LONG TIME NO SEE ! Désolée !
Edward était tendu. Il était reconnaissant de partager la charge de travail pour ce devoir, vraiment reconnaissant. Cependant, il était effrayé à l'idée de partager ces heures de travail avec Bella. Il craignait de faire ou dire une bêtise, qu'elle ne lui parle plus jamais et qu'il soit obligé faire le travail tout seul, qu'il finisse à la rue parce que faire seul ce travail signifiait le rater à cause de la charge de travail qu'il a.
Cette seule pensée lui obstrue la gorge.
La vie d'Edward n'est pas simple. Il travaille dans un supermarché dès que c'est possible. Sa mère étant bien trop occupée à d'autres activités, il doit penser à absolument tout. Cuisiner, nettoyer, même payer les factures. Si tout n'est pas parfait, il sait à quoi s'attendre.
Et il n'a pas envie de vivre ça.
Il pense sincèrement que sa mère ne l'aime pas. Elle ne lui a jamais montré d'affection, jamais dit de mots doux, pas même lorsqu'il était enfant.
Sans figure paternelle, sans amis, sans famille. Il a même l'impression que sa mère lui en veut d'être venu au monde, qu'elle aurait été plus heureuse sans lui.
Que le monde serait meilleur s'il n'existait pas.
La volonté de se transformer en fantôme lui traverse souvent l'esprit. Il ne veut jamais se faire remarquer, imaginer les choses qui se produisent sans qu'il ait à interagir avec. Il passe des journées entières à se persuadé qu'il n'est qu'une tare pour l'univers.
Le peu d'espoir qui réside en lui le pousse à changer les choses, à tout faire pour avoir une bourse et changer enfin quelque chose. Faire des études en écobiologie. Ce seul espoir s'affine tandis que ses idées noires l'engloutissent.
Il n'ose pas se l'avouer mais, parfois, il a peur de rentrer chez lui. Il a peur de voir sa mère sur ce canapé, qu'elle lui reproche quelque chose – n'importe quoi, des conneries – et qu'elle devienne violente.
Il a peur de la voir avec un homme. C'est pire, parce qu'il sait qu'elle ne fait pas que boire quand ils sont ensemble, et il n'aime pas nettoyer le vomi qui suit après l'overdose.
Sa mélancolie n'est pas venue toute seule. Elle vient accompagnée d'une vie entière de malheur, de reproches, de pensées négatives, d'honte, de culpabilité…
Comment peut-il apprendre à s'aimer alors qu'il n'a jamais connu l'amour ?
Comme chaque vendredi, il ne travaille pas. Habituellement, il aime se balader dans les parcs alentours, se changer les idées, mais pas aujourd'hui. Il doit rentrer chez lui, prendre des affaires avant de retrouver Bella.
Et l'idée de rentrer aussi tôt chez lui l'effraie plus qu'aller à l'école.
Il franchi le seuil de la porte le plus discrètement possible. La porte d'entrée grince un peu, mais il arrive à apercevoir sa mère endormie dans le canapé, la télévision allumée.
Un soupir de soulagement lui échappe. Il aimerait tant quitter cette maison, ne plus jamais la revoir mais rien que cette idée le culpabilise. Il ne peut laisser sa pauvre mère seule, elle ne saurait vivre sans lui.
Il ne sait pas ce qu'il veut, ce qui serait le mieux pour lui. Il est conscient de sa situation invivable mais n'arrive à en voir l'issue. La fuite semble être une solution trop simple selon lui et, pourtant, n'est-ce pas ce qu'il fait tous les soirs ?
Une fois la porte fermée, il se dirigea vers les escaliers, montant subtilement les marches, connaissant les endroits stratégiques où les planches ne grincent pas pour être le plus discret possible.
Heureusement, sa chambre n'est plus très loin. Il a une belle chambre, et en est content. Il n'habite pas dans un taudis non plus. Son lit est propre, il a un beau bureau, des affaires à lui que sa mère ne touche pas.
Il aime sa chambre. Son seul et unique endroit de calme dans cette maison. En plus, il a une clé et est certain que sa mère n'en a pas le double.
Il prit rapidement son sac à dos avec son ordinateur et son cours avant de descendre tout aussi subtilement.
Il faisait très attention, marches après marches, de faire le moins de bruit possible. La mission était presque être réussie mais il perdit l'équilibre et son pied s'appuya au mauvais endroit, sur la dernière marche.
« Edward ? »
Une voix rauque se fit entendre de l'autre bout de la pièce.
« Tu es rentré ? Tu fais quoi ici ? »
Sa respiration se coupa. Son cœur bat la chamade au fond de sa poitrine. Il vit la bouteille de Jack vide sur la table basse – et se sentit soudainement vide, amorphe. Toute émotion quittait son corps, réponse automatique pour faire face à la finalité de cette situation.
Il se sentait déjà mort.
« Réponds-moi ! » s'impatienta la voix.
« Je… Hum. »
Son esprit était lent, trop pour la personne face à lui.
« Qu'est-ce que j'ai fait pour avoir un fils aussi stupide, tu ne sais plus faire des phrases complètes, maintenant ? Ce n'est pas possible, je n'ai donc jamais rien réussi dans la vie ! »
Edward avait l'habitude que sa mère se place en victime à la moindre occasion, l'humiliant et l'insultant, le culpabilisant sur 'Oh combien' c'est une mauvaise personne et un fils indigne.
« Je prenais des affaires. Je repars tout de suite pour aller travailler. »
Il tourna les talons et tenta d'ouvrir la porte quand il entendit les pas lourds de sa mère se lever du canapé. Tout son corps se tendit.
« Tu vas faire la vaisselle et nettoyer tout ce que tu as fait dans cette cuisine, t'es un vrai porc. »
« Ce n'est pas moi qui… »
Une douleur étourdissante s'abattit sur lui, lui coupant la parole. Le bruit sourd d'un verre brisé se fit entendre lorsqu'un deuxième coup retentit, plus violent cette fois.
Son regard se tourna d'abord vers la source du bruit. Il aperçu un verre brisé accompagné de la bouteille de Jack, brisés, au sol.
Ensuite, ses émeraudes rencontrèrent celles de sa mère. Elle avait les yeux écarquillés, les mains tremblantes. Cette réaction inhabituelle le surpris.
Il s'attendait à ce qu'elle avance, qu'elle lui donne un autre coup, qu'elle l'enferme dans le placard ou quelque chose. Mais rien.
Elle recula même d'un pas.
Edward fronça les sourcils, confus. Elle ne reculait jamais. A moins que…
Il posa sa main contre son oreille, sentant un liquide chaud se rependre le long de son cou. Sur ses doigts, du sang.
Le verre, la bouteille ?, qu'elle lui avait lancé dessus s'était brisé, et maintenant il saignait. Abondamment.
Sans réfléchir une seconde de plus, il ouvrit la porte et sorti de chez lui. Prenant son vieux vélo et parti en direction de chez Bella.
Il allait arriver trop tôt mais l'adrénaline qui lui courait dans les veines ne lui fit pas réaliser la chose. Il se fichait du regard apeuré des gens autour de lui, qu'il ait bien faillis rentrer dans deux voitures, bruler trois feux rouges avant d'enfin apercevoir sa maison.
Il pouvait sentir un liquide chaud descendre le long de son cou, couvrir son t-shrit mais n'avais pas pris conscience de la gravité de la situation, pas encore.
Edward avait une bonne mémoire et un très bon sens de l'orientation, c'est quelque chose dont il se félicitait à présent.
Ce n'est qu'en sonnant et en voyant le petit frère de Bella lui ouvrir qu'il reprit conscience.
Le garçon fut sous le choc en voyant l'image défigurée de l'adolescent. Il pouvait voir le sang coulé le long de son oreille droite, le voir essoufflé de sa course, les yeux rouges, les lèvres enflées et gercées. Il fit un pas en arrière, appelant sa mère.
« Maman ! » cria-t-il, le choc dans la voix.
Edward ne ressentait pourtant rien. Aucune émotion, aucune douleur. Mais en voyant l'image de Madame Swan se décomposée, il devait se rendre à l'évidence. Son altercation était marquée, ostentatoire à tous. Il ne pouvait plus se cacher.
Son sang ne fit qu'un tour. Après l'embarrassement vint la douleur et il vit sa vision se troubler, sa tête tournée et ses jambes se lâcher.
« Charlie ! Viens tout de suite, je t'en prie » dit Madame Swan avant d'attraper le bras d'Edward et de l'entrainer vers le salon.
Le reste de la scène était floue pour notre victime. Des questions sans réponses, de l'inquiétude, une source chaude et piquante lui frottait le visage. Il ne ressentait pas la douleur, tout son corps semblait endolori, amorphe. Il sentait ses muscles se détendre et l'obscurité l'engloutir.
Comment avait-il réussi à faire ces vingt minutes de trajet jusque chez Bella ? C'est grâce à l'adrénaline. À présent, tout avait disparu de son système et il s'était endormi dans le canapé de la fille.
Personne n'était au courant de sa situation, des théories fouillèrent entre les membres de cette petite famille. Le fils avait pensé qu'il s'était fait écrasé par une voiture, mais son père démenti aussitôt. Les débris de verres avaient choqué la mère et elle n'avait qu'une seule idée en tête – il avait participé à une bagarre. Bella démenti aussitôt cette théorie, elle certifia qu'il ne s'attaquerait pas à une mouche. Comment quelqu'un pouvait lui en vouloir ? Il était tout le temps seul, passif. Il ne faisait rien de mal.
Regardant son visage défiguré et endormi, elle fronça les sourcils. Elle pouvait ressentir quelque chose à travers ses traits fins, ses yeux cernés, ses sourcils eux aussi froncés. Elle ressentait une boule étrange au fond de ses entrailles, différente que la dernière fois, différente d'un mal de ventre. Cette lourdeur s'enfonça rapidement vers sa gorge et, bientôt, elle dû détacher ses yeux de son visage meurtri par peur de perdre sa façade neutre.
Quelque chose de triste, mais d'innocent à la fois, se dégageait. Et elle comprit.
Elle comprit pourquoi Rosalie ne pouvait pas le laisser tomber.
Elle comprit pourquoi elle était toujours ramenée à lui.
Elle comprit ce que signifiait ce poids dans son ventre et dans sa gorge quand elle le contemplait.
Elle comprit pourquoi, et uniquement pour lui, elle pouvait ressentir une empathie.
Elle eu le sentiment très puissant qu'il devait être soutenu, protéger peut-être, et qu'elle était assez forte pour le ramener de l'avant.
Bella aimait s'imaginer des missions, des objectifs inatteignables dans sa vie. Elle aimait se donner des défis, déplacer des montages et rendre l'impossible possible. Jamais elle n'aurait imaginé que sa mission puisse concerner quelqu'un d'autre, elle qui n'a toujours eu que des objectifs purement personnels et professionnels. Et pourtant, en le regardant couché dans son canapé, endormi, le visage défiguré et pale, triste et froid, elle ne peut sortir cette pensée de son esprit.
Il avait besoin d'elle.
Il avait les capacités pour devenir quelqu'un.
Merci à la merveilleuse personne qui m'écrit toujours des petites reviews et qui me donne la satisfaction qu'au moins une personne lit et apprécie l'histoire :))))
