Chapitre 16
Je ne leur donnerai pas le bénéfice du doute. Je les ai à l'œil, les Serdaigles. Eux et leurs sages manières, leurs grandes conversations, leur intelligence ardente mais vaine et inutile. S'ils savaient mettre leur intellect à bon escient, ils auraient été placés à Serpentard, avec moi ! Je fais confiance à la répartition ici : le choixpeau me dévoile leur vertu et je les déteste. Je ne manque pas d'ennemis finalement, Weasley! Bien que ceux-ci, je doive politiquement prétendre les respecter et même sympathiser… et ça va, j'ai une tête parfaite pour faire semblant. Mon rictus gentil trompera les apparences, mais que personne ne se méprenne : je les surveille et suis prêt à les aveulir !
De toute façon, je n'ai rien à leur envier, et ils n'ont rien sur moi. Harry ne peut pas les préférer à moi. Et ils sont amoureux l'un de l'autre, alors qu'ai-je à craindre ?
…
Les épiant les yeux plissés et les sourcils froncés, fomentant des plans insidieux et funestes, je me dis soudain qu'ils sont … mignons. C'est apaisant, inspirant, même peut-être excitant, de voir deux gars être en couple, ouvertement. Je constate leur tendresse mutuelle quand ils se regardent, je vois Corner se montrer protecteur envers Goldstein en l'enlaçant, dans une dynamique touchante. Ils ont l'air harmonieux, même au-delà de leurs piques ou blagues sarcastiques, desquelles ils rient ensemble.
D'être hors du placard leur réussit finalement, grâce à moi.
Au moins, je crois que par pudeur, Harry ne les a pas questionnés sur l'incident où ils ont été retrouvés paralysés. Ça me préserve pour l'instant. Et puis j'ai tellement raconté et rigolé de comment j'ai embêté Pansy toute la journée, profitant de mon invisibilité, qu'il pensera que c'est tout ce que j'ai pu faire.
Je ne sais pas comment leur couple se compare au mien. On ne s'adonne pas vraiment à des mises en abîme pour parler d'homosexualité, et tout ça, du moins pas à quatre. Mais par des allusions, je crois que Harry a dû s'ouvrir sur nous à Michael, se confier sur notre intimité. Je l'ai déjà prévenu, avec fureur, que ça ne regardait personne et surtout pas eux. Harry a hoché la tête, l'air de partager mes gardes, mais je reste méfiant. Que savent ces aptes Serdaigles sur moi ? Comment peuvent-ils me faire chanter, si la malice se mêle à leur érudition à la con ?
Pire, je suis peut-être seulement gêné, Harry. C'est trop personnel, tout ça, toi et moi, et ce qu'on fait. Si tu parles à Michael, c'est comme si moi j'allais me vanter à Pansy et Blaise des détails de comment je te fais bander, tiens. De la courbure de ton dos, ou de comme tu aimes quand je t'embrasse dans le cou.
Moi, je ne parle jamais de nous ou de toi à mes amis. Encore moins de nos aléas, de mes doutes, de mes hésitations... Je me retiens bien de dire quoi que ce soit à Pansy et Blaise ! C'est la moindre des choses ; ça s'appelle du respect.
Non mais.
C'est privé, c'est à nous.
Alors que je parlais en long et en large de Harry à Pansy, j'ai mentionné comme les Serdaigles me font suer et elle s'est bien marrée. Je lui fais la gueule surtout pour la forme, mais à force de faire mine de bouder, mon humeur finit par s'en teinter et décliner. Après tout le repas à ignorer Pansy, j'amène mon mutisme frustré avec moi à la salle commune, et décide de profiter d'être refermé sur moi-même pour accomplir quelque chose, un début de devoir au moins. Malheureusement, mon amie a déjà terminé les siens et veut immanquablement se distraire ; elle se laisse tomber à mes côtés, ses intentions espiègles de parasite bien affichées sur son horrible minois.
— Ça y est, annonce-t-elle.
Peu importe ce que c'est, je préfère ne pas le savoir.
— Ça y est, répète-t-elle après un moment de silence.
Ma plume gratte mon parchemin, je m'assure que le frottement soit bien sonore, pour lui signifier que je ne m'interromprai pas.
— Ça y est ! insiste-t-elle. Ça y est!
Croit-elle que de changer sur quel mot elle appuie va me faire lever la tête ?! Je l'ignore de plus belle. Je l'ignore activement : je me concentre à l'oublier. Du coup, elle m'a distrait. J'ai écrit n'importe quoi, le fil de ma phrase s'est perdu. Rageur, je rature tout mon paragraphe, et constatant l'état de mon devoir, je repousse le parchemin. Je devrai reprendre du début, par sa faute.
— Quoi?
Pansy me sourit, les yeux brillants.
— Les rumeurs ! Les rumeurs sont levées.
— Quelles rumeurs ?
— Harry Potter et Draco Malfoy, chantonne-t-elle joyeusement.
Elle procède à produire des bruits indécents de bisous mouillés, qui me font ciller, alerte, bien que tout le monde nous ignore, comme d'habitude.
— C'est toi qui parles de nous à tout le monde ?
Elle me grimace.
— Pourquoi aurais-je fait ça ? Surtout que si je l'avais voulu, j'aurais pu te tacher de honte depuis des mois déjà. Non mais !
Elle n'est pas vraiment indignée, mais belle occasion pour le spectacle.
— Non, non, reprend-elle, j'ai entendu des filles en parler.
— Qui ?
— Des filles, peu importe, se tait Pansy. Vous n'êtes pas assez discrets, et vu qu'être homo est à la mode, je crois que ça oriente les idées qu'on se fait de vous.
Comme je le craignais. Elle rigole, un peu ironique.
— Ça aura rassuré de vous imaginer ensemble. Plus facile à digérer s'il y a une raison sexuelle. Ça explique votre nouvelle amitié débile.
Pourquoi ces commentaires de Pansy ? Toujours à se moquer, à ridiculiser. Et pas qu'elle ; si seulement on me reflétait ce que je mérite. On devrait me dire : « Félicitations Draco, bon coup, tu te fais le Survivant! » On me taperait sur l'épaule alors que je m'en vante entre mecs dans les vestiaires (Bon, sans Pansy, donc) et je me galvaniserais de mes exploits. Ha! Si seulement!
Je roule les yeux, revenant à l'annonce de mon amie. Comme je l'appréhendais, tout ce qui se met en place dernièrement fragilise le contrôle que j'exerce sur mon image. L'information était plus facile à maîtriser quand être gay n'était que dans ma tête. Maintenant que je l'actualise en côtoyant Potter, et qu'on a amené notre passion physique à des activités sociales, c'était à prévoir.
— Tu vas faire quoi ? me demande mon amie après un silence, les yeux rieurs, mais l'intonation curieusement sérieuse.
Je comprends que Pansy, malgré ses manières affreuses, me pose une vraie question.
— Je ne peux pas contrôler ce qu'on suppose sur moi, déclaré-je après avoir réfléchi.
Regard dubitatif de la part de l'indiscrète.
— N'est-ce pas ce que tu fais depuis toujours ? Pourquoi arrêter maintenant ?
Je hausse les épaules, tentant de peser le pour et le contre. J'ai envie de tout continuer avec Harry. Ce n'est pas le temps de me rétracter ou de l'insécuriser, surtout pas avec la distraction, voire compétition potentielle chez Serdaigle. Les choses vont… bien …
— Sérieusement, Dray. Je te connais, fais attention. Tu vas finir par prendre vertige, perdre pied et te réveiller, et ce ne sera pas beau.
Je la dévisage en silence, essayant de me représenter ce qu'elle imagine. Moi, dépassé par les événements ? Franchement ! Pour qui me prend-elle ?
— Je ne vois pas trop comment y changer quoi que ce soit, dis-je tout de même avec considération, pressé de fournir une réponse.
Je ne sais même pas si je veux changer quoi que ce soit. Mes priorités se sont-elles modifiées ? Mais est-ce de ça que Pansy me met en garde, justement ? Je m'égare de moi-même…
Le parasite n'attend pas que je la sollicite pour m'offrir ses suggestions, qui me font sourciller.
— Tu pourrais de nouveau l'ignorer. Oh, ou sinon, carrément le laisser. Lui casser la gueule encore une fois tiens! Ça fera taire les commérages.
Je roule les yeux pour la millième fois.
— Non.
Pansy hoche la tête, compréhensive. Mais comment cette fille peut-elle passer d'une blague, à la provocation, au véritable conseil à chaque réplique ? C'est elle qui m'étourdit !
— Sinon, cachez-vous mieux. Sans rire.
Je hoche la tête en serrant la mâchoire. Le plus terrible, c'est que ça fait aussi écho aux avertissements de Weasley. Mais comment vais-je demander à Harry de faire plus attention ? Il devrait d'abord éviter les Serdaigles, c'est sans doute de nous associer à eux qui nous trahit !
— Ou sinon, propose Pansy, tu pourrais parader avec une petite amie, un leurre…
Elle pose doucement ses doigts sur les miens, battant des cils en un sourire radieux. Je retire précipitamment ma main et la ramène contre mon torse, comme brûlé.
— Arrête ça! grogné-je alors qu'elle pouffe. Merlin, quelle idée ! Je croirais que ce sont mes parents qui t'envoient!
En un pincement de lèvres amusé, Pansy se lève, satisfaite, pour s'éloigner en direction de Daphné, j'imagine pour discuter avec elle (c'est-à-dire l'embêter) à son tour. Mon compte est réglé – elle a eu sa distraction, et passé son message du même coup. … Même si c'était énervant, ses réflexions sont pertinentes et touchent cible.
Je ne sais pas quoi faire. Veux-je vraiment combattre tout ça ? Les rumeurs mourront d'elle-même, tant qu'on ne les confirme pas, et qu'on n'est pas surpris dans un geste ou une parole romantique. Tant qu'on continue de contrôler qui est au courant… Les gens finiront par s'habituer à nous voir ensemble, amis. De simples amis.
…
Mais au fond, est-ce si grave ? Toute cette discussion existe sur la prémisse d'interdit, comme s'il fallait qu'on se cache. Pourtant, je pourrais être gay. Un sorcier gay. Grandiose, beau, froid, intelligent, riche, tout ça, tout ça comme avant, mais avec juste ceci en plus : qui couche avec les hommes.
— Rappelle-toi, Draco. Ce n'est pas n'importe qui, reprend soudain Pansy. C'est Harry Potter.
La reine des contrariétés est de retour à mes côtés. Pansy a-t-elle emprise sur moi au point de lire dans mes pensées ? Je la foudroie des yeux, mais me mords l'intérieur de la joue en même temps.
Je visualise les grands titres de tabloïds nous dévoilant. Potter est de notoriété publique. Je ne dois pas l'oublier. Il n'est pas juste… un homme.
Tout ça pour me rappeler que ça peut sortir d'ici. Encore une fois, ça repose sur ma conception du château : en ces murs, je me suis senti absolu, et plus libre. J'ai construit mon image et en parallèle, j'ai agi comme je le voulais, laissant libre cours à mes pulsions, notamment, fréquenter un garçon de Gryffondor. Ça fonctionne, en ce moment. Mais pour combien de temps ? On est en 7e année…
— Alors, tu vas faire quoi ? s'enquit à nouveau Pansy.
Les promesses de mon futur, mes parents, la lignée de notre sang résonnent en moi comme un grondement, dans un malaise imposteur.
— Rien. Pour le moment…
Je ne sais pas si elle invente, mais Pansy a ajouté de manière intrusive et impudique que dans les rumeurs, des propos salaces argumentent sur nos rôles au lit. Je me suis insurgé : pas question que je commente ça! Mais j'ai quand même amené la réflexion avec moi à la chambre à coucher, la fois suivante où j'ai retrouvé Harry…
On n'a jamais vraiment discuté de ce qu'on fait et de comment on s'y prend ; on est trop naïfs et inexpérimentés l'un avec l'autre, de toute façon. Depuis le début, on a fait ce qu'on avait envie de faire ensemble, de se faire l'un à l'autre, et honnêtement, sans manuel d'instructions, je pense qu'on s'en tire bien, du moins, je suis comblé comme ça. Tout est si bon avec lui. Ça a été naturel. Trop naturel ? Harry savait s'y prendre. Malgré nos débuts chaotiques, au fond, il savait ce qu'il voulait de moi.
Mais dois-je tirer quelconque analyse de mon affirmation au lit, avec Harry ? Comment ma personnalité se manifeste-t-elle dans ma façon de l'aborder sexuellement ?
Je te déteste, Pansy, d'avoir donné à mon esprit infatigable de nouvelles pistes pour douter de moi-même.
Ainsi, quand je retrouve Harry dans notre cachette, je renverse notre dynamique et domine mon amant avec détermination. Je suis en contrôle. Je crois qu'on aime ça tous les deux, et mon orgueil s'en régale.
Surtout que c'est moi qui ai provoqué notre réunion cette fois, le subtilisant à son programme prévu pour la journée et l'entraînant dans une dégringolade lascive spontanée. Je me plais à agir ainsi : leader, meneur, et surtout pas une chiffe molle qui se laisse diriger par son amant! Je suis comme ça : adéquat, présent, charmant ; c'est moi qui décide de ce qu'on fait et où on va!
Après l'acte, Harry se rhabille sans traîner, contraint par son horaire. Je l'interromps en attrapant son coude, avant qu'il ne s'engage dans le passage menant hors de notre repaire secret.
— Sommes-nous si pressés de retourner étudier ?
— Hermione m'attend déjà…
Tant mieux, me dis-je ; on va la laisser poireauter un petit peu, elle mérite bien d'être ignorée et oubliée.
L'atmosphère ici est encore enivrante, une énergie humide nous oppressant presque, palpable et chargée, remplie de nous deux. Aussi délicieuse soit-elle, j'ai du mal à focaliser : il nous faut sortir, mais il est trop tôt pour déjà se séparer.
— Allez, lui dis-je d'un ton désinvolte, mais persuasif. On va faire du balai!
On peut bien se relâcher un peu, non ? J'ai travaillé fort après tout, pour les contrôles encore récents. J'ai même dû me taper l'examen de métamorphose deux fois – c'était beaucoup d'efforts, je crois bien avoir le droit de souffler et me détendre! Sans compter que je me farcis les Serdaigles trop souvent; Harry me doit bien de petits moments rien que tous les deux.
Bien sûr, il ne peut rien me refuser, et finit par acquiescer non pas sans grimacer – comme si je lui tordais le bras ! Mais non, il préfère bien sûr venir voler avec moi que de suivre le régime militaire de révisions imposé par Granger!
On fait quand même le détour pour aviser la pauvre esseulée (en coup de vent, car j'ai les bras croisés et la mine pincée de quelqu'un qui n'attend pas.) Ma puissance la réduit au silence : elle n'aurait pas la moindre des chances d'influencer mon lion pour le faire revenir sur sa décision de m'accompagner.
On a vite fait de récupérer chacun notre balai respectif pour se rejoindre dans le parc et se préparer à prendre notre envol, sans même se changer ou se rendre au stade. Le ciel s'est assombri : c'est limite quant au couvre-feu extérieur, et en principe, on aurait dû obtenir une permission de notre professeur responsable ou du concierge pour sortir voler, mais en tant que finissants, on nous laisse généralement tranquilles. Et puis je suis un Malfoy et qui s'aviserait de me réprimander ?
Alors que Harry enfourche son Éclair de Feu, une envie inexprimée m'échappe :
— Tu me laisses l'essayer ?
Il louche dans ma direction avec un réflexe de négation, puis me sourit :
— Hum, il faudrait que tu l'aies mérité.
— Je ne l'ai pas gagné tout à l'heure quand tu criais ?
Il rougit : il déteste toujours quand je suis grivois. Sans crier gare, comme pour fuir mes provocations salées, Harry frappe le sol du pied et l'air l'engouffre alors qu'il s'élève. Je me lance à sa poursuite, et fonce à toute vitesse pour le rattraper. J'y parviens presque, mais je ne suis pas dupe : il serait capable de filer bien plus vite que moi avec son Éclair. Mon esprit compétitif s'en trouve contrarié, si bien que je ralentis et on finit par simplement tourner doucement autour du château, sans plus d'enjeu de chasse, avant de rejoindre le stade pour profiter de l'espace et de l'effet imposant des gradins, même vides.
Tout en nous baladant, je repense aux rumeurs annoncées par Pansy. Nous révélons-nous davantage, comme ça, ici, à voler ensemble pour le plaisir ? Est-ce une activité d'amis, ou de couple ? La manière dont je ne peux m'empêcher de le suivre à la trace, dont je tourbillonne autour de lui rappelant carrément une danse nuptiale, dont on se fait le concours de la feinte la plus ridicule en riant de bon cœur … Ça nous dévoile ?
Et si on nous voyait ?
Les bancs étagés nous surplombant sont bien vacants. Seul spectateur à nos élans, le soleil couchant est déjà presque invisible derrière le stade ; je respire goulument l'air froid autour de moi, heureux de ce moment avec Harry, à la fois si exposés mais si seuls.
Je m'ébroue alors et lève la nuque : mon compagnon a grimpé si haut que bien que plissant les yeux, je n'arrive plus à l'apercevoir dans le crépuscule du soir. Je m'arrête et guette le ciel patiemment, quand soudain le revoici qui descend à toute allure dans ma direction, me contourne au dernier moment, et se suspend habilement face à moi, le bout de nos balais à deux doigts de se toucher.
Tiens, deux manches rigides tête-à-tête, ça me rappelle nous deux un peu plus tôt, ça!
— Tu fais quoi ? me lance-t-il, un peu hors d'haleine. Tu ne bouges plus ?
J'ai un petit rictus, qui se solidifie en un sourire en coin, coquin :
— Cap ou pas cap de voler tous nus ?
Il me regarde comme si j'étais fou.
— Draco… il fait froid !
Ce n'est pas un non! Je lui souris de toutes mes dents, esquissant déjà un mouvement pour me déshabiller. Mais de nouveau, secouant la tête comme si j'avais pété un câble, l'air siffle derrière mon Gryffondor alors qu'il incline son balai et s'éloigne de moi, déguerpissant en toute hâte. Bon, ça restera une fantaisie, alors! Mais s'il croit que mettre de la distance entre lui et mes idées lubriques le préservera …!
Quand le soleil termine de disparaître à l'horizon, c'est malgré tout la température qui nous pousse à mettre fin à l'activité. Je me pose le premier au milieu du stade, et Harry me rejoint et saute agilement de son balai avant même de s'immobiliser, sa jambe gauche traçant un demi-cercle un mètre au-dessus du sol.
En revenant sur la terre ferme et lorsque la gravité me saisit, j'ai chaque fois cette impression dansante : mes pieds bien plantés dans l'herbe, mais mon équilibre chancelant quelques instants. Plutôt que de le camoufler par ma droiture habituelle, je porte une main au bras de Harry qui terminait de clore l'espace entre nous. Je me tiens à son coude fléchi en clignant des yeux pour que ça passe, puis finis par m'échoir la tête contre son épaule et les bras autour de son cou, juste parce que je le peux. Il supporte mon poids un instant, se cabrant, puis il me redresse et se détend ; on reste dans cette position enlacés, unis un moment. Je respire son odeur sauvage, légèrement âcre après l'effort et aux grands vents. L'air froid m'a brûlé les poumons et les joues ; Harry reste lui aussi fébrile dans mes bras. Quand je recule ma tête pour l'observer, je remarque d'abord son petit air exalté et ses cheveux tirés vers l'arrière. Ses pauvres oreilles sont écarlates, et il se rapproche de moi de nouveau, rentrant les épaules et se lovant contre ma poitrine.
— J'ai froid !
— Je te réchauffe si tu me laisses essayer ton balai.
Il me repousse doucement.
— Non !
— Pourquoi ? chigné-je, même si je n'en ai plus vraiment l'espoir ni même l'envie pour aujourd'hui.
Ça lui provoque un rire léger. Pour la forme, je tente quelques-unes de mes tactiques de manipulation :
— Ça va, on est fatigués, rentrons… Si tu préfères, c'est d'accord, je l'essaierai la prochaine fois.
Mais il ne me laisse pas faire, et voit à travers mes habiles subterfuges.
— La prochaine fois ? Non, on n'est pas d'accord, on n'a pas convenu de ça!
Tout comme dans mes faux dilemmes :
— Sinon, si tu préfères, tu peux me prêter ton parchemin de passages secrets à la place…
— Quoi ? Non! Pourquoi devrais-je te prêter quoi que ce soit ?
Rien ne fonctionne, ni même mon chantage affectif, la voix déçue en une moue plaintive :
— Tu ne me fais pas confiance …
— Non, effectivement ! Absolument pas !
Peut-être en le provoquant un peu ?
— Je te donne un défi : au prochain match, tu me laisses ton balai, et on verra si tu attrapes le Vif le premier quand même!
Harry rigole, signalant ma défaite, et je finis par abandonner.
— Haha, tu es tellement malhonnête…
Je lui montre mes canines d'un sourire grossier. Son visage content me contemple en retour.
On choisit de revenir au château à pied, chacun un balai sur l'épaule. Je lui ai offert d'au moins porter son Éclair de Feu en marchant, mais même cela m'a été refusé.
La fatigue après l'effort nous accable maintenant au ralenti, et j'ai bien hâte de me reposer auprès du feu. Si Harry veut toujours rejoindre Granger, grand bien lui en fasse, mais moi, j'ai bien mérité de me détendre après une telle journée.
Brisant le silence confortable de notre marche, Harry me demande tout à coup, l'air pensif :
— Draco, pourquoi joues-tu au Quidditch ?
Pris au dépourvu, je vais répondre une banalité, quand je me ravise, m'interrogeant véritablement.
— Pour gagner ? Pour montrer mes talents! C'est glorieux, ça paraît bien.
Mon explication me semble vide de sens, à mesure que je l'énonce.
— Pour jouer avec toi, ajouté-je comme une blague, surtout pour camoufler mon embarras inattendu.
Maladroit, je reporte l'attention sur Harry afin de me retirer du projecteur de ses yeux verts :
— Toi, pourquoi tu joues ?
Sa réponse est toute simple :
— Parce que j'aime ça.
Quand je vais me coucher, je m'offre le film mental de ce qui n'est pas arrivé. Mon lion, qui aime jouer au Quidditch, lui (moi aussi! Mais …). Bref, ce lion est nu sur son balai – OK, ça ne doit pas être confortable, mais c'est mon rêve et j'imagine ce que je veux, et on s'en fout. Ça ne doit pas être trop pratique non plus, ses fesses en seraient toutes irritées… mais elles en ont l'habitude de toute façon!
Dans mon film, il virevolte donc dans le ciel. Il utilise un autre balai, quelconque, tiens pourquoi pas mon propre Nimbus, parce que c'est moi qui ai son Éclair de Feu!
Il est si beau alors qu'il file à travers les nuages bas! Je l'imagine voler dans un ciel orageux – pourquoi orageux ? pourquoi pas ! – et il pleut à verse. Ses cheveux mêlés se dressent épars en couettes humides, dégoûtant sur son front et derrière ses oreilles. Ses vêtements sont plaqués contre lui, révélant sa forme mince et agile – ah, non, c'est vrai, il était tout nu! Les gouttes déferlent plutôt sur sa peau découverte, perlant au creux de ses omoplates, et entre ses muscles pectoraux ; il s'ébroue en une manœuvre brusque, mais il pleut de plus belle sous l'orage. Bon, c'est pas le truc le plus prudent, non plus, de voler en balai au milieu d'une tempête électrique, mais il est préservé dans ma fantaisie. Trop beau pour être frappé par la foudre! Un éclair déchire d'ailleurs le ciel sombre, cascadant de sa ligne coupée et lumineuse derrière Harry, qui me fait face : un rappel parfait de sa cicatrice qui apparaît alors qu'il retrousse son toupet d'un coup de coude, me dévoilant le dessous de son bras, son triceps fin, le creux de son aisselle virile, et tout son flanc qui s'étire dans son mouvement, avant de se repencher, attraper le manche de son balai à deux mains, et filer sous le tonnerre qui gronde alors, retentit aussi fort que mon cœur qui bat, sous les flots qui tombent drues, raides et mouillés, comme l'intérieur de mes caleçons à ce point-ci, grandis d'excitation.
Ah. Je suis essoufflé de mes phrases trop longues, de mes pensées qui divaguent en crescendo, de mon cœur qui s'est emballé au fil des images inarrêtables. Les fantasmes sont nombreux, divers, et me viennent si facilement quand il est question de lui. Surtout quand on est tous les deux dans ma tête, selon mes règles et circonstances, et sans le reste de ce monde, ces gens qui nous confrontent, qui nous insécurisent, et qui nous distraient…
Le ciel a pris une teinte colorée dans la tempête, brillant sous les éclairs comme ses yeux verts.
Quant aux rumeurs révélées par Pansy, je pensais peut-être en glisser un mot quand nous sommes sortis, mais j'aurai été distrait… et je préfère finalement ne pas dire à mon Gryffon qu'on est peut-être moins discrets qu'on le croyait. C'est le rôle de ses amis de le prévenir, non ? Granger, par exemple, devrait en faire son affaire personnelle, si elle veut continuer de le protéger et de se mêler de notre histoire. N'adore-t-elle pas fourrer son nez partout et nous déranger ?
Mais au fond, je me demande si Harry se préoccupe encore de se dissimuler aux yeux du reste des élèves. On dirait qu'il s'est fait à lui-même, et il prend encore moins de précautions qu'avant. Surtout, dois-je le redire, en s'affichant constamment avec les Serdaigles gays.
— Qu'est-ce que tu as contre eux ? me confronte-t-il quand une fissure est apparue dans ma comédie complaisante d'amitié, et que j'ai soupiré malgré moi en voyant Corner venir à notre rencontre dans la Grande Salle.
Il n'est pas resté longtemps, tant mieux. Je l'ai salué faussement et ai suivi leur conversation quelconque avec un silence honnêtement méprisant, mais en apparence courtois.
Sauf qu'il semble que mes airs ne trompent pas Harry.
— Je n'ai rien contre eux. Mais ce sont des emmerdeurs.
— Je croyais que vous étiez amis.
— À peine. Potter, fais attention, c'est pas parce qu'ils sont gays que ça fait d'eux des gens fréquentables.
— T'es snob, des fois, me dit-il en me considérant le sourcil levé.
Oui, à souhait. Je hausse les épaules, prêt à passer à autre chose, mais comme inspiré, Harry continue :
— Tu sais, la même observation s'applique à toi aussi. T'es gay, mais je me rends compte que ça ne t'attendrit définitivement pas.
Ne m'avait-il pas dit un autre truc du genre, quand on a commencé à se fréquenter ? Mais cette fois, la façon acerbe dont il m'a déballé sa réflexion me pique tellement que je reste sans mot.
La journée est terminée, on a toute notre soirée ensemble, sans plan précis. Je remarque des gens loucher dans notre direction alors que nous nous engageons hors de la Grande Salle. Comme une chanson qui reste en tête, j'entends la voix railleuse de Pansy : Harry Potter et Draco Malfoy!
Harry ne se rend compte de rien, ou ignore les regards.
— C'est parce que tu as déjà fréquenté Goldstein ?
— Non, encore une fois, je ne l'ai pas vraiment fréquenté. Demande-le-lui, si tu ne me crois pas.
— Quoi, alors ? Il s'est passé quelque chose avec Michael ? propose-t-il, perspicace.
Je me referme, parce que cette conversation peut rapidement nous amener à des anecdotes que je ne souhaite toujours pas partager. Je ne sais pas si les Serdaigles lui ont déjà tout dit de leur secours sous la pluie… Je ne veux pas vérifier si Harry le sait. On n'en parle pas. Je déteste les Serdaigles sans raison divulguée et c'est bien comme ça.
Mes pensées dansent sous mon masque froid et je ne réponds pas, si bien que ça suscite à Harry l'élan de me provoquer :
— Ne redeviens pas comme avant, me prévient-il tout à coup.
Malgré son ton courroucé, quand je lève les yeux vers lui, il a plutôt l'air avenant, comme s'il me tendait une main.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Si tu baissais un peu tes gardes et arrêtais tes mascarades, tu serais plus … aimable.
— Je te fais honte, ou quoi ? grondé-je avec exclamation.
Ça doit être mon expression faciale qui fait rire Harry, et par mimétisme je rigole avec lui, adoucissant du même coup mon inconfort. De toute façon, lui-même, en prononçant sa mise en garde, semblait perdre de l'aplomb à chaque mot, car effectivement, c'est ridicule. C'en est drôle… presque.
Harry a tenté quelques fois de me parler de moi. Il sait que j'y suis peu disposé, et le respecte généralement, mais depuis qu'il pense me comprendre et m'avoir élucidé, il se permet des observations sur mes attitudes et affects négatifs, parfois à la limite de ce que je peux encaisser. Je me tais pour maintenir la paix, et parce qu'il a quelques fois raison, même si ça m'insulte.
Et parce qu'il est trop beau et que je ne veux pas le décevoir.
Harry, si tu crois me comprendre, je serai celui que tu crois.
Je me renfrogne davantage, comique et performatif, et ça a l'effet escompté de tout à fait désamorcer. On rit et plaisante un moment, et ensuite, heureusement, on ne reparle plus des Serdaigles.
Notre conversation libre de garçons foireux se poursuit avec gaieté alors qu'on rejoint la bibliothèque. Comme pour le taquiner, je rouspète et râle sur tout et rien, et ça le fait pouffer. Ma mauvaise foi l'amuse, maintenant ; je n'ai aucun mal à l'exagérer. Ça me vient tout naturellement.
À ma grande déception, l'unique canapé rembourré à deux places – celui où on aime s'installer – est occupé par deux élèves qui étudient (enfin, un dort, et je m'en insurge). Quelques fois, assis chacun à une extrémité à lire ou réviser, nos jambes se touchent imperceptiblement ; j'agite un peu le pied et caresse sa cheville, tout ça en public, mais sans être remarqués. Mon toucher l'enflamme alors, il lève ses yeux verts vibrants sur moi et me fixe avec passion (ou se retire quand il veut vraiment se concentrer, et je boude).
Harry est plus créatif que moi aujourd'hui. Il m'attire à l'autre bout de la bibliothèque, la section la plus recluse et encombrée de livres désuets, et sortant sa baguette, il transforme un tabouret de bois en véritable trône à dossier, dans lequel il se pose le premier. Puis à mon étonnement – peut-être pour réparer ses commentaires sur mon caractère ? – il ouvre les bras et écarte les jambes en une invitation à m'installer contre lui.
J'hésite : si on nous découvre comme ça, on aura définitivement des comptes à rendre sur notre « simple amitié » …
Mais d'abord tendu en le rejoignant, quand il me tire pour m'adosser contre son torse, je me liquéfie dans ses bras, apaisé, épris. Cette chaise métamorphosée n'est pas des plus douillettes, mais blotti contre lui et ses bras refermés sur mes épaules, je me relaxe enfin et tout souvenir d'irritation s'envole.
Puis notre conversation reprend. Agréable, d'abord légère.
Je vois des étoiles quand il se penche dans mon cou et que je sens son souffle sur ma peau.
Est-ce cette position, sa proximité, son odeur, sa voix claire que j'entends, mon oreille si près de son larynx ? Dans mes railleries, je deviens plus sérieux et sombre, plus personnel aussi. J'ai envie de lui parler de mes doutes… De toutes ces petites choses qui me tracassent dernièrement : notre statut social, l'éventualité de notre relation devenue publique, la vie au-delà du château, l'enjeu de mes parents, ma jalousie des Serdaigles, ses amis indiscrets et irrévérencieux…
Mais alors que je commence à peine à m'y mettre et m'exprimer réellement, je sens une pression contre le bas de mon dos. Impossible à ignorer, je me redresse un peu, et entrevois le bas-ventre raidi de mon compagnon, qui ne laisse aucune place à l'imagination malgré le tissu le recouvrant. Je m'écarte de son corps pour me tourner et lui faire face ; Harry me sourit d'avance. Il baisse les yeux à sa ceinture, où sa robe fait bien une petite tente, puis les ramène à moi, maintenant timide.
Je me rabroue, tente de ne pas regarder à nouveau - je n'avais pas terminé de me lamenter ! J'allais même peut-être un peu me confier! Potter, ne me distrais pas!
Mais ma main est tendue et j'enfonce doucement le vêtement au niveau de la protubérance, qui réagit à mon toucher, bien rigide. Mes doigts rebondissent sur l'enflure.
Merlin. Harry.
C'est au sol et à genoux que je termine par m'exprimer auprès de lui, et complètement autre chose que ce que j'avais préparé ; le tout non verbalement, ma bouche trop remplie pour parler.
Et moi qui voulais lui évoquer notre discrétion. Quels risques ! Merlin, ici ! Je vis dans le danger! Si on était découverts… Qu'est-ce que je suis en train de faire ?!
Tant qu'à avoir dû annoncer mes couleurs, c'est moi qui reviens à la charge au sujet des deux Serdaigles, au milieu de la concoction d'une potion, en plein cours. Et même s'il y a évaluation. Je suis d'humeur orageuse.
— Toi, qu'est-ce que tu leur trouves ? demandé-je sans dissimuler ma condescendance.
Harry cesse de couper ses pétales de roses, qu'il est d'ailleurs en train de littéralement écraser plutôt que de les émincer comme la préparation l'exige.
Malgré qu'il sache bien sûr de qui je parle, il me demande après avoir attendu un moment et retournant à son travail :
— Qui ça ?
D'accord Potter, on joue à ça ?
— Goldstein et Corner.
Harry continue de massacrer cette pauvre rose – non mais comment a-t-il fait pour accéder aux cours avancés de potions ? – et semble réfléchir.
— Attention! m'exclamé-je alors que sa lame glisse de biais et que le restant de sa fleur roule sur notre table de travail.
Il se ressaisit sous mon œil alarmé.
— Michael est juste là, grommelle-t-il, désignant le garçon du menton.
— Il n'entend rien.
Le Serdaigle fait lui aussi Potions pour ses ASPIC : un moment hérissant de plus où je suis exposé à sa présence. Il est aujourd'hui installé à l'autre bout de la salle, et paraît en proie à la panique alors qu'il remue frénétiquement sa potion sous les directives affolées de sa coéquipière Padma Patil.
Après avoir grimacé quelques instants, Harry daigne enfin me répondre, bien qu'obstinément.
— D'abord, ils ne m'embêtent pas à savoir ce que je te trouve, eux.
Le sarcasme lui va très bien, tout comme l'arrogance. Ça m'amuse un peu et je le trouve attrayant, mais je ne le dévoile pas, reprenant plutôt l'attaque :
— Pourquoi as-tu eu besoin de les charmer ? – mais fais attention!
Ces pauvres roses!
— Les charmer ? Mais non, c'est pas comme ça…
Il ne surveille même plus comment il tient son couteau ; ses yeux se sont levés vers moi, m'observant de travers.
— On a sympathisé, oui, surtout parce qu'on est…
Il laisse en suspens le mot gay, jetant un coup d'œil autour. On n'a pas trop de mal à parler discrètement, vu que tout le monde bavarde pendant que Snape s'est absenté un moment : il savait que l'effort que nécessite cette potion nous garderait à l'ordre et au travail.
— J'ai jamais connu personne d'autre comme nous. Pour ainsi dire, je n'ai jamais eu de modèle, je ne connais rien. Ça fait du bien, pour une fois, d'avoir des amis qui me ressemblent.
— Granger et Weasley ne sont plus assez bien pour toi ?
Il se secoue la tête, ma question visiblement au-delà de l'impertinence qu'il veut bien m'admettre, et se remet à sa besogne. Mais même en se focalisant de nouveau, je le vois trancher de travers. Merlin. Chourave a fait pousser cette espèce de roses magiques rien que pour nous, et mon lion va toutes les pulvériser.
— Pas besoin d'eux : tu as moi, maintenant, comme autre représentation, déclaré-je dignement.
Ça le fait sourire, et il reprend en raillant, mais presque séducteur :
— Oui, le meilleur des exemples. Bon, arrête de dire n'importe quoi et concentre-toi à bien brasser!
Je m'occupe de mélanger la potion, qui ne doit jamais stagner – je sens mes triceps enflammés par l'effort, mais je m'encourage à penser que ça m'aide à garder la forme. Ce n'est pas en brassant que je me musclerai, mais c'est toujours ça de gagné dans ma paresse! Les chaudrons à touillage automatique sont contre-indiqués dans cette recette : l'effort et la sueur d'homme font partie intégrante de sa conception.
— Arrête, arrête! suis-je obligé d'intervenir quand cette fois, la moitié de son piètre découpage est soufflé hors de sa planche de travail alors que mon Gryffon fait un faux mouvement.
A-t-il toujours été aussi maladroit, ou c'est spécialement pour m'embêter ?
Je lui tends à deux bras mon énorme cuillère de bois, qu'il saisit sans argumenter, tandis que je reprends depuis le début le cisaillement des pétales. Je suis momentanément distrait lorsque Harry relève vaillamment les manches de sa robe, dévoilant jusqu'à la moitié de ses biceps, et qu'il se met à la tâche. Je détourne les yeux, presque timide tellement il est tout d'un coup sexy alors qu'il brasse.
Inconsidérément, je recommence à médire sur les Serdaigles (je crois que Michael Corner va échouer sa préparation) et ça irrite enfin réellement Harry, qui hausse un peu le ton.
Oups, le mot de trop. Il est enragé, je sens sa chaleur ; j'acte la surprise alors qu'il s'énerve.
— Je ne voulais pas faire d'embrouilles, dis-je, bien que je l'aie sans contredit bien cherché.
— Oui tu le voulais, me rebiffe-t-il, me prouvant qu'il voit clair en moi encore une fois.
Pour la suite, la préparation se complexifie – ingrédients magiques et coups de baguette – requérant toute notre attention, si bien que je ne peux plus questionner ou importuner Harry.
C'est énorme, quand même : la potion que nous concoctons ensemble est un remède à des maléfices de mutisme. Par exemple, pour qu'un mage retrouve la voix et la possibilité de lancer verbalement des sorts. Vu notre histoire de silences, il y a quelque chose de symbolique qu'on la réalise ensemble. Ni l'un ni l'autre ne l'avons relevé à haute voix – inutile. C'est plus sacré ainsi.
Mais la façon dont Harry était en train de la massacrer les roses… – Potter, tu me réduirais au silence pour toujours!
Je préfère ne rien y interpréter. Tout comme dans notre histoire, il a fallu que je prenne les devants, que je le remette à sa place, que je fasse le plus gros du travail.
Mais j'en récolte les fruits.
Et ainsi, tout va.
Éclair de lucidité : j'ai aimé ça, en fait, qu'il me tienne tête et résiste, quand j'usais de mauvaise foi et condamnais ses amis Serdaigles. Qu'il me provoque ensuite, même.
Ça me rappelait un peu avant. Notre dynamique d'antan.
Pas que je n'apprécie pas notre nouveau lien : on se rapproche par nos corps, et en flottant gaiement sur l'infatuation béate qui s'en exprime.
Mais par nouveauté, précautions et pour éviter la confrontation, on évite les terrains glissants. C'est facile, épris l'un de l'autre, de garder ça léger, amusant, sexuel. Honnêtement, même si on discute maintenant normalement et de presque tout, il demeure des fragments de non-dits. Des sujets qu'on n'évoque pas, qu'on n'aborde jamais : des façons de voir la vie, nos contextes passés et surtout, nos futurs différents…
À défaut de parler, c'est de bon augure, donc, si ça devient naturel et que des dynamiques sincères reprennent : se disputer un peu, se narguer ; tout en conservant notre intimité. Sans la minimiser, on ira au-delà, on apprendra à vraiment se connaître ainsi. Potter, j'en suis là, avec toi.
Restons donc fidèles à nous-mêmes : pour évoluer ensemble, chamaillons-nous. Je verrai au-delà : je te conçois bien différemment à présent. Je vois plus loin que cette arrogance de Gryffondor, que ce bienfaiteur malgré lui empêtré dans les ennuis et la gloire. Je vois le garçon vaillant derrière, sa beauté, sa virilité, sa sincérité.
Et tout ça. J'aime ça.
Est-ce ce qu'il veut dire, quand il prétend mieux me comprendre ? Réciproquement, il devine mon essence derrière mes manières d'être, et elle lui plaît. Il ne m'a jamais demandé de changer.
Donc sur ce nouveau terrain d'entente : Oui Potter, disputons-nous!
…
Ceci bien établi, voici ma véritable motivation : il est tellement sexy quand il me résiste. Ça m'a attisé, c'était brûlant de passion, même si le sujet de notre dispute m'importune ou m'indiffère. Toi, agacé par moi, m'es irrésistible ! Ta réaction m'appartient, tant que c'est moi qui la provoque.
Pour les Serdaigles, j'ai raison de me méfier, mais si tu vois vraiment quelque chose en eux, oui, défends-toi, Potter. Défends-les. Dis-moi que j'ai tort!
Dis-moi mes quatre vérités. Je veux qu'on se secoue. Je veux qu'on se batte.
Ce ne sera jamais mou entre nous. Les bons sentiments, exaltants mais faibles, ne peuvent pas dominer ma vie et mes idées, même suscités par un si bel amant. Rappelle-toi, on peut se désirer et se détester – bon c'est extrême, mais on peut s'aimer sans se ménager. La confrontation doit faire partie intégrante de notre relation, même depuis qu'elle s'est sexualisée.
Et moi qui dis manquer d'ennemis. Non. Je passe tout mon temps libre avec l'objet de tous mes rêves et désirs, mon ennemi ultime, mon amant.
Notre animosité d'hier est profonde, mais supprimée par un regard échangé, l'envie de s'embrasser… Mais Harry. J'aime ton feu. J'aime ta chaleur quand il est question de moi. Ne nous éteignons pas.
Faire quelques étincelles… Et ça risque en plus ensuite de bien tourner, héhé!
(note d'auteur 2021-09-09)
Ceci était un des plus longs chapitres - j'ai bien cru le séparer en deux, mais à le relire, il représente peut-être la lente progression des idées de Draco, qui s'illustre mieux dans un continuum que fractionnée en petit chapitres? Entre ses sentiments, ses doutes, et ses moyens d'y échapper!
Je ne veux pas commencer à auto-commenter l'histoire et elle n'a pas besoin non plus d'explications externes, mais je souhaitais prendre quelques mots ici pour partager deux ou trois trucs.
D'abord, j'espère que l'évolution de Draco est perceptible. Il est mis à cran sans arrêt, certaines fissures apparaissent dans sa prétention, et même si ça a peut-être l'air de stagner, il a aussi quelques éclairs de discernement. Tout ça le mènera quelque part, mais ce n'est pas nécessairement évident où...! (Du moins, pour lui haha.) Au travers de cela, j'aime décrire la relation entre les deux garçons et ceux parmi qui ils évoluent, les Serdaigles, Pansy, et d'autres à venir.
Pour ce qui en est du rythme de publication actuel, c'est que presque tout est déjà bien écrit (et réécrit, et réécrit... ahhh). D'avoir commencé à partager oblige à cesser de relire et modifier ; je publie les chapitres dès que sont faites les dernières révisions de vue d'ensemble et d'orthographe.
Je suis très reconnaissant à tous les lecteurs et lectrices qui suivent cette histoire, et même si l'essentiel de ce qui s'en vient ne changera pas, tout commentaire ou observation est la bienvenue.
J'espère que la suite vous plaira ! :D
