Elle avançait, serrant de toutes ses forces, ce plaid rugueux, sentant avec anormalité une froideur qui rampait dans ses os. La pièce était chaude pourtant, ses cheveux avaient été séché par un sort par l'infirmière qui avait constaté qu'elle ne s'était pas faite violer.

Elle n'osait lever les yeux, fixant avec une absurdité étrange le carrelage noir et blanc. Elle le sentait, puissant, énigmatique de l'autre côté de la pièce que seul un feu de cheminée éclairait. Il la fixait, elle le savait. Elle sentait sa colère gronder en elle. Elle était prête au châtiment, prête à entendre la mort de son père, voire même à devoir la subir, la contempler de ses propres yeux. Son père voudrait qu'elle soit forte. Luna était prête à se plonger dans son monde pour vivre ce qu'il y aurait à vivre.

- Regarde-moi Luna ! Lui imposa-t-il de sa voix inflexible et dur.

Il criait presque.

Elle sursauta, il la sortit malgré elle de son imagerie. Elle leva subitement ses grands yeux bleus sur lui. Il portait sa grande robe noire, sa cape encore sur le dos, sa baguette fichée dans une main. Ses cheveux étaient mouillés, tombant en ondulation autour de son visage. En croisant ses yeux, un léger mouvement de mâchoire apparut le visage du mage noir, ses yeux marrons la toisaient avec un éclat étrange, il semblait tout d'un coup contrit.

Mais cet instant de flottement ne dura pas, ne durait jamais bien longtemps. Son regard redevint dur, celui d'un fou. Il lui fit un léger signe de la main afin qu'elle s'approcha de lui. Tout semblait menaçant.

Elle s'avança, incertaine, n'avait d'autres choix que de lui obéir, ne souhaitant davantage accentuer sa colère. Elle était maintenant face à lui, il la surplomba de sa hauteur. Une fois de plus, elle sentit son aura s'échouer en elle, dévastatrice, sa tête lui tournait. Elle aurait voulu s'agripper à quelque chose, mais le canapé était bien trop loin, les meubles hors de portée. Son visage dessinait une moue déplaisante, la colère ravageait ses traits. Ses lèvres se repliaient presque l'une sur l'autre. Allait-t-il la frapper ? Lui jeter un sort cuisant ? L'attente était longue, bien trop longue.

- Comment as-tu pu me faire cela ? Chuchota-t-il la voix pleine de rage.

Elle baissa à nouveau les yeux, ne pouvait plus le regarder. La peur lui taraudait le ventre, la proximité du feu de la cheminée la faisait presque suffoquer.

- Je... commença-t-elle.

Mais elle quoi ? Que dire ? Elle avait voulu s'enfuir, un point c'est tout. Il n'y avait rien à ajouter. Et lui aussi le savait. Elle tangua un peu plus, posa une main sur lui comme pour se rattraper. Elle sentit son corps ferme comme un appui, ferma les yeux, son énergie l'abandonnait.

Mais lui n'en avait pas fini avec elle, n'avait à peine commencer. Il saisit brutalement sa couverture et la retira d'elle avec une violence nullement contenue. Elle tomba au sol, sentit le froid l'étreindre à nouveau, sa robe bleue ciel déchirée trempée, collée à son corps.

Il la contempla, aucune once de pitié ou de tendresse n'apparaissaient dans ses yeux, ses traits toujours ravagés par la rage. Il ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose mais resta ainsi. L'instant d'après, il était avec elle sur le tapis, agenouillé à son tour, une main dans ses cheveux, tirant avec force pour qu'elle lui fasse face. Un son plaintif de douleur sortit de la bouche de Luna.

- Je sais... dit-il de sa voix serpentine. Je sais que les choses te sont difficiles Luna.

Il lui lâcha alors sa chevelure et la prit brutalement dans ses bras, la serrant avec tant de force qu'une fois de plus, l'air manqua à la jeune serdaigle. Elle sentit son souffle saccadé contre sa nuque, son oreille. Sa peau contre la sienne, ses cheveux humides sur son visage. Elle ne put empêcher son corps de réagir au sien, elle se sentit étrange, son estomac se retourna, une once de chaleur l'envahit alors. Elle ne se sentit tout d'un plus en insécurité alors qu'il était plus menaçant que jamais.

- J'ai besoin de toi, dit-il à voix basse, dans un chuchotis presqu'imperceptible.

Elle n'eut le temps de réagir que déjà il se relèvait, et elle tomba, de ne plus être soutenue aussi subitement. Mais il effectua un geste de la main et elle se sentit soulevée malgré elle. Il lui empoigna le bras, ses doigts s'enfonçant douloureusement, ses ongles lui déchirant presque la peau. Il la contraignit à le regarder, des larmes lui montèrent aux yeux. Quand arrêtera-t-il de la malmener ?

- Promets-moi de ne jamais recommencer de t'enfuir, dit-il d'une voix devenue plus égale.

- Mon père... lâcha-t-elle dans un souffle.

Elle sentit la fureur dans ses yeux.

- Il n'y a que lui qui t'intéresse.

Il la jeta alors et elle tomba à nouveau sur le tapis avec fracas. Son épaule la lançait douloureusement.

- Tu as bien de la chance, d'ailleurs ce sera peut-être ta seule chance ce soir, dit-il méprisant en pointant un doigt sur elle, ton cher paternel est introuvable, remercions l'ordre du phénix j'imagine.

Il cracha presque ces derniers mots, dégoûté par tous ceux qui ne voulaient reconnaître son pouvoir.

- Demiev, Carry, appela-t-il en hurlant comme un fou.

Ces derniers entrèrent, constatèrent la jeune femme au sol qui essayait de se relever. Ils n'osaient regarder leur maître dans les yeux, sachant se trouver au plein milieu d'une scène de ménage et que l'être le plus puissant, hors de ses gonds, n'osaient déverser toute sa violence sur la jeune femme. Ils sentaient l'air électrique. Ils sentaient la puissance qui risquait de se déverser sur eux au lieu de sur elle. Ils se prosternèrent devant lui mais déjà il leur lançait un sort informulé, et tout deux finirent à genoux, souffrant visiblement de la tête. Un sort de torture.

Voldemort se prostra devant Carry.

- Comment cela a-t-il pu seulement survenir Carry ?

Il le gifla violemment du revers de la main, du sang s'échappa de la bouche de celui qui lui avait juré allégeance. Demiev, quant à lui regarda au sol, sachant que son tour est proche, et craignant bien pire que la simple colère d'avoir pu laisser s'enfuir la jeune femme. Luna serra son poing contre son cœur, effrayée par la correction. Il se tourna désormais vers le russe.

- Et toi, Demiev, je lis en toi comme dans un livre ouvert, tu es absolument nul en ce qui concerne l'occlumentie, dit-il avec un dégoût non voilé. Comment as-tu pu seulement envisager de la violer ? Et pire de tout, comment as-tu pu seulement oser la toucher ?

- Je n'ai rien fait, maître, essaya de se défendre l'homme qui craignait pour sa vie.

Voldemort eut un petit rire cruel.

- Ha et je devrais te remercier de ne pas l'avoir violé tout compte fait ? le questionna-t-il ironique. C'est ça que tu veux me dire ? Réponds !

- Non maître, mais... je ne l'ai pas... jamais je ne vous ferais ça.

- Bien sûr, répondit tranquillement le maître des ténèbres, se moquant ouvertement de lui.

Il se tourna alors vers Luna, d'un mouvement de main brusque la releva et la colla à lui. Il lui posa un doigt sur le front et pénétra son esprit sans tendresse. Elle était épuisée par sa fuite, épuisée de s'être défendue avec Demiev. Et surtout, à bout pour toute la peur qu'elle ressentait. Il regarda néanmoins le souvenir. Oui, il avait cette lueur lubrique dans les yeux, oui il avait même caressé sa jambe. Il sortit de sa tête tout en continuant de la maintenir. Il tourna sa tête lentement vers Demiev qui regardait le sol farouchement. Presque tremblant. Il se savait perdu.

Demiev ouvrit la bouche mais n'eut pas le temps de dire quoique ce soit que le sort impardonnable de la torture le frappa en plein cœur. Il tomba sur le dos, hurlait en se tortillant sur lui-même tandis que Voldemort, lâchant une fois de plus brutalement Luna, fonça sur le russe pour l'harasser de coup de pieds, toujours plus violents, toujours plus forts. Luna émit un cri apeurés. Les cris du russe étaient inaudibles tant la sentence était impitoyable. Elle tendit sa main vers le mage noir pour le faire arrêter mais le regard de Carry toujours agenouillé à côté du battu, l'arrêta. Il lui dit non de la tête. Mais c'était plus qu'elle ne pouvait en supporter.

- Arrête, dit-elle trop faiblement, sa voix noyée par les cris et la bestialité du mage noir qui ne cessait de le ruer de coups sauvagement, le sang sortant désormais de la bouche de son gardien.

Elle s'approcha, agrippa sa cape.

- Arrête, je t'en supplie, dit-elle plus fortement de sa voix fluette.

Il se retourna vers elle, ses yeux en proie à une folie non contenue. Le sort de torture levé, le condamné ne respirait quasiment plus. Elle se demanda si le prochain coup ne serait pas pour elle, elle s'attendait à recevoir une gifle, au lieu de quoi, il la considera longtemps. Il se retourna lentement vers Demiev qui s'était mis en position fœtal. Il lui assena un dernier coup de pied hargneux en plein dans sa tête, le sorcier se cogna violemment contre le carrelage et mourut.