'est assez pathétique, quand on y pense. Je suis resté ce gamin prêt à se mettre gratuitement en danger simplement pour avoir la considération d'un camarade.

— Je trouve ça moins pathétique que ce gamin m'as-tu-vu qui perturbe l'entraînement de Quidditch de sa propre équipe pour faire des cabrioles outrageusement dangereuses sur son balai dans le seul but de plaire à des filles qui ne l'intéressent même pas.

Remus haussa un sourcil amusé.

— Très précis, j'apprécie l'étude comparative. Si ça peut te consoler, j'ai dû me mordre les lèvres pour ne pas hurler d'effroi avec elles.

— Ça me console un peu, parce que tu m'as fait la morale pendant tout l'après-midi après cet épisode…

— Tu l'avais mérité, sourit Lunard.

— C'est vrai, admit Patmol. Mais j'en garde tout de même un bon souvenir. Ça m'a donné une fenêtre de tir suffisamment opportune pour te faire rougir.

— Arf, maugréa-t-il. Ce n'était pas très fin.

— Mais efficace ! James m'a offert cette occasion sur un plateau d'argent. « On peut savoir qui est la demoiselle que tu essaies d'impressionner, Patmol ? »

— « La plus poilue », grommela Remus en levant les yeux au ciel. Ça avait fait mourir de rire James et Peter. Ils n'ont pas arrêté de se moquer de moi, après ça.

— Tu leur as tendu le bâton pour te faire battre !

— Et comment j'étais censé me retenir de rougir, espèce de cervelle de troll ?

— James a chantonné « Lunard a une touche » pendant tout le trajet de retour à la Grande Salle, et toi, tu avais l'air de vouloir mourir sur place. Qu'est-ce qu'on avait ri…

Ils furent tous les deux secoués d'un petit rire, serrés l'un contre l'autre comme deux noyés perdus au milieu de la houle. C'était parfois étonnant, comme il était facile pour cette poitrine écrasée de chagrin de rire comme si leur monde ne s'était pas effondré. Comme s'ils n'essayaient pas maladroitement de recoller des morceaux qui ne s'emboîtaient même plus, trop abîmés par les épreuves. Mais peut-être ne fallait-il pas chercher à réparer ce qui était brisé, peut-être fallait-il chercher à créer quelque chose de neuf, de plus solide, qui n'éclaterait plus à la moindre fissure. Peut-être fallait-il arrêter de lutter, et se laisser porter par ce qui leur faisait du bien.

— Tu me fais du bien, murmura Remus en embrassant son torse, la voix tremblante.

Un peu ému par cette soudaine affirmation, Sirius dégagea son front d'une main tendre.

— C'est un bon début, lui répondit-il un ton plus bas.

Lunard hocha la tête, ses yeux rougis et brillants soudain durcis par une farouche détermination.

— Oui, et c'est un début que je ne veux pas gâcher. Je vais te raconter ce qui m'a amené au Chaudron Baveur. Ensuite, je trouverai un moyen de me débarrasser de cette morsure. Et après… Et il y aura peut-être un après, finalement.


Le prochain chapitre s'intitulera « La punition ».