Il faut sauver la ruche !

Résumé :
Séphiroth a plusieurs problèmes.
N°1 : Son frère subit un chantage de Cornéo.
N°2 : Il ne sait pas comment parler à son père.
N°3 : Il a le numéro de PHS d'un très beau gosse visiblement très intéressé mais ne sait absolument pas comment négocier un plan cul.
La solution à tous ses problèmes ?
Les résoudre en même temps.
L'après-midi risque d'être un brin intense.
Personnages :
Séphiroth, Vincent Valentine, Yuffie (FF7) Kuja et Djidane (FF8), les Abeilles du Honey Bee, Lotte, Shamhat, Takao, Thaïs et Liane (oc)
Chronologie :
Se situe pendant le chapitre 49, après le repas entre Rufus et Séph et la discussion au sujet de Cornéo.
Tags spécifiques à ce chapitre :
Relation père-fils, ils font des efforts mais c'est pas encore ça, éventuellement Séphiroth+Kuja ? , Kuja est pour, Séph a eu un (1) petit ami dans toute sa vie, il ne sait pas s'y prendre, SéphxReks mentionné, VincentxOC mentionné, passé revisité, Vincent a eu une jeunesse intéressante, et classée +18, Vincent est toujours une mauvaise influence sur Djidane, bisexualité.


La porte d'entrée se referma et Elmyra fit un bond sur elle-même, brandissant sa spatule d'une main vers l'intrus, l'autre cherchant aussitôt le couteau à sa ceinture.
"Qui…" commença-t-elle avant de s'interrompre, reconnaissant Séphiroth, la main sur la poignée, qui la fixait avec stupéfaction.
Elle ne l'avait pas entendu ouvrir la porte.
En fait, c'était un peu étonnant, Séphiroth avait parfois des manières un peu… disons : brute de décoffrage, mais il mettait un point d'honneur à toquer ou sonner et attendre l'autorisation avant d'entrer.
Il lui fit signe de se taire d'un doigt sur les lèvres, et écouta à la porte avant d'hocher la tête.
"Que se passe-t-il ? " demanda Elmyra à voix basse, posant sa spatule.
"J'essaye de semer Reno," répondit Séphiroth en approchant d'elle, semblant se remémorer ses manières. "Euh… bonjour, Elmyra."
"Bonjour, Zéphyr, il y a une raison pour laquelle tu cherches à semer Reno ? " s'étonna la cuisinière en baissant le feu pour préparer un thé au jeune homme.
Aujourd'hui, ce serait du thé noir. Il semblait avoir une préférence pour les boissons fortes et non sucrées.
Avec quand même un de ses biscuits à côté. Elle n'avait pas encore fait une recette qu'il n'apprécie pas.
"Je voudrais parler à mon... mon père sans spectateur."
Elmyra hocha la tête et attrapa une tasse de voyage pour verser le thé dedans avant de la tendre à Séphiroth avec un petit sourire.
"Il est sur le toit. Tu connais le chemin, amène-lui ça," ajouta Elmyra en lui donnant une poignée d'œufs en chocolat.
Séphiroth prit la friandise avec une expression perplexe et Elmyra sourit. Autour d'elle, il était moins tendu qu'avec les combattants d'Avalanche. D'un côté, c'était probablement parce qu'elle était très loin d'être une menace pour lui et c'était peut-être un peu vexant…
De l'autre, c'était quelque chose qu'elle encourageait. Zéphyr avait autant besoin de calme que les autres et elle doutait qu'il en ait à la Tour. De ce que Jessie lui racontait de là-bas, l'endroit était tout sauf paisible.
"Sa friandise favorite."
"Oh…"
"Tu n'es pas très chocolat, n'est-ce pas ? "
"Non, je trouve ça écœurant."
Ah, c'était noté. Ça venait probablement du fait d'avoir grandi sans friandises. Mais peut-être que du chocolat bien noir passerait mieux. Il faudrait qu'elle l'ajoute sur la prochaine liste de course.
"Merci pour le thé, Elmyra."
"Je t'en prie. N'attrapez pas froid sur le toit.
Séphiroth hocha la tête et sortit par la porte de derrière. Un jour, il faudrait qu'Elmyra leur signale qu'il y avait une échelle dans le couloir de l'étage pour monter par la trappe du toit.
Mais apparemment, escalader la façade était plus drôle.


Valentine était un lecteur avide.
En tout cas, chaque fois que Séphiroth arrivait à Seventh Heaven pour lui parler, il le trouvait le nez dans un livre. Généralement de la psychologie, mais il l'avait déjà vu avec un journal, ou plongé dans des romans, sa tablette, les livres de cours de la Princesse, et même, une fois, un recueil de contes.
Séphiroth ne lisait pas. Ou en tout cas pas… tout ça. Il lisait… il avait lu des rapports de missions quand il était général des SOLDATs, Basch avait réussi à lui faire lire de l'histoire martiale, mais pour le plaisir…
Il ne savait pas faire.
Pas comme Valentine qui appréciait visiblement de lire sur le toit, au calme, avec une boisson chaude à portée de main.
Il approcha de son père, cherchant comment le saluer.
C'était une question qui lui venait souvent, mais Séphiroth n'avait pas la réponse.
Comment devait-il appeler… son père ?
Monsieur ? Non merci, c'était comme ça qu'Hojo avait demandé qu'il l'appelle.
Valentine ? Ça semblait tellement… impersonnel.
Vincent ? Ça semblait trop personnel.
Makoto ? Encore plus…
Père ?
Papa ?
Tous les mots lui semblaient… tellement inappropriés.
Et le fait que son père avait l'air aussi jeune, voire plus jeune que lui, n'aidait pas.
Il réalisa qu'il le fixait en silence depuis un moment quand son père finit par se racler la gorge.
Séphiroth sursauta.
"Bonjour, Zéphyr."
"Bonjour… Euh, Elmyra m'envoie… vous donner ça…" déclara Séphiroth en lui tendant précipitamment les chocolats.
Son père se hissa sur ses coudes et accepta les bonbons, souriant légèrement quand il vit ce dont il s'agissait.
"Ah, des chocobonbons."
"Elle m'a dit que c'étaient vos favoris…"
"Depuis que je suis petit," admit son père en refermant son livre, déballant une des friandises.
Il le glissa dans sa bouche puis fit signe à Séphiroth de s'asseoir, désignant la tôle près de lui
Séphiroth obtempéra, ouvrant sa tasse pour prendre une gorgée.
"Qu'est-ce qui t'amène ? "
"J'ai… besoin d'aide," admit Séphiroth.
L'expression de son père se durcit et il s'assit, rassemblant ses jambes sous lui.
"Dis-moi tout."


"Elmyra, Zéphyr et moi sortons."
La cuisinière se tourna vers Vincent qui remplaçait sa veste d'Avalanche par son blouson de moto et son écharpe.
"Tu connais les règles. PHS ? "
"Chargé."
"Armes ? "
"Pareil."
"Combien de temps tu seras sorti ? "
"Deux heures, je pense," répondit Zéphyr.
"Envoyez un message si ça prend plus de temps."
"Oui, Elmyra. Merci pour les chocobonbons."
"De rien, passez un bon après-midi ! "
Mais Vincent et Séphiroth obliquèrent à nouveau vers la cour. Ils n'allaient apparemment pas passer par la porte principale.
"Et attention aux plantes du voisin ! "


Vincent initia Séphiroth à l'art de se déplacer de toit en toit sans se faire voir ni rien abimer. Et Séphiroth dû admettre qu'il appréciait. Il n'avait jamais eu le vertige, au grand dam de Basch et Vossler qui n'étaient à l'aise que les pieds sur terre, et Vaan et lui leur avait donné des sueurs froides à escalader les falaises de Wutaï. Il y avait moins d'air pur et la vue n'était pas aussi époustouflante, mais voir les Taudis de haut était… libérateur.
Même si Reno tenta de les suivre pendant une quinzaine de minutes.
Alors que ses insultes essoufflées s'estompaient derrière eux, son père le fit descendre dans une ruelle et ils se retrouvèrent à la limite du secteur 8 et 7.
"Pourquoi Reno vous traitait de parjure ? "
Son père eut très brièvement l'air pris en faute avant de laisser échapper son demi-sourire.
"J'ai dû promettre de ne plus faire tourner les Turks en bourrique," déclara-t-il.
"En bourrique ? "
"C'est ce que dit Tseng. Je préfère penser que je les aide à affûter leurs compétences en filature."
"Est-ce que c'est pour ça que le directeur Tseng a toujours l'air de penser que je prépare un mauvais coup ? "
"Il doit craindre que tu… que tu tiennes ça de moi."
Séphiroth n'avait jamais été assez subtil pour ça. Ça avait désespéré Vaan, mais il n'avait jamais maîtrisé la marche silencieuse, ni l'art d'avoir l'air innocent en étant pris la main dans le sac.
"Tu peux m'en dire plus sur ce besoin d'aide au secteur 6 ? " demanda son père.
Séphiroth hocha la tête, le suivant dans les ruines du secteur 7.
Le quartier commençait à être nettoyé, les rues étaient dégagées, permettant de s'y déplacer plus facilement et les bâtiments encore debout étaient détruits un à un, ainsi que les monceaux de métal de la plaque, mais l'endroit restait ravagé. Même la portion de ciel bleu gris visible dans l'ouverture au-dessus d'eux ne rendait pas l'endroit plus agréable.
Il détestait cette partie des Taudis mais il ne pouvait pas faire autrement que de passer par là pour aller à Wall Market.
"Rufus a un problème avec Cornéo," finit-il par révéler.
Son père répondit d'un petit reniflement narquois et Séphiroth continua.
"La femme qui a été déclarée comme étant la mère de Rufus était une abeille de Cornéo Père. Son fils menace de le révéler à la presse si Rufus n'envoie pas les SOLDATs mater la rébellion du Honeybee Inn."
"J'ai cru entendre une rumeur à ce sujet… Ce n'est pas nouveau."
"Jusqu'à présent, ce n'est qu'une rumeur."
"En quoi est-ce un problème ? "
"Le sommet diplomatique a lieu dans quelques jours. Et Rufus a besoin d'avoir l'air aussi légitime que possible, il veut persuader les autres dirigeants de s'allier une bonne fois pour toute contre Hojo et Sin."
Du point de vue de Vincent, il n'y avait aucune honte à être enfant de prostitué. Il avait été insulté de cette façon de nombreuses fois étant enfant et vécu assez longtemps dans les Taudis quand il était Turk pour apprécier la compagnie des filles de joies et de leur famille.
Et contrairement à ce que pensait Ash à l'époque, ce n'était pas que pour entrer dans leurs lits.
Mais il savait aussi que la prétendument haute-société était bien moins tolérante à ce sujet.
"Et il t'a demandé d'intervenir ? "
"Non. C'est mon idée. J'ai un contact avec un… un des bourdons du Honey Bee et il accepte de me rencontrer."
"Pourquoi ne pas envoyer les Turks ? " s'étonna Vincent.
"Mon contact a… une antipathie pour les Turks et la Shinra."
"J'étais Turk. Tu es SOLDAT," objecta Vincent.
"Il… Je pense qu'il est prêt à faire une exception pour Avalanche."
"Tu es sur ? "
Séphiroth hocha la tête, continuant sa route en silence.
"Que se passera-t-il si tu n'arrives pas à mettre Cornéo en déroute ? " demanda Vincent.
"Rufus prendra les choses en main. Il utilisera ses pouvoirs," répondit Séphiroth d'un ton froid.
"Et tu ne veux pas."
Il manqua de rentrer dans l'épaule de Séphiroth quand celui-ci stoppa net et se tourna vers lui, leva la main d'un geste furieux.
"Il arrive tout juste à…" commença Séphiroth avant de laisser échapper un soupir furieux. "il n'est pas en état. Je ne sais pas ce qu'il a fait pour arrêter Scarlet, mais il commence tout juste à arriver à se lever à nouveau et s'il recommence…"
"Tu as peur pour sa santé," comprit Vincent.
Séphiroth hocha la tête sèchement, serrant les dents.
"Il n'est pas… C'est un hybride de première génération. Son cerveau est à la fois humain et darkstar, il n'est pas fait pour tenir un tel effort. Hojo n'a pas… pris la peine de le rendre plus résistant. Il en aurait fait d'autres selon les besoins du Président."
Vincent ne savait pas vraiment quoi penser du jeune Shinra. Ou plutôt de Rufus. Jusqu'à la révélation de ses origines, il avait cru qu'il était juste le digne fils de son père, un opportuniste qui attendait le bon moment pour se débarrasser de ses ennemis politiques dans le but de prendre le pouvoir.
Et maintenant, il réalisait… que ce n'était pas ça. Pas que ça du moins.
Séphiroth et lui avaient grandi ensemble dans le laboratoire d'Hojo. Rufus avait tout risqué pour protéger Séphiroth du ressentiment d'Avalanche, Séphiroth était prêt à tout pour éviter qu'il fasse appel à ses pouvoirs au risque de sa santé.
"Très bien."
"Hein ? "
"Je vais t'aider à déjouer les plans de Cornéo."
"Je... merci…"
Vincent eut un petit sourire, tendant la main pour la poser sur l'épaule de Séphiroth.
"Je t'en prie. J'ai une… cabale contre la famille Cornéo de toute façon."
"Est-ce que je veux savoir ? " demanda Séphiroth en haussant un sourcil.
"Probablement pas," admit Vincent.
Le dossier des archives Turks sur son père était dans l'appartement de Séphiroth.
Il était peut-être temps de se pencher dessus plus en détail.


Vincent avait vu le frère de Djidane lors de la bataille de Midgar, mais il n'avait pas exactement pris le temps de discuter avec lui.
Il savait que l'adolescent avait une petite sœur depuis leur première rencontre, mais n'avait jamais su si la personne qu'il appelait Kuja était son frère, une sœur aînée ou un autre membre de sa famille. Les prénoms traditionnels de cosmo étant unisexe, ce n'était pas toujours facile de définir le genre de leur porteur.
Et dans ce cas-là, même en ayant ledit porteur sous les yeux.
Vincent avait l'habitude de Maduin qui pouvait apparaitre tant comme une femme que comme un homme, ou toutes les variations possibles, mais c'était la première fois qu'il voyait quelqu'un d'aussi parfaitement androgyne sans recourir à la magie de transformation.
Et Kuja savait visiblement en jouer, mêlant des atours autant masculins que féminins qui brouillaient les pistes sur son sexe.
"Bonjour, Kujata[1],' salua Séphiroth.
"Kuja," corrigea le mage, assis sur sa chaise, les jambes croisées.
Trois femmes étaient avec lui, installées autour de la table en plastique d'une gargote du secteur 6. Une toute jeune, probablement à peine adulte, aux longs cheveux roux en bataille, une magnifique gongane de l'est à la peau mate et aux formes généreuses, aussi grande que Kuja, et une wutane aux cheveux très courts et à l'air sévère. Il y avait deux couteaux et une arme à feu près de leurs verres, mais le terran était désarmé.
Ou s'il arrivait à cacher quoi que ce soit dans son short, ses bas et son corsage, Vincent lui demanderait des cours. Même le manteau posé sur le dossier de son siège n'aurait pu cacher quoi que ce soit de plus grand qu'un coup-de-poing en métal.
"Seule ma mère m'appelait Kujata et c'était généralement quand il fallait me tanner le cuir."
Il baissa ses lunettes de soleil, dévoilant les mêmes yeux bleus que son frère et dévisagea Séphiroth d'un air très intéressé.
"D'ailleurs, je crois que nous n'avons pas été présentés," ajouta-t-il.
"Ah. Oui, en effet. Zéphyr," se présenta Séphiroth en lui tendant la main.
"Charmé," assura Kuja en la serrant avec délicatesse.
"Et nous, on pue ? " rétorqua la gongane.
"Bonjour, Zéphyr," salua la jolie jeune rousse avec un sourire enjôleur.
"Des collègues, Lotte, Shamhat et Takao," présenta Kuja.
"Heu... mon… frère, Vincent," le présenta-t-il.
"On connaît," déclara laconiquement Takao en dévisageant soigneusement Vincent.
"Bonjour, M'sieur Valentine," ajouta la rousse, "on vous voit pas beaucoup au secteur 6."
"J'ai malheureusement des ordres stricts du Lieutenant Wallace de ne pas… faire de vagues," répondit Vincent en prenant un siège, "Djidane, tu peux descendre."
"Je te l'avais dit ! " s'exclama Djidane de sa cachette.
"C'est bon, sors de là ! " grommela Kuja.
Quelques secondes plus tard, Djidane avait rejoint la petite troupe, s'asseyant à califourchon sur sa chaise près de son frère.
"Salut, Vincent."
"Bonjour, Djidane."
"Vous vous connaissez ? " s'étonna Séphiroth.
"Il est dans la classe de Yuffie," expliqua Vincent avec un petit sourire.
"Bien, et si tu me disais ce que tu veux exactement, Zéphyr ? " demanda Kuja en prenant son verre.
"C'est au sujet de Cornéo."
Le mage du feu garda une expression soigneusement neutre, attendant poliment la suite, mais l'ambiance avait fraîchi.
Contrairement à leurs boissons, qui avaient soudain pris quelques degrés.
"Il tente de persuader le Président de déployer les SOLDATs dans Wall Market."
"Les SOLDATs ? Carrément ? " s'étonna Lotte.
"Bok[2]," jura Shamhat, "on ne va pas faire long feu contre eux…"
"Persuader, hein ? " reprit Kuja en tournant sa paille dans son verre. "Cornéo est en train de faire chanter le Petit Président pour qu'il se mêle de notre désaccord, c'est ça ? "
"Pour le moment, c'est une menace. Mais le Président préfèrerait ne pas intervenir."
"Ça change de l'ancien," nota Takao.
"Il intervenait directement dans nos pieux, ouais," soupira Shamhat.
"Urgh, m'en parle pas," grommela Lotte, "le vieux porc…"
Kuja plissa les yeux et jeta un rapide petit regard à Takao qui pinça légèrement les lèvres avant de redevenir impassible.
Vincent détourna brièvement les yeux de Kuja pour observer Takao. Il semblerait que le mage n'était pas le décideur de la petite assemblée. Takao semblait plus âgée que les trois autres, une quarantaine d'années, peut-être, et avait visiblement eu quelques doigts brisés par le passé. Dans le secteur 6, et avec leur occupation professionnelle, elle faisait probablement figure de vétéran.
"Zéphyr, tu es charmant, mais donne-moi une bonne raison d'intervenir dans cette histoire," reprit Kuja en reposant son verre.
"Je…"
"Ce ne sont pas juste les Abeilles qui sont en train de montrer la porte à Cornéo. Les marchands de Wall Market se sont rassemblés en guilde pour décider de leurs propres prix, les habitants s'organisent en milice pour se débarrasser des lascars… Il ne reste à Cornéo que le Colosseum et son manoir… Ce n'est qu'une question de temps avant qu'on lui mette un coup de pied au cul pour de bon."
"Vous ne l'avez pas ce temps," contra Séphiroth, "la menace de Cornéo tombe trop proche du sommet diplomatique…"
"Donne-m 'en un peu plus," cajola Kuja en s'appuyant du coude sur la table, se rapprochant de Séphiroth pour effleurer sa main du bout des doigts.
Séphiroth avait l'air… pas exactement mal à l'aise mais déstabilisé par les avances peu subtiles dont il faisait les frais. C'était peut-être un peu normal vu la façon dont il avait grandi, mais pour une fois que Vincent n'était pas la cible principale de la concupiscence des Midgariens, c'était amusant à voir de l'extérieur.
"La menace de Cornéo…" commença Séphiroth, le cherchant du regard.
Vincent posa la main sur le bras de son fils, lui coupant la parole.
"Il se trouve que la mère du Président était une Abeille," déclara calmement Vincent.
Séphiroth lui jeta un petit regard alarmé, avant de tourner ce même regard vers les Abeilles quand elles se contentèrent d'hocher la tête d'un air entendu.
"Ah. Un fils de pute. Comme la directrice Crehny, quoi," commenta Kuja.
Ça, c'était LE grand sujet de conversation des derniers jours. Vincent avait lu les articles concernant la parenté de Scarlet, et malgré quelques exagérations, il pensait l'histoire vraie. Ou avec un fond de vérité en tout cas. La partie fille de prostituée et du Président, certainement.
"Vous le saviez ? " demanda Vincent, intrigué.
"C'était un peu un secret de moomba dans les Taudis," expliqua Takao.
"Tout le monde le savait, personne n'en parlait," ajouta Shamhat, "Scarlet était la digne fille de son père, il valait mieux qu'elle ne vous entende pas."
"Ma Mama me racontait qu'à une époque, elle était l'enfant chérie des Taudis, qu'ils avaient tout fait pour l'aider à gravir les échelons jusqu'à la Plaque. Qu'ils espéraient qu'elle changerait les choses pour nous," expliqua Lotte en tournicotant une de ses mèches rousses du doigt, "mais dès qu'elle a eu un pied dans la Shinra, c'était fini."
"Tu comprendras que savoir que le petit Président est un des nôtres ne nous rende pas forcément… charitable envers lui," acheva Kuja.
"Remarque, au moins, il ne nous a jamais tripoté," nota Shamhat.
"Au grand désespoir d'Andréa…" ajouta Kuja. "Donc c'est là-dessus que l'autre porc veut le faire chanter ? "
"Le Président ne souhaite pas intervenir dans votre conflit, mais il ne peut pas laisser les rumeurs le concernant se vérifier."
"Awww, il n'aime pas être un fils de pute ? " demanda sarcastiquement Lotte.
"Avec la mentalité de la haute ? " rétorqua Vincent.
"Touché," admit la rouquine.
"Écoutez," reprit Séphiroth, "je comprends que vous n'ayez pas confiance en la Shinra, le précédent Président était…"
"Un bâtard," coupa Takao.
"En tant que bâtard, je le prends mal," reprit Vincent.
"Toi, je t'aime bien," déclara Shamhat en rapprochant sa chaise de celle de Vincent.
"Mais, c'est peut-être l'opportunité de nouer un accord avec le nouveau président," continua le brun.
A nouveau, Kuja réfléchit, cherchant du regard celui de Takao. La Wutane prit une petite gorgée de sa boisson, observant le liquide ambré quelques instants avant de lever les yeux sur Vincent. Ils se fixèrent du regard avant qu'elle ne pose son verre, brisant le silence autour de la table.
"Que veut-il ? " demanda-t-elle.
"Que les preuves soient détruites," répondit Séphiroth.
"Et en échange ? "
"Il ne prendra pas partie pour Cornéo et ne le soutiendra pas comme son père le faisait."
Takao joignit les mains, les posant devant sa bouche d'un air pensif avant de sembler se décider.
"Qu'il ajoute la décriminalisation de la prostitution et la liberté de pratiquer dans Wall Market."
Séphiroth cligna des yeux mais Vincent hocha la tête. Il commençait à bien aimer Takao, elle ne perdait pas le nord.
"Appelle ton contact pour lui en parler," suggéra Vincent à Séphiroth qui hocha la tête et se leva, prenant son PHS.


"... la prostitution est un crime à Midgar ? " marmonna Rufus.
Apparemment.
"Seulement si les prostitués ne passent pas par Cornéo et ne lui payent pas une taxe," précisa Tseng, debout près de Rufus.
Sinon, je peux aussi le tuer, proposa Séphiroth.
Rufus soupira. Ça serait nettement plus simple.
"Séph, ne me tente pas."
Tu penses pouvoir accéder à leur demande ?
"Vu que tu ne veux pas que je manipule les souvenirs de Cornéo…"
Il pouvait sentir le regard de Tseng sur lui, même sans utiliser ses pouvoirs. Quelqu'un d'autre était contre. Et vu comment Umbra le fixait, ils s'y mettaient à trois contre lui.
"Très bien, je vais en parler avec le Maire Domino," soupira-t-il.
Il n'avait pas la moindre idée de comment aborder le sujet à leur prochaine réunion. 'Monsieur le Maire, serait-ce possible de décriminaliser la prostitution à Wall Market ? '
Si seulement il pouvait utiliser ses pouvoirs, il réduirait Cornéo à l'état de Bienheureux et le problème serait réglé.
Jusqu'à ce que Madame Falmis l'apprenne. Elle semblait déterminée à faire de lui quelqu'un de moralement décent et aurait fortement désapprouvé cette solution. Il devrait peut-être lui demander ce qu'elle pensait de la prostitution.
Et depuis quand l'opinion de Madame Falmis était une de ses préoccupations ?
Je te tiens au courant de la suite.
"Fais attention à ne pas te faire reconnaître. Surtout avec Kuja dans les parages."
Il tourna la tête en voyant Tseng se redresser légèrement, surpris.
Je serais prudent, Rufus. A plus tard.
Rufus raccrocha. Et se tourna vers Tseng.
"Son contact au Honey Bee Inn est Tribal ? "
"Il a... jeté son dévolu sur Séphiroth pendant la bataille de Midgar."
L'expression de Tseng était toujours aussi soigneusement gardée, mais ses yeux étaient légèrement écarquillés.
""Il faut que je vous prévienne, Monsieur, Tribal a une légère animosité envers la Shinra et particulièrement les Turks," annonça-t-il d'un ton tendu.
"Je sais. J'ai prévenu Séph.."
"Comment sav…" commença Tseng avant de se rappeler à qui il parlait.
"Je me demandais où avait disparu Jànos et pourquoi Reno était resté absent aussi longtemps."
"Permettez, je vais annuler l'ordre de mission de Reno."
"Faites, Tseng," répondit Rufus en tentant de conserver une expression neutre pendant qu'il sortait son portable.
C'était rare quand il arrivait à surprendre Tseng. Il faudrait qu'il essaye plus souvent.


"C'est d'accord," finit par déclarer Séphiroth en revenant.
Il resta quelques secondes interloqué, regardant la scène devant lui. Lotte et Shamhat étaient visiblement en train de régaler son père avec des ragots des Taudis et il les écoutait poliment, les relançant de temps en temps d'un mot ou d'un sourcil haussé. Kuja et Takao écoutaient aussi, intervenant tous les deux pour rétablir la vérité quand leurs cadettes se faisaient trop imaginatives et Djidane était frénétiquement en train de prendre des notes sur un petit carnet.
Il n'eut qu'à faire un pas vers eux pour que l'attention des deux frères soit à nouveau sur lui.
"Le président accepte vos conditions, mais il faut détruire les preuves."
Djidane fut immédiatement aux aguets, adressant un grand sourire plein d'espoir à son frère.
"Non, Djidane," rétorqua Kuja avec un regard noir.
"C'est pour le bien commun ! " protesta Djidane.
"Pas question que tu ailles chez Cornéo seul."
"J'irais avec lui," proposa Vincent.
"Oh, oui, c'est un monte-en-l'air lui aussi ! " s'exclama Djidane.
"Et ça, tu le sais COMMENT Zaydan Tribal Al Terra ? " gronda Kuja d'un ton soupçonneux.
"Ooooh, Kuja a sorti l'accent terran," murmura Lotte en reculant sur sa chaise, emportant son shiva freeze avec elle.
"Tu vas te faire frire la couenne, Ouistiti," renchérit Shamhat avec un grand sourire.
"Non non non, on a rien volé ! " protesta aussitôt l'adolescent en levant les deux mains en un geste apaisant.
"Djidane m'a aidé à sortir ma sœur des ennuis quand on a tenté de l'enlever," expliqua Vincent.
Les Abeilles dévisagèrent Vincent avec surprise.
"Vous avez une sœur ? " demanda Kuja à Séphiroth.
"La mienne. Pas la sienne," expliqua Vincent en montrant Zéphyr, "Père est gongan."
Un jour, Séphiroth saura pourquoi ces trois petits mots semblaient tout expliquer sur leur famille, mais ce fut apparemment suffisant pour les abeilles.
"Ah. Alors ton frère aussi a les doigts qui chatouillent ? " demanda Kuja à Séphiroth.
"Zéphyr est le seul de la famille à ne pas les avoir," précisa Vincent avec un petit sourire amusé.
"Et je commence à me demander si je veux vraiment rencontrer la famille," soupira Séphiroth en se pinçant la base du nez.
"Très bien," trancha Takao en se levant, imitée par ses collègues, "Djidane, nous comptons sur toi. Tâche d'être discret."
"Mikoto ne doit PAS en savoir un mot, c'est compris ? " siffla Kuja en cosmo.
"Ya, ya," répondit Djidane.
"Oh, Zéphyr ? " reprit Kuja en remettant ses lunettes de soleil.
"Oui ? "
Le terran approcha de Séphiroth, posant une main sur son épaule avant de se pencher à son oreille.
"Appelle-moi pour autre chose que le boulot la prochaine fois," susurra Kuja avant de se redresser et s'éloigner, au grand dam de son frère.
"T'as besoin de draguer devant moi ? " protesta l'adolescent.
"T'es grand, fait avec ! "
Lotte tapota amicalement l'épaule de Djidane avant de s'éloigner aussi, suivant Takao et Shamhat qui avaient empochés le pistolet et les deux couteaux.
Vincent, son fils et Djidane restèrent seuls à la table du bar.
"Je crois que ce jeune homme t'apprécie," nota Vincent.
Séphiroth et Djidane eurent la même expression peinée, probablement pour des raisons différentes.
"Nan, mais faut lui dire franchement si vous êtes pas intéressé," grommela Djidane.
C'était un peu le problème, Séphiroth n'était pas sûr de ne pas être intéressé. Il jeta un rapide regard à son père. Bon et de ce côté, il était à peu près sûr que son père ne lui reprocherait pas ses préférences mais… Mana, il n'arrivait déjà pas à lui parler confortablement, il n'était pas prêt à aborder sa vie sexuelle avec lui.
Même l'absence de dite vie sexuelle pour le moment.
"Est-ce que vous pensez vous charger de Cornéo rapidement ? " finit-il par demander.
"Il va nous falloir des renforts," murmura Vincent d'un air pensif.


Yuffie leva les yeux de ses révisions quand la fenêtre de sa chambre s'ouvrit.
Elle reconnut Vincent et lâcha le kunaï caché sous son livre pendant que son frère s'accroupissait sur le pas de fenêtre.
"Barret va encore râler que tu n'utilises pas les portes."
"Tu as envie d'aider à démanteler une organisation sexiste et abusive des Taudis ? " demanda Vincent.
L'adolescente referma son livre d'un geste. Les exceptions grammaticales du commun attendraient.
"J'ai cru que tu ne me demanderais jamais ! On commence par quoi ? "
"Dévoyer Jessie."
"Ce sera pas dur."


Si Vincent avait su que ce serait aussi facile de s'introduire dans le Manoir Cornéo, il l'aurait probablement fait plus tôt. Cornéo Père avait été un bâtard paranoïaque, mais il avait aussi été prudent et efficace dans sa gestion des Taudis et avait tenu son empire du crime d'une main de fer, veillant à ce qu'aucun détail ne puisse mettre son organisation en danger. Quarante ans plus tôt, Vincent y était allé à la magie et la force brute pour prendre d'assaut le Manoir Cornéo.
Cornéo Fils, en revanche, était juste une brute capricieuse et pleutre, qui obtenait ce qu'il voulait par la menace et la loyauté de ses lascars plutôt que par son intelligence et la manipulation.
Et pour peu que les lascars en question ne soient pas motivés à monter la garde, il devenait très facile de s'introduire dans son bureau privé.
Surtout quand une hackeuse à la moralité optionnelle était déterminée à le faire plonger.
Les caméras sont en boucle ! Vous avez vingt minutes avant que l'enregistrement redémarre.
"Merci Jessie."
"Je me charge du serveur ! " déclara Yuffie en sautillant joyeusement vers l'ordinateur de Cornéo.
"On prend les archives papiers," rétorqua Vincent, à la grande déception de Djidane.
"Pourquoi on n'y met pas le feu tout de suite ? "
"Ça rassurera le Président de détruire le dossier lui-même," expliqua Vincent en ouvrant un des tiroirs avant d'adresser un petit sourire machiavélique à Djidane, "et ça serait une bonne opportunité pour qu'il doive un service aux Tribal."
"T'es vachement retord," nota Djidane d'un ton admiratif.
"Turk," déclarèrent Yuffie et Vincent d'une même voix.
"Comment est-ce qu'un SOLDAT peut avoir un frère Turk ? " demanda Djidane en faisant sauter la serrure qui protégeait l'armoire métallique qu'il avait choisie, "j'ai cru comprendre que les deux branches ne se portent pas mutuellement dans leur cœur…"
"Zéphyr et moi ne nous connaissons que depuis un mois."
Djidane ricana en effeuillant un tiroir de classement.
"Père gongan, c'est ça ? "
"Je ne connais pas la moitié de mes frères et sœurs," admit Vincent.
"Et t'en adopte en plus," taquina Djidane après un coup d'œil à Yuffie, en train de brancher une des machines de Jessie sur l'ordinateur.
"Jaloux, Dji ? " rétorqua la ninja.
"Certainement pas, mon frère est plus canon en robe."
"Yuffie, non," marmonna Vincent quand Yuffie le fixa pensivement.
"Oh, alleeeeez ! " ricana l'adolescente.
"À propos, évitez de dire à Kuja que vous êtes Turk…" continua Djidane en ouvrant un dossier.
"J'étais."
"Comment t'as réussi ça ? Je croyais que les Turks ne pouvaient quitter la Shinra que les pieds devant ? "
"Techniquement, c'est ce qu'il a fait…" intervint Yuffie.
L'adolescent leva le nez de sa tâche.
"Hein ? "
"J'ai été porté disparu en mission il y a quelques années. Je ne suis revenu à la Shinra que pour intégrer Avalanche."
"T'avais du compromettant sur le Président pour qu'il accepte ou quoi ? "
Vincent s'arma de son air le plus mystérieux en guise de réponse.
"Pourquoi est-ce que je ne dois pas mentionner les Turks en présence de Kuja ? " reprit-il en fermant un tiroir pour en ouvrir un autre.
"Il y a… cinq ans je crois ? Ils ont tenté de le recruter."
"Un mage de son acabit, je peux comprendre. Que s'est-il passé ? "
"Il les a envoyé balader une première fois. Ils ont… 'insisté'."
Vincent baissa le dossier qu'il parcourait. Ah. Insisté. Ça ne voulait dire qu'une chose.
"Votre sœur ou toi ? "
"Les deux," répondit Djidane, "je les ai pas laissé emmener Mikoto sans me battre."
"Des pertes ? "
"Côté Tribal, aucune. Même si Mikoto ne fait toujours pas confiance aux gens en costume[3]. Côté Turk, un connard qui m'avait cogné[4]. Plus les blessés."
Ah. Vincent commençait à comprendre l'insistance de Zéphyr de ne pas faire appel aux Turks.
"Et il a probablement fallu refaire la déco des locaux des Turks quand Kuja a piqué une crise."
"Dommage, c'est toujours aussi laid."
Djidane ricana avec entrain.
Ah, je l'ai ! s'exclama Jessie, Thaïs Théodora, décédée en 2953 ! Le Président Shinra Père était effectivement un client très régulier et… Ouaip, y'a un certificat de naissance au nom de Rufus Shinra l'identifiant comme fils de Feu le Président.
"Djidane, trouve le dossier original," ordonna Vincent.
"Je suis dessus ! "
"Yuffie, matéria ? "
"Prête à incanter, Aniki," rétorqua Yuffie, la main sur l'engin branché à l'ordinateur.
"Jessie ? "
J'ai préparé un petit virus qui va effacer tout ça, au cas où le serveur échapperait à la destruction.
"C'est presque trop facile," soupira Vincent.
Si tu veux, je déclenche l'alarme ? proposa Jessie.
"Je l'ai ! " s'exclama Djidane en sortant un dossier, l'agitant au-dessus de sa tête.
Vincent l'intercepta et y jeta un coup d'œil rapide avant de le rendre à Djidane.
"Mets-le dans ton sac. Jessie ? On est prêt à repartir."
C'est partie pour le feu d'artifice !


Séphiroth était sur le toit de Seventh Heaven, profitant du thermo de thé que lui avait fait Elmyra, quand son téléphone tinta. Il le sortit de la poche de sa veste et y jeta un coup d'œil.

Rufus : Ton père a réussi.
Zéphyr : Comment tu sais ?
Rufus : Le Manoir Cornéo est en flammes. Les pompiers arrivent juste.
Zéphyr : J'ai cru comprendre que la destruction de masse était une spécialité des Plombs.
Rufus : Pas la discrétion.
Zéphyr : Il a été vu ?
Rufus : Non.
Zéphyr : Ça m'aurait surpris.

Il leva la tête en entendant un très léger bruit.
"Ah, raté ! " grommela la Princesse en se redressant sur le bord du toit.
"Je t'avais dit d'escalader," déclara son père en se hissant, tout en silence, près d'elle.
"Tout va bien ? "
Djidane arriva à son tour, presque aussi silencieux que son père et ouvrit son sac, brandissant un dossier qu'il tendit à séphiroth avec une révérence élégante.
"Le fruit de notre labeur, Sire ! " présenta l'adolescent.
"Chut," fit Vincent, "les jumeaux peuvent entendre."
"Merci," répondit Séphiroth en tendant la main pour prendre le dossier.
Djidane l'escamota vivement, leva l'index.
"Tutut."
Séphiroth fronça légèrement les sourcils, mais le geste, qui aurait fait s'enfuir des troisième classes indisciplinés douze ans plus tôt, ne fit même pas frémir Djidane.
Vu son frère, ce n'était pas si étonnant.
"Djidane ? " s'étonna Yuffie.
"Avant que je vous donne ça, je veux autre chose de la part de Shinra."
"Dis toujours, nous verrons."
"Les Turks doivent foutre la paix à Kuja. Pour toujours. Je veux même pas que Reno lui renifle le cul."
"Une minute. Kuja n'a pas manqué de tuer Reno ? " rétorqua Séphiroth.
"Si," répondit Djidane avec un soupir.
"C'est Reno," déclara la Princesse, "il les aime dangereux pour sa santé."
Séphiroth n'avait absolument aucun besoin d'avoir plus de précision sur la vie sexuelle de Reno.
"J'en parlerais au directeur des Turks," déclara-t-il.
"J'irais avec lui," ajouta Vincent.
Et visiblement, l'adolescent avait plus confiance en son père qu'envers lui. Djidane lui tendit le dossier, mais ne le lâcha pas quand Séphiroth l'attrapa.
"Et aussi : T'es réglo avec mon frère, compris ? "
"Merci, Djidane," rétorqua Séphiroth en lui arrachant le dossier.
L'adolescent lui adressa un dernier salut moqueur avant de descendre du toit d'un saut périlleux arrière théâtral.
"A demain, Dji ! " salua Yuffie.
"Va au lit maintenant," ordonna Vincent.
"Oui, Makoto ! " répondit Yuffie avant de se diriger d'un pas léger vers sa fenêtre, "bonne nuit Zéphyr ! "
"Bonne nuit, Princesse."
Séphiroth envoya un dernier message à Rufus pour le rassurer et rangea son PHS, se tournant vers son père. Celui-ci avait visiblement repéré le thermo de thé et Séphiroth se pencha pour le ramasser et lui servir une tasse.
"Merci."
"Froid ? "
"J'ai grandi à Wutaï Sud."
Séphiroth se souvenait du climat de Wutaï Sud en hiver. Ça pouvait se comprendre.
"Rufus m'a dit que le Manoir Cornéo était en feu."
Son père hocha la tête avant de s'asseoir et boire une gorgée de thé.
"Les archives papiers de Cornéo ont été détruites, et avec toutes les preuves, les moyens de pressions et de chantages qu'il faisait subir à ses victimes. Les contrats d'exploitations, ses actes de propriétés, tout est en cendre."
"C'est expéditif."
"Jessie a récupéré ses archives électroniques. Elle est en train de compiler des listes de personnes disparues ces trente dernières années. Toutes les filles qui ont été enlevées et forcées de se prostituer pour Cornéo Père et Fils, tous ceux qui ont essayé de lui résister et ont été assassinés. Ce sera envoyé rapidement et anonymement au bureau du Maire Domino."
"Vous lui en vouliez."
Vincent hocha la tête, retournant dans la contemplation des toits, et surtout de la petite lueur orangée au loin qui ne pouvait être que le reste du manoir Cornéo qui achevait de flamber.
"Vous l'avez retrouvée ? "
Vincent tourna la tête vers lui, intrigué par la question.
"Liane," précisa Séphiroth.
Son père n'avait pas encore l'habitude d'être augmenté, ni de cohabiter avec des augmentés. Ce n'était pas vraiment étonnant, à son époque, les augmentations mako étaient accidentelles et souvent mortelles, il était rare que quelqu'un d'infecté à la mako survive. Si le fait de se noyer dans la mako ne les tuaient pas, la surcharge mémorielle leur effaçait le cerveau ou les cancer mako achevaient le travail.
Si son père avait eu plus l'habitude, il aurait probablement fait plus attention au fait que Séphiroth pouvait voir son expression surprise dans la pénombre.
"Où as-tu trouvé ce nom ? " demanda-t-il d'un ton prudent.
"Votre dossier Turk. Elle était inscrite comme moyen de pression à votre sujet."
Vincent hocha doucement la tête.
"Elle n'était pas dans les dossiers de Cornéo," finit-il par admettre.
"C'est peut-être lié," déclara Séphiroth en sortant quelque chose de sa poche.
Il déplia une feuille et la tendit à son père.
"C'était dans votre dossier. Ça a été ajouté après votre disparition."
Vincent prit la feuille jaunie, l'orientant de manière à capter un peu de la lumière nocturne des Taudis.
Le rapport était de la main d'Ashe.
Quelques jours après l'annonce de sa 'mort', Liane avait été extraite du secteur 6 et placée sous protection Turk. Suivait une liste des cachettes où elle avait été envoyée, puis une ligne d'adresse vide.
"Il n'y avait rien d'autre ? "
"Non. J'ai vérifié."
Si Liane avait dû être exécutée, il y aurait eu un numéro d'ordre et un acte de décès. Si elle avait été évacuée ailleurs, il y aurait eu un code de ville et de cachette.
Ash remplissait toujours ses dossiers méticuleusement, une telle erreur était volontaire de sa part.
Elle avait juste disparu.
Comme Gast avait disparu aussi, quelques années plus tard.
"Qui était-ce ? " demanda Séphiroth en s'accroupissant près de son père.
Vincent hésita à répondre. Ce n'était pas la partie la plus reluisante de sa vie mais… Oh... après tout… Zéphyr était adulte. Techniquement du moins.
"Une amie. Et la raison pour laquelle j'ai été… recruté chez les Turks..."
"Que s'est-il passé ? "
"Je venais d'arriver à Midgar après avoir débarqué à Kalm par accident. Je visais Junon à l'origine."
"Par accident ? "
Oui, ça aussi ce n'était pas son moment le plus brillant et Vincent grimaça légèrement en admettant ses fautes.
"J'ai pris le mauvais bateau à Costa Del Sol. J'avais dix-huit ans et c'était la première fois que je voyageais seul. Je ne pensais rester à Midgar que le temps de me refaire un peu d'argent."
Il se redressa et chercha le pilier central du regard avant de le désigner.
"À l'époque, il n'y avait qu'Yggdrasil et le premier secteur."
"Yggdrasil ? "
"C'est le nom que l'on donnait au pilier central," expliqua Vincent "sais-tu pourquoi Shinra a fait construire la plaque ? "
"Par mégalomanie ? " rétorqua Séphiroth.
"Et par vengeance. Le maire de l'époque a refusé de lui vendre sa ville. Il ne lui a octroyé qu'un terrain relativement petit pour y mettre sa Tour. Shinra l'a pris. Puis a commencé à construire de plus en plus haut, jusqu'à pouvoir déployer les plaques autour d'Yggdrasil et cacher le soleil à Midgar."
"Hm, mesquin et grandiloquent, ça lui ressemble bien."
"N'est-ce pas ? "
Vincent baissa les yeux à nouveau, vers les Taudis.
"J'ai rencontré Liane et les filles quelques jours après mon arrivée."
"Les filles ? "
"Des prostituées. Elles tenaient une petite maison-close. Rien qui ressemble au Honey Bee Club, c'était plus petit, moins… tape à l'œil."
Vincent jeta un petit regard amusé à Séphiroth, s'amusant de son regard interloqué.
"J'ai aidé l'une d'elle à se défendre contre un client violent," expliqua Vincent, "elles m'ont pris sous leur protection. Elles me laissaient dormir dans une des chambres pendant la journée. La nuit, je…"
Bah, Séphiroth avait lu son dossier et ne se faisait pas d'illusion sur le fait d'avoir un père Turk.
"Je trainais dans le quartier en faisant des poches et je passais régulièrement m'assurer que tout allait bien de leur côté. On partageait les frais de bouche, elles m'apprenaient à survivre dans les bas-fonds, à faire ma lessive et à jurer en commun."
Et quelques autres petites choses qu'il n'allait probablement jamais mentionner à Séphiroth. Comme avoir une bonne contraception et que faire avec.
"Midgar n'était pas… encore comme maintenant, mais dégénérait vite. Cornéo était déjà là quand je suis arrivé et tentait de s'établir comme figure majeure de la pègre"
"C'était le frère de Shinra. Ou demi-frère, Rufus n'est pas sûr."
"Ça ne me surprend pas."
Cornéo père avait régné sur les Taudis en inspirant autant la peur et le respect que Shinra sur la Plaque. Il s'était rapidement imposé par la force et les armes perfectionnées que son frère avait dû lui fournir.
Ou connaissant le bonhomme, plus probablement vendues.
"Un jour, les hommes de Cornéo ont enlevé Liane."
"Pourquoi ? "
"Il espérait l'obliger à travailler pour lui."
"Elle a accepté ? "
"Non. Je suis arrivé à temps pour éviter ça. Pas le reste. Je l'ai ramenée chez elle et je suis retourné mettre les choses aux points avec les hommes de Cornéo."
"Vous les avez tués ? "
"Seulement ceux qui l'ont touchée."
Et dix ou quarante ans après, Vincent réalisait à quel point ça avait été stupide. Il aurait mieux fait de prendre Liane sous le bras et de l'emmener le plus loin possible de Midgar. Mais il avait été jeune à l'époque. Et furieux.
"Trigger, le directeur des Turks de l'époque, m'attendait là-bas. Lui et ses hommes ont réussi à me capturer et à m'emmener à la Tour. J'ai fini par être… persuadé de les rejoindre."
Trigger avait été impressionné par le carnage que Vincent avait commis cette nuit-là. Il avait tué une dizaine d'hommes de Cornéo, certains au corps à corps, certains par balles ou magie et avait été à deux doigts d'abattre Cornéo quand Morrow, Yoshiro et lui étaient intervenus.
De tous ceux qui avaient tenté d'assassiner Cornéo, Vincent était le seul à être arrivé dans la même pièce que lui.
Et ça avait terrifié le mafieux bien plus qu'il n'aurait voulu l'admettre.
Dans les années qui suivirent, Trigger amena souvent Vincent à Wall Market pour faire peur à Cornéo quand il devenait un peu trop tapageur au goût du Président.
C'étaient en général les missions que Vincent préférait.
Séphiroth hésita quelques instants avant de s'asseoir près de Vincent, tournant le thermos entre ses grandes mains. Il finit par sortir une deuxième feuille de sa poche, soigneusement rangée dans son portefeuille cette fois.
Une photo.
Une jolie jeune femme aux boucle brunes et aux yeux vert en amandes regardait l'objectif avec un sourire effronté, tenant ses chaussures à talons dans une main, une veste de costume couvrant ses épaules dénudées par sa robe de soirée.
Il lui jeta un regard avant de tendre la photo à son père.
"Oh."
"Elle était belle," nota Séphiroth.
"La plus jolie fille de Bas Midgar," déclara Vincent avec un petit sourire.
"Vous... étiez amants ? "
"De temps en temps… Mais… rien de plus."
Elle lui avait dit un jour, presque en plaisantant, qu'il n'aurait qu'un mot à dire pour qu'elle lache la prostitution, trouve un travail en usine et se range.
Il avait rétorqué qu'elle ne tiendrait pas trois jours à l'usine et qu'elle ferait mieux de se trouver un vieux mari riche et malade et qu'il serait son gigolo.
Et ils n'en avaient jamais reparlé.
Elle passait nourrir les chats quand il était en mission loin de Midgar, il la laissait dormir dans son lit pendant la journée quand elle ne voulait pas retourner au bordel, ils allaient draguer ensemble dans les bars gays, il lui avait présenté Morrow (et avait été un peu déçu que ça n'ait pas collé entre eux, elle était tout à fait son type).
Et de temps en temps, ils avaient couché ensemble.
Il tourna la tête vers Séphiroth.
"Ça te déplait ? "
Séphiroth haussa les épaules.
"C'est votre vie."
Bon ça pouvait être positif comme réaction.
"Vous allez la chercher ? " reprit Séphiroth.
"Je crois que je l'ai déjà mise suffisamment en danger comme ça," répondit Vincent en jetant un regard à sa tasse vide.
Séphiroth rouvrit le thermo et lui versa une autre tasse qu'il accepta avec un signe de tête, avant de regarder à nouveau la photo.
"Hojo… sait que je suis revenu d'entre les morts. Il a déjà essayé de me tuer. Il pourrait s'en prendre à elle. Elle n'était pas une combattante à vingt-six ans, elle ne l'est certainement pas à presque soixante ans."
Il but une gorgée et laissa échapper un petit soupir las.
"Et puis… qu'est-ce qu'elle ferait de moi ? Elle me croit mort, elle a dû mener sa propre vie, trouvé un homme ou une femme décent et réussit à sortir de la prostitution. J'espère en tout cas."
Il tourna la tête vers Séphiroth et leva légèrement la photo dans sa direction.
"Merci… de m'avoir dit ce qu'elle était devenue."
Séphiroth hocha la tête distraitement.
Reks était chasseur de primes quelque part dans le désert de Corel Sud, avec Vaan et leur amie d'enfance. Ça ne devrait pas être trop difficile de le retrouver pour Tseng et ses hommes mais…
Séphiroth ne se faisait pas vraiment d'illusion. Un homme comme Reks, beau et attentionné comme il l'était, ne restait jamais célibataire trop longtemps. Et Vaan se chargerait de faire fuir ceux qu'il estimerait indigne de son cher grand frère.
Il n'aurait que faire d'un homme qui l'avait déjà quitté brutalement et sans explications et qui avait la gamme émotionnelle d'une matéria de glace. Séphiroth ne réalisa qu'il avait soupiré que quand son père se tourna vers lui.
"Qu'y a -t-il ? "
"Rien, je…" commença Séphiroth, cherchant ses mots avant de s'avouer vaincu, "je... me sens juste… un peu seul."
"Veux-tu rester ici cette nuit ? "
Séphiroth se hissa sur ses jambes, tendant le thermos à son père.
"Riku est…" reprit Séphiroth avant de secouer la tête.
Il leva le dossier qu'il tenait toujours.
"Je vais… donner le dossier à Rufus. Merci pour l'aide."
"Je t'en prie."
Séphiroth inclina la tête et se dirigea vers le bord du toit avant de sauter sans plus de manière au sol.
Il retrouva Reno à la gare, qui l'attendait avec deux cafés.
"Hé, Zéph."
"Bonsoir, Reno," répondit Séphiroth en prenant un des cafés.
"Comment va ton papounet ? " s'enquit le rouquin avec un sourire narquois.
Séphiroth soupira tout en se dirigeant vers un distributeur de tickets.
"Dis-moi que ce n'est pas une vraie façon d'appeler son père."
"Oh, tu sais, le mien je l'appelais Bâtard," rétorqua Reno.
"Charmant."
"Pure vérité ! De père en fils ! "
Séphiroth soupira tout en payant pour son ticket de train. De ce qu'il avait compris, il ne pouvait pas prétendre à mieux, ils en étaient à trois générations du côté paternel.
"Au fait, il parait que tu avais un rencard avec Kuja ? " s'enquit Reno "joli cul, hein ? "
"Reno ? "
"Oui ? "
"Tu as ordre de ne plus t'approcher de lui."
"Hein ? " glapit Reno avant de suivre Séphiroth qui se dirigeait vers le quai, "mais pourquoi ? "
"Ça fait partie d'un accord entre le Honey Bee Inn et Rufus," répondit Séphiroth sans se tourner vers le rouquin.
"Déconne pas, j'ai une touche avec lui ! " geignit le jeune homme.
"Ce n'est pas ce que m'a dit son frère."
"Merde, t'es dans les petits papiers de Djidane ? C'est pas juste ! "
Le téléphone de Séphiroth tinta et il ignora Reno le temps de jeter un coup d'œil à l'écran.
Makoto : Je ne suis pas doué pour m'exprimer.
Makoto : J'ai quelque chose d'important à te dire.
"C'est qui ? " demanda Reno.
"Pas tes affaires pour commencer," rétorqua Séphiroth.
Makoto : Serait-ce possible que nous discutions une fois le sommet diplomatique passé ?
"T'as inscrit ton père dans tes contacts sous son prénom ? Bizarre."
"Tu voulais que je l'appelle comment ? " rétorqua Séphiroth en levant son PHS plus haut pour empêcher Reno de lire.
Zéphyr : Bien sûr.
Il rangea son téléphone dans sa poche et jeta un coup d'œil agacé à Reno. Celui-ci ne releva pas, se glissant dans le tourniquet à la suite de Séphiroth.
"Bas les pattes," marmonna Séphiroth en sentant Reno se coller à lui.
Reno leva les deux mains d'un air innocent.

Vincent éteignit son PHS après quelques secondes d'attente d'une réponse.
Bon. Il n'avait plus le choix, il fallait qu'il trouve comment parler de Cid à Séphiroth.
Ça devrait… bien se passer. Séphiroth n'avait pas eu l'air choqué d'apprendre que son père était Turk, assassin, voleur et fréquentait les prostituées. Il ne pourrait qu'être… au moins, neutre, concernant sa relation avec Cid.
Son téléphone sonna à nouveau et il jeta un coup d'œil à l'écran.
Qu'il réitéra.

Zéphyr : Gros bisous, Papounet !

Vincent cligna des yeux, restant un long moment stupéfait par ces trois mots.
Le téléphone afficha un nouveau message.

Zéphyr : Mille excuses, Reno m'avait volé mon PHS. Ça ne se reproduira plus.

Oh... ça… expliquait tout.

Zéphyr : J'aurais à vous parler aussi.
Zéphyr : Bonne nuit.
Makoto : Bonne nuit.

Il allait ranger le téléphone quand celui-ci sonna une dernière fois.

Reno : Je peux t'appeler Daddy, si tu veux ?


"J'y crois pas, il m'a mis sur sa liste rouge ! " s'exclama Reno, outragé.
"Je commence à l'envisager," rétorqua Séphiroth.


Notes:
Les Abeilles sont inspirées par des courtisanes ou prostitués historiques ou fictives !
Lotte : Inspirée par Charlotte Hayes, prostituée et tenancière de maisons close anglaise du XVIII
Shamhat : Prostituée sacrée de l'Epopée de Gilgamesh, qui a civilisé Enkidu après un marathon de 7 jours et nuits de sexe.
Takao : Inspirée par Takao II, une célèbre courtisane de l'époque d'Edo au Japon dont la vie a été romancée.
Thaïs Théodora : Inspirée par Thaïs, courtisane de Ptolémée et Théodora, épouse d'un empereur romain, ancienne actrice et prostituée.
Liane : Inspirée par Liane de Pougy, une demi-mondaine française de la Belle Époque


[1] Oui, ça m'amusait de donner à Kuja le nom d'une invocation un peu bourine (Kujata ou Kjata)
[2] Merde en Turque
[3] Et elle les mord aussi.
[4] Le fameux Jànos.