Brebis

La brebis galeuse, voilà ce qu'il était. Harry le comprit une fois de plus. Une fois de trop. Déjà qu'il n'avait jamais été accepté par les Dursley, maintenant il apprenait que sa famille n'était en réalité pas morte mais qu'il avait été rejeté, renié par ses propres parents parce qu'il n'était pas à la mesure de leurs attentes.

Harry était seul, livré à lui-même, détesté de tous. Il était dans la salle de bain. C'était son tour. Il était le dernier, comme toujours. Il n'aurait pas d'eau chaude. Les autres Serpentards la prenaient toujours et en profitaient à fond, ne pensant jamais à lui, ou alors ils le faisaient exprès.

Il s'observa une énième fois dans le miroir et vit un adolescent au regard misérable, les cheveux en bataille, les lunettes cassées qui n'arrivaient à tenir sur son nez que grâce à la masse de papier collant.

Il soupira et se tourna vers sa trousse de toilettes. Il en sortit son rasoir. Il le regarda un instant avant de s'installer sur le sol carrelé, dos contre la baignoire. Il trancha les chairs au niveau de ses veines. Il sentit à peine la morsure du métal, habitué à la douleur depuis des années.

Il observa le sang couler et former une flaque écarlate sur le sol blanc. Progressivement, il sentit le froid l'envahir et vers la fin, il vit des points noirs dans son champ de vision. Il entendit vaguement les coups frappés à la porte avec puissance ainsi que la voix de Snape. Il s'en fichait. Il se laissait partir.

La serrure explosa et la porte claqua contre le mur.

« Oh Merlin ! Potter ! » s'exclama Snape en se précipitant vers lui.

Il sentit vaguement la main sur son visage alors qu'il fermait les yeux.

« Restez éveillé ! »

« Non, » articula-t-il faiblement. « Laiss… »

« Je ne vous laisserais pas mourir, Potter ! » fit Snape avec force alors qu'il lui secouait la tête. « Restez éveillé. Gardez les yeux ouverts ! »

Il se concentra sur son professeur et vit la panique dans son regard sombre.

« Pourquoi ? » murmura-t-il.

« Pourquoi quoi, Potter ? » demanda Snape alors qu'il soignait ses plaies.

« M'aider ? »

Les deux onyx se posèrent sur lui et le sondèrent.

« Je ne laisserai plus jamais un enfant mourir, Potter. Jamais. »