Chapitre 20

— Salut, toi !

Une tête blonde, plus pâle encore que la mienne, se laisse tomber à ma droite et se sert sans tarder une tasse de thé, suivie d'une deuxième. Deux tasses à la fois. Je ne comprends pas.

— Salut, Luna, fais-je docilement, presque craintivement.

Depuis qu'elle nous a surpris, avec Ginny Weasley, elle s'adresse à moi comme si l'on se connaissait. Et voilà un pas de plus franchi : elle s'assoit auprès de moi et veut discuter, comme si l'on était amis. C'est terriblement déplaisant, terriblement déplacé, et terriblement honteux. J'ai creusé un peu sur elle, et elle est cinglée. C'est tout ce que je peux affirmer à son propos.

Mais ce matin, je n'ai aucune autre compagnie pour me soustraire à sa conversation. Harry est encore en train de discuter avec Michael Corner, et moi je rumine en peinant à boire une tasse de café trop fort – je te hais, Dobby – et en les observant bavarder et développer leur amitié. Une amitié à vomir, mais sur laquelle j'ai reculé. Je ne veux pas entretenir le drame là-dessus. Je ne me suis pas excusé, mais de me taire paraît suffisant comme repentance.

— T'es pas un Gryffondor, finalement? me demande ma propre « amie » avec véritable surprise.

Perplexe, je regarde ma robe de sorcier, dont l'insigne vert et argent est bien apparent, puis je laisse délibérément mes yeux parcourir de long en large l'endroit où nous sommes assis. C'est bel et bien la table des Serpentards. Aucun doute ici. C'est elle, Serdaigle, qui n'est pas à sa place. Pourquoi me parle-t-elle de Gryffondor?

Elle m'étudie, attendant visiblement une réponse. Luna prend une gorgée de son premier thé, dépose la tasse, avant de siroter le deuxième.

— Je croyais que vous aviez échangé officiellement de maison, quand Harry portait ta robe, m'explique-t-elle enfin.

Si ma paume ne frappe pas mon front, c'est parce que mes mains sont toutes les deux occupées à tenir mon café, qui à défaut d'avoir bon goût, me réchauffe au moins les doigts et l'âme.

— Tu sais, toi dans Gryffondor, et Harry dans Serpentard. Moi aussi, j'échangerais bien de maison avec un Poufsouffle, si l'un d'eux me le proposait.

Je ne sais pas quoi lui répondre. De un, c'est absurde et impossible, et de deux, Poufsouffle, ouark. Sa bizarre idée me fait seulement soupeser davantage combien tout est tordu. On se mêle avec les autres, au-delà des limites de nos maisons assignées… Tout ça m'est insensé. On s'égare. Je préférerais ne jamais avoir eu à faire à tous ces autres, ces étrangers.

Luna déguste son petit déjeuner sans me reparler de sa drôle de supposition, me glissant de temps à autre des observations curieuses sur des faits communs. Elle ne voit rien du même œil que moi. Ça en devient presque une expérience intéressante, révélatrice.

— D'ailleurs, les hommes-sirènes du lac de Poudlard viendront bien assez tôt, déclare-t-elle, inspirée peut-être par le morceau de thon qu'elle mâche rêveusement.

Pourquoi est-ce que je reste avec elle, à avoir des discussions surréelles alors que mon copain parle de trucs probablement très gays avec les gens que je déteste le plus au monde? Et où est Pansy, où est mon amie, quand j'ai besoin d'elle?

— DRACO ! hurle Pansy quand elle débarque enfin, levée à la dernière minute avant les cours et en toute hâte pour attraper quelque chose à manger.

Elle se laisse tomber face à Luna, et la dévisage avec une grimace horrible.

— Qu'est-ce qu'elle fait là? me demande-t-elle, sans s'adresser à la Serdaigle directement.

— Nouvelle copine, dis-je sarcastiquement.

Sans le noter, Luna hoche la tête, le visage illuminé d'un immense sourire.

— Oui !

Si éberluée de me voir en telle compagnie, Pansy en paraît même inconfortable, ça en vaut presque la peine. Une idée me traverse alors la tête, et je décide d'au moins profiter un peu de mon interlocutrice.

— Qu'est-ce que tu peux me dire sur Michael Corner et Anthony Goldstein? Puisqu'ils sont dans ta maison.

— Dans ma maison pour l'instant, s'assure de préciser Luna, l'air prévenant.

Je hoche la tête et procède à l'interroger sans retenue par des questions bien orientées. J'ai dit me tenir tranquille, mais mon impression n'a pas changé ! Je veux savoir ce qu'ils cachent, ce qu'ils ont fait de mal – donne-moi de quoi me mettre sous la dent ! Je veux les détails croustillants, les scoops piquants.

… mais au bout du compte, j'en apprends plus sur un copain du duo, Terry Boot, que sur eux-mêmes.

— Pauvre Terry. Il est extrêmement seul depuis que ses deux amis sont amoureux. Une vraie troisième roue, le plaint Luna.

J'apprends que Boot est gentil, d'une bonne nature, mais impressionnable. Je n'en ai rien à faire.

— Et Corner? réorienté-je en coupant Luna sans gêne, au milieu d'une anecdote qui m'indiffère.

Pansy s'est mise au jeu. Son attitude m'égaie : pour une fois, elle semble prendre mon côté, se montrant embêtée par Luna. Ma parole, serait-elle possessive de mon amitié ? Après m'avoir fait la tête durant des jours sans que je comprenne pourquoi… Il y a une déconcertante dualité dans la façon dont me traite Pansy maintenant : on se côtoie, mais je choisis de ne pas relever ses commentaires passifs-agressifs, que je n'arrive pas à justifier non plus. C'est différent de ses moqueries d'avant.

Enfin, ce n'est comme si j'étais en train de la remplacer – elle seule a le talent de m'exaspérer comme elle le fait – mais jouissons de cette sensation! J'ai toujours apprécié que l'on fasse concours pour mon attention et mes bonnes grâces, ça fait longtemps que je n'ai pas ressenti ça. Surtout avec Harry, qui sait qu'il les a.

À la fin de notre conversation, je connais si bien Terry Boot que j'ai presque de la camaraderie pour le mec sans jamais lui avoir vraiment parlé, mais je n'ai pas grand-chose sur mes deux ennemis désignés. Luna a un peu connu Michael Corner du temps où il fréquentait son amie Weasley (je l'oublie tout le temps ; raison de plus pour le snober!). Corner est apparemment populaire, solide, envié pour ses épaules larges et sa connaissance d'un truc particulier auquel je n'ai rien compris, mal expliqué par Luna. Il est aussi brillant et il excelle en potions (un peu comme moi – un cran inférieur toutefois. Je le savais déjà.).

Anthony Goldstein, quant à lui, m'est présenté comme flamboyant, un amoureux de la vie, vivant et amical. Je sais qu'il se tient avec plein de filles de Serdaigle et Poufsouffle, ça correspond à l'image que j'avais de lui : gay et visible, surtout maintenant qu'il s'affiche volontairement. Heureusement que je ne l'ai pas fréquenté – quoi que ça n'aurait été qu'une passade de toute manière, et discrète.

Je ne mets donc la main sur aucune info pertinente ou nouvelle, mais j'en conclus que ça valide quand même mes impressions. Bien que Luna ne le perçoive pas, ces deux gars ne sont pas corrects et si Harry ne me croit pas, eh bien, il a tort.

Pansy hausse les épaules, au terme de l'interrogatoire. Je me tais, alors que je médite sur l'information rassemblée, cherchant un moyen de la faire mal paraître.

Luna me sourit candidement. On dirait qu'elle attend les questions suivantes. Mais rien d'autre vraiment ne m'intéressait que ces deux ignobles garçons.

Moi? Est-ce que je serais en train de calomnier sans aucune base et fondation? Quoi ? Moi ?

J'ai toutes les raisons du monde de me méfier d'eux. Ils font du tort à notre couple.

Oui, toutes les raisons.


Si ça continue, ça y est, je vais me laisser pousser la moustache, me trouver un de ces couvre-chefs typiques, et armé d'une loupe, d'une pipe et de quelque sortilège de révélation, j'aurai bel et bien l'air du détective que je suis ! Prêt à la recherche, l'interrogation et l'espionnage, pour dévoiler quels crime ou secret cachent ces deux garçons. Pour porter au grand jour leur obscurité! Mon flair ne peut pas me tromper.

Il ne me manquerait plus qu'un fidèle compagnon, un complice et faire-valoir qui m'accompagnerait dans mes enquêtes…

Une forme pénètre brusquement dans mon champ de vision, camouflant de mon regard suspicieux les figures de mes deux suspects.

— Draco ! dit Pansy.

Je m'ébroue alors que les desseins forgés en moi se désintègrent : Pansy serait la pire des partenaires! Justement, elle se tourne et retourne grossièrement, nous observant tour à tour, moi et les Serdaigles, et attirant même leur attention, si bien que les voici qui nous rejoignent.

— Hé Malfoy, fait Goldstein sympathiquement.

Il est toujours sympa, et jamais je n'y crois.

D'exaspération, ma main frotte mon visage (bien doux et sans moustache) alors que je ravale mes sentiments et m'ouvre à leur bavardage. Je chasse de mes traits l'air de désintérêt que j'aurais voulu revêtir, et que je sais arborer parfois même que par habitude ou accident. Il me faut berner mes ennemis, qu'ils me croient inoffensif…! On parle quelques minutes des ASPIC - c'est particulièrement exigeant ces jours-ci, et le stress des examens nous fait au moins un point en commun autre que l'envie de coucher avec Harry - Oui ! Je les en accuse silencieusement, ces deux emmerdeurs. Je vous le dis – je le dis haut et fort – du moins je le pense tout haut, dans ma tête : leurs intentions ne sont pas nettes!

Mais alors qu'on discute et que j'en profite pour continuer de les étudier, je m'attarde surtout et malgré moi à tous les petits gestes qu'ils ont entre eux, qui me dévoilent l'intimité qu'ils partagent. Subtils, mais évocateurs pour un œil averti : la façon dont Corner se met en retraite et regarde Goldstein quand il parle ; comment ils se tiennent un peu trop près l'un de l'autre, pour deux garçons, pour que ce soit confortable entre deux amis ; un petit mouvement alors qu'ils se retirent, comme si Goldstein tendait le bras pour laisser passer Corner, pour le guider doucement, naturellement, vers leur prochaine destination.

Ça m'a plu d'une certaine façon, réalisé-je alors qu'ils s'éloignent. J'aime voir cette liaison entre deux mecs, même si je les déteste. Je me demande si la façon dont Harry et moi agissons transparaît ainsi, ou si nous sommes trop prudents pour donner lieu à ces attitudes révélatrices. De toute façon, à ce point-ci, que Malfoy « semble » intime avec Potter, ou que Malfoy fréquente le couple homo de l'heure, je sais bien que Malfoy est complètement mis en péril.

Je me ressaisis et regarde Pansy. Quelle posture feindre pour avoir l'air d'être possiblement son amoureux? Superposer une dynamique potentiellement séductrice sur notre amitié qui est tout le contraire, au moins pour les apparences. Je pourrais commencer à me montrer galant…?

Je suis désespéré.

Après coup, je trouve ça également bizarre d'avoir discuté avec les Serdaigles et Pansy. J'en veux presque à la Serpentard de bien s'être tenue. Elle aurait pu les provoquer comme elle sait si bien le faire, mais, non : ça l'intéressait, leurs lamentations sur la difficulté des examens (puéril!), le projet de dissertation de Goldstein (un torchon) et la potion que tente de créer Corner (échec monumental à prévoir!). Ou bien, c'était pour encore me contrarier que Pansy décide soudain de s'entendre avec mes deux ennemis?

Peu longtemps après, c'est Harry qui nous rejoint. Je chasse Pansy pour le voir seul.

Mon lion me sourit, et voici qu'il me parle lui aussi des APSIC – cette fois, même si ses propos se calquent quasi identiquement sur ceux des Serdaigles, la conversation me plaît et m'enchante, je m'y mets moi aussi : on râle sur ces montagnes de devoirs et de choses à retenir et maîtriser, on partage ça, c'est fantastique.

Il me fait un clin d'œil, avant de repartir de son côté.

Je suis content, le réalisant encore : nous ne sommes plus fâchés.

Je pense que … quand Harry est contrarié par quelque chose et qu'il ne sait pas quoi en faire, il finit par l'ignorer, presque sciemment. Je crois bien que c'est ce qu'il a fait de moi et de mes incartades : minimisées, Harry fait comme si de rien n'était.

Et moi, mis à part le petit couple d'aigles qui j'ai à l'œil… Ça va aussi, j'imagine. Rien n'est réglé, mais ça va…

Quand ça me monte de retour, un baiser m'apaise… Un regard vert me calme, un sourire supprime un moment la tempête battant en moi. J'ai l'impression qu'on prend de la vitesse, j'ai peine à respirer, embobinés l'un avec l'autre. Il est là et ça va.

… Mais Harry n'est pas tout le temps là. Il est occupé, il est ailleurs, il étudie, il fait je ne sais quoi.

Mais ça va !

Mais … sans la lueur de ses yeux verts, je sais que mon déni bien éprouvé se désagrège à mesure que je vis une anxiété extrême, mal assumée, et que je n'exprime pas.

C'est de la faute des Serdaigles. C'est de la faute des Serdaigles! C'est de la faute des Serdaigles...?

Aujourd'hui, mon anxiété ne dure pas : on se rejoint le jour même, en soirée. Je voulais aller voler, mais mon lion a raison : il fait trop froid.

Quand on s'embrasse, ses lunettes finissent généralement par valser et être laissées de côté… Cette fois, il les garde, la tige de métal rigide contre l'arc de mon nez alors que nos deux fronts s'appuient. Je ne les lui retire pas : c'est signe de retenue et qu'on ne s'emballera pas.

On ne parle pas vraiment ; enfin, on parle, mais pour ne rien dire, c'est très léger. C'est parfait comme ça. On est capable de taire les culs-de-sac : c'est ce qu'on a fait en commençant à se fréquenter.

Plutôt qu'à mon balai, c'est à ses épaules que je m'accroche, le gardant désespérément contre moi ; on n'est même pas en train de faire l'amour, mais mon cœur bat à toute allure et le réconfort que j'y trouve se décuple. Je ne peux pas le lâcher. Je ne veux pas le lâcher. Sa chaleur, son odeur... Il est tout pour moi.

Après coup, je me sens ridicule de m'être serré contre lui si longtemps – le voulait-il, lui? Il ne m'a pas repoussé, et il me sourit, mais le remords demeure…

C'était un beau moment, léger et parfait, et je reste content, une satisfaction différente de celle du désir assouvi.

Les couloirs sont froids quand on ressort de notre repaire – il n'est plus secret, mais il reste notre repaire, je m'y suis résigné – et alors que Harry tourne le coin pour grimper vers la tour de Gryffondor, je me retrouve seul avec mes idées, content et désireux que ce soit toujours si beau et simple.


J'ai découvert, à l'aide de Pansy, tout ce que je projetais sur Harry et l'admiration exagérée dans laquelle je l'abordais, à tort.

Eh bien, le contraire est vrai aussi, mais je crois que lui ne le constate pas.

Quand quelqu'un se fait une idée de qui on est et nous met dans une case, il y a deux manières de réagir. Ou bien on essaie de briser cette image de toute sa volonté, au point d'agir délibérément différemment… Ou bien on y concède, et bien que décalée, avant même de s'en rendre compte, on agit parfaitement dans le cadre de cette image, pour satisfaire les attentes erronées du rôle qu'on nous a imposé. Et éventuellement, cette mauvaise perception est même devenue la propre sienne.

Je n'ai pas dit à Harry mes vrais doutes et préoccupations. Il me comprend, il le croit vraiment : et je suis celui qu'il imagine, celui qu'il veut, du moins je le suis devenu.

Une marionnette.

Je ne brasse que de l'air, et aucun de mes soucis n'est valide ou réel.

Qu'est-ce que je fabrique, au fond? À brandir un cœur de pierre, comme si j'en étais fier, sans être pris au sérieux. Une mauvaise foi comique, que moi-même je tourne au ridicule, et qui ne me réussit plus.

On me conçoit superficiellement vain et détaché, possessif, malveillant, et alors que j'abonde dans ce sens, pour le spectacle et pour satisfaire les attentes, Harry voit plus loin que mon chichi et mes drames. Il pense qu'il n'a pas besoin de se méfier.

Les autres, ceux qui ne savent pas, ils me projettent leurs propres images dans lesquelles je me cadre à la perfection ; je donne raison à ses amis : je suis jaloux, méchant, problématique ; je donne raison aux miens : au-delà de mon masque froid, je suis un gâchis vulnérable.

Je déteste tout ça : ce n'est pas moi. Le vrai moi, il est en contrôle total.

Et alors que j'œuvre dans les limites de la conception qu'a Harry de moi, parfois je ne sais plus rien, ma tête tourne, et je sais être incompris.

Honnêtement, à l'abri des regards, mon cœur est fragile, emballé, et souffrant. Le futur et ce qui est à venir, ma famille… La façon dont je suis perçu par tout le monde, surtout par toi… Ce désir de coming out que je partage, au fond, Harry, mais qui m'est impossible. L'évidence que ça t'éloignera éventuellement de moi, et ce que tu trouveras auprès de ces Serdaigles ou de n'importe quel autre garçon qui n'a pas mon bagage.

Tu sais, ma grandeur vient avec ses inconvénients…

Tout ça me pèse. Voilà. Je porte tout ça. Et ça me terrifie. Si je pouvais demander quoi que ce soit, ce serait un cœur plus petit. Et un avenir différent.

Mais ça ne paraît pas, et pas qu'auprès de Harry : en m'exprimant à quiconque, mes mots sonnent faux, la vérité de mon émotion est tordue.

Il n'y a qu'avec moi-même que je suis honnête en tout temps.

Et alors qu'on pratique des sortilèges en cours de métamorphose, m'y voici de plus belle, me confiant à Pansy malgré moi :

— Il a sauté le cours de potions plus tôt. Comment peut-il me faire ça? Mais où était-il? Marre de me faire abandonner… Je commence à croire qu'il m'évite de nouveau.

Pansy lève les yeux au ciel.

— Est-ce que c'est toi qu'il évite, ou peut-être seulement Snape?

— Quelle différence est-ce que ça fait ? craché-je, comme déterminé à me présenter en victime.

Snape a séparé notre duo, plus tôt cette semaine. A-t-il perçu qu'on se regardait différemment, qu'on se parlait autrement? A-t-il remarqué, quelquefois, ma main furtive sur la cuisse de Harry, sous notre table de travail? J'ose croire que non. Je me prétends que non, pour me protéger de l'épouvante que ce serait.

Mais le maître des potions semblait furieux en réattribuant les équipes de travail, et ce particulièrement contre mon Gryffondor, qui est terrifié d'avoir été découvert avec moi par un professeur, surtout Snape. Autant pour son désir de transparence…

Peut-être est-ce pour ça qu'il ne s'est pas présenté aujourd'hui, donc. Une raison de plus pour me morfondre. Et quand je disais que son éloignement me faisait rapidement dériver…

— Il aurait pu m'avertir, au moins, qu'il ne viendrait pas.

— Tu ne finis jamais de te sentir rejeté, le moindrement qu'il est occupé ailleurs, dit Pansy.

Peut-être, mais m'en plaindre me distrait un peu. Des fois, même dans ce faux ciel clair, c'est tellement souffrant et frustrant que j'ai envie de m'apitoyer, de dire du mal de lui et de ses actions.

— Je me demande ce qu'il est en train de faire, songé-je à haute voix d'un ton de complot.

— Ce n'est pas parce que tu es plein de secrets et de tromperies que c'est son cas aussi.

Pansy soupire, elle n'est pas manifestement pas intéressée à approfondir le sujet.

— Je suis ravie qu'on soit de retour ensemble en potions! Tu vas faire monter ma moyenne!

Elle a passé la séance les bras croisés, affalée sur sa chaise, ne dissimulant même pas sa paresse. De meilleure humeur, elle discutait, et j'ai bien vu qu'elle me tendait des perches : je crois qu'elle possède un secret qu'elle aimerait bien que j'essaie de découvrir, mais je n'en avais pas l'énergie, d'autant plus que ça ne semblait rien avoir à faire avec moi et Harry. Puis j'ai dû mettre les bouchées doubles pour notre potion, surtout parce qu'on prenait sans cesse du retard, mis en évidence par Granger installée juste à côté de nous.

— M. Malfoy, un peu de concentration, je vous prie !

McGonagall sévit : elle a raison, je ne feins même pas attention ou intérêt aux exercices qu'elle nous propose.

Des fois, je crois que les profs savent que je n'ai pas besoin de mes ASPIC et ça les insulte. Désolé, mais je ne vais quand même pas m'excuser d'être un Malfoy! Toutes les portes sont déjà ouvertes pour moi. Enfin, en autant que j'agisse correctement...

Reste que la classe de métamorphose n'est effectivement pas le meilleur endroit pour discuter de Harry et de sa trahison d'absence. Pansy, sous la réprimande, s'éloigne de moi et reprend son entraînement pour conjurer les charmes.

Moi, sous mon souffle, je continue de grommeler. Sérieusement, incroyable que Harry ne se soit pas pointé en Potions. Ça me fait trop rager. C'est injuste. Où était-il? Pourquoi sait-il toujours où je suis, lui, s'il le désire, et ne puis-je pas lui rendre la pareille?

… Et soudain, je suis presque étonné.

Pourquoi suis-je ne train de me monter contre Harry encore?

Pansy a raison, il n'a rien fait !

Je ne comprends pas.

Pourquoi suis-je si frustré alors ?

Je rage. Je rage tellement que je m'excuse et quitte la séance de métamorphose avant la fin. Je fais les cent pas dans les couloirs, espérant ne rencontrer personne, de toute façon trop furieux pour faire attention aux visages que je croise.

J'ai perdu le contrôle. Je suis mal sur tous les points et je n'arrive même pas à concevoir concrètement ce qui cloche et comment le corriger. Je refoule beaucoup, enfoui en moi parce que je veux l'aimer… et pendant que je me torture de tout ça, mon image est peut-être pour toujours tachée, et mon avenir compromis, sans parler de ma réputation générale et de mon amour-propre. Qu'est-ce que je suis en train de faire?

Je n'arrive plus à m'expliquer et comprendre notre début chaotique, notre attirance malgré nos affronts, et la manière « normale » dont Harry aborde tout ça. Rien n'est normal. On n'a jamais eu de normalité. On est passé du drame d'ennemis au drame d'amants, directement. On n'a jamais appris à se côtoyer, à être amis, à ne pas se faire souffrir. Je ne sais pas ce que je veux.


Malgré tout, en général, les choses changent.

— Hé, Malfoy!

Ron Weasley qui s'assoit à côté de moi, l'air content.

— As-tu vu les résultats du match d'hier? L'équipe d'Appleby a bien rendu leur compte aux Canons!

— Hum, Draco, me dit Hermione Granger. Qu'as-tu pensé de l'explication du Professeur Flitwick quant aux théories de Chadwick sur les sortilèges de Terassement?

Tout ça est devenu… normal. Je sais ce qu'ils pensent réellement de moi. Je les ai épiés, et ils me l'ont même dit en pleine face. Je sais qu'ils craignent pour leur ami. Mais maintenant, comme des faibles quoi, ils se sont assouplis, habitués à ma présence, et sympathisent même, du moins en surface, sur les intérêts qu'on a en commun. Presque un effort au début, une main tendue, cette « amitié » est devenu ... normale.

Et le comble, c'est que je leur réponds, et presque avec agrément.

— Trop fort, dis-je à Weasley. Mais ils doivent tout à leur attrapeur.

— C'est absolument la mauvaise façon de l'interpréter, selon moi. Flitwick se trompe.

Pire, quelques fois, c'est moi qui relance :

— Toi, tu les abordes comment, ces sortilèges?

Bon, pas capable de l'appeler Hermione, mais ça ne convient pas non plus d'encore l'appeler Granger avec mépris, donc je ne dis simplement jamais son nom. Je l'interpelle directement.

« Toi. »

Mais voici que je m'intéresse à ce qu'elle connaît et sait faire !

Harry est assis avec nous, et il sourit.

Et je lui souris en retour, mais en mon for intérieur, le malaise persiste. C'est quoi, ça?

Qu'est-ce que j'imaginais? Bien sûr, les guéguerres cesseraient, ça deviendrait agréable. Pourquoi est-ce si bizarrement insupportable ? Je n'avais pas anticipé tout ça, je ne l'avais pas bien appréhendé.

Comment me perçoivent-ils? À nouveau, est-ce que j'entre dans le rôle qu'on m'impose? Suis-je en train de m'éloigner de moi-même, de me perdre?

Mais ses yeux, ceux de mon amoureux, brillent d'affection et de joie, et je me tais, parce que ça donne un sens, et peut-être que je peux faire l'effort, oui, d'aimer ça, d'apprécier tout ça.

Je crois.

Je ravale tout, et … ça ira.

— Weasley, dis-je.

Weasley, je l'appelle toujours Weasley. Et lui m'appelle Malfoy. Faut pas exagérer les familiarités, quand même. Ça me soulage au moins, argh.

— Contre qui jouent les Canons déjà, pour leur prochain match?


Ils sympathisent, mais je sais ce qu'ils pensent de moi. Je sympathise, mais bien malgré moi, car je me souviens de leur jugement, de leur désaccord. Ils souhaitent au fond ma perte, et si je fraternise, ce ne sera qu'en surface. Enfoirés de Gryffondors. Je dois toujours rester sur mes gardes.

Granger m'a encore laissé entendre, sous le couvert de voeux aimables, des avertissements intrusifs. Elle a mentionné, mine de rien, qu'on dirait que ça va mieux et qu'elle est contente que j'agisse correctement avec Harry. Ça m'a enragé. Encore un clin d'œil à tout le chemin qui nous a menés ici, où je suis présenté injustement, incompris.

Ils ne seront jamais dans mon camp, et lorsqu'on ne sera plus ensemble, ils diront à Harry comme ils me méprisaient, et comme ils se méfiaient, et ils donneront raison à notre séparation, ils en organiseront les célébrations. Ils seront ravis qu'il rencontre un fanfaron comme Goldstein ou un ourson comme Corner.

…!

Horrifié de penser à notre rupture éventuelle de cette façon, j'essaie de changer mes idées.

Mais ma colère, ce ressentiment que je cultive en imaginant le futur, reste enracinée toute la journée.

Demain est un autre jour, ça ira…

Mais le lendemain, ça ne va pas.

Je rumine encore davantage. Je suis un grand incompris, c'est si injuste.

Et ce n'est pas que moi qui suis victime de leur tapageuse ignorance :

— En passant, Malfoy, tu sais ton pote Nott, il est un peu bizarre, non?

Aucun tact, Weasley ; Merlin merci, Theo n'est pas là pour l'entendre.

Granger le rabroue – au moins elle a une certaine décence ; Pansy, elle, tourne des yeux surpris vers moi – pourquoi vers moi? Suis-je garant ou responsable de l'attitude de Theo?

— Comment ça? demandé-je à Weasley, automatiquement, même si je ne sais pas où peut aller cette discussion.

— Je le vois traîner avec toi, mais il ne vient jamais parmi nous. Pourquoi?

Je rigole, un peu jaune. Au fond, c'est Theo le plus sain. Il reste sur ses positions, qui sont naturelles. Il ne participe pas à cet étrange mélange de maisons et de gens qui ne vont pas ensemble. Normal qu'il se tienne à l'écart!

Ah! me dis-je, mais d'où me vient ce sentiment protecteur pour Theo? Laissez-le tranquille, bats les pattes et retire tes sales paroles, Weasley!

Une fois son étonnement passé, c'est Pansy qui rattrape habilement l'observation gaffeuse et remonte encore dans mon estime : elle se met à jacasser et déblatérer à sa manière sur les Serpentards en général, ce qui dilue un peu l'attention portée à Theo. Il semble qu'elle partage mon sentiment protecteur pour le garçon solitaire.

Je jette un regard au concerné, au loin et à sa place chez Serpentard. Il mange par lui-même, de l'autre côté de la Grande Salle; pas vraiment seul, car des compagnons de classe sont installés autour de lui, mais je sais qu'il ne connecte pas avec eux.

C'est vrai, quand même. C'est peut-être dommage, qu'il ne vienne pas parmi nous. Je crois qu'il trouve auprès de moi une certaine aise et camaraderie. Et je suis sûr qu'en absolu, il s'intéresserait à la conversation avec Granger, peut-être même avec Harry.

Mais je n'ai pas l'énergie de me préoccuper trop longtemps de Theo : j'ai déjà bien assez à porter en moi-même.

Cette sensation de me perdre…

Je suis pris d'insomnies où je ressasse ces moments de frustration quand Harry ne voulait pas parler, et comment je m'y suis plié. Injuste et rabaissé, en rétrospective. Pire, la honte, l'humiliation, admise à mes amis, même à Blaise! Pas étonnant qu'ils me traitent comme il le font à présent. Mais que suis-je en train de devenir ?

Je vois en quelques sortes… les rouages de l'engrenage. Tout ça pourrait être si simple, si j'arrêtais de penser. Si je pouvais simplement apprécier le moment présent. Mais comment faire fi de tout ce qui nous a menés ici? De qui je suis? La réalité est plus complexe.

— Qu'est-ce qu'il y a ? me demande Harry en début de soirée, alors qu'on étudie ensemble, à la bibliothèque.

Il a dû remarquer que je ne bouge plus depuis un quart d'heure, et j'essaie d'effacer de mon visage la moue préoccupée qui doit pleinement s'y afficher.

— Ça va, rien.

Sans réagir, il baisse son bouquin et me regarde de ses prunelles vertes, derrière ses lunettes. Puis après un moment, il acquiesce et retourne à sa lecture.

Je n'ai pas besoin de cacher ma grimace d'irritation ; de toute façon, il ne la voit pas.

J'aurais aimé qu'il insiste un peu et me fasse parler! Je n'aurais rien dit, mais j'aurais apprécié de le voir insister, se préoccuper de moi. Ça me rend encore davantage boudeur, et donne du souffle mes noires pensées.

Peut-être bien qu'il lit dans mon silence, comme d'habitude, songé-je sarcastiquement.

— Je crois que je vais aller me coucher, dis-je après quelques minutes de mutisme supplémentaires.

Harry lève des yeux étonnés sur moi. On avait parlé d'aller se balader, peut-être même enfin refaire du Quidditch, une fois nos travaux terminés, s'il n'était pas trop tard. Au fond, j'espère qu'il insiste, qu'il veuille vraiment passer la soirée avec moi. Malgré ma mauvaise humeur.

— Je vais avec toi? offre-t-il.

— Non, le rabroué-je, conscient de ma mauvaise foi, mais la laissant s'écouler à grands flots. T'as encore pas mal à faire, je veux pas te déranger de tes révisions.

Harry hausse les épaules, et fait mine de ranger ses affaires.

— Laisse-moi au moins te raccompagner, dit-il gentiment.

On marche ensemble, côte à côte, bien flanqués de notre silence pesant qu'on tire derrière nous comme un boulet.

— Hé Terry, salué-je le Serdaigle avec familiarité quand on se croise.

Ses grands yeux témoignent de son étonnement que je l'interpelle, sans doute miroir au mien une fois le fait accompli. Merlin, Lovegood, qu'est-ce que tu m'as fait? Je ne le connais même pas!

Alors que nous poursuivons notre chemin, le son de ma voix n'a fait que mettre en contraste l'absence de dialogue entre Harry et moi.

Il ne sait pas quoi me dire, et je vois que j'ai tout gâché. Pourquoi avoir créé une telle situation? J'aurais simplement pu faire mes travaux. Je ne suis pas fatigué, seulement irritable et frustré de moi-même, un peu fâché contre lui, contrarié que nous ne passions pas un bon moment par ma faute. Je suis déçu. J'attendais cette soirée avec impatience.

— Bonne nuit, dis-je lorsque nous arrivons aux cachots, bien avant de complètement se rendre à la salle commune, plus tôt que nécessaire.

C'est cruel de ma part, incongru.

Harry ne s'entête pas, surveille un instant les alentours et me prend dans ses bras. Je pose ma tête sur son épaule, le serrant fort moi aussi, et sentant brusquement des larmes me brûler les yeux. Je cligne furieusement pour les chasser, ne les comprenant même pas.

— Bonne nuit, lui dis-je de nouveau.

Je voulais être plus doux, comme pour racheter mon comportement, ou m'en excuser, mais le ton que je me suis entendu prendre était encore si froid, si décevant.

Mais ça me correspond, j'imagine, et je lui tourne le dos.

Je sens son regard vert sur ma nuque alors que je m'éloigne.

Cruellement pour lui, cruellement pour moi, je ne me retourne pas.


La compagnie de Theo est réconfortante, surtout qu'il ne dit rien. Même s'il semble indifférent à mes allées et venues, je me rends compte maintenant des signes de son accueil : contrairement à bien d'autres, il ne me fuit pas. Je l'en remercie silencieusement : est-ce par impassibilité désarmante ou simple ingénuité? Il ne paraît pas m'en vouloir d'être tantôt avec lui inséparables, tantôt ne lui adressant pratiquement pas la parole quand je suis trop occupé avec Harry ou Pansy.

Alors que je me prélasse donc en compagnie de Theo, bien tranquilles dans un coin, et qu'il lit et que je rumine à ma guise, Blaise apparaît. Il semble parfois déterminé à se mêler de mes affaires et commence à me faire croire qu'il a manqué son affectation à Gryffondor, avec ces autres indiscrets. Pourtant je l'évitais, ces jours-ci, parce que je n'ai pas envie de me heurter à sa froideur. Si je ne fais que mentionner Harry ou afficher mon mal-être, il soupire avec exaspération, et j'ai du mal à l'encaisser.

Cette fois, il ne prend pas de détour :

— Pourquoi vous ne vous parlez pas?

— Qui ça, dis-je en une feinte remplie de me mauvaise foi, assumée et criante : il va comprendre de quelle humeur je suis.

Comme prévu, Blaise soupire.

Potter.

— Ah.

Mon ton est empreint d'indifférence, alors que je fais mine de fouiller dans mes affaires pour trouver un livre à ouvrir.

Je cherche un autre sujet, une distraction pour réorienter la conversation, mais ça ne me vient pas. Au fond, j'ai peut-être envie d'en parler, mais d'abord de m'en faire prier. Surtout que j'aurais tendance à faire un peu la tête à Blaise, vu sa façon de se mettre en opposition à moi, les dernières fois.

Après m'avoir fixé quelques secondes, le Serpentard semble renoncer et se tourne plutôt vers Millicent, qui nous a aussi rejoints. Alors qu'ils engagent une conversation décontractée, ils s'installent avec désinvolture dans les sièges face à Theo et moi.

Je les écoute distraitement, sans participer aux discussions. Theo a interrompu sa lecture, et il observe silencieusement nos deux amis. Nos regards se croisent à quelques reprises.

Quand elle se lève pour partir, Millicent s'adresse directement à moi, me faisant presque sursauter :

— Draco, en tout cas, j'espère que tu reprendras vite la forme. Je m'ennuie de tes histoires!

Ça coule à pic et les yeux de Blaise attrapent les miens, avec une certaine expectative.

— Suis-je vraiment si ramolli? demandé-je ensuite, un peu effaré.

— Bah, tu ne dis plus grand-chose dernièrement, acquiesce-t-il.

Je me souviens de la gloire de mener la conversation, des yeux levés sur moi, envieux ou admiratifs. J'étais brillant de prestance et de charisme. Avant.

C'est peut-être pour ça, aussi, que Pansy se fout de ma gueule tout le temps. Je ne suis plus digne de respect.

Et c'est la faute de Potter.

Non, non, des Serdaigles...

— Tu me racontes? fait Blaise quand Theo s'éloigne aussi et qu'on se retrouve que tous les deux.

Je hausse les épaules, ne sachant honnêtement que dire.

— On s'est juste … un peu disputé, expliqué-je, incapable de définir cette chute et le malaise qui s'est encore installé.

On ne s'est pas vraiment reparlé depuis la veille à la bibilothèque, je ne saurais pas quoi lui dire.

— C'est les Serdaigles? tente mon ami.

— Mais non. On s'en fout de ces idiots.

J'ai répliqué du tac au tac : les Serdaigles ne sont au fond qu'une distraction, voilà, c'est dit. Argh. Mais mon dédain persistant de Goldstein et Corner n'est pas passé inaperçu à Blaise. Il reste pensif.

— Potter hésite à nouveau? Il te repousse?

Je hausse les épaules. Ce n'est pas tout à fait ça, pas du tout ça en fait, mais je ne veux pas prendre le blâme qui sans doute me revient. Je ne peux exprimer mon mal. Puis je finis par lui expliquer, en quelques phrases, mes ruminations, mes doutes. Cette fois, j'ai au moins la contenance et l'intelligence de m'en tenir à quelques faits, sans émotion.

De nommer mes troubles m'en donne un peu de recul. Ils me paraissent en quelques sortes exagérés… Cela dit, l'état émotif dans lequel j'évolue est réel.

Blaise m'écoute. Par sa seule attention, on dirait qu'il m'aide à me recentrer et me calmer. Ai-je l'air si misérable qu'il doit retenir ses provocations habituelles? Ou bien c'est que je lui ai présenté un portrait plus juste cette fois, avec moins d'artifice et de blâme à tort à et à travers.

— Dray… Je ne sais pas quoi te conseiller, dit mon ami. T'es en train de tout foutre en l'air.

Il me dévisage un instant, et se met à rire.

— Tu es un vrai gâchis.

Et à ma grande surprise, je ris avec lui, de bon cœur, en toute humilité. Ça me fait un bien fou. Je ris de moi-même, de tout ça, parce que c'est hilarant d'absurdité.

Je ne sais rien, tout est sordide.

Mais quel bordel.