Bonsoir tout le monde!

Bon, je pense que maintenant il est inutile que je m'excuse pour le retard! Mais vous avez vu, je ne vous ai pas fait attendre jusqu'à dimanche prochain! ^^

J'espère que ce chapitre vous plaira! J'attend vos avis et surtout vos suppositions pour la suite avec impatience!

Vous trouverez le teaser pour le prochain en fin de chapitre! Je suis désolée, je n'ai pas pris le temps de répondre aux reviews, j'espère que vous ne m'en voudrait pas trop trop!

Je vous souhaite une bonne soirée et, surtout, une bonne lecture!

A très vite!

LSAfor

PS: merci à Jenkus pour la correction du chapitre!


Chapitre 19 :

Ce fut extenuée et trempée que Lexa pénétra à l'intérieur du loft. Après la conférence de presse, elle avait dû passer trois autres heures avec son père, son oncle et Titus pour s'assurer que les retombées avaient été positives.

Elle avait sûrement passé une des pires journées de sa vie et l'énorme tempête qui ne faisait qu'empirer d'heure en heure n'améliorait en rien son humeur maussade. Mais, lorsqu'elle s'enfonça un peu plus dans l'appartement et qu'elle vit Clarke assise sur le canapé du living-room, elle s'efforça de ne rien laisser paraitre et esquissa un grand sourire à son adresse.

- Je viens de me prendre une de ces averses, déclara Lexa en s'avançant jusqu'au living-room.

Elle fit le tour du canapé pour venir se pencher vers Clarke et l'embrasser tendrement. Et elle ne put s'empêcher de laisser échapper un soupir soulagé face au contact.

- Hey, salua-t-elle contre ses lèvres.

- Hey… répondit faiblement Clarke.

Lexa se recula et lui adressa un sourire avant de revenir sur ses pas pour retirer son manteau complètement mouillé et aller le ranger.

- Tu as passé une bonne journée? questionna-t-elle par-dessus son épaule. Une opération intéressante?

Clarke ne répondit pas, ce qui amena Lexa à froncer des sourcils. Elle se tourna vers elle et remarqua pour la première fois depuis qu'elle était rentrée dans l'appartement que sa petite-amie avait l'air ailleurs. Son regard était lointain, indiquant clairement que quelque chose la tracassait.

- Clarke? prononça-t-elle doucement.

L'interpellée sortit de sa léthargie et leva les yeux vers elle mais son regard semblait toujours légèrement perdu, ce qui inquiéta un peu plus Lexa.

- Tout va bien? demanda-t-elle.

Pas vraiment, aurait voulu répondre Clarke. Mais elle garda les mots pour elle, prit une inspiration saccadée avant de prononcer lentement:

- J'ai vu la conférence…

Lexa se figea instantanément et ses épaules ne s'affaissèrent d'un geste défaitiste.

- Oh…

- Pourquoi ne m'as-tu rien dit? questionna Clarke.

Malgré la douceur avec laquelle elle avait posé la question, Lexa décela une pointe d'accusation dans sa voix.

- Je ne voulais pas t'inquiéter… répondit-elle prudemment.

Clarke laissa échapper un rire sans joie avant de secouer la tête et d'enfouir son visage dans ses mains. Lexa déglutit difficilement avant de s'avancer jusqu'à elle. Elle s'assit à côté d'elle sur le canapé puis, d'un geste plein d'hésitation, lui attrapa les mains et les retira de son visage.

- Hey, ce n'est rien… prononça-t-elle d'un ton rassurant.

Clarke tourna la tête vers elle et la dévisagea longuement.

La détresse qu'elle avait pu voir sur son visage à travers l'écran de télévision lors de la conférence était toujours là. Moins présente, moins prononcée, mais elle était là. Ses traits étaient toujours tiraillés, graves et montraient clairement une lassitude dont Clarke savait qu'elle était responsable.

Et cette constatation fit résonner plus fortement les mots de Mme Woods dans sa tête.

- Je suis vraiment désolée… déclara-t-elle doucement.

- Tu n'as aucune raison de l'être, répondit immédiatement Lexa. On en a déjà parlé Clarke, ce n'est pas de ta faute…

- Lexa –

- Est-ce qu'on pourrait arrêter d'en parler? S'il-te-plait… implora Lexa en se levant du canapé. J'ai l'impression de n'avoir fait que ça aujourd'hui…

Elle était exténuée, Clarke le voyait parfaitement. Et elle n'avait qu'une envie, c'était d'offrir à Lexa la sérénité qu'elle méritait. Elle voulait l'aider à oublier cette journée qui avait dû être affreuse pour elle.

Mais le pouvait-elle? Pouvait-elle être celle qui réconforterait Lexa alors qu'elle était, dans un premier lieu, responsable de la situation dans laquelle elle se trouvait?

Vous n'êtes pas ce qu'il faut pour Alexandria, Mlle Griffin.

Clarke tenta d'occulter les mots et se reconcentra sur Lexa qui s'était éloignée de quelques pas. Et elle sut immédiatement ce qu'elle devait faire. Elle se leva donc à son tour et s'avança dans son dos.

- J'ai besoin de te demander quelque chose, lui dit-elle. Et je sais que tu es fatiguée et je suis vraiment désolée d'en rajouter mais j'ai besoin de te le demander et j'ai besoin que tu me répondes honnêtement…

À l'entente des mots, Lexa oublia momentanément sa fatigue et sa frustration. Elle tourna sur ses talons et sentit une légère inquiétude la gagner lorsqu'elle vit l'expression grave qui était apparue sur le visage de Clarke.

- Qu'est-ce qu'il y a?

Clarke ferma les yeux une fraction de seconde, prit une profonde inspiration avant de demander dans un tremblement de voix:

- Est-ce que notre relation représente un frein à ta carrière?

Lexa se tendit à l'entente de la question avant de secouer la tête, confuse.

- Quoi?

Clarke prit une nouvelle inspiration saccadée avant de reprendre la parole.

- Est-ce que le fait d'être avec moi représente une menace pour ta carrière? Pour ton avenir?

- D'où est-ce que tu tiens ça? demanda Lexa, de plus en plus déconcertée.

- S'il te plait, implora Clarke. J'ai vraiment besoin de savoir…

Surtout depuis que Mme Woods avait quitté le bureau du Dr Vie et l'avait laissée avec le chèque et l'énorme poids qu'il pouvait avoir.

Pas que Clarke avait l'intention de l'accepter. Jamais. Cette simple pensée avait le don de la rendre malade. Horriblement malade.

Mais malgré tout, elle ne pouvait nier que Mme Woods avait vu juste sur énormément de choses. À commencer par son rôle dans l'enfer qu'avait vécu Lexa aujourd'hui, pendant qu'elle, elle avait passé la journée à l'hôpital, à exercer le métier de ses rêves.

Donc oui, elle avait besoin de savoir. Et surtout, elle avait besoin que ce soit Lexa qui lui dise.

Parce qu'elle était celle qui comptait réellement. Et Clarke était prête à faire tout ce qu'il fallait pour s'assurer que son bien-être et son bonheur passent avant tout le reste.

Y compris elle-même.

- J'ai vu la conférence, répéta-t-elle. J'ai lu les articles. Et je sais que j'en suis responsable…

- Clarke –

- Tu sais que c'est vrai Lex, l'interrompit Clarke. Si je n'avais pas été à cette soirée, rien de tout ça ne serait arrivé. Et – et tu es parfaite avec moi. Tu me soutiens, tu es là pour moi, pour ma carrière, pour mon internat. Et j'essaye d'en faire de même. J'essaye de te montrer que toi aussi tu es soutenue, que toi aussi tu as de quoi être fière mais j'ai l'impression de complètement foirer… Et je ne peux pas m'empêcher de me dire que tu mérites mieux que ça.

Mieux que moi…

Elle ne dit pas les mots à voix haute mais Lexa eut l'impression qu'ils avaient résonné directement dans sa poitrine.

- Je ne sais vraiment pas d'où te viennent ces idées idiotes mais tu te trompes complètement si tu y crois un seul instant, affirma-t-elle.

- Lex –

- Non, la coupa fermement Lexa. Il est hors de question que je te laisse dire autre chose d'aussi stupide!

Et malgré tout ce qui s'était passé aujourd'hui, c'était la première fois qu'un véritable sentiment de colère la gagner.

Mais lorsqu'elle vit Clarke sursauter face à son haussement de ton, elle retrouva immédiatement son calme et se maudit intérieurement. Aussi excédée qu'elle pouvait être de la journée qui venait de s'écouler, elle savait qu'il était injuste de sa part de s'en prendre à Clarke.

Mais Lexa ne comprenait pas ce qui se passait. Elle s'était doutée que Clarke se sentait quelque peu coupable, c'était une des raisons qui l'avait poussée à ne rien lui dire pour les articles de journaux et la conférence de presse.

Mais elle n'avait pas pensé que sa culpabilité était aussi conséquente. Elle n'avait pas pensé une seule seconde que ce qu'il s'était passé amènerait Clarke à se remettre autant en question.

Et cette constatation avait le don de l'énerver. Mais aussi et surtout de la faire flipper.

Complètement.

Elle était sûre qu'elle était prête à supporter toutes les conférences de presse qu'il fallait, tous les articles de journaux qui paraitraient, toutes les spéculations horribles qui étaient faites sur elle tant qu'elle avait Clarke avec elle.

Parce que Clarke avait ce don de la garder sereine quoi qu'il arrive.

Elle avait toujours réussi à la rassurer, à la calmer, lorsqu'elle se retrouvait confrontée au poids que représentait son nom, sa place, son job.

Mais si la seule personne qui arrivait à lui faire garder la tête hors de l'eau commençait à sombrer également, Lexa n'était pas sûre de réussir à y survivre.

Elle était fatiguée. Complètement éreintée. Et n'avait qu'une envie c'était oublier cette histoire une bonne fois pour toutes.

Et elle voulait que Clarke l'oublie avec elle. Elle voulait qu'elle oublie Finn, qu'elle oublie sa culpabilité, son manque de confiance en elle.

Elle voulait retrouver le refuge que lui offraient leurs moments à deux.

Donc, oubliant la partie d'elle qui se sentait blessée et en colère, elle revint sur ses pas, combla les quelques mètres qui les séparaient et se posta devant elle.

- Je suis désolée, s'excusa-t-elle, je ne voulais pas m'emporter. C'est juste que… je déteste te voir douter de nous…

Sa gorge lui donnant l'impression de s'être bloquée d'émotion, Clarke déglutit difficilement et hocha la tête de gauche à droite.

- Je – je ne doute pas de nous, assura-t-elle. Jamais… C'est juste… moi…

Lexa la regarda baisser les yeux et, sans réellement réfléchir, elle prit délicatement son visage entre ses mains et l'amena à la regarder. Elle attendit qu'elle lève les yeux vers elle avant de lui demander doucement:

- Tu as confiance en moi?

- Plus qu'en n'importe qui d'autre… répondit Clarke sans la moindre hésitation.

- Alors crois-moi, souffla-t-elle. Crois-moi quand je te dis que ce qui s'est passé n'est pas de ta faute. Crois-moi quand je te dis que tu n'as rien fait de mal. Crois-moi quand je te dis que, s'il y a une responsable dans cette histoire, c'est moi et je n'arrive même pas à me sentir coupable…

Elle lui caressa tendrement le visage et ajouta:

- Crois-moi quand je te dis que tu es la seule et unique personne qui me rend véritablement heureuse… Que tu es celle grâce à qui j'arrive à tenir malgré tout ce qui se passe. Celle qui arrive à me faire supporter l'énorme pression qu'on me met. À me faire aimer mon travail… S'il te plait, Clarke, crois-moi, implora-t-elle. Fais-moi confiance…

Sa voix se brisa légèrement à la fin de sa phrase et Clarke n'eut pas besoin de plus pour oublier complètement la détresse, le doute qu'avaient causé les mots destructeurs de Mme Woods.

Mme Woods qui l'avait amenée à remettre en question la légitimité de sa place auprès de Lexa. Elle l'avait amené à douter du bienfait de leur relation dans la vie de Lexa et juste pour ça, elle pouvait aller au diable.

Parce qu'elle avait confiance en Lexa. Elle avait confiance en son jugement et si elle lui disait qu'elle avait besoin d'elle alors c'était tout ce qui comptait.

Clarke n'avait pas besoin de réassurance supplémentaire pour savoir qu'elle était là où elle devait être.

Quoi que pouvait en penser le reste du monde.

Elle glissa donc ses mains derrière la nuque de Lexa et posa son front contre le sien.

- Je te crois, assura-t-elle. Je te fais confiance…

Lexa acquiesça contre son front et Clarke ne put s'empêcher de combler les quelques centimètres qui les séparaient pour l'embrasser. Elle sentit un petit gémissement soulagé s'échapper de la bouche de Lexa et résonner directement contre ses lèvres, ce qui l'amena à augmenter un peu plus l'intensité de leur baiser.

Baiser qu'elle espérait assez aimant, assez tendre, pour se faire pardonner d'avoir une nouvelle fois douté. Lexa dut lire dans ses pensées car elle rompit le baiser et recula légèrement son visage pour pouvoir la regarder.

- J'ai besoin de toi, lui dit-elle dans un murmure. Je n'y arriverais pas sans toi…

- Je suis là, promit Clarke. Je serais toujours là…

- Des fois j'ai peur que ce soit trop pour toi. Ma famille, la compagnie… J'ai peur que tu finisses par te dire que le jeu n'en vaut plus la chandelle…

- Non Lex, contesta Clarke. Jamais...

- Alors qu'est-ce qui vient de se passer? demanda Lexa qui se sentait légèrement perdue. Je sais que je ne t'ai pas parlé de la conférence ou des journaux mais on savait que ça pouvait arriver, on savait que c'était possible, on en a parlé…

- Je sais…

- Alors qu'est-ce qui s'est passé? répéta-t-elle.

Clarke ne lui répondit pas immédiatement. Devait-elle lui avouer la véritable raison derrière ses doutes? Devait-elle lui dire que sa mère lui avait offert de l'argent pour qu'elle la quitte? Qu'elle avait menacé sa carrière si elle refusait de le faire?

Devait-elle lui dire?

C'était les questions que Clarke se posait tandis qu'elle fixait longuement le magnifique visage de sa petite-amie. Magnifique visage qui était marqué par l'impression de porter le poids du monde.

Et elle n'avait aucune envie de le voir en pâtir plus. Elle voulait le voir se détendre. Elle voulait voir un magnifique sourire l'illuminer.

Elle ne voulait pas le voir dévasté. Et si Lexa apprenait ce que sa mère avait fait, c'était exactement ce qui risquait de se produire.

Elle était et restait sa mère, sa famille et Clarke savait que, malgré toutes les divergences qu'elles pouvaient avoir, Lexa tenait à elle. Et elle se détesterait d'être à l'origine d'une discorde entre elles.

Et puis, surtout, il y avait Woods & Co.

Woods & Co et l'avenir de Lexa en son sein…

Donc elle décida de ne rien dire. Elle décida de garder ce qu'il s'était passé pour elle. Elle n'avait aucune réelle raison de le dire à Lexa sachant que rien ne changerait.

Elle irait voir Mme Woods demain, lui rendrait son chèque déchiré en mille morceaux et ferait face à ses menaces.

Clarke avait bien l'intention de lui montrer qu'elle se trompait. Complètement.

S'il le fallait, elle était prête à sacrifier sa carrière par amour. Elle était prête à sacrifier la sienne pour celle de Lexa.

En réalité, il n'existait sûrement rien qu'elle ne sacrifierait pas pour Lexa…

Elle caressa donc la nuque de Lexa d'un geste rassurant et lui répondit:

- J'ai juste flippé, comme toujours…

Lexa ferma les yeux et poussa un profond soupir.

- Clarke…

- Je sais, répondit Clarke. Je suis désolée…

- Arrête de t'excuser.

- Désolée…

Un rire s'échappa de la bouche de Clarke lorsqu'elle reçut un regard exaspéré en réponse. Elle posa donc un petit baiser sur les lèvres de Lexa avant de refermer ses bras derrière sa nuque et laisser de nouveau son front aller contre le sien. Les mains de Lexa vinrent se poser sur sa taille et son corps se colla un peu plus à elle.

Et pendant de longues secondes, elles restèrent ainsi: à savourer leur étreinte en se balançant silencieusement de droite à gauche.

Jusqu'à ce que le téléphone de Lexa vibre dans sa poche et les amène à se séparer. Agacée par l'interruption, elle poussa un soupir et, sans quitter les bras de Clarke, elle attrapa son portable et regarda l'écran.

- Anya, marmonna-t-elle en lisant le SMS qu'elle avait reçu. Il parait que mes parents rentrent à Los Angeles ce soir finalement…

- Oh… répondit Clarke en tentant d'occulter le sentiment nauséeux qui venait de la saisir à l'entente de l'information. Ils peuvent partir avec ce temps? J'ai entendu dire que tous les vols avaient été annulés à cause de la tempête…

- Tu connais mes parents, répondit Lexa. Ce n'est pas une simple tempête qui va les empêcher de faire ce qu'ils veulent…

Ça c'est sûr, pensa Clarke.

Il était prévu que M. et Mme Woods restent deux jours supplémentaires à New-York mais il fallait croire que leur plan avait changé. Et elle était loin de s'en plaindre. Même si elle avait prévu d'aller voir Mme Woods le lendemain pour lui remettre son chèque déchiré en personne, elle pouvait très bien le lui envoyer par courrier.

Le principal était qu'ils s'en aillent et que Lexa puisse enfin retrouver une certaine tranquillité d'esprit.

- Et si on oubliait tes parents pour ce soir? proposa-t-elle. Et si on oubliait le reste du monde? On éteint nos téléphones, on ferme toutes les portes, tous les volets et on profite de cette soirée de pluie torrentielle rien que toutes les deux…

Lexa reporta son regard sur elle et, sans prononcer le moindre mot ni la quitter des yeux, elle leva son téléphone de sorte à lui montrer l'écran puis appuya sur le bouton du dessus pour l'éteindre. Clarke laissa échapper un léger rire qui l'amena à esquisser un grand sourire.

- Je pense avoir ma réponse, déclara cette dernière, son sourire amusé toujours présent sur le visage.

- Je pense aussi... répondit Lexa.

- Je vais préparer le diner, ajouta Clarke. Tu devrais aller te changer en attendant…

Lexa lui répondit par un acquiescement. Elle posa un léger baiser sur ses lèvres avant de se séparer d'elle pour se diriger vers les escaliers. Clarke la regarda s'éloigner à l'étage en perdant peu à peu son sourire et poussa un profond soupir. Elle secoua ensuite la tête et se tourna pour s'avancer en direction de la cuisine, tentant tant bien que mal d'oublier le sentiment de pesanteur qui lui écrasait la poitrine.

Lexa, elle, avait l'impression qu'elle respirait enfin convenablement depuis qu'elle avait quitté Woods & Co. La conversation qu'elle venait d'avoir avec Clarke continuait de la travailler mais elle savait que, malgré tout, leur relation était toujours aussi forte. Elle savait que Clarke l'aimait, qu'elle lui faisait confiance, qu'elle la soutenait. Et c'était suffisant pour lui permettre de se sentir beaucoup plus légère.

Elle entra donc dans leur chambre d'un pas légèrement bondissant et s'avança jusqu'à la porte du dressing. Elle pénétra à l'intérieur et s'affaira rapidement à chercher une tenue décontractée.

Une soirée paisible avec Clarke coupée du reste du monde était exactement ce dont elle avait besoin…

Elle attrapa donc à la va-vite un débardeur et un jogging, les jeta négligemment sur le petit fauteuil qui se trouvait à côté du grand miroir et commença à déboutonner sa chemise. Cependant, son geste s'arrêta brusquement lorsque ses yeux se posèrent sur le sac à main de Clarke – celui avec lequel elle l'avait vu partir à l'hôpital la veille – posé dans un des coins de la pièce et dont elle voyait un bout de magasine dépasser.

Se doutant qu'il s'agissait d'un des tabloïds où figurait un article sur elle, Lexa poussa un soupir et s'avança jusqu'au sac. Elle y attrapa la revue et sentit l'agacement familier l'envahir lorsqu'elle se retrouva à fixer son portrait en première page qui était accompagné d'un titre qu'elle avait l'impression d'avoir lu des centaines de fois depuis le début de la journée.

Décidemment, elle n'était pas prête d'oublier cette histoire…

Elle esquissa un geste pour remettre le magasine dans le sac lorsqu'elle sentit un bout de papier s'en échapper et tomber au sol.

Elle se pencha pour l'attraper et fronça immédiatement des sourcils lorsqu'elle réalisa qu'il s'agissait d'un chèque. Un chèque à l'ordre de Clarke.

De la part de ses parents.


Clarke était occupée à mélanger la sauce maison qui cuisait devant elle lorsqu'elle entendit Lexa redescendre.

- J'ai préparé des spaghettis avec ta sauce préférée, lança-t-elle en esquissant un sourire, j'espère que ça te –

Elle s'interrompit brusquement et perdit immédiatement son sourire lorsqu'elle se tourna pour lui faire face et qu'elle la vit s'avancer lentement vers elle avec la même tenue que lorsqu'elle était montée, le chèque de sa mère entre ses mains.

- Lex…

Et ce fut le seul mot qu'elle réussit à prononcer.

Lexa leva lentement les yeux vers elle et la fixa d'un regard plein de confusion.

- Je – j'ai vu le magasine dépasser de ton sac, déclara-t-elle doucement. Et je voulais – j'ai…

Elle ne termina pas sa phrase et secoua la tête avant de regarder de nouveau Clarke.

- Je ne comprends pas… Pourquoi est-ce que tu as un chèque de mes parents?

Clarke ferma les yeux en laissant échapper une expiration saccadée. Son cœur battait de plus en plus fort et sa gorge lui donnait l'impression de se refermer sur elle-même.

Elle avait un plan. Un plan qui était loin d'être parfait mais qui lui aurait au moins permis de préserver au mieux sa petite-amie.

Elle avait un plan.

Et il venait de tomber à l'eau parce qu'elle avait été assez stupide pour laisser trainer négligemment son sac.

- Clarke… prononça la voix de Lexa.

L'interpellée s'efforça de rouvrir les yeux et de la regarder. Le désarroi qu'elle put lire dans son regard lui brisa le cœur et elle savait qu'elle n'avait plus d'autre choix que de dire la vérité. Alors elle éteignit le four derrière elle et se tourna de nouveau pour faire face à Lexa qui ne la quittait pas des yeux.

- Ta mère est venue me voir à l'hôpital cet après-midi, expliqua-t-elle. C'est elle qui m'a montré ta conférence de presse et… et elle m'a donné ce chèque pour que je rompe avec toi…

Lorsqu'elle vit un éclair de douleur passé dans les yeux de Lexa, elle s'empressa d'ajouter:

- Je te jure que je n'avais aucune intention de le garder, je – j'allais lui rendre, je te le promets Lex…

Un léger silence suivit ses mots pendant lequel Lexa baissa les yeux vers le chèque qu'elle tenait fermement. Elle n'arrivait pas à réaliser pleinement ce qui était en train de se passer, ce qu'elle était en train d'entendre. La seule chose dont elle se rendait réellement compte, c'était cette sensation d'engourdissement qui lui donnait l'impression qu'elle était en train de rêver.

- C'est pour cette raison que tu doutais, déclara-t-elle à mi-voix.

Clarke hésita quelques secondes avant de répondre.

- Elle m'a dit que notre relation était une menace pour toi, souffla-t-elle. Et quand j'ai vu ce qui s'était passé aujourd'hui, je me suis dit qu'elle avait peut-être raison…

Lexa leva brusquement la tête vers elle à l'entente des mots.

- Et donc quoi? questionna-t-elle. Tu voulais rompre avec moi?

- Quoi? Non! s'exclama Clarke.

Elle fit un pas inconscient dans sa direction et poursuivit:

- Je – j'avais tous ces doutes, c'est vrai, c'est pour cette raison que je t'en ai parlé. Parce que, comme je te l'ai dit, j'ai confiance en toi, j'ai confiance en ta parole et je – je te crois quand tu me dis que c'est faux…

Un nouveau silence se fit. Clarke fixa Lexa qui, elle, avait de nouveau les yeux sur le bout de papier qui avait le don de la rendre complètement nauséeuse.

- Tu avais réellement l'intention de me le cacher? finit par dire Lexa.

Cette fois-ci, Clarke se retrouva face à un regard trahi qui ne fit qu'accentuer la culpabilité qu'elle ressentait déjà. Mais elle s'appliqua à la ravaler et répondit:

- Honnêtement, oui…

Lexa laissa échapper un rire plein d'amertume avant de secouer la tête et de lever les yeux au ciel.

- Je n'avais aucune véritable raison de te le dire, se justifia Clarke. Ce n'était pas important…

- Tu veux rire j'espère? lança sèchement Lexa.

- Lex… soupira Clarke.

Elle glissa ses mains sur son visage d'un geste désespérée avant de les laisser retomber le long de son corps.

- Je – j'essayais juste de te protéger, lui dit-elle. Elle – elle a essayé de m'intimider mais je te promets qu'elle n'a pas réussi…

Le regard de Lexa se fit tout de suite plus dur.

- De t'intimider? répéta-t-elle en faisant un pas de plus vers elle. Qu'est-ce qu'elle a fait?

- Ça n'a pas vraiment d'importance, tenta d'éluder Clarke.

Mais sa réponse ne fit qu'accroître la colère de Lexa qui se retrouva à serrer la mâchoire.

- Dis-moi…

Clarke laissa quelques secondes passer avant de pousser un soupir et laisser ses épaules s'affaisser d'un geste abdiquant.

- Elle a menacé de saboter ma carrière, finit-elle par répondre.

Le poing de Lexa se referma brusquement autour du chèque et, après de longues secondes sans bouger, elle tourna sur ses talons pour se diriger vers le hall d'entrée.

Clarke sentit une vague de panique la gagner lorsqu'elle la vit attraper son manteau et se dépêcha de la rejoindre.

- Où est-ce que tu vas?

- Régler mes comptes une bonne fois pour toutes avec mes parents, répondit Lexa en enfilant son manteau.

- Tu ne peux pas y aller, lui dit Clarke d'un ton désespéré.

- Et pourquoi?

- Parce qu'il y a un déluge dehors et que ce serait dangereux de conduire avec ce temps, tenta de raisonner Clarke.

- Je vais y aller à pied, répondit Lexa. Woods & Co n'est qu'à quelques pâtés de maison d'ici…

- Lexa… soupira Clarke complètement excédée. Tu es en colère. Tu n'es pas en état de leur parler, tu risques de dire des choses que tu vas regretter...

Un rire amer s'échappa de la bouche de Lexa qui termina de refermer sa veste. Clarke fit les quelques pas qui les séparaient, posa ses deux mains sur ses bras pour arrêter son geste et l'obligea à se tourner vers elle.

- S'il te plait mon amour, implora-t-elle en prenant son visage entre ses mains.

Lorsque Lexa ne résista pas à l'étreinte et qu'elle leva les yeux vers ceux de Clarke, cette dernière se sentit tout de suite soulagée.

Mais ce fut de courte durée car une fraction de seconde plus tard, Lexa se dégagea de ses bras et ouvrit la porte d'entrée.

- Ne m'attends pas, déclara-t-elle avant de sortir de l'appartement et de refermer la porte dans un claquement assourdissant, laissant derrière elle une Clarke complètement impuissante.


Lexa n'avait aucune idée de comment elle était arrivée jusqu'à Woods & Co.

Elle n'avait eu aucune conscience de la pluie diluvienne qui continuait de frapper New-York et qui donnait l'impression de ne faire qu'empirer.

Elle n'avait eu aucune conscience du trajet en lui-même. Il avait été flou, brumeux et guidé par sa colère bouillonnante qui n'avait fait que s'accroitre depuis qu'elle avait quitté le loft.

Et maintenant, elle se trouvait dans l'ascenseur de l'immense bâtiment désert où elle passait la majorité de son temps, complètement trempée et avec l'impression qu'un poids énorme lui pesait contre le thorax et l'empêchait de respirer correctement.

Elle appuya sur le bouton du dernier étage et regarda sans ciller les portes se refermer, sa mâchoire toujours serrée et ses poings toujours fermés.

Vu l'heure avancée de la soirée, elle n'était même pas certaine de trouver ses parents ici. Mais elle les connaissait assez bien pour savoir que s'il y avait bien une chose qui passait avant tout le reste, c'était leur entreprise. Et vu qu'il était prévu qu'ils repartent le soir même à Los Angeles, elle était sûre qu'ils chercheraient à être sûrs qu'ils laissaient derrière eux un empire serein et prospère.

Ce fut pour cette raison que, lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur le dernier étage, elle n'hésita pas une seule seconde et se dirigea d'un pas décidé en direction du bureau de son père.

Et comme elle s'y était attendue, elle y vit de la lumière qui indiquait clairement qu'ils étaient là. Elle ne prit pas la peine de toquer et ouvrit violemment la porte. Ses parents, qui étaient tous les deux debout derrière le bureau du Commandant à lire un document se trouvant devant eux, sursautèrent légèrement avant de lever brusquement les yeux vers elle.

- Alexandria, que fais-tu ici? questionna son père. Tout va bien?

- Contrôler chacun de mes agissements ici ne vous suffisait pas, déclara Lexa d'une voix forte, il fallait que vous vous mêliez aussi de ma vie privée…

Le visage de M. Woods se durcit et il lui adressa un regard noir.

- Je ne tolèrerais pas une nouvelle fois de fausses accu –

- Ose me dire que vous n'avez pas tenté d'acheter ma petite-amie pour qu'elle me quitte! le coupa-t-elle.

- De quoi parles –

M. Woods s'interrompit une nouvelle fois lorsqu'il vit Lexa s'avancer jusqu'au bureau et poser brutalement le chèque sur le dossier qu'il était en train d'étudier avec son épouse.

- Clarke m'a tout raconté sur la petite visite que tu lui as payée à l'hôpital tout à l'heure, dit-elle à l'adresse de sa mère.

Elle était tellement hors d'elle qu'elle ne remarqua pas le regard surpris que M. Woods adressa à son épouse. Cette dernière maintint le regard de son mari quelques secondes de plus avant de reporter le sien sur sa fille.

- Cette fille n'a fait que t'apporter des soucis, Alexandria, déclara-t-elle d'une voix étonnamment calme, mais ton jugement est tellement obscurci par l'affection que tu lui portes que tu ne le réalises pas. Je l'ai fait pour toi…

Même si Lexa savait parfaitement que c'était vrai, entendre sa mère le lui confirmer et n'en éprouver aucune honte avait le don de décupler sa rage. Elle se retrouva donc à secouer la tête d'un geste plein d'amertume, se demandant comment ils avaient été capables de faire quelque chose d'aussi affreux.

- Je t'en prie, déclara-t-elle d'une voix emplie de dégout, cesse de faire comme si tu avais déjà fait quelque chose pour moi…

- Assez! s'énerva M. Woods.

Habituellement, son ton aurait suffi à Lexa pour obéir et abandonner. Mais pas cette fois-ci.

Elle reporta son attention sur lui et le regarda droit dans les yeux. La bienveillance et la compassion qu'elle avait pu y lire plus tôt, durant la conversation qu'ils avaient eue avant la conférence de presse, avaient complètement disparu et elle se demandait si elles avaient été réellement là dans un premier temps. Si elle ne les avait pas juste fantasmé, comme à chaque fois qu'elle avait la moindre once d'espoir avec ses parents.

- As-tu du mal à entendre la vérité, père? demanda-t-elle sarcastiquement.

Sa question ne sembla qu'attiser un peu plus la colère de M. Woods. Il se redressa complètement de sa posture plus qu'intimidante et la darda de son regard froid habituel.

- Nous t'avons tout offert, déclara-t-il lentement. Tout. Une vie de rêve, une richesse qui ferait fantasmer n'importe qui, une éducation des plus prestigieuses, la succession à la tête d'une des plus grandes entreprises du monde… Nous t'avons bâti un véritable avenir, à la hauteur des espérances des plus grands, des plus puissants et, une fois de plus, tu te montres ingrate. Et ce pourquoi? Une fille?

La manière dont il prononça le dernier mot avec dédain amena Lexa à exploser une bonne fois pour toutes.

- Clarke n'est pas qu'une simple fille! s'écria-t-elle. Je l'aime et elle m'aime! Et elle me rend heureuse! Et si vous vous intéressiez un tant soit peu à moi, vous le verriez!

Elle marqua une légère pause et ajouta plus calmement, d'une voix beaucoup plus vulnérable:

- Si vous m'aimiez, vous le verriez…

Elle laissa passer quelques secondes mais lorsqu'elle ne reçut aucune réponse, elle se retrouva à secouer la tête et détourner les yeux.

Elle était en colère, pleine de rage mais elle sentait aussi triste. Triste et complètement désabusée.

- Toute ma vie, j'ai cherché à faire exactement ce que vous vouliez, déclara-t-elle. J'ai eu les meilleures notes possible à l'école, j'ai intégré l'une des meilleures universités du pays, j'y ai validé deux cursus, deux diplômes. J'ai intégré votre entreprise et j'y ai travaillé d'arrachepied… J'ai tout fait pour vous rendre fiers… J'ai fait tout ce que vous vouliez parce que j'espérais naïvement que vous réaliseriez que c'était moi que vous vouliez. Que j'étais suffisante…

Elle ferma les yeux et déglutit difficilement avant d'ajouter dans un souffle:

- Je voulais juste que vous m'aimiez…

Les derniers mots lui donnaient l'impression d'avoir été prononcés par toutes les versions d'elle-même qui s'étaient retrouvées, pendant des années, à se confronter à l'indifférence de ses parents. La petite Lexa tout juste âgée de 4 ans qui avait dû ravaler ses larmes lorsqu'elle s'était rendu compte que ses parents étaient les seuls absents au récital où elle avait obtenu le premier rôle.

La Lexa adolescente qui avait tenté de cacher sa déception au moment où elle s'était retrouvée à passer ses douzième, treizième et quatorzième anniversaires seule avec sa gouvernante parce que les personnes qui lui avaient donné la vie, celles qui auraient dû être extatiques à l'idée de fêter une année de plus de leur enfant, se trouvaient sur un autre continent et l'avaient complètement oubliée.

La Lexa qui, en fin de sa dernière année de lycée, avait été excitée de montrer à son père et sa mère sa lettre d'acceptation à Columbia mais qui avait très vite déchanté lorsqu'ils lui avaient dit qu'elle n'avait aucune réelle raison de se sentir fière d'une chose qui allait de soi.

Tout au long de sa vie, elle avait dû faire face à l'indifférence complète de ses parents et elle avait appris à s'y faire, elle avait appris à passer outre.

Et pourtant la douleur subsistait.

Parce qu'elle n'arrivait pas à se débarrasser de ce stupide espoir qu'un jour ils la remarquent, qu'un jour ils réalisent qu'ils l'aimaient, qu'ils tenaient à elle.

Mais il était peut-être temps qu'elle lâche enfin prise.

- J'espérais pour rien, n'est-ce pas? demanda-t-elle en reportant son attention sur ses parents.

Le regard de sa mère affichait une affliction qu'elle n'avait sûrement jamais vue chez elle et peut-être qu'elle aurait dû se concentrer sur ça. Mais, encore une fois, ce fut le regard de son père qui captura toute son attention. Regard toujours aussi froid, toujours impossible à discerner. Et elle n'avait qu'une envie, c'était de s'avancer jusqu'à lui et le secouer pour le forcer à afficher une autre émotion que son stoïcisme à toute épreuve.

- Vous n'avez jamais voulu d'enfant, poursuivit-elle lentement. La seule et unique chose qui vous intéressait , c'était d'avoir un héritier, un successeur pour préserver la suprématie des Woods…

M. Woods garda son regard ancré dans le sien mais ne répondit pas, ce que Lexa prit pour une confirmation.

- Alexandria… prononça sa mère d'une voix légèrement désespérée.

Mais Lexa secoua la tête pour l'empêcher de poursuivre.

- J'en ai assez, je suis fatiguée de courir après quelque chose que je n'aurais jamais…

- Qu'es-tu entrain de dire? questionna Mme Woods.

Un léger silence suivit sa question pendant lequel Lexa retrouva le regard de son père.

- Je ne veux plus rien avoir à faire avec vous, répondit-elle. Vous aurez ma démission dès demain matin…

- Tu ne sais pas ce que tu dis, déclara immédiatement Mme Woods, paniquée. Je t'en prie Alexandria, ne laisse pas ta colère t'obscurcir l'esprit…

Lexa l'entendait parfaitement et réalisait que sa mère se sentait réellement dépassée par la situation. Et elle lui en voulait. Énormément. D'être partie voir Clarke, de l'avoir menacée, d'avoir cherché à les séparer, à lui faire perdre la seule véritable source de bonheur qu'elle avait dans sa vie.

Mais la colère qu'elle ressentait pour sa mère était dérisoire face à celle qu'elle éprouvait pour l'homme face à elle. Parce qu'elle savait qu'il était celui qui tirait toutes les ficelles, celui par qui tout se passait.

Elle savait que sa mère n'était qu'un pion dans l'immense jeu auquel il se prêtait.

Donc elle garda son regard ancré dans celui glacial face à elle et prononça d'une voix claire et ferme:

- Au contraire, pour la première fois de ma vie, je vois les choses très clairement…

Elle recula de quelques pas avant de rompre enfin le contact visuel avec son père et se tourner pour se diriger jusqu'à la porte du bureau qui était restée ouverte.

- Ah, une dernière chose, déclara-t-elle juste avant de quitter la pièce.

Elle posa une main sur la porte et se tourna de nouveau vers ses parents qui n'avaient pas bougé d'un centimètre.

- Si vous vous en prenez à Clarke, de quelques manières que ce soit, je vous le ferais regretter…

- Et tu penses qu'on va se laisser intimider par tes menaces? questionna le Commandant.

Lexa se retint de laisser échapper un rire amer. Bien sûr, de tout ce qu'elle avait dit, la seule chose qui l'avait amené à réagir, c'était ses menaces.

- Vous devriez, répondit-elle sans se démonter. Après tout, je sais tout de vous. Je sais tout de votre « empire », je connais la stratégie économique et financière de Woods & Co sur les dix prochaines années. J'ai même aidé à la construire. Et je suis sûre que bon nombre de vos concurrents donneraient cher pour mettre la main dessus…

- Tu sais très bien que c'est la prison qui t'attend si tu fais ça, rétorqua son père.

- Je suis prête à prendre le risque...

- Ce ne sont que des paroles en l'air…

Lexa lui adressa un regard empli de certitude et répondit:

- Teste-moi…

Elle vit le Commandant serrer la mâchoire et ressentit une légère satisfaction à voir qu'elle avait enfin réussi à briser ce masque d'indifférence. Elle se détourna une nouvelle fois et esquissa un geste pour sortir mais fut de nouveau arrêtée par la voix de son père.

- Tu verras, déclara-t-il d'une voix lente et calme. Quand tes ennemis l'utiliseront pour t'atteindre, tu verras à quel point elle te rend faible…

Ses mots bousculèrent Lexa plus qu'elle ne l'aurait voulu. Elle leva de nouveau les yeux vers son père et, sûrement pour la première fois de sa vie, elle éprouva de la peine pour lui.

- On a tous nos faiblesses, répondit-elle. La tienne, papa, c'est de ne pas vouloir l'accepter. Et à cause de ça, tu mourras sans n'avoir jamais su ce que c'était que de véritablement aimer…

Elle détourna les yeux de lui, lança un dernier regard à sa mère puis leur tourna le dos et quitta le bureau sans regarder une seule fois derrière elle.


Clarke étouffa un grognement de frustration lorsqu'elle tomba pour la énième fois sur la messagerie de Lexa. Elle laissa son téléphone tomber sur le bar de la cuisine avant d'appuyer ses coudes dessus et d'enfouir son visage dans ses mains d'un geste las.

Un bruit de tonnerre l'amena à redresser brusquement la tête tandis que son inquiétude continuait de croitre.

- Et puis merde, marmonna-t-elle avant de se dégager du comptoir pour se diriger vers la porte du dressing qui se trouvait sous les escaliers avec la ferme intention d'y attraper son manteau et de rejoindre Lexa.

Si cette dernière voulait se lancer dans une guérilla contre ses parents, elle se devait de s'assurer qu'elle allait bien.

Cependant, au moment où elle atteignit le dressing, la porte d'entrée s'ouvrit et elle se retrouva à faire volte-face dans sa direction.

- Je te jure que –

Elle s'interrompit immédiatement lorsqu'elle vit l'état pitoyable dans lequel se trouvait Lexa. Elle était trempée de la tête jusqu'au pied et son visage affichait un accablement qui eut le don de lui briser le cœur.

- Oh Lex… souffla Clarke en se précipitant vers elle.

Elle posa ses deux mains sur le haut de sa poitrine dont le manteau qui la recouvrait était complètement mouillée et commença à descendre délicatement sa fermeture éclair.

- Tu vas attraper froid, dit-elle dans un murmure en lui retirant le manteau qu'elle posa négligemment sur la rampe d'escalier.

Même les vêtements qu'elle portait en-dessous étaient trempés, ce qui amena Clarke à se demander combien de temps elle avait bien pu rester sous la pluie torrentielle qui sévissait à l'extérieur.

- Tu sais, tu n'as pas besoin d'excuse pour m'enlever mes fringues, tenta de plaisanter faiblement Lexa, je te laisse toujours faire avec plaisir…

Clarke leva les yeux vers elle et lui adressa un regard excédé. Regard qu'elle perdit rapidement lorsqu'elle se retrouva confrontée à la tristesse qui s'affichait dans ces prunelles vertes qu'elle aimait tant et qui eut le don de lui briser le cœur.

Quoi qu'il se soit passé entre Lexa et ses parents, il était évident que ça l'avait bouleversée.

Clarke descendit donc ses mains le long de ses bras jusqu'à les entremêler aux siennes.

- Viens… lui dit-elle en l'attirant avec elle en direction des escaliers.

Et elle ne la lâcha que lorsqu'elles arrivèrent dans leur chambre et qu'elle la fit s'asseoir sur leur lit. Elle augmenta ensuite la température de la cheminée déjà allumée, se dirigea vers la salle de bains pour attraper la plus grande serviette qu'elle pouvait y trouver et revint se poster devant Lexa qui n'avait pas bougé d'un pouce et qui avait son regard posé sur les flammes devant elle. Sans rien dire, Clarke l'enveloppa dans la serviette et vint se mettre à genoux entre ses jambes. Elle lui retira ses chaussures puis, lorsqu'elle redressa la tête vers elle, elle lui décala délicatement les quelques mèches mouillées sur son visage et les glissa derrière son oreille. Le geste sembla attirer l'attention de Lexa qui détourna ses yeux emplis d'affliction de la cheminée pour les poser sur elle.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé? demanda-t-elle doucement.

Lexa ne répondit pas immédiatement. Elle fixa longuement Clarke et se rejoua une nouvelle fois la confrontation avec ses parents.

Ce ne fut que lorsqu'elle avait quitté l'immense tour de Woods & Co qu'elle avait pleinement réalisé ce qui s'était passé. Elle était restée immobile pendant de longues minutes à tenter de discerner ce qu'elle ressentait mais s'était retrouvée à faire face à une perdition qu'elle n'avait jamais connue jusqu'à présent.

Perdition qu'elle ressentait toujours, même en cet instant précis alors qu'elle se trouvait face à la personne la plus importante de sa vie.

- Tu continuerais de m'aimer si je n'avais plus rien? demanda-t-elle d'une voix à peine audible.

En temps normal, la question aurait sûrement vexé Clarke. Parce qu'elle se fichait complètement de la richesse de Lexa et Lexa le savait parfaitement.

Mais Clarke savait que derrière la question se cachait plus. Elle savait qu'elle signifiait plus, qu'elle représentait plus.

Lexa avait besoin de réassurance. Elle avait besoin d'entendre que quoi qu'il se soit passé, elle, elle sera toujours là. Et Clarke se maudirait si elle ne lui donnait pas ce qu'elle voulait.

Alors elle posa ses deux mains sur sa nuque et l'attira vers elle pour poser un baiser plein de tendresse sur ses lèvres qui avaient le goût de la pluie.

- Il n'existe rien qui puisse m'amener à ne plus t'aimer un jour, répondit-elle en gardant son visage à seulement quelques millimètres du sien. Je t'aimerais toujours Lex. Éternellement. Dans cette vie et dans toutes les autres…

Lexa laissa échapper un soupir saccadé et ferma les yeux en laissant son front aller contre celui de Clarke. Cette dernière embrassa de nouveau ses lèvres puis sa mâchoire et son nez avant de venir poser un baiser plein d'adoration sur son front.

- Dis-moi ce qu'il s'est passé…

Elle recula légèrement son visage pour pouvoir la regarder tout en caressant sa nuque d'un geste réconfortant et lui adressa un regard interrogateur. Lexa poussa un nouveau soupir avant de répondre.

- J'ai fait ce que j'aurais dû faire depuis longtemps, déclara-t-elle. J'ai envoyé balader mes parents…

- Comment ça tu les as envoyé balader? questionna Clarke en fronçant des sourcils.

Lexa laissa quelques secondes passées avant de répondre:

- J'ai démissionné et je leur ai dit que je ne voulais plus d'eux dans ma vie…

L'information choqua Clarke qui, sans le réaliser, se redressa sur ses jambes pour se tenir debout entre celles de Lexa qui suivit son mouvement en levant les yeux vers elle.

Elle ne savait pas quoi dire. Quoi faire.

Elle s'était doutée que quelque chose d'assez grave avait découlé de la confrontation entre les Woods vu l'état dans lequel Lexa était rentrée. Mais elle ne s'était pas attendue à ce que ce soit aussi grave…

Et elle ne savait même pas comment réagir. Malgré la pression que Lexa vivait au quotidien au sein de l'entreprise familiale, Clarke savait qu'elle y tenait énormément. Alors l'entendre dire qu'elle venait d'y tourner le dos, tout ça à cause d'une dispute dont elle était la cause, avait le don de créer un conflit en elle.

- Lex… souffla-t-elle incertaine.

- N'essaye même pas de me faire changer d'avis, déclara Lexa qui sembla comprendre le débat qui sévissait à l'intérieur de la tête de Clarke.

- Tu ne peux pas démissionner à cause de moi, tenta de raisonner Clarke. Ce travail compte beaucoup trop pour toi pour que t'y tourne le dos à cause de l'opinion que tes parents ont de notre couple…

Lexa secoua brusquement la tête.

- Tu ne comprends donc pas? déclara-t-elle. Ce n'est pas à cause de toi que j'ai démissionné mais à cause d'eux… Ils ont toujours cherché à me contrôler et – et je les ai toujours laissé faire mais là, ils sont partis trop loin…

Elle leva de nouveau les yeux vers Clarke et lui adressa un regard plein de supplice.

- Je ne serais jamais assez pour eux, Clarke… lui dit-elle doucement. Il est temps que j'en prenne conscience…

Le cœur de Clarke se fit de nouveau douloureux à l'entente des mots. Elle n'arrivait pas à comprendre comment les parents de Lexa pouvaient se montrer aussi ignobles avec leur fille.

Elle trouvait complètement injuste qu'ils puissent avoir cette ascendance, ce pouvoir sur les sentiments de Lexa alors qu'ils étaient loin de la mériter.

- C'est leur perte à eux… souffla-t-elle après quelques secondes, pas la tienne…

- Clarke…

- Tu es extraordinaire, Lex, ajouta Clarke avant qu'elle ne puisse ajouter quoi que ce soit d'autre.

Elle esquissa un léger sourire et, ignorant le fait que Lexa était encore trempée, elle se mit à califourchon sur elle puis poursuivit:

- Tu es forte, tu es intelligente, tu es généreuse et je peux te jurer qu'ils finiront par le réaliser et qu'ils s'en mordront les doigts…

Lexa esquissa un mince sourire à son tour avant d'enrouler ses bras autour de sa taille et de l'attirer un peu plus contre elle.

- Et après on dit que c'est moi qui ai une opinion biaisée…

- Ce n'est pas parce qu'elle est biaisée qu'elle est fausse, rétorqua Clarke dans un petit rire.

Lexa se contenta de lui répondre avec un sourire avant de se pencher vers elle pour l'embrasser délicatement. Elle ne put s'empêcher de laisser échapper un petit soupir et ferma les yeux pour se laisser apaiser par l'étreinte.

Clarke posa un baiser plein de révérence sur son nez puis son front avant de se reculer légèrement pour lui retirer la serviette qu'elle avait toujours autour des épaules. Elle la laissa tomber sur le lit sans y prêter plus d'attention puis reporta ses mains sur Lexa et commença à lui déboutonner sa chemise.

- Qu'est-ce que tu fais? questionna Lexa dans un léger rire.

- Je te sors de ces vêtements glacés, répondit Clarke sans arrêter. Ensuite on va se glisser sous la couette et je vais te prendre dans mes bras jusqu'à que tu te sois complètement réchauffée…

Lexa laissa échapper un nouveau rire et se laissa faire jusqu'à ce qu'elle se retrouve en sous-vêtements. Clarke la fit ensuite se lever, retira rapidement ses propres vêtements avant de se plonger avec elle sous la protection et la chaleur de la couverture qui recouvrait le lit. Puis, sans prononcer le moindre mot, elle l'attira contre elle et l'enveloppa dans une étreinte sécurisante.

Tout en enfouissant son visage un peu plus dans la nuque de Clarke, Lexa glissa une jambe entre les siennes et encercla sa taille avec son bras, un petit sourire se dessinant sur ses lèvres.

La plupart du temps, c'était elle qui tenait Clarke dans ses bras et elle adorait ça. Elle adorait pouvoir sentir son poids contre elle, sentir sa respiration contre son cou, pouvoir glisser ses doigts dans ses cheveux et lui arracher systématiquement un soupir de bien-être.

Elle adorait pouvoir la faire se sentir en sécurité, protégée et aimée. C'était sûrement une des sensations qu'elle adorait le plus au monde…

Mais avec leurs positions inversées, Lexa réalisait que Clarke lui apportait exactement les mêmes sensations.

Elle se sentait en sécurité. Elle se sentait protégée.

Et surtout, elle se sentait aimée.

- Clarke? prononça-t-elle après de longues secondes silencieuses.

- Oui?

Elle laissa quelques secondes passer avant de répondre:

- Je sais que tu pensais bien faire, mais tu ne peux pas me cacher ce genre de choses…

Elle sentit les bras de Clarke se tendre autour d'elle et redressa la tête pour pouvoir la regarder.

- Je pensais bien faire, lui répondit Clarke d'une petite voix. Je voulais juste te protéger…

- En te sacrifiant? rétorqua Lexa, légèrement agacée. C'est complètement idiot…

- Lex…

- Comment tu aurais réagi si les rôles avaient été inversés? lui demanda Lexa.

- Mal… marmonna Clarke.

Elle la vit détourner les yeux d'un air penaud et sentit son agacement la quitter immédiatement, ce qui l'amena à pousser un soupir et se dégager des bras de Clarke. Cette dernière reporta brusquement son regard sur elle, légèrement inquiète de la voir se braquer. Mais elle se retrouva vite rassurée lorsqu'elle comprit que Lexa ne s'était éloignée que pour s'allonger à côté d'elle et pouvoir mieux la regarder. Elle se tourna donc à son tour pour lui faire complètement face.

Lexa porta une main sur son visage et le lui caressa tendrement. Elle suivit le mouvement de ses doigts avec ses yeux pendant de longues secondes avant de les plonger dans ceux de Clarke qui étaient déjà ancrés sur elle.

- Je t'aime Clarke, lui dit-elle doucement. Et je t'aime encore plus de vouloir me protéger mais je ne veux pas te voir sacrifier quoi que ce soit pour moi…

- Tu passeras toujours avant tout, répondit des plus sincèrement Clarke.

- Pas avant toi, contesta Lexa. Jamais…

Elle fit redescendre ses doigts jusqu'à la bouche de Clarke et lui effleura tendrement les lèvres.

- Je ne laisserais jamais qui que ce soit s'en prendre à toi, poursuivit-elle. Même mes parents…

- Donc toi tu peux me protéger mais moi non? s'enquit Clarke d'un ton taquin.

Un rire s'échappa de nouveau de la bouche de Lexa qui secoua légèrement la tête.

- On devient ridicule, déclara-t-elle.

Ce qui fit exploser de rire Clarke qui laissa l'arrière de sa tête aller contre son oreiller avant de se tourner de nouveau vers Lexa. Elle perdit peu à peu son expression amusée et s'approcha un peu plus d'elle jusqu'à ce que seulement quelques centimètres séparent leurs visages. Puis, elle attrapa sa main qui se trouvait entre elles et l'entremêla à la sienne.

- Comment te sens-tu? questionna-t-elle dans un murmure.

Lexa la fixa pendant quelques secondes sans rien dire avant de finir par hausser imperceptiblement les épaules sous la couverture.

- Je ne sais pas… avoua-t-elle. Plus j'y pense et plus je me dis que c'était inévitable, que ce n'était qu'une question de temps avant qu'on en arrive là eux et moi… Mais il n'empêche que je me sens… perdue

Clarke acquiesça, comprenant ce qu'elle voulait dire.

Toute sa vie, Lexa avait suivi le chemin que ses parents avaient tracé pour elle. Elle avait toujours accepté et porté le poids que représentait le fait d'être l'héritière Woods, l'héritière du Commandant, acceptant de faire tous les sacrifices qu'on attendait d'elle.

Jusqu'à ce qu'Octavia et Raven rentrent dans sa vie.

Jusqu'à ce que Clarke rentre dans sa vie.

À partir de là, elle avait réalisé qu'il existait des choses qu'elle n'était pas prête à abandonner pour ses parents, pour son nom ou pour son empire.

Donc oui, peut-être que Lexa avait raison, peut-être qu'il n'était qu'une question de temps avant qu'elle n'arrive à un point de non-retour avec ses ascendants. Mais ce n'était pas pour autant qu'il était simple pour elle de tourner le dos à une vision de sa vie, une vision du futur, qui avait toujours été ancrée en elle…

- La situation n'est peut-être pas irrémédiable, tenta de positiver Clarke. Peut-être que c'était nécessaire pour qu'ils réalisent à quel point ils ont été horribles avec toi et qu'ils essayeront enfin d'agir comme de véritables parents…

- Peut-être… répondit Lexa, sceptique malgré tout. Mais j'ai fini d'attendre après eux… Il est temps que je construise ma vie sans les attentes de mes parents…

Clarke acquiesça et baissa les yeux vers leurs mains entremêlées qu'elle serra un peu plus. Après quelques secondes, Lexa laissa échapper un léger rire jaune avant de se laisser tomber sur le dos et de regarder le plafond au-dessus d'elle, sous le regard confus de Clarke.

- Toute ma vie, j'ai été préparée à devenir le prochain Commandant, déclara-t-elle lentement. Et je détestais le fait d'être coincée, d'avoir déjà tout de prédéfini, de ne pas avoir mon mot à dire… Et maintenant que j'ai le choix, je ne sais même pas quoi en faire…

Clarke poussa un profond soupir avant de se rapprocher d'elle et de poser son menton sur son épaule nue.

- Tu n'es pas obligée de le savoir aujourd'hui mon amour… Il faut juste que tu te dises que maintenant, tu as la possibilité de faire ce que tu veux et non pas ce qu'on attend de toi. Tu as une multitude d'opportunités qui s'offrent à toi et ça c'est une bonne chose.

Elle posa un tout petit baiser sur sa mâchoire et ajouta:

- Ne te demande pas ce que tu dois faire mais plutôt ce que tu aimerais faire et te connaissant, tu pourrais devenir ce que tu veux…

Et comme toujours, Clarke avait exactement les mots qui lui fallait pour sentir le poids au creux de sa poitrine s'alléger considérablement.

- Je me vois bien dans un uniforme de flic, plaisanta-t-elle. Je suis sûre que je ferais des ravages. Qu'est-ce que tu en penses?

Clarke laissa échapper un léger rire avant de se redresser sur son coude pour pouvoir mieux la regarder.

- Tu serais très sexy mais non…

Lexa tourna la tête vers elle et esquissa un sourire à son tour.

- Pompier alors? s'enquit-elle d'un air faussement sérieux.

Clarke secoua immédiatement la tête de gauche à droite.

- Si tu pouvais choisir un métier qui ne m'amènerait pas à passer tout mon temps à être morte d'inquiétude pour toi, ce serait sympa…

Cette fois-ci ce fut Lexa qui rigola. Cependant son rire s'évanouit presque immédiatement tandis que l'expression de son visage se durcissait peu à peu. Clarke la vit froncer des sourcils et réfléchir longuement avant de prononcer d'une petite voix:

- J'ai toujours aimé le droit…

Un petit sourire se dessina sur les lèvres de Clarke à l'entente des mots. Elle posa de nouveau son front contre sa tempe tout en faisant remonter sa main le long de son abdomen dans une caresse réconfortante.

- Quoi que tu choisisses, je serais là, promit-elle. À chacune des étapes…

Lexa lui répondit en tournant légèrement la tête pour poser un baiser sur son front. Elle garda ses lèvres contre sa peau et ferma les yeux.

- Merci…

Un nouveau silence s'installa pendant lequel elles se contentèrent de rester collées l'une à l'autre sans rien dire, sans rien faire hormis s'échanger quelques baisers et caresses emplis de tendresse. Elles avaient toutes les deux la tête pleine des évènements de ces dernières heures mais elles arrivaient enfin à retrouver une certaine sérénité. Sérénité qu'elles ne semblaient réussir à avoir que lorsqu'elles étaient ensemble.

- Cet appartement va me manquer… déclara Lexa après un long moment.

Elle jeta un regard circulaire autour d'elle et sentit son cœur se serrer.

Elle n'était pas du genre à jeter l'argent par les fenêtres, à jouir à tout va de la richesse de ses parents. Au contraire, malgré les fonds presque inépuisables qu'ils avaient mis à sa disposition, elle s'était toujours contentée d'utiliser son argent à elle. Celui qu'elle avait gagné en travaillant.

Mais elle ne pouvait contester le fait qu'elle jouissait d'énormément d'avantages liés directement à sa famille. Les limousines, les voitures de luxe, les tenues de grands couturiers, les restaurants chics… Et son loft…

Loft dans lequel elle vivait depuis près d'une décennie. Loft dans lequel Clarke et elle avaient commencé à construire un véritable foyer.

Loft auquel, tout comme le reste, elle devra dire au revoir…

- À moi aussi, répondit Clarke. Mais ce n'est pas grave, on en trouvera un autre…

- Tu réalises qu'on aura jamais les moyens de se payer quelque chose d'équivalent, fit remarquer Lexa.

Clarke redressa la tête pour pouvoir la regarder et lui adressa un sourire éblouissant.

- On s'en fiche, assura-t-elle. Je suis sûre que je me sentirais chez moi n'importe où tant que je suis avec toi…

Une chaleur agréable se répandit dans la poitrine de Lexa à l'entente des mots. Sans réellement réfléchir, elle se redressa, bascula Clarke sur le dos et vint se positionner au-dessus d'elle, lui arrachant ainsi un rire qu'elle étouffa avec ses lèvres.

- Quand est-ce que tu es devenue aussi guimauve? charria-t-elle contre ses lèvres.

- Sûrement quand j'ai commencé à sortir avec toi Madame J'ai-Cassé-le-Nez-de-l'Ex-de-Ma-Copine-Pour-Défendre-Son-Honneur, répondit Clarke en lui enlaçant la nuque.

- Il n'était pas cassé, grommela Lexa.

De nouveau, Clarke laissa échapper un rire et, de nouveau, Lexa ne put s'empêcher de l'embrasser. Elle maintint son poids en posant ses deux mains entre les bras et la taille de Clarke et captura langoureusement ses lèvres entre les siennes.

La réaction de Clarke fut immédiate. Elle resserra ses bras autour de sa nuque pour la coller un peu plus à elle et augmenter la cadence de leur baiser.

- Je t'aime Clarke, déclara Lexa en rompant le baiser à bout de souffle. Plus que tout au monde…

Clarke ramena ses mains jusqu'à son visage et le lui caressa avec adoration.

- Je t'aime aussi, répondit-elle dans un murmure.

Lexa posa un dernier baiser sur ses lèvres avant de se décaler pour pouvoir se glisser entre ses jambes et poser sa tête sur sa poitrine. Elle se retrouva à fermer immédiatement les yeux face à la sensation de leurs corps l'un contre l'autre, sans aucune barrière entre leurs peaux hormis leurs sous-vêtements. Lorsque Clarke glissa une main dans ses cheveux et fit redescendre l'autre le long de son dos, elle sentit le stress de la journée la quitter peu à peu.

Elle occulta la conférence de presse, la trahison de ses parents, sa décision de se libérer une bonne fois pour toutes de leur ascendance et se concentra sur le rythme régulier et rassurant des battements de son cœur contre son oreille.

Et, alors qu'elle sentait la poitrine de Clarke monter et descendre contre elle au rythme de sa respiration, elle repensa à cette infinité de possibilités que Clarke avait évoquées. Cette infinité de possibilités qui s'offraient à elle. Infinité à laquelle elle n'avait jamais osé penser jusqu'à maintenant. Mais Clarke avait raison, énormément de portes s'ouvraient à elle et, bien que cette pensée demeurait effrayante, Lexa ressentait une chose qu'elle n'avait jamais ressentie jusqu'à maintenant.

Pour la première fois de sa vie, elle se sentait libre.

Libre de l'oppression de son père, de son nom, de son empire.

Elle était libre et, bien que la sensation était des plus déconcertantes, elle était aussi revigorante et lui donnait une impression d'invincibilité.

Mais, malheureusement, il fallait croire que cette sensation était surtout éphémère.

Très éphémère…

Car, plusieurs heures plus tard, lorsque son téléphone sonna en pleine nuit et que la voix grave de son oncle Gustus la réveilla, son sentiment de liberté ne devint qu'un vague souvenir...


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Prochainement: Raven et Octavia qui empêche Clarke de faire une bêtise, Gustus qui expose un problème à Lexa et Lexa qui se retrouve à faire face à un dilemme qui risque de changer sa vie...