Merci beaucoup aux personnes qui prennent le temps de laisser une review, ça m'est très précieux !
J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira. :)


Remus avait abandonné le corps de Marley derrière lui. Il ne disposait que de très peu de temps avant sa transformation. La sueur dégoulinait sur ses tempes et ses larmes s'étaient taries alors qu'il titubait dans l'obscurité, s'éloignant le plus vite possible du cadavre.

Autrement, il savait qu'il le dévorerait.

L'horreur de la situation avait anesthésié ses sens et ses émotions. Il avançait mécaniquement, porté par la seule volonté de trouver un endroit où passer sa nuit. Le reste, il verrait à l'aube.

Avec un peu de chance, il s'en prendrait tellement à son corps déjà abîmé qu'il ne survivrait pas au réveil.

Il tomba à plusieurs reprises, à bout de force, mais il trouva chaque fois la détermination de se relever. Enfin, il gagna un village isolé. Il fractura la porte d'une maison qui semblait désertée pour la nuit, s'y enferma à double tour et leva des boucliers pour s'empêcher de s'échapper. Ces simples précautions le vidèrent de son énergie, et il s'effondra sur le sol avant même le début de sa transformation. Il n'avait même plus la force de se déshabiller.

Elle serait moche, celle-là.

Dans un état de semi-conscience, il sut qu'il hurlait. Tremblant convulsivement, il sentait son cœur battre si fort et si vite qu'il semblait vouloir sortir de sa poitrine. Son crâne brûlait, ses os poussaient des craquements sinistres, ses dents lui faisaient mal à en crever… Sa colonne se tordit en lui coupant le souffle, l'obligeant à se mettre à quatre pattes en hoquetant. Son coccyx perça la peau fine pour s'étirer, lui arrachant un gémissement sanglotant.

Ensuite, il ne se rappelait plus très bien. La douleur l'avait peut-être fait sombrer.

Lorsqu'il se réveilla, recroquevillé dans le salon complètement dévasté, il se sentit fiévreux. Cela arrivait lors de ses mauvaises nuits. Et c'était une très, très mauvaise nuit. Il se rendormit presque aussitôt, nauséeux de fatigue.

Du temps passa. Combien de temps, précisément, il l'ignorait.

Un rayon de soleil filtra par un vélux, le faisant frissonner.

Lève-toi.

Ou il pourrait rester ici, et attendre que quelqu'un vienne pour lui. Un rire rauque, éraillé, jaillit de sa poitrine douloureuse alors qu'il songeait à la tête que tireraient les Moldus qui le trouveraient.

Lève-toi, Lupin.

Il lui fallut une heure supplémentaire pour parvenir à se lever sans vomir aussitôt. Il avait de nouvelles brûlures sur les flancs et les bras, mais ce n'était pas si terrible. Il avait connu pire. L'avantage d'une maison de Moldus habitée, c'était qu'il y avait suffisamment de choses à détruire pour que le loup passe d'abord sa rage dessus avant de se jeter sur les boucliers.

Il s'effondra dans le canapé éventré pour reprendre son souffle, complètement nu. Ouvrant un œil voilé, il constata qu'il avait complètement piétiné la télévision et réduit en charpie les meubles. Les Moldus auraient une sacrée surprise à leur retour de vacances.

Dans un gémissement, il s'arracha au canapé, en profitant pour retirer des plumes enfoncées dans ses cuisses et son dos. Dommage pour les moelleux oreillers en plumes d'oie… La démarche traînante, il se dirigea vers la cuisine. Dans le peu de lucidité qu'il lui restait avant sa transformation, il avait barricadé l'accès aux autres pièces. Et il s'en félicitait.

Il décida de prendre un bol de corn flakes avec du lait – du lait, c'était fou, ça. Depuis quand n'avait-il pas bu de lait ? Assis sur une chaise, toujours nu, il mangeait pensivement sa trouvaille dans un bol, les yeux parcourant les placards qui l'entouraient. C'était une sacrée cuisine. Et il mourait de faim.

Une fois son bol terminé, il but à grandes goulées au robinet. Il prit conscience qu'il était assoiffé. Le jeune homme en profita pour se frotter le visage avec de l'eau fraîche et, mû par une soudaine envie, il ouvrit le frigidaire.

— Oh, par Merlin ! gronda-t-il.

Il crut qu'il allait pleurer. Là, juste là, sur cette étagère, il y avait quatre steaks sous-vides. Sans réfléchir, il déchira les paquets à mains nues et les mangea crus. Il poussa un rire euphorique, gémissant de plaisir en sentant la chair exploser sous ses dents avides, le sang gorgeant ses gencives et sa langue.

Son festin terminé, il s'essuya la bouche du revers de la main et but encore. Il décida de prendre une douche. Depuis combien de temps n'avait-il pas pris de douche ?

Il dansa sous le jet d'eau chaude, se frotta avec enthousiasme le dos à l'aide d'une brosse – ce que ça faisait du bien ! Il avait toujours le dos qui le démangeait après une pleine lune. Il ne trouva pas de brosse à dents, mais du dentifrice. Il s'en étala généreusement sur un doigt et frotta vigoureusement ses dents avec, sans s'interdire de masser ses gencives douloureuses. Il tira sur sa lèvre inférieure pour examiner les dégâts ; ses gencives étaient écarlates, mais il n'avait pas de lésion.

Profitant du grand miroir en pied, il s'examina sous toutes les coutures. Il avait une ou deux morsures supplémentaires – dont celle extrêmement douloureuse de Greyback, qui palpitait à l'en écœurer –, ainsi que le vague souvenir de s'être sévèrement cogné la tête contre un mur, mais il n'avait pas de symptôme de traumatisme crânien. La nausée était passée, et il se sentait plutôt bien.

Étrangement, il n'était pas très inquiet de l'aspect de la morsure de Greyback. Elle ne faisait pas si mal que ça, compte tenu de sa profondeur. Les sorts de soins qu'il avait appliqués avaient légèrement amélioré l'état de la blessure, mais il lui faudrait trouver un onguent semblable à celui qu'Erin avait appliqué sur Marley pour espérer guérir.

Marley…

Remus s'arracha à sa contemplation avec colère. Que cette blessure le tue, tant pis. De toute façon, il ne voyait pas où trouver de quoi s'en débarrasser.

— Vous ne m'en voudrez pas, marmonna-t-il en farfouillant dans les armoires de vêtements.

Il sélectionna des vêtements chauds et confortables. Ils étaient un peu grands, mais ça irait très bien. En revanche, les chaussures posaient problème. Il opta pour celles qui faisaient deux tailles de trop, ce serait moins pénible que trop petites. S'il parvenait à remettre la main sur son sac, il pourrait chausser ses vieilles baskets.

Le crissement des pneus sur le gravier devant la maison le fit sursauter.

Il s'empressa de lacer ses chaussures et de sortir par une fenêtre. Tant pis pour les « Reparo » qu'il comptait appliquer au salon, ils ne devaient pas le trouver là !

Sa baguette à la main, il parcourut un ou deux kilomètres en coupant à travers champs, ne s'arrêtant qu'une fois certain que personne ne le poursuivait. Cependant, l'effort qu'il demandait à son corps un lendemain de pleine lune était trop brutal.

Plié en deux, les mains sur les genoux, il dut reprendre son souffle et étirer son dos et ses jambes pour calmer les douleurs qui irradiaient le long de ses membres. Vaincu, il s'allongea sur le sol pendant un bon quart d'heure, fermant les yeux pour essayer de calmer son cœur et sa respiration.

— Allez, Lupin, grogna-t-il en se redressant sur un coude.

Il laissa filer autant de temps que nécessaire pour se sentir à nouveau bien. Pour ce qu'il allait faire, il était vital qu'il soit en pleine possession de ses moyens en cas de fuite.

Une fois rétabli, il transplana au dernier endroit connu de la meute.

Il crut qu'il allait encore vomir, mais la nausée reflua.

Des cadavres. Des dizaines de cadavres.

Il leva le visage au ciel, les lèvres tremblantes.

Non. Il refusait de regarder.

Accio sac de Remus ! lança-t-il d'une voix blanche.

Sitôt le sac entre les bras, il transplana à nouveau. Il savait qu'il était lâche, mais il ne pouvait pas. C'était au-dessus de ses forces. Il était incapable de s'agenouiller devant chaque corps inerte pour vérifier l'identité et la potentielle survie de la victime. C'étaient des gens qu'il connaissait. Des amis. Et il savait qu'il trouverait le cadavre de Lucian, dans un état qu'il ne voulait en aucun cas imaginer.

L'idée d'aller au camp lui traversa l'esprit.

Mais qu'y trouverait-il ? Des enfants mutilés, morts ? Des Mangemorts ?

Non, il devait continuer seul. Peut-être revenir vers Londres.

Lâche.

Il se mordit les lèvres, s'accroupissant entre les bruyères pour pleurer encore un peu.

Peut-être que le Remus Lupin d'avant aurait tout fait pour secourir les survivants et les enfants emmenés par Greyback, mais celui-ci était dévasté, épuisé, désespéré.

Quoi qu'il fasse, tout volait toujours en éclats. Il en avait assez.

...

Son errance fut assez courte.

Il rejoignit Londres, espérant trouver un refuge, un travail, un quelque chose le temps de se remettre. Mais rien, juste l'hostilité des gens pour cet homme pâle et émacié qui semblait souffrir en permanence.

Une semaine à dormir dans la rue et à dilapider le peu d'argent qu'il lui restait aura suffi à imprégner ses vêtements de saleté et à épuiser encore davantage son corps meurtri. Le plus terrible, c'était la nuit. Il parvenait à peine à dormir, trop inquiété par les autres sans-abris et tenaillé par la blessure qui s'infectait malgré ses tentatives pour limiter les dégâts et surtout contenir l'infection, essayant de se remémorer les soins de Mme Pomfresh.

Aussi, lorsqu'il finit par échouer au Chaudron Baveur, dépité, il ne s'attendait plus à la moindre main tendue ; de toute façon, sa fierté refusait d'admettre qu'il avait besoin d'aide. Ç'aurait été tellement simple de se rouler aux pieds de l'un des Maraudeurs en espérant qu'il inspire suffisamment pitié pour gagner un lit chaud et quelques jours de repos. Mais avait-il donc tout quitté pour rien ? Pour revenir au point de départ ?

Lorsque Remus leva le nez de son chocolat chaud et croisa les yeux écarquillés de Sirius, la stupeur fit rapidement place à la rancœur embusquée sous la surface. Mais aussi à ce désir profond, brutal, irrépressible de se blottir dans ses bras en pleurant toutes les larmes de son corps.

Pour s'en empêcher, il détourna la tête.

— Remus ! s'écria Sirius en se précipitant vers lui, un profond soulagement dans la voix.

Il serra les dents, ravalant les larmes, la brûlante bouffée d'affection et cette traître de joie qui explosait dans sa poitrine. Une fois son masque recomposé, il tourna lentement la tête vers lui, se faisant violence pour le regarder.

— Sirius, dit-il en retour.

Il se sentit aussitôt embarrassé en constatant que son ex-amant le dévisageait avec une horreur grandissante.

— Ça va, ne fais pas cette tête-là. J'ai encore toutes mes dents. Enfin, je crois.

Patmol ne semblait pas avoir écouté un seul mot de sa plaisanterie morbide.

— Il ne m'écoute même pas, grogna-t-il.

— R-Remus, bégaya Sirius, apparemment très inquiet. Tu… Tu vas bien ?

Cette simple question réveilla ses sentiments avec la puissance d'un ouragan. Sirius était toujours Sirius. Il l'avait quitté brutalement, sans un mot, sous les traits d'un traître et n'avait plus donné aucune nouvelle à qui que ce soit. Mais la première grande question de Sirius, c'était de savoir s'il allait bien.

— Je me porte comme un charme, merci bien, marmonna-t-il sèchement en baissant les yeux sur sa tasse.

S'il se plongeait à nouveau dans son regard…

Ce regard gris, ce satané regard gris qui lui rappelait le satin de ses boucles noires sur sa peau nue et faisait pétiller les bulles de Biéraubeurre dans son cœur.


Le prochain chapitre s'intitulera « Les derniers secrets ».