Chapitre 21
La prof cinglée de divination m'a un jour impunément demandé de parler de mes rêves. Devant toute la classe, par-dessus le marché.
En la personne d'héritier Malfoy, j'ai hésité un instant. Un prince rêve-t-il? Si oui, le dévoile-t-il? Qu'en serait-il alors? Des images obscures, symboliques. La tourmente silencieuse me sied, alimente le mystère derrière mon visage neutre d'ange. Ou encore – des rêves simples, évidents et limpides, témoignant de grandeur et de promesse : ce qui m'attend…
Le but était d'analyser les propriétés prédictives des songes pour les étudier comme des divinateurs, même si aucun d'entre nous n'avons le talent et que les interprétations de mes collègues de classe sont désespérantes de bêtise.
Je ne me souviens pas de ma réponse, finalement – seulement de mon hésitation.
Mais qu'en est-il véritablement de mes rêves?
Qu'en est-il de celui-ci? Je combats. Je le fais vaillamment, sciemment, et mes adversaires tombent sous mes sorts ; mes coups de baguette adroits, précis, ne pardonnant pas.
Mais ils sont des dizaines, des centaines, inépuisables, apparaissant de partout. Des visages gris, indistincts et quelconques qui m'entourent.
Il n'y a pas de contexte. Pas de raison. Ils chargent et m'encerclent de plus belle, m'embusquent comme une proie, et je les repousse, vague par vague.
Soudain, je me rends compte que je me trompe de sortilège. Tout ce temps, je n'utilisais pas le bon sort ! Comment les vaincre alors ? Je ne m'en sortirai pas!
Quelle formule me tirera de ce mauvais pas?
Je ne m'en souviens pas!
Et leur assaut se referme sur moi. Ça y est, je sais qui ils sont : des milliers de Serdaigles! Des milliers de Serdaigles, mais portant les couleurs de toutes les maisons : rouge et or, vert et argent, jaune et noir, bleu et bronze. Pourquoi ce mélange? POURQUOI CE MÉLANGE?
MAIS QUE FAIT LUNA LOVEGOOD À CÔTÉ DE MOI?
Elle m'accompagne, mais elle ne m'aide pas. Elle m'encourage d'un sourire. Ou elle se réjouit de ma perte.
Je tends ma baguette. Je ne sais pas quoi faire, alors je répète ce même sort, celui qui n'est pas le bon, lancé informulé en silence, un sort qui n'existe même pas, pour faire tomber chacun de ces faux Serdaigles un à la fois. Ça ne finit pas.
Je m'éveille en sueur au petit matin, essoufflé, la bouche sèche, et durant plusieurs minutes, je continue de me voir conjurer des sorts, un après l'autre, muet pour toujours, sur ces formes imprécises aux identités inconfortablement mêlées, qui ne sont même pas réelles.
J'ai eu une idée – la meilleure des idées.
Quand au coin d'un corridor j'ai sursauté en apercevant une robe aux couleurs de Serdaigle, comme encore apeuré de mon rêve, ce qui me reste d'amour-propre a dit NON.
Pas vrai que je vais me laisser aller à des cauchemars ainsi. Et mon humeur, et ma dignité, tous ces derniers temps?
Je veux me retrouver, je veux être moi-même, je dois me ressaisir, je dois m'amuser. Je me rends compte que je ne profite plus de la vie comme je le faisais autrefois. Harry est le centre de mes intrigues, de mon intérêt, le sujet de mes conversations et l'objet de mes distractions… mais il y a tellement plus ! Savourer ma jeunesse, ma liberté, mes possibilités dans cet univers fermé qu'est Poudlard…
Ça me manque. Outre lui, pas de manigances, aucun interdit brisé, aucune règle ignorée, pas de trouble, pas de mauvaise conduite. En dehors de ses bras, aucune source de chaleur non plus.
Avec le temps froid qui s'est bien installé, je sais comment nous réchauffer, être délinquant un peu, et surtout, comment enfin bien nous amuser!
Et ainsi, donc, me retrouver !
Je vais organiser une petite fête.
Une énorme fête en fait! Complètement illégale et par-delà le couvre-feu. Ce sera parfait, il y aura tout le monde que je souhaite, on se procurera tout ce dont on a besoin et qui est formellement réglementé, ce sera trop bien! Ça fait très longtemps, trop longtemps que je n'ai rien fait de tel.
Un Malfoy exploite et tire profit de son environnement social, non? À quoi s'est réduit le mien ? Voir en solitaire tantôt Pansy, tantôt Theo, tantôt Luna Lovegood … Non mais! Non, non merci, très peu pour moi! Une fête, ce sera bien, ce sera plein de monde, plein de contacts, plein de valorisation. Millicent trouve que je tire de la patte et ai perdu de mon lustre? Qu'elle se détrompe : personne n'a jamais eu aussi tort!
Le minois conspirateur, je souris en moi-même et élabore mon plan.
Je parle d'abord de l'idée à mes deux complices de Serpentard classiques. Bien sûr, Pansy embarque sur-le-champ et semble même oublier son attitude hargneuse ; Blaise, lui aussi, bien que surpris de mon initiative, acquiesce sans tarder. J'ai besoin de son aide, c'est lui qui a les contacts pour faire entrer le whisky!
Je vais inviter Harry et les Gryffondors, pas le choix. C'est le défi d'organisation supplémentaire dans cette entreprise : on ne peut pas se réunir chez les Serpentards, comme je l'aurais prévu jadis, étant donné ces nouvelles fréquentations aux horizons divers à inclure… Cela dit, pas de problème : la pièce secrète de mon fameux Potter, malheureusement compromise et qui n'est plus trop propice à nos ébats, semble toute désignée pour mon projet. Bon ensuite, ça y est, tout le monde la connaîtra officiellement, mais tant pis…!
Excité et m'emballant déjà, j'en glisse enfin un mot à Harry, malicieux.
Il fait mine d'abord d'être incertain. N'a-t-il jamais participé à des soirées de son côté? Je ne le crois pas, non, mon lion n'est pas si sage. Ou bien était-il seulement trop occupé avec ses drames de super héros sorcier? Quelle existence subit-il? Je vais lui montrer comment on fait la fête!
— Je ne sais pas, dit Harry au début. Qui invites-tu?
— Tout le monde! Tu vas voir, ce sera bien.
Le brave Gryffondor reste dubitatif, mais s'investit progressivement dans l'idée. Pour mieux l'embobiner, je souhaite l'impliquer :
— Dis, toi qui es copain avec Dobby, tu pourrais peut-être négocier pour avoir discrètement de quoi grignoter …
— Chose faite ! s'exclame Harry, et il se rend aussitôt aux cuisines – sans moi, car il croit que ses chances sont meilleures si on ne m'associe pas à sa requête, et il a sans doute raison.
Quand il me revient, Harry arbore un sourire victorieux.
— Par contre, si on veut de la bièraubeurre, il faudra peut-être aller en chercher d'avance à Pré-Au-Lard…
Je le rassure et lui sous-entends l'importation illicite de Blaise.
— Je ne te dirai pas qui et comment… mais en tout cas, sache seulement que j'ai mes contacts.
Mon sourire suffisant illustre ma satisfaction ; Harry paraît un tantinet inconfortable, mais amusé. Il ne me demande pas les détails, mais laisse échapper sous son souffle :
— Si Hermione apprend ça…
Effectivement, pensé-je plus tard, les Gryffondors pourraient quand même tout gâcher, si je ne les dompte pas. C'est ça de vouloir intégrer tout le monde! Mais ça ira. J'en suis le chef d'orchestre, cette fête sera splendide. Je ne réponds qu'à moi-même ; je n'ai aucun compte à rendre et ferai ce que je veux. Je connais ma valeur et ils la constateront bien eux aussi, tous, dans le succès de cette soirée !
… Parce qu'autrement, vraiment, je fais peine à voir, dernièrement. Je n'arrête pas de prendre un pas de recul, me voir complètement dérailler, mon amour-propre dilapidé, et pire, exposé. Je ne suis pas en contrôle, ni de mon comportement, ni de mes émotions, ni de mon image. Je craque de toute part et laisse les autres le voir. J'aimerais désespérément reprendre mon masque, tant auprès de mon entourage qu'auprès de moi-même. Je ne pouvais pas résister à Harry, mais j'aurais dû me taire et mieux conserver cette hypocrisie de ne vouloir que du physique, mes sentiments indifférents. Me le prétendre à moi-même, mais surtout le prétendre à tout le monde. Il y a belle lurette que j'ai commis mes premières erreurs et lâché les rênes. Ça m'aurait bien protégé de cette dégringolade vulnérable.
En être rendu, dans mes pointes de lucidité, à me questionner : est-ce mieux de me laisser aller, ou de faire preuve de retenue? Qu'est-ce qui est plus Malfoy, qu'est-ce qui est plus Draco, qu'est-ce qui est mieux, au final, pour aimer Harry Potter?
…Édifiant, vraiment.
Cette confusion est inutile. J'ai terminé de grandir – je suis pleinement mature. Pas besoin de douleurs de croissance ni de doutes. Je sais qui je suis et ce que je veux, en absolu. Ces bagatelles sont pour les autres : moi, je suis né intelligent, posé, adulte. C'était dans mon sang, dans mon nom, je retrouve dès maintenant ma psyché immaculée. Ouais!
L'idée de faire la fête est mon absolution. Je me ressaisis. Je suis… moi-même. Enfin je bouge, enfin j'avance. Parce qu'autrement, centré sur lui et sur moi, quoi faire? Je suis incapable de parler à Harry de quoi que ce soit. D'ailleurs, j'ai fini par croire qu'il ne veut pas que je me confie à lui non plus. Lors de ma dernière tentative, alors que je sombrais de nouveau dans un quelconque sentiment que je ne veux pas ressasser maintenant, Harry m'a donné aperçu en un flash de son ventre dénudé, à travers sa robe de sorcier. Je lui ai demandé, perplexe, pourquoi il ne portait pas de chandail dessous. En fait, il ne portait rien, en dessous. Inutile de décrire ce qui s'en est retourné! Mes idées ont viré à 180 degrés et je ne savais même plus pourquoi je chialais et dramatisais. Ah, Harry…
Et ce n'était pas la première fois. Il ne m'écoute pas. C'est que ou bien il ne prend pas au sérieux mes tourments, ou il est trop centré sur moi, physiquement.
Donc : je circule, droit devant, ou plutôt en contournant habilement ce faux cul-de-sac.
Je rattrape ça : Harry ne peut pas s'empêcher de bander en me voyant, bien sûr, je le conçois. Alors on ne parlera pas! On est habitués! Pas de souci !
De toute façon, c'est ancien. Maintenant, je n'ai plus aucun problème. J'organise une fête.
Pendant les quelques jours précédant l'événement, je suis d'excellente humeur. Quelle heureuse perspective! Ça alimente d'ailleurs ma bienveillance à l'égard des Gryffondors, de Pansy (qui m'agace pour connaître le code vestimentaire et savoir si elle amène un cavalier – ON S'EN FOUT!) et … même auprès des Serdaigles, je me découvre une nouvelle patience. J'ai réalisé qu'il vaut mieux que je me positionne similairement à Harry, et que je sois dans la même équipe que lui, quand il est question d'eux. Les évaluer conjointement. Faire front commun. Dominer mes impressions d'eux, établir une relation, quelle qu'elle soit, et ne pas faire partie de la farce.
D'ailleurs, j'anticipe rapidement que mon trop bon lion voudra inviter les deux aiglons à notre soirée et je choisis de prendre les devants :
— Penses-tu que ça intéresserait les gars de Serdaigles de venir?
Il leur aurait proposé lui-même, je parie. Aussi bien l'offrir le premier et afficher mon contrôle, même si je n'ai pas spécialement envie de les y voir.
Ça fait plaisir à Harry, mais il trouve bien sûr ma proactivité suspecte. Imagine-t-il qu'il y a anguille sous roche, que je suis animé de nouvelles manigances et machinations? Pour être honnête, il n'y a pas trois jours, ça aurait pu.
— Je vais leur en parler, dit-il prudemment, avec un regard toujours suspicieux.
On ne me comprend pas. Je ne suis pas mal intentionné! Le but ici est de s'amuser et de briser les interdits – rien d'autre ! Ce sera une petite réunion, finalement, pour apprendre à mieux se connaître aussi, vu que toutes les maisons seront mélangées (sauf Poufsouffle, on dirait. Oups!). Un avant-goût de sortir du cadre et des rôles imposés par cette école et ses répartitions. À y songer, c'était peut-être un peu l'objet de mon rêve, en fait ? Abattre toutes ces figures aux couleurs confondues…
Je contrôle néanmoins le mot – on ne peut se retrouver trop nombreux dans cette pièce, et je ne veux pas y convier n'importe qui ! Même s'ils en ont vent, les autres élèves, non invités, sauront qu'ils ne sont pas assez bien pour ma soirée. Ce sera exclusif, sur invitation spéciale seulement. Ce sera magique.
Et tellement interdit!
Traitez-moi de ce que vous voudrez, de racaille, de cancre, de délinquant : je gouverne cette école.
Quand le soir vient, je me prépare comme je ne l'ai plus fait depuis longtemps. Cheveux finement placés, que je tiens courts dernièrement ; tenue impeccable, mine radieuse. J'observe mon reflet, satisfait, retouchant minutieusement à la baguette quelques mèches et faux plis.
Merlin, de se redresser, d'organiser quelque chose, à présent de m'arranger, ce n'est pas que mon allure qui s'en trouve améliorée : mon visage est moins lourd, moins cerné, moins tendu. Je tente un sourire pour le plaisir dans le miroir : il est un peu bidon, mais rassurant de fausseté ; un rictus se superpose sur ma joie sincère et me va comme un gant. Qui pourrait douter de mon aise et de mon équilibre, avec un si fier air d'aller?
Quand je la rejoins dans la salle commune, Pansy m'y attend.
— Je ne pense pas que je vais venir en fin de compte, annonce-t-elle en une moue capricieuse.
Elle veut se faire prier, et je la comprends à ça. Mais elle toute prête, ravissante dans sa robe, plaisamment maquillée. Sera-t-elle accompagnée? me demandé-je soudainement – mais non! Je n'ai pas invité son éventuel cavalier, et elle ne m'en a plus reparlé. Pansy va venir, et elle m'accompagnera, moi.
Ignorant ses doléances, je la saisis par le bras. Je dois quand même m'assurer de sa présence, j'ai besoin d'alliés serpentards ce soir! Je la tire presque de force pour nous mettre en marche et sortir des cachots. Après quelques complaintes pour exprimer je ne sais quelle frustration, Pansy abandonne son cinéma et me suit comme prévu.
Notre stratégie est de rejoindre la salle secrète avant le couvre-feu et la ronde des préfets (ceux misérables et non invités, en fait, car on a des préfets déchus parmi nous). On se tiendra tranquilles la première demi-heure et ensuite on pourra en profiter. Idéalement, nous n'y convergerons pas tous en même temps… On a même élaboré un horaire avec diverses heures d'arrivée, bien que je ne compte sur aucun d'entre eux, sauf peut-être Granger, pour respecter le programme.
La salle que nous rejoignons est toute autre que lorsque je l'utilisais avec Harry. Disparus sont le lit et les chaises ; de petites tables ont été disposées à travers l'espace, des tabourets hauts les entourant, invitants à s'y installer pour discuter. Près du mur du fond, un meuble qui servira de bar et de table de présentation est déjà couvert de friandises, gâteaux et croustilles.
Je suis ravi!
Blaise nous accueille, et tous les trois, nous attendons de recevoir les vagues suivantes d'arrivants. Étrangement, c'est Blaise, Monsieur terre à terre, qui stresse un peu et je me fais la voix rassurante :
— Ils sont mieux de tous se pointer…
— Arrête! Tout est prévu !
— C'est risqué pour les profs!
— Oui, c'est justement tout l'intérêt de cette soirée.
— En plus, on a un contrôle de Potions après-demain… J'en connais deux ou trois qui préféreraient sans doute réviser.
— Mais non, pas ce soir. On est samedi! Et tout le monde a déjà confirmé.
Au fond, je n'en reviens pas, que tout ait été si facile et que tous acceptent de se prêter au jeu. Je ne suis peut-être pas le seul à avoir besoin de cette fête. Mais c'est moi qui mène et donnerai le ton, je suis le chef de train et celui-ci ne déraillera pas.
Pansy s'y met :
— Draco, je ne le sens pas trop. Quel est le but de cette soirée, encore? Qu'est-ce que tu avais besoin de prouver?
Elle m'énerve. Je n'ai rien besoin de prouver à qui que ce soit. Surtout pas à moi-même, si c'est ce qu'elle insinue.
— C'est que pour passer un bon moment! Ça fait trop longtemps. Souffle, Pansy!
Elle croise les bras.
— Qui est invité, encore? Pas que des homos, j'espère.
— Ah, mais foutaises, tu le sais. Mais décoincez-vous!
Je m'attendais à ce que mon amie le démon soit habitée de sa malice habituelle, qu'elle pose des questions indiscrètes sur mon utilisation de la salle avec Harry par le passé, qu'elle tente de saboter ma confiance en moi, mais non. Pansy est tranquille, guette les arrivées, replace une mèche de cheveux deux ou trois fois. Ma foi, mon amie est-elle réellement nerveuse?
Tout ira bien, Pansy. C'est MA fête. Qui de mieux que moi – et toi ! – pour apporter un peu de grandeur et de dignité à l'événement? Alors, ressaisis-toi !
Puis nos invités commencent à apparaître. Je m'agite, fébrile et content.
Harry vient directement à ma rencontre et se pose tout près de moi, plus qu'à l'habitude en public, nos avant-bras se touchant presque en tout temps. Il est élégant, des vêtements plus habillés que d'ordinaire. J'avais voulu l'aider à choisir, même offert de lui prêter de mes habits, mais il a décliné, à mon désespoir. Je croyais le voir arriver l'air ringard et peu arrangé. Je me trompais ! Je ne sais pas laquelle de ses copines je dois remercier ! Mon amoureux est beau à croquer !
Il est accompagné du reste de l'infâme trio : alors que Granger le plante seul dans un coin pour venir nous rejoindre, Weasley s'immobilise et regarde autour de lui, l'air méfiant, comme si je les avais attirés dans un piège. Il reste exagérément loin de Blaise, Pansy et moi, boudant comme un gamin.
— Pas mal, Draco, me dit Granger avec un air impressionné.
Je m'étonne de son observation, me remémorant sa première réponse, à l'élaboration de la soirée : "On pourrait plutôt demander la permission ! On peut réserver une salle pour se réunir, le week-end, si on demande à Rusard…". Elle n'avait rien compris !
Mais elle est moins sage qu'il n'y paraît, et une fois sur place, la rigide Gryffondor semble s'amuser. Elle m'aide d'ailleurs à doubler les sortilèges de couverture et de camouflage. À nos efforts combinés, je crois bien que ça tiendra!
Déjà, réalisé-je, cette fête a l'effet escompté de débrouiller un peu cette grisaille qui me trouble la vision. Granger est plus partante et moins docile que je le supposais, comme quoi studieux et ennuyeux ne vont pas toujours de pair. Un peu comme moi… Merlin, fais-je rapprochement entre moi et Granger? Mais pourquoi pas, au fond. Que pour ce soir. Elle a peut-être ses propres idées aussi, de nous surveiller par exemple. Pour ça, on reste quand même discrets sur la consommation d'alcool auprès de ceux que ça pourrait déranger.
Au début, personne n'est trop sûr de comment agir. Mais j'ai tout préparé! Je ne laisse pas la gêne s'installer, accueillant chacun avec mon ultime classe et assurance – je sais que j'ai l'air faux, j'ai l'air du moi d'avant, mais c'est efficace. Pas de malaise. Je suis affecté, mais charmant.
Rapidement, Pansy et Blaise ont abandonné leur vaine retenue, et l'ambiance festive tant attendue se déploie. Je rayonne! Les derniers arrivés sont Urquhart, Daphné et Millicent, qui se joignent à nous, amenant de la diversité. Vu la quantité de joueurs de Quidditch, je doute qu'on puisse manquer de sujets de conversation, et les filles sont assez nombreuses pour ne pas se sentir isolées.
Je suis trop content.
Et ainsi, ma soirée est vraiment lancée – une fête sans anicroche, sans arrière-pensées, sans drame.
Malgré nos sortilèges, j'hésite à risquer de la musique : j'ai entendu que les derniers qui l'ont essayé – des Serpentards de 4e – ont été surpris à cause du son et leur fête a été plombée par la descente de préfets et du concierge. Les vibrations de la basse sont plus difficiles à cacher par magie que les bruits des conversations, je crois.
Tout le monde va simplement passer un bon moment. Je veux le voir. Se détendre, sortir du cadre.
Quant à moi, être moi-même. Et Harry est là, c'est le plus important.
À l'abri des regards, mon bras entoure sa taille, et je le serre près de moi.
À mon étonnement, Ginny Weasley, Luna Lovegood et leur troisième copine finissent par apparaître, un peu tardivement et l'air incertain. Je ne sais pas qui les a invitées directement – de la façon dont elles arrivent en renfort, j'ai presque l'impression que c'est calculé, venir voir ce qui se passe après que ça ait commencé. Je ne laisse pas ma paranoïa grandir – sérieux, vous me prenez pour qui ? – quoi qu'autre fois, j'aurais bien pu organiser tout ça pour piéger Potter ou quelque chose du genre, mais – peu importe, on s'amuse, et la « bièraubeurre » (c'est-à-dire whisky et autres) procurée par Blaise me désinhibe un peu et me calme.
Luna semble ravie d'être ici et m'accapare un peu trop longtemps dans une discussion surréelle, mais je ne m'en fâche pas. Distraitement, j'observe les autres qui se décontractent tranquillement.
— Vous avez oublié d'inviter Terry Boot! constate tristement la Serdaigle en me pointant Goldstein et Corner.
J'ai un élan de culpabilité, Merlin. Je ne connais pas ce mec !
Ron Weasley est le plus long à se joindre aux autres, restant sur ses gardes, jusqu'à ce qu'il se fasse entraîner dans une conversation de Quidditch avec Blaise, Urquhart et les deux Serdaigles. Je le vois se relâcher un peu et rigoler enfin. Il a amené un jeu d'échecs version sorcier, ce qui me paraît peut-être désuet et déplacé, mais pas une si mauvaise idée en fin de compte. Un peu de compétition !
C'est fascinant de voir tout le monde se mêler, sans robes de nos maisons respectives, sans couleurs nous affichant et nous séparant. Qu'un groupe de jeunes gens qui discutent et passent un bon moment.
Granger questionne avidement Pansy sur son enfance comme sorcière et cette dernière, bien que gardant le nez retroussé pour la forme, s'en donne à cœur joie pour lui raconter ses aventures. Elle exagère tout et embellit, mais Granger l'écoute sérieusement, avec intérêt, mais quand même probablement peu crédule.
Quand l'ambiance se lève, qu'augmente la musique (que nous avons fini par lancer…!), que les langues se délient, j'ai l'impression de triompher.
J'ai un drôle d'échange avec Ginny Weasley, que j'ai vu rouler les yeux en apercevant Michael Corner : on partage quelques remarques antipathiques à l'égard du garçon, et c'est tout nouveau de sympathiser avec elle. Ça lui prenait des relents de déception amoureuse pour me parler décemment, mais c'est quand même ça! Ni elle ni moi ne faisons allusion à la dernière fois qu'on s'est côtoyés ici : j'étais nu (et beau et avec le gars le plus sexy de Poudlard, qui est aussi son ex) et elle était gênée, cramoisie comme une tomate (et pétrifiée, par moi.) Malgré tout, dans une échappée de la conversation, quand mes yeux croisent les siens en silence, je sais que resongeons à la scène tous les deux, et c'est moi qui rougis et me fige. Luna vient à ma rescousse en s'immisçant entre nous sans hésitation : apparemment, elle fait le tour des invités pour trouver quelqu'un qui voudrait échanger de maison avec elle.
Je décline poliment et prends les jambes à mon coup, trouvant refuge auprès de collègues de classe plus … normaux.
Tout ça illustre un peu l'irréalité de cette soirée. Mais je suis si bien !
Fou, quand même, qu'on ne se fasse pas attraper, même quand le bruit monte ; les sorts qu'ajoute Blaise à ceux de Granger et aux miens ont force de nous protéger.
De toute façon, on ne fait rien de mal.
Un peu éméché, j'engage la conversation plus avidement avec les Serdaigles et Harry. On rigole. Dans ce contexte, je me distancie exceptionnellement de mes préjugés. J'arrête de m'imaginer les propos sordides et débats vains qu'ils entretiennent, eux deux gays, Serdaigles, plein d'esprits, philosophiques, inutiles, me donnant envie de vomir. Je les écoute, je leur parle. Anthony, tu aurais vraiment pu avoir tes chances, avec moi, si tu t'étais pointé à notre rendez-vous, surtout si Harry n'existait pas. Et je vois ce que Harry trouve en Michael. Il est sympa. Il est gentil. Luna les a bien décrits. On s'amuse même, je ris, de bon cœur, avec eux. Je leur ressemble plus que je le crois, ou bien c'est le whisky et l'euphorie du moment qui nous rapprochent.
— Michael !
Oups ! Son prénom. Trop tard. Je l'ai interpellé et on discute je ne sais même pas quoi! Ma tête tourne un peu. Hé, en fait, vous voyez, moi, suis-je vraiment si froid? Non, je suis un mec amical!
À moment donné, quand l'heure tourne et que les gens commencent à partir, je me rends compte que nous sommes entourés que de nos amis proches. Blaise, Pansy, Granger, les deux Serdaigles, les deux Weasleys. Jamais je ne me suis senti aussi visible, aussi exposé. Comment ne pas être moi-même? Je n'ai pas vraiment de secrets pour eux. Me trouver dans un groupe, et être transparent, en couple, amoureux, se révèle une expérience incroyable.
Je me rappellerai toujours cette soirée.
Tout paraît tellement simple, c'est facile de parler, et on se marre à en pleurer.
Être homo est normal ici, avec que des gens qui sont au courant pour nous. Je regarde Harry, libéré, et du coup je l'embrasse à pleine bouche, devant tout le monde. Devant tout le monde qui le sait et s'en fout, à ce point-ci.
Plus que jamais, nos univers entrent en collision.
Mon bras est autour des épaules de Harry sous les yeux de tous et je perds un peu notion du temps.
— Hé, Malfoy, j'aimerais bien te parler un peu.
Je tourne mes yeux brillants vers Anthony, qui me considère avec bonne humeur. Mon oreille se tend vers lui, candidement intrigué.
— Tu viens?
Il m'attire à part dans un coin, et je le suis, renonçant à contrecœur à la discussion de groupe avec tous les autres, au centre de la pièce. Harry me lance un sourire alors qu'on se retire.
Je dirige mon attention dansante et alcoolisée sur Anthony, dont le regard se fait miroir au mien. Il rigole un instant, sans raison. Son ton est bas, comme pour ne pas qu'on nous entende.
— Je voulais juste te dire que vous êtes mignons, tous les deux.
En théorie, ce commentaire impertinent m'aurait agacé, mais j'acquiesce avec une sorte de reconnaissance. Ma tête tourne encore, je ne sais pas trop comment réagir. J'ai vague conscience d'un réflexe inhibé d'irritation, ou de gêne pudique, mais je le remercie plutôt en souriant.
— T'en fais pas, dit-il. Je sais que tu veux être discret. On nous l'a demandé, mais Michael et moi n'avons jamais rien confirmé sur vous deux.
— Ça va, le rassuré-je, décomplexé.
Le regard brun du garçon est tout à coup très sérieux.
— Tu sais, Harry tient vraiment beaucoup à toi. Tu es chanceux, il faut que tu t'en rendes compte, Malfoy!
J'agite le menton. Bien sûr que je m'en rends compte!
— Je crois que tu es un peu comme moi …
Ses prunelles brillent, errant sans point de mire, mais une sincérité bienheureuse en émane.
— Dans un couple, il y en a toujours un qui aime un peu plus que l'autre, non ?… Toi et moi, on est ceux qui sommes aimés, on est les chanceux. Moi, je réalise que Michael est merveilleux.
Je ne comprends pas trop.
— Tu n'as pas l'air de te rendre compte de comment Harry t'aime, sérieusement.
L'ambiance festive – et l'alcool – m'habitent toujours et me préviennent de réagir à ses mots, mais la phrase s'enfonce dans mon crâne avec fracas, faisant dissonance avec mon état général. Je demeure perplexe, hagard, et hoche la tête sans trop m'en rendre compte, et alors que Anthony me tape dans le dos et passe un bras amical autour de mon cou, on rejoint le reste du groupe en un éclat de voix et de rires.
J'ai vite fait d'oublier ou de réprimer ce bref échange, impatient de profiter de ce qui reste de la soirée, dont on sonnera les cloches de la fin sans doute très bientôt. Je me range près de mon copain, l'attrapant par la taille et le gardant précieusement près de moi. Ses yeux émeraude brillent, parmi tous, mais surtout pour moi, rien que pour moi. C'est la meilleure soirée de ma vie.
Le lendemain, j'ai peine à croire que tout se soit si bien déroulé. Pansy n'a même pas fait d'éclat. Je suis certain qu'elle avait dû prévoir une ou deux scènes de théâtre, mais elle a dû si bien s'amuser qu'elle a été distraite de les mettre en œuvre. Tant mieux. Après son malaise du début – pourquoi? – elle s'est déridée. Même auprès des Gryffondors… On aura tout vu!
Bien qu'on soit restés assez calmes, en fin de compte, ce fut un succès. Je suis fier de notre magie aussi, la dissimulation était parfaite. Que cette pièce secrète soit inconnue des profs a dû aider également.
Je demeure tapi et plutôt moche chez Serpentard, ce matin, me déplaçant très doucement… mon fond de mal de crâne me fait privilégier la compagnie de Theo, toujours tranquille. J'ai hâte de retrouver Harry, mais il doit être dans le même état que moi. Sans compter qu'on doit trouver l'énergie de réviser pour Potions…
— C'était bien, hier soir? me demande Theo.
— Pas mal !
— Ça doit être plaisant, une fête comme ça.
— T'aurais dû venir.
— Je sais pas. Peut-être.
Je l'avais invité, devinant d'avance qu'il refuserait poliment. Ce n'est pas son genre, même si ça lui aurait peut-être fait du bien. Je minimise un peu la grandeur de l'événement pour le préserver de regret : le pauvre a manqué la fête de l'année! Mais j'imagine que Theo serait resté silencieux, en retrait sans doute. Et pour être franc, je n'avais pas spécialement envie qu'il soit là, car ça aurait signifié de devoir lui porter attention et m'assurer qu'il s'amuse. C'était ma soirée, je l'aurais peut-être ignoré plutôt que d'être mal avec lui ou pour lui… et il ne mérite pas ça.
Theo repousse une mèche de cheveux, et ses lèvres se plissent.
Mais quand même. Est-ce son impassibilité? J'aimerais lui tendre la main. Surtout qu'on n'est plus hier soir ; ce matin, je suis disponible et en ce moment, mon ami a un drôle d'air.
Cependant, malgré que nos regards se croisent et mes sourcils haussés dans un élan d'interrogation, il ne me parle pas. Je ne le questionne pas non plus, finalement.
Me suis-je trompé sur Theo? Peut-être est-ce notre proximité dernièrement, bien que si paisible… Je lui soupçonne tout à coup une profondeur supplémentaire, au-delà son air placide. Ce n'est pas de l'insouciance… au contraire. Il est préoccupé. Gardé. Je ne suis pas sûr…
J'observe encore mon ami un moment, qui paraît insensible à ce que je le scrute sans retenue. Ça me fait penser à Harry, qui prétend parvenir à mieux me connaître dans mon silence. Suis-je en train d'apprendre qui est Theo à travers le sien? Mais même si je suis curieux, je ne lui demanderai pas ce qui se passe avec lui, s'il ne s'y ouvre pas de lui-même. C'est pas comme si ça m'intéressait tant que ça. Je ne suis pas Granger, à fourrer mon nez dans les problèmes des autres pour les réparer pour eux. S'il a des soucis, et qu'il les garde pour lui, tant pis pour lui.
Je décide de lui parler quand même, encore peut-être dans un élan d'inclusion ou de complicité :
— Tu sais pas ce que Granger m'a dit? Quelle plaie!
En fin de soirée, la savante et impertinente sorcière m'a apostrophé, peut-être encore plus terrible sous l'effet du cocktail qu'elle terminait d'avaler – savait-elle ce qu'il contenait? Pleine d'audace, elle s'est lancée dans des discours politiques et déplacés. Notamment, sur un ton de conversation en plus, elle a accusé ma famille des pires horreurs pour garder notre pureté : par exemple, nier toute naissance de sangs mêlés, tromper les faits ou démentir leur existence jusqu'à les faire disparaître.
Qu'est-ce qu'elle imagine? Que j'ai vraiment la naïveté de croire que ma famille est intacte et sans dérapage depuis des siècles? Oui, nos identités reposent sur une suite de duplicités : un secret de Polichinelle, mais pour qui se prend-elle, à crier haut et fort à l'hypocrisie, sans preuve ou évidence, sans respect pour mes ancêtres? Surtout, que sous-entendait-elle sur ma pureté? Regardez-moi : elle ne fait aucun doute!
— De toute façon, l'idiote, je l'ai rassurée que moi, je ne diluerai pas mon sang Malfoy.
Je laisse en suspens que la raison évidente (du moins, pour Granger) est mon homosexualité, sans trop savoir comment Theo me perçoit. Sinon, je crois encore parfois que je finirai dans un mariage arrangé avec une autre bonne famille. Enfin. À voir…
Theo est resté de marbre durant mon anecdote ; je ne sais pas ce qu'il en pense.
Je lui tendais une perche. Tenter d'ouvrir la discussion. C'est quelque chose qu'on partage, on vient de vieilles familles… J'ai cru que cet affront sur notre identité – parler de ce tabou – susciterait au moins une réaction. En fait, je le passais au test. Mais puisque je rencontre un mur qui ne marque aucune réponse à mon récit, je me retourne dans mon siège, et abandonne Theo à son mutisme et ses occupations solitaires.
Granger n'est pas la seule à me laisser un mauvais arrière-goût, après la fête. Heureusement, je suis très bien parvenu à me protéger et à me parer d'indifférence à toute contrariété, hier. Toutefois, comme je l'ai déjà dit, hier est terminé et nous sommes aujourd'hui. Et aujourd'hui, je rage!
Je resonge avec irritation à la confidence de Corner et à ses mots quant à Harry et moi. J'ai bien tiqué quand il me l'a proférée, mais l'ambiance et l'alcool m'ont empêché de lui répliquer comme il se doit ; je me doutais bien que ça me reviendrait au galop ce matin! J'ai ressassé et considéré ses propos d'abord pudiquement, avec un certain effroi, mais en fin de compte je suis furieux. De quoi se mêle-t-il? Quelle impertinence, qu'est-ce qu'il en sait, de nos dynamiques avec Harry? De comment et combien on s'aime, ou pas?
Je suis dégoûté, complètement. Je devine qu'il a agi d'un élan de bienveillante ébriété, mais …
Inacceptable.
Qu'il s'en tienne à son propre couple, Merlin!
J'essaie de me calmer, surtout parce que je ne veux pas résumer mon souvenir de cette fête à ça…
Mon soupire est long, et profond, et si plein de résignation que Theo me jette un furtif coup d'œil.
Je suis bien heureux de ma soirée, mais maintenant, qu'en est-il? Qu'est-ce qui suit?
Je me suis senti si bien. C'était MA fête. J'ai rétabli mon mythe et ma grandeur. J'ai arrêté de m'en faire et interrompu cette lente descente en spirale, comme sur un balai volant brisé. Je suis guéri, à présent.
Aujourd'hui, décidé-je avec définitive, je reste chez Serpentard. Je me ressaisis un peu, dans la sécurité de ma salle commune, parmi les miens.
D'ailleurs, resongé-je, ça me procure un tel malaise, cette Luna Lovegood qui parlait encore d'échanger de maisons. C'est la chose la plus innaturelle imaginable, je n'aime pas ça. J'ai du mal à mettre le doigt pour expliquer l'inconfort que ça me suscite. Pourtant, c'est impossible et insensé. Malgré tout, quelque chose de déstabilisant, de profane, de profondément dérangeant, comme mes fondations ébranlées, comme désacraliser mes repères de moi-même. Non mais échanger de maison! Je me retrouvais poltron et con comme un Poufsouffle ou impulsif et tapageur (et con aussi) comme un Gryffon?!
Sang pur, Serpentard : c'est moi. Tous ces autres minent bien qui je suis, mon identité.
Mais, ai-je dit, tout va bien. Je suis en sûreté ici. Je repousse mon irritation réelle encore un peu plus loin, un peu plus creux. De loin, je pense à mon lion, parmi les siens aussi, qui doit se remettre de la soirée. J'imagine ses yeux verts en étoile, un peu égarés et épuisés. J'espère qu'il n'a pas trop la gueule de bois ; si oui, je sais que je peux compter sur ses amis pour prendre soin de lui.
Tout va bien. Je n'entretiens aucune pensée difficile, j'ai repris mon bon état d'esprit.
Le monde est tellement plus beau et tolérable, dans cette vision joyeuse. Je ne voudrais pas risquer de me la déranger. Rien contre moi, rien de grave.
Je repense encore aux yeux de Harry d'hier, à sa joie flottante, ivre, mais douce, amoureuse.
Tout va bien. Pour l'instant, à côté d'un Theo silencieux, parmi les miens chez Serpentard et bien serpentard moi-même, je souris d'une oreille à l'autre, et j'en profite.
