J'ai enlevé l'ancien chapitre, mis celui-ci. Il ne me plaisait pas puis j'ai perdu quelques temps l'inspiration quant à cette histoire. Puis, j'ai écrit ce chapitre. Il me plaît. Moralité : N'écrire que ce qui nous fait plaisir sinon on n'y arrive plus.
Merci à Neiflheim de suivre cette histoire, en espérant qu'elle continue à te plaire; A bientôt Yushi


Chapitre 5

Le présent

La mer fait un ressac monstrueux. D'avant en arrière, elle ne cesse de vouloir s'échouer dévastatrice sur ces rochers acérés comme des lames de couteaux, comme s'ils refusaient l'érosion naturelle des choses. Il pleut, la tempête fait rage. Luna tient serrée contre son coeur sa baguette. Sa robe bleue azure lui colle à la peau, ses longs cheveux sont trempées.

Elle regarde la muraille de protection sur les rochers, avec ce temps affreux, qui plus est la nuit elle ne voit pas où se trouve la faille, mais elle connaît par cœur son emplacement.

Le lendemain de sa visite nocturne, il avait demandé à la voir avant de repartir, encore, loin d'elle. Il lui avait encore cruellement marqué la peau de ses doigts, meurtrissant ses poignets, comme s'il lui était impossible d'être suffisamment tendre, comme si les trente ans d'attente l'avait transformé en un monstre de désir incontrôlable. Pourtant, il se contrôlait, elle devait bien l'admettre. Il ne l'avait pas encore touché, hormis ces quelques caresses innocentes ou ce baiser. Il l'avait donc pris par les poignets pour la coller à nouveau à lui. Elle avait tremblé malgré elle à ce contact. Il l'avait senti, cela l'avait déplu alors il avait resserré son emprise.

- Tu peux te promener sur la plage avec Carry, avait-il dit.

Une bonne nouvelle avant une menace, bien sûr. Au moindre pas de travers, il se vengerait sur son père bien aimé. Mais la menace ne l'a pas arrêté.

A l'aide d'un sort informulé elle avait rendu apparent le filtre protecteur et de son œil observateur vu la faille dans les rochers. La voilà au milieu de la nuit, dehors, dans la tempête sur le point de retrouver sa liberté.

Elle regarde inquiète furtivement derrière elle. Personne n'est sur la plage, personne ne sait qu'elle s'est enfuie. Des lumières se dessinent dans la maison, elle n'a pas le temps, elle le sait. Elle commence à grimper, range sa baguette dans son soutien gorge, pour ne pas qu'elle tombe par inadvertance. Elle s'écorche, se fait mal, ses mains commencent à saigner, elle glisse plus d'une fois, déchire sa robe, s'arrache même des cheveux.

Elle arrive enfin tout près de la barrière qui luit sous la pluie, par vague, bleutée. Un véritable spectacle. Elle se doit d'être bien plus prudente. La toucher équivaudrait à perdre un membre. Elle jette à nouveau un regard en arrière, elle voit deux hommes courir au loin sur la plage. Elle descend de son rocher, se rattrape prestement sur ses pieds. Elle voit enfin la faille, descend un autre rocher, glisse. Avec toute sa force, elle arrive à ne pas toucher la barrière, son corps à 2 centimètres du feu de la magie.

Elle se met sur ses genoux, puis à plat ventre. Elle n'est pas sûre de passer, il se peut qu'elle laisse sa vie à tenter, mais elle le fait tout de même. Cette interstice de 40 centimètres doit la laisser passer coûte que coûte. Elle essaie de se faire plus plate encore, vide l'air de ses poumons, tend les bras et commence à ramper. Elle ne sait combien de temps dure ses gesticulations mais lorsqu'elle se permet de soulever un peu la tête pour voir son avancée, elle constaste qu'il ne reste plus que ses pieds à passer.

Habilement, elle les fait passer et se relève. Alors, elle continue à arpenter les rochers marrons, véritable barrière naturelle, prison de son corps. Mais Luna n'écoute plus que son courage, l'étape la plus ardue vient de passer. Maintenant, elle doit se cacher afin d'essayer de transplaner. En effet, elle n'a pas eu le temps d'apprendre la technique. Mais, elle a lu des parchemins à ce sujet. Elle risquera l'entreprise mais pour cela, elle doit se mettre dans un endroit où Carry et Demiev ne risquent pas de lui tomber dessus. Alors, elle avance, ne faisant fi aux douleurs de ses plaies et contusions.

Lorsqu'elle trouve un renfoncement dans un rocher. Elle saute dans le trou, se réceptionne mal, se coupe méchamment la paume de sa main. Elle crie malgré elle mais se reprend aussitôt, grimaçant en se tenant sa main. Elle respire un grand coup. Le bruit est étouffé dans cette petite cavité, elle tend l'oreille mais n'entend rien d'autre que la pluie, l'orage et la mer qui s'écrase encore et encore. Elle n'a pas le temps pour sa main. Elle ferme les yeux, respire plus profondément. Si elle réussit, elle ira chercher son père et ils se cacheront chez l'ordre du phénix. Faire le vide, visualiser l'endroit où l'on veut aller. Faire le vide. Visualiser. Elle se sent prête, voit avec une parfaite clarté sa campagne, sa maison, même son père. Une petite impulsion et elle sent qu'elle y sera, qu'elle va y arriver. Quand une douleur fulgurante la prend au crâne, quelqu'un la tire par les cheveux.

- Tu es là, petite pute !

Elle tente d'échapper à ses mains, Demiev la tire toujours par les cheveux, mais l'agrippe désormais par le dos de sa robe, la soulevant du sol. Elle griffe ses avant-bras, essaie par tous les moyens de lui échapper. Elle ne peut pas échouer maintenant. Il lui fait un mal de chien, elle se reprend, dans un éclair de lucidité la panique cède la place à l'intelligence, elle plonge sa main dans son décolleté, agrippe avec espoir le bois de sa baguette mais déjà il l'a fait sortir du trou et lui lance un sort, bien plus rapide qu'elle.

Étalée sur la roche, elle perd pied avec la réalité quelques instants. Où est sa baguette ? Elle voit Demiev, ombre dangereuse en face d'elle. Elle est incapable de bouger, il l'a immobilisée. Il s'agenouille, il crache au sol, se gratte sa barbe de trois jours. Il a sa baguette. Il l'a regarde alors, des pieds à la tête, le regard lubrique. Il plisse des yeux, tord sa bouche, en proie à une longue réflexion.

Luna ne peut que deviner ce qu'il se dit. Peut-il la violer sans que cela se sache ? Elle respire plus fortement dans l'expectative, prie tous les saints d'échapper à ce traitement. Mais déjà, elle sent sa main remonter sa robe avec une lenteur insupportable. Elle a envie de se replier sur elle-même mais le sort est efficace et l'empêche de bouger le moindre muscle. Seuls ses yeux arrivent à se mouvoir, lui permettant de voir tous les détails de cet homme. Il lui tire à présent à nouveau les cheveux, elle gémit de douleur. Il se penche sur son visage au point qu'elle sent son souffle chaud et son haleine.

- Es-tu vierge ?

Mais évidemment, elle ne peut pas répondre et ne veut lui répondre. Il reste ainsi à la fixer pendant un moment qui lui semble bien trop long, quand enfin, il se lève et la soulève par la même occasion. Il l'encorde, avant de la prendre tel un paquet sur son épaule. Elle est effrayée, peu importe où il l'emmène, rien n'augure de bon pour elle. S'il la ramène directement à la maison, elle va devoir supporter la colère du mage noir à son retour et elle sait que son bon traitement va cesser. Et si Demiev l'emmène ailleurs avant, afin de commettre son forfait sur elle ? Une voix familière la sort de cette sombre pensée.

- Putain, elle était où ?

Carry. Elle entend l'énervement mais également le soulagement dans sa voix. Demiev se tourne vers lui, elle le voit alors, grand, sa baguette au poing, sourcils froncés, il scanne rapidement le corps gisant de la serdaigle sur son épaule. Il regarde alors Demiev durement.

- Pourquoi elle saigne ? Tu lui as fait quoi ? Lui demande-t-il sur un ton qui ressemble plus à une menace qu'à une réelle interrogation.

- Rien du tout, répond hargneusement le russe, piqué à vif. Je l'ai retrouvé comme ça dans un trou à la con. Elle a dû se faire mal en s'enfuyant à travers les rochers. Dans cette tenue ce n'est pas étonnant.

Carry le regarde mauvais, il n'arrive pas à le croire visiblement. Il lui fit un signe de la main.

- Donne-la moi, lui ordonne-t-il durement.

De mauvaise humeur, Demiev la lâche abruptement, et elle ne doit qu'à la vivacité de Carry de ne pas tomber au sol lourdement. Elle sent le sort qui l'immobilise disparaitre en même temps que Demiev part vers la maison sans un regard en arrière, tout en remettant le sort de protection sur le domaine.

- Tu n'aurais pas dû faire ça Lovegood, dit sombrement Carry. Vraiment pas.


Les regarder parler, s'échanger des messes-basses, mais Luna lit sur les lèvres. Sa vue est brouillée, elle a les larmes presque débordantes. Un simple clignement de paupière ferait partir le sel sur son visage. Elle ne pense plus qu'à son père. Peut-être l'ordre est déjà donné de le trouver ? Pour faire quoi ? Le tuer ? L'emprisonner ? Tout ça parce qu'elle n'avait pas été assez rapide... Une lueur dans son cœur la rassure néanmoins. Son père n'aurait pas voulu qu'elle fasse autrement. Elle se sent comme dans un nuage, un nuage malaisant. Carry demande à la médicomage de la soigner et de vérifier pour être sûr qu'elle n'a subi aucun sévisse sexuel. En entendant parler de ses blessures, elle se rappela subitement du sang qui s'écoule de sa main jusqu'au sol. Elle regarde le sang formé un cercle parfait par terre sur la pierre, si rouge, si épais. Elle tremble de froid sous ce plaid, bien que Carry lui ai lancé un sort de séchage. Elle a froid de désespoir qui lui étreint le cœur.

Pendant qu'on recousait la main à l'aide d'une aiguille magique, elle sentit l'atmosphère se contracter violemment, la seconde d'après il était là. Fort, puissant, mais surtout en colère.