Bonjour tout le monde !
Voilà le chapitre 13 !
Bonne lecture !
Note :
Désolé d'avoir publié le chapitre 12 avec pour titre ''chapitre 11''. ça m'apprendra à faire des copier-coller foireux. / Sorry for posting the chapter 12 with ''chapter 11'' in title. Must learn to not make crappy copy-paste.
Traînée de force, sans la moindre considération, ni même pitié, en dépit des nombreuses blessures qui recouvrent son corps meurtri, Neia ne donne pas pour autant l'impression de souffrir. Elle garde les dents serrées et attend. Il serait inutile de dire quoi que se soit maintenant.
Les couloirs de pierres froides et grises défilent à une allure soutenue et constante, tandis qu'elle reste concentrée sur ce qu'elle doit faire. Elle sait que sa vie va bientôt se finir, pourtant elle n'a pas peur, ne ressent pas d'appréhension, ni se sent menacée. Probablement par ce qu'elle a vu bien des vérités qu'elle ignorait auparavant.
Elle entend les lourds battants d'une imposante porte en bois soutenu par une armature en métal grincer, tandis qu'une lumière vive, celle du soleil, parvient jusqu'à son œil ouvert. Elle n'a pourtant pas le temps de relever la tête, qu'une fois encore, elle est traîné tel un vulgaire sac d'habits sales. Elle croit entendre de nombreux murmures autour d'elle tandis que le tapis rouge qui recouvre le sol est la seule chose qu'elle parvient a discerner à travers son seul œil qui peut être ouvert. L'autre étant bien trop tuméfié.
Les deux soldats qui la portent s'arrêtent brutalement, tandis qu'elle sent un autre saisir ses bras dans une prise de fer, les écarter brutalement, au point de lui faire lâcher une exclamation de souffrance à cause de son état physique. Puis les liens de chanvre qui brûlaient la peau de ses poignets à cause de la friction, sont tranchés dans un geste volontairement brutal et grossier, lui entaillant l'avant bras. Peu profondément, mais assez pour qu'elle sente cette nouvelle blessure s'ajouter aux nombreuses précédentes.
La seconde qui suit, la jeune femme est pratiquement jetée contre une paroi en bois dans laquelle elle s'écrase douloureusement, incapable de retrouver son équilibre assez vite. Une nouvelle vague de murmure s'élève, une voix de femme hurle simultanément quelque chose que Neia ne peut comprendre à cause de son état.
Combattant ses vertiges, la fatigue, la douleur, la faim et la soif, l'écuyère s'agrippe au premier appui qu'elle parvient à atteindre. Bien qu'elle sache pertinemment qu'il est futile de faire semblant, de faire croire qu'elle n'est pas atteinte par le traitement qu'on lui inflige, elle sait que faire preuve de faiblesse maintenant serait indigne de ce qui est attendu de sa personne.
Sur des jambes flageolantes, avec l'impression que ses forces pourrait disparaître d'une seconde à l'autre, l'unique enfant de la famille Baraja parvient, en dépit de tout ça, à se relever pour voir où elle se trouve. Et même avec tout ce qu'elle vient de subir, elle n'est pas suffisamment ébranlée pour être surprise.
Elle se souvient être déjà venu en ce lieu, il a quelques années, pour voir un prêtre être jugé pour sédition. À l'époque, elle était dans le rang de soldats qui formait le cordon de sécurité menant au pupitre. Aujourd'hui, bien évidemment, elle se trouve à la place de l'accusée qui va bientôt être condamnée à mort.
Faisant fi de son corps qui ne cesse de protester, elle se redresse et fait face à ceux qui vont, à défaut de mot plus approprié, la ''juger'' : les quatre Haut-Archevêques. Chacun d'entre eux étant responsable de porter et d'interpréter la parole d'un des Grands Dieux. Et derrière eux, sur une estrade encore un peu plus haute, se trouvent les trois femmes les plus importantes du Saint Royaume de Roble : à droite, Kelart Custodio, la Haute Prêtresse, celle qui dirige le Clergé. Sur la gauche, portant son armure de combat, Remedios Custodio, la commandante des Nine Colors, portant le titre de plus puissante Paladin du royaume, ainsi que l'épithète ''La blanche'' au sein de l'unité d'élite protégeant son pays.
En dernière, trônant au centre de l'assemblée, nulle autre que la Sainte Reine : Calca Bessarez en personne.
Cependant, au lieu de se sentir écrasé par leur présence, Neia ne peut de s'empêcher de remarquer à quel point cette court de justice divine convoquée à la hâte manque de substance : Trois des quatre Haut-Archevèques rassemblent à des enfants capricieux à court de patience. La personne la plus haute placée dans la hiérarchie de son ordre à la main sur le pommeau de son épée, l'air d'être au bord de l'explosion. La Prêtresse semble ne pas avoir eue l'occasion de prendre une nuit de sommeil correct depuis trop longtemps.
Pourtant, tout cela est éclipsée par l'apparence presque cadavérique de leur souveraine. La majorité de ses cheveux ont virés au gris, son visage est creusé, cireux. Et en dépit de ses long habits, impossible de ne pas remarquer que celle-ci a perdu assez de poids pour comprendre, sans avoir besoin d'être médecin, qu'elle est plus morte qu'en vie. Même son regard autrefois pétillant de vie est désormais recouvert d'une résille de fatigue et d'angoisses.
La jeune femme se souvient ne jamais avoir été particulièrement impressionnée par la régente, lors des rares fois où elle a pu l'apercevoir. Mais, en la voyant ainsi, elle ne peut s'empêcher de ressentir une profonde compassion à son égard. Car elle-même se souvient d'Ô combien se trouver devant une situation, ou un être qui vous dépasse tellement, que la seule chose possible à faire est de ne pas se briser trop vite, peut vous plonger dans un abîme de désespoir.
Sans pouvoir s'en empêcher l'Apprentie Paladin sourie chaleureusement en sa direction, ce qui ne manque pas de faire réagir la régente, qui répond par une expression perplexe. Remplaçant celle de colère quant au traitement de l'accusée. Ce qui déclenche également un mouvement d'humeur de la part de son garde du corps, imité par la majorité des responsables religieux présents. À l'exception de la Prêtresse qui semble davantage être en train de réfléchir.
Sur un balcon situé plus en hauteur, Pabel et Mara Baraja observent avec à la fois fierté, colère et la peur au ventre, leur seule enfant se tenir debout devant un groupe de personnes qui ne veulent, pour la plupart, que voir son sang couler. Fierté pour son courage et sa force de caractère. Colère pour la manière dont elle a été, et est toujours, traité. Et enfin, peur, par ce qu'ils savent que les chances de lui faire éviter la peine capitale sont pratiquement nulles.
Il y a trois jours, alors que touts deux étaient confinés dans leur manoir pour pleurer la mort de leur fille, rapporté par l'un de ses homologues qui l'avait en plus accusée d'être une rebelle et une déserteuse, ils ont été informés que cette dernière arrivait par l'Est, à la tête d'un convoi de plus de dix mille personnes ayant fui Vyrul, suite à une attaque de grande ampleur.
Immédiatement après avoir apprit la nouvelle, ils ont littéralement chargés à l'extérieur pour la rejoindre. Bien incapable d'imaginer comment elle avait pu survivre, ils ne voulaient que la serrer dans leurs bras, n'ayant pas cru l'espace d'une seconde qu'elle ait pu se mutiner. Le coup de poing violent que Pabel avait donné à Arterios en l'entendant diffamer son défunt enfant lui avait fait perdre son calme légendaire, lui valant ce confinement.
Se frayant un chemin en manquant d'écraser plusieurs personnes avec leurs chevaux, même le barrage filtrant installé devant l'entrée principale n'ayant pu les ralentir, ils ont chevauchés à bride abattue pour rejoindre Neia.
Celle-ci ne pu se préparer à leur arrivée soudaine, même si elle désirait autant qu'eux ces retrouvailles. Seros n'eut même pas le temps de la prévenir, puisqu'ils étaient en plein milieu d'une conversation, que sa mère s'est jetée sur elle, la faisant tomber de sa monture, et l'étreignant avec assez de force pour l'empêcher de respirer, tout en pleurant de bonheur et de soulagement. Son Père s'était bientôt joint à l'embrassade, si bien qu'il fallu la force combinée Seros, Arbas et Tidar, aidé par Luth qui était revenu de l'arrière du convoi en entendant le grabuge en tête au bout d'une dizaine de secondes, pour l'empêcher de mourir par suffocation, ou quelque chose de similaire.
Au bout de très longues minutes de retrouvailles touchantes, le groupe au service de Neia se dispersa pour aller organiser la suite des opérations, tandis que la famille réunie s'isola pour que la plus jeune puisse leur expliquer toute l'histoire.
Il fallu plusieurs heures, de nombreuses confrontations idéologiques, accompagnés de plusieurs témoignages, sans oublier de présenter la preuve irréfutable qu'elle portait autour du cou, pour que les parents reconnaissent enfin que leur fille n'avait pas été abusé ou n'était pas contrôlé. Elle disait belle et bien la vérité, rien d'autre.
Naturellement le choc d'une telle révélation était difficile à surmonter, et sur le conseil de l'Apprentie Paladin, ils rentrèrent tous chez eux pour prendre un repos plus que mérité. Ce qu'ils firent presque immédiatement, les deux parents encadrant leur enfant, de peur qu'elle ne se volatilise subitement pour une raison quelconque.
Ce soir là, en dépit de l'âge avancé de Neia, toute les membres de la famille dormirent dans le lit conjugal. Pabel et Mara ne pouvant pas supporter l'idée que leur fille soit loin d'eux. En s'endormant dans des bras chaleureux et accueillant, la jeune femme ne pu s'empêcher de verser quelques larmes de bonheur. Depuis combien de temps n'avaient-ils pas été aussi soudés les uns aux autres ?
Pourtant, ce moment de joie ne dura qu'une nuit fugitive. Avant même que l'aube ne se lève, toute une cohorte de soldats, accompagnés par des Inquisiteurs, enfoncèrent littéralement la porte de leur manoir sans le moindre avertissement.
Neia fut brutalement arraché à son foyer, couverte de chaînes et traîné comme la pire des criminelles sans le moindre respect dû à sa condition de fille de la noblesse. Ses parents durent être maîtrisés par la force, par pas moins d'une douzaine de leurs pairs, avant d'être finalement relâchés plusieurs heures plus tard.
Telle une furie, Pabel se rua au palais, enfonçant la plupart des portes sur son passages et manquant de frapper une nouvelle fois Arterios lorsqu'il le croisa, avant d'interpeller la Reine en personne, exigeant qu'on explique pourquoi son unique enfant, qui avait contribué à sauver des milliers de personnes, venait d'être arrêté aussi sauvagement.
Remedios, au caractère déjà impulsif d'ordinaire, manqua de sortir son épée et de l'exécuter sur le champ pour son insolence, à cause du stress et de la fatigue qui s'accumulait. Ce combat entre deux des Nine Colors, dont l'inutilité n'aurait eu d'égal que la sauvagerie, fut heureusement empêché par Kelart qui parvint à apaiser les deux belligérants tandis que leur homologues les retenaient physiquement.
C'est alors qu'il apprit qu'elle était accusé de vouloir ébranler les fondements de leur nation, en rapportant que leur foi envers les Quatre Grands Dieux, n'était qu'un mensonge. Que ce genre d'hérésie devait être punie, surtout dans une période sombre comme celle que le royaume est en train de traverser.
Il prit immédiatement la défense de sa fille, en prétendant que malgré tout, elle restait une noble et une Paladin, peu importe qu'elle n'ait pas encore achevée sa formation. En tant que telle, elle devait avoir un procès en bonne et dû forme. Ce à quoi la Reine finit par consentir, en dépit des vives protestations des Haut-Archevêques, soucieuse de préserver le peu d'unité restante au sein du groupe d'élite.
Tout cela menant à cet instant précis. Pourtant l'homme ne peut que contenir, encore une fois, sa rage en voyant les sévices que sa fille unique a subit, en seulement quelques jours de prison. Les tortures physiques plus qu'évidentes, alors que celles mentales sont plus difficiles à déceler de prime abord. Mais l'une ne va pas sans l'autre. Le simple fait qu'elle puisse se tenir debout sans aide, et qu'elle n'ait pas l'air d'un animal apeuré est une preuve de sa résilience.
Isandro Sanchez, portant la Couleur Rose, et meilleur tacticien parmi les Neuf, frappe alors deux fois le sol de son bâton, pour annoncer l'ouverture de l'audience. Non avant d'avoir lancé un dernier regard noir aux brutes, qui ont emmenés la seule enfant d'un de ses homologues qu'il respecte le plus. Ils n'ont même pas eu la décence de lui fournir des habits corrects. Elle porte encore des minables et rapiécés habits en jute, horriblement sales et dégageant une odeur pestilentielle.
« Bonnes gens et très estimé représentants de notre Saint Royaume de Roble, je déclare ouvert le procès de Neia Baraja, accusée de sédition et d'hérésie. » Dit-il, poli et formel en se forçant à paraître détaché. Il se tourne vers celle qui se trouve au centre de la pièce. « Neia Baraja, les charges qui pèsent contre vous sont extrêmement graves. Par les plus hautes autorités de notre nation, vous allez être entendue puis jugée. Jurez-vous devant les Quatre Grands Dieux, que vous ne direz que la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ? »
La concernée va répondre aussitôt, mais marque un léger temps d'arrêt qui ne pas inaperçu. Cependant, elle ne reste pas davantage que deux secondes sans rien dire.
« Je jure qu'aucun mot que je prononcerai ne sera un mensonge. » Promet-elle d'une voix claire et précise, qui cache relativement bien la douleur lancinante, qui accompagne même un simple mouvement de mâchoire.
« Votre serment a été entendu. » Déclare simplement le Nine Color. « La première parole revient donc à Monseigneur Ghulay, Haut-Archevêque du Feu. »
L'Arbitre s'écarte en s'inclinant poliment en direction de la tribune, où les dignitaires religieux sont assis en ligne. Le premier en partant de la droite se lève, sans cacher le mépris dans son regard lorsqu'il fixe l'accusée. Mesurant pratiquement deux mètres, ce qui exceptionnellement grand pour eux, il la toise de toute sa hauteur, avant de lancer l'interrogatoire sur un ton méprisant.
« Pour quelle raison vous êtes rebellé contre votre commandant, Arterios Sretas le Jaune ? » Demande-t-il froidement. « Était-ce par ce que vous êtes une lâche, indigne de porter l'uniforme de ceux qui servent les Quatre Grands Dieux ? Ou par-ce que vous avez toujours été une hérétique, dont le seul destin est de brûler pour l'éternité dans les flammes vengeresses ? »
Le public est, dans sa majorité, surpris de ces questions. Ou pour être plus précis de la façon dont elles sont tournées. Bien qu'il ait toujours été le plus impulsif des quatre, jamais il n'a été aussi vindicatif et partial dans sa façon de demander. Pour autant, cela ne déstabilise pas le moins du monde son interlocutrice, qui répond avec calme et politesse. Presque comme détachée.
« Ni moi, ni aucun de mes défunts camarades ne nous sommes rebellés Monseigneur. » Raconte-t-elle. « Nous venions de tomber dans une embuscade, tendue par des Demi-humains, en contrebas d'une vallée séparée en deux par un pont en corde rudimentaire. Tandis que je combattais à leurs côtés, Sir Sretas, ainsi qu'une partie de notre unité, avait déjà franchi le gouffre pour se mettre en sécurité. » Une courte pause. « Alors que certains de nos compagnons ont décidé de retraverser, pour nous porter assistance, notre commandant a choisit de détruire notre seule échappatoire avant de s'en aller. »
Dans les paroles, prononcés à voix basses, autour d'elle en réaction à ce qu'elle vient d'affirmer, il y a un grand nombre de personnes qui croient qu'il s'agit de ce qu'il réellement passé. Celui qui porte le titre de ''Le Jaune'', sans pour autant avoir fait quelque chose qui puisse le qualifier de lâche, jusqu'à présent, est bien connu pour son défaut récurrent de penser à sa sécurité d'abord. Son histoire décrivant ses soldats comme des mutins ne paraissait pas vraisemblable. Quant au père de Neia, il est tellement crispé sur la balustrade contre laquelle il est appuyé, en entendant de nouveau cela, qu'il est presque possible de l'entendre grincer.
« Des mensonges ! » Réplique Ghulay, véhément. « Vous êtes connue pour avoir un comportement lunatique depuis que vous avez intégré notre armée ! » Aboie-t-il. « Tout ceux qui vous connaissent peuvent témoigner de votre anormalité ! Vous écouter tenter de vous justifier, est une insulte envers tout ce que nous représentons ! Qu'on la hisse sur le bûcher sans attendre, nous n'avons déjà que trop perdu notre temps avec cette hérétique ! »
Restant sans la moindre réaction à ses paroles, la jeune Paladin sait pertinemment qu'il est futile de vouloir contester. A ses yeux, elle est déjà coupable. Et rien ne le fera changer d'avis. Cependant, Kelart Custodio réagit presque aussitôt, en dépit de sa fatigue.
« Modérez vos propos Haut Archevêque. » Commande-t-elle, autoritaire. « Tant que chacun des membres de cette Cour n'aura pas fini de poser ses questions, et tant que Neia Baraja n'aura pas fourni de réponse à chacune d'entre elles, aucun verdict ne sera prononcé. » Rappelle-t-elle, d'un ton qui ne laisse pas la place au débat.
Avec un rictus, accompagné d'un regard qui en dit long, le responsable religieux s'excuse avant de s'asseoir, alors qu'une partie du public est, encore une fois, surpris de son comportement.
« La parole vous revient Monseigneur Touaz. » Déclare Isandro en s'inclinant poliment, déjà en train de se demander s'il y a la moindre utilité et légitimité à ce qu'il fait.
Le nommé Haut-Archevêque du Vent se lève dès que l'Arbitre a finit sa phrase, et observe l'accusée avec froideur. Cette dernière se contente de le fixer, sans sourciller, toujours calme et prête à répondre.
« Vous clamez ne pas avoir fuit lâchement votre devoir, correct ? » Interroge-t-il, abrupt, avant de continuer sans lui laisser le temps de confirmer. « Dans ce cas, comment pouvez-vous expliquer que vous, ainsi que les repris de justice qui compose votre groupe, soyez encore vivant ? » Un sourire narquois lui fend le visage. « Les Hommes-Couguars vous auraient-ils épargnés dans un élan de bonté ? »
« Mes compagnons et moi-même sont morts ce jour-là, Monseigneur. » Déclare l'Apprentie Paladin. « Nous... »
« Auriez-vous oublié le serment que vous venez de faire ? » Coupe-t-il, doucereux. « Non, ne vous donnez pas la peine de vous justifier, écouter vos parjures n'intéresse personne. » Termine-t-il, cinglant, avant de se rasseoir, ne lui ayant pas laissé le temps de poursuivre.
Des regards incrédules sont échangés. Que se passe-t-il donc ici ? Est-ce un procès, ou une simple, et expéditive, lecture d'accusations ? Voilà ce que se demandent ceux qui sont les plus attachés au respect des lois, ou qui ne comprennent toujours pas l'empressement des Haut-Archevêques.
Ne vient-elle pas de dire qu'elle a perdu la vie à un moment ? Ce genre de propos devrait demander qu'on l'on pousse le réquisitoire. Pas tout balayer d'un revers de main, comme on pourrait le faire pour une souillure sans intérêt.
Quant aux plus fervents, ils se demandent encore pourquoi cette farce continue. Pourquoi perdre du temps avec une hérétique ? Il est évident qu'elle ment. Elle doit être punie immédiatement pour cela. Ses raisons n'ont pas la moindre importance. Qu'on en finisse au plus vite.
Le Rose reste coi, tout comme son homologue, ainsi que la Reine et ses deux proches conseillères. Que les quatre hommes veuillent expédier ce qu'ils considèrent comme une insulte envers les Grands Dieux, soit. Cependant, tout cela bafoue ouvertement leurs principes religieux, qui demandent que tous les citoyens du Saint Royaume de Roble reçoivent un traitement digne. Peu importe les griefs qui pèsent contre eux.
Il y a un moment de silence qui dure plus longtemps qu'il ne le devrait. Chacun à sa manière, est en train d'essayer de donner du sens à ce qu'il se déroule devant leurs yeux. Tandis que plusieurs ne cherchent plus à cacher leurs mauvaises intentions, d'autres restent confus et attendent que la séance reprenne.
Pourtant, ce n'est que lorsque le troisième dans l'ordre de passage fait semblant de s'éclaircir la gorge, avec impatience, que le Paladin charger de faire respecter la temporalité de cette audience, se ressaisit.
« Vous pouvez poursuivre Monseigneur Fascir, Haut-Archevêque de la Terre. » Dit-il, en donnant son titre par automatisme.
Le responsable religieux se redresse, tout en fixant la personne au centre avec des yeux qui pourrait tuer. Croisant les bras dans un geste désintéressé, qui ne peut exprimer davantage son dédain, il poursuit sur la lancé de ces prédécesseurs.
« Lorsque vous avez été emmenée en prison, tous vos effets personnels vous ont été confisqués, comme le veut la procédure. » Commence le religieux, le ton de sa voix tranchante comme des lames de rasoirs. « À l'exception d'un seul, pouvez-vous nous dire pourquoi ? »
« J'ignorais ce qui... »
« Cessez de vouloir vous justifier et répondez à ma question. » Interrompt-il grossièrement. « Ou dois-je le faire à votre place ? Expliquer que l'immonde symbole impie que vous portez autour de votre cou, est tellement souillé que seule une hérétique telle que vous, peut le toucher sans être consumée dans des flammes noires comme les ténèbres ? » Crache-t-il presque. « Sauf si, évidemment, vous trouvez une raison rocambolesque qui pourrait expliquer comment, un de nos braves soldats a été détruit par un simple contact ? Ne laissant rien, pas même des cendres. »
Pour la première fois depuis que cette pastiche de jugement a débuté, Neia sent une vague de colère sourde l'envahir.
Comment ose-t-il décrire le précieux médaillon qu'elle a reçu de Lady Nyx comme cela !?
Elle va réfuter, quand un membre du public se lève et la pointe du doigt, le regard plein de fureur et de haine.
« Elle a pactisé avec les Démons ! » S'exclame-t-il. « Qu'on la brûle ! »
« Il a raison ! »
« Oui ! Qu'on la brûle ! »
La grande majorité de l'assemblée se rue alors sur elle, les poings levés, hargneux, et prit d'une rage aussi soudaine qu'incontrôlable. Sans attendre, Pabel et Mara enjambent la barrière pour aller au secours de leur enfant avant qu'elle ne soit lynchée. Décidé a tuer si nécessaire pour la défendre.
Mais, à la surprise générale, Remedios saute littéralement dans la mêlée, en sortant son épée de son fourreau. D'un geste large et précis, elle utilise {Slash} dans le petit cinquante centimètre de distance séparant encore l'Apprentie Paladin, et la foule en colère. Une tranché profonde d'une main, et toute aussi large, se forme aussitôt. Projetant des éclats de bois et de pierre un peu partout, qui sont trop petits pour réellement faire des dégâts, le tout dans un bruit inquiétant qui ramène le calme aussi vite qu'il a disparu juste avant. Se tenant droite, la lame de Safarlisia pointée en direction des émeutiers figés par la surprise, elle s'adresse aux gardes d'un ton glacial et autoritaire.
« Soldats, faites évacuer la salle immédiatement ! » Ordonne-t-elle, une rage bien visible sur son visage. « Le premier qui résiste sera sommairement exécuté comme un vulgaire Demi-Humain, suis-je clair !? »
Un silence de mort s'abat et personne n'ose bouger. Il est est déjà incroyable que la tête de celui qui a déclenché cette échauffourée, soit toujours sur ses épaules. Il faut pas moins de cinq secondes, ainsi qu'un rappel de leur supérieur, pour que les militaires se mettent en action.
Moins de trois minutes plus tard, à l'exception des personnes directement concernées, ainsi que des parents de Neia, la pièce a été vidée. La Blanche range alors son épée sacrée et retourne vite auprès de son amie, qui se replace dans son siège, aidée par Kelart. La reine a essayé d'apaiser les tensions mais, prise d'un vertige au moment de se lever, elle a manqué de chuter durement.
« Tu dois rentrer te reposer Calca. » Dit-elle en prenant son bras avec douceur pour la redresser. « Tu n'as pas besoin d'assister à ce procès sans importance. »
« Merci de ta prévoyance Remedios... » Commence la souveraine, d'une voix lourde de fatigue. « Mais je dois rester... »
Bien que les deux femmes soient amies, elles n'utilisent, d'ordinaire, jamais leur prénom en public. Question d'étiquette. Seul leur état d'esprit troublé et la fatigue, explique qu'elles ont oubliés d'agir en tant que Maître Paladin et Reine en cet instant.
Cette dernière souhaite plus que tout ne pas utiliser le peu de temps dont son royaume dispose actuellement, surtout pour ce genre de parodie de justice. Cependant, ayant déjà forcé la main des Haut-Archevêque, en les obligeant à tenir ce procès malgré tout, elle ne peut pas se défiler. Sous peine de voir le peu d'autorité qu'il lui reste encore disparaître.
Par l'intermédiaire de Kelart, elle a apprit que les quatre ont commencés à faire courir des rumeurs parmi les fidèles. Déclarant que cette guerre, pourtant très mal engagée, risquait de s'aggraver encore si le clergé ne recommençait pas, au plus vite, a recevoir de nouveau la taxe nécessaire pour effectuer les soins. Car les Grands Dieux ne toléreraient plus très longtemps de voir leurs tributs volontairement oubliés.
Ne pouvant pas supporter l'idée qu'une guerre civile, ne vienne affliger encore davantage son peuple, la jeune femme à la santé dangereusement déclinante essaye, bien qu'elle soit consciente que c'est un espoir naïf, de satisfaire tout le monde. Autant que faire se peut. Néanmoins, sa marge de manœuvre est devenue pratiquement inexistante. Ajoutant encore d'autres problèmes à une liste, qui ne peut malheureusement que continuer à s'allonger.
Ordonnant, avec réticence, à Isandro de poursuivre, le Nine Color s'exécute avec aussi peu d'envie que sa supérieure. Il jette un rapide coup d'œil à la personne aux centre du tribunal qui vacille par moment à cause de son état, mais qui reste malgré tout attentive, puis s'incline en direction du dernier des religieux.
« Monseigneur Csuter, vous avez la parole. » Dit-il poliment.
« Merci Sir Sanchez. » Répond poliment le Haut-Archevêque de l'Eau.
Celui qui est resté le plus composé et silencieux de ses pairs se lève et marche posément en direction de l'accusée, l'analysant du regard dans un étrange silence, après toutes les invectives précédentes. Une fois arrivé sur sa droite, il commence finalement à poser ses questions.
« Apprentie Baraja, vous dîtes avoir perdu la vie durant l'attaque dans les montagnes, exact ? » Elle acquiesce. « Pourtant, vous vous tenez devant nous, aussi vivante que quelqu'un puisse l'être. Comment l'expliquez-vous ? Car bien que certaines personnes bénies par les Dieux puissent ramener les morts à la vie, elles peuvent se compter sur les doigts d'une seule main pour l'intégralité du Continent. Je doute fort que l'une d'elles ne soit simplement passé par là, au moment même de votre décès. »
« Vous avez raison Monseigneur. » Confirme Neia, courtoise et calme, quoique fébrile. « Lady Nyx elle-même nous a redonnée vie, mes camarades et moi. »
« Qui est cette ''Lady Nyx'' ? » S'enquiert-il, curieux. « Existe-t-il un rapport entre votre mystérieuse bienfaitrice, ce fameux médaillon que vous portez, et le fait que vous avez déclaré que notre foi en les Quatre Grand Dieux est fausse ? »
« En vérité... Tout est lié Monseigneur. » Explique-t-elle. « Simplement... » Elle hésite sur les mots a employer. « Il s'agit d'une longue histoire. »
« Prenez le temps de nous la raconter dans ce cas. » Assure l'homme d'Église, toujours plus intéressé. « Nous sommes ici pour découvrir la vérité après tout. »
La jeune femme sent soudainement son amulette se mettre a chauffer. Cela ne dure qu'une dizaine de seconde, mais c'est bien assez pour qu'elle comprenne que ce n'est pas normal. Machinalement elle la saisit au travers de son maigre habit, tandis que son regard se vide. Il n'y a qu'une seule explication à ce phénomène : quelque chose de divin se trouve ici...
N'ayant pas eu le temps de réagir, et encore moins de voir arriver, la tête du messager vole si loin qu'elle rebondit deux fois contre les paroi de la grande hutte, où se trouvent tous les chefs des tribus Demi-Humaines, avant de finalement atterrir et rouler encore sur un petit mètre. Le corps s'effondre sur le sol, agité de soubresauts immondes, tandis que le meurtrier gronde d'une manière qui glace le sang à la quasi intégralité des personnes présentes.
« Vous n'êtes qu'une bande d'incapables faibles et lâches ! » S'exclame-t-il à l'intention des trois qui accompagnent sa récente victime. « Non seulement vous avez fuit, mais en plus vous n'avez aucune information à me donner ! »
Sur ces mots, il se jette sur eux, et les réduit en charpie avec une sauvagerie à effrayer même certains membre du public. Ce n'est qu'au bout d'une dizaine de seconde qu'il semble enfin se calmer. Faisant un grand geste pour se débarrasser du sang et des morceaux d'entrailles qui pendent de ses griffes, il éclabousse volontairement ceux qui viennent d'assister à ce grotesque spectacle.
Bien qu'ils soient dégoûtés, ils ne font pas un geste, ne disent pas un seul mot. Sous peine d'aller rejoindre les pauvres hères, qui n'étaient coupables que de porter des mauvaises nouvelles.
Lyakon retourne s'avachir sur son trône d'os et de peau, en fixant avec un mépris pas du tout dissimulé les faiblards qui l'entourent. Il prend une coupe à sa droite et en vide le contenu, un vin de mauvaise qualité, d'une seule gorgée. Il jette ensuite le contenant derrière lui et se penche en direction de ses ''sujets''.
« Rassemblez tout le monde, nous partons pour Hoburns immédiatement. » Ordonne-t-il, froid et menaçant. « Et cette fois, je vais m'occuper moi-même de l'attaque. » Annonce le [Lycanthrope Alpha]. « Tara ! »
À l'annonce de son nom, une [Arachne], une créature arachnéenne dont la tête est remplacée par la partie supérieure du corps d'une magnifique femme, descend d'un coin d'ombre en se tenant par un fil. Des ses huit yeux sans pupilles et sans paupières, elle fixe son maître avec un sourire amusé et cruel de prédateur.
Un frisson de dégoût imperceptible circule parmi les chefs de clan. La voir est un signe de mauvaise augure. Elle est aussi sadique et dépravée que lui est violent et brutal. Elle est responsable d'au moins une quinzaine de disparitions confirmées, et d'au moins le triple en suspectée. La seule fois ou elle a été prise en flagrant délit, elle était en train de dévorer vivant un Homme-Loup, tout en s'accouplant avec lui.
« À vos ordres Seigneur Lyakon. » Susurre-t-elle tout bas.
« Tu vas m'accompagner, je veux pas avoir à m'occuper des cafards qui vont grouiller sur les remparts. » Dit son maître, véhément.
« Avec joie. » Répond-t-elle, son sourire s'élargissant tellement que ses mandibules, d'ordinaires cachés à l'intérieur de sa bouche, deviennent visibles.
Là dessus, elle remonte se cacher en fredonnant quelque chose qui donne la chair de poule, à cause de son entrain particulièrement malsain. Le créateur de cette monstruosité se tourne alors vers sa seconde servante qui est restée silencieuse et détachée. Comme stout ce qui venait de se passer ne la concernait pas.
« Qu'en est-il du village de Horn, CC ? » Interroge-t-il, toujours renfrogné.
« Rien de nouveau Monseigneur. » Fait-elle, en s'inclinant, ses queues bougeant de manière hypnotique. « Ils n'ont toujours pas changé de point de vue. »
Il serre alors si fortement le bras de son trône que les os qui le compose craquent sous la pression. Un grondement plus que dangereux, accompagné du bruit de ses dents qui crissent les unes sur les autres, résonnent dans la hutte qui est une fois encore silencieuse. Au bout de quelques secondes, il finit par se calmer et relaxe sa musculature.
« Retourne les voir. » Ordonne Lyakon, une lueur sanguinaire dansant dans ses yeux. « Et dit leur que si jamais ils ne se soumettent pas, je les massacrerai tous en revenant. Jusqu'au dernier. Y compris les enfants et les vieillards. »
« Ce sera fait. »
Pourquoi a-t-il seulement accepté de leur laisser du temps pour commencer ? Il est vrai que leur meilleur guerrier a réussi à tenir un petite minute contre lui. Ce qui est un exploit remarquable, même s'il n'avait pas vraiment forcé. Mais au final, il sont plus faibles et donc ils doivent obéir. Rien de plus, rien de moins.
Tandis qu'il observe avec dédain les chefs de clan s'en aller précipitamment, une fois que CC a franchi le pas de la porte, il laisse échapper un petit rire sauvage. Ces inférieurs ont peur de lui et c'est toujours ainsi que ça doit être. Il ignore toujours comment il a pu passer de Yggdrasil à ce Nouveau Monde, mais il compte bien en profiter au maximum.
D'abord, il va conquérir chacun des pays de ce continent, et les autres après s'il y en a. Et lorsqu'il sera devenu le maître du monde, il profitera de touts les plaisirs possibles et imaginables qu'il pourra s'offrir.
De toute manière, il était sans doute le seul joueur connecté au moment de la fermeture du DMMO-RPG. Sa force est telle, comparée aux autres, que rien ni personne ne sera de taille à s'opposer à lui. Il régnera sans partage ni rival !
Après avoir terminé son long récit, qui s'est étendu jusqu'à leur départ de Vyrul, accompagné de plusieurs milliers de réfugiés, sur conseil de Seros. D'après lui, il est plus que probable que les Demi-Humains reviennent à la charge, toujours plus nombreux. Et cette fois, il est certain que celui qui les commande ne ferait pas l'erreur d'attirer l'attention de la Chasseresse. Touts ceux qui choisiraient de rester se condamnaient à mort à plus ou moins longue échéance.
Un grand nombre de personnes prirent la décision de les suivre. Certains par peur de mourir prochainement, d'autres dans l'espoir de simplement survivre à cette guerre, qui prenait de plus en plus l'air d'une extermination. En dernier, il y a ceux qui après avoir assisté aux miracles réalisés par la guerrière de la Régente du Seuil, ont décidés de renier les Quatre Grands Dieux qui restaient sourds à leurs prières les plus ferventes et sincères.
Neia a donc passés de longues heures à échanger avec les réfugiés, durant les arrêts nocturnes. Toutes les strates de la société étaient représentées : fermiers, soldats, bourgeois, et même certains prêtres. La plupart des questions ressemblaient davantage à des suppliques d'espoirs déguisées qu'autre chose. Mais plusieurs l'ont obligé à réfléchir longuement par la suite, lui faisant réaliser à quel point la tâche qu'elle a choisit d'honorer, est bien plus vaste que tout ce qu'elle avait imaginé.
Ce qui lui permet aujourd'hui d'être sereine. Plus que jamais, ses convictions sont fortes et la certitude de ne faire que ce qui doit être fait, ne la quitte plus.
Sans poser d'autres questions, ni la quitter du regard, le Haut-Archevêque de l'Eau retourne s'asseoir, l'air d'être satisfait. Cependant, ses homologues expriment, silencieusement, différents degrés de colère et de mépris. Le procès suit donc son cours.
Le Rose donne donc la parole à la prochaine concernée : Kelart Custodio, qui a écoutée avec une attention toute particulière l'intégralité de ce qui a été raconté par l'Apprentie Paladin. De nombreux points restent à éclaircir, néanmoins elle a désormais l'intime conviction que cette jeune femme ne ment pas. Elle n'est pas une vulgaire fabulatrice, ou une simple anarchiste. La foi qu'elle expose aujourd'hui est tout ce qu'il y a de plus réelle, sincère et profonde. Son regard perçant, au point d'en être dérangeant, si semblable à celui de son père, ne montre que l'honnêteté de celle qui ne craint pas de perdre la vie pour ce qu'elle croie.
« Neia Baraja. » Commence-t-elle sur un ton solennelle. « En premier lieu, il me faut vous demander : Comment êtes-vous certaine que celle que vous appelez ''Lady'', n'est pas un Démon, ou tout autre être vil de cette engeance, qui cherche à vous manipuler ? Que tout ce que vous avez vu et vécu, n'était qu'une mise en scène destinée à nous affaiblir de l'intérieur ? »
« Je n'ai que mon ressenti Prêtresse, j'en suis consciente. » Avoue l'accusée, sans honte et sans chercher à se voiler la face. « Mais je peux jurer de toute mon âme, que Lady Nyx n'est pas une vulgaire créature des ténèbres qui prend plaisir aux souffrances des mortels. » Assure-t-elle. Ce qui ne manque de provoquer de nombreuses réactions de dédain de la part de l'audience. « Lorsque pour la première fois, j'ai eu l'immense honneur de poser les yeux sur elle... » Elle tremble soudainement de la tête aux pieds pendant quelques secondes. « J'ai compris... Elle aurait pu me manipuler, faire de moi une marionnette, sans que je puisse résister de quelque façon que se soit. »
L'unique enfant de la famille Baraja saisit inconsciemment le présent qui lui a été offert dans sa main dominante. La chaleur qu'elle a subitement dégagée tout à l'heure s'est dissipée, ne laissant que cette sensation froide, et pourtant apaisante, contre sa peau. Bien qu'elle trouve étrange que la Chasseresse ne se soit pas manifestée, probablement pour une raison qui lui échappe, elle ne se sent pas réellement inquiète.
« Pourtant, en dépit de tout cela, elle a choisit de respecter ma liberté. Ce qui ne peut que venir d'un esprit d'une grande noblesse. » Continue-t-elle sur sa lancée. « Lors de l'assaut de Vyrul, son envoyée, Miss Septem, m'a de nouveau fait comprendre que l'Être Suprême que je sers désormais, est d'une grande générosité. »
« Vous obliger à porter le fardeau d'assister une de ces ''Chasseresses'', dans une poursuite mortelle contre des êtres qui dépassent votre entendement, peut être vu comme une torture, ou un châtiment disproportionné, en échange d'une simple vie, ne croyez-vous pas ? » Demande la religieuse, très sérieuse. « D'autant plus, si j'ai bien compris, qu'aucune récompense ne semble vous attendre une fois cette nouvelle existence terminée, que se soit par l'usure du temps, ou par les actions d'un de ces fameux renégats. » Dit-elle avec un geste de la main. « Vous ne trouvez pas cela injuste ? D'être traitée de la même manière que tout ceux qui ne font que vivre leur vie, sans se soucier de ces grandes forces qui nous entourent. »
« Non, aucunement. » Affirme Neia, pas du tout perturbée. « J'ai appris la vérité sur ce monde dans lequel je vis, tout comme je sais désormais ce qui m'attend une fois que mon temps ici bas sera écoulé. » Elle sourie avec une joie simple, presque enfantine. « Peu importe ce qui m'arrivera, mon âme trouvera le chemin vers une nouvelle existence. » Elle regarde le ciel au travers d'une des grande fenêtre. « Savoir que je continuerai à exister, même après avoir tout oublié de ce qu'il s'est passé auparavant, me réconforte. » Elle fixe les Haut-Archevêques avec un air indéchiffrable. « Car après tout, peut-être est-ce la millième, dix-millième, voir peut-être cent-millième fois que mon âme se réincarne ? Et à chaque fois, Lady Nyx a été là pour veiller à ce qu'elle trouve le chemin vers l'Au-Delà. » Une courte pause. « Existe-t-il quelque chose de plus réconfortant, que de savoir qu'un Être Suprême d'une si grande magnanimité, accompli ce miracle depuis la nuit des temps ? »
Le silence s'installe. Aussi bien Kelart que la Reine Calca sont vraiment impressionnée de voir à quel point elle est pieuse, et pourtant respectueuse. Malgré qu'elle fasse comprendre ouvertement ne plus suivre la voie des Quatre Grands Dieux, elle n'a pas la moindre parole irrespectueuse envers eux. Ou ceux qui en suivent les enseignements. Toute sa façon de présenter, ou voir, la déesse qu'elle sert avec dévotion, est humble et emplie d'une admiration sans limites, sans le moindre mépris ni dédain l'entachant. Si elle adhérait encore aux précepte de leur Église, elle pourrait prétendre au titre de Sainte, sans aucun doute.
« Pourquoi appelez-vous la déesse que vous servez ''Être Suprême'' ? » Interroge la Prêtresse, pensive. « Est-ce une désignation que vous lui donnez à titre personnel ? »
« Non, votre Éminence. » Répond Neia en bougeant légèrement pour soulager ses membres endoloris qui lui demande de se reposer. « L'Être qui a le premier réagi à ma présence dans les Limbes, le Collecteur, l'a nommée ainsi. Je ne fais que l'employer à mon tour. »
« Cela implique-t-il que cette ''Lady Nyx'' compte parmi les plus puissantes divinités qui existent ? » Continue Kelart sur le même ton.
« Je le suppose. » Avoue l'Apprentie Paladin. « Je ne peux en apporter aucune preuve cependant. »
Une nouvelle fois, plus personne ne dit rien et la salle reste aussi calme qu'une prison vide. Cependant, trois des Archevêques, ainsi que Remedios, commencent vraiment à perdre patience.
Les Religieux par ce qu'ils sont toujours convaincus que ce n'est qu'une hérétique, qui ne mérite pas que l'on s'attarde sur son histoire invraisemblable. Par ce qu'il s'agit d'une insulte envers les Quatre Grands Dieux. Ce qui est impardonnable. Et pour montrer leur désaccord, ils vont exiger que l'exemption de taxe soit levée aussitôt cette farce terminée.
Quant au Maître Paladin, elle se demande pourquoi sa sœur tient absolument à en apprendre plus. Que toute cette histoire soit véridique ou non, il est évident que cette ''Nyx'' ne va pas leur porter assistance comme ils en auraient vraiment besoin. Car peu importe qu'un Dieu, ou autre Démon, dirige les Demi-Humains, ces derniers ne vont pas s'arrêter juste par ce que leur leader va disparaître. Ils ont déjà bien trop avancés dans leur territoire pour reculer. D'autant plus que le Grand Mur ne les protège plus maintenant.
« Comment pensez-vous que votre protectrice voit les humains ? » Questionne Kelart, avec le plus grand sérieux.
« En toute honnêteté... Il m'est difficile de vous répondre... » Reconnaît la jeune femme. « Son ressenti de ce monde être impossible à comparer avec le nôtre. » Une courte pause. « Mais voilà ce que je pense en mon for intérieur : Lady Nyx ne veut rien attendre des mortels. »
Des ricanements méprisants résonnent dans la pièce, tandis que certains sont profondément choqués d'entendre une telle réponse. Surtout ses parents. Que veut-elle dire par là ? Que cette déesse n'a que faire de l'existence de ceux qui lui sont inférieurs ? Cela ne contredit-il pas absolument tout ce qu'elle clamait il y a quelques minutes encore ?
« Pourriez-vous expliciter votre propos ? » Demande la Grande Prêtresse, troublée elle aussi. « Cette affirmation ne concorde pas avec vos dires précédents. »
« Pardonnez moi. » S'excuse-t-elle poliment. « C'est juste que je ne suis pas certaine de savoir comment l'expliquer simplement. » Admet-elle. « Je crois que pour Lady Nyx, il n'existe rien de plus important que son rôle en tant que Gardienne. » Elle pose sa main à l'endroit où se trouve la preuve de son contrat. « Les mortels, quels qu'ils soient, n'ont pas à subir l'influence des êtres semblables à elle. De même que ceux qui nous sont si supérieurs ne devraient pas se permettre d'intervenir dans notre plan d'existence. Que se soit pour des raison égoïstes ou nobles n'a pas d'importance. »
« En somme, la déesse que vous prétendez servir, ne désire que nous voir nous débattre, impuissants face aux aléas de notre monde, afin de préserver sa pitoyable idée de ce que les choses devraient être. » Se moque grossièrement le Haut-Archevêque Ghulay. « Je suis prêt à parier ma propre âme, qu'elle n'est rien d'autre qu'un vulgaire rebut qui se cache dans un recoin obscur, pour ne pas avoir à subir le courroux des Quatre Grands Dieux ! »
« Monseigneur ! » S'exclame Isandro Sanchez. « Veuillez respecter l'ordre ! »
« Silence ! » Réplique celui-ci, véhément. « Nous n'avons... »
L'interpellé se fige en plein milieu de sa phrase, soudain prit d'une horrible sensation qu'il ne parvient pas à expliquer. Comme si un millier d'insectes s'étaient subitement mis à grouiller à même sa peau. Mais on dirait que personne ne le remarque, puisque tous sont plus ou moins outrés de le voir agir de la sorte. Ils pensent simplement qu'il vient juste de réaliser ce qu'il a fait.
« Haut-Archevêque Ghulay. » Dit la Grande Prêtresse d'une voix calme, mais on ne peut plus glacée et menaçante. « Êtes-vous en train de défier les lois que vous représentez ? »
« N... Non... Je... » Bredouille-t-il. « Veuillez m'excuser... »
Là dessus, il se rassoie, en jetant des coups d'œil nerveux un peu partout. Mais aussi bien lui, que le reste des personnes présentes, n'ont pu apercevoir l'ombre de Neia Baraja se distordre subrepticement lorsqu'il a insulté ouvertement l'Être Suprême. En revanche, le regard vide de toute émotion de l'accusée, lui donne l'impression qu'elle est en train de le juger. Et cela le met, étrangement, encore plus mal à l'aise que tout le reste.
L'Apprentie Paladin en question a, par ailleurs, manquée de peu de répliquer avec autant de véhémence que le religieux, mais n'en a pas eue le temps. Elle a sentit, elle ignore comment, que quelque chose était à l'œuvre. Il n'y avait donc pas besoin qu'elle intervienne. Elle se replace donc une nouvelle fois de façon à réduire la douleur lancinante, qui parcoure l'ensemble de son corps. S'être crispée sur le pupitre à cause des injures de l'homme d'église, n'a pas arrangé son état déjà précaire.
« Vous pouvez continuer. » Reprend alors poliment Kelart. « Vous disiez que celle que vous servez suivait une règle de non ingérence stricte ? »
« C'est ce que je crois, tout du moins. » Confirme la jeune femme, d'une voix qui est de plus en plus teintée par la fatigue. « Lady Nyx n'attend rien de nous, par ce que c'est ainsi que les choses doivent être. Nous naissons, nous vivons nos vies, puis nous mourons, avant de tout reprendre de zéro une nouvelle fois. Le tout, en étant seuls maîtres et seuls responsables de nos actions. »
« Une perspective des plus plaisantes, il faut le reconnaître. » Avoue la Religieuse. « Néanmoins, puisque cette notion semble si importante à ses yeux, comment expliquer votre situation ? Pourquoi a-t-elle si soudainement décidé de changer sa façon d'opérer ? » Demande-t-elle, sur un ton montrant qu'elle n'est pas convaincue.
Pabel et Mara voient leur unique enfant, pour la première fois depuis le début de cette audience, être en proie à ce qui ressemble au doute. Depuis un long moment, sa main ne quittait pas la position de son amulette sur sa poitrine, mais cette fois elle la serre avec force. Comme si elle voulait cacher quelque chose. Elle ferme son unique œil valide et reste silencieuse, tandis que le même trio habituel de Haut-Archevêque, laissent apparaître des sourires victorieux plein d'orgueil.
« Je vous demande humblement de pardonner à votre servante ses paroles Lady Nyx. » Dit-elle soudainement après avoir prit une légère inspiration.
Elle rouvre son oeil, posant sur ses observateurs, un regard dont la détermination ne laisse personne indifférent.
« Au départ, imbécile que j'étais, j'ai osée penser que l'Être Suprême était lassée de toujours devoir subir les conséquences des actions de ses semblables. » Avoue-t-elle, sans le moindre détour. La colère contre elle-même omniprésente dans sa voix « Puis avec le temps, j'ai réalisé, qu'en vérité, Lady Nyx n'a choisit de passer outre cette si importante règle, que pour être sûre que les actes répréhensibles contre lesquels elle ne peut agir en personne, soient puni comme il se doit. » Une courte pause. « Peut-être a-t-elle choisit une simple humaine telle que moi, dans le but de nous prévenir nous simples mortels, et par la même occasion, mettre en garde les transgresseurs : Ils ne sont pas hors de son atteinte, même ici-bas. »
Il y a quelques secondes de battement, puis la Prêtresse annonce sobrement qu'elle n'a plus aucune question à poser. Elle retourne s'asseoir, pensive et, bien qu'elle ne puisse l'admettre, perplexe. Quelque chose dans le discours qu'elle vient d'entendre la laisse avec un léger, mais perceptible, malaise. Sans pour autant discerner le pourquoi.
Le Rose s'incline avec politesse en direction de la Reine, en lui donnant le champ-libre. Celle-ci prend donc la parole sans se lever de son siège. Non pas mépris, ou pour montrer une certaine autorité, mais simplement par ce qu'elle sait que si jamais elle se redresse, ses jambes seront incapables de la porter plus d'un court instant. Et s'effondrer devant les Haut-Archevêques serait source de bien trop de complications.
« Apprentie Baraja, » commence la souveraine en faisant un effort coûteux, pour que sa voix ne soit pas celle d'une personne agonisante. « En admettant que votre récit soit vrai, » Poursuit-elle en prenant la précaution de ne pas provoquer inutilement les religieux. « Êtes-vous certaine que votre bienfaitrice vous aurait laissé poursuivre votre route, dans le cas ou vous auriez refusé son offre ? »
« Sans le moindre doute, Votre Majesté. » Assure Neia sans hésitation.
« Pourquoi avez-vous choisit de revenir dans ce cas ? » Interroge Calca, incrédule. « Vous avez dû comprendre presque aussitôt, que jamais vous ne pourriez transmettre ce message. » Dit-elle. « Vous vous seriez heurté trop rapidement à notre Église, et vous vous seriez retrouvée dans cette situation qui est la votre maintenant, au mieux quelques jours après vos premiers prêches. »
« Mes camarades et moi avons abordés ce sujet je ne sais plus combien de fois. » Raconte l'Apprentie Paladin avec un sourire triste. « Jamais nous n'avons réussi à nous mettre d'accord, et encore moins trouver la meilleure voie à suivre. » Elle tourne la tête vers ses parents. « Puis, lorsque nous avons vu les Demi-Humains marcher en direction de Vyrul, nous nous sommes concertés : La mission qui m'avait été confiée était de la plus haute importance, mais nous ne pouvions pas abandonner tant de nos concitoyens. »
Elle fixe de nouveau la Reine.
« Avons-vous pris la bonne décision ? Oui, je le pense toujours. Tout comme je reste convaincu que Lady Nyx savait que nous agirions ainsi. » Elle ferme son unique œil valide. « Lorsque je lui serai présenté de nouveau, passera-t-elle jugement sur mes actions ? Me félicitera-t-elle ? Me punira-t-elle ? Je ne saurai le dire. » Elle vacille légèrement, avant de se raccrocher au pupitre. « Ultimement, cela n'a aucune importance. Je suis à son service par ce que je ne peux imaginer plus grand honneur, ni plus grande joie. Savoir que j'ai été, même si cela n'a été que pour une durée insignifiante, la subordonnée d'une personne dont la force, la compassion et l'intelligence dépasse de loin tout ce que je croyais possible, me donne pleine et entière satisfaction. »
Plus un bruit ne se fait entendre, si l'on passe les soufflements de mépris des Haut-Archevêques de la Terre, du Feu et du Vent, ainsi que le cliquetis métallique des gantelets de Remedios sur le pommeau de son épée.
Encore une fois, Calca et Kelart ne savent quoi penser d'une telle foi. Peu importe le châtiment qui peut lui être infligé, peu importe les tortures qu'elle subira, elle mourra avant de renier sa nouvelle déité.
Pabel et Mara ne ressentent que de la fierté pour leur fille. En si peu de temps, elle a su devenir une magnifique jeune femme forte et déterminée, sans pour autant oublier le sens de son devoir envers les gens de son pays.
Même Le Rose l'observe désormais avec un respect des plus sincère. Pourquoi est-ce une adolescente, qui vaut déjà mieux que certains dignitaires bien plus âgés de leur royaume, qui se tient ici pour être jugée dans des conditions aussi indignes ?
« Isandro ! » Interpelle sa supérieure, sa patience se tarissant de plus en plus.
« Pardon Capitaine ! » S'exclame l'interpellé, honteux d'avoir perdu le fil de cette manière. « Vous avec la parole. »
« Inutile. » Rétorque-t-elle aussitôt, glaciale. « Nous n'avons pas le temps pour ça. Cette guerre ne va pas se gagner toute seule ! »
Un soupir inaudible passe les lèvres de sa cadette. D'ordinaire, elle accepte avec bonne grâce de couvrir les ratés de sa sœur aînée, lui permettant même de l'utiliser comme bouc émissaire si besoin. Mais cette fois, ses défauts, à savoir son manque de jugement et de considération, commencent à devenir ingérable. Après tout, en dépit de la magnifique volonté de Calca, épaulée par sa sœur, de ne pas user de moyens sournois pour gouverner, la réalité est tout autre. Mais pour le bien de tout le monde, elle accepte d'être salie, et de se salir elle-même, si besoin.
Elle la première, reconnaît que nul au sein du Saint Royaume de Roble ne lui arrive à la cheville en terme de prouesses martiales. Sa vie entière à passer à s'entraîner ayant porté ses fruits. Malheureusement, conséquence de cette vision rigide et monodirectionnelle, elle est incapable d'assurer le moindre commandement efficacement. Ses capacités stratégiques sont également inexistantes, passé celles dans le cadre d'un duel. Malheureusement, la seule valeur qu'elle puisse apporter, celle de la force brute, est pratiquement sans valeur dans la situation où ils se trouvent.
« Très bien. » Fait le Nine Color, ayant du mal à cacher sa déception, d'une voix protocolaire. « Nous allons donc procéder au rendu du verdict. » Il fait un geste large en direction des votants. « Que ceux et celles qui déclarent Neia Baraja, coupable des accusations de sédition et d'hérésie, se lèvent. »
D'une façon aussi tristement prévisible que grotesque, le trio de Religieux se lèvent si vite qu'on dirait qu'ils viennent de bondir. Il y a instant de battement, durant lequel les parents de la jeune femme sentent un espoir fou naître en eux, pendant lequel personne ne suit le mouvement. Puis le dernier Haut-Archevêque se dresse avec une horrible lenteur.
Pabel et Mara ont l'impression qu'un couteau vient de se planter dans leur cœur. Et tandis que lui ne peut s'empêcher de laisser quelques larmes rouler sur ses joues, son épouse serre si fort sa main à cause de la rage qu'elle va finir par le blesser si cela dure trop longtemps.
De leur côté, ni la Reine, ni la Prêtresse n'esquissent le moindre mouvement, car même dans l'improbable cas ou Remedios choisirait de se ranger leur côté, elles n'obtiendront pas la majorité. Ce qui laisse un goût amer dans la bouche des deux femmes. La première par ce qu'elle sait qu'elle condamne quelqu'un qui est innocent de mauvaises volontés et actes, juste par ce qu'elle ne peut faire autrement. La seconde, par ce que tout ceci lui donne l'impression qu'ils sont en train de commettre, de bien des manières, une erreur fatale.
« Neia Baraja... » Reprend donc Sanchez, avec l'impression que chaque mot lui coûte physiquement, « Vous avez été jugée et reconnue coupable. » Il s'arrête, réticent à prononcer le reste de la phrase l'espace d'une seconde. « Demain, lorsque le soleil sera à son zénith, vous serez brûlée en place publique, en compagnie de tous ceux qui ont choisis de vous suivre. Puisse les Quatre Grands Dieux vous pardonner. » Termine-t-il, par pur automatisme.
« Pouvez-vous accorder la grâce à mes comp... » Demande l'Apprentie Paladin, son œil s'ouvrant précipitamment, essayant de leur épargner son sort.
« Silence sorcière ! » Interrompt brutalement Ghulay, froid et sans pitié. « Vous brûlerez tous pour l'éternité pour vos péchés ! » Il se tourne vers la porte. « Gardes ! » Aboie-t-il, autoritaire. « Qu'on remmène cette hérétique au cachot ! Sa seule présence nous souille ! »
Avec un entrain des plus déplaisants, les deux soldats qui l'ont traîné jusqu'ici entrent dans la pièce et se dirigent vers elle. Elle n'a que le temps d'adresser un dernier sourire, ainsi qu'un merci silencieux, à ses parents avant d'être sauvagement plaquée sur le sol et d'être ligoté à nouveau. Le tout sans que la Reine ne puisse l'empêcher à cause du vertige qui vient de s'abattre sur elle, et menace de lui faire perdre connaissance, tandis que Le Rose doit calmer le Haut-Archevêque qui ne cesse de hurler tel un animal enragé.
Une fois dans le calme de son cabinet privé, Csuter ferme la porte derrière lui et verrouille à double tour. Il tire les rideaux pour bloquer la vue a un éventuel espion, puis se dirige vers son bureau. Passant la main sur le panneau dos au mur, il enclenche le mécanisme qui fait apparaître le compartiment secret situé dans un des épais pieds.
Il prend l'un des quatre parchemins situé dans le fond de cette cachette, puis il la dissimule de nouveau. Il est urgent de faire un rapport à son Seigneur. Surtout après les événements d'aujourd'hui. Jetant le morceau de papier soigneusement roulé dans les airs avec un geste nonchalant, il s'agenouille avec respect en même temps qu'il murmure :
« [Message]. »
Un tintement caractéristique résonne dans ses oreilles, tandis qu'il s'émerveille de nouveau, de l'incroyable praticité de ces parchemins. Il n'y a bien que les Dieux pour créer de tels artefacts.
« Je croyais vous avoir dit de n'utiliser les [Message Scrolls] qu'en cas d'urgence, Arlim. » Fait une voix froide, autoritaire et menaçante dans sa tête. « J'espère pour vous, que vous ne me dérangez pas pour la même minable raison que la dernière fois. »
« Je vous présente mes plus plates excuses Lord Sanctus. » Répond le Religieux, sentant un frisson secouer tout son être. « Je pense avoir trouvée la trace d'une déesse, voilà pourquoi je me suis permis de vous contacter. »
« Dites m'en plus. » Dit le Joueur, après une courte seconde sans réagir.
Le Haut-Archevêque lui raconte alors ce qu'il s'est produit durant les dernières soixante douze heures. Prenant un soin particulier à rapporter mot pour mot, les conversations qui ont eues lieu pendant le procès. Ce qui dure pratiquement trente minutes. Une fois son récit terminé, le [Haut-Templier], prend la parole.
« Je reconnais la logique de votre raisonnement. » Admet-il sur le ton de la conversation. « Et je vais agir en conséquence, néanmoins, auriez-vous d'autres preuves qui étayent votre hypothèse ? Se baser uniquement là-dessus reste trop léger. »
« Au début de mon propre interrogatoire, j'ai utilisé discrètement l'artefact contenant le sort [Scale Of Truth], que vous m'aviez confié Milord. » Révèle l'homme, en baissant de nouveau la tête. « La propre amulette qu'elle portait l'en a protégé complètement. »
Celui qui tire les ficelles de la rébellion du Sud est pensif. D'une part, il est énervé que cet imbécile se soit servi aussi imprudemment d'un objet important tel que [Scale Of Truth], de l'autre côté, si cette Neia a reçu un objet la protégeant contre un sort de contrôle mental de [Tier 9], cela signifie que sa propriétaire originale n'est pas aussi impulsive que le crétin dégénéré, qui commande l'armée de Demi-Humains en train de tout ravager sur son passage dans le Nord.
« Je vous recontacterai demain au coucher du soleil. Soyez là en temps et en heures. » Ordonne-t-il, sec et peu amène.
« Il en sera fait selon vos désirs Lord Sanctus. » Assure son serviteur.
« Et bien que je vous pardonne votre impulsivité, par ce que vous m'avez apporté des renseignements importants, je vais vous mettre en garde pour la dernière fois. » Une pause menaçante. « Si vous n'êtes pas capable d'agir avec sang-froid et discernement, je me passerai de vos services. »
Là-dessus, il coupe la conversation et Csuter a l'impression qu'une main invisible compresse son cœur et sa cage thoracique, l'empêchant de respirer. Cela ne dure que quelques secondes, mais quand il peut enfin prendre une grande bouffée d'air, il se rend compte qu'il est trempé de sueurs froides.
Se relevant avec une grande difficulté, à cause de ses jambes tremblantes qui semblent incapables de supporter son propre poids, il s'appuie sur la chaise la plus proche et s'assoie dans cette dernière dans un effort disproportionné, pour la simple tâche dont il s'agit.
Prenant le temps de faire du tri dans ses pensées, il jure intérieurement de redoubler, une fois encore, de prudence à partir de demain. Par dessus tout, après avoir vu de ses propres yeux les prodiges dont le Dieu, qui vient de descendre dans ce monde, est capable, il veut plus que tout le servir pour éviter la damnation éternelle qui surviendrait immanquablement, si jamais il venait à faillir à la mission qui lui a été confiée.
Seule dans sa chambre, assisse dans une position qui illustre parfaitement sa faiblesse physique, Calca observe le ciel nocturne en continuant envers et contre tout a prier les Quatre Grands Dieux. D'ordinaire elle aurait choisit de se mettre à genoux pour leur adresser ses souhaits, mais elle sait que si jamais elle force trop, elle sera incapable de revenir dans son lit par la suite. Ainsi, en dépit qu'elle sache parfaitement, que cette action soit à la limite de l'insulte elle choisit de préserver ses forces autant que possible.
« Grands Dieux, votre humble servante vous demande de tout son être de sauver mon peuple, de sauver vos ouailles. » Implore-t-elle, le désespoir devenant, jour après jour, de plus en plus perceptible dans sa façon de s'adresser à eux. « Ayez pitié, Ô Grands Dieux, vos fidèles ne peuvent supporter une telle épreuve, nous ne sommes que des humains. » Elle tend les mains vers les étoiles. « Montrez nous la voie, je vous en supplie. »
Pendant plus d'une heure, agissant au contraire du simple bon sens, elle continue sa longue tirade solitaire. Ignorant la douleur qui s'accumule toujours plus vite des membres, ignorant sa gorge qui la brûle, ses poumons qui peinent de plus en plus à suivre la cadence de paroles qu'elle s'impose, les vertiges qui ne font qu'augmenter en intensité, le vent froid qui se lève et les nuages sombres qui cachent bientôt la lueur de la lune. Elle poursuit inlassablement son appel à l'aide.
Ce n'est que lorsque la pluie commence à tomber, que Calca s'arrête enfin. Les quelques gouttes sporadique font bientôt place à une averse glacée, tandis que la Reine perd ce qu'il lui reste de volonté. Les yeux fixés sur le dallage froid, elle s'affaisse et doit se rattraper avec ses deux bras.
Une courte minute passe ainsi, puis soudainement emporté par la frustration, l'amertume et un dégoût qui ne faisaient que s'accumuler depuis trop longtemps, elle se redresse avec une vivacité impossible à imaginer il y a encore une seconde. Debout, les yeux de nouveau levés vers le ciel désormais grisâtre, elle laisse sa rage éclater.
« POURQUOI !? » Hurle-t-elle avec violence. « POURQUOI RESTEZ VOUS SOURDS À TOUS NOS APPELS À L'AIDE !? QU'AVONS NOUS FAIT POUR MÉRITER UN TEL CHÂTIMENT !? »
Aucune réponse ne vient, de quelque façon que se soit. S'emportant complètement, elle se met à faire volte-face de gauche à droite frénétiquement plusieurs fois de suite, comme si cela allait lui permettre d'être entendu.
« QU'ATTENDEZ-VOUS DE NOUS !? DE MOI !? CELA VOUS AMUSE-T-IL DE NOUS REGARDER NOUS DÉBATTRE DE CETTE MANIÈRE !? POURQUOI TANT DE SOUFFRANCES !? EST-CE NOTRE MORT QUE VOUS DÉSIREZ !? »
Toutes les paroles de Neia ne cessent de la hanter sans arrêt depuis qu'elle les a entendues. Pour la première fois depuis qu'elle suit la foi de son Royaume, elle se sent désemparée, abandonnée. Sans rien pour la soutenir spirituellement.
« EST-DONC LA VÉRITÉ !? QUE VOUS N'ÊTES RIEN D'AUTRE QUE DE VULGAIRES MALFRATS QUI ONT ENFREINTS LES LOIS DIVINES !? QUE TOUTES LES PROMESSES, TOUTES LES MISES EN GARDE QUE VOUS NOUS AVEZ FAITES, NE SONT QUE MENSONGES !? »
Complètement emportée par l'épuisement aussi bien mental que physique, elle continue à crier et crier encore, dans l'incapacité de s'arrêter.
« RÉPONDEZ MOI ! » Ordonne-t-elle, véhémente, après plusieurs autres questions sans réponses.
Hormis le bruit constant de la pluie qui s'abat, rien ne parvient à ses oreilles. Elle tend alors un poing rageur en direction des nuages.
« SOYEZ MAUDITS ! TOUS AUTANT QUE VOUS ÊTES ! JE VOUS MÉPRISE ! JE VOUS... VOU... V... Vous... V... Re... »
Emporté par un vertige qui a finit par prendre le dessus, elle se met à tituber, telle une marionnette désarticulée, perdant subitement toute son énergie. Avec l'impression qu'on vient de lui enfoncer des morceaux de verres dans la gorge, elle ne peut retenir une quinte de toux dont le seul son est déjà plus que douloureux.
Avec horreur, elle sent sa conscience chanceler dangereusement sans qu'elle puisse l'empêcher. Et la dernière chose que ses yeux troublés lui permettent de voir, se sont ses propres mains recouvertes du sang qu'elle vient de cracher.
Puis viennent les ténèbres, une impression de chute, un choc violent. Et plus rien.
La Reine ne sera retrouvée que le lendemain par ses domestiques. Effondrée sur le balcon, inconsciente, brûlante de fièvre, et sa robe, teintée de son propre sang, encore détrempée par l'averse de la nuit précédente.
Fin du Chapitre 13 !
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.
