Bonjour tout le monde !

Voilà le chapitre 11 !

Bonne lecture !


Rias Gremory observe sa pièce la plus récente avec à la fois intérêt, inquiétude et une certaine perplexité. Ce dernier est en train d'atterrir à la fin de son vol plané et glisse sur le parquet de la salle du club de kendo. Il s'arrête au bout de quelques mètres et reste au sol, recroquevillé et le souffle coupé.

« Non, non, non, mon disciple ! » S'exclame Sanzang sur un ton assez enfantin. « Ce n'est pas comme cela que tu dois faire ! » Elle tape de son bâton sur le sol. « Il faut que ta respiration soit dynamique même lorsque tu la retiens. C'est la clé de la défense lors d'un combat à mains nues. »

« Peut-être que si elle avait frappée moins fort... ? » Se hasarde Kiba sans vraiment s'adresser à quelqu'un en particulier.

Koneko acquiesce d'un hochement de tête accompagné d'un petit bruit d'approbation. Akeno est en train de glousser sans se retenir.

« Ufufu. J'en suis toute émoustillée. » Affirme-t-elle avec son célèbre sourire sadique. « Qui aurait cru que nous serions si compatible lui et moi. »

« Est-ce mon amie ou la Reine qui parle ? » Dit Rias avec un certain détachement sans quitter Arthur des yeux. « Puisque je doute qu'il soit masochiste. »

« Tout va bien sempai ? » Demande Mash qui est en train de se mettre à genoux près de lui, inquiète.

« Comme... Sur... Des roulettes... » Répond-t-il entre chaque bouffée d'air, sarcastique. « J'ai... L'impression... D'avoir été... heurté... Par un... Bulldozer... »

Je la vois sourire timidement malgré son inquiétude. Elle doit se dire que si je fais de l'humour, ça ne doit pas être si douloureux. Ce qui n'est pas forcément vrai. J'ai déjà reçu des coups plus violents que ça, c'est vrai. Mais là je peux mettre à cette chère moniale un 9/10 pour la force de frappe. Et encore elle n'est pas sérieuse... C'est dire...

« On... Recommence... » Je fais entre mes dents en me relevant, tremblant comme une feuille.

« C'est ça l'esprit ! » Me félicite-t-elle avec un grand sourire idiot qui me dit que je vais encore en prendre plein le buffet.

La fameuse guerrière celtique observe sans aucune réaction son ''Master'' voler de nouveau au travers de la pièce. Elle est partagé entre la satisfaction et la frustration.

Il est rare de croiser des gens tel que lui à son âge. Il a déjà le mental d'un guerrier et un corps forgé par l'effort. Un vraiment diamant brut en quelque sorte. Malheureusement, à l'heure actuel, il gâche son talent naturel. Purement et simplement.

En fait il est à l'image de tout ce groupe de démon : Tant de potentiel à explorer... Et pourtant ils n'ont pas la moindre idée de comment le développer efficacement. À ce rythme là, il faudra des siècles pour qu'ils arrivent enfin à un niveau convenable. Alors que cela pourrait être réalisé en moins de deux décennies.

Elle se concentre de nouveau sur le jeune homme qui se relève encore une fois. À la façon dont il se tient, sa respiration doit être difficile. Ce qui veut dire que sa force physique et sa concentration ne sont pas optimales. Sans compter la douleur. Il a peu de chances de réussir maintenant, pas plus que les autres fois.

Au moment ou le coup porte, les deux femmes remarquent quelque chose. Il semble avoir encaissé beaucoup mieux. Il recule de plus d'un mètre mais reste debout. Il se tient le ventre et tremble toujours à cause de la douleur mais il a tenu le choc. Son sourire forcé mais victorieux en dit long.

« Encore... Une fois... S'il... Vous plaît... » Demande-t-il, plus décidé que jamais.

Un très léger sourire se forme sur les lèvres de la lancière. Mais avec le masque, cela passe inaperçu. Durant toutes les années pendant lesquelles elle a combattue, puis enseignée, seul un tout petit nombre de guerriers, dénombrable sur les doigts d'une seule main parmi des milliers, on fait preuve d'une capacité d'apprentissage et d'adaptation aussi rapide. Cu Chulainn était l'un d'entre eux.


Sanzang se sent comme sur un petit nuage, sans mauvais jeu de mots. Durant ses voyages et ses années passées à enseigner les Voies du Bouddha, elle a connue bien des disciples. Certains se sont montrés brillant, d'autres décevants, d'autres encore, carrément malfaisants. Pourtant elle les considère tous comme des trésors, car chacun d'eux lui ont apportés quelque chose. Tandis qu'eux en apprenaient plus sur ce monde qui les entoure.

Ce jeune homme lui fait retrouver la joie de ceux qui profitent du chemin. Son esprit est bon et chaleureux mais prudent et réfléchit. Pour lui, les obstacles sont autant d'occasions d'apprendre et de se dépasser. L'échec est aussi une victoire en soi. Ce sont les hommes qui pensent ainsi qui sont les plus proches de la voie de l'illumination.

Il sait utiliser son corps en parallèle et en équilibre avec son esprit. Trop de personnes pensent à tort que cet équilibre se trouve dans les plateaux de la balance. Pourtant il se situe dans le mouvement perpétuel du fléau qui repose sur le pivot.

Le fait qu'il ait trouvé le sens de sa phrase tout seul, au bout de seulement quelques minutes, le prouve. Il faut utiliser l'air contenu dans les poumons pour amortir le choc en se servant de la force de la dilatation et de la compression. C'est excessivement difficile pour des gens qui n'ont pas l'habitude de maîtriser leur respiration. Et encore plus pour ceux qui ont déjà pris des habitudes. Comme lui qui a longtemps pratiqué les arts martiaux.

Pourtant il a réussi à réécrire cet automatisme, en se servant de la sensation physique de son corps au moment de l'impact. Tandis que son esprit analysait inconsciemment le coup une fois celui-ci encaissé. Puis un nouveau réflexe a émergé, petit à petit. Le corps et l'esprit se renvoyant ainsi la balle continuellement. Tel le mouvement perpétuel du fléau de la balance.

Un autre coup part dans l'estomac de Arthur et il l'encaisse de la même manière qu'avant. Il tombe quand même à genoux à cause de la fatigue et de la douleur cumulée. La moniale lui laisse donc une pause de quelques minutes. Tandis que Mash lui tend un peu d'eau, Rias se tourne vers la seule personne qui est restée silencieuse.

« Vous n'avez rien dit depuis tout à l'heure Miss Uanaind. » Fait la démone avec curiosité. « Il y a un problème ? »

« La première étape d'un apprentissage est l'observation. » Répond Scàthach sur le ton de la conversation. « Étape bien plus aisément réalisable dans le silence. » Termine-t-elle, à la fois détachée et hautaine.

Kiba sourie de façon un peu forcé tandis que Rias sourcille. Elle n'a pas l'habitude de se faire envoyer balader. Ce qui fait glousser sa vice-présidente et coupe Koneko dans sa bouchée.

Poussant un soupir imperceptible, la démone aux cheveux rouges ne cherche même pas à se lancer dans une conversation probablement inutile. D'ordinaire elle se sert de son statut d'être surnaturel pour, d'une certaine façon, s'imposer. Mais elle sait que ça ne marchera pas avec les deux héroïnes que Arthur a invoqué. Elle se souvient d'ailleurs de sa surprise lorsqu'elle les a découvert, le soir même ou son Pion a reprit conscience.


Tout le club de recherches occultes se matérialise au milieu du salon. C'est la fin d'après-midi et la journée de lycée vient à peine de se finir. Sur une banquette se trouve le jeune homme qui cause tant de soucis à Rias. Il a des poches sous les yeux, les cheveux en bataille et il est pâle de fatigue. Il sourie légèrement en les voyant arriver.

« Boujour tout le monde. » Dit-il d'une petite voix.

« Bonjour Arthur. » Répond Rias en s'approchant nonchalamment. « Comment te sens-tu ? »

« Sur les rotules... » Avoue-t-il. « Mais sinon ça va. »

« Dans ce cas, » Elle prend un air autoritaire et s'assoie en face de lui. « Peux-tu nous expliquer ce qu'il s'est passé ? »

« Fu, fu, fu... » Glousse silencieusement Akeno. « Elle est en colère. » Ajoute-t-elle tout bas.

Koneko hoche la tête pour acquiescer et Kiba sourie de manière compatissante. Leur maîtresse peut-être vraiment terrifiante dans ce genre de cas.

Au bout d'un quart d'heure durant lequel seul Arthur parle, les démons en savent autant que lui. À un seul détail près. Ou deux, pour être plus exact.

« Peux-tu nous présenter les deux Servants que tu as invoqué s'il te plaît ? » Demande la présidente.

Sans qu'il dise quoi que se soit, les deux femmes se matérialisent juste à côté de lui. Leur apparition soudaine est surprenante, mais ils ont pris l'habitude avec Altera. Du coup c'est davantage leurs présences qui les fait réagir. L'une à l'air franchement sympathique et abordable, tandis que l'autre dégage une aura à la fois royale et intimidante.

« Bonjour, bonjour ! » Fait la première avec un large sourire en s'inclinant poliment. « Je m'appelle Xuanzang Sanzang ! Classe Caster ! Ravie de vous rencontrer ! »

« Je me nomme Scàthach Uanaind. » Dit la seconde, aussi froide et détachée que la précédente est pétulante.

Il y a un instant de silence qui dure et dure. Arthur regarde la présidente et commence à être inquiet. Son visage est figé dans une expression de surprise... On dirait quelqu'un qui est en train de faire une attaque... Le pire étant que même Akeno est dans un état similaire. Elle a juste l'air moins choquée... Mais pas beaucoup... Kiba et Koneko aussi sont pratiquement statufiés...

« Euh... Buchou... ? » Se hasarde le jeune homme. « Tout va bien ? »

« Être à ce point atteint à la simple évocation de deux noms. » Commente la lancière, un poil méprisante. « J'ose espérer que tous n'ont pas évolués de cette manière. »

« Hein ? Hein ? » Fait la moniale, perdue. « Qu'est-ce qui se passe ? Je suis célèbre ? Vraiment ? »

Le regard de Rias se tourne lentement vers son Pion. Celui-ci prend pratiquement peur en voyant ses yeux écarquillés, au point qu'on dirait qu'ils vont sauter de leurs orbites sans prévenir. Elle se met à bégayer pendant quelques secondes puis parvient finalement à parler.

« Arthur, rassure-moi... » Dit-elle, d'une voix qui fait peur aussi. « Est-ce que tu sais qui tu as invoqué ? »

« Euh... Ben... J'avoue que non... » Répond-t-il, hésitant. « J'ai encore fait une connerie ? »

Sur ces mots il se prend un coup de bâton sur la tête. En levant la tête il voit l'expression sévère de Sanzang. Cette dernière croise les bras, ce qui soulève sa poitrine.

« Surveille ton langage mon disciple ! » Sermonne-t-elle son ''Master''. « Je vais t'enseigner l'art et la manière de devenir un grand Bouddhiste ! Et sache que de tels mots sont interdits ! »

« J'ai jamais dit que je voulais devenir bouddhiste ! » Réplique le jeune homme en se massant le crâne.

« Ah... ? » Fait-elle, l'air choquée. « J'ai mal compris ? Mais je pensais que... » Ses épaules s'affaissent tellement qu'on dirait qu'elle est en train de faire une dépression. « Ô Bouddha, aide moi de ta sagesse ! Quelle voie dois-je emprunter ? Je ne suis même plus capable de comprendre ce que l'on me dit ! »

Elle prie en regardant en direction du ciel et Arthur semble mal à l'aise de la voir être aussi atteinte par sa réponse.

« Non, non... » Commence-t-il, embarrassé. « Ce que je voulais dire c'est que... La façon dont vous avez dit ça était un peu brutale... » Explique-t-il. « Être votre disciple ne me dérange pas. Je suis sûr que vous avez beaucoup à m'apprendre. »

« Vraiment !? Pour de vrai !? » S'exclame-t-elle en se baissant si vite vers lui qu'ils sont face à face. On dirait une enfant qui vient d'être rassurée après avoir fait un cauchemar.

« Oui... » Répond Arthur qui regrette déjà son choix.

C'est là que la deuxième s'introduit dans la conversation.

« Nous aurais-tu invoquées sans savoir qui nous sommes ? » Questionne-t-elle de façon rhétorique. Son ton est digne et poli, mais impossible de manquer l'autorité et la déception derrière. « Pour être totalement honnête, cela est une première. Cu Chulainn lui-même ne m'avait pas fait un tel affront. »

« Je suis vraiment désolé Mlle Uanaind. » S'excuse Arthur, sincère. « Je voulais juste... »

« Professeur Uanaind. » Coupe Scàthach. « Les guerriers ne sont pas connus pour leur politesse, certes. Néanmoins, il est hors de question que tu ne respectes pas un tant soit peu le décorum. »

« Euh... À vos ordres... ? » Répond-t-il, prit au dépourvu.

« Je te demande pardon ? » Réplique aussitôt la guerrière avec un regard à faire froid dans le dos.

« Oui professeur Uanaind ! » S'exclame son nouvel élève après qu'un inexplicable frisson lui ait parcouru le dos.

La démone a finalement réussie à se ressaisir après avoir observée cet échange depuis le début. Elle se tourne vers son amie et l'interroge du regard. Celle-ci hoche la tête en guise d'approbation. Deux secondes plus tard Rias prend la parole, maintenant que son Pion et ses deux nouvelles Servants ont finis.

« Aussi étrange que puisse être la situation, » Commence-t-elle. « Je pense que tu ne pouvais pas rêver mieux pour t'enseigner Arthur. » Assure Rias Gremory.

« Vous savez qui elles sont ? » Demande le jeune homme, ravi de ne plus être le centre de la conversation.

« Bien sûr. » Répond sans attendre la démone. « Je te rappelle que touts les démons étudient attentivement l'Histoire afin de savoir si quelqu'un est digne d'être réincarné grâce aux Evils Pieces. »

Elle se tourne vers la moniale.

« Xuanzang Sanzang, aussi appelée Tang Sanzang, était un moine bouddhiste du VIIième siècle. » Raconte-t-elle. « Il a voyagé en Inde et les régions voisines pendant 17 ans dans le but de ramener des textes bouddhistes, les Sutras, en Chine. » Elle marque une pause. « Mais il surtout connu mondialement pour être le principal protagoniste du livre ''Voyage vers l'Occident''. »

« Je suis vraiment aussi connue !? » S'exclame la concernée, à la fois heureuse et embarrassée.

« Je suis désolé... Mais je ne connais pas ce livre... » Avoue Arthur. Ce qui a pour effet de figer Sanzang sur place. On peut presque entendre son cœur se fendre en deux d'une manière comique.

« Je te laisserai le lire dans ce cas. C'est un excellent ouvrage. » Dit-elle. « Ce qu'il raconte, dans les grandes lignes, c'est le voyage de Xuanzang, accompagné par trois êtres surnaturels qui sont chargés de le protéger durant son parcours. »

Personne ne remarque que la moniale a les yeux perdus dans le vague, tandis qu'elle sourie de manière nostalgique.

« Il est dit qu'il, pardon elle, » Se rattrape la jeune femme. « est la réincarnation de Jīn Chánzǐ, l'un des disciples du Bouddha, celui-là même qui est à l'origine du bouddhisme. Que sa sagesse et sa compassion sont immense. Mais comme tout moine bouddhiste, elle est aussi extrêmement versée dans la pratique des arts martiaux. »

Rias se déplace dans son fauteuil et fait face à la lancière.

« Scáthach Uanaind, avec la reine Mebd, est probablement l'une des plus célèbres guerrière de la mythologie irlandaise. » Raconte-t-elle. « Elle vivait sur l'île de Skye, dans sa forteresse de Dùn Scáith et elle n'acceptait d'enseigner qu'aux meilleurs combattants, choisis selon ses propres critères. Le héros Cu Chulainn était l'un d'entre eux. »

Arthur ne peut s'empêcher de penser qu'elle donne bien ce genre d'image : celle d'une femme qui ne prend même pas la peine de regarder ceux qui sont insignifiants à ses yeux.

« Prodige de la lance et de la magie runique, les légendes racontent qu'elle n'a jamais perdue un seul combat. » Ajoute la démone.

« Voilà une affirmation pour le moins saugrenue. » Déclare la lancière, toujours de cette voix hautaine, les yeux fermés. « Il est vrai que je n'ai pas connu la défaite depuis longtemps, cependant mon apprentissage a été jalonné de nombreuses et amères déconvenues. »

Ses yeux s'ouvrent lentement et son regard perçant se pose sur Rias. Les pupilles rouges de la guerrière font visiblement frissonner la démone. Sans même l'avoir combattue, la jeune Gremory sait qu'elle n'est absolument pas de taille.

« Bien qu'il soit plaisant d'entendre mon histoire racontée avec tant de respect, » Dit la célèbre professeure, impassible. « Je vous serai gréée de ne pas trop en faire. »

« Bien sûr... » Hésite Rias l'espace d'un instant. « Miss Uanaind. »

« Quant à toi, jeune homme, » Continue Scáthach comme si de rien n'était. « Sache, qu'en dépit de ce que tu viens d'entendre, je suis impitoyable. » Elle pose la pointe de sa lance sur le sol. « Je reconnais ton potentiel, mais toi seul sera responsable de ta vie si tu acceptes de suivre mon enseignement. »

« … Pardon... ? » Fait Arthur au bout d'un silence de quelque secondes.

« Je ne tolère l'échec que lorsqu'il est justifié. » Explique-t-elle sans détour. « Mais ma lance ne manquera pas sa cible si, par hasard, tu décides de ne plus te consacrer entièrement à ton entraînement. »

Alors que Rias va intervenir en disant que menacer de mort quelqu'un, juste par n'est pas à 100% concentré en permanence, est ridicule, son Pion la coupe dans son élan. Il soutient sans ciller le regard de sa future professeure. Un étrange sourire se dessine sur ses lèvres. Il est à moitié causé par la peur et l'autre par l'impatience.

« Je pense que tu es prêt. » Conclu la guerrière avec l'air d'être satisfaite.

« Il suffit ! » S'écrie Xuanzang en s'approche au plus près de Scáthach. « Peu importe à quel point la voie peut être ardue, mettre sa vie en jeu n'est pas acceptable ! Au nom du Bouddha, je vous interdis de faire cela ! »

« La manière dont j'enseigne ne te concerne en rien, moniale d'Orient. » Répond simplement l'autre Servant sans même la regarder. « Je n'interférerai pas dans tes enseignements et tu en feras de même. » Annonce-t-elle, toujours froidement. « Nos méthodes, quoique probablement aussi efficace l'une que l'autre, ne sont ni comparables ni associables. »

« Je refuse ! » Insiste Caster sans en démordre. « Ce genre de violence va à l'encontre des préceptes du Bouddha ! » Elle fait claquer son bâton sur le sol. « Très bien, c'est décidé ! Vous allez devenir ma disciple vous aussi ! Je vous apprendrai que la compassion est la plus grande des vertus ! »

« Voilà une affirmation pour le moins osée et précipitée. » Répond Lancer en se tournant vers son interlocutrice pour la première fois. « Il est vrai que la lame qui protège est la plus tranchante de toutes. » Concède-t-elle. « Cependant, au moment de frapper, elle peut hésiter et ainsi être brisée. » ajoute-t-elle sans attendre.

« La compassion est aussi le plus robuste des boucliers ! » Réplique Xuanzang sans faiblir. « Combattre ne veut pas seulement dire vaincre son adversaire ! »

« Excusez-moi... » Fait le ''Master'' en s'introduisant avec précaution dans la conversation. « Mais je pense que ce n'est qu'une question de point de vue... » Deux paires d'yeux se tournent vers lui et il avale sa salive avec difficulté. « Ce que je veux dire... C'est que c'est un débat sans fin... Alors ce n'est pas vraiment utile... De passer autant de temps dessus... Vous ne croyez pas ? » Termine-t-il avec une petite voix.

« Il semblerait qu'une personne sois plus sage que l'autre dans cette pièce. » Commente Scáthach avant de reprendre sa forme spirituelle.

« Comment ça !? » S'exclame la moniale, outrée. « Revenez ici ! Nous n'en avons pas finis ! Je vous ferais voir la lumière, que vous le vouliez ou non ! »

Complètement inconsciente du fait que ce qu'elle vient de dire peut vraiment porter à interprétation, Caster disparaît à son tour. Il ne reste plus que le silence et un groupe de démon, qui n'a pas la moindre idée de comment réagir à tout ça.


La nuit est tombée depuis peu et je pousse la porte de chez moi en compagnie de Mash. J'ai mal un peu partout, mais surtout au niveau du ventre. Peut-être que ça vient du fait que je n'ai récupéré complètement de ma fatigue qu'hier, et que je suis déjà à l'entraînement aujourd'hui. Sanzang frappe vraiment fort malgré son gabarit. Ce genre de truc ne devrait plus me surprendre mais c'est toujours le cas.

Je pose mes affaires sur le fauteuil le plus proche et je me masse l'abdomen. J'ai décidé de rentrer à pieds pour faire un peu de récupération active. Le salon est vide et plongé dans une semi-obscurité comme d'habitude. Après avoir passé un après-midi entier entouré de monde, ça me fout un peu le cafard de n'être plus que deux dans un appart aussi grand.

C'est là que j'ai une idée... La même qu'il y a plusieurs semaines déjà... Et je manque de me mettre un coup de poing moi-même pour ma bêtise. Comment j'ai fait pour ne pas repenser à ça, genre, des jours avant !?

« Mash ? » Elle se retourne, sans comprendre pour quoi je l'interpelle. « Est-ce que tu peux rester un petit moment s'il te plaît ? Je voudrai ton aide pour quelque chose. »

« Bien sûr sempai. » Assure-t-elle.

« Altera, maître Sanzang, professeur Uanaind ? » Je fais dans le vide. « Est-ce que je peux vous parler ? »

Les trois se matérialisent devant moi. C'est la première fois qu'elles sont là en même temps et je reconnais que ça a quelque chose d'intimidant. Altera et Scáthach sont silencieuse mais ce n'est pas le cas de Xuanzang qui prend immédiatement la parole.

« Qu'il y a-t-il mon disciple ? » Demande-t-elle, curieuse. « Désires-tu continuer nos leçons même aussi tard ? Ton enthousiasme est tout à ton honneur, mais tu dois apprendre à te reposer. » Affirme-t-elle, tout sourire.

« Désolé maître, mais ce n'est pas pour ça. » Je réponds.

« Ah... » Lâche la moniale.

Elle paraît presque... Déçue ?

« Je voulais vous parler pour savoir comment vous installer. » Je lui explique.

« Nous installer ? » Répète-elle, sans comprendre. Sur le côté, je vois Mash qui comprend ce que je veux dire.

« C'est ça. » J'acquiesce. « Vous passez tout votre temps à mes côtés sous forme astrale. Sauf pour les entraînements bien sûr. » Je corrige. « Alors vu que nous avons 5 chambres et qu'avec vous trois ça fait 5 personnes en tout, vous pouvez en prendre une chacune et vous installer comme vous voulez. »

Un court silence.

« Bon pour le moment il y a juste un lit, un placard et un commode dans chaque chambre. » Je dis, un peu gêné. « C'est pas très personnel je sais, mais nous pourrons toujours acheter de la déco ou des habits, par exemple, au fur et à mesure. »

« C'est une merveilleuse idée mon disciple ! » S'exclame Sanzang, enjouée. « Tu mets déjà en pratique nos leçon sur le partage ! Je suis fière de toi ! »

« Euh... Merci... » Je fais en me grattant la joue.

« Puis-je savoir d'où te vient cette idée ? » Me demande Scáthach, curieuse à son tour.

« C'est juste que... Savoir que vous êtes en permanence sous forme spirituelle, sauf pour les entraînements ou pour me défendre, me fait me sentir un peu coupable. » Je lui explique, encore plus gêné qu'avant. « J'ai l'impression que je vous garde prisonnières, ou un truc du genre... » Une brève hésitation. « Et puis... Pour être honnête, j'aime bien quand il y a du monde autour de moi... Surtout durant les repas... Si vous voulez bien manger avec nous... »

Elle pose sur moi un regard que je n'arrive pas à interpréter. Ça dure quelques secondes puis elle fait un petit geste nonchalant.

« Quoique ta raison puisse être sujet à moqueries, » Commence la lancière sur le ton de la conversation. « il serait indigne de refuser une si généreuse hospitalité. »

Elle se dirige sans dire un mot de plus vers les escaliers qui mènent à l'étage. Je suis tellement surpris par sa réponse, que je ne réagis qu'une fois qu'elle a déjà posée le pied sur la première marche.

« C'était un compliment ou une insulte ? » Je lui demande, un peu perdu.

« Libre à toi de choisir ce qui te plaît le plus. » Se contente de dire Lancer tout en montant.

À côté de moi, Caster est en plein milieu d'une conversation enthousiaste avec Mash, qui a un peu de mal à gérer un naturel si exubérant. Mais ce qui attire le plus mon attention, c'est la seule qui n'a pas encore réagit...

« L'idée ne te plaît pas Altera ? » Je fais en la regardant.

« Je n'en saisit toujours pas l'intérêt. » Avoue-t-elle de son éternelle voix inexpressive. « Pas plus que l'avantage que cela procurerait. »

J'avais déjà abordé cette question avec elle, le jour suivant celui de son invocation. Mais je m'étais heurté à un mur plus dur que la Grande Muraille de Chine. Pour elle, tout ça n'avait pas la moindre utilité et point final. Pas moyen de négocier, ni même de la faire changer d 'avis. Mais je ne suis pas du genre à abandonner si vite. Il me fallait juste un motif pour relancer le débat.

« C'est par ce qu'il n'y a pas vraiment d'intérêt ou d'avantage. » Je réponds simplement. « Du point de vue d'un affrontement tout du moins. »

« Pourquoi continuer à faire cela dans ce cas, Master ? » M'interroge Saber.

« Je l'ai déjà expliqué au professeur Uanaind, non ? » Je fais en regardant l'espace d'un instant les escaliers.

« Cette raison n'avait rien de logique. » Affirme-t-elle, impassible. « Notre rôle est de vous protéger et de combattre pour vous. » Rappelle la combattante. « Vous rendre plus fort grâce à l'entraînement est une décision qui a du sens, indépendamment de la raison. Cependant nous donner un espace de vie personnel n'apportera rien de plus. En tant que Servant, nous n'avons besoin d'aucun sommeil ni nourriture. C'est une perte inutile de ressources. »

« Je ne suis pas de cet avis Altera. » Je réponds en me rendant compte que c'est la discussion la plus longue que nous ayons jamais eu. Ce qui me fait sourire malgré moi. « En temps que roi des Huns, n'as-tu pas déjà négocié plutôt que de combattre certaines fois ? »

« Cela est arrivé à plusieurs occasions. » Raconte la guerrière. « Lors du siège de Constantinople, sur le conseil de Ardaric, nous avons épargné la ville en échange de mille fois le poids en or de ses régents. » Elle marque une pause. « Cependant, je ne vois pas le lien. »

« Je ne suis pas spécialiste des tactiques militaires, » Je concède. « Mais n'as-tu pas l'ascendant sur quelqu'un lorsque tu as assis ta domination sur lui ? Ou alors, est-ce que ce n'est pas plus difficile pour un ennemi de t'attaquer lorsque tu te trouves sur un territoire qui est le tien ? »

« En effet. » Reconnaît Altera. « Vous voulez donc que cette endroit devienne notre base. Que nous puissions récupérer des forces rapidement en ces lieux par ce qu'ils sont sécurisés ? »

« C'est pas comme ça que je l'aurai expliqué. » Je reconnais. « Mais c'est l'idée générale dans un sens. »

« Je vois. » Dit-elle, encore une fois. Je me demande si je ne viens pas de faire choux blanc en vérité quand elle reprend la parole. « Cependant, je n'ai pas besoin de ce genre d'aménagement pour être efficace au combat. Sans compter que cela ne justifie ne rien votre demande de nous joindre à vous pour les repas. »

« Peut-être... » Je réponds, un peu déçu qu'elle soit à ce point désintéressée. « Mais j'aimerai vraiment que tu t'installes dans une des chambre et que tu prennes le temps de manger avec nous quand même. »

« Est-ce un ordre en tant que Master ? » Demande Saber sans changer d'intonation.

« Non. » Je fais aussitôt. « Tu es libre de refuser et de continuer à me suivre sous forme spirituelle. » Une courte pause. « Je pense juste que se serait une occasion d'en apprendre plus. »

« À quel sujet ? » Interroge-t-elle sans attendre.

« Je sais pas. » Je lui dis, un peu démoralisé par sa façon de penser. « Le plaisir simple d'avoir un endroit rien qu'à soi ? La possibilité de faire ce que tu veux dans cet espace qui t'es réservé ? De partager un moment de convivialité autour d'un bon plat...Ce genre de choses... Tu vois ? »

Super... Voilà que je me mets à parler comme elle... Qui influence l'autre en fin de compte ?

C'est là qu'elle me répond quelque chose d'inattendue...

« Je pense que cela vaut la peine d'essayer. » Fait-elle de sa voix posée. « Je suis donc libre de choisir la pièce inoccupée que je désire ? »

« Bien... Bien sûr ! » Je bégaye à cause de la surprise et de la joie dans un sens. « Installe toi où tu en as envie. »

Sur ces mots elle prend la même direction que Scáthach dans une démarche lente et tranquille. À côté de moi, les deux sont toujours en train de discuter tandis que je savoure ma première victoire. Ma première victoire sur cet esprit rigide et mécanique qu'est celui de Altera.


Fin du chapitre 11 !

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !