Nous voici donc à l'épilogue (enfin, sa première partie), il est bientôt temps de se dire au revoir ! Cette dernière partie opte pour un ton plus léger, plus conclusif aussi.
Merci à toutes celles et ceux qui ont lu cette histoire, en silence ou en fanfare, et merci tout particulièrement aux lectrices fidèles qui n'ont jamais oublié de commenter chaque chapitre.
Je reviendrai sur les raisons qui m'ont poussé à l'écrire dans la seconde partie de l'épilogue (le dernier chapitre, déjà !), pour peu que ça en intéresse quelques-un•es.
24 décembre 1982
Londres
— Le cadeau de Harry ! insista Remus en ajustant son nœud papillon devant le miroir de la chambre.
Du coin de l'œil, il vit les fesses pâles de Sirius disparaître à toute vitesse dans la cuisine. Il en revint échevelé et parfaitement nu, des gouttelettes d'eau scintillant encore sur sa peau malgré la demande expresse de son compagnon (« Dépêche-toi ! On est déjà en retard ! »).
Il est beau, ne put s'empêcher de penser Remus.
— Cadeau, haleta Sirius en pénétrant dans la chambre avec le gros paquet soigneusement emballé entre les bras.
Il le déposa précautionneusement sur le lit et, aiguillonné par le regard agacé de son amant, décida d'accélérer le mouvement en s'engouffrant à nouveau dans la salle de bains pour y chercher de quoi s'essuyer correctement.
Lupin entendit plusieurs fois des jurons et des bruits de meuble indiquant qu'il se cognait dans la précipitation, ce qui lui tira un sourire malgré l'appréhension qui s'était lovée au creux de son estomac. Il s'examina une dernière fois dans le miroir, s'assurant que sa toute nouvelle robe de soirée était bien ajustée, laissant apparaître un costume sobre et cintré.
— Mais oui, tu es beau, ronronna Sirius en embrassant son cou.
— Sirius ! s'écria-t-il, une main sur le cœur. Tu pourrais prévenir.
— Je me promène à poil dans tout l'appart en jurant comme un charretier, je pense que j'ai déjà été plus discret.
Remus gloussa, se laissant attirer par le col sans résister à son compagnon qui cueillit ses lèvres avec un plaisir évident.
— Tu es beau, répéta-t-il, d'une voix rauque et basse que Remus ne connaissait que trop bien.
— Tu essaieras de me déshabiller plus tard, rit le loup contre ses lèvres.
— Trop tard, ricana Black en défaisant son nœud papillon de ses doigts habiles.
Remus les cingla avec sa baguette, provoquant un « Ouille ! » indigné.
— Arrête tes bêtises, cette soirée est importante, gronda-t-il en refaisant le nœud papillon d'un coup de baguette magique.
Sirius ne recula pas devant l'air soudain anxieux de son compagnon. Il embrassa sagement sa joue pour lui assurer son soutien.
— Ça se passera très bien, mon amour. James a très bien pris mon coming-out, l'année dernière.
— Oui, et maintenant, James pense que je t'ai éconduit parce que je fréquente quelqu'un !
Sirius grimaça.
— Tu n'étais pas prêt à leur dire, qu'est-ce que tu voulais que je lui raconte ?
— Pas que je fréquentais quelqu'un, enfin !
— Mais je ne pouvais pas lui dire que tu étais hétéro, si ?
Remus grogna, contrarié. Sirius avait raison. Il l'avait laissé se débrouiller pour trouver un écran de fumée derrière lequel se cacher le temps qu'il trouve le courage d'annoncer leur relation à leurs amis. Ce n'était pas sa faute.
Après sa décision de s'accorder une seconde chance avec Sirius, il avait d'abord voulu prendre son temps et ne rien précipiter. Puis, les mois passant, leur bonheur allant croissant, il s'était mis à paniquer. Et si officialiser leur relation la rendait plus compliquée ? Et si ses amis lui tournaient le dos, alors qu'il avait renoué aussi facilement avec eux ? Et si tout ce bonheur, cet incroyable bonheur qu'il ne pensait jamais plus toucher du bout des doigts, s'effondrait en une seule annonce ?
Oh, Merlin, il allait faire une crise d'angoisse…
— Respire, lui intima doucement Sirius en posant des mains légères sur ses épaules, se coulant dans son dos pour croiser son regard dans le miroir. Voilà, regarde-moi. Inspire, expire, inspire…
— Comment est-ce que tu fais pour être aussi calme ? s'exclama Lupin, désespéré.
Était-il le seul à avoir envie de prendre ses jambes à son cou ? Pourquoi Sirius était-il toujours beaucoup plus courageux que lui ? Avait-il un problème ?
— J'ai confiance en James. Et Lily… Bah, c'est Lily. Elle ne peut pas mal réagir. Harry n'a que deux ans et demi, tout ce qu'il va faire, c'est tenter de nous assassiner avec son balai-jouet. Quoi qu'on dise, rien d'homophobe là-dedans.
Son trait d'humour arracha un petit rire à Remus, cependant pas tout à fait rassuré.
— J'ai peur qu'ils prennent mal la dissimulation de notre relation…
— Ça ira, Lunard. Je serai là du début à la fin – et même après, si tu vois ce que je veux dire.
Cela lui valut une tape sur l'épaule et un regard vacillant. Remus avait envie de rire, en même temps que de tout annuler. Il savait que Sirius faisait tout son possible pour le dérider et le tranquilliser, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. C'était plus fort que lui.
— Rem, soupira doucement Patmol, un peu inquiété par son agitation. Regarde.
Il désigna l'alliance qui trônait sur la table de nuit de son compagnon.
— Je t'ai fait la promesse que je te soutiendrai toujours, quoi qu'il arrive, quoi qu'on me dise. Tant que cette alliance restera là, tant que tu feras le choix de ne pas la jeter à la poubelle, je serai un roc. Je ne t'abandonnerai plus jamais, Lunard. Plus jamais, insista-t-il en prenant doucement son menton entre ses doigts. Je serai le plus heureux des hommes le jour où tu décideras de la porter, mais cela ne change en rien le fait que je tiendrai cette promesse jusqu'à ce que tu n'en veuilles plus. Est-ce que j'ai déjà manqué à ma parole ?
— Non, répondit timidement Remus, baissant les yeux.
Un peu rasséréné, le loup se blottit entre ses bras pour profiter de son odeur familière. Sirius embrassa ses cheveux et se recula légèrement.
— Maintenant, allons-y avant que tu ne voies l'heure et tombe dans les pommes.
Il fut très difficile à Remus de ne pas jeter un œil à la pendule, aussi reporta-t-il son regard sur son compagnon, enfin apprêté. Il s'immobilisa, complètement, les yeux écarquillés.
Sirius avait coiffé ses longs cheveux pour les rendre encore plus brillants et bouclés qu'à l'accoutumée, si bien qu'ils remontaient gracieusement autour de son visage distingué. Sa robe de soirée tombait élégamment sur ses larges épaules, découvrant un costume rouge et or éblouissant qui, évidemment, lui allait à la perfection.
— Tu es magnifique, balbutia Remus, le cœur emballé comme celui d'un collégien à son premier rendez-vous.
— Ah ! Enfin. Je pensais que tu ne le remarquerais jamais.
Lunard ne put s'empêcher de rire. Très caractéristique de Black, mais toujours délicieusement amusant.
— C'est du khôl ? s'enquit le loup-garou en penchant la tête, désignant ses yeux soulignés de noir.
— Tout à fait. Comment tu me trouves ?
— Je crois que je te l'ai déjà dit, sourit malicieusement Remus.
— Je crois que j'ai bien envie de t'entendre le redire.
Sirius arqua un sourcil gracieux, dans l'attente des compliments.
— Prends les cadeaux, et allons-y, trancha Lunard en se détournant avec un petit sourire satisfait.
Il pouvait presque sentir la déception puérile de son compagnon. Dans un soupir exagérément dramatique, il obéit et rassembla les cadeaux entassés sur le lit pour les ranger dans un sac agrandi par sortilège d'extension. Enfin, il glissa son bras sous celui de son amant et lui vola un dernier baiser avant de transplaner devant le cottage des Potter, à Godric's Hollow.
Il était prêt. Il se sentait prêt à leur annoncer.
Il pressa brièvement la main de Sirius, qui lui rendit son étreinte avant de ramener sagement ses deux mains autour du sac.
Remus eut toutes les peines du monde à transformer son sourire moqueur en expression polie lorsqu'il frappa à la porte et que Sirius se pencha vers une vitre pour se recoiffer.
— Quel tombeur, je vais finir par croire que tu essaies de draguer James, persifla-t-il, narquois.
— Bah alors, t'es jaloux ? s'enquit Cornedrue en leur ouvrant la porte.
Il était au moins aussi élégant que Sirius, quoiqu'avec moins de morgue.
— J'ai un faible pour les hommes mariés, que veux-tu ? rebondit joyeusement Patmol.
Remus leva les yeux au ciel.
— Joyeux réveillon, claironna Lily depuis le salon, les joues roses d'excitation.
Sa splendide robe dorée disparut de leur vue rapidement en s'engouffrant dans le salon, dirigeant plusieurs plats de sa baguette magique.
— Ah, je vois qu'on n'aide pas sa femme avec les tâches domestiques, le tança Sirius en s'avançant pour entrer, le sac de cadeaux à la main.
Mais James lui barra la route, soudain grimaçant. Les deux autres Maraudeurs s'entreregardèrent, interloqués.
— Euh, en fait, chuchota-t-il précipitamment, on a eu un petit souci de dernière minute. Une sorte de… d'invité surprise. Lily a insisté, ajouta-t-il en guise d'excuse.
— Ah, mais c'est probablement un professeur de Poudlard ! sourit Remus, soudain très gai.
— Euh… Oui ? Comment est-ce…
Sans le laisser finir sa phrase, le loup se coula dans l'entrée d'un pas bondissant pour rejoindre Lily, alors que Sirius lui emboîtait nonchalamment le pas et que James secouait frénétiquement la tête dans leur dos – en vain.
— Je voulais vous l'annoncer moi-même, mais nous pouvons fêter ça tout de suite ! s'exclama Lupin, très fier de lui. Dumbledore m'a proposé de reprendre le poste de…
Il s'interrompit brutalement, figé d'horreur.
C'était bien un professeur de Poudlard. Mais ce n'était ni Minerva, ni Albus, ni Filius.
C'était Severus Rogue, assis sur le canapé du salon, l'air de ne pas savoir ce qu'il faisait là. Ils échangèrent un long regard, et Remus entendit Sirius jurer si fort que Lily aboya un « Langage, Black ! » réprobateur.
— … professeur de Défense contre les Forces du Mal, acheva-t-il d'une voix blanche.
Le prochain (et ultime) chapitre s'intitulera évidemment « Celles d'après et toutes les autres – Partie II ».
