Bonsoir tout le monde!
Je pense qu'il est inutile que je vous demande une nouvelle fois de m'excuser pour le délai de publication ^^. Malgré tout, j'espère que vous êtes encore là et que ce chapitre vous plaira!
Je m'étais jurée de répondre aux reviews pour le chapitre précédent! Mais, comme vous pouvez le voir, je suis grave à la bourre ce soir donc j'ai dû faire l'impasse (sinon je publiais à minuit!). Je suis vraiment désolée! Et promis je me rattraperais pour les prochains!
Mais... pour me rattraper, je vous ai laissé un petit teaser pour le prochain chapitre! C'est pas beau ça?!
J'ai hâte de voir vos avis pour celui-ci!
Me manque plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture!
Et bonne soirée!
LSAfor'
PS: Comme toujours un grand merci à jenkus pour la correction du chapitre!
Chapitre 22:
- La clause figurant dans le pacte des actionnaires est très claire à ce sujet, déclara Mme Woods d'une voix forte, Alexandria est la seule héritière légitime d'Edward et, par conséquent, la seule PDG légitime de Woods & Co…
Lexa n'avait pas besoin de regarder sa mère pour savoir qu'elle perdait de plus en plus patience. Patience dont elle-même commençait à terriblement manquer.
Elles se trouvaient toutes les deux face à un Conseil d'Administration au complet qui aurait dû valider officiellement sa nomination en tant que nouvelle PDG depuis près d'une heure mais qui faisait preuve de résistance. Ce qui, en soi, n'aurait pas vraiment dû représenter la moindre surprise pour Lexa, surtout lorsqu'elle voyait le sourire calculateur que Nia Queen arborait depuis le début de la réunion.
Cette dernière porta d'ailleurs son attention sur Mme Woods et lui répondit:
- Alexandria, très chère, nous ne remettons pas en cause la légitimité de la clause mais nous nous devons tout de même de la faire vérifier…
- Il s'agit là de la définition même d'une remise en cause, rétorqua sèchement Mme Woods.
Sa perte de calme évidente ne fit qu'accentuer le sourire de Nia.
- Il faut nous comprendre, nous avons signé cette clause il y a plus de 25 ans, votre fille n'était même pas encore née… déclara Nia en faisant un signe de tête condescendant en direction de Lexa.
Cette dernière ne se laissa pas atteindre par l'évidente provocation et garda son visage complètement fermée. Elle savait que c'était exactement ce que cherchait l'autre femme.
Et peut-être qu'effectivement Lexa n'était pas encore née quand l'entreprise avait été créée, contrairement à toutes les personnes qui se trouvaient autour de la table en cet instant précis, mais elle avait été préparée depuis toujours à la diriger. Elle n'avait pas eu d'enfance à cause de ça. Elle n'avait pas eu de véritable vie de famille ou de réels liens avec ses parents à cause de ça.
Qu'elle le veuille ou non, sa mère avait raison. Woods & Co faisait partie d'elle. Et ce n'était pas Nia Queen qui allait réussir à le retirer.
Elle avait trop sacrifié pour ça…
À cette pensée, elle sentit son cœur se serrer. Comme à chaque fois qu'elle pensait aux sacrifices qu'elle avait fait pour se trouver là où elle était aujourd'hui...
La vision de Clarke vint lui hanter l'esprit et elle se retrouva malgré elle à se remémorer la dernière fois qu'elle l'avait vue, le matin même, alors qu'elle la quittait pour venir à Los Angeles.
∞ Flash-Back
- Bon voyage à vous, souhaita l'hôtesse.
Elle tendit son carton d'embarquement à Lexa qui l'attrapa en la remerciant avec un petit sourire poli avant de tourner les talons et de s'avancer dans l'immense hall de l'aéroport JFK. Elle jeta un coup d'œil à l'écran qui affichait les différents départs, repéra sa porte d'embarquement puis reporta son attention sur Clarke qui l'attendait un peu plus loin avec Raven, Octavia, Anya et Lincoln. Ignorant pour la énième fois le sentiment de détresse au creux de son estomac, elle réarrangea la sangle de la sacoche qu'elle avait sur l'épaule et se dirigea vers eux avec un sourire sur les lèvres.
- Tout est okay? questionna Octavia lorsqu'elle arriva à leur hauteur.
Lexa croisa le regard de Clarke qui ne la quittait pas des yeux puis acquiesça à l'adresse d'Octavia.
- Yep, répondit-elle, il ne me reste plus qu'à embarquer…
Un léger silence plein de tension suivit ses mots pendant lequel personne ne bougea. Ils savaient tous que c'était l'heure des au revoir mais ils n'en avaient aucune envie.
Finalement, ce fut Lincoln qui prit l'initiative d'ouvrir le bal et s'avança de quelques pas vers sa cousine pour la prendre dans ses bras.
- Ne te montre pas trop ambitieuse à vouloir conquérir le monde entier ou un truc dans le genre hein, plaisanta-t-il en la serrant contre lui.
Lexa laissa échapper un léger rire en répondant à l'étreinte.
- Je vais essayer, promit-elle.
Lincoln se recula pour la regarder et son petit air mutin disparut pour laisser place à une expression beaucoup plus morne.
- Prends soin de toi, lui dit-il doucement, et surtout reste fidèle à toi-même…
Ses mots secouèrent quelque peu Lexa qui ne put se résigner à répondre avec autre chose qu'un acquiescement et un mince sourire. Lincoln sembla le comprendre car il n'attendit pas de réponse, lui fit une légère bourrade affectueuse à l'épaule et se recula pour laisser la place à sa sœur qui s'avança vers elle d'un pas hésitant.
- Je ne peux pas m'empêcher d'avoir l'impression de te lâcher, admit Anya.
Lexa vit que malgré le stoïcisme qu'elle tentait d'afficher, le visage de sa cousine montrait une certaine agitation. Elle lui adressa un sourire rassurant et hocha la tête de gauche à droite.
- Non An' au contraire, assura-t-elle. On sera beaucoup plus efficaces séparées qu'ensemble et tu le sais…
- Diviser pour mieux régner, comprit Anya.
Ce qui fit sourire un peu plus Lexa qui acquiesça en disant:
- Exactement…
Elles se fixèrent longuement, ne semblant communiquer qu'avec leurs regards, puis Anya fit un pas vers elle et lui tendit le bras. Lexa baissa les yeux vers la main de sa cousine et se pinça les lèvres pour ne pas rigoler face au geste.
Anya et elle étaient tellement identiques sur de nombreux points. Le premier étant qu'elles détestaient se montrer vulnérables. C'était pour cette raison que leur relation n'était pas des plus affectueuses. Elles n'étaient pas du genre à se prendre dans les bras ou à se faire de longues déclarations d'amour larmoyantes. Elles s'aimaient, étaient là l'une pour l'autre, loyales l'une envers l'autre et elles le savaient parfaitement. Elles n'avaient pas besoin de se le dire.
Alors, comme à chaque fois qu'elles se retrouvaient confrontées à ce genre de situation, Lexa attrapa le bras tendu et serra l'avant-bras de sa cousine dans ce salut particulier qu'elles se faisaient à chaque fois qu'elles terminaient un combat sur le ring de leur salle de sport.
Anya serra à son tour son avant-bras et posa son autre main sur son épaule.
- Un appel et je suis là en quelques heures, promit-elle.
- Je sais, assura Lexa.
- Ils ne savent vraiment pas ce qui les attend...
- Je vais juste faire ce que j'ai à faire, répondit Lexa avec un haussement d'épaules.
- Oui et ils vont très vite comprendre à quel point ils t'ont sous-estimée, rétorqua Anya avec un sourire goguenard et fier sur les lèvres.
Lexa esquissa un sourire à son tour en la fixant longuement. Elle savait qu'elle avait très bien réussi à ne pas le montrer jusqu'à maintenant, surtout pour ne pas accentuer le sentiment de culpabilité d'Anya, mais elle appréhendait réellement de se retrouver seule à Los Angeles sans sa cousine qui avait toujours été là pour l'aider, la guider, la conseiller.
- Bon ça suffit les adieux dramatiques! lança Raven. On a l'impression que Lexa s'en va à la guerre!
Elle vint s'interposer entre elles et bouscula légèrement sa petite-amie d'un geste joueur.
- C'est à notre tour maintenant, lui dit-elle.
Anya grogna de contestation mais lâcha tout de même sa cousine et, après un dernier signe de tête, se recula tandis que Raven et Octavia prenaient sa place. Elles se postèrent toutes les deux devant Lexa et la prirent en même temps dans leurs bras. Cette dernière laissa échapper un léger rire et répondit à leur étreinte. Son regard trouva immédiatement celui de Clarke par-dessus les épaules de leurs meilleures amies. Elle se tenait à quelques mètres en retrait et suivait l'échange avec des yeux rouges et humides qui eurent le don d'accentuer la douleur au creux de la poitrine de Lexa.
- Tu vas vraiment nous manquer, déclara Octavia à son oreille.
- Vous allez aussi me manquer, répondit Lexa dans un craquèlement de voix.
Elle ferma les yeux pour savourer quelques secondes l'étreinte de ses amies avant de les rouvrir pour se replonger dans ceux de Clarke. Elle ne bougea pas pendant quelques secondes puis s'obligea à se reculer légèrement pour pouvoir reporter son attention sur Octavia et Raven à qui elle adressa un léger sourire.
- Vous veillerez sur elle hein? leur demanda-t-elle dans un murmure qui n'était destiné qu'à elles.
Raven et Octavia n'eurent pas besoin qu'elle leur précise de qui elle parlait pour savoir qu'il s'agissait de Clarke. Elles échangèrent un regard avant de se tourner de nouveau vers Lexa et lui adresser un sourire triste et rassurant à la fois.
- Toujours, promit Octavia.
- Tu veilles sur toi aussi, ajouta Raven. Fais attention à toi, ne laisse pas le pouvoir te monter à la tête et surtout ne deviens pas aussi snob que les personnes que tu côtoieras au quotidien.
Lexa secoua la tête en rigolant, la boule qu'elle avait au ventre s'allégeant l'espace de quelques secondes.
- C'est promis, répondit-elle.
- De toute façon, on viendra s'en assurer de nous-mêmes, déclara Raven avec un petit sourire mutin. J'ai bien l'intention de venir profiter de tous ces nouveaux avantages dont tu as hérité!
Octavia lui mit un coup de coude à l'estomac qui l'amena à se tourner vers elle pour lui lancer un regard scandalisé.
- Quoi? s'offusqua-t-elle. Il faut bien qu'on trouve des côtés positifs à la voir s'en aller!
Lexa laissa échapper un nouveau rire amusé.
- Tu auras libre accès à tout ce que j'ai en ma possession, promit Lexa.
- Yes! s'exclama Raven en brandissant exagérément le poing en l'air.
En réalité, elle se fichait un peu de la vie de luxe qui attendait Lexa – enfin elle ne s'en fichait pas réellement, il fallait être un minimum honnête – mais la seule raison pour laquelle elle agissait ainsi c'était pour tenter de la faire sourire et elle était heureuse de se voir réussir.
Elle perdit tout de même peu à peu son sourire espiègle et regarda Lexa avec beaucoup plus de sérieux.
- J'aurais quand même préféré te voir rester avec nous, lui dit-elle doucement.
- Je sais… assura Lexa.
Elles se prirent une dernière fois dans les bras puis, après une dernière étreinte entre Lexa et Octavia, les trois amies se séparèrent et Octavia et Raven se décalèrent.
Le regard de Lexa retrouva immédiatement celui de Clarke et la détresse qu'elle avait ressentie plus tôt et qui s'était légèrement éclipsée grâce à ses amies lui revint brutalement.
Parce qu'il ne lui manquait plus que Clarke à qui dire au revoir et elle n'était pas sûre d'en être capable.
- On va t'attendre un peu plus loin, déclara Octavia à l'adresse de Clarke.
Cette dernière se contenta d'acquiescer et de lui adresser un petit sourire reconnaissant.
Après un dernier au revoir à Lexa, Octavia, Raven, Lincoln et Anya s'éloignèrent de plusieurs mètre, les laissant ainsi seules toutes les deux et elles se retrouvèrent à se fixer de nouveau sans rien dire ni bouger.
- Tu as pris tout ce qu'il te faut? finit par demander Clarke.
Lexa acquiesça doucement et un nouveau silence se fit.
- On se voit bientôt de toute façon, déclara Clarke après quelques secondes. Dès que nos emplois du temps concordent, je viendrais te voir et – et d'ici là, on sera trop occupées pour voir le temps passer…
Lexa savait que c'était faux et que les jours qu'elles allaient passer loin l'une de l'autre allaient être d'une longueur agonisante. Elle le savait et elle savait que Clarke le savait aussi et qu'elle tentait juste de les réconforter toutes les deux. Alors elle ne dit rien. Elle déglutit difficilement et se contenta d'acquiescer de nouveau.
- Tu dois aussi prendre soin de toi, poursuivit Clarke. Ne saute aucun repas et ne passe pas des nuits blanches à travailler…
- Ça te va bien de dire ça alors que c'est exactement ce que tu fais quand tu es à l'hôpital, tenta de plaisanter Lexa.
Mais Clarke n'esquissa aucun sourire amusé et la fixa gravement de ses yeux rouges.
- Je suis sérieuse Lex, lui dit-elle sévèrement. Ne m'oblige pas à venir jusqu'à Los Angeles te botter les fesses…
- Ne me dis pas ça, je risque de le faire juste pour pouvoir te voir, plaisanta Lexa avec un petit sourire hésitant.
Clarke laissa échapper un rire qui se transforma rapidement en sanglot et Lexa sentit son monde entier s'écrouler. Sans réellement réfléchir, elle laissa tomber sa sacoche au sol sans accorder la moindre importance à l'ordinateur qui se trouvait à l'intérieur et ouvrit les bras.
- Viens là, intima-t-elle doucement.
Clarke n'hésita pas une seule seconde avant de combler les quelques mètres qui les séparaient et de venir se blottir dans ses bras.
- Je suis désolée, je m'étais jurée de rester forte, déclara Clarke contre sa nuque.
Lexa serra fortement la mâchoire pour tenter de retenir ses propres larmes qui lui piquaient de plus en plus les yeux. Elle se recula légèrement, posa un baiser sur le front de Clarke puis baissa les yeux vers les siens tout en portant ses mains sur ses joues pour essuyer les larmes qui y coulaient.
- Tu es la personne la plus forte que je connaisse, prononça-t-elle dans un murmure plein de sincérité.
Clarke laissa échapper un reniflement sceptique entre le rire et le sanglot et elles se retrouvèrent de nouveau à se fixer sans pouvoir détourner les yeux.
- Les passagers du vol 715 à destination de Los Angeles sont priés de se rendre à la porte d'embarquement n°14, annonça la voix officielle émanant des microphones les amenant ainsi à lever la tête pour l'écouter. Nous allons procéder à l'embarquement…
Lexa baissa de nouveau les yeux vers ceux de Clarke mais ne dit rien. Elle n'avait pas besoin de dire à voix haute qu'elle devait partir, elles le savaient parfaitement.
Clarke glissa ses deux mains sur son visage et l'attira contre elle jusqu'à ce que leurs fronts se touchent et que leurs nez se frôlent.
- Je sais qu'on va y arriver, déclara-t-elle d'une voix tremblotante, mais ça n'empêche pas que tu vas terriblement me manquer…
Abandonnant toute réserve, Lexa se pencha vers elle et captura ses lèvres d'un geste fougueux.
Elle l'embrassa avec tout ce qu'elle avait, avec tout ce qui faisait d'elle ce qu'elle était.
Elle l'embrassa avec tout l'amour qu'elle lui portait. Elle l'embrassa avec le déchirement qu'elle ressentait à l'idée de se séparer d'elle.
Elle l'embrassa avec la promesse que quoi qu'il se passe, quoi qu'il arrive, quoi qui les attend, son cœur lui appartiendra toujours.
- Pas une minute ne passera sans que je ne pense à toi, déclara-t-elle à bout de souffle lorsqu'elles rompirent le baiser.
- Dernier appel pour le vol 715 à destination de Los Angeles, merci de vous rendre à la porte d'embarquement n°14…
Clarke combla de nouveau la distance qui séparait leurs bouches et l'embrassa désespérément pendant de longues secondes avant de poser ses mains sur la poitrine à Lexa et d'appuyer dessus d'un geste joueur pour l'obliger à se reculer.
- Tu devrais t'en aller si tu ne veux pas que je te garde prisonnière ici, lui dit-elle en s'efforçant d'adopter un ton plus léger.
Lexa esquissa un mince sourire avant de se forcer à se détacher d'elle. Elle se recula pour récupérer le sac qu'elle avait laissé tomber au sol, le glissa sur de son épaule et, sans qu'elle ne puisse résister, elle revint vers Clarke et l'embrassa de nouveau de manière intense. Et Clarke se retrouva dans l'incapacité de faire quoi que ce soit hormis de prendre son visage en éventail et répondre au baiser avec la même ferveur.
- Je t'aime plus que tout au monde, souffla Lexa entre deux baisers.
- Je t'aime aussi, répondit Clarke.
Elle posa un baiser sur ses lèvres, puis deux et trois avant de l'obliger à se reculer une nouvelle fois.
- Maintenant va-t'en, lui dit-elle avec un petit rire.
Il s'agissait d'une véritable torture mais elle savait que si elles ne s'obligeaient pas à se séparer, elles resteraient indéfiniment dans ce hall d'aéroport à s'embrasser.
Lexa acquiesça, lui vola un dernier baiser furtif avant de prendre une profonde inspiration et de se détacher complètement d'elle. Elle recula de plusieurs pas sans la quitter des yeux puis, après un dernier regard, finit par tourner les talons et avança en direction des portes d'embarquements.
Clarke ne la quitta pas des yeux, son cœur lui donnant l'impression de s'alourdir un peu plus à chacun des pas que Lexa faisait loin d'elle.
Elle la regarda se tourner une dernière fois vers elle, lui adresser un dernier signe de la main puis disparaitre derrière les portes qui menaient à son avion. Et malgré le fait qu'elle ne la voyait plus, elle resta figée sur place pendant de longues secondes.
Ce ne fut que lorsque Raven vint enlacer ses épaules avec son bras qu'elle sortit de sa contemplation. Elle se laissa ensuite guider jusqu'à la sortie de l'aéroport en se demandant si la douleur au creux de sa poitrine allait finir par s'affaiblir…
∞ Fin du Flash-Back
- Les circonstances ne doivent en aucun cas nous amener à nous précipiter, déclara Nia, sortant ainsi brutalement Lexa de ses souvenirs. Le bien de l'entreprise en dépend…
Lexa se retint de laisser échapper un rire sarcastique à l'entente des derniers mots. Le bien de l'entreprise était loin d'être l'inquiétude principale de Nia Queen, tout le monde autour de cette table le savait pertinemment. Et pourtant un murmure approbateur parcourut les autres actionnaires majoritaires, amenant ainsi Nia à esquisser un sourire victorieux.
- La clause stipule noir sur blanc que si Edward venait à décéder ou à se retrouver en incapacité de continuer d'exercer son rôle, seul son héritier légitime le remplacerait et ce, sans vote préalable du Conseil, répondit Mme Woods d'un ton agacé. Que vous faut-il de plus?
Le sourire de Nia s'agrandit un peu plus tandis qu'elle ne quittait pas Mme Woods des yeux, donnant l'impression de voir un prédateur face à sa proie.
- Pourquoi insistez-vous autant pour faire valider cette clause aussi vite? lui demanda-t-elle. Vous donnez l'impression d'omettre de nous dire quelque chose...
Lexa entendit un reniflement moqueur émaner d'une personne se trouvant autour de la table et elle n'avait pas besoin de regarder pour savoir qu'il s'agissait de Cage Wallace. Elle n'arrivait d'ailleurs toujours pas à comprendre comment son père avait pu faire l'erreur d'être assez négligeant pour le laisser devenir un actionnaire majoritaire au sein de leur entreprise. Pendant des années, il avait veillé à garder l'ascendance fulgurante de la famille Wallace loin de son entreprise. Il avait gardé l'influence de Dante dérisoire et celle de son fils complètement inexistante. Et pourtant, aujourd'hui, lui était décédé et les deux Wallace, père et fils, faisaient partie de ceux qui avaient l'avenir de son entreprise entre leurs mains.
Elle fut sortie de ses réflexions lorsqu'elle vit le visage de sa mère se décomposer de fureur face à l'accusation à peine dissimulée, ce qui la poussa à prendre la parole avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit.
- Que proposez-vous? demanda-t-elle d'une voix impassible à l'adresse de Nia.
Elle savait que la dirigeante d'Azgeda Corp. cherchait à faire sortir sa mère de ses gongs pour la discréditer un peu plus face au Conseil et il était hors de question qu'elle la laisse faire. Si elle voulait réellement démonter leurs arguments un par un, il était temps qu'elle propose les siens.
Nia porta son attention sur elle et de nouveau, Lexa se retrouva à faire face à un regard condescendant. Mais il était loin de la déranger.
Plus ils la sous-estimaient, plus ça la servait…
- Nous reportons l'élection, finit par répondre Nia. D'un mois… Ce qui nous laisserait assez de temps pour faire vérifier ces conditions que votre père nous a imposées…
- Nous ne pouvons rester plus longtemps sans PDG! s'exclama Mme Woods. Ce serait complètement irresponsable et mettrait encore plus en danger la stabilité de l'entreprise qui a déjà été grandement fragilisée par le décès d'Edward!
Cette fois-ci, le murmure d'approbation qui parcourut les autres actionnaires fut en sa faveur.
- Elle a raison Nia, concéda Dante Wallace. Nous ne pouvons nous permettre de rester sans dirigeant durant autant de temps…
Lexa observa attentivement Nia et vit que la réponse la pris légèrement au dépourvu. Mais la surprise sur son visage disparut presque aussitôt qu'elle était apparue et laissa de nouveau place à son sourire arrogant.
- Effectivement ce serait une véritable erreur, admit-elle, et ce n'était pas ce que je proposais…
- Alors que proposez-vous? réitéra Mme Woods avec un petit sourire en coin.
Elle aussi semblait avoir remarqué la faille dans la façade victorieuse qu'affichait Nia et Lexa comprit qu'elles étaient en train de reprendre la main sur cette réunion.
- Qu'en attendant de savoir si la nomination officielle et définitive de mini-Alexandria ici présente est réellement légitime, déclara Nia d'un ton légèrement moqueur, elle occupe le poste de PDG temporaire. Ainsi, la Compagnie donne l'impression de retrouver sa stabilité, nous, nous avons le temps nécessaire pour faire vérifier nos droits et, en plus de ça, cette période nous permettra de réellement nous assurer que votre fille puisse contrôler assez ses émotions pour diriger l'empire qu'est Woods & Co…
Un léger silence suivit ses mots. Ses mots qui faisaient référence à l'incident qui avait eu lieu pendant le Gala de New-York et qui ne représentaient qu'une provocation supplémentaire. Provocation à laquelle, là aussi, Lexa n'avait aucune intention de répondre.
- Il s'agit là d'une proposition très judicieuse, finit par dire Dante Wallace, je pense que nous sommes tous d'accord pour le dire?
Il lança un regard circulaire autour de lui et reçut plusieurs acquiescements de la part des autres membres du Conseil qui avaient regardé silencieusement l'échange entre les trois femmes. Lexa les observa à son tour et comprit qu'elle n'avait pas d'autre choix que de se plier à leur exigence, ce qui ne sembla pas être de l'avis de sa mère qui s'apprêta à prendre la parole pour riposter. Mais, de nouveau, Lexa se dépêcha de la devancer.
- J'accepte, déclara-t-elle.
Il était inutile des se livrer à un combat qui était perdu d'avance. Après tout – et elle l'avait assimilé depuis son plus jeune âge – quelquefois, il était nécessaire de concéder une bataille pour gagner la guerre.
- Parfait! lança Nia.
Et le regard froid et calculateur qu'elle lui adressa ne fit que conforter Lexa dans son idée…
Une heure plus tard, le Conseil se termina enfin. Avec sa mère sur ses pas, Lexa pénétra à l'intérieur du bureau de son père.
Ou plutôt à l'intérieur de son bureau à elle.
- Je me demande ce que prépare Nia, déclara sa mère. La clause est légitime, elle le sait très bien et elle ne pourra rien y changer. Et pourtant elle nous a fait repousser ta nomination…
Son questionnement était légitime et pertinent mais Lexa ne l'écoutait pas vraiment. Elle était trop occupée à regarder autour d'elle, observant plus attentivement la pièce qui l'avait intimidée pendant toutes ces années et qui était dorénavant à elle. Elle se demandait si elle s'y sentirait bien un jour, si elle réussirait à faire disparaitre cette nervosité qu'elle ressentait à chaque fois qu'elle s'y trouvait…
Tout y était froid. Austère. Les murs, les meubles, l'espace…
- Elle donnait l'impression de chercher à gagner du temps plus qu'autre chose, poursuivit Mme Woods.
Lexa finit par reporter son attention sur elle.
- J'ai trouvé sa demande adéquate, finit-elle par lui répondre. Tout comme sa proposition… Père était peut-être le fondateur de l'entreprise mais dès le moment où il a décidé de la faire entrer en bourse, il a accepté de la partager…
- Et donc, tu es prête à la leur céder? rétorqua Mme Woods.
- Je n'ai pas dit ça, s'agaça légèrement Lexa. Mais qu'on le veuille ou non, ces personnes ont autant leur mot à dire que nous. Ils ont investi dans cette entreprise, ils ont autant à perdre que nous… Et qu'importent les motivations qui se cachent derrière la demande de Nia Queen, sa requête reste juste…
Elle se détourna de sa mère et s'enfonça un peu plus dans le bureau en se massant les tempes d'un geste las.
Elle n'était là que depuis seulement quelques heures et pourtant elle avait déjà l'impression d'étouffer.
New-York lui manquait. Ses amis lui manquaient.
Clarke lui manquait. Déjà. Et terriblement.
Et le fait de ne pas savoir quand elle la reverrait, quand elle la reprendrait dans ses bras, l'embrasserait, avait le don de décupler sa sensation de manque…
- Tu ne dois en aucun cas faire confiance à Nia, déclara Mme Woods derrière elle.
Lexa laissa ses mains retomber le long de son corps et laissa échapper un léger rire sans joie avant de se tourner de nouveau vers elle.
- Rassure-toi, lui dit-elle lentement, je ne fais confiance à personne ici…
Le visage de Mme Woods se décomposa légèrement face à la remarque qu'elle savait lui être directement destinée.
- Tu peux me faire confiance, assura-t-elle. Nous sommes du même côté et tu le sais…
Lexa laissa échapper un nouveau rire jaune en secouant légèrement la tête.
- Je t'en prie… répondit-elle sarcastiquement. Après tout ce qui s'est passé, la moindre des choses que tu pourrais faire, ce serait d'arrêter de me mentir en pleine face…
Elle lui tourna de nouveau le dos et fit le tour du bureau pour ouvrir son ordinateur portable qu'elle avait posé dessus un peu plus tôt. Mme Woods la regarda sans rien dire pendant de longues secondes puis prit une profonde inspiration et demanda:
- Est-ce qu'on ne pourrait pas oublier tout ce qui s'est passé et redémarrer d'un bon pied? Dieu sait que nous allons en avoir besoin…
Lexa leva les yeux vers elle et l'observa longuement en se demandant si elle n'était pas en train de se payer sa tête.
- Tu attends réellement de moi que j'oublie tout ce qui s'est passé, tous les coups foireux que tu as pu me faire? lui demanda-t-elle lentement.
- Je sais que j'ai fait une erreur en m'en prenant à ta petite-amie – commença Mme Woods.
Mais Lexa la coupa immédiatement.
- Clarke, prononça-t-elle d'une voix dure. Elle s'appelle Clarke…
Mme Woods la fixa quelques secondes puis acquiesça.
- Clarke, répéta-t-elle. Je sais que je n'aurais pas dû essayer de vous pousser à vous séparer mais j'essayais juste de te protéger… Et hormis cette erreur de jugement, je n'ai jamais tenté d'intervenir dans ta vie derrière ton dos…
De nouveau, Lexa se retrouva à étudier longuement sa mère. Et elle lui semblait sincère. Vraiment.
Mais il y avait encore beaucoup trop de zones d'ombre pour qu'elle puisse, ne serait-ce qu'envisager, de la croire.
Une beaucoup plus que les autres…
- Et pour Costia? finit-elle par demander.
Mme Woods se figea une fraction de seconde avant de retrouver un visage impassible. Mais Lexa le remarqua, ce qui l'encouragea à poursuivre.
- Si tu veux réellement me prouver que je peux te faire confiance, déclara-t-elle en revenant sur ses pas pour faire le tour du bureau et lui faire face, si tu veux réellement qu'on fasse table rase du passé, commence par me dire une bonne fois pour toutes la vérité… Est-ce que vous étiez derrière l'embauche de mon assistante?
Un silence de quelques secondes s'installa pendant lequel aucune des deux ne bougea. L'une à l'opposée de l'autre, elles ne se quittèrent pas des yeux et s'observèrent longuement.
- Oui… finit par répondre simplement Mme Woods.
L'aveu amena Lexa à laisser échapper un rire sans joie en se détournant une nouvelle fois de sa mère. Elle secoua la tête avant de lever la tête en l'air et de fermer les yeux.
Après tous ces mois, après tous ces doutes et ces incertitudes, elle avait enfin la confirmation qu'elle n'était pas parano.
Elle redressa la tête et se tourna de nouveau vers sa mère qui continuait de la regarder sans rien dire.
- Comment est-ce que vous avez su?
Sa question amena Mme Woods à froncer légèrement des sourcils.
- Comment est-ce que nous avons su quoi?
- Qui elle était, répondit Lexa.
Elle serra la mâchoire, déglutit difficilement et ajouta:
- Qu'elle était la seule personne susceptible d'amener Clarke à douter de moi…
Mme Woods ne répondit pas immédiatement. Elle poussa un soupir et s'avança dans le bureau. Lexa la regarda s'arrêter devant une toile sur laquelle elle fit passer un doigt délicat, presque vulnérable. Il s'agissait d'une majestueuse peinture d'un artiste français très connu mais dont Lexa ne se rappelait même pas du nom. La seule chose dont elle se rappelait c'était qu'elle avait vu sa mère l'offrir à son père, il y avait près d'une décennie, après qu'elle soit rentrée d'un voyage d'affaire à Paris.
Lexa se souvenait parfaitement de ce jour-là. Il l'avait marqué parce que c'était sûrement l'un des seuls où elle avait vu ses parents agir autrement que comme des associés de travail…
Et, pour la première fois depuis le décès de son père, elle oublia la rancœur qu'elle ressentait pour sa mère et se laissa penser à ce qu'elle pouvait bien ressentir.
Que pouvait-elle bien ressentir en se trouvant ici, dans le bureau dans lequel elle avait vu son mari exercer pendant toutes ces années? Que pouvait-elle bien ressentir lorsqu'elle rentrait et se retrouvait seule le soir, sans la personne qui avait partagé sa vie pendant autant d'années?
Lexa savait que, aussi tordu, aussi opportuniste, aussi calculatrice qu'était leur relation, ses parents tenaient l'un à l'autre.
À leur manière.
Ils avaient toujours été un binôme, une équipe, des associés face à l'adversité.
Sa mère n'avait jamais réellement fonctionné sans son mari. Elle avait toujours tout fait en fonction de lui, sa vie était régie et avait tourné autour de lui.
Maintenant qu'il n'était plus là, qu'en advenait-il d'elle?
Mme Woods fixa la peinture quelques secondes supplémentaires en la caressant du bout des doigts avant de fermer les yeux et de reporter son attention sur sa fille.
- Nous avons tendance à énormément sous-estimer les informations que nos subordonnés détiennent sur nous, déclara-t-elle lentement. Surtout ceux qui nous assistent personnellement…
Lexa fronça des sourcils, confuse, avant qu'un éclair de clairvoyance ne la frappe.
- Emori… comprit-elle.
Mme Woods lui répondit par un acquiescement imperceptible.
- Nous nous sommes rapprochés d'elle et lui avons proposé le poste qu'elle convoitait depuis plusieurs années contre quelques informations sur toi, énonça-t-elle d'une voix monotone, factuelle.
- Vous avez tenté d'acheter mon assistante? s'indigna Lexa.
Mme Woods acquiesça de nouveau.
- Nous n'avons pas seulement tenté, nous avons réussi…
Lexa laissa échapper un rire amer tout en secouant la tête, complètement incrédule.
- Au début, elle s'est montrée réticente, admit Mme Woods. Elle ne cessait de nous répéter que Mlle Griffin ne cherchait jamais à te distraire dans ton travail et qu'au contraire, tu semblais plus épanouie depuis que votre relation avait évolué…
- Et malgré tout, vous avez tout de même cherché à nous séparer, fulmina Lexa d'une voix emplie de dégoût.
Mme Woods se contenta d'acquiescer avant de reprendre la parole.
- Elle a tout de même fini par céder face à la pression et à la convoitise de la promotion…
Elle marqua une pause, prit une inspiration et poursuivit:
- Elle nous a parlé d'une conversation qu'elle a surprise entre Anya et toi. Au sujet de cette fille qui avait été à l'université avec toi et qui avait le don de rendre ta petite-amie jalouse... Elle nous a expliqué qu'elle t'avait entendu dire à Anya que tu considérais réellement cette fille comme une amie malgré tout et que tu aurais aimé que Clarke l'apprécie mais qu'il n'y avait aucune chance que ça se produise…
Lexa se souvenait vaguement de la conversation en question. Elle avait eu lieu quelques semaines après que Clarke et elle soient devenues un couple, juste avant sa graduation. Anya et elle s'étaient trouvées dans son bureau et elle avait confié à sa cousine qu'elle était triste que Costia ne soit pas présente à leur remise des diplômes. Puis elles en étaient venues à discuter de ce qu'il s'était passé et de ce que ressentait Clarke à l'égard de l'autre fille… Emori avait fait son apparition pendant quelques secondes, le temps de lui déposer plusieurs dossiers et Lexa n'y avait prêté aucune intention.
Mais il fallait croire qu'elle aurait dû…
- Et donc vous avez fait vos recherches sur cette fille, vous lui avez offert un emploi en sachant pertinemment qu'elle ne le refuserait pas et vous l'avez envoyée ici en couvrant vos arrières avec cette histoire de recrutement via Columbia? en déduisit Lexa d'une voix sans émotion.
- Exactement, répondit honnêtement sa mère. Nous savions que tu ne refuserais pas de la recruter. Il s'agissait de ton amie et elle était en grande difficulté…
Même si elle s'en était fortement doutée, Lexa ne pouvait s'empêcher de se sentir trahie à l'entente des mots de sa mère. Sa mère qui avait terminé son récit de la même manière qu'elle l'avait commencé: impassible et indifférente. Comme si elle ne faisait qu'énoncer des faits extérieurs à elle. Et Lexa se demanda si elle réalisait la gravité de ses actes, si elle éprouvait le moindre regret à les avoir faits.
- Je n'arrive pas à croire que vous soyez partis aussi loin pour saboter ma relation avec Clarke, déclara-t-elle lentement. C'est complètement tordu, même venant de vous…
- Nous pensions agir dans tes intérêts, répondit Mme Woods.
Mais sa réponse ne fit qu'énerver Lexa qui se tourna brusquement vers elle et s'exclama violemment:
- C'était vos intérêts à vous que vous défendiez!
Prise au dépourvu, Mme Woods fit un pas en arrière.
- Lexa… prononça-t-elle doucement.
Lexa secoua la tête et, tout en serrant la mâchoire, elle s'efforça de retrouver un masque d'indifférence.
- Est-ce qu'il y a autre chose que je devrais savoir? questionna-t-elle.
- Non… répondit Mme Woods.
Un nouveau silence se fit pendant lequel Lexa fixa longuement la femme face à elle, attendant de voir si elle allait s'excuser, montrer la moindre once de regret ou de culpabilité, même si clairement, à ce stade-là, elle n'en avait plus rien à faire.
Le silence se prolongea et, lorsqu'elle comprit que sa mère n'allait rien dire de plus, Lexa se décida à le rompre.
- On est du même côté, dit-elle d'une voix lente. Je vais contrer Nia et m'assurer que Woods & Co reste entre nos mains et retrouve sa prospérité. Mais c'est tout…
- Qu'est-ce que tu veux dire? demanda Mme Woods, légèrement confuse.
Lexa ne répondit pas immédiatement. Elle s'avança de quelques pas jusqu'à elle et la darda d'un regard dur.
- Ce que je veux dire c'est que je ne veux plus rien avoir à faire avec toi en dehors de ces murs. Dorénavant, tu ne représentes que la Vice-Présidente de cette entreprise. Rien de plus...
Elle marqua une légère pause et ajouta:
- En ce qui me concerne, ce soir-là, ce sont mes deux parents que j'ai perdu dans ce crash d'avion…
Un éclair de douleur presque imperceptible passa dans les yeux de Mme Woods mais Lexa le remarqua tout de même. Et elle se détesta pour la petite pointe de culpabilité qu'il provoqua en elle. Cependant, elle réussit très rapidement à l'ensevelir sous l'immense rage qu'elle éprouvait à l'égard de sa mère.
- Lexa… commença Mme Woods.
- Je pense que tu peux disposer, dit froidement Lexa avant qu'elle ne puisse ajouter quoi que ce soit d'autre, je te ferais appeler si j'ai besoin de toi…
Elle n'attendit pas de réponse, fit quelques pas en arrière et se tourna pour faire face aux baies vitrées, indiquant clairement que la conversation était terminée. Mais sa mère ne bougea pas et elle pouvait parfaitement sentir son regard dans son dos, ce qui l'amena à retenir sa respiration. Finalement, au bout de quelques secondes qui lui paressèrent durer une éternité, elle entendit sa mère soupirer avant de tourner les talons et de se diriger vers la sortie du bureau. Ce ne fut que lorsqu'elle entendit la porte se refermer que Lexa abandonna ses faux semblants. Elle relâcha une expiration saccadée, leva la tête et ferma les yeux, bouleversée. Elle s'accorda quelques secondes puis s'obligea à retrouver un minimum de contrôle sur ses émotions.
Après tout, elle s'était juré qu'elle ne se laisserait plus atteindre par ses parents. il était donc temps qu'elle s'y tienne…
Le bruit incessant de son téléphone vibrant contre une surface dure amena Clarke à émerger de son sommeil. Elle ne s'était d'ailleurs même pas rendu compte qu'elle s'était endormie et se retrouva par conséquent légèrement désorientée.
Enfin jusqu'à ce qu'elle reçoive un coup de pied douloureux dans la hanche.
- Eteins ce foutu truc! grommela la voix étouffée de Raven.
Et il n'en fallut pas plus à Clarke pour se souvenir de l'endroit où elle se trouvait. Le living-room de leur appartement à Lexa et elle, en compagnie de ses deux meilleures amies.
Après le départ de Lexa, Raven et Octavia avaient insisté pour rester avec elle, abandonnant ainsi leurs petits-amis respectifs pour s'assurer qu'elle ne déprimerait pas trop. Elles avaient donc passé la journée à ne rien faire hormis se goinfrer de cochonnerie devant la TV, ce qui les avaient amené à cet instant précis, toutes les trois endormies, étalées l'une sur l'autre sur le canapé.
Clarke esquissa un sourire morne en repensant à la journée qu'elles venaient de passer. Ses meilleures amies avaient vraiment tout fait pour la réconforter et elle leur en était plus que reconnaissante. Mais leur présence n'avait fait que marquer un peu plus l'absence de Lexa. Elles étaient un quatuor, elles fonctionnaient à quatre et ce depuis près de dix ans. Et, même s'il leur arrivait de se retrouver les unes sans les autres, elles finissaient toujours leur soirée « copines » à quatre.
Mais ce soir Lexa n'était pas là et elle ne serait pas là pendant longtemps.
Trop longtemps…
- Clarke! se lamenta Octavia.
La nommée sortit de ses rêveries et se redressa d'un geste réticent pour attraper son téléphone. Mais elle oublia toute idée de sommeil lorsqu'elle vit son écran afficher un appel entrant venant de Lexa. Elle se dépêcha de répondre sans accorder la moindre importance à l'heure tardive.
- Lex?
- Clarke… prononça la voix de Lexa.
Comme à son habitude, elle prononça son prénom avec tellement de révérence, tellement de douceur que Clarke se retrouva à fermer les yeux pour le savourer.
- Hey… souffla-t-elle.
- Hey, répondit Lexa.
Et même si elle ne la voyait pas, Clarke pouvait parfaitement entendre son sourire.
- Je suis contente de t'entendre, déclara Lexa. J'avais peur que tu te sois endormie...
- C'était le cas, répondit Clarke dans un petit rire.
- Oh… Désolée, je vais te laisser…
- Tu n'as pas intérêt! J'ai attendu de t'avoir au téléphone toute la journée!
- Clarke! s'exclama Raven avant que Lexa ne puisse répondre quoi que ce soit. On essaye de dormir!
- Pardon, répondit Clarke. Deux secondes, ajouta-t-elle à l'adresse de Lexa.
Elle se redressa du canapé et s'éloigna en direction des escaliers pour monter dans sa chambre.
- Et inutile de revenir! lui lança Raven avant de se décaler pour s'allonger de tout son corps sur la place qu'elle venait de quitter.
Clarke laissa échapper un léger rire avant de grimper les marches deux à deux.
- C'est bon je peux parler tranquillement, dit-elle dans le combiné lorsqu'elle se retrouva dans la chambre.
- Tu es sûre que tu ne veux pas que je te laisse? questionna Lexa. J'avais oublié qu'il était aussi tard à New-York…
Clarke jeta un coup d'œil à la montre qui se trouvait sur la table de chevet qui se trouvait du côté du lit que Lexa occupait habituellement et vit qu'elle affichait minuit passé, ce qui voulait dire qu'il était seulement 21h à Los Angeles.
- Non surtout pas, assura-t-elle. J'ai vraiment envie de te parler…
Tu me manques, se retint-elle d'ajouter.
- Moi aussi, souffla Lexa.
Et Clarke ne put s'empêcher d'esquisser un sourire idiot. Elle s'avança jusqu'au lit où elle décala les draps pour se glisser en dessous et ne reprit la parole que lorsqu'elle se retrouva confortablement installée de son côté du lit.
- Comment s'est passée ta journée? demanda-t-elle.
Lexa laissa passer de longues secondes avant de répondre un simple « bien » qui amena Clarke à froncer des sourcils.
- Bien? répéta-t-elle sceptique. D'après ce que j'ai compris de tes messages, le conseil ne s'est pas déroulé comme prévu…
- Effectivement, confirma Lexa dans un soupir. Ils ont repoussé ma nomination officielle jusqu'au mois prochain, en attendant je ne suis que la PDG intérimaire.
- Quoi? s'étonna Clarke. Comment ça se fait?
- Nia veut faire vérifier la légitimité de la clause et tous les autres étaient d'accord avec elle. Pour eux, ce mois me permettra de faire mes preuves et leur montrer que je mérite vraiment ma place…
- Je suis désolée, souffla Clarke.
Savoir que Lexa se retrouvait déjà confrontée à l'adversité alors qu'elle était à Los Angeles depuis moins de 24h avait le don d'amener son cœur à se serrer douloureusement. Parce qu'elle se trouvait à des milliers de kilomètres et qu'elle se sentait complètement impuissante.
- Il n'y a aucune raison de l'être, au contraire, je comprends leurs réticences, assura Lexa. Maintenant, il ne me manque plus qu'à leur prouver que je peux le faire…
Puis, avant que Clarke ne puisse dire quoi que ce soit, elle s'empressa de changer de sujet.
- Finalement Octavia et Raven passent la nuit avec toi? questionna-t-elle.
- Oui, répondit Clarke. Elles ne voulaient pas me laisser seule…
- C'est cool de leur part…
- Oui, répondit Clarke.
Elle laissa passer quelques secondes avant d'ajouter:
- Lexa?
- Hmm? huma Lexa.
- Je sais que tu leur as demandé de veiller sur moi, déclara-t-elle avec un petit sourire.
Un léger silence se fit au bout du fil avant que Lexa ne réponde.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça?
- Quand j'ai essayé de leur dire qu'elles n'avaient pas besoin de me baby-sitter, Raven m'a dit qu'elles ne le faisaient pas pour moi mais pour toi, énonça Clarke. Sans compter le fait que j'ai entendu votre conversation à l'aéroport…
Elle savait que ses amies auraient tout de même été là pour elle même si Lexa ne le leur avait pas demandé. Mais le fait que cette dernière ait cherché à s'assurer qu'elle ne se retrouverait pas seule après son départ avait fait naitre au creux de sa poitrine une chaleur à la fois agréable et douloureuse qui lui était impossible d'expliquer.
- Je sais que tu n'en as pas besoin et que tu es parfaitement capable de veiller sur toi-même, finit par répondre Lexa, mais ça me rassure de savoir qu'elles sont là quand même…
Pendant que moi je ne le suis pas…
Elle n'avait pas prononcé les mots mais Clarke les savait présents. Elle ferma les yeux quelques secondes avant de les rouvrir et de les poser sur la place vide à côté d'elle.
- Et qui est-ce qui veille sur toi? murmura-t-elle d'une toute petite voix.
Un nouveau silence s'installa pendant lequel Clarke entendit Lexa prendre une profonde inspiration qu'elle relâcha lentement.
- Ne t'inquiète pas pour moi, finit par lui dire Lexa. Tout va bien…
- Je m'inquiète toujours pour toi Lex, ça va de pair avec mon amour.
Lexa laissa échapper un léger rire qui amena Clarke à sourire malgré elle. Et de nouveau, plusieurs secondes passèrent sans qu'aucune des deux ne dise quoi que ce soit.
- Tu me manques… finit par souffler Lexa.
Clarke se retrouva la gorge nouée et ferma les yeux pour s'efforcer de ne pas craquer.
- Lexa…
- Je sais que ça ne fait même pas 24h et qu'on avait dit qu'on ne se le dirait pas, déclara Lexa avant qu'elle ne puisse ajouter quoi que ce soit. Mais tu me manques Clarke, je n'arrive pas à l'empêcher…
Clarke ne répondit pas immédiatement. Elle déglutit difficilement les sanglots qui se faisaient de plus en plus présents dans sa gorge et poussa un profond soupir.
- Tu me manques aussi, répondit-elle d'une voix tremblante.
Elle tourna la tête pour regarder une nouvelle fois la place vide à côté d'elle et ajouta:
- C'est la première fois que je me retrouve à dormir ici sans toi et je n'aime déjà pas ça…
De nouveau, le rire de Lexa résonna à son oreille et de nouveau, son cœur se serra à la fois de bonheur et de douleur.
- Tu vas enfin comprendre ce que je ressens à chaque fois que tu es de garde…
- C'est vrai, admit Clarke en faisant une moue boudeuse.
Inconsciemment, elle se rapprocha du côté qu'occupait habituellement Lexa et posa sa tête sur son oreiller avant de s'envelopper un peu plus dans les couvertures, caler le téléphone contre son oreille et fermer les yeux pour se laisser bercer par la voix de sa petite-amie qui se trouvait à des milliers de kilomètres d'elle.
Et pendant près de deux heures, elle resta dans cette position à discuter avec Lexa. De tout et de rien. De la journée qu'elles venaient de passer l'une sans l'autre. Du fait que Lexa se trouvait encore au bureau et qu'elle devrait rentrer.
De ce qui attendait cette dernière pour les mois à venir, des voyages d'affaire qu'elle avait à Londres et Paris dans les jours qui suivaient et du fait qu'elle aurait voulu découvrir ces villes avec elle.
Elles discutèrent de ses prochaines gardes, de la prochaine fois qu'elles auraient la possibilité de discuter.
La possibilité de se voir…
Ce fut ce dernier point qui amena un nouveau silence à s'installer entre elles. Un silence pesant et plein d'appréhension. Parce qu'aucune des deux ne savaient quand est-ce qu'elles allaient pouvoir se retrouver.
- On va y arriver hein? questionna Lexa.
Clarke décela facilement la vulnérabilité dans ses mots et comprit qu'elle faisait écho à ceux qu'elles s'étaient dits lorsqu'elle lui avait annoncé qu'elle s'en allait.
- Lexa… souffla-t-elle tendrement en enfouissant un peu plus son nez dans son oreiller.
Elle huma l'odeur de sa petite-amie qui s'y trouvait encore et soupira en fermant les yeux.
- Je peux t'assurer que ce n'est pas 4000km qui va se mettre entre nous deux…
Elle entendit Lexa rire doucement et sentit son cœur s'apaiser légèrement de soulagement.
- Il faut que tu croies en nous, lui dit-elle dans un murmure.
- Je crois en nous, assura immédiatement Lexa.
Elle marqua une pause avant d'ajouter:
- Je pense que c'est la seule chose en laquelle je crois ces derniers temps…
Clarke esquissa un mince sourire et acquiesça même si elle savait pertinemment que Lexa ne pouvait pas la voir.
- Alors on n'a aucune raison de s'inquiéter…
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Prochainement: Un petit bond dans le temps, Costia qui se mêle d'affaires qui ne la concernent pas, Clarke qui manipule le Dr Lewis et, pourquoi pas, un peu de smut ;)
