Bonjour tout le monde !

Voilà le chapitre 9 !

Bonne lecture !


« Gardez votre calme ! » Crie un des soldats, un simple conscrit en vérité, à l'attention de la foule qui avance en une ligne droite qui commence à perdre sa cohésion. « Nous avons encore le temps de nous mettre à l'abri ! »

Le même type de message réconfortant est ensuite relayé par tous les hommes armés, qui forme des cordons de sécurité de chaque côté. Cela n'aide pas vraiment à soulager le malaise ambiant, mais permet néanmoins d'apaiser un peu la tension dans l'air. Ce qui donne aux habitants, et aux autres villageois des environs, assez de tranquillité d'esprit pour continuer à avancer de manière ordonnée.

Il y a moins d'une heure, le tocsin a sonné tout autour de Vyrul. Étant donné qu'il fait beau, qu'il n'y a aucun feu de forêt et qu'aucune raison de se rassembler ne permet de justifier une telle utilisation du système d'alerte, une seule explication s'impose : une invasion.

Nul n'ignore la crise qui frappe le pays en ce moment : des hordes sanguinaires d'Hommes-Bêtes sont en train de tout ravager sur leur passage. On dit qu'ils sont menés par un être mi-démon, mi-bête, de plus de cinq mètres de haut, qui a éventré le Grand Mur comme on brise un brindille. Que tous les Demi-Humains qui l'accompagnent sont encore plus enragé que d'habitudes. Qu'ils dévorent les gens encore vivants, ou violent femmes et enfants jusqu'à que mort s'en suive.

Et cela n'est que ce que peuvent raconter les rares survivants, et les quelques soldats profondément choqués qui ont pu réchapper du massacre d'il y a peu. Les miliciens ne cessent de dire qu'il ne faut pas croire à toutes ces histoires, qui sont sans aucun doute déformées. Mais la peur s'empare peu à peu des pauvres paysans.

D'abord leur reine à ordonnée une mobilisation générale, chose qui n'était jamais arrivée en plus de deux cent ans d'histoire de leur royaume. Ce qui explique pourquoi certains des gardes qui sont autour de la longue procession qui se rend derrière les remparts, ne sont pas âgé de plus de quinze ans. Et une insidieuse terreur se lit sur les traits de leur visage, malgré qu'ils fassent tout ce qu'ils peuvent pour la cacher.

Puis, le Duc Strut aurait, d'après les dires des domestiques qui sont toujours présent, quitté précipitamment son domaine situé un peu plus loin à l'Est en pleine nuit, après la visite d'un autre noble. D'après les instruction qu'il a laissé, il semblerait que se soit dans le but de demander audience à leur souveraine. Pour pouvoir obtenir des renforts au plus vite. Cependant, la rumeur commence à se répandre qu'il se serait tout simplement enfui, comme un lâche, pour sauver sa vie.

Ce qui mène à la situation actuelle :

Plus de cent cinquante mille civils, très majoritairement des femmes, des enfants et des personnes âgées, qui sont en train de se parquer dans une ville qui est à peine assez grande pour loger tout le monde.

La saison des moissons n'est pas encore arrivé, ce qui veut dire qu'ils ont au mieux dix jours de vivres. Quoique cette cité soit assez développée, seuls trois petits puits se trouvent à l'intérieur de l'enceinte. Ce qui ne suffira jamais.

Le point de vue militaire n'est guère plus engageant. D'une circonférence d'environ sept kilomètres, Vyrul est relativement étendue. Même en comptant les conscrits, la garde n'est constitué que de dix-huit mille combattants. Ce qui pourrait être suffisant s'ils devaient affronter des êtres humains. Ce n'est malheureusement pas le cas. De plus, ils sont dépassés en nombre. Au bas mot, c'est du quatre contre un.

En vérité, d'un point de vue objectif, ils sont simplement en train de retarder leur fin. Ils n'auraient pas été capable de s'enfuir assez vite. Un affrontement en terrain découvert n'aurait même pas eu le moindre sens. Tout ce qu'il restait à faire était de s'abriter. Puis de prier.

Ils ne savaient pas encore que leurs prières allaient être exaucées. Seulement, celle qui répondrait n'allait pas être celle qu'ils attendaient.


Neia, qui aide à gérer le flux continu de paysans apeurés au niveau la porte principale, sent un léger soulagement se frayer un chemin dans son esprit en voyant enfin l'extrémité de cette file qui semblait interminable. Voilà depuis l'aube que les gens défilent à un rythme soutenu, et le soleil est presque à son zénith.

Elle et ses camarades ont eu la désagréable surprise en revenant, il y a deux jours, d'apercevoir l'armée d'Hommes-Bêtes en contrebas d'un piton rocheux où ils se trouvaient pour observer les environs. À la base, ils cherchaient la route la plus courte pour rentrer et ont découvert ceci en plus.

D'un commun accord, ils sont passés au pas de course et ont pris des risques considérables pour arriver avant eux. Ce qui, au final, a porté ses fruits. Ils ont cependant été obligés de forcer la porte du capitaine de la garnison, pour lui faire part de la menace imminente. Il était dubitatif au départ, mais après avoir considéré plusieurs éléments une seconde fois, il a décidé de les croire. S'en est suivit la mobilisation générale dont elle fait partie.

À sa grande honte, elle s'est demandé à un moment ce que eux six devaient faire.

Ces gens avaient besoin d'aide, car il n'y avait pas la moindre chance qu'ils puissent survivre à une attaque de cette ampleur. Mais d'un autre côté, ce n'était pas quelques personnes de plus qui allaient changer quoi que se soit au rapport de force.

S'ils mourraient ici, ne manqueraient-ils pas à la promesse qu'ils ont fait à Lady Nyx ? Si c'était effectivement le cas, alors comment le justifieraient-ils lorsqu'ils se présenteront devant elle une nouvelle fois ? Devraient-ils s'enfuir et les abandonner afin de remplir cette mission de la plus haute importance ?

En dépit du bon sens et de la logique, la jeune apprentie Paladin a choisit de rester. Elle ne pouvait se résoudre à abandonner ces gens à leur sort. Tidar à bien grogné pour marquer sa désapprobation, mais n'a rien dit de concret. Les autres ont cependant acceptés sans rechigner. Après tout, c'était à elle qu'ils devaient leur survie. Plus que confiance, ils ont foi en elle.

Quant à Neia, elle croit simplement que c'est ainsi que ça doit se passer. L'Être Suprême a demandé à ce qu'elle serve de guide à une de ses Chasseresses pour traquer les Dieux qui ont transgressé les règles. Son intuition lui dit qu'un tel rassemblement de Demi-Humains, d'ordinaire dispersés en tribus rivales, ne peut être dû qu'à une force supérieure. Ce qui signifie qu'en participant à la bataille qui s'annonce, la seule enfant de la famille Baraja à la conviction qu'elle agît de la bonne manière.

« ILS SONT LÀ ! » Hurle soudainement un garde en haut des remparts.

Aussitôt, un mouvement de panique s'ensuit. Tous ceux qui sont encore à l'extérieur se mettent à courir pour aller trouver refuge derrière l'épaisse muraille, tandis que les soldats tentent en vain de ramener le calme encore une fois. La jeune écuyère se retrouve bousculée et jetée sur le côté par un homme qui la dépasse aussi bien en taille qu'en poids. Sa tête heurte un mur et elle s'effondre, groggy.

Elle tente de se redresser, mais sa vue est trouble et son équilibre lui fait défaut. De loin, elle croit entendre des grognements bestiaux menaçant. Cherchant un appui quelconque pour s'aider, elle fait de grands mouvements de la main pour essayer de trouver de quoi s'agripper. Jusqu'à qu'une grande main la saisisse et la relève avec vigueur.

Malgré qu'elle voit encore flou, elle reconnaît immédiatement le visage encadré de cheveux grisonnant de Seros. Celui-ci la prend sur ses épaules et se met apparemment à courir. Être ballotté de cette manière est vraiment désagréable et douloureux, mais elle se sent vraiment soulagé de pouvoir se mettre en sécurité.

Elle croit deviner l'encadrement de la grande porte alors que cette dernière est en train de se refermer. Pourtant, il ne s'arrête pas là et continue à se déplacer pendant encore une bonne minute. Il y a un léger choc, puis le bruit de quelque chose qui claque. Le seul militaire de leur petit groupe se met alors à hurler.

« Besoin d'un médecin ici ! » Beugle-t-il, autoritaire.

Sa voix est un peu déformée, mais Neia l'entend parfaitement et elle sursaute presque sous l'effet de la surprise. Il la dépose ensuite délicatement sur ce qui doit être une banquette, puis redemande encore une fois que l'on vienne la soigner. Pourtant, elle ne veut pas se faire examiner. Elle doit aller sur les remparts pour aider ses camarades.

« Je vais bien Seros. » Dit-elle, encore un peu nauséeuse. « J'ai juste besoin d'un peu de temps. » Affirme-t-elle en commençant à se redresser.

« Pas question Baraja-sama. » Réplique-t-il, intraitable. « Vous êtes sonnée et vous saignez abondamment. Hors de question de vous laisser vous battre dans ces conditions. »

Elle saigne... ? Mais elle ne sent rien. C'est alors qu'elle remarque sa main qui est en train de masser sa tête pour faire passer la douleur est recouverte d'un liquide poisseux. L'amenant lentement devant ses yeux, elle distingue parfaitement le rouge écarlate de son sang en dépit d'une vision toujours approximative. A-t-elle vraiment heurté ce mur aussi brutalement ?

« Que se passe-t-il !? » Répond finalement un soigneur qui déboule du haut de l'escalier. « Il y a déjà des blessés !? » S'étonne-t-il.

« Elle a été jeté contre un mur lorsque les habitants ont paniqués. » Explique le soldat. « Vous devez la remettre sur pieds au plus vite. » Affirme-t-il. « Elle doit pouvoir nous rejoindre dès que possible. »

« Je doute que ce soit possible. » Dit-il en commençant déjà à l'examiner. « Même si cette plaie n'est pas très étendue ou profonde, elle a peut-être une concussion. » Il prend de l'alcool sur une étagère toute proche et en imbibe un linge propre. « Elle risque de perdre connaissance au moindre choc. »

Il nettoie sa blessure et elle laisse échapper un bruit d'inconfort et de douleur, lorsque le spiritueux entre en contact avec sa chair.

« Débrouillez-vous comme vous voulez doc. » Rétorque Seros, cinglant. « Si vous voulez survivre à aujourd'hui, elle doit être en état de se battre dans quelques minutes. » Il se penche alors dans sa direction, ignorant royalement la réaction du médecin. « Nous allons les retenir aussi longtemps que possible Baraja-sama, Mais sans vous, nous n'avons aucune chance de gagner. »

Sur ces mots, il s'en va au pas de course, laissant le soigneur plus perplexe qu'énervé. Quant à sa patiente, elle a bien compris ce qu'il voulait dire.

Lors de leur voyage de retour, ils ont longuement réfléchis à comment les événements à venir allaient se dérouler. L'une des conclusion qu'ils ont atteints est que, si elle doit assister une Chasseresse pour débusquer les Dieux, cela signifie que le médaillon qui lui a été offert par Lady Nyx doit contenir une certaine magie qui permet de les détecter. Ou de savoir lorsqu'ils ont influencés une personne d'une certaine manière. C'est probablement à ce moment que la servante de l'Être Suprême va se manifester.

Le fait que les Hommes-Bêtes se soient subitement tous regroupés pour lancer une invasion, alors que ça n'était jamais arrivé, sans compter sur leur leader qui est capable d'enfoncer un mur de plus de dix mètres d'épaisseur avec ses seuls poings, signifie qu'il y a une part de divin responsable de l'ensemble.

La condition d'apparition de cette Chasseresse est donc respectée. Cependant, aller savoir quels sont les détails exacts qui régissent cette venue. L'écuyère doit-elle être suffisamment proche ? L'ennemi doit-il être d'ascendance divine ? Ou utiliser un objet imbibé d'un pouvoir du même acabit ?

Trop d'inconnues et d'incertitudes pour se permettre de jouer avec le hasard. Elle doit donc retourner au plus vite auprès des autres. Elle se sait d'aussi peu d'importance que d'autres humains, donc ce n'est pas un sentiment d'arrogance, ni même de suffisance, qui la motive. Seulement son devoir envers celle à qui elle a jurée allégeance, ainsi que son lien avec ces cinq camarades. Elle a l'obligation de retourner au front.


Dans la salle de réunion de la Grande Tombe de Nazarick, Lunaria observe la scène par l'intermédiaire d'un [Mirror of Remote Viewing]. Le [Shadow Demon] qui surveille Neia Baraja l'a informé il y a quelques minutes que la ville dans laquelle cette dernière s'était réfugiée, allait être submergé par un grand nombre de Demi-Humains.

La 41ième, sachant que la protection accordé par sa base de guilde est absolue en terme de contre-espionnage automatique, s'est alors empressée d'obtenir de plus amples informations. Et ce qu'elle voit n'est pas de son goût. Ou pour être plus exact, l'ennuie d'un point de vue stratégique.

Cette ville possède des fortifications tout a fait convenables. Ses défenseurs semblent être parés pour la bataille qui s'annonce, malgré un désavantage numérique plus que flagrant. Comme le prouve les soldats qui sont en rang sur les remparts, de même que ceux en train d'armer les quelques catapultes en contrebas. Tandis que leurs ennemis ont l'air d'avoir pour seul objectif de les déborder par la seule force brute.

Ce genre d'assaut décrit donc une armée et un commandant qui se moquent bien des pertes qu'ils peuvent subir. Ce qui arrange fortement la dirigeante de Ains Ooal Gown. Mais elle préfère attendre. Malgré cette lacune, qui est fatale dans bien des cas, il est fortement probable que ce ne soit qu'une ruse. Une analyse plus poussée est requise.

D'un geste de la main, elle fait bouger son angle de vue pour avoir une meilleure vision de la déferlante d'Hommes-Bêtes. Leur nombre doit être au minimum de cent milles. Il n'y a aucune chaîne de commandement. Ils courent tout droit sur leur objectif, sans utiliser la moindre formation. Quoique que plusieurs d'entre eux portent d'immenses échelles rudimentaires faites de bois et de cordes. Il y a également un bélier massif un peu plus loin. Ce n'ai donc pas juste une offensive décérébrée. Mais il s'agit du niveau juste au dessus, pas davantage.

Continuant à scruter attentivement, Lunaria finit par remarquer un détail qui n'est pas anodin.

Loin derrière cette charge, il y a un petit contingent qui n'a paraît avoir des consigne pour ne pas participer à la bataille. Il s'agit d'une cinquantaine de Demi-humains qui portent des armures, contrairement aux autres qui ne possèdent que des habits en cuir rudimentaires. Plus intéressant encore, ils forment un périmètre défensif autour d'une personne en particulier.

Décidant de confirmer sa théorie, la dernière des Êtres Suprêmes fait se rapprocher son outil d'observation. Une fois arrivé à moins d'un dizaine de mètre, il ne s'est toujours rien passé. Ce qui signifie qu'elle avait raison : pas la moindre mesure contre les observateurs indiscrets n'a été prise. Ce qui la soulage. Cela signifie que personne d'autre qu'elle ne surveille également, sinon il y aurait déjà eu une réaction.

Agir de manière relativement discrète va donc être plutôt aisée. De plus, de précieux renseignements seront sans aucun doute obtenu si jamais cette opération atteint ses objectifs. En effet, là ou tous les Hommes-Bêtes sont des combattants, celui qui se trouve au centre de ce cercle protecteur à plutôt l'air d'un stratège, ou plus probablement un coordinateur. Il doit savoir plus de chose que les quelques Hommes-couguars qu'ils ont capturés récemment.

La joueuse se sait parfaitement capable de faire irruption parmi ce groupe réduit, passer au travers en neutralisant ceux qui doivent l'être, avant de saisir sa cible et de battre ne retraite. Même dans l'éventualité que les protections que portent ces gardes du corps soient de haut niveaux, eux ne doivent pas être plus haut que le niveau trente. Ils ne représentent en somme, pas le moindre danger sérieux.

Cependant, il reste le problème de cette importante armée.

En qualité d'[Assassin], Lunaria est capable de tuer rapidement une personne isolée. D'enchaîner les PK en profitant de sa vitesse, de son agilité et de sa force de frappe, également. Néanmoins, elle n'a pas les armes nécessaire pour gérer un nombre aussi important d'ennemis. Dans ce genre de situation, ce sont Tabula Smaragdina-san et Ulbert Alain Odle-san qui serait les plus indiqués. Les deux possédant des capacités d'attaques de zones à la limite du ridicule pour certains de leurs sorts.

Elle pourrait déployer un des Floor Guardian. Demiurge possède un grand nombre de capacités à grand rayon d'action. Gargantua, de part sa simple taille semble être le choix le plus logique dans un sens. Mare, grâce à ses compétences de [Druide] est également une option. Shalltear pourrait aussi être une candidate à envisager. Mais la 41ième est hésitante.

Quoique que personne ne paraît espionner ce qui se passe là-bas actuellement, cela va peut-être changer. Et chacun des quatre Gardiens cités ci-dessus sont connus de la plupart des Joueurs. Les montrés à découvert serait annoncer haut et fort que Ains Ooal Gown se trouve dans ce Nouveau Monde. Ce qui est bien trop tôt dans l'état actuel des choses.

Elle pense toujours que son plan initial : avancer progressivement et s'installer furtivement sans être repéré, est le meilleur. Cependant, elle ne s'attendait pas à ce qu'il soit presque complètement mise à mal aussi vite. De part sa nature très orientée PvP, Yggdrasil était un DMMORPG où la très grande majorité des Joueurs de haut niveau étaient patients, réfléchis et n'agissaient qu'avec une grande prudence.

Bien sûr, il y a avait également certains participants qui ne juraient que par des assauts frontaux et désorganisés. Ce qui fonctionnait parfois, puisqu'une personne qui a pris l'habitude de voir ses adversaires faire des actions logiques et sensées, est prise au dépourvu par un simplet qui charge tout droit sans se poser de questions. Il semblerait que celui derrière cette invasion soit de ce genre là.

Son ancien camarade, Shijuuten Suzaku, qui jouait un invocateur spécialisé dans les élémentaires s'amusait beaucoup avec ce genre de stratégie. Il avait pour habitude de noyer l'adversaire sous un nombre complètement délirant d'invocations de bas niveaux, tout en dissimulant les plus dangereuses au milieu de l'ensemble. Ce qui lui permettait de désorienter, vois parfois d'affaiblir progressivement son adversaire, aussi bien mentalement qu'au niveau des MP, en l'embrouillant. ''La quantité possède une qualité en soi'' disait-il souvent.

Malheureusement, elle n'a pas ce genre d'outils à sa disposition. De plus, pour maintenir les apparences qu'elle a créée, il faut qu'elle intervienne. Devrait-elle utiliser des Cristaux de Scellements qui sont stockés dans la Trésorerie, pour avoir accès à des compétences à grandes zones d'effets ? Non, ce ne serait pas une solution viable sur le long terme. De plus, elle ne veut pas utiliser les ressources amassés par ses camarades pour son seul usage, tant qu'elle peut l'éviter.

« Ai-je un moyen de combler le déficit de portée qui m'accable dans cette situation ? » Réfléchit-elle à haute voix, captant ainsi l'attention de Albedo qui se trouve à ses côtés.

« Songez-vous toujours à intervenir personnellement Milady ? » Demande la Responsable.

« Je crains que ce ne soit une nécessité. » Répond distraitement Lunaria. « Le simple nombre de ces Hommes-Bêtes est un problème épineux à gérer néanmoins. » Réaffirme-t-elle. « Je possède une certaine fierté en mes capacités à remporter la victoire dans un duel, cependant je ne peux nier mon absence de solutions adéquates dans ce cas précis. »

« N'importe lequel d'entre nous serait honoré au-delà de tout de pouvoir vous assister. » Déclare la succube, solennelle.

« Je n'ai pas le moindre doute à cet égard Albedo. » Dit-elle posément. « À ce stade, il est pourtant prématuré de déployer autant de moyens sur ce champ de bataille. Il est impératif de trouver un autre angle d'approche. »

En regardant la magnifique démone à ses côtés, la 41ième se demande si elle ne devrait pas lui demander de l'accompagner. Tabula Smaragdina-san était tellement convaincu que les sorts et les attaques devaient toujours comporter une partie de zone d'effet, que même Albedo qui est de très loin la plus robuste de tous les Gardiens, inflige une partie de ses dégâts autour d'elle lors d'une parade ou après avoir subie des dommages.

Cela va tellement loin, sans mauvais jeu de mot, que sa provocation ayant la plus de portée peut attirer des ennemis à plus de cent mètres de distance. Mais au-delà de ce qui semble n'être qu'une simple exagération poussée à l'extrême, une certaine logique régit ce choix. En effet, la Responsable possède une résistance que l'on peut qualifier d'indécente dans un certain sens. Avec touts ses buffs d'actifs, elle est capable d'encaisser un sort d'un niveau [Super-Tier] sans subir le moindre dégât.

Ajoutez à la fin qu'une partie des dommages qu'elle devrait subir est réverbéré sur les attaquants autour d'elle, et vous obtenez quelque chose de passablement ridicule. Ce sont les propres mots de Bukubukuchagama-san, qui était elle même un tank à la robustesse telle que son épithète était ''l'Insubmersible''.

De son côté, Lunaria n'a rien de ce genre. En qualité d'Archiviste, ainsi que Joueuse, elle met toujours un point d'honneur à résoudre le ou les problèmes de la manière la plus précise et concise possible. Faire des vagues futilement n'est pas dans sa nature également. Pour preuve, pendant la conception de ses deux armes jumelles, chacun des [Data Crystal] qui ont été investis ont servi à améliorer leur potentiel contre des cibles uniques. Quelque chose que Tabula Samragdina-san lui avait pratiquement reproché lors de la finalisation...

À ce propos... Ne lui avait-il présenté, à ce moment, une création originale destinée à pallier ce manque ? Fouillant sa mémoire, elle se souvient de leur conversation ce jour là. Après avoir longuement exposé son point de vue, son camarade lui avait présenté une faux à deux mains possédant un effet particulier. Celui de transférer une partie des dégâts que devrait subir la cible principale, à touts les ennemis autour.

Connaissant sa façon de combattre, il avait essayé au départ de créer une paire d'armes. L'une permettant de conserver ses capacités en un contre un, tandis que l'autre devrait uniquement servir à infliger des dommages autour d'elle. Finalement, ce concept a dû être abandonné à cause de son propre build, qui renforce considérablement sa force de frappe si ses deux armes ont des capacités similaires.

Ce qui lui a été présenté était une large faux faisant deux fois la taille de son avatar, avec un design extrêmement soigné comme seul Tabula Smaragdina-san savait le faire. Elle n'a bien sûr pas retenue les détails exacts des caractéristiques, cependant elle se rappelle parfaitement l'avoir trouvée presque trop belle pour être utilisé. Quoique la Joueuse ait promit de s'en servir un jour, elle n'en a jamais eu l'occasion. Cette création a donc été soigneusement rangée et exposée dans la section Armurerie de la Trésorerie.

Aujourd'hui, ce pourrait bien être la solution à son problème. Bien que sa spécialisation avec deux armes à une main, ne lui permettent pas d'employer le plein potentiel de la création de son camarade, sa classe [Weapon Master] l'autorise à l'utiliser sans pénalité. Et dans le cas ou elle se retrouve dans une situation qui lui demande de revenir rapidement à son équipement d'origine, d'après les tests qu'elle a mené, cela se peut se faire en quelques secondes en passant par son inventaire. Les risques sont donc maîtrisés.

« Et il se trouve que ton créateur m'a offert une possibilité, il y a longtemps de cela. » Dit la 41ième avant que Albedo ne puisse réagir à sa dernière parole.

« Qu'entendez-vous par là Lady Lunaria ? » Demande la Responsable, quelque peu confuse.

« Lui et Amanomahitotsu-san ont créés à mon intention une arme d'un genre particulier qui me permettrai de palier à la déficience qui m'accable à cet instant. » Raconte-t-elle. « Il me paraît on ne peut plus approprié d'en avoir finalement usage, lors des premières étapes de le conquête de ce Nouveau Monde, ne penses-tu pas ? »

« Bien évidemment Milady. » Acquiesce la démone, en s'inclinant, avec un large sourire de satisfaction. « Ces inférieurs seront un excellent piédestal à la première apparition de Ains Ooal Gown. »

''Il ne reste plus qu'a arrêter mon choix concernant mon garde du corps durant cette bataille.'' Pense la jeune femme. ''Étant donné la certitude que je doive plonger au cœur de la mêlée aussitôt mon arrivée sur place, quelqu'un possédant des aptitudes de support à distance semble tout indiqué.'' Après une courte seconde elle réalise autre chose. ''Être capable d'apporter des soins aux très nombreux blessés me paraît également nécessaire.'' Sa logique l'amène immédiatement à la seule qui remplit l'intégralité de ces critères.

« Convoque Lupusregina Bêta, Albedo. » Déclare-t-elle. « Elle m'assistera durant cette intervention. »

« À vos ordres Lady Lunaria. » Répond-t-elle sans attendre.

« Message. » Dit la dernière des Êtres Suprêmes à haute voix.

« Entendre votre voix me réjouis, meine Göttin ! » Fait la voix sonore de Pandora's Actor. « Que peux faire ce simple serviteur pour vous ? » Interroge-t-il, impatient, tandis que son interlocutrice l'imagine sans mal en train de faire un salut militaire.

« J'ai besoin que tu te rendes dans la section dédiée aux armes tranchantes à deux mains de l'Armurerie. » Fait -elle d'une voix nonchalante. « Il te faut trouver et m'apporter dans les plus brefs délais, la création de Tabula Smaragdina-san et Amanomahitotsu-san nommée [Splash Stabber]. »


Neia court en direction des remparts. Ou pour être plus exact, elle avance à une allure soutenue. Elle voit de nouveau correctement, mais sa tête la lance toujours douloureusement et des vertiges subsistent. Légers mais bel et bien handicapants. Elle fait en sorte cependant, que cela l'impacte le moins possible.

Un cri de terreur la fait lever les yeux. La jeune écuyère voit alors un soldat, dont la moitié de l'armure a été arrachée, chuter du chemin de ronde et s'écraser lourdement sur le sol au milieu des différentes fournitures pour le combat. Elle marque un arrêt, se sentant obligée d'aller voir s'il est encore possible de l'aider, puis se remet en marche. C'est bien trop tard.

Grimpant les marches aussi vite que ses jambes le lui permettent, l'unique enfant de la famille Baraja a de plus en plus de mal à ignorer les cris et les exclamations qui font rage autour d'elle. Pourtant, elle parvient à rester suffisamment concentré pour parvenir à destination sans perdre de temps. Une fois sur place, elle ne peut pourtant pas s'empêcher de marquer un arrêt.

Sous ses yeux, se trouve une véritable déferlante de griffes et de crocs excitée par l'idée du massacre en cours. Par centaines, il se pressent les uns contre les autres, rugissent et montent à l'assaut de cette forteresse. Sur les pavés et sur le sol en contrebas, autant de corps sans vie qui sont enjambés avec la même ferveur sanguinaire, le même désintérêt cruel, s'amassent. Il n'y aura pas la moindre pitié. Pas le moindre prisonnier.

Mais ça, elle en avait déjà parfaitement conscience.

Attrapant un arc posé sur un râtelier, Neia monte sur une des tours toute proche, là ou se trouve une des réserves de flèches. À l'instant de son arrivée, elle voit un conscrit être tué par un jet de pierre venant de plusieurs dizaines de mètres de distance. La seule force physique de ces Demi-Humains étant suffisante pour avoir à se passer d'arme de jet.

Le projectile a heurté le pauvre malheureux avec tant de violence que son casque saute de sa tête, lui réduisant la moitié de son visage en bouillie au passage. Une autre giclée de sang vient souiller ses habits, pourtant elle n'en fait pas cas. Prenant aussitôt la place de celui qui vient de tomber, elle balaye le champ de bataille du regard.

Conformément à la tradition familiale, elle a été obligé de prendre la voie qui l'amènerait à devenir chevalier. Ce qui en soi lui plaisait. En revanche, devoir supporter le poids d'une épée en permanence était une chose qu'elle détestait. Tout comme son père, elle préfère sentir la souplesse d'un arc dans sa main, la légèreté d'une flèche qui glisse en dehors de son carquois, le bruit du claquement de la corde lorsque celle-ci est relâchée. Malheureusement, elle n'a pas eue voix au chapitre à cet égard.

Malgré qu'elle soit encore bien en deçà du niveau son père qui est également un expert de l'archerie montée, elle a hérité de lui son talent d'après ses instructeurs. À cet instant, elle compte bien l'utiliser à son plein potentiel. Lors de son dernier entraînement, Neia a été capable de toucher avec une précision terrifiante une cible en mouvement, à plus de quatre-vingt dix mètres de distance.

Dans un geste devenu mécanique à force de l'avoir répété, elle prend une flèche dans le tonneau sur sa droite, insère l'encoche à sa place sur la corde, bande l'arc avec une aisance surprenante étant donné son physique, vise pendant trois petites secondes. Puis décoche.

Passant inaperçue dans le fracas de la bataille, le projectile siffle en décrivant une trajectoire à peine courbée, avant de s'enfoncer dans la boite crânienne d'un Homme-Loup par un œil. Tué sur le coup, il s'effondre. Ce qui n'arrête pas pour autant ses comparses, qui continuent de charger, de même que cela n'empêche pas la jeune femme de recommencer ce cycle d'actions une fois encore.

Ainsi, pendant dix minutes, flèche après flèche, l'écuyère ne perd pas une seule seconde à se poser des questions. Chacun de ses tirs atteint sa cible, et avant que le projectile en cours de vol ne soit arrivé, un autre est déjà en préparation. Elle cible principalement ceux qui chargent, et parfois qui grimpent aux échelles. Par deux fois, elle a, par ses seuls efforts, obligés ceux qui transportent le bélier à le lâcher. Donnant par ce fait un temps précieux aux autres défenseurs.

Cependant, malgré tout, ça ne fait que retarder l'inévitable. Ils sont bien trop nombreux. Les Remparts commencent à être submergés, ceux qui sont encore en état de se battre, soldats comme conscrits, sont de plus en plus épuisés. Aussi bien physiquement que moralement. De plus, plusieurs de leur ennemis ont remarqués que Neia faisait de nombreuses victimes. Sa position essuie donc constamment une pluie de pierres dès qu'un seul de ses cheveux dépasse.

Et étant donné l'état de leurs défenses, elle ne peut plus changer de tour. Elle n'a pas le choix, il va falloir qu'elle dégaine son arme et aille au corps à corps.

Lâchant l'arc par terre, elle prend une épée courte et descend les quelques marches menant au chemin de ronde. Cependant, au moment ou elle arrive dans l'encadrement de la porte donnant sur sa destination, elle est projetée en arrière par un puissant souffle tandis qu'un bruit assourdissant lui vrille les tympans.

Elle atterrit, par chance, dans ce qui ressemble à un tas de vieux draps ou de drapeaux. Malheureusement, étant donné son état de santé déjà précaire avant, elle a l'impression que l'on vient de se servir d'elle comme d'un ballon. Elle a mal partout, et on dirait bien que sa plaie à la tête vient de se rouvrir.

En dépit de cela, elle se relève en ignorant les protestations de son corps. Ses jambes flageolent et il y a tellement de poussière dans l'air qu'elle a du mal à respirer, de plus sa vue redevient trouble. Toussant douloureusement, elle se dirige vers la sortie en s'appuyant sur un bout de bois qui pend du plafond. Après deux pas, elle se rend compte qu'il s'agit d'un morceau de la charpente qui a été délogé de son emplacement. De plus, de très nombreuses fissures parcourent les murs. On dirait qu'ils sont sur le point de s'effondrer.

Ne comprenant pas comment cela est possible, l'écuyère presse pourtant le pas. Elle ne veut pas finir ensevelie vivante. En sortant, elle ne voit pas plus loin que quelques mètres à cause du nuage qui flotte encore dans l'air. Mais c'est assez pour qu'elle se rend compte qu'il n'y a plus rien devant elle...

Le mur d'enceinte a tout simplement disparu !

Ou pour être plus précis, il a été éventré sur plusieurs dizaines de mètres de longueur. Laissant un gouffre béant à la place de la seule protection qui gardait les assiégeants à distance. Ceux-ci, qui ont déjà récupéré de leur surprise, sont en train de s'engouffrer dans la brèche. Laissant les quelques défenseurs en bas, sans le moindre moyen de sauver leurs vies.

À la manière de l'eau qui se déverse après la rupture d'une digue, le flot des assaillants se concentre sur ce seul point, et ils commencent à envahir la ville. Il n'y a plus rien pour les retenir, ni les arrêter.

La portion de mur sur laquelle Neia se trouve, commence à s'effondrer et elle doit sauter précipitamment pour ne pas être entraîné avec certaines des pierres. Elle se réceptionne maladroitement et sa cheville se tord dans le mauvais sens. Poussant un cri de douleur, la jeune femme tombe sur le ventre, manquant de peu de s'assommer de nouveau.

Pourtant au milieu de toutes ces sensations, ce qui attire le plus son attention, c'est la seule chose qui se trouve au contact de sa peau. Pressé fortement entre la pierre et sa poitrine, le médaillon offert par l'Être Suprême est toujours là.

Faisant fi de tout le reste, elle s'adosse contre le reste du mur et le sort d'en dessous sa côte de maille. Il est toujours aussi immaculé que lorsqu'elle l'a reçue et le seul fait de l'avoir sous les yeux, l'apaise. En le serrant entre ses mains, elle se met à prier.

« Ô Lady Nyx, votre servante en appelle humblement à votre aide... » Murmure-t-elle à voix basse, sans se rendre compte qu'elle a bel et bien dit ces mots assez fort pour être entendu si l'on se trouve assez près.

Il y a quelques secondes d'un silence aussi lourd qu'impitoyable. Et pourtant, prenant Neia par surprise, une réponse parvient à ses oreilles.

« N'ait crainte, enfant des hommes. » Fait une voix suave et posée. « La Chasseresse se rend à vos côtés. »

Sursautant, l'unique enfant de la famille Baraja, regarde derrière elle par réflexe, sûre et certaine que cette voix venait de là. Pourtant, il n'y a rien d'autre que le mortier gris et terne. Aurait-elle eue un genre d'hallucination auditive ?

C'est alors qu'elle remarque un détail troublant. Ou plutôt l'absence de quelque chose...

''Pourquoi tout est si silencieux d'un seul coup ?'' Se demande-t-elle.

En effet, plus le moindre son ne se fait entendre. Que se soit les grognements bestiaux des Demi-Humains, le bruit assourdissant de leur pas lorsqu'ils chargent, le choc entre griffes, crocs, épées et armures, plus rien ne tout cela n'est audible.

Elle voit alors la cause de cette pause surnaturelle dans la cours de la bataille. Sous ses yeux, s'étendant aussi bien en longueur qu'en hauteur, se trouve un genre de... Quoi exactement ? Elle ne saurait le dire.

S'il fallait décrire en une seul mot, ce serait : anomalie. On dirait la surface d'un lac qui ondule légèrement, sauf qu'elle se trouve à la verticale et émet une myriade de couleur, quoiqu'un noir profond et peu engageant soit la teinte majoritaire. Sa seule taille est également dérangeante. Elle dépasse les remparts de plusieurs mètres en hauteur, et est assez large pour faire passer une centaine d'hommes en même temps.

La seule présence de cette chose qui coupe le champ de bataille en deux, quoi que cela puisse être, vient de subitement tout arrêter. D'un côté comme l'autre, hommes et Demi-Humains, fixent cet étrange phénomène sans savoir comment réagir. Un léger mouvement, comme une ondulation à la base, attire alors l'œil de ceux qui se trouvent en face.

Une silhouette de petite taille émerge d'un pas calme, qui paraît presque gracieux. Aux proportions, elle semble humaine. Cependant rien d'autre ne permet de l'assurer. Elle est intégralement recouverte d'une longue cape de voyage avec capuche d'un noir uniforme. Son visage, qui devrait être visible, reste dissimulé. Comme si un voile de ténèbres le cachait délibérément de la lumière.

Une deuxième personne émerge ensuite, et contrairement à celle qui l'a précédée, elle n'est absolument pas dissimulée. C'est une jeune femme, humaine de toute évidence, d'une grande beauté à la peau blanches et aux cheveux d'un magnifique roux coiffés en deux tresses. Plus étrangement, elle porte ce qui ressemble à un uniforme de soubrette tel que l'on peut en voir chez certains nobles.

Elle affiche un sourire large et innocent qui pourtant donne un frisson inexplicable aux Hommes-Bêtes qui la voient. Pourquoi on-t-il l'impression de se trouver en face d'un prédateur ? De plus, l'étrange arme, si s'en est bien une, dans son dos lui donne une allure sinistre. Comparé à sa silhouette, l'objet en question paraît tellement disproportionné, que tous se demande comment elle peut porter ça sans laisser paraître le moindre trouble.

Ce qui devait vraisemblablement être un portail disparaît lentement, laissant les nouveaux arrivants seuls au milieu. Le silence, toujours présent, est soudainement brisée par celle qui est habillée comme une domestique.

« Je ne vois pas la Porteuse Miss. » Annonce-t-elle d'une voix presque chantante en regardant distraitement à droite et à gauche. « Croyez-vous qu'elle ait perdue la vie ? Ce serait irrespectueux envers Lady Nyx. »

« Son âme est toujours rattachée à ce plan d'existence Bêta. De plus, elle n'est exposée à aucun danger dans l'immédiat. » Répond simplement la première, sa voix clairement féminine. « Concentrons-nous sur cette tâche qui nous a été assignée. »

« Bien entendu Miss Selia. » Fait la servante en s'inclinant respectueusement.

La plus petite des deux s'avance alors d'un pas en direction des Demi-Humains. Elle ne fait aucun bruit lorsqu'elle marche, et son habit ne bouge absolument pas. Sa seule présence retient les assaillants qui ne semblent pas savoir comment réagir. Elle s'adresse alors à eux.

« Enfants des terres sauvages et immaculées, je suis venu en ce royaume pour punir celui s'est imposé à vous. Et lui uniquement. » Déclare-t-elle posément. « Quittez ces lieux sans tarder. Je ne cherche nullement à vous infliger une punition en aucun cas mérité. »

De nouveau le silence s'installe. À tel point que ça en devient inconfortable. La seconde intervient de nouveau.

« Vous ne devriez pas utiliser un langage si soutenu. » Conseille-t-elle, une certaine moquerie dans le ton qu'elle emploie. « Je doute fortement qu'ils aient le niveau de culture nécessaire pour le comprendre. »

« Es-tu certaine de cette affirmation ? » Demande celle drapée de noir, perplexe. « Cela ne paraît aucunement être un obstacle insurmontable. »

« N'oubliez pas que ce ne sont que de simples mortels Miss. » Rappelle la soubrette. « Seul un tout petit nombre d'entre eux ont reçu une éducation qui leur permettrai de vous comprendre. »

« Est-ce donc la raison pour laquelle Maela les méprise tant ? »

« Parmi tant d'autres. » Assure la seconde sans se départir de son sourire qui devient lentement effrayant.

« Devrai-je donc simplifier mon discours pour pouvoir être comprise ? » Dit la principale oratrice, l'air d'être ennuyée.

« J'en ai bien peur Miss Selia. »

« Soit. » Elle s'adresse alors à ses premiers interlocuteurs qui sont, comme les hommes derrière, complètement pris au dépourvu par cette conversation légère en plein milieu d'un champ de bataille. « Je suis venu capturer celui qui vous commande. Tous les autres peuvent partir sans crainte. Je ne les poursuivrai pas. »

Aucun bruit ne se fait entendre. Personne n'arrive à en croire ses oreilles. Qui sont-elles ? Et comment peuvent-t-elles débarquer ici, demander quelque chose d'aussi osé de la manière la plus naturelle qui soit, et espérer que tout se passe bien ?

Comme pour prouver que ce genre de raisonnement ne tient pas la route, l'un des Hommes-Bêtes se met soudainement à rire, imités bientôt par tous ceux qui ont entendu ce discours. Cela dure plus d'une douzaine de seconde, mais il finit par se calmer. Celui qui a commencé tend alors une main avide de sang dans la direction des nouvelles venues.

Il est de grande taille, même pour un membre de son espèce, ses attributs animaux le classe comme un Homme-Lion. Sa crinière est blonde à l'origine, mais elle est rougie de sang. Sur son corps de nombreuses cicatrices témoignent d'un combattant qui a survécu à beaucoup de choses. Et si l'on en juge par les nombreux gris-gris qui sont mêlés à sa fourrure, il est probablement très respectés ou très influent parmi son clan.

« Très drôle petite fille. » Fait-il avec un sourire carnassier, ayant même oublié l'impression de danger que dégage son accompagnante. « Tu as des tripes, ça je peux pas te l'enlever. Comment tu t'appelles ? Moi c'est Gromm. »

Là encore, s'il avait été plus observateur, il aurait remarqué à quel point l'air autour de la domestique vient de subtilement devenir beaucoup plus épais.

« Selia Septem, Chasseresse de Lady Nyx, Gardienne et Régente du Seuil. » Répond simplement et poliment l'interpellée.

« Nyx ? » Répète-t-il bêtement. « Connaît pas. »

« Naturellement. » Explique-t-elle. « Milady respecte les lois établies. »

« Des lois ? Pouah ! » Il crache par terre, méprisant à l'extrême. « Tout ça c'est pour les faibles et les lâches ! »

Encore une fois, concentrés sur l'échange en cours, personne ne remarque que la jeune femme aux cheveux roux vient de se tendre des pieds à la tête. Et que son sourire s'est crispée l'espace d'une fraction de seconde.

« Vous ne voulez donc pas partir ? » Demande simplement Selia, toujours protocolaire.

« Ha ! Ha ! Ha ! Partir !? » S'esclaffe Gromm. « Bien sûr que non ! » Il se rue soudainement sur elle, toutes griffes et crocs dehors. « Ton sang est à moi ! » Hurle-t-il, enivré à l'idée de la tailler en pièces.

Il abat ses deux bras musculeux sur elle pour la saisir avant de la déchiqueter à même le sol, savourant déjà le goût de sa chair tendre, tout en prenant plaisir de la voir incapable de réagir à sa charge brutale. Sans doute à cause la terreur. Mais au lieu de ça... Il passe complètement au travers. Comme si elle n'était qu'un fantôme sans la moindre substance.

Au moment même où il la traverse, il sent un courant d'air glacée puis plus rien. Tout est engloutit par les ténèbres.

Pour ceux qui observent la scène de derrière, ils voient l'Homme-Bête la dépasser avant de littéralement tomber en morceaux, sans pour autant perdre son élan. Son torse se sépare en trois parties, la tête se détache du cou, tandis que ses membres sont taillés en morceaux disparates. Pour ceux qui on l'imagination fertile, on pourrait croire qui vient de se jeter lui-même dans une tempête de lames affûtées au point que toutes les coupures sont plus nettes, que celle laissées par un couteau chauffée dans du beurre.

L'ensemble s'écrase au sol dans un bruit immonde, éparpillant entrailles et viscères sur une large zone, tandis que le sang gicle encore plus loin. Finalement, la tête roule jusqu'aux soldats humains qui n'osent pas baisser les yeux. Le premier qui en a le courage, ou l'inconscience, de le faire, voit alors l'expression d'horreur et de choc figé à tout jamais sur les traits de ce visage.

Pour la troisième, et dernière fois, le silence s'installe. Pourtant celui-ci ne dure qu'une poignée de secondes. La chasseresse prend ensuite la parole.

« Vous avez fait un bien triste choix. » Statue-t-elle, désintéressée.

De la main droite elle sort une grand faux, dont la taille en comparaison de la sienne pourrait pousser au rire, de sous son manteau. Mais ils restent tous figés sous l'effet de la terreur qu'aussi bien la manieuse que l'arme inspirent désormais.

Pourtant son instrument de mort à quelque chose de magnifique. Le manche est taillé dans un bois sombre dans lequel des veines d'un métal d'un blanc éclatant courent. À différents endroits, celui-ci est décorée de pièces d'or et d'argent finement sculptées qui représentent dirait-on des vagues ou des nuages. La lame qui semble faite dans une unique pierre précieuse d'un bleu profond, est rattachée au manche par une sculpture d'ange en train de prier, tenant la lame entre ses mains et ses ailes.

Cette fois, c'est Selia qui s'élance en direction des Demi-Humains. Dans un mouvement trop rapide pour être vu pour de simples yeux mortels, elle abat sa faux en diagonale de haut en bas. Coupant en deux avec une effrayante facilité son adversaire. Pourtant, ça ne s'arrête pas là.

Comme si la Mort venait de s'abattre sur eux simultanément, tous les Hommes-Bêtes dans un large rayon subissent le même sort. Il s'effondrent, tués sur le coup, paralysant absolument l'intégralité de ceux qui ont assistés à cette scène aussi inexplicable que macabre.

Sans perdre de temps, la Chasseresse se rue sur les autres, sous le regard médusé des humains qui n'osent pas bouger le moindre muscle. Certains en oubliant à un moment de respirer.

Plus tard, bien plus tard, ce massacre serait appelé par les générations futures : l'Avènement.


Fin du Chapitre 9 !

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !