Chapitre 12

Pour une aventure avec un Gryffondor à Poudlard, quoi de mieux qu'une journée de sortie à Pré-au-Lard afin de se retrouver enfin seuls? Longtemps attendue, c'est la première escapade de la saison, mais Draco Malfoy a dû s'excuser auprès de ses charmants amis Serpentards, car « je ne me sens pas bien », c'est-à-dire : j'ai beaucoup mieux à faire aujourd'hui!

Je me sens d'ailleurs si mal qu'aussitôt les trouble-fête hors de vue, je saute de mon lit, m'habille en toute hâte et de manière très attrayante, et vais rejoindre mon cher Harry Potter, créature aux yeux verts peu loquace qui aura son compte aujourd'hui!

Pansy a vu clair en mon habile supercherie, a voulu rester, et s'est fait magistralement renvoyer. C'est ma journée. Notre journée. Personne ne va la gâcher. Il n'y a plus de destin, plus de Pansy, plus de Blaise, plus de Granger pour venir opiner et nous diriger. J'ai un rencard, un rendez-vous galant, un tête-à-tête sexuel : tout ça, toute la journée, en toute liberté !

On n'a pas explicitement convenu que ce serait le grand moment, mais je n'en attends pas moins. Nous osons de plus en plus, les caresses ayant au fil de nos rencontres descendues à la ceinture, ma main effleurant sans cesse son ventre sous ses vêtements, jusqu'à hier où nous avions carrément le bras dans le pantalon l'un de l'autre, bien que nous ne soyons pas allés plus loin. D'ailleurs à y repenser : comment, mais comment ai-je pu m'arrêter? Mon sang-froid est béton, je suis trop fort! Peut-être réellement trop.

J'attrape une dernière fois pour le relire le message que Potter m'a transmis, comme prévu, par un hibou anonyme (et drôlement mieux choisi que cette tache de Grange.)

Quand tout le monde est parti, retrouve-moi près du lac.

D'abord énervé (Près du lac? Il est grand le lac!), j'inspire profondément et prends plutôt ceci comme un défi, avec amusement. Des préliminaires, presque. Un jeu de cache-cache avec Potter? Prêt pas prêt je te trouverai, et ça ne peut que bien se terminer!

Alors que je déambule dans les couloirs, l'orgueil bombe mon torse et je toise tous ceux que je croise, trop fier de ce que je me présage. Leurs faces dubitatives pour toute réaction me laissent de marbre. Ils vont se douter que je suis sur le point de passer une meilleure journée qu'eux, au moins!

En fin de compte, Potter n'est pas difficile à localiser. Il m'attend à l'orée du parc, encore loin du lac, et je reconnais sa silhouette à distance ; je l'identifierais parmi mille autres.

Bien que nous soyons seuls, nos premiers instants ensemble sont maladroits.

— T'as pu te débarrasser de tes copains? lui demandé-je.

Il hoche la tête simplement.

J'ai décidé de ne pas laisser de silence dérangeant s'installer aujourd'hui, même s'il fallait que notre conversation soit complètement nulle. Au pire, je lui parlerai de la pluie et du beau temps, mais je ne me tairai pas.

— Ils comprenaient que je veuille rester, explique Potter sans paraître embêté de ma question.

Youpi!

Je suis par contre étonné de sa réponse.

— Tu leur as dit pour nous deux?

Potter hausse les épaules.

— Tout le monde a compris, de toute façon… Ou bien Hermione a dû le dire? Je ne sais pas.

Je retiens une grimace. Qui est « tout le monde »? Sans les verbaliser, je me laisse aller mentalement à des élans injurieux vis-à-vis sa "Hermione", première cause de frustration dans ma vie! Je lance tout de même une pointe :

— Lui as-tu finalement raconté comment tout a commencé et que je ne suis pas qu'un vilain, et toi pas ma victime?

Potter me jette un regard en coin et ne répond pas. J'en déduis une forme de reconnaissance de mon injustice, ce qui me satisfait. Mais je n'insisterai pas, ce n'est pas maintenant que je veux le froisser. La quantité de paroles échangées est déjà incroyable… Je m'en permets un peu trop!

— On marche? propose Potter.

La météo est clémente, malgré l'humidité glaciale laissée par la pluie d'hier. N'ayant pas prévu de rester dehors longtemps, je n'ai pas pris ma cape ; Potter le remarque et glisse un bras autour de moi. Son contact ralentit notre pas, je trébuche même à deux ou trois reprises quand nos genoux se cognent, mais je reste près de lui, car oui, protégé du froid, mais aussi étrangement allumé, et surtout saisi d'une telle démonstration en ces lieux ouverts, à grand air et sous le ciel.

Assez vite, je comprends que mon compagnon nous guide vers le site de notre premier baiser, ou enfin, du premier baiser assumé. Je me retiens de lui demander ironiquement s'il choisit cet endroit dans l'intention de m'interdire de nouveaux sujets de conversation.

Pour tout, nous nous y embrassons de nouveau longuement, doucement. Je ne m'en lasse pas : sa bouche glisse contre la mienne, familières l'une à l'autre, délicieusement accoutumées.

— Je te connais bien, maintenant, dit-il soudain en se retirant.

— J'en doute, répliqué-je pris de court, avant de l'examiner et lui déceler un petit air rusé.

— En tout cas, j'en ai l'impression, insiste-t-il.

Ses prunelles vertes me fixent, son souffle tiède sur mon visage me fait frémir.

— Je ne vois pas ce qui te fait croire ça, dis-je sans dissimuler mon embêtement. Je ne te parle d'absolument rien de moi, puisque …

Potter met un index sur mes lèvres, et saisit mon menton du reste de sa main.

— J'apprends mieux à te connaître dans le silence qu'à essayer de tirer le vrai du faux de toutes les images que tu projettes, et à travers toutes les apparences que tu essaies de maintenir…

Ses mots sortent un à un, une brève pause les espaçant, comme s'il s'attardait à les choisir avec précaution.

— Mes apparences? rétorqué-je, comme offusqué, mais une inflexion fragile trahit ma stupeur.

— Tu dis, et fais… beaucoup de choses que je ne comprenais pas… tu brasses beaucoup d'air, énormément d'air!

Raide comme une statue, je fixe Potter qui poursuit :

— Et maintenant je me rends compte que presque rien de tout ça ne vient vraiment de toi. C'est du spectacle, ou je ne sais pas quoi.

Touché droit au cœur, je me mords les lèvres pour réfréner leur tremblement. Ma poitrine est serrée et je me sens soudain ému presque aux larmes. Il le constate.

— Tu vois, je te connais mieux que tu le crois, maintenant.

Tentant de reprendre contenance, je me dégage de sa main toujours posée sur mon visage.

Et moi qui avais abordé cette journée avec la sérénité de la résilience, ayant réalisé la pérennité de nos dynamiques silencieuses, qui finalement me protégeaient bien moi aussi. J'avais choisi d'en profiter, de garder ça léger ; je ne me montrerais plus jamais affecté, me rappelant ma froideur parfaite : une décision de ne plus lui donner d'emprise sur moi. Batifoler avec lui, oui, folâtrer – mais ce n'était pas sage d'entretenir plus d'attentes. Ne pas parler, je l'avais finalement accepté ainsi : un gage que ça reste simple, et qui fonctionnait jusqu'à présent.

Potter me fixe toujours, et je le regarde en retour, trop renversé pour lui rendre son sourire.

Je sais que mes masques sont faux, et que je ne projette rien d'intègre… mais que lui m'en parle comme ça, et de découvrir qu'il m'étudie… Notre duel de Sortilèges se révèle drôlement annonciateur. Ces derniers temps, on s'est rencontrés - non, confrontés non verbalement, et beaucoup s'y jouait et se communiquait sans que je m'en rende compte.

Ma gorge est désagréablement nouée. Potter doit réaliser qu'il m'a ébranlé.

— Connais-moi… encore mieux, improvisé-je.

Je m'écarte de lui, et il semble accepter le défi par la manière dont il lève les sourcils et plonge à nouveau sur moi.

Tout vient de changer.

Après un temps de caresses dans un silence qui a une nouvelle signification pour moi, nous nous remettons en marche vers le château d'un élan commun. Mon désir pour lui n'a fait que grandir. Je veux le déshabiller, lui faire l'amour, ne m'en déplaise : cette formule me fait rouler les yeux, mais c'est ce que je lui ferai, pour ce que ça signifie, pour tout partager, parce que je veux qu'il connaisse ça de moi aussi, et moi de lui réciproquement.

Il marche près de moi, comme lorsque nous avions emprunté ce même chemin la dernière fois, à la différence que chacun de nos pas semble le rapprocher de moi, plutôt que de nous éloigner. Je ne sais pas encore où nous allons exactement, mais notre chemin ne se séparera pas, cette fois. C'est lui, et moi.

Je frappe un mur quand je repère tout à coup une figure droit devant nous.

Malheur de malheur, mon état rêveur est contrarié, la flamme qui m'embrase malmenée et je suis ramené à la réalité en songeant qu'on a dû nous apercevoir pressés l'un contre l'autre. Moi qui m'imaginais ne plus croiser personne, vu la sortie au village …

Et le comble, c'est qu'en approchant, je reconnais nul autre qu'Anthony Goldstein. Sur le pavé menant aux portes du château, le garçon apparaît trépigner sur place, puis vient à notre rencontre en nous remarquant.

J'échange un regard avec mon compagnon, qui hausse les épaules. Le Serdaigle avance toujours et fait un signe dans notre direction. À contrecœur, nous le rejoignons.

— Hé, fais-je, comme si de rien n'était, pour garder la face.

— Hé, renvoie semblablement Goldstein, sans sympathie.

On ne s'est pas vraiment reparlé, depuis cette autre fois où j'ai … un peu divagué? – je prétends ne pas me souvenir de ce qui est arrivé, OK? Pour ce faire, j'ignore complètement Goldstein, ainsi que Corner.

Aujourd'hui, Anthony porte une lourde cape foncée, bien serrée autour de son cou, de toute évidence préparé pour une sortie dans le froid. Ses yeux sont fatigués, et il lui manque ce petit air malin qu'il arborait les dernières fois où je l'ai vu.

Nous nous sommes tous les trois arrêtés, Potter un pas derrière moi et Goldstein face à nous. Je sens qu'il me faut dire quelque chose.

— En retard pour Pré-au-Lard? questionné-je naturellement.

Il secoue la tête.

— Je me suis réveillé trop tard, les navettes sont déjà parties non? Je vais devoir marcher…

Quelle belle ouverture m'offres-tu! Ma stratégie s'impose, je vais passer à l'attaque le premier, avant qu'il nous interroge! Avec un sourire en coin, je demande d'un ton complice :

— Ah… Fatigué? Aventures nocturnes?

Genre : je sais que tu donnes des rendez-vous à des garçons la nuit, filou!

Il paraît mal à l'aise et fronce les sourcils, battant des pieds. Sans répondre, il réplique :

— Et… vous?

Sa tête passe de Potter à moi, peut-être encore étonné de l'absence d'hostilité entre nous deux.

— On rentrait, me contenté-je de dire. Pas de Pré-au-Lard pour nous aujourd'hui.

— Oh.

— On a … mieux à faire, ajouté-je en jetant délibérément un regard entendu à Potter, qui ne me le rend pas, une mimique angoissée sur son visage.

Je découvre mon absence criante de gêne d'être surpris en compagnie de Potter. J'en suis même fier, je crois, surtout devant cet idiot de Serdaigle. Est-ce que c'est la perspective de ce qui s'ensuivra entre nous deux aujourd'hui ? Finies les craintes, finie la frustration, finie la faiblesse. Je suis prompt aux tourments et à la honte, mais pas maintenant, surtout pas face à Goldstein. Je fais ce que je veux, je dis ce que je veux et j'ai ce que je veux! Et là, je veux me débarrasser du Serdaigle, et peut-être l'écorcher au passage!

— Comment va Michael? demandé-je comme on jette un maléfice.

— Bien, rien de spécial, répond le garçon après une hésitation.

Quelque chose change dans son expression, dévoilant des soucis amoureux? Et je vois qu'il souhaite me renvoyer la balle. Ses yeux passent encore de Potter à moi, et il lance :

— Vous êtes ensemble maintenant?

Cette question droit au but me surprend. Mais pas de problème!

— Oui! m'exclamé-je, au moment où Potter ouvre pour la première fois la bouche et s'exclame précipitamment :

— Non!

Nous nous retournons l'un vers l'autre, les sourcils levés parallèlement, alors que Goldstein s'esclaffe.

— Bon bon… Je vous laisse régler ça entre vous…

J'ignore le Serdaigle qui s'éloigne, mon attention cette fois à cent pour cent sur mon compagnon.

— J'ai paniqué, s'excuse-t-il.

Puis après une hésitation :

— … Tu le penses vraiment?

Je hausse les épaules. Je ne sais plus ce que j'en pense, Potter! Je n'ai plus envie de le dire, en tout cas. Je suis furieux, surtout envers Goldstein. Je n'ai pas bien dirigé cet affrontement.

— Oublions ça, grommelé-je. On allait où, alors?

Nous reprenons notre marche et nous engageons à l'intérieur du château. Bien que côte à côte, Potter s'est suffisamment éloigné de moi pour que nos bras ne s'entrechoquent plus. L'absence de contact me démange. Cet espace entre nous serait peut-être venu inévitablement, maintenant davantage exposés aux regards, mais je ne peux qu'en blâmer Goldstein. Au plus vite, retrouvons un endroit où se toucher!

De plus est, mon échange avec l'autre garçon a éveillé la curiosité de mon lion, qui à mon grand déplaisir, me questionne sur lui et la nature de notre « amitié ». J'ai vraiment foiré cette rencontre, non, mais quelles erreurs ! J'en ai plein mon casque des Serdaigles! Et définitivement pas envie de penser à eux aujourd'hui !

Aussi bien y mettre terme en faisant vite fait le tour de la question. Plutôt que de feindre l'ignorance, j'opte pour des réponses presque franches : pas ami avec eux, simples connaissances, on se parle un peu, ils sont gays aussi, je ne me suis jamais intéressé à eux, ce sont deux cons, je n'en sais pas plus, etc. Potter reste tout de même songeur en apprenant que les deux garçons se fréquentent. Bien que doublée de perplexité, la notion lui procure un sourire léger. Oui Potter, il y a d'autres homos un peu partout !

Puis il trahit ses doutes quant à mes explications par la manière dont il me redemande comment j'ai su pour l'orientation de Goldstein. Ça paraît quand je ne veux pas révéler quelque chose, ou quoi? Je ne lui raconterai pas notre rendez-vous manqué. Franchement.

Par un tour de force, je m'oblige à supprimer mon embêtement et je recentre mon attention sur la hâte grandissante dans mon ventre. Potter me guide à travers l'école presque déserte, semblant savoir où on s'en va. J'avais préparé quelques idées d'endroits pour s'aimer, mais ça me plaît cette fois qu'il prenne les devants. À mesure qu'on progresse, son pas s'accélère. Est-il aussi empressé que moi?

Mon anticipation est moussée de désir et d'envie.

S'engageant dans un couloir, Potter s'arrête tout à coup. Il pose une main sur mon poignet et me regarde avec sérieux derrière ses lunettes.

— Attends-moi ici.

Coopératif, je hoche la tête. Il dirige.

Mon compagnon s'avance vers le large portrait d'une dame qui m'est inconnue et qui ne nous porte aucune attention pour l'instant. Le voyant murmurer, puis le cadre pivoter, je comprends enfin qu'il s'agit de la tour des Gryffondors. Surpris, j'observe les lieux, le couloir, ses toiles, les percevant tout à coup différemment, revêtus d'un sentiment de grand interdit.

Potter disparaît et le passage se referme derrière lui ; bien qu'impatient, j'attends. C'est donc ici que ces satanés gryffons traînent, passent leur temps libre, complotent inutilement, s'insurgent. Je n'y ai jamais porté le moindre intérêt, mais maintenant que ça représente Potter, ça évoque son intimité et tout me paraît fascinant.

M'amener dans ses quartiers, alors? Il y aurait pire. Je m'en régale quand même, mais qu'il ne s'imagine pas que je vais lui rendre la pareille et lui offrir de venir chez les Serpentards!

Il prend son temps, et je compte les secondes. Un autre moi aurait hurlé d'être laissé poireauter, aurait même craint d'être abandonné et aurait probablement maudit Potter, mais j'ai confiance aujourd'hui. Je respire calmement, et effectivement, vive ma bonne foi, mon lion réapparaît. La dame du portrait m'observe drôlement, les lèvres pincées .

— Bon, j'ai ce qu'il faut, fait Potter en m'invitant à le suivre, rebroussant le chemin.

Je vois qu'il rapporte un épais morceau tissu roulé en boule, tenu sous son bras.

— Tu ne m'invites pas à l'intérieur? demandé-je.

Soudain piteux, je me ressaisis, étonné de moi-même.

— Oui, oui, dit Potter à voix basse. Mais on doit revenir dans quelques minutes, sinon elle se doutera de quelque chose.

Il me désigne le bout du couloir d'un haussement de sourcils, où la dame dans son portrait nous surveille toujours, suspicieuse.

Mais quoi, encore attendre? Je te veux!

Se rangeant hors de sa vision, au coin du corridor adjacent, on patiente quelques instants, mais assez vite c'est insoutenable. On ne parle pas vraiment, on s'observe, l'anticipation me ravage les entrailles. Les yeux verts de Potter scintillent d'une ferveur inhabituelle, qui traduit son état miroir au mien.

On ne tient pas plus d'une ou deux minutes. Je crois que nous en sommes incapables. Potter tire alors le vêtement qu'il a ramené, qui se trouve être une cape, et me la tend.

— Enfile ça, dit-il.

Incertain, je glisse les épaules sous le textile, pour constater avec effarement que mon corps disparaît. Potter rigole, peut-être à cause de mon expression : je me sens léger et anxieux, de ne plus me voir, presque une impression de planer. C'est donc une cape d'invisibilité!

— Ta tête aussi.

Il dépose un baiser rapide sur mes lèvres, et en reculant tire le rebord de la cape pour me recouvrir entièrement.

Je suis invisible !

Je savais que Potter avait cet artefact, j'ai déjà été témoin de son usage à des fins tout à fait sournoises. Mais je n'aurais jamais imaginé qu'il s'en servirait un jour pour me faire entrer chez lui!

Potter sourit dans ma direction, bien qu'il ne puisse pas me percevoir. Je lève une main, toujours enchanté par mes sens trompés.

Oh, toutes les possibilités que m'offrirait un tel outil! La discrétion dont je jouirais, et les vengeances que j'exercerais !

Potter tient mon bras invisible à travers la cape, comme pour se rassurer que je ne disparaîtrai pas à son insu. Je ne vais nulle part sauf là où tu vas, mon lion!

— Maintenant, tu peux me suivre, annonce-t-il, content de lui-même.

Il relâche sa prise sur moi lentement, fronce les sourcils, déterminé, et hoche la tête à mon égard.

Nous tournons le coin du couloir et approchons du portrait, à qui Potter donne le mot de passe silencieusement. Il jette un coup d'œil là où il croit que je me tiens, mais j'ai erré de l'autre côté, pour mieux écouter. J'ai entendu ton mot de passe, Potter! Ah, le pouvoir que tu me donnes! Tout ce que je pourrais faire avec cette information!

Je suis cependant rendu humble par les circonstances, surtout épaté de sa confiance. Ou de son inconscience? Mes idées fourbes passent et s'envolent, comme si elles ne m'appartenaient plus. Je n'ai pas envie de faire de grabuge, Potter, pas maintenant.

J'accompagne le Gryffondor à l'intérieur de sa salle commune. Pas certain que ça ait vraiment trompé la vigilance de la gardienne du passage, mais elle ne doit pas avoir de moyen de prouver ma présence, ou de s'opposer à mon intrusion.

Nous émergeons dans une grande pièce tout à fait vide, tous les Gryffondors devant être à Pré-au-lard, ou ailleurs dans le château.

— Je commets de la haute trahison, pour toi, déclare-t-il embarrassé. T'amener ici…

Il se tourne vers l'entrée de la salle, et son regard me cherche. Je vois son expression changer, soudain perplexe et inquiète.

— Malfoy? T'es toujours là?

Je m'emballe un peu, fanfaronnant d'une petite danse victorieuse, que jamais je ne me serais permise, sauf maintenant que je suis invisible... ! J'ai envie de m'amuser. Quel interdit! Quelles possibilités! Quelle liberté! J'hésite même un instant à ne pas répondre du tout à Potter.

— Oui oui, le rassuré-je, sans pour autant enlever cette fabuleuse cape.

Je me déplace à travers la salle, observant la disposition des canapés et des tables, les couleurs rouge et or ornant toute décoration. C'est chaleureux ici, pas déplaisant. Si différent de chez moi.

— Malfoy? fait Potter, toujours à la même place, pivotant sur lui-même, mais ne pouvant me repérer.

Je ricane, et il fait volte-face en m'entendant, ses yeux allumés et impétueux.

— Draco, dit-il, usant de mon prénom, une occurrence rare. Enlève la cape!

Je rigole davantage, m'aventurant discrètement dans un recoin, où des Gryffondors ont abandonné des effets personnels. Je fouille un peu, tournant les pages d'un livre. Je suis un maître-espion! Potter, tu n'aurais pas dû m'introduire ici!

Il a dû voir le mouvement de feuilletage, parce que soudain il est sur moi. Je bondis pour éviter qu'il ne m'attrape et l'autre garçon perd l'équilibre et s'étale à moitié contre la table.

— C'est pas drôle! clame-t-il en se redressant. Tu vas me faire regretter tout ça!

Je le scrute un instant pour m'assurer de ne pas exagérer. Il n'a pas l'air réellement contrarié : souriant, maintenant, les yeux plissés, espiègles. Encouragé, je file à l'autre bout de la pièce ; il entend mes pas et se précipite dans la même direction générale. Quand je m'esclaffe de le voir bifurquer du mauvais côté, il se retourne, une expression de défiance enflammée sur les lèvres. Maintenant arrêté, Potter passe une main dans ses cheveux mêlés, et reste immobile, sans doute tendant l'oreille.

J'en profite pour observer en toute impunité sa stature, je détaille son physique et la ligne de sa silhouette, ses jambes, son bassin mince, sa taille invitante à mes bras, son torse plus large, qui se soulève à chaque souffle. Il porte des vêtements ordinaires, un pantalon gris, un t-shirt noir quelconque. Je me plais à l'examiner sans sa robe de sorcier.

— Bon, sourit-il enfin, l'air de se parler à lui-même. T'as gagné. Je vais monter au dortoir, tu peux me rejoindre… si tu veux.

Potter s'éloigne alors vers des escaliers tout au fond, qu'il grimpe sans plus s'arrêter avant de disparaître.

Embêté, j'attends quelques secondes. Je n'ai pas gagné, il a gagné, en mettant terme à la poursuite! J'attendais qu'il me capture et qu'on roule l'un contre l'autre, ou d'éventuellement m'approcher de lui pour le déshabiller d'une main invisible! Il a tout gâché!

Je retire la cape magique, et m'élance en courant pour le rejoindre, réagissant exactement comme il devait l'avoir prévu. A-t-il confiance en moi à ce point? Ou plutôt, a-t-il si confiance en mon désir pour lui?

Personne d'autre ne se trouve non plus dans les dortoirs. Je ressens une atmosphère oppressante, lourde sur mes épaules, tant l'impression d'interdit profané grandit. C'est que je pénètre encore davantage dans l'intimité de Harry Potter, incrédule ; ça sort complètement de la réalité.

Le garçon m'attend debout devant un lit, sans doute le sien. Sans cérémonie, je lui tends simplement sa cape, qu'il me reprend avant de la jeter nonchalamment sur une pile de vêtements au sol.

Je veux regarder autour de moi, détailler cet endroit et découvrir ce qu'il révèle de Harry, de sa vie privée, mais le garçon lui-même retient toute mon attention.

Potter lève sur moi des yeux appréhensifs.

— Alors… dit-il.

— Ouais.

On y est.

Nos lèvres se touchent. Je me maîtrise un premier temps. C'est mouillé. Vraiment très doux. Mon corps tend à attraper Potter par la taille pour l'attirer contre moi, mais je m'en empêche, une mesure calculée qui attise la tension qui explose en moi, et entre nous.

Potter recule la tête. Il me fixe. Je lui retire délicatement ses lunettes.

— Encore? dis-je.

— Encore, répète-t-il timidement.

Cette fois, on est loin de la douceur. Il ne me repousse pas. En le tenant par le creux des reins, je le fais glisser sur son matelas, d'abord assis, puis sur le dos, sans jamais décoller nos lèvres. Il me touche, et c'est bon. Je dois me retenir pour ne pas soupirer d'aise… non, je ne me retiens plus, mon souffle m'échappe.

Je lui demande son accord pour continuer. Mon respect pour lui se définit. Ça se fait naturellement.

Il se mord la joue et acquiesce faiblement. Je lui souris et lui retire ses vêtements.

Et ça continue, et s'intensifie, et grandit.

J'ai le goût de son corps sur la langue, j'ai le goût de lui tout entier.

On est couchés nus l'un sur l'autre, et ce moment est parfait.