Un nouveau monde
Minerva McGonagall avait perdu son calme depuis une bonne quinzaine de minutes, vociférant toujours plus fort contre l'opposition face à elle.
Le sujet ? Les funérailles d'Albus Dumbledore. A la lecture de l'article qui annonçait qu'il allait être traîné en justice, le sorcier avait eu une crise cardiaque et ni St Mangouste ni Poppy Pomfrey n'avaient réussi à le sauver. A l'annonce de sa mort, beaucoup de sorciers avaient exigé qu'il soit enterré à Poudlard mais mis à part Minerva McGonagall, le conseil d'administration et tous les professeurs s'y opposaient.
La raison ? Harry Potter avait révélé une partie de ses motifs d'accusation et pas des moindres : abus de pouvoir, détournement de fonds et le pire, mise en danger de mineur en la personne d'Harry Potter lui-même au sein même de Poudlard.
-IL SUFFIT ! rugit Severus en tapant du poing sur la table
-Severus Snape, ce n'est pas parce que … siffla Minerva.
-Taisez-vous, vieille pie ! cracha Severus. Ce n'est pas parce que vous êtes complètement aveugle sur les actes de ce sorcier qui vous a fait miroiter le bonheur depuis une trentaine d'années que c'est le cas pour tout le monde !
-Comment osez-vous ?! s'indigna Minerva
-J'ouvre la bouche et je parle, répliqua vertement Severus. Etes-vous donc la seule à ne pas savoir que Dumbledore est irrémédiablement gay ?
Minerva ouvrit la bouche, stupéfaite. Elle regarda autour d'elle et ne rencontra que des regards goguenards ou exaspérés de la voir si naïve.
-Ce n'est pas … balbutia Minerva.
-Possible ? termina Severus. Qui croyez-vous que soient les jeunes hommes avec lesquels il est photographié quand il est hors de Grande Bretagne ?
-Il m'a dit qu'il s'agissait d'étudiants demandant son expertise, souffla Minerva.
-Des étudiants qu'il invite dans sa chambre et qui ne la quittent pas de la nuit ? railla Severus. Toujours des hommes ? Quand était-ce la dernière fois que vous avez couché ensemble ? Si vous avez effectivement couché ensemble au moins une fois …
-Il s'agit de ma vie privée ! s'offusqua Minerva
-Non, il s'agit de votre aveuglement au sujet de Dumbledore, répliqua Severus. Osez me dire qu'Harry Potter n'a pas risqué sa vie pendant ses cinq premières années de scolarité ! Il a dû se rendre dans la forêt interdite en pleine nuit à onze ans alors qu'une créature tuait des licornes ! A douze ans, il a été mordu par une créature si dangereuse qu'il a fallu des larmes de phénix pour le soigner pendant trois jours ! Des centaines de détraqueurs ont failli l'embrasser à treize ans ! Il a été forcé à participer au tournoi des trois sorciers à quatorze ans et la coupe était un portauloin qui l'a conduit directement dans les bras de Voldemort alors que tout était sous la responsabilité de Dumbledore ! N'oublions pas qu'il a couvert les actes de Dolores Ombrage qui a torturé les élèves sous nos yeux en déclarant qu'en tant que représentante du ministère, nous avions les mains liées alors que ce n'était pas vrai ! En sachant tout cela, comment pouvez-vous oser espérer qu'on rende hommage en grande pompe à ce sorcier qui a mis en danger les élèves sous sa responsabilité ?
-Mais c'est un grand sorcier ! s'exclama Minerva. Il a quand même vaincu de grands mages noirs !
-Uniquement Grindelwald, rappela fraîchement Filius. Il ne peut même pas se vanter d'avoir défait Voldemort malgré le fait qu'il prétendait lui faire peur. Severus a raison, il est hors de question que Dumbledore soit enterré à Poudlard avec de telles accusations contre lui.
-Au pire, s'il est blanchi, il est toujours possible de le transférer, déclara Pomona. Mais si des directeurs bien plus prestigieux n'ont pas réussi à se faire enterrer ici, je ne vois pas pourquoi lui le pourrait.
Minerva voulut s'insurger mais Filius lui coupa la parole.
-Qui sont pour ne pas enterrer Albus Dumbledore à Poudlard ? demanda le directeur de Serdaigle
Mis à part celle de Minerva, toutes les mains se levèrent.
-A la majorité quasi absolue, la demande est rejetée, décréta Filius. Merci à tous d'être venus.
Les professeurs quittèrent peu à peu la salle, y compris Minerva drapée dans les lambeaux de sa dignité. Seuls restèrent Pomona, Severus et Filius.
-Est-ce que vous ne trouvez pas … commença Severus.
-Que sa fidélité est trop ? termina Filius. C'est ce que je me suis dit aussi.
-Minerva n'a jamais eu la langue dans sa poche mais depuis qu'elle enseigne ici, c'est comme si elle ne vivait, elle ne respirait et elle n'obéissait qu'à Dumbledore, commenta Pomona. Vous avez me trouver parano mais je ne serais pas étonnée de voir de la magie là-dessous.
-Idem, lâcha Severus.
-Il va falloir s'en assurer, déclara Filius. Je m'en occupe.
§§§§§
La mort subite d'Albus Dumbledore avait été une surprise pour tout le monde mais surtout un soulagement pour les sangs purs. Il ne leur restait plus qu'à ne pas manquer le coche pour réellement rétablir les us et coutumes magiques. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'ils s'étaient vertement opposés pour qu'il soit enterré à Poudlard, appuyés par le conseil d'administration et les professeurs eux-mêmes. Ses funérailles avaient été réalisées dans la plus grande discrétion et son frère Abelforth avait refusé tout public.
Mais Harry savait que ce n'était pas tout à fait la vérité.
-Avec la mort d'Albus, ta plainte aurait dû s'annuler d'elle-même, faute d'accusé, expliqua Abelforth, vêtu de ses robes de langue de plomb. A cause de l'identité de la personne contre laquelle tu as déposé plainte, nous avons utilisé un rituel légèrement différent pour officialiser la procédure.
-Lequel ? demanda Harry
-Le nom ne te dira rien, assura Abelforth. Il vaut mieux nous pencher sur les conséquences.
-Les conséquences ? s'étonna Harry
-Oui, sourit Abelforth. Le rituel nous permettait de savoir si mon cher frère était bien mort et d'identifier ses descendants éventuels.
-Quelque chose me dit que ça n'a pas marché comme vous l'avez pensé, fit Harry.
-Oui, soupira Abelforth. Albus n'est pas mort. Enfin, pas tout à fait, ce n'est pas encore clair.
Un frisson glacé coula dans le dos d'Harry.
-Ça aurait été trop beau qu'il n'ait pas été au courant de tout ce qu'il faisait avec sa détestable manie de jeter un coup d'œil dans l'esprit des gens, grommela Harry.
-Je me trompe ou tu sais ce qui se passe ? s'inquiéta Abelforth
-Je pense que Dumbledore a créé un horcruxe, soupira lourdement Harry.
-Comment peux-tu être au courant de cette aberration ? haleta Abelforth
-Il se trouve que j'en étais un jusqu'à la révélation de ma dynamique, répondit Harry. Les personnes qui m'ont purifié du sort qui la bloquait ont rapidement repéré ce parasite et me l'ont enlevé. Elles ont également ajouté que toute personne douée dans les arts de l'esprit ou suffisamment sensible par rapport à la magie l'aurait repéré. Mes alliés ont mis un an pour retrouver les autres horcruxes et les livrer au CIM.
-Si je résume bien, tu dis qu'Albus a créé un horcruxe après avoir vu le processus dans la tête de Voldemort ? articula sombrement Abelforth
-C'est une hypothèse, rappela Harry. Mais avec les éléments que nous avons, c'est plus que possible, non ?
-Et ça expliquerait pourquoi nous avons la trace d'un descendant alors que j'ai toujours surveillé ses potentiels enfants, grogna Abelforth. Albus est assez stupide pour s'être rendu coupable de ce crime, donc je vais me diriger dans cette direction. Autre chose que je dois savoir, gamin ?
-De ce que je sais, un horcruxe est généralement un objet, réfléchit Harry. Mais les deux derniers horcruxes de Voldemort étaient Nagini, son serpent, et moi. Le morceau d'âme ponctionne dans la magie de l'être vivant pour survivre mais il a mis des années à s'infiltrer en moi et encore, il a réussi parce que mon esprit était méthodiquement attaqué par légilimencie.
-Pardon ? s'étouffa Abelforth
-Ce sera une histoire pour une autre fois, balaya Harry. Je n'ai pas d'autres informations.
-On en discutera, gamin, prévint Abelforth. En attendant, reste à Poudlard jusqu'à ce que je te dise que c'est bon. Pas de vadrouille à Londres pour tes affaires. Compris ?
-Mais … protesta Harry.
-Si ce que tu me dis est vrai, l'horcruxe d'Albus a pu infiltrer son hôte depuis le temps qu'il a été créé, déclara Abelforth. Tant que je ne l'aurais pas localisé et neutralisé, je préfère te savoir en sécurité. Ne t'inquiète pas, ça ne prendra pas longtemps.
-Je partirai avec le train, décréta Harry. Vous avez donc deux mois, ce sera suffisant ?
-C'est correct, concéda Abelforth. Bon vent, gamin !
Harry sourit alors que le langue de plomb quittait la pièce et que lui-même était reconduit à la sortie.
