Je déteste ses yeux

Chapitre 26

Le hibou qui me revient deux jours plus tard ne dit pas grand-chose :

— Je rentre.

Signé HP.

C'est tout.

Ah, je sais. Je devine, me figure qu'il a griffonné sa réponse alors qu'il était déjà en chemin.

Je l'imagine chez les Weasley, dans une maison aussi bizarre qu'eux, annoncer son départ. Il déclare férocement à tout le monde que les classes ne reprennent pas avant une autre semaine, mais qu'il doit absolument filer, retrouver à Poudlard son amant Draco Malfoy.

Et Ron Weasley et Granger (dans mon théâtre, elle est là aussi) d'essayer de l'en dissuader :

— Mais non ! Reste !

— Pour quoi faire?

Et mon lion de ne pas les écouter.

— Je dois rejoindre Draco !

Granger, sa voix criarde, fouteuse de trouble comme toujours :

— Tu n'as pas besoin d'aller, Malfoy va t'attendre…

Elle a raison, mais rien ne retient mon lion. Il part précipitamment, avant même d'avoir pris le temps de me renvoyer un hibou ni de dire au revoir aux trop nombreux Weasley ; il s'élance en trombe, alors qu'il avait des plans et des projets avec sa « famille de substitution » (que j'accepterai et accueillerai, dorénavant, tel que précédemment décidé. Soupir.) Il doit me retrouver. Il quitte au milieu de la nuit, avec une seule hâte : me rejoindre.

… du moins, c'est ce que j'imagine, pour calmer ma hantise.

Lui faire face prend tout mon courage. L'intensité de l'attente, l'anticipation de son arrivée me fait mourir. J'espère presque qu'il ne vienne pas vraiment. Qu'il ait un empêchement. J'estime qu'il arrivera aujourd'hui, mais comment voyage-t-il? S'il traîne encore, l'heure se fera tardive et ce sera adéquat que je me sois couché et que nos retrouvailles n'aient lieu que demain.

J'en tremble.

Je cherche des défaites, des issues, sans oser les créer. Je le pourrais … Je pourrais aussi tenter de me cacher. Mais avec sa fameuse carte, il saura où me dénicher. Trouillard, je reste 100% du temps avec Theo. Je ne lui lâche pas les semelles : il est comme ma bouée de sauvetage, il me protège de moi-même en attendant que Harry arrive.

En fait, j'empêche carrément le pauvre garçon de s'éloigner de moi.

— Draco, je voulais sortir dans le parc…

— Non. Sors demain. Reste.

Maussade mais coopératif, il reste.

Je le commande par ma voix, mais il pourrait fixer des limites…

Tant pis pour toi si tu ne le fais pas, Theo… J'ai besoin de toi !

J'éprouve une joie immense à l'idée que Harry accepte de revenir en réponse à ma convocation. Mais mon bonheur est à peine ressenti : j'ai surtout tellement peur que ce ne soit pas pour se réconcilier. Je crains de l'affronter à nouveau. Je ne le mérite pas, les brutes bornées dans mon genre ne devraient pas avoir droit à la rédemption. Mais c'est de moi dont il s'agit, que puis-je faire d'autre que d'essayer de m'en tirer? De réparer? Mon espoir est tellement vain que je suis terrifié d'être défait encore et blessé à tout jamais : ce sera comme si je perdais Harry une fois de plus, définitivement, et par ma faute.

Je profite un instant d'une distraction bienvenue mais s'avérant pénible : Vincent Pummel, en tant que petit impudent qu'il est, a pris confiance aux suites de notre unique vraie discussion. Il se pense maintenant quoi, mon égal? Voire mieux que moi? Il conçoit qu'il est de mise de m'aborder sans le moindre respect ou pudeur?

Sale gosse!

— Dis, il est où alors, Potter?

— Chez ses amis gryffondors. Il rentre bientôt.

— Ah, vraiment? T'en es sûr?

Une insolence inouïe !

Il marque une pause, pendant laquelle je vire livide, et lui étrangement espiègle. Il a sa place chez Serpentard, je le reconnais haut et fort, mais ça ne m'empêche pas de carrément le détester et regretter de lui avoir offert la moindre considération !

— Tu m'as parlé de lui hier, mais… Êtes-vous encore ensemble?

Quelle petite tête d'impertinent à la con.

— Pour être honnête, j'avais remarqué que vous vous fréquentiez, même si vous le cachez, mais je croyais que c'était pour rendre Blaise Zabini jaloux. Du moins, c'est ce que j'ai entendu… Ha, mais vu la tête que tu fais maintenant, j'imagine que je me trompais!

Rendre Blaise jaloux ?! Ça sent la rumeur lancée par Pansy à plein nez ! J'en suis sûr, elle est gonflée, elle va subir mon courroux, elle n'a qu'à attendre!

Et moi qui avais bien fait attention à ne dresser qu'un portrait bienheureux de Harry et moi, pour inspirer Pummel. Voyez où mènent mes moindres élans de bonté?

Et la discussion ne va pas en s'améliorant. Je ne sais pas trop ce que je rétorque, mais Pummel semble comprendre que Harry m'a rejeté. Ce qui n'est pas tout à fait la réalité, mais bon :

— C'est quoi? Il est pas capable d'être avec un mec, finalement?

Mais de quoi se mêle-t-il, pour avoir le front de poser le moindre jugement sur mes affaires ?! Il ne comprend rien, et je n'ai pas envie de m'expliquer, mais il me provoque ! De quoi me plonger davantage dans la souffrance, surtout en sachant que Harry pourrait se pointer d'un instant à l'autre. Désolé pour le gamin, mais je finis par être horriblement sec pour le faire taire.

… Même pas vrai. Je trouve une raison branlante pour m'excuser, battre en retraite et ne plus lui parler. Je fuis la scène et sa présence comme une proie traquée.

Ainsi, seul avec Theo qui en son entière volonté et par sa propre demande reste avec moi, et en prenant la résolution de ne plus jamais m'entretenir avec des 5e année et moins, j'attends Harry.

Ce moment de patience et d'anxiété pendant lequel l'excès d'émotion me met hors de moi…

Respire, Draco. Tu le connais. Tu connais Harry. Il n'y a rien à craindre. Je ne vais que m'excuser. Et lui dire que je l'aime, il doit le savoir, c'est énorme et primordial qu'il le sache. Mes excuses seront impétueuses, mais sincères et indéniables.

Elles me paraissent impossibles à refuser tellement je les ressens.


Je finis par grimper en solo dans la tour d'astronomie. J'ai libéré Theo qui me faisait pitié dans sa résilience de prisonnier.

Pourquoi cet endroit du château? Je ne le sais pas, ce n'est pas un lieu que je fréquente ; mais en quelques sortes, en cette haute tour je me trouve le plus loin possible de l'entrée. Harry mettra davantage de temps à me rejoindre. Je serai en suspension un peu plus longtemps, avant de lui faire face. Mon espoir aura le vent dans les voiles quelques minutes du plus.

Parce que réellement, je ne sais pas quoi anticiper de ces retrouvailles.

Du balcon, appuyé sur la rambarde, je scrute le parc. On n'y voit presque rien à la nuit tombante. Je n'aime pas cette heure du jour, crépuscule où les énergies et les idées se brouillent. C'est une heure où rien n'est certain et les choses ne paraissent pas ce qu'elles sont ; on dit que c'est un bon moment pour certains rituels, même. J'en sais rien, je m'en fous. J'attends Harry.

La tour est désignée pour observer le ciel et les étoiles, étudier la grandeur des astres qui veillent sur nous ; je penche plutôt le nez vers le sol où grouille la vie et éventuellement surgira mon Gryffondor aux yeux verts. Transi de froid, mais au moins bien habillé cette fois, j'attends, j'attends.

L'obscurité engouffre le parc, les étoiles apparaissent, et perdu dans mes pensées, je finis par vraiment croire qu'il n'arrivera pas ce soir.

Puis, une voix derrière moi.

— Draco.

Sa voix, mon prénom.

Je reste figé : enfin! Mon souhait exaucé. Je l'avais tant désiré, tant réprimé, et ça y est. Mes réactions sont insupportables, je panique, c'est irréel, je le redoute, je le refuse.

Il est là, derrière moi.

Le timbre de sa voix, sa couleur et sa forme me font tressaillir.

Il a utilisé mon prénom, pas mon nom de famille, qu'il m'aurait jeté comme un seau d'eau glacée. Mon prénom entre ses lèvres : la preuve d'une intimité qui a perduré.

Avait-il réfléchi à comment il s'adresserait à moi ? Ou est-ce spontané?

Je suis tout sauf spontané alors que ces quelques pensées se bousculent dans ma tête en une tornade d'émotions et que je tarde à faire le moindre mouvement; je n'arrive pas à me retourner pour le rencontrer. Mon lion reste silencieux et immobile derrière moi.

Mais Harry est là. Il mérite toute mon attention, que je sois brave pour lui faire face, et que se taise mon dialogue intérieur.

Quand je pivote enfin, son regard vert enveloppe le mien. Je ne peux le soutenir et fixe son torse, là où son manteau entrouvert découvre un foulard rouge et jaune attaché ample autour de son cou.

Un effort pour appréhender son visage : il a les joues rosies de froid, encore essoufflé. Il est venu directement ; je ne l'ai pas aperçu de mon perchoir. Ses cheveux sont comme je les connais : sauvages, sa cicatrice naturelle dans son unicité ; ses lunettes reposent mollement sur l'arche de son nez, alors qu'il les replace d'un mouvement saccadé.

On se contemple, on s'observe, on s'évalue. Mais je ne rencontre plus son regard vert.

— Harry...

Ma voix vacille, et à m'entendre moi-même, des larmes brûlantes me montent déjà aux yeux. Après tout ça, je ne suis pas prêt.

— Me voilà, dit-il d'un calme qui paraît forcé.

Je ne sais pas comment l'aborder. J'aurais envie de simplement l'enlacer, mais je n'ai pas le droit de l'approcher si près, si tôt.

— J'ai lu tout ça… dit-il.

Ma lettre. Au fond, je lui ai déjà tout déclaré par écrit. Il sait ce que je pense et où j'en suis.

Que veulent dire ses lèvres plissées, sa mâchoire serrée? Il ne semble ni triste, ni fâché. Pas heureux non plus : un masque impénétrable, grave.

— Alors… tu vas rester là? Je suis ici!

L'ombre d'un sourire, un sourcil retroussé : l'invitation est claire, et je ne tiens pas plus longtemps. Je m'élance, il ne me résiste pas, je le saisis enfin près de moi. Mes bras se serrent autour de son cou, je plante mon menton sur son épaule et m'agrippe à lui de toutes mes forces, respirant son odeur, frissonnant quand sa joue frôle la mienne.

On demeure ainsi plusieurs secondes, en silence. Ses bras se sont refermés derrière moi aussi, mais je remarque la retenue dans sa posture. C'est lui qui finit par se retirer, d'un pas de recul affirmé, une retraite bien consciente. Je reste les bras battant à mes côtés, la mine sûrement défaite, et je le regarde s'éloigner encore un peu.

Je ne sais pas quoi dire.

— Qu'est-ce que tu fais là-haut? On gèle.

J'acquiesce maladroitement

— Viens.

D'un même élan, nous esquissons un pas pour redescendre à l'intérieur et nos épaules se rencontrent doucement. Je bondis en arrière et lui cède le passage ; Harry me lance un coup d'œil indéchiffrable et s'engouffre à l'intérieur du château.

Un étage plus bas, au moins à l'abri du froid, on retrouve le même silence pesant. Pire peut-être, sans la distraction du vent qui siffle.

— Harry…

Le garçon ne me regarde pas. Il s'est approché d'une des larges fenêtres et semble étudier le ciel. Je vais le rejoindre et me pose délicatement à ses côtés, où je lève enfin les yeux vers les étoiles, la première fois ce soir. Elles brillent. Je pense que j'aurais besoin d'une bonne étoile, et toute la chance que les astres peuvent m'accorder.

Pourquoi ne dit-il rien? Je me sens m'empourprer. C'était tout ce que je redoutais. Le silence. Notre silence. Celui par lequel tout a si mal commencé. Est-ce ma punition, Harry? Mis en sourdine, ne plus parler? Retour à ça?

Mais tu es ici.

Pourquoi es-tu là ?

On ne s'est pas embrassé.

On ne s'explique pas.

— Harry?

Es-tu venu pour tout terminer, maintenant que suis franc avec toi et moi-même?

Il ne me regarde pas.

— Harry.

Ça y est, je suis enfin sous le double projecteur émeraude. Ça me foudroie mais je trouve en moi l'amour d'y répliquer, de le voir en retour. Presque théâtralement, mais sans l'avoir calculé, ma poitrine se gonfle d'une grande inspiration, puis je me lance :

— Excuse-moi.

L'ai-je écrit textuellement dans ma lettre? Peut-être pas. Je dois au moins lui dire ça, peu importe où l'on s'en va. Je dois le lui dire.

Je marche sur mon orgueil. Me suis-je déjà excusé? Bien sûr, mais jamais vraiment sincèrement. S'excuser, retirer ses paroles, même les rares fois où j'avais constaté que j'étais le tort, était un geste de faiblesse.

Je me trompais : ça me demande énormément de force de prononcer ces mots.

— Excuse-moi. S'il te plaît.

Ce n'est pas une déclaration vaine et désintéressée. Bien sûr qu'elle me sert quand même. Bien sûr que j'ai un objectif : je veux le retrouver. Dans mon esprit qui saisit tout comme des dettes à racheter ou des comptes à rendre, je veux surtout réparer.

Si c'est réparable…

Ses orbes verts me jaugent, bien qu'il ne réponde ou ne commente pas. L'avait-il attendu? Prévu? S'il voit vraiment au fond de mon âme, oui, sans doute.

Comment avais-je fait pour briser son silence, les premières fois? Comment avons-nous abattu cette barrière infranchissable?

Merlin, j'ai tellement l'impression que l'histoire se répète.

Je dois me taire, me taire ! La boucler, cette voix tremblante dans ma tête qui régit et commente tout, qui observe le moindre de ses mouvements, soupirs et mimiques ; je dois m'exprimer à voix haute, et à lui!

Draco, remue-toi un peu!

— Comment s'est passé ton Noël? demandé-je.

Enfin, il ouvre la bouche.

— J'étais chez les Weasley.

— On m'a dit. Qu'est-ce qu'ils font, pour Noël, les Weasley?

— Rien de si particulier. On a mangé, on s'est donné des cadeaux.

J'enchaîne les questions, dont les réponses m'importent peu, tant qu'il me parle!

— C'était bien?

— Je n'y avais pas trop le cœur, pour être honnête.

Je me mords une lèvre. Déjà blessée de mon angoisse des derniers jours, elle m'élance douloureusement.

— Merci d'être revenu, lancé-je tout d'un coup.

Harry hoche la tête, comme l'appréciant, mais ne répond pas directement.

On se fige dans un nouveau bloc de silence. À défaut de faire autre chose, j'approche d'un pas de lui. Automatiquement, sans même l'air d'en être conscient, Harry fait marche arrière. Merlin! Je réessaie, mais si tranquillement qu'il ne devrait jamais le percevoir. Non : il s'en rend compte, et recule doucement d'une distance équivalente. Harry, par pitié!

Écœuré, je tente la manœuvre inverse : reculant, je guette son mouvement réciproque… Aucun! Il ne me suit pas, et laisse l'espace entre nous grandir. La chaleur de l'échec me monte au front ; j'ai l'air de ne pas tenir en place et de m'agiter sans raison comme un enfant turbulent, que ça cesse! Le cœur battant, je passe un coude autour de la rambarde toujours devant moi. Je vais me planter là, m'y accrocher comme un navire lance son anse, et laisser Harry approcher, s'il le souhaite.

Par pitié! Approche...!

La voix de Harry, égale, calme, masculine, me fait sursauter encore.

— Toi? Noël chez les Malfoy, ça ne devait pas être comme tu l'imaginais, si tu es déjà de retour.

D'un rictus, je lui renvoie l'ironie.

— M'ouais, pas trop.

— Qu'est-ce qui s'est passé?

— Rien, vraiment…

Dans ma lettre, je ne lui ai pas clairement décrit le pourquoi de mon déclic, ni comment Theo m'a fait réaliser que j'ai le luxe de choisir ma vie, moi. Je lui relate en quelques mots notre arrivée au Manoir, mais je reste peu précis. Ce n'est pas important! Et le moins il entend le nom Malfoy, le mieux il se portera, et moi aussi!

Harry a lu ma lettre. Il sait déjà que j'ai ouvert les yeux. Que j'ai fait volte-face et que j'accueille cette personne que je suis. Et plus qu'accessoirement, moi et lui.

Je lui raconte notre retour avec le Magicobus, plutôt sur un ton d'anecdote, ainsi que de l'aide de Theo.

— Donc Nott était avec toi à Noël, lui …

Mes sourcils se froncent de dénégation alors que je secoue la tête.

— Chez toi!

— Oui, mais-

— Et il t'a même suivi en revenant ici?

— Oui, mais ce n'est pas comme ça! On l'hébergeait. C'est un peu compliqué. Je te raconterai…

C'est pas vrai que même Theo va devenir un enjeu de dispute avec Harry?! J'ai toutefois soudain une idée, même une inspiration. La situation de Theo et ses soucis : c'est sûr que je dois en parler à Harry. Je garde ça pour plus tard.

— Tu pensais que je serais resté à Poudlard? reprend-il.

— Pas vraiment, mais je l'espérais.

Rougissant d'une honte sincère, je regarde le sol. Je ne veux pas lui dissimuler mes émotions, mais mon culot est énorme.

— Tu l'espérais… Tu y croyais assez fort pour revenir au château.

— Oui.

— Et découvrir que j'étais parti.

— Oui.

Pourquoi a-t-il l'air de trouver ça comique, tout d'un coup?

— Et puisque j'étais parti, tu t'es dit que tu pouvais m'écrire pour me demander de te rejoindre.

— … Oui.

Il se moque absolument de moi. Je suis tétanisé.

— Rien de moins.

Mon arrogance est évidente. Présenté comme ça, mon étoile brille un peu moins. C'était irrespectueux, pas du tout romantique. Mais je lui ai demandé de revenir, pas exigé! Sa réaction lui appartenait!

Je me rattrape alors que j'allais le lui préciser : je ne pense pas que ça fasse de différence pour lui.

Malgré tout, Harry s'énerve alors, et je m'éteins complètement :

— Non mais attends. Tu as vraiment cru que je serais resté t'attendre au château? Malgré tout?

Il y a quelque chose de pointu dans son ton, sans qu'il ne paraisse tout à fait furieux. Je passe encore pour l'égocentrique que je suis et il me défie comme il se doit… Mes traits se plisseraient bien d'une colère miroir, mais je me retiens … et Harry, je connais ta vraie fougue, et elle n'y est pas. Mon étoile se rallume un peu, suffisamment pour arriver à lui répondre :

— Je ne croyais pas que tu serais resté m'attendre, mais je voulais te revoir au plus vite… J'ai fait le pari…

Le Gryffondor s'éloigne alors de moi, parcourant la rampe devant la fenêtre où nous nous tenons toujours, sa main gauche glissant sur son rebord. Il va jusqu'à l'extrémité, puis pivote et revient vers moi, lentement, regardant le sol. Il retire doucement son écharpe, qu'il suspend à la balustrade d'un geste paresseux, comme s'il faisait exprès d'étirer ses mouvements pour gagner du temps. Je l'observe, muet, déplaçant mon poids d'un pied à l'autre, incapable de ne pas bouger. Sous sa cape entrouverte, Harry porte un chandail chaud aux couleurs de sa maison, un peu trop petit pour lui, moulant sa stature si familière, mais interdite. Moi, j'ai tenté de m'habiller du mieux que je le peux, mais sans ostentation. Je ne revêts pas le vert et argent de Serpentard. Je me débarrasse de mes propres habits d'hiver pour qu'il le constate, mais je ne sais pas s'il en prend note.

C'est le tour de Harry de soupirer longuement avant de prendre la parole.

— Ta lettre m'a surpris. Quand on a vu que c'était de toi, Ginny a jeté un Incendio dessus, il s'en est fallu de peu pour que je ne la lise même pas.

Le toupet!

Harry se plante face à moi.

— Honnêtement, je ne savais pas quoi en penser. Surtout vu tes airs les derniers jours…

Une de mes dernières faussetés, façonnée dans le désespoir et la tristesse : je sais que j'ai paradé fièrement cette espèce de sourire suffisant, mes derniers moments au château. Comme si j'étais content, insensible. Bien sûr, Harry y voyait au-delà, mais c'est tout ce que j'avais, les apparences. Ça a peut-être été quand même blessant.

Je le lui explique. Je lui demande pardon à nouveau. Plus je les prononce, moins ces mots d'excuse sont étrangers à ma langue. Authentiques, mais insuffisants.

— Alors quoi, dit-il alors. J'ai finalement un Draco Malfoy complètement changé, émancipé devant moi?

— Ouais, dis-je avec un aplomb maladroit.

— Qu'en est-il du vrai monde ? De tes parents?

Merlin que j'ai été ridicule. Mes mots dans sa bouche me le confirment indéniablement.

— Eh bien, j'ai déjà commencé à m'affirmer en me poussant lors du repas de Noël.

Merlin, je n'en reviens toujours pas d'être parti comme ça. Je lui illustre la scène, et pour la première fois ce soir, on rigole un peu tous les deux. Le son de son rire attise mon espoir.

Harry se montre avenant :

— T'es sûr que ça ira ?

— Non. Je ne sais pas comment ça va tourner, ce qu'ils vont faire une fois que–

— Non, me coupe-t-il. Toi, pas tes parents. Ça ira? Tu penses tenir le cap?

Ce qu'il me demande, c'est s'il y a des risques que je redouble dans mes pas, dans mes anciens refuges. Que je revienne sur ma décision. J'aimerais croire que non, mais honnêtement, qui sait? Ceci dit, je ne vais quand même pas discréditer mon flamboyant changement d'âme.

— Ça ira.

Mon regard saisit le sien.

— Avec toi …

Harry se secoue les épaules, comme pour se dégager de mon sous-entendu. Ma poitrine se glace d'alarme en retour. Ce n'est pas gagné… Mais pourquoi es-tu ici, Harry, autrement? Ai-je le droit d'avoir encore de l'espoir?

Dis-le moi. Par pitié, que je sache si tout ça est vain, perdu!

Harry continue :

— Le « vrai toi », le Malfoy, celui à l'extérieur d'ici…

— Oublie ça. C'était n'importe quoi.

Pourquoi ai-je prétendu le contraire? Même à mon amoureux, comme un idiot.

Je le lui développe en quelques mots. Je suis presque transparent, et ce faisant, c'est comme si je voulais me débâtir.

Harry, s'il te plaît, encore une fois, déconstruis-moi et refais-moi à ta guise.

J'exagère, tragique. Mais en quelque sorte, c'est ce qu'il a fait depuis notre rencontre.

J'apprends tellement de toi, à ton contact !

Ça aussi je le lui communique.

Mine de rien, notre discussion s'approfondit. Sans me donner le moindre indice sur le fond de ses desseins – il n'y a plus aucun toucher physique, non plus – on reparle de nos débuts, de comment tout a commencé.

On s'explique nos dynamiques, et celles de nos amis ; des sujets qu'on avait abordés sur le toit lors de la rupture, mais cette fois de manière posée, et également ouverts à s'écouter l'un l'autre.

C'est le contraire de notre point de départ : on parle de nous, de nos différences, de notre passé, de notre futur.

Mais… je ne sais toujours pas si ça se peut. Je n'ose pas le lui demander. Harry, pourquoi es-tu ici?

Pourquoi es-tu revenu?

C'est intenable. Je n'ai qu'une envie : l'enlacer, l'aimer. Arrêter de parler. Je n'en peux plus, de parler!

Mais on s'en moque, de ce que je veux. Les mots coulent, nous continuons d'échanger.

Alors qu'on revient sur des sujets sensibles, je me garde de tout rattraper comme je saurais le faire, pour ne pas avoir le mauvais rôle. Tout s'est fait à deux, et j'assume ma part du blâme, mon énorme part. Il n'est pas question que de moi, ni de ma fierté.

Je suis terrifié de ce qui en ressortira. Harry, n'es-tu là que pour enfin s'expliquer, puis tourner la page? J'ai besoin de savoir si j'ai toujours une chance, dis-moi n'importe quoi mais dis-moi ce que tu penses!

En même temps, si c'est notre dernière conversation, aussi bien que cet instant ne se termine jamais. Je te poserai toutes les questions du monde, je m'intéresserai à tous les détails les plus anodins de tes propos, et jamais, jamais on ne terminera de bavarder!

— Ça fait du bien de tout clarifier. On a bien fait de revenir au château, ça en valait la peine, peu importe… ce qui arrive …

Ma voix est ténue, comme je laisse en suspens mon appréhension.

Harry ne relève pas ma question indirecte.

Fait-il exprès? Je n'en peux plus!

Puis soudain, je me rends compte qu'il s'est approché. On parlait des complications qui ont découlé de perdre notre repaire secret pour coucher ensemble… Et n'a-t-il pas fait remarquer plus tôt que la tour d'astronomie est fameuse pour les couples qui s'y rejoignent?

Et alors, je reconnais la lueur dans ses yeux, je sais y lire le désir et ses intentions.

Et si concentré sur ses mots, comment n'ai-je pas réagi à sa proximité, tout à coup si près de moi ?

Son manteau a depuis longtemps glissé de son dos et repose quelques pas derrière, son chandail à découvert fait saillir ses épaules et son torse. Sans y résister, mes mains se posent sur lui, et après un dernier regard, Harry m'embrasse à pleine bouche. Je m'envole.

D'accord. Que cette conversation prenne fin !

Le revoir nu est sublime. Je ne m'y attendais pas, pas ce soir. L'acte lui-même a quelque chose de sauvage, gauche et désespéré; il me fait même mal accidentellement avec ses dents, et plus tard je me redresse trop brusquement et nos crânes s'entrechoquent, nous éloignant l'un de l'autre en rebondissant et criant d'une même voix :

— Aïe!

Il jouit le premier dans ma main, et après coup, je sens que moi, en dépit du plaisir, je n'y parviendrai pas. Je pose une main sur le poignet de Harry qui s'acharne, le calmant et l'arrêtant doucement : le geste a étrangement quelque chose d'intime et de précieux, et ça met terme à notre ébat. On se rhabille et se nettoie en silence, avant de se refaire face, idem mais rouges d'ardeur.

Et comme la distance se réinstalle entre nous, je me rends compte que ce contact ne voulait rien dire.

… Je… ne sais toujours pas à quoi m'en tenir.

Harry lève les sourcils alors qu'il me dévisage ; j'ai dû prendre un air de détresse terrible. Je la ressens effectivement, douloureusement.

Était-ce un faux pas, un emportement inattendu par le fantôme de notre désir, mais sans signification? Ou encore, une autre façon de clore avec moi… de tourner la page?

C'est sans doute ça. C'est trop cruel. Déjà il se revêtit complètement, prêt à partir. Et je n'aurai même pas su conclure lors de notre dernière fois. J'ai mal partout, j'ai envie de lui, je suis si frustré!

Mais… en fin de compte, il ne quitte pas. Harry ne bouge plus, adoptant de retour cette même posture indéchiffrable.

Peut-être à cheval lui-même entre me rejeter ou m'accueillir? Sait-il au moins ce qu'il est en train de faire?

À quoi tu joues, Potter?

Il sait très bien ce que moi je veux. Qu'il me pardonne, et l'aimer!

Par où commencer? Mais Harry s'est avancé vers moi encore, me prenant de court.

— T'es un peu trop… dans le moment, dis-je en forçant un rire. On a des choses à régler, Potter!

Je crois qu'il va retenter le coup alors que son bras gauche s'approche de ma taille, tandis que sa paume droite me caresse le torse. Mais il s'en tient à ça, ensuite statique.

Il ne me regarde pas dans les yeux non plus.

Je me libère de lui.

Je ne peux plus endurer de ne pas savoir, mais je n'ose pas le lui demander directement ! Le Gryffondor est trop beau, trop hors de portée. Je n'ai jamais connu un tel supplice.

On reprend notre dialogue en parlant des classes qui vont recommencer bientôt, de nos amis qui vont revenir : ce seront nos derniers quelques mois à Poudlard. Il évoque ce temps comme si on allait le partager, mais ce n'est pas dit partagé comment! Parce qu'on vivra sous le même toit, c'est tout? Comme ennemis comme avant, comme amis qui se sont pardonnés, comme amants renouvelés?

Merlin je veux une réponse!

Harry dit encore un truc trop vague, et sa façon imprécise de parler de moi me rend fou. Qu'attends-tu de moi? Est-ce trop tard? À ce point-ci, je dois me retenir de le saisir par les épaules pour le brasser.

Dis-moi ce que tu penses! Tantôt il mentionne ses plans à lui en m'écartant complètement, tantôt il m'inclut dans ses visions, et chaque nous sème une note d'espoir qui explose dans ma poitrine.

Je n'en peux plus. Je n'en peux plus. Je vais le demander.

— Harry…

Les yeux dans les yeux, même si mon souffle se coupe, même si je tremble dans mes souliers, même si ses yeux verts sont trop pour mon petit cœur ; ma voix est toute menue.

— Qu'est-ce qui va advenir de nous deux…?

J'attends son verdict comme une sentence de peine de mort. Et il prend son temps à formuler sa réponse, ou peut-être à la choisir.

Puis Harry hausse les épaules. Bien sûr.

— … Je ne sais pas.

Il ne sait pas!

Merlin.

Il ne sait pas!

En alternative à hurler mon angoisse, je me renfrogne, mon visage se crispe, mes épaules se replient. Il ne sait pas… Il ne sait pas s'il veut être avec moi. S'il peut me pardonner. S'il m'aime toujours?

— Mais Draco…

Ses yeux verts enveloppent les miens encore. Il n'est plus si loin de moi.

— Je suis revenu, non…?

Je crois que je vais m'effondrer et pleurer. Mon équilibre précaire est maintenu par ma main sur son bras. Il me laisse le toucher, il me regarde maintenant, et on respire ensemble. Il est ici. S'il est ici, s'il est revenu ici, ça veut dire quelque chose, on a une chance…

Clignant des yeux et tentant de garder contenance (même si je serais peut-être aussi bien de la perdre), on se remet à discuter. En fait, on tourne autour du pot.

Mais je reprends un peu de poigne et vigueur, et je décide de ne laisser aucune pierre retournée. Même celle-là.

— Tu as dit aux Serdaigles ce qui s'est passé entre nous?

— Ouais.

— C'est correct, ça ne me dérange pas, le rassuré-je.

Harry plisse le front l'air contrarié, mais je découvre qu'il ne s'agit pas de moi cette fois.

— En fait, pour être honnête, ils m'ont un peu déçu, par leur réaction.

Haha! crié-je en mon for intérieur. Les voici qui se trahissent ! Mes ennemis de toujours! Je le savais!

Je n'ai besoin de rien dire. Je ne me dévoile pas victorieux, gardant mon attention grave concentrée sur Harry, mais il n'en ajoute pas plus. J'imagine que ces deux malotrus ne se sont pas révélés de si bons amis quand Harry avait besoin d'eux. Ils devaient célébrer notre rupture, même, alors qu'il n'y avait rien de joyeux à cette blessure.

Je le savais! Bravo, bravo à moi. Petite victoire, mais quel soulagement!

— Et qu'en pensent Granger et Weasley? dis-je à ma surprise.

Je vais commencer à les considérer de bonne foi, et pas même à reculons. Assumons-nous… D'ailleurs, réciproquement, dans leurs commentaires que me relate Harry, j'apprends qu'eux avaient peut-être plus d'estime pour moi, ou enfin, pour Harry et moi, que je les en accusais.

Harry tâte le terrain quant à mes propres amis. Je le rassure : réellement, tout le monde était (étrangement) d'accord avec notre couple, et comme Theo me l'a fait comprendre, ils sont tous derrière moi. Et comme me l'ont dit maintes fois Pansy et Blaise, tout le monde s'en moque.

— Comment ça va finir, avec tes parents?

Encore. Il revient à ça. Oui, moi aussi, j'y revenais beaucoup.

— Je ne sais pas. Faudra voir. Mais de toute façon, ce sera ce que ce sera… Je suis qui je suis.

— Tu veux leur dire toi-même que tu es avec moi, ou qu'ils le découvrent quand le mot courra?

Avec lui? Ma bouche s'entre-ouvre de stupéfaction. Est-ce le cas? Sommes-nous ensemble? Est-ce que je suis pardonné?

Mais ensuite il me mentionne, comme par hasard, qu'il vient d'apprendre qu'un des grands frères Weasley est gay aussi, puis il m'en parle avec une sorte d'intérêt et d'engouement qui réveillent à nouveau mes démons de jalousie.

Il est déjà passé à autre chose ?! Un Weasley ?!

Foutus Weasley! Au nombre qu'ils sont, il fallait bien qu'un des garçons soit gay, ne l'avais-je pas déjà prédit? Me voici bien devin, finalement !

Je fais mine de m'en étonner alors que des lames acérées me broient les entrailles et déciment ce que je m'étais reconstruit de fragile espérance.

Mais… nous continuons de discuter. Quelle heure est-il? Aucune importance. Il est toujours avec moi. Les étoiles brillent sans relâche au-dessus de la tour d'astronomie, alors qu'on retrouve au moins notre complicité sarcastique – un bon signe, je crois?

Sinon, c'est trop cruel.

— Ton vrai but de se réconcilier est de subtiliser ma cape n'est-ce pas? Ah, et la Carte du Maraudeur.

Il a ce petit air taquin qui me plaît tant. J'ai l'impression qu'il s'amuse.

— Comme si j'avais déjà fait un tel truc !

— Tu as la mémoire courte.

— D'accord, d'accord…

Le coin de son sourire m'enchante. J'en ajoute :

— Ton Éclair de feu aussi, d'ailleurs! Eh oui, tu vois clair dans mon plan… Je ne veux être avec toi que pour tous tes machins.

Il esquisse un mouvement de recul, soudain l'air inconfortable. Je m'arrache les cheveux, est-ce sa réaction à mon aveu de souhaiter être avec lui?

Je ne peux plus endurer l'incertitude! Je tente ma chance : mes mains glissent sur ses fesses, et il me laisse faire. L'attirant vers moi, nos bassins se rencontrent ; j'arque légèrement le dos pour maintenir une distance entre nos têtes. Il me laisse faire !

Gardons le même ton !

— Je te prendrai tout ça et irai commettre plein de mauvais coups.

Harry déglutit lentement, peut-être incertain, mais poursuit comme si rien n'en paraissait :

— Tu sais qu'en tant que Gryffondor, je devrai t'en empêcher.

Il dit ça tout bas, l'air penaud, si mignon.

— Ah, mais n'es-tu pas un Serpentard en déguisement?

— C'est vrai, peut-être bien.

— Le sexe et ton beau visage ne seront que des bénéfices secondaires…

Harry me sourit de son petit air espiègle, mais après quelques secondes muettes, il redevient sérieux. Ma poigne sur lui est remontée à sa taille, et ma prise se fait plus solide. Je le retiens, j'ai si peur qu'il s'éloigne.

Encore un long silence. Et puis :

— Draco. On ne peut pas faire comme si rien n'était arrivé…

— Je sais, mais c'est absurde. On n'a pas envie ni l'un, ni l'autre, de tout arrêter…

— Je te comprends toujours mieux que tu le crois. Mais c'est quand même … difficile. Je ne sais pas si je peux. Je t'en veux.

— On s'en voulait, même au début.

— Ça ne t'excuse pas.

— Si on a tous les deux envie de continuer, alors pourquoi pas?

— Pourquoi pas…

— Ça ira, maintenant.

Je suis tout à fait honnête. Malhonnêtement honnête presque. Ma mauvaise foi est assumée, transparente. Il tente de me prévenir :

— Tu sais que tu vas sûrement quand même finir par revenir sur tout ça et ruminer.

Il me connaît.

— … Peut-être. Mais… je veux être avec toi, plus que tout. Et maintenant, grâce à toi, je sais qui je suis.

Je sais que je me répète. Tu es mon but, Potter. Ma lumière… dans mon brouillard. Ma bonne étoile.

Et pour la suite, je m'engage. C'est stupide de croire qu'un événement peut tout changer ; qu'une déclaration unique nous remettra sur le bon chemin. J'ai juste besoin de son accord et qu'il accepte, et je lui montrerai ensuite que j'ai changé, à force de gestes répétés, par ma présence assidue.

Tout n'était que foutaise, et ce qui n'en était pas, mes obligations et mes parents, c'est réglé. J'ai pris mes décisions. Je me montrerai plus vaillant, moins friable que je l'ai été.

Je suis fier.

Être un Mafloy peut être autre chose que ce qu'on entrevoit.

Être Draco Malfoy n'est pas incompatible avec aimer Harry Potter.

Je n'ai pas peur.

J'ai terriblement peur, mais dans un esprit combatif. Je suis prêt à détruire une civilisation entière - la mienne - et ses représentations. Comme je serai absolu, sans mal y voir! Bien asseoir mon cynisme et ma désillusion. Sans me la voiler! Ça me sied bien, cet état mental. Pas besoin de me mentir à présent. Et plus que ça, incarner et assumer la passion que j'ai pour Harry.

Je reste lucide : on est si jeunes. Tout ça ne durera peut-être pas. Qui sait ce qui pourra nous séparer Harry et moi : la vie, être adultes, vieillir. La guerre…

Mais je ne vois pas comment je pourrais ressentir pour quelqu'un d'autre ce que j'éprouve pour lui.

Il y a quelque chose dans la façon dont il me sourit qui me fait perdre mes repères de moi-même… quelque chose dans ses yeux qui m'embrase et me donne confiance. Enfin, enfin, je me détends.

— On ne parlera ni de tes amis, ni de tes mensonges, ni de nos disputes, ni de …

On rigole. Oui, on en parlera. On n'a rien à cacher.

Mais … assez parlé. On s'enlace, comme si c'était nouveau ; en fait, ce l'est.

Ses paupières sont closes sur ses yeux verts alors que je l'embrasse.