Héros disparu

Hermione Granger était folle d'inquiétude pour son meilleur ami.

Alors qu'elle était arrivée au QG de l'Ordre du Phénix pour l'anniversaire surprise d'Harry Potter, l'équipe qui devait aller le chercher, était revenue avec une grave nouvelle : Pétunia Dursley née Evans, la tante d'Harry, avait été portée disparue quelques jours plus tôt. Aussitôt, Albus Dumbledore, le chef de l'Ordre, avait distribué les tâches de chacun : une équipe allait se mettre à la recherche de la moldue tandis qu'une autre allait former la garde rapprochée du Survivant au 4 Privet Drive et le reste allait chercher des informations. Il se justifia en déclarant que si la personne qui renforçait la protection de la mère d'Harry n'était plus là, alors il serait en grave danger. Cela suffit pour que tout le monde se mette en branle, laissant sur les bras de Molly, Ginny et Ron Weasley ainsi qu'elle-même les restes d'une fête d'anniversaire avortée.

Mais deux jours plus tard, alors qu'elle y repensait à tête reposée, Hermione se posa des questions. Voldemort avait pris le sang d'Harry lors de sa renaissance donc la protection de Lily Potter devait désormais couler dans les veines de son ennemi. Quel était l'intérêt de forcer son ami à rester dans son foyer où il n'était clairement pas aimé en sachant que la seule personne que cette protection éloignait pouvait la contourner ?

Rongée par l'inquiétude, elle s'en ouvrit aux seuls adolescents de la maison, Ginny et Ron Weasley.

-C'est vrai que ce n'est pas logique, concéda Ginny après les explications d'Hermione. Mais nous ne savons rien de cette protection, mis à part ce qu'a bien voulu nous dire Dumbledore.

-Le professeur Dumbledore, corrigea distraitement Hermione.

-Elle a raison, fit Ron. J'ai demandé à Harry ce qu'il en pensait mais j'attends toujours sa réponse.

Une sueur froide coula dans le dos des trois amis, comme s'ils venaient de mettre le doigt sur une information importante.

-Il ne m'a pas écrit depuis le début des vacances, avoua Hermione. Et vous ?

-Non plus, fit Ginny. On ne sait même pas comment il prend la disparition de sa tante. En plus, en sachant ça, il aurait très bien pu venir ici !

-Tu sais très bien ce qu'a dit Dumbledore, rappela Ron en secouant la tête. Si sa tante n'est pas là, l'un des seuls endroits où il pourrait être en sécurité serait dans la maison où elle vit, à cause de son empreinte qui est partout.

-Est-ce qu'au moins on lui a proposé de venir quand on a su que sa tante avait disparu ? se demanda Ginny

Les trois amis se regardèrent avant de comprendre ce qu'ils avaient manqué ces deux derniers jours. Ils se précipitèrent au rez-de-chaussée et faillirent faire tomber Tonks qui venait faire son rapport.

-Tonks ! interpella Ginny en la relevant. Tu es allée chercher Harry, n'est-ce pas ?

-Oui, pourquoi ? s'étonna Tonks

-Est-ce que tu as vu Harry ? demanda Hermione

-Non, pesta Tonks. Dès que son oncle nous a annoncé que sa femme avait disparu, Lupin nous a ordonné de faire demi-tour. J'étais de garde juste après et je n'ai pas eu le temps de demander à Kingsley d'aller le voir.

-Qui a parlé à Harry depuis le retour du train ? demanda Ron

-Dumbledore ne l'a pas fait ? fronça des sourcils Tonks

-Pas à notre connaissance, répondit Hermione. Nous, on n'a reçu aucune lettre de sa part mais on se disait qu'avec la disparition de sa tante, Harry aurait pu être plus en sécurité ici.

-J'y ai pensé, avoua Tonks. Mais ça m'étonne que personne ne l'ait fait non plus. Venez.

Tous les quatre entrèrent dans la salle de bal où les membres de l'Ordre s'apprêtaient à commencer la réunion.

-Les enfants, vous n'avez rien à faire là ! tonna Molly

-Pitié, par Magia, tais-toi Molly ! siffla Tonks. Tu es bien la seule à ne pas te rendre compte que ce sont eux qui ont plus aidé Harry dans cette pièce et ce n'est pas en leur faisant croire qu'il ne se passe rien en dehors de ces murs qu'ils seront mieux préparés !

Molly, furieuse, voulut remettre cette gamine à sa place mais Tonks se désintéressa d'elle.

-Est-ce que quelqu'un sait où se trouve Harry ? demanda Tonks

-Il se trouve à son domicile, assura Albus.

-Très bien, je reformule ma question : est-ce que quelqu'un a vu Harry récemment ? fit Tonks

Quand les regards se firent interrogatifs, la sorcière sut qu'elle tenait sa chance.

-La dernière fois que la plupart d'entre nous l'avons vu, c'était sur le quai 9 ¾, rappela Tonks. Depuis, il n'y a aucun contact avec lui, ses meilleurs amis viennent de me le confirmer. Quand je suis allée le chercher, personne ne m'a confirmé qu'il était au courant qu'on venait le chercher car on supposait qu'il serait heureux de partir. Quand nous avons appris la disparition de sa tante, nous sommes repartis aussitôt alors que notre mission était de l'emmener en sécurité. Tout le monde est à la recherche de Pétunia Dursley mais personne ne s'est dit que ce serait une bonne idée de demander à Harry s'il avait une idée d'où se trouvait sa tante ?

Il était dommage que ni Kingsley ni Alastor ne soient présents car ils auraient tous les deux confirmé ses dires. Elle crut être allée trop loin mais le discret acquiescement de Severus Snape lui fit comprendre qu'elle avait raison.

-Tu aurais pu me le dire … protesta Remus, qui n'aimait pas être mis en porte-à-faux.

-Quand ? grinça Tonks. Quand tu proclamais à tout va qu'Harry serait heureux de te revoir alors que tu n'as même pas eu la décence de garder contact avec lui depuis que tu as quitté Poudlard ? Ou quand la première chose à laquelle tu as pensé quand on a appris la disparition de sa tante, c'est de retourner au QG sans un regard en arrière et sans même te préoccuper de savoir comment il prenait la mort de son parrain ?

-Du calme, tempéra Albus. Il est vrai que nous avons négligé ce détail et je compte y remédier après cette réunion …

-Réunion que vous devrez déplacer, coupa Tonks. C'est cela que j'étais venu vous annoncer. Le ministère a décrété que sans testament dont il a connaissance et en attendant que la magie familiale désigne le nouveau chef de clan, tout le patrimoine du clan Black sera scellé à la prochaine pleine lune, soit demain, et désormais géré par Gringotts. Si vous n'avez pas de document officiel qui vous donne le droit d'être ici, vous serez expulsés avec les intérêts en prime. Maintenant que j'ai terminé, je rentre chez moi dormir. Bonne soirée.

-Mais … protesta Molly, qui habitait sur place.

-J'en avais entendu parler, concéda Albus, mais je ne pensais pas qu'ils se décideraient aussi vite. Nous allons donc quitter le QG et je nous trouverai un nouveau lieu de rendez-vous. Vous autres, vous pouvez y aller. Avez-vous besoin d'aide, Molly ?

-Non, ça ira, grogna Molly.

Tandis que la matrone commençait les cartons et que les membres de l'Ordre quittaient la demeure, Albus Dumbledore décida de se rendre à Privet Drive pour interroger Harry. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour sonner à la porte.

-Vous voulez quoi ? grogna l'homme

-Bonsoir, monsieur Dursley, je suis Albus Dumbledore, directeur de Poudlard, se présenta le vieux sorcier. Je dois parler à Harry Potter.

-Il n'est pas là, répondit Vernon.

-Il est tard, remarqua Albus. Je pensais qu'il serait déjà rentré chez lui.

-Vous n'avez pas compris, vieux fou, gronda Vernon. Quand cette petite vermine s'est rendu compte que ma femme avait disparu, il s'est barré ! Maintenant, fichez-moi la paix !

L'homme claqua la porte au nez du vénérable sorcier qui n'en croyait pas ses oreilles.