Chapitre 8

— Hé…

Tiens, on dirait que quelqu'un veut attirer mon attention. C'est malheureux, mais je suis occupé à rêvasser en cette fin de matinée, alors je vais prétendre ne pas t'avoir entendu. Désolé, nuisance.

— Euh... Malfoy?

Bon, on insiste? On court vraiment le risque de me déranger?

Je me retourne vers la nuisance pour découvrir qu'il s'agit Michael Corner. Mes yeux le parcourent de haut en bas. Un ami de Goldstein tiens. Son petit copain, si ça se trouve. Peu importe, de toute façon.

Il a une drôle d'expression et je me demande de quel sujet vain il souhaite m'entretenir. Probablement le Quidditch : on en avait discuté une fois, je crois. Mais je ne veux plus lui adresser la parole depuis que je l'ai vu avec la fille Weasley. Aucun standard.

— Quoi, qu'est-ce qu'il y a? dis-je après un soupir exagéré pour lui signifier mon désintérêt.

J'étais bien accaparé par mes réflexions délicieuses auxquelles il me tarde de revenir, quand tu m'as interrompu, figure-toi.

— Euh... Ça va...?

Mais pourquoi Merlin cela le concerne-t-il, que ça aille ou pas? En fait, j'étais très bien, je me promenais seul dans le parc et je pensais à une rencontre particulière que j'ai faite ici même hier soir, mais maintenant ça ne va plus, tu me soûles.

— Oui.

Aussi bien le satisfaire d'une réponse simple et couper court à notre fabuleuse première conversation cette année, et – je l'espère – dernière de ma vie. Il a fréquenté Weasley, quoi. Je fais mine de m'en aller, mais le voici qui relance.

— D'accord, je me rends compte que je te gêne, mais quand je t'ai vu sortir à nouveau aujourd'hui, j'étais un peu inquiet… Je voulais seulement m'assurer que tu allais mieux.

Mieux? De quoi parle-t-il, mieux?

— Tu m'as fait peur, admet-il en inclinant légèrement la tête.

Je crois qu'il lit l'incompréhension dans mon visage, car il ajoute:

— Hier... Au moins, le temps est beau aujourd'hui. Et tu n'as pas oublié ta cape, fait-il remarquer en un sourire en coin.

Mais qu'est-ce qu'il raconte? Je ne l'ai pas vu, hier. Je n'ai parlé à pratiquement personne, hier ! Il y a eu mes amis Serpentards, puis l'orage, puis Potter. Rien d'autre.

— Peut-être que tu ne te souviens pas. Tu étais très faible. Qu'est-ce qui t'est arrivé?

Je sens mon corps entier se figer. Une vague glacée déferle dans mon thorax et je commence à suffoquer. Mes yeux s'agrandissent, ma gorge est serrée.

— Dans le parc …

Dans un tumulte insupportable, mon rêve s'effrite.

Ma paix d'esprit et ma raison avec.

Ce n'est pas vrai...

Corner paraît mal à l'aise. Il se racle la gorge et lève les yeux vers les miens. On reste face à face un moment, comme subjugués l'un par l'autre et par les propos qu'il vient d'énoncer. Je suis incapable d'accepter la vérité qui s'impose dans ma tête contre ma volonté...

— Tu te rappelles hier soir...? reprend-il doucement. Tu te souviens de moi...? Je t'ai trouvé juste ici, justement, et…

Je ne peux pas le supporter.

Je ne peux PAS.

— FERME-LA !

Il fait un pas vers l'arrière, alarmé.

— DÉGAGE !

Tu es confus? Tu es troublé? Bien fait pour toi ! Je te HAIS ! TU N'ÉTAIS PAS LÀ HIER, M'ENTENDS-TU? TU N'Y ÉTAIS PAS, C'ÉTAIT POTTER.

— DÉGAGE ! DÉGAGE ! DÉGAGE !

Je ne peux cesser de m'époumoner, je crie, je hurle, j'explose. J'ai le temps d'apercevoir sa mine choquée et blessée avant que mes yeux se referment sous mon emportement. Je ne peux m'empêcher de continuer de brailler.

— DÉGAGE ! VA-T'EN !

Bouillonnant du chaos émotif qui écume en moi, je me laisse tomber à genoux, les paupières toujours closes, la mâchoire crispée, le souffle saccadé. Je ne sais pas si Corner est parti, ça m'est égal. Je n'ai plus rien à faire de quoi que ce soit.

Ce n'était pas Potter...

J'étais si convaincu qu'il s'agissait de lui ! Ça ne pouvait être personne d'autre que lui ! Ça semblait si naturel que Potter vienne me chercher. N'était-il pas tout désigné pour cela? Ne me trouve-t-il pas chaque fois, comme s'il savait où j'étais, aux moments les plus inopportuns? Pourquoi ne serait-il pas apparu hier quand j'avais besoin de lui? Comment ai-je pu me tromper?

Ce n'est pas dans les bras de Potter que je me suis abandonné pendant quelques instants, que je me suis senti si bien, à ma place... C'était un autre ! J'ai été trahi ! Par moi-même ! Je me hais ! Je le hais !

Et dire que j'étais en train de penser à la façon dont j'allais l'approcher et lui reparler ! Ce n'était même pas lui : je fais marche arrière – Potter et moi en sommes toujours à un baiser interrompu sous les douches ! C'est insupportable.

Comment ai-je pu être aussi crédule à mes propres machinations et fantaisies? Le voile noir qui me couvrait le regard, ce n'était peut-être que mon dévolu à ne pas me soulever les paupières, c'était mon être qui s'accrochait à une chimère de possibilité, à un espoir fou d'être sauvé par Harry Potter…

Et quand je l'ai entendu partir, quand je me suis retrouvé seul devant l'infirmerie, j'ai pensé que c'était évident, que c'était Potter, et qu'il était revenu sur sa décision des vestiaires, mais qu'il restait timide... Tout cela était tellement sensé et irrévocable dans mon scénario, dans mon rêve... Comment ai-je pu être aussi aveugle? Aussi stupide?

CE N'ÉTAIT MÊME PAS POTTER !

Je sens des larmes me brûler les yeux que je refuse obstinément d'ouvrir.

Mais comment ai-je pu accepter la chaleur d'un autre et m'y sentir bien? Comment ai-je pu projeter mon illusion à un tel point?

Et lui? Comment a-t-il pu me garder dans ses bras s'il n'était pas Potter? Comment a-t-il osé me garder dans ses bras et m'encourager dans mon délire? Comment a-t-il pu me faire ça?

— Malfoy?

La vision me revient malgré moi et je sèche mes yeux du revers de la main. Michael Corner est toujours là. Je note une deuxième figure à ses côtés : Anthony Goldstein nous a rejoints, il ne manquait plus que ça. Ils se tiennent très droits devant moi, les mains tendues vers l'avant comme pour me rattraper si je m'effondrais complètement ; je perçois le jugement dans leur air incertain.

L'énergie de me relever me saisit alors d'un coup. En un instant, je suis revigoré, de retour sur mes pieds, j'ai bien essuyé mon visage d'un coup de manche et je les regarde hargneusement.

Quelle honte ! Comment ai-je pu m'abandonner à mon désespoir devant eux? Ça suffit la tragédie.

— Viens, me dit gentiment Goldstein en me prenant par le bras. On peut s'asseoir, si tu veux nous raconter...

Pas question. Je me libère sèchement de sa prise et leur tourne le dos, m'élançant à la course vers l'allée menant au château. Je n'ai plus une seconde à perdre à me lamenter et à me déshonorer.

Je dois trouver Potter. Immédiatement.


— Tu vas m'expliquer, commandé-je.

Quand je m'impose ainsi, je me sens moi-même. Je devrais toujours donner des ordres.

Et on devrait toujours m'exaucer !

Potter mangeait son repas installé entre ses deux amis niais, comme tous les midis. Puis me voici, fracassant leur quiétude ! Ils me dévisagent depuis derrière leur assiette, interrompus dans leurs manigances de Gryffondors à la con, et maintenant, on va m'écouter.

— Qu'est-ce que tu veux, Malfoy?

— Toi.

J'ai de l'audace. J'ai du front. Et Potter va m'entendre.

Il grimace, il a l'air craintif même. Tant mieux. Tu fais bien de te méfier de moi. Réalises-tu que je suis ton pire cauchemar, et tu me plais par-dessus le marché?

Il n'y a plus de faux-semblants.

— Ou on va discuter ailleurs, ou je te dis tout ce que j'ai à te dire ici, déclaré-je en laissant mon regard couler sur la Grande Salle bondée avant de le ramener aux prunelles de Potter et de ne plus les lâcher.

Plusieurs visages nous épient. Qu'un détraqueur prenne leur âme !

Avec une certaine ironie, je réalise combien cette scène ressemble à cette première fois, où j'avais fait l'erreur de demander à Potter de discuter.

Je ne demande plus : j'exige. Et je ne tournerai pas les talons. Et si Pansy approche pour semer la zizanie, je lui jette moi-même un sort sur-le-champ.

Ça me fait du bien, de me tenir ainsi, après cette escapade si loin de ma droiture usuelle. Je me suis fait des illusions, j'ai pleuré devant des gens. Non mais !

C'est terminé, tout ça. J'ai touché le fond devant les deux Serdaigles, qui d'ailleurs me le paieront bien assez tôt, et dorénavant je redeviens le sorcier intelligent que je suis réellement. Et cela commencera par gagner ce combat de regards avec mon ennemi Harry Potter et ses foutus yeux verts.

Son regard semble vibrer. Je fais abstraction du contexte et des émotions qui y dansent pour détailler leur aspect, leur couleur, apprécier le contraste du vert contre sa pupille sombre dilatée, avec le blanc du reste de son œil, avec la peau de son visage livide.

Bien que visiblement décontenancé, il ne bouge pas d'un poil.

— Va-t'en, Malfoy, grogne Weasley en déposant sa fourchette.

— Je suis très sérieux, insisté-je en maintenant le contact visuel avec Potter.

Je fais mine de sortir ma baguette pour appuyer mes propos. C'est impertinent, mais symbolique.

Puis enfin, Potter se dresse. Weasley tente de le retenir d'un bras, mais Granger l'interpelle en secouant vivement la tête. Brave fille.

Sans l'attendre, je m'éloigne en direction du hall, certain qu'il va me suivre. Je vais gagner. Il n'y a plus d'hypocrisie, Potter.

— Malfoy, on n'a rien à se dire, grogne-t-il derrière moi lorsqu'on a presque rejoint les portes d'entrée et que le son des voix dans la Grande Salle s'est estompé.

Je m'arrête et me retourne brusquement.

— Pardonne-moi, mais tu me dois des explications, rétorqué-je froidement.

Inutile de lui préciser que je fais allusion à notre collision sous les douches.

— Ne t'en fais pas, dit-il, s'assurant d'un coup d'œil que personne ne pourrait entendre, et baissant le ton tout de même. Je n'ai rien dit, à personne.

Cet idiot ne veut pas comprendre. Contrairement à lui, je n'ai pas honte de ce qui est arrivé. Contrairement à lui, j'assume entièrement ce qui a failli arriver. On va mettre les choses au clair.

— Moi oui, dis-je, oups ! Tout le monde sait que tu es gay. Maintenant, explique-moi ce qui s'est passé dans les vestiaires.

Potter est alarmé, il tremble même, son regard hanté.

— Quoi? Tu en as parlé?

J'hoche la tête en souriant triomphalement. C'est mon plus beau mensonge de la journée.

— Pourquoi? me crie-t-il.

— Parce que tu as voulu me baiser, dis-je d'un ton cru.

Potter tressaille. C'est comique.

— Ça ne se fait pas, de m'embrasser comme ça et de t'en aller, continué-je, mon intonation féroce en m'approchant de lui.

— C'est un malentendu, répond Potter. Je ne suis pas … comme ça. Peut-être que toi oui, et c'est très bien, mais …

— Oh, franchement, le coupé-je. Ça fait des mois que je t'obsède.

Touché, encore. Son visage est transparent. Ça fait tellement de bien, de voir mes présomptions se confirmer au fil des émotions que trahissent ses yeux. Ses terribles yeux verts. Et il est si mignon, en plus.

Pourquoi me prétend-il ne pas s'intéresser aux garçons? Même en le déclarant, il n'avait pas l'air d'y croire.

— Tu n'avais pas le droit d'en parler ! rugit Potter.

Je reconnais mieux sa fougue explosive habituelle. J'aime quand il crie.

— Tu n'avais pas le droit de m'abandonner sous les douches, rétorqué-je.

— C'était un accident, les douches.

— Un accident prémédité. Ne mens pas.

— C'est toi qui as commencé, m'accuse-t-il puérilement.

— Ce jour-là, oui. Avant, c'était toi.

— Mais ensuite tu m'as poussé de mon balai !

Ah ! Merlin ! Est-ce donc cela qui le contrarie tant? J'avais carrément oublié mon apparence d'attentat à sa vie.

Un instant, je le dévisage, pris au dépourvu. Je ne suis pas prêt à lui confier ne jamais avoir voulu lui faire de mal... Ma colère a pris le dessus : je veux briser son arrogance tenace et qu'il flanche. Je veux le conquérir et qu'il ait eu peur. Ce serait trop facile, de gagner et de conclure par un faible aveu de ma part. C'est lui qui pliera, qui marchera sur ses principes. Pas le contraire, oh certainement pas.

Réorientons la conversation.

— Potter, si je le voulais, ici et maintenant, je pourrais t'embrasser, et même te faire bander.

Il regarde autour de nous, grimaçant.

— Tu es dégoûtant.

On dirait bien qu'il n'apprécie pas quand j'en viens à ce genre de termes. Haha. Comme il est prude, comme il m'enchante !

— Arrête d'être un lâche et accepte que je puisse te plaire, ordonné-je.

Je fais un pas vers lui. Plus qu'un mètre nous sépare. Il serre les dents, plisse les yeux.

— Je te déteste, dit-il.

— Mais je te plais.

Je fais un autre pas.

— Malfoy…

Il mime mon déplacement, à reculons.

— OK, Potter. Je vais te dire quelque chose : je n'ai parlé à personne des douches, ton image est intacte.

Petite concession, en comparaison avec ce que représenterait comme aveu le match de Quidditch.

— Mais tu l'aurais mérité, dis-je en un souffle. L'autre soir, tu m'as humilié.

Ma voix glisse à un ton plus grave que d'ordinaire. Potter ne bouge plus.

— Tu as joué le jeu, puis tu es parti. Et je ne te le pardonne pas.

Mon lion s'est calmé. Il a l'air tourmenté, ses traits sont crispés, ses épaules tremblotent. Je fais un second pas. Un tout petit pas. Potter ne recule pas.

— Toi, tu m'as presque tué.

— Je ne recommencerai pas, décidé-je de promettre.

Il reste austère, soucieux.

— Pourquoi? lui dis-je, et pour la première fois de notre dialogue, je sens mon cœur à vif, alors que j'ajoute : je voulais vraiment continuer, sous les douches.

— Malfoy, éloigne-toi, fait-il d'une petite voix qui me fait chavirer.

Je m'approche encore, car il n'espère pas vraiment que je m'en aille ; plus maintenant. Il me met au test, il a besoin que je le rejoigne, parce que lui n'ose pas.

Qu'il est beau, en gros plan. Si je le voulais, je pourrais me pencher et l'embrasser. Je le pourrais, vraiment. Il est tout près. Il ne se sauve pas.

— C'est ta dernière chance, chuchoté-je.

Potter n'a pas conscience de ce qu'il dégage – une sensualité sauvage, non assumée, si peu arrangée. Si brute que j'en suis presque gauche, maintenant.

— Dernière chance pour quoi?

Aussi bien le laisser croire que s'il ne met pas ses idées au clair, il sera trop tard. Puis ça le met en position d'infériorité. Car reste qu'au fond, il me veut.

— Dernière chance pour m'avoir, dis-je en adoucissant mon ton.

Il ne bronche pas, cette fois.

Je ne dis plus rien. Lui non plus. Pourtant il reste là, droit devant moi, à me fixer.

Moi aussi je te fixe Harry, de la manière la plus significative que je le peux. Ne comprends-tu pas? Abandonne ton conflit émotif. Cède-moi. S'il te plaît. Qu'on vive enfin ce qu'on a à vivre ensemble. Je n'en peux plus.

Tu restes là. As-tu saisi? Comprends-tu que tu me veux autant que je te veux?

— Malfoy…

Puis alors qu'il ouvre ses délicieuses lèvres pour exprimer sa pensée, les yeux brillants et la nuque baissée, Weasley apparaît pour TOUT gâcher.

— HARRY !

Grotesquement outragé, le roux survient en trombe, se déplaçant tapageusement vers nous.

— Qu'est-ce que tu fais, Malfoy?

Potter est stupéfié. Maladroitement, il titube en un mouvement de recul.

Moi-même absent, je me tourne d'abord vers Weasley, dont le visage est déformé par l'incrédulité, puis vers Potter, qui reste ahuri lui aussi, mais dont le visage n'est bien sûr pas déformé, puisqu'il est si joli, et je regarde enfin mon bras qui s'était tendu vers le Gryffondor de mes rêves, et ma main ouverte, accueillante, qui crie l'alliance et bien plus encore.

Je ne m'étais même pas rendu compte de mon geste.

Et puis soudain, sans réfléchir, je décoche au visage de Potter, de ce même bras tendu, le plus vif coup de poing dont je suis capable. Et vlan ! Direct sur la joue gauche.

Potter bascule sous l'impact, portant une main à sa mâchoire. En un instant, Weasley est sur moi. Nous roulons sur le sol.

Rictusempra! s'exclame une voix féminine derrière moi, et le sort me percute de plein fouet.

Des spasmes incontrôlables animent mon diaphragme et un rire tonitruant s'échappe de mes lèvres.

Rictusempra! lance à nouveau la voix, frappant cette fois Weasley qui se traîne à quatre pattes, riant d'un son faux et absurde.

Je tourne la tête pour apercevoir Granger et remercie Merlin que ce soit elle qui soit intervenue, parce que personne d'autre n'aurait sans doute freiné Weasley également, et celui-ci m'aurait démoli.

Rigolant comme des demeurés tous les deux, on tente de se relever, mais l'hilarité l'emporte. C'est si douloureux de devoir rire quand on ressent une déception aussi terrible à l'intérieur.

Qu'est-ce qui vient de se passer? N'étais-je pas à deux doigts d'avoir Potter? Encore ?

Ce dernier se tient soudain au-dessus de moi, et à travers les larmes de rire qui me brouillent la vision, je vois sa baguette tendue vers ma gorge, son visage qui enfle déjà de mon coup, et surtout ses yeux verts, dépités, blessés, bouleversés.

Granger a tôt fait de l'interrompre, et en un instant Potter disparaît, ses amis sur ses talons. Quelque chose me fait souffrir dans la région de la poitrine, ça ressemble à de la peine, mais le sortilège l'emporte et je m'esclaffe de plus belle.

Plusieurs élèves se sont groupés pour voir ce qui se passait. Peu importe, me dis-je. Personne n'était présent quand on se parlait, ça aura seulement l'air de la scène typique d'affrontement Serpentard/Gryffondor. Et c'est Potter qui a reçu une baffe. Mon honneur est sauvegardé.

Pansy accourt et me libère du sort. Rapidement, je me relève et fuis le hall avant qu'un professeur ne se pointe. J'ignore les murmures qui me suivent.

— Ça va? demande Pansy d'une voix intéressée, mais dénuée d'inquiétude.

Elle veut savoir ce qui s'est passé, mais elle n'en aura pas un mot.

Alors qu'on déambule, un abîme d'affliction grandit au fond de ma poitrine. Tout va rester ainsi, encore une fois, incomplet, sans résolution?

Weasley a tout gâché. Il va me le payer. Il allait de soi que je me sauve la face en frappant Potter, dans une telle situation. Son ami est arrivé pile au mauvais moment, au seul instant de l'échange où je me trouvais vulnérable. Vulnérable, et prêt à … n'importe quoi.

Il n'était pas question qu'on me surprenne comme ça.

Le coup de poing est parti tout seul. Pauvre lion. Dire que c'est ma langue qui voulait s'aventurer sur cette même joue gauche. C'est tragique qu'il n'ait pas pu terminer de dire les mots qui étiraient alors ses lèvres. Je crois qu'il avait cédé, qu'on progressait.

M'enfin. Les apparences sont maintenues.

Pansy me fait de grands yeux gourmands, désespérée d'en apprendre plus. Je m'efforce de sourire.

Allez mon lion, on se remet ça.

Au fond, j'ai bien agi, je crois. Mieux que ces derniers temps, en tout cas. Je peux être fier de moi.