Chapitre 7 : Nova

La brume s'évapora et le garçon défiguré repris conscience. La panique le consuma en premier. Où était-il ? Était-il en sécurité ?

Un visage accueillant lui sourit, lui demandant comment il se sentait. Sa gorge était sèche, un son rauque et inhumain sorti de son thorax. Un garçon s'avança vers lui, lui offrant un verre d'eau qu'il but d'une traite.

« Merci, » dit-il, sa voix redevenue normal, quoique toujours faible.

La femme mit sa main sur son front avant de la positionner sur son bras. Le contact soudain le fit sursauter, il se serait levé si ses muscles n'avaient pas été aussi endoloris.

Son corps lui faisait mal, le tirait vers le fond du canapé sans qu'il puisse y lutter.

Prenant conscience de son environnement, il se souvint être chez Bella. La dame en face de lui devait être sa mère et le garçon aux yeux bleus son frère. Tournant la tête, il pouvait l'apercevoir descendre des escaliers et arriver vers lui.

« Comment tu te sens ? » lui demanda-t-elle, son ton neutre. Elle ne semblait pas prêter beaucoup d'intérêt à la réponse, mais ses yeux gris semblaient sonder son âme et l'encouragea à répondre honnêtement.

Elle tendit un essuie humide à sa mère qui le posa sur son front. Le contact était frais et agréable.

Il voulait dire que tout allait bien, qu'il ne venait pas de recevoir des coups et inventer une excuse mais les yeux gris de la fille ne le lâchaient pas, exigeant presque d'obtenir la vérité.

Ne pouvant tenir plus longtemps, il leva les yeux vers le plafond, sentant sa gorge se nouer et ses yeux s'humidifiés. Plus aucun son ne pouvaient sortir de sa gorge, la boule l'englobait et lui faisait mal. Il avait la sensation de s'étouffer, de manquer d'air. Il ferma les yeux quelques instants, sans pour autant faire partir ce sentiment.

« Ne me dit pas que tu t'es battu ? » insista Bella, de son contralto grave et inquisiteur.

Il secoua frénétiquement la tête, ce qui détendit la fille.

« Qui t'a fait ça ? » demanda une voix plus douce qu'il identifiait comme étant la mère de sa camarade.

« Elle… »

Un son rauque et déplaisant sorti de sa gorge, qu'il gratta alors.

« Elle ne voulait pas faire ça, » dit-il enfin.

« Qui ? » grogna Bella.

Elle n'aimait pas tourner autour du pot et éviter les questions comme il était en train de faire, tout à fait insensible à l'émotion qui le submerge actuellement.

« Bella ! » la gronda sa mère.

Il ne pu voir l'échange discret entre Bella et sa mère alors qu'il ouvrit enfin les yeux.

« C'est que… Quand elle a bu, elle fait ça parfois mais jamais… Elle n'a jamais été aussi loin avant. »

« Edward… » appela la voix plus douce. « C'est ta mère qui t'a fait ça ? »

Il hocha la tête, cachant son visage dans son bras.

« Elle est alcoolique ? » demanda-t-elle encore.

Il hocha à nouveau la tête, ressentant encore une fois cette boule fermer sa gorge et le rendre muet.

La main toujours sur son bras bougea de haut en bas, tentant de le réconforter.

« S'il t'arrive à nouveau quelque chose, tu es le bienvenu ici, tu sais. »

Prenant une grande inspiration, il tomba sur les yeux bleus de la brune à genou face à lui.

Elle ressemblait fort à Bella, les mêmes traits fins qu'il jugeaient beaux. Elle avait des yeux plus doux, moins froids, un sourire communicatif et bienveillant. Il se questionna un instant s'il avait déjà vu le sourire de sa camarade mais il ne put s'en souvenir.

« Je ne veux pas déranger. »

« Tu ne déranges personnes, » s'empressa-t-elle de rajouter. « Tu peux nous raconter, s'il te plait ? » demanda-t-elle gentiment.

Il hocha la tête et, lentement, commença à raconter l'altercation. Le fait qu'il voulait sortir prendre l'air avant de venir, le grincement qui réveilla sa mère, les débris de verres…

Esmée, la mère de Bella, raconta alors ce qu'il s'est passé par la suite. Que Carlisle, le père de Bella, était présent pour retirer les morceaux de verres et arrêté l'hémorragie, qu'il a reçu des anti-douleurs avant de s'endormir quelques minutes. Elle lui explique alors qu'il ne doit pas avoir de points de sutures mais lui conseille de ne pas retirer le pensement près de son oreille.

Près de lui, James restait présent, toujours inquiet. Il lui apportait de temps en temps un nouveau verre d'eau, se montrant serviable tandis que Bella ne bougeait pas. Elle écoutait, sans rien dire, les échanges autour d'elle, ne sachant quoi faire. Elle n'arrivait pas à assimiler ce qu'il se passait, l'expression des sentiments n'ont jamais été son point fort. Elle arrive à en parler qu'à Rosalie, et elles sont amies depuis des années.

Après des échanges moins douloureux, Esmée proposa à Edward de prendre un bain chaud pour se détendre dans leur salle de bain. James, qui faisait à peu près sa taille, lui tendis de nouveaux vêtements, non tâchés de sang.

Edward était très surpris de l'hospitalité, connaissant la froideur de Bella. Il ne s'attendait pas à un tel accueil, ni à un tel soutien. Pour la première fois depuis longtemps, il pouvait presque se sentir en sécurité dans une maison.

Il prenait l'habitude de s'échapper de la réalité seul, se baladant sur la plage où dans un bois, ou encore en s'enfermant dans sa chambre. Il ne pouvait cependant se sentir entièrement en sécurité, la crainte et la méfiance le recouvrait toujours, tel un voile noir occultant.

Lorsqu'il entra dans la salle de bain, l'eau mousseuse coulait déjà. James lui tendit les vêtements avant de lui souhaiter 'bon courage' et de s'enfuir de la pièce, lui laissant son intimité. C'est alors qu'il se vit dans le miroir, couvert de bleus et de boue. Avait-il roulé dans une flaque ? Il ne pouvait s'en souvenir, tout était trop flou dans son esprit.

Il se dévisagea quelques instants, inspectant les rougeurs sur sa peau, la cicatrice sur son front et le bandage sur son oreille. Esmée lui avait certifié qu'il était imperméable.

Son reflet le dégoutait. Il pouvait voir ses cernes violacés, ses yeux rougis par les larmes, ses traits trop minces, son corps pas assez musclé (cependant assez tonique), et les marques sur ses bras.

Il se souvint pourquoi il évite tous les miroirs.

Il se dégoute.

Rentrant un pied dans l'eau, il fut apaisé par la chaleur du bain. Il s'y plongea entièrement lentement, laissant la douceur de la mousse, la chaleur de l'eau et l'odeur de rose du gel douche s'immiscer en lui. Le bain était tellement grand qu'il pouvait s'étendre, son mètre 85 ne prenait pas toute la place. Il resta quelques instants, essayant de profiter de ce privilège avant que des pensées destructrices l'assomment à nouveau.

En valait-il vraiment la peine ?

Qu'avait-il fait pour mériter cela ?

D'autres questions sur la vie, son destin, son avenir. Il avait de plus en plus de mal à voir quelque chose de positif, de trouver une raison de faire ce à quoi il aspirait.

Il voulait devenir chercheur en bio-écologie et trouver un moyen de contrer le réchauffement climatique. Il voulait faire tant de choses pour sauver la planète et ses habitants, alors qu'il n'arrivait pas à se sauver lui-même.

Il ne se sentait pas légitime de ce rêve. Il ne pensait pas avoir la force de mener tout cela à bien, il n'en serait jamais capable. Il n'est qu'une tare pour l'humanité, qu'un spécimen déformé et totalement brisé, déprimé, mort de l'intérieur. Des pensées obscures brisaient son âme et son estime, chaque jour de plus en plus.

Il se demandait quelle était l'importance de vivre, quel était le but de sa vie, pourquoi continuer à respirer alors qu'il ne souhaite que sa peine s'achève.

Que sa peine l'achève.

Doucement, il plongea sa tête sous l'eau. Il s'enfonça dans le bain, se rendant compte qu'il n'avait pas pris de grande inspiration. Il ouvrit les yeux et vit l'eau trouble. Il senti le savon entrer dans ses yeux, le piquant légèrement. Il avait envie de pleurer, de crier. Il ouvra alors la bouche, mais aucun son ne sorti. La boule l'étouffait encore.

La boule l'enfonçait plus profondément dans le bain.

Il pouvait sentir l'eau entrer dans sa bouche, dans son nez, sentir les goutes passer à l'entrée de son pharynx. Il ne résistait pas alors qu'il sentait manquer d'oxygène. Il accueillait cette douleur, nouvelle parce que physique, le consumer.

Il l'accueillait, même.

Il ferma doucement les yeux et attendit encore, ressentant une perle d'eau couler le long de son pharynx, glisser vers son œsophage.

Avec un peu de chance… pensa-t-il.

Pendant que ces pensées morbides triomphaient son esprit, Bella s'avança vers la salle de bain.

Elle ne comprenait pas comment Rosalie avait pu avoir raison, comment elle pouvait être meilleure qu'elle pour lire les gens. Elle l'avait prévenu que sa vie n'était pas évidente, mais elle ne pensait pas que sa mère le battait, qu'elle était alcoolique et complètement hors de contrôle.

Elle était agacée de savoir que sa mère gérait mieux ce genre de situations. Elle avait pris le côté froid et amère de son père, c'était certain. Mais ne pas arriver à faire quelque chose avait toujours tendance à l'énervée, même lorsqu'elle n'y trouvait aucun intérêt.

Elle avait aidé à préparer le repas avec sa mère, des fajitas. Elle devait annoncer à Edward qu'il était bientôt prêt, pour qu'il sorte de la salle de bain. Elle sait combien un bain est agréable, et surtout qu'il ne sortira pas avant que l'eau soit froide.

Elle toqua à la porte, deux fois, l'appelant.

N'étendant aucune réponse, elle frappa encore, plus fort, plusieurs fois, avant d'enfin entendre une toux étouffée et un léger « oui » comme réponse.

Fronçant les sourcils, elle se questionna de cette toux étrange et de la voix étranglée qu'elle entendait.

« Le repas est prêt dans 10 minutes, » dit-elle avant de repartir.

Aussi étrange que soit l'échange, elle était beaucoup trop mal à l'aise pour poser une quelconque question.

Edward n'avait pas entendu les premiers coups, trop concentré sur les battements de son cœur résonnant dan ses oreilles. Ce n'est qu'après quelques secondes qu'il s'était rendu compte que quelqu'un l'appelait, et il remonta à la surface, manquant de se noyer en prenant la première bouffée d'air.

Une fois Bella partie, il regarda ses mains, fripées et tremblantes, avant de les mettre sur son visage, sous le choc.

Il était certain que si elle n'avait pas frappé à cette porte, il se serait consciemment noyé.

Une pensée foudroyante lui passa par l'esprit, lui donnant un peu d'espoir.

Ce n'était pas mon heure.

En effet, Edward, les anges sont avec toi.