Chapitre 6
Le destin est quelque chose de plutôt fâcheux. C'est surprenant que quelqu'un comme moi, qui exerce un contrôle quasi absolu sur ce qui m'entoure, en vienne à me questionner sur la fatalité des choses qui ne se déroulent peut-être toujours que pour en arriver à des fins précises...
J'ai tout fait pour me le sortir de la tête. Et ça a plutôt bien fonctionné.
Alors que j'aurais pu lui courir après! J'avais matière à m'acharner un peu. Je me le serais permis, dans la mesure où ce n'est que physique, sans conséquence.
Notamment, son orientation sexuelle n'est pas nette. Vedette et centre de l'attention qu'il est, j'ai vu depuis longtemps ses petits jeux, et je ne suis pas surpris qu'il ait agi de manière si discutable envers un autre garçon – en l'occurrence, envers moi.
Bon, même s'il y a belle lurette que je soupçonne que le survivant est un homo, ce n'est pas un truc sur lequel je l'aurais taquiné – d'abord, je serais mal placé pour parler, et ensuite, vive la diversité, etc. Enfin, la diversité que je choisis. Les sang-de-bourbes ou les demi-géants, non merci.
Au-delà de son orientation sexuelle en général, son attitude vis-à-vis ma personne en particulier était plutôt douteuse, avant qu'il ne soit blessé. J'imagine que je lui plaisais (ou bien qu'il était animé d'émotions réconciliatrices de Gryffondor à la con, mais j'aime mieux penser qu'il fantasmait sur moi.) Sur ça, on devait ainsi être égaux, et tant mieux ; si j'ai souffert d'une attraction décevante à son égard, ça devait en retour le rendre malade d'avoir envie de moi.
Il avait dû s'y faire et il commençait presque à flirter, puis bon, ça a changé quand il a cru que j'ai attenté à sa vie.
Tout ceci étant dit, il n'était pas question que je cours après Potter. Ça devenait trop compliqué. Puis il me déteste : je n'allais tout de même pas faire des pieds et des mains pour lui calmer ses ardeurs et l'avoir dans mon lit! Je ne poursuis jamais qui que ce soit. Et je n'allais quand même pas essayer de le convaincre de mon innocence pour sa blessure.
Flirter, j'aurais pu.
Me rendre aimable, jamais.
Donc j'ai ravalé mon désir et me suis comporté décemment. Et ce pendant plusieurs jours, même. De toute façon, je m'efforce de garder notion que cette école n'est pas la vraie vie : j'agirai différemment, une fois gradué. Il y a des enjeux qui dépassent bien mes petites intrigues gaies : l'honneur de ma famille, les tensions politiques comme toujours, des promesses de guerre à venir … C'est OK de me distraire avec les garçons, alors que je suis dans cet environnement contrôlé, mais ça ne doit pas s'escalader à être le cœur de mes soucis! Quand même!
Et puis le destin a fait son premier mouvement : en Potions, Snape nous a réunis en équipe de travail. Tout pour entretenir mon obsession… C'est rapidement devenu si difficile de m'asseoir sans cesse près de Potter et de ne pas le regarder! Je dois m'y obliger, car chaque fois que ses yeux verts croisent les miens, je me sens à nouveau vaciller, voire carrément tomber.
J'en ai été réduit à me soulager régulièrement, à littéralement m'en branler pour me défaire de lui, furieusement, presque compulsivement. Ça me déplaît de recourir à la masturbation pour éviter de trop songer à lui, mais bon, c'est un moindre mal.
J'ai essayé de revoir Goldstein, comme distraction, pour enfin coucher avec lui, qu'on s'amuse tous les deux, puis qu'il semblait toujours partant et que c'est moi qui l'avais rejeté. Mais voilà une deuxième manifestation du destin qui s'abat sur moi: il avait entre-temps commencé à fréquenter quelqu'un d'autre – sérieusement, m'a-t-il dit discrètement.
Je n'ai pas encore deviné qui, il restait un peu gardé, et bien que j'aie tenté de le déduire en l'épiant de loin, le Serdaigle a tellement de fréquentations à l'interne et même hors de sa maison qu'il m'a été impossible de savoir.
Encore une fois, pas question de le pourchasser. S'il n'a pas immédiatement laissé tomber son nouveau copain pour moi, il n'en vaut pas la peine.
Je pourrais dire que Pansy est une forme d'incarnation du destin également. Elle ne me donne pas la chance d'oublier Potter, tantôt moqueuse, tantôt sincèrement curieuse et indiscrète ; puis elle a aussi créé de malaisantes altercations, comme cette fois où j'observais Potter à la dérobée, au déjeuner, quand Granger l'a attrapé par le poignet et l'a entraîné plus loin, fuyant les cris de Pansy qui retentissaient soudainement derrière eux :
— Potter ! Harry Potter!
Mon amie les a poursuivis en agitant les bras et en bousculant d'autres élèves qui la dévisageaient avec étonnement, et automatiquement Potter s'est tourné vers moi. Il a vu que je le regardais ; ça a été bizarre. Puis je ne sais pas exactement comment Pansy les a embêtés, mais tout ceci m'est retombé dessus : Granger m'a fusillé des yeux pendant les jours suivants.
Bref…
Ce matin, c'est une appréhension mal placée et déplaisante qui m'a tiré du sommeil. Le match de Quidditch d'aujourd'hui, qui devrait me rendre joyeux, ne m'évoque pas les possibilités de gloire et de victoire que je cultive généralement. Je ne saurais dire ce qui me tracasse ; j'ai d'abord pensé que c'était parce que j'affronte Potter, puis je me suis rappelé que j'avais fait une croix sur lui et qu'il ne me troublait plus. Et puis, horreur, l'annonce de Snape m'est revenue brutalement, et du même coup une nouvelle expression de ma fatalité : on doit partager le même vestiaire que les Gryffondors à cause de soi-disant rénovations dans les secondes installations, qui ont été retardées pour je ne sais quelle mauvaise raison.
J'en ai eu un haut-le-cœur anxieux.
Mais puisque je suis malin et que je suis un Malfoy qui aime le contrôle et qui résistera le plus longtemps possible à ces supercheries de destinée à la Trelawney, j'ai pensé à me rendre aux vestiaires bien avant le match, dans l'intention de trouver les lieux vides et d'éviter d'y croiser toute tentation. Mon balai sur une épaule et mon équipement sous l'autre bras, je suis donc en train de me diriger vers le stade avec une moue obstinée, bien décidé à ne pas embrasser tous ces signes qui me poussent vers le diable aux yeux verts.
Quand j'arrive à l'espace normalement assigné aux Serpentards, l'entrée a effectivement été ensorcelée pour empêcher d'y pénétrer. Quel manque d'éthique, tout de même! On ne peut pas demander à des équipes rivales comme Gryffondor et Serpentard de partager pacifiquement le même vestiaire, et ceci vingt minutes avant de les envoyer s'entretuer sur le terrain!
Bien sûr, la direction ne s'en soucie pas, foutaises de Poudlard unifié. Mon père, quand il siégeait à l'administration, n'aurait jamais laissé ce genre de choses tragiques arriver. Son influence est mieux investie et requise ailleurs… Mais son désengagement vient avec un lot d'inconvénients.
De toute façon, la menace de tout raconter à mon père quand on me fait injustice, je la délaisse un peu depuis que mes activités sont reprochables et gaies. À la limite, c'est même Pansy qui pourrait me faire chanter sur ça, mais qu'elle ose…!
Maudissant toujours Dumbledore et étendant même mes ruminations accusatrices à McGonagall et au concierge immonde, je m'introduis distraitement dans les autres vestiaires silencieux, pour réaliser que quelqu'un s'y trouve déjà. Manifestation du destin suivante?
— Qu'est-ce que tu fais là?
Non! C'est ce cher Weasley, assis sur un banc, qui se montre très surpris de me voir débarquer ici.
— On partage les lieux, aujourd'hui, lui annoncé-je.
Il n'a pas l'air content du tout, mais j'ai tôt fait de lui rappeler la situation et il ne peut que grommeler en retournant à ses accessoires de seconde main qu'il attache malhabilement pour protéger ses avant-bras.
Je me demande ce qu'il fait là si tôt. Mais au fond, ça ne m'intéresse pas assez pour lui poser la question. En tout cas, si les rénovations le font autant suer que moi, je suis déjà moins fâché. Oh, c'est incroyable combien je méprise les Weasley.
Tiens, tandis que j'y suis, je vais même faire mon possible pour l'incommoder. T'aimes les hommes nus, Weasley?
De gestes nonchalants, je retire mes vêtements – tous mes vêtements. Pour me changer, j'aurais pu me limiter à n'enlever que ma robe de sorcier, mais pour le plaisir de le torturer, je me dénude complètement. Je sais que ça va le mettre mal à l'aise.
Et puis je suis beau. Pourquoi me cacher?
Effectivement, Weasley finit par tourner la tête pour me jeter un regard mauvais, mais en un sursaut il se revire brusquement, son visage cramoisi se braquant ailleurs.
Haha, je savais qu'il était prude.
— Tu sais qu'on est trop tôt, lui dis-je, toujours nu, sur un ton conversationnel.
C'est du pur exhibitionnisme! Je suis tellement diabolique. Je prends mon temps pour me rhabiller, et ce faisant je m'approche innocemment d'où est assis l'autre garçon, me sentant plus vil que jamais.
— Tu veux qu'on joue un peu, avant le match? Puisqu'on a le temps …
Weasley fixe un point invisible à ma droite, déterminé à ne pas m'accorder son attention directe. Je termine d'enfiler mon chandail lui faisant face, le considérant avec un sourire possiblement lascif.
Haha, sale con. Je parle bien de Quidditch, et de rien d'autre! Pas ma faute si tu as l'esprit mal tourné. Mais t'en fais pas, Weasley, tu ne m'intéresses pas, et puis je ne mélange jamais sexe et sport.
— Nah, laisse tomber, dis-je finalement en m'éloignant. Tu ne voles pas assez bien, ce serait ennuyeux.
Ça, c'était une insulte gratuite. Je vois Weasley se cabrer, puis il me lance d'une voix blanche :
— T'es dégoûtant.
Je crois que je vais me calmer un peu, avant de sombrer dans la bassesse, ou le harcèlement. Je voulais seulement l'embêter, c'est de bon coeur. Je rigole en mon for intérieur, puis revêts les derniers morceaux de mon uniforme de Quidditch.
J'espère que notre rencontre lui aura été assez inconfortable pour lui faire manquer tous ses arrêts durant le match!
Weasley ne bloque pratiquement aucun tir, mais on perd quand même. C'est plus fort que moi : tout le long je guette Potter et non le terrain, inversement à notre dernier match. Je suis vraiment minable. Il remporte rapidement la victoire, j'ai l'air d'un empoté à réagir bien trop tard pour avoir le moindre espoir d'attraper le Vif d'Or. Il m'a distrait par l'attraction qu'il exerce sur moi – c'est de la tricherie, du faux jeu, leur victoire ne devrait rien valoir. Je déteste que le jeu puisse être affecté par des manigances externes au terrain – ça désacralise le sport. En plus, mes coéquipiers vont m'en vouloir …
... C'est pas ma faute. Potter vole superbement, il est magnifique, trop beau pour ne pas le contempler. C'est la foutue destinée. Et les hormones. Que puis-je y faire?
Après le jeu, Urquhart m'engueule, mais j'ai tôt fait de l'interrompre et de me déresponsabiliser. Ce n'est pas vrai qu'on va me faire porter le blâme, ils n'avaient qu'à marquer plus de buts, surtout avec un si mauvais gardien adverse que j'avais préalablement travaillé et saboté.
Je déteste Urquhart, au fond. J'aurais dû être capitaine à sa place, sans blague. Je crois qu'il le pense aussi et il finit par me laisser aller, non sans me reprocher de ne pas avoir blessé Potter cette fois. Je grince des dents, sans lui répondre.
Alors que tous les joueurs s'engouffrent dans l'unique vestiaire, je traîne derrière, voulant délibérément éviter de croiser Potter, surtout dans ma mauvaise humeur. Je n'ai même pas l'idée de plutôt me changer et doucher au château : s'il ne s'agissait pas de quelqu'un d'aussi fort psychologiquement que moi, je parlerais d'acte manqué.
Car oui, destin veut que lorsque je me pointe enfin aux vestiaires partagés, les sales yeux verts de Potter y sont toujours, ainsi que le reste de sa personne.
Il est seul, assis par terre les jambes croisées, au milieu d'une demi-douzaine de produits d'entretien pour balais dispersés autour de lui. Un sourire innocent, presque enfantin, éclaire son visage concentré. Le cœur battant, je l'observe pendant quelques secondes étendre un produit liquide sur le manche de son Éclair de Feu.
Monsieur prend donc soin de son précieux instrument. Et il a décidé de faire ça maintenant. Et ici.
Je suis damné.
— Hé, dis-je.
Il arrête sec son nettoyage et lève la tête. Ses pupilles m'évaluent un bref instant.
— Hé, répond-il d'un ton sourd, puis il se remet à s'occuper de son balai, imperturbable.
Moi, par contre, je suis perturbé. Je reste debout, figé dans l'entrée du vestiaire, sans savoir quoi faire. Notre bref contact visuel m'a complètement renversé. J'ai bel et bien envie de lui. Désespérément envie de lui. C'est débile. Ses yeux… Oh, l'effet qu'ils me font! Je déteste ses yeux.
— Bon match, tenté-je maladroitement, à défaut de le féliciter pour sa victoire.
— M'ouais.
Et c'est ainsi que naissent les plus grandes amitiés : dans l'extase provoquée par la profondeur du dialogue. … On ne sera jamais amis.
— Ça va ton bras? m'enquis-je en m'efforçant de ne pas sonner trop avenant.
Je lève le menton pour désigner vaguement son membre fracturé. Je m'étais demandé si on lui aurait défendu de voler, vu la sévérité de ses blessures encore récentes.
— Ça ne t'a pas empêché de jouer, au moins.
— M'ouais, dit-il encore. Ça a fini par guérir.
Il me toise, mais pas longtemps. Je m'enracine dans cette posture muette, toujours immobile, sans savoir quoi faire ni même où poser mon regard. Ses cheveux sont aussi mêlés que d'habitude ; il porte ses lunettes, ainsi que sa robe de Quidditch, qu'il n'a pas dû retirer depuis le match. Il a recommencé à se raser depuis son séjour à l'infirmerie, et je n'aperçois plus une trace de ce viril poil foncé que j'avais indécemment aimé caresser sur la ligne de sa mâchoire…
Je me sens vainement pitoyable. Je ne veux pas l'insulter : c'est trop facile, c'est puéril, ça ne m'amuse plus. Je veux le draguer. Mais quoi faire! Comment faire? J'essaie de dissimuler mon stress et d'avoir l'air impassible, mais à vrai dire, je pourrais bien faire toutes les grimaces que je veux : de toute façon, il ne me regarde pas.
Quel supplice! Je n'aurais pas dû intimider son ami à même ces lieux ! Évidemment ça me retombe dessus!
Puis une révélation me heurte soudainement, si percutante que je crois bien l'entendre frapper mon esprit. Je ne devrais pas être troublé! Il devrait être troublé! Je suis l'Ennemi, le Serpentard, le Méchant! Il est un candide Gryffondor. Je suis le prédateur, il est la proie. Je suis tout à fait en position de supériorité!
Par ces réalisations, mon aise me revient. C'est décidé. Ces quelques minutes d'intimité que nous partageons le marqueront, il ne peut en être autrement. Potter n'astiquera pas son balai en paix longtemps.
Idée coquine.
Bientôt il astiquera le mien !
Phase 1 : provocation.
— Je vais prendre une douche.
Réaction du prétendant : … aucune.
Potter me jette un regard neutre et retourne à l'entretien de son foutu balai qui – je me dois de le préciser une fois pour toutes – est l'unique raison de ses victoires au Quidditch, même celle d'aujourd'hui.
Pourtant, il ne quitte pas. Il pourrait partir, non, si ça le dérangeait? Je te tiens, mon lion.
Je retiens un sourire amusé. Poursuivons.
— Ça ne te gêne pas?
Il hausse les épaules, sans me regarder.
Continue de résister. Tu vas voir.
Restant face à lui pour ne pas perdre une miette de ses émotions (indétectables pour le moment, mais qui viendront en force et grandeur, j'en suis sûr), je me débarrasse de ma robe de Quidditch.
Sous celle-ci, je porte toujours un ensemble sportif professionnel et très confortable, que je remplace tous les ans, par souci d'élégance. Cette tenue a l'avantage présent d'être très moulante. Tranquillement – peut-être trop tranquillement –, je retire mon chandail, exposant mon torse délicat. Potter ne lève pas les yeux. Il va falloir que je l'oblige à me remarquer, je crois bien.
Mine de rien, je m'approche imperceptiblement de lui. Puis je commence à défaire le cordon de mes shorts, avec quelque difficulté puisque je fixe Potter en même temps. Lui, feignant être absorbé à sa tâche, frotte maintenant son balai avec un chiffon imprégné d'un liquide orangé.
Je toussote brièvement pour attirer son attention ; rien n'y fait. Bien que je continue de m'approcher de lui très doucement, une demi-douzaine de pas continuent de nous séparer. Sensuellement, je glisse alors ma main droite sous mon vêtement détaché et caresse le bas de mon ventre. En dépit de tout ça, l'intérêt de Potter demeure toujours ailleurs, sur son balai et ses produits.
C'est profondément insultant! Je soupire.
Puis ses iris verts me sautent soudain au visage. Surpris, je retire précipitamment le bras de mon short, par réflexe. Il me regarde!
Potter ne dit rien. Il m'examine quelques secondes, indéchiffrable, puis il attrape une serviette et s'applique à essuyer le manche son Éclair de Feu, la nuque à nouveau baissée.
… Instant de malaise.
Mais bon, je crois qu'il a compris mon jeu. Pourtant il reste. Il ne se sauve pas. Il le pourrait très bien! La sortie est toute dégagée, et n'appelle qu'à être franchie par un hétéro qui prend les jambes à son cou en découvrant le diable homosexuel qui tente de le séduire.
Ma foi, me voici lyrique ; le diable homosexuel c'est moi.
Assez rigolé! Il ne s'intéresse pas à mon corps, alors je vais attirer son attention autrement. Je prends donc l'air le plus profond que la divine finesse de mes traits le permet, et je le fixe en pinçant les lèvres.
Comme si j'allais dire quelque chose, mais que je n'osais pas.
Je ne sais pas encore ce que je vais lui dire par contre. On verra bien!
Quand Potter redresse enfin la tête, il ne fait que me jeter un coup d'œil marqué d'une telle indifférence que je renonce presque à mes machinations pour aller lui casser la gueule. Il ne voit pas tout le mal que je me donne pour lui? Aveugle à sa chance, il retourne à son balai, mais réalise rapidement que je ne l'ai pas lâché des yeux.
— Qu'est-ce que tu veux, Malfoy?
Parenthèse : j'aime quand il dit mon nom.
Faute de réelle idée pour lancer la conversation, j'hausse les épaules (avec grâce, bien sûr. Chaque geste est maîtrisé.)
Potter fronce les sourcils, dubitatif. Vite, vite, finalement, trouvons quelque chose!
— Je ne te déteste pas, tu sais.
Vraiment, de toutes les débilités que j'aurais pu lui sortir, j'ai choisi la plus ridicule!
Le plissement perplexe du visage de Potter devient franchement vulgaire.
— Sans vouloir dire que je t'apprécie.
Je ne pense pas que j'avais réellement besoin de préciser.
— Sans rire, commente Potter.
Il ne rit pas, en effet.
— Malfoy, qu'est-ce que tu veux?
Bon. Je suis allé trop loin je crois, sa majesté Gryffondor est vexée. Ne t'en va pas, je t'en supplie!
Pour toute réponse à sa question, je secoue la tête. Puis j'ajoute, d'une voix plus piteuse que voulu :
— Seulement prendre une douche.
Quelque chose dans son ton a brisé mon élan. Je m'amusais, mais oh combien suis-je nerveux, au fond ! Un océan de déception s'élève dans ma poitrine et je fais mine de me tourner pour terminer de me déshabiller, mais c'est alors que l'adversaire fait son premier mouvement.
— Moi aussi, en fait.
Ça par exemple, je ne m'y attendais pas, je ne l'espérais plus. D'ailleurs, je réalise que la mâchoire m'est tombée d'étonnement, et je tourne précipitamment la tête pour dissimuler mon air surpris. Une douche! Tous les deux! Mon cœur manque un battement. Si c'est comme ça…
Phase 2 : Séduction. Mais avant, interlude coquin: épions Potter qui se dévêtit!
Aussi subtilement que me le permette le court espace entre nous, je le guette qui du bout des orteils repousse les bouteilles de ses produits pour former un tas avant de se lever sur ses pieds. Puis, après avoir retiré ses lunettes, il fait passer sa robe rouge par-dessus sa tête et je me mords la lèvre en découvrant qu'il ne portait en dessous que des sous-vêtements. Et pour tous sous-vêtements, une paire de caleçons trop grands pour lui, amples, vulgaires, mais avec un je-ne-sais-quoi aguicheur. Pas de chandail, pas de tenue sportive comme la mienne… Il est en son plus léger habillement devant moi! Je suis à présent complètement tourné vers lui, et ne peux calmer le martèlement de mon cœur. Je détaille son torse, finement musclé (plus que le mien!), ses côtes larges, sa taille mince, les quelques poils sous son nombril qui me font déjà trépigner d'impatience à l'idée qu'il enlève ce qui lui reste de tissu …
Et je suis totalement envieux! Comment fait-il pour avoir un corps comme ça?
Ses épaules me semblent plus larges maintenant qu'elles sont dénudées, ses jambes plus fortes, sa silhouette encore plus masculine…
Qu'il est beau!
Est-ce trop tôt pour crier victoire?
Du coup j'en ai oublié de terminer de moi-même me déshabiller. Maladroitement, je me penche pour faire glisser mes shorts le long de mes jambes. Mon cœur bat tellement vite, je crois que j'en perds mes sens. Puis, toujours penché, je sens Potter qui passe près de moi. Je lève vivement le cou.
Il est nu!
Je manque de perde l'équilibre.
Je le vois de dos qui se dirige vers les douches, et contemple ses fesses rondes qui s'éloignent. Est-ce qu'il s'est rendu compte de l'excitation qu'il déclenchait chez moi?
Oh non! Je raidis. Toute cette tension va se concrétiser physiquement! J'aurai l'air incapable de me contrôler. C'est si peu Malfoy!
Mais je sens bien que je ne suis pas du tout en mesure de me contrôler...
Potter…
Dans le compartiment des douches, j'entends l'eau qui se met à couler. Il n'y a que des douches communes, dans nos vestiaires; une section pour les garçons et une pour les filles, qui se rejoignent au vestibule commun où j'ai tourmenté Weasley. Bien sûr, la section des filles est ensorcelée et nous est impénétrable.
Je termine de retirer mes vêtements dans une précipitation qui m'est inhabituelle, et je rejoins Potter sous les douches, le cœur toujours aussi effréné. Dos au mur, il se frotte les cheveux, les yeux fermés, m'offrant la vue de son intimité à travers la buée de vapeur d'eau.
La chaleur dans ma poitrine migre brusquement vers le sud, précisément entre mes deux jambes.
Merlin! Contrôle-toi, Draco. Je suis mieux de ne pas le regarder avec trop d'insistance, ou je crois que je vais céder à la tentation. Mais c'est pas ma faute qu'il ait une physionomie si attrayante… et que j'aimerais tant … Draco! Ressaisis-toi!
Comme transis, je titube jusqu'à un mur, dont la magie détecte ma présence et laisse déferler sur moi un torrent d'eau chaude.
Que se passe-t-il réellement, entre Potter et moi? Je ne suis pas en train de me mener en bateau, quand même? Je le regarde à nouveau; il se frotte le torse.
Merlin. C'en est trop.
Je n'y tiens plus. Pas de phases, pas de jeu. On oublie la séduction. Je suis trop près du but, on est seuls et nus. Il est pratiquement entrain de m'offrir son corps. Et puis c'est trop tard, je suis complètement allumé, et ce n'est plus tout à fait avec ma tête que je réfléchis. Je vais l'aborder directement.
— Potter, dis-je fortement pour couvrir le bruit du jet d'eau en m'approchant de lui.
Il me fait face. Il ne doit rien y voir, avec l'eau et sans ses lunettes! Du coup, j'avance encore davantage. Je veux qu'il puisse me distinguer lui aussi. Nous ne sommes plus qu'à une cinquantaine de centimètres l'un de l'autre.
Dans ses yeux, je lis pour la première fois quelque chose qui ressemble à de l'appréhension.
On se regarde en vis-à-vis pendant plusieurs secondes, des lourdes gouttes d'eau chaude glissant sur nos têtes. Mes yeux louchent vers son entre-jambes, mais je parviens à me retenir. Il est tellement sexy, avec les cheveux mouillés et rabattus sur son front…
— Quoi… tu veux mon savon? demande-t-il d'une voix chancelante.
Quel idiot.
Du revers du poignet, je repousse la main qu'il me tend.
— Non, dis-je, approchant mon autre bras vers sa hanche.
Finalement, tu sais, ce que j'ai dit à ton copain roux, bah … Je peux mélanger sexe et sport pour toi. Oh que oui.
Je regarde ma main, étrangement déconnecté de moi-même : elle remonte de quelques centimètres pour se poser sur sa taille, en un mouvement naturel mais presque spectral : ai-je fait ça moi-même? Et je lève alors les yeux vers le visage de Potter. Lui… Il a l'air complètement déboussolé.
Je suis entièrement coupé de la réalité, incapable de concevoir que ce qui se produit est réel. Chaque parcelle de peau de ma main est électrifiée à son toucher, son flanc nu, tactile et si intime, à ma portée.
On fait quoi ?!
Savait-il à quoi il jouait?
Improvise-t-il autant que moi ?
Puis tout d'un coup il m'attrape par les avant-bras et me fait faire un demi-tour sur moi-même. Je suis poussé vivement et mon dos heurte le mur humide. Potter me tient solidement par les poignets, son visage à quelques centimètres du mien ; son souffle est profond, ses lèvres plissées en une ligne tremblante.
Ses yeux me sondent, mais l'eau qui tombe m'empêche de lire en lui.
Et enfin il se penche et pose ses lèvres sur les miennes, qu'il écarte en un mouvement de langue. Il a saisi ma bouche avec ardeur et, loin du doux baiser que j'imaginais, une passion sourde anime notre ébat, si bien que très vite je ne sais plus où est sa bouche, où est la mienne, et quelle langue appartient à qui. Mon cœur tambourine violemment dans ma poitrine; l'eau de la douche s'abat sur notre étreinte.
Puis aussi promptement qu'il l'avait initié, il interrompt notre baiser en retirant sa tête, et ses iris verts se braquent sur moi.
— Malfoy…
Je sens son souffle sur mon visage. Je frémis et tente en un mouvement tremblant de capturer ses lèvres à nouveau, mais il évite mon baiser et je me retrouve à respirer ses cheveux mouillés. La chaleur de son corps m'envahit alors qu'il colle sa tête contre la mienne. Nos torses se frôlent; je n'ai qu'une envie : l'attirer complètement contre moi.
— Je ne peux pas.
Quoi?
— Je ne peux pas. Désolé.
Il éloigne sa tête, mais ne lâche pas mes bras. Sa poigne a glissé de mes poignets à mes mains, qu'il garde entre ses doigts. Les flots continuent de déferler sur son visage. Il a l'air complètement perdu.
— Je ne peux pas, répète-t-il.
Je ne comprends pas. Et je ne veux pas le savoir! Je ne veux que l'embrasser, le toucher, le sentir…
— Je ne peux pas! crie-t-il cette fois.
Ça y est, je me sens concerné. Qu'est-ce qui se passe, lion?
— C'est impossible! crie-t-il en me lâchant brusquement et en prenant un pas de recul.
Je ne comprends rien.
— Désolé, dit-il. C'est pas pour moi. Pas comme ça.
Puis il s'éloigne. Je reste un moment abasourdi, puis je le suis sans hésiter. PAR MERLIN mais QUE lui arrive-t-il?
— Potter!
Il est penché sur ses produits de Quidditch qu'il ramasse à la hâte. Il a enfilé sa robe sans même prendre le temps de s'essuyer. Plus rien chez lui ne témoigne de passion. Moi, mon corps est toujours aussi excité.
— Désolé, dit-il encore.
Il tremble...
Puis il ramasse son sac et son balai et quitte les vestiaires. Je le poursuis dehors. Je suis tout nu – et tout mouillé - et en érection - mais je m'en fiche complètement.
— Potter! lui hurlé-je, l'attrapant par les épaules et en essayant de le ramener vers moi.
Il me repousse rudement.
— Laisse-moi! Je peux pas, c'est tout! J'étais curieux. C'est tout … Maintenant laisse-moi.
Mon excitation se transforme d'un coup en frustration. Quel est son foutu problème? Il m'a... utilisé!
Ouah!
C'est immonde!
Je ne peux pas le croire...
— Potter!
Sa silhouette est déjà loin.
— Potter!
Je fais volte-face et retourne précipitamment aux vestiaires. Mon poing se referme sauvagement autour de moi-même. L'image de ses yeux verts me traverse l'esprit. Je vais jouir.
JE. LE. DÉTESTE.
