Helloooooooooooooooooo!

Bon un mois et demi depuis la dernière publication, ça va non? ^^ Je sais que beaucoup d'entre vous s'impatientait et j'en suis vraiment désolée mais je vous assure que je fais mon possible pour publier au plus vite et que je n'oublie vraiment pas! J'ai reçu pas mal de MP de personnes qui s'inquiétaient et qui avaient peur que la fic soit abandonnée. CE N'EST PAS LE CAS! PROMIS! Je n'ai jamais commencé une fic sans la finir et je ne vais pas commencer avec celle-ci à laquelle je tiens particulièrement (je sais je dis ça pour chacune de mes fics ^^) donc pas de panique!
Ahh et je met aussi beaucoup de temps à répondre au MP ici, donc si là aussi vous vous impatientez, n'hésitez pas à m'écrire sur Twitter si vous êtes dessus j'y suis beaucoup plus présente!

Bon, tout ceci étant dit, venons en au chapitre en lui-même! Comme vous avez surement pu le remarquer avec le titre, je l'ai encore coupé en 2... C'est parce qu'il était beaucoup trop long pour que je le publie en un seul morceau et aussi parce que je ne l'ai pas encore complètement terminé et je voulais absolument vous le poster aujourd'hui donc la suite sera là la semaine prochaine sans faute! :)

Comme toujours, merci beaucoup pour toutes vos reviews et vos retours sur le chapitre précédent! Vous êtes vraiment au top!

J'espère que cette première partie du chapitre 26 vous plaira! J'attends vos avis avec impatience!

Bonne lecture à vous!

LSAfor'

PS: Merci à Debo pour la correction du chapitre, toujours rapide et toujours au top ;)


Chapitre 26, Part I:

D'un geste furieux, Lexa ouvrit les doubles portes du bureau de son père et pénétra à l'intérieur, sa mère, son oncle Gustus et Titus sur ses pas. Dès lors qu'elle se retrouva au milieu de la pièce, elle fit volte-face et s'exclama:

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire?!

Elle n'attendit pas de réponse et se tourna vers sa mère avant d'ajouter:

- Est-ce que c'est vrai? Est-ce que cette femme est réellement la – la…

Elle ne réussit pas à terminer sa phrase et regarda sa mère ouvrir la bouche pour lui répondre. Mais aucun son n'en sortit et Lexa comprit qu'elle était aussi perdue qu'elle. Aussi dépassée par les évènements. Elles se regardèrent donc sans rien dire pendant de longues secondes jusqu'à ce que Titus rompe le silence.

- Malheureusement oui…

Elles se tournèrent toutes les deux brusquement vers lui et Lexa remarqua qu'il n'avait pas l'air le moins du monde surpris. Elle comprit donc l'attitude qu'il avait eue pendant la prise de parole de Luna Rivers.

Il avait su ce qu'elle s'était apprêtée à dévoiler. Il était au courant.

Et si lui le savait, cela voulait dire que son père aussi l'avait su…

Lexa reporta immédiatement son attention sur sa mère qui elle regardait en direction de Gustus.

- Tu étais au courant également?! lui demanda-t-elle d'un ton plein d'accusation.

Mme Woods reporta son regard vers elle et secoua imperceptiblement la tête.

- Non… répondit-elle dans un murmure.

Et l'affliction avec laquelle elle prononça les mots indiquèrent à Lexa qu'elle était complètement sincère.

- Mais il faut croire que ce n'est pas le cas de tout le monde, ajouta Mme Woods, d'une voix beaucoup plus dure cette fois-ci.

Lexa vit qu'elle avait de nouveau porté son attention sur son oncle qu'elle fixait d'un regard plein de reproches. Elle suivit son regard et le vit baisser les yeux d'un geste penaud qui lui fit comprendre qu'il avait été dans la confidence lui aussi. Ce qui se confirma lorsqu'il déclara doucement:

- Edward nous avait demandé de ne rien dire…

Lexa sentit une vague de colère la gagner mais elle semblait complètement dérisoire face à celle de sa mère qui se tourna de sorte à faire complètement face à son beau-frère.

- Et on sait tous à quel point tu lui étais loyal, répondit-elle d'un ton plein de ressentiments.

Gustus ne lui répondit pas et continua d'éviter son regard.

- Le savais-tu quand tu es venu plaider sa cause auprès de moi? lui demanda Mme Woods. Le savais-tu quand tu m'as convaincu de lui laisser une seconde chance?

De nouveau, Gustus resta silencieux, ce qui sembla constituer une réponse en soi. Lexa regarda sa mère et la vit pousser, de manière imperceptible, un petit soupir saccadé avant de s'efforcer à redresser l'échine, lever la tête et à déclarer d'une voix sans émotion:

- Si vous voulez bien m'excuser…

Elle n'attendit pas de réponse, tourna les talons et quitta la pièce. Gustus s'apprêtait à la suivre mais fut arrêté par Lexa.

- Non! prononça-t-elle d'une voix tellement autoritaire qu'il s'immobilisa immédiatement.

Même si elle ne comprenait pas exactement ce qui se passait, Lexa en avait une idée de plus en plus claire et il était évident que sa mère avait toutes les raisons d'être bouleversée. Et si elle pouvait lui offrir quelques minutes de répit pour se retrouver seule et digérer tout ce qu'elle venait d'entendre sans avoir à s'inquiéter de cacher la moindre vulnérabilité, alors elle allait le faire.

Elle secoua la tête pour tenter de retrouver un esprit clair et s'efforça d'ignorer le chaos qui y sévissait. Elle ne pouvait pas, ne serait-ce qu'une seconde, laisser parler ses émotions. Parce qu'elle savait que si elle les écoutait, si elle leur accordait la moindre attention, elle perdrait complètement le contrôle.

Et là, maintenant, ce n'était pas ce dont elle avait besoin. Là maintenant, c'était d'une tête froide dont elle avait besoin.

Là maintenant, c'était sa raison qui devait primer si elle voulait retrouver une main mise sur la situation.

- C'est mieux qu'elle ne soit pas là pendant que vous allez tout me dire, ajouta-t-elle.

- Alexandria – commença à contester Titus.

- Je veux des explications, déclara-t-elle avant qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit d'autre. Et ce, tout de suite…

- Nous ne p – tenta de protester une nouvelle fois Titus.

Mais Lexa l'interrompit de nouveau. Elle se tourna de sorte à lui faire complètement face et, le regard redoutable, elle déclara d'une voix lente et dangereuse:

- Je viens de découvrir devant une assemblée composée d'une centaine de personnes et journalistes que mon père avait eu un autre enfant. Un autre enfant dont j'ignorais l'existence. Un autre enfant qui, en plus d'être la personne que j'aime le moins au monde, annule ma légitimité à la tête de l'entreprise que je dirige. Un autre enfant qui met en péril tout ce pourquoi je me suis battue. Donc oui, vous allez tout me dire…

- Mais votre père –

- Mon père n'est plus là, le coupa Lexa. Et que vous le vouliez ou non Titus, c'est à moi que vous rendez des comptes maintenant…

Les yeux de Titus s'écarquillèrent légèrement d'appréhension et il se retrouva à faire un pas en arrière. Mais malgré tout, il continua de la défier et garda le silence.

- Bien, finit par concéder Gustus, qu'est-ce que tu veux savoir?

Titus tourna brusquement la tête vers lui et lui adressa un regard perçant.

- Gustus… prononça-t-il d'une voix pleine d'avertissements.

Mais Gustus ne se démonta pas. Il poussa un soupir et porta son regard défaitiste sur lui.

- Edward nous a fait garder ce secret pendant toutes ces années et pourtant il a fini par être dévoilé et de la pire manière possible, lui dit-il. Et maintenant nous sommes obligés de faire face aux conséquences sans lui…

Il n'attendit pas de réponse de Titus et reporta son attention sur Lexa.

- Qu'est-ce que tu veux savoir? répéta-t-il.

- Toute l'histoire, répondit Lexa. Et épargnez-moi la version censurée que vous avez l'intention, je suis sûre, d'offrir à ma mère…

Gustus hésita de longues secondes puis finit par acquiescer. Et c'est ainsi que Lexa apprit comment son père avait eu une relation extraconjugale plusieurs années plus tôt, bien avant qu'elle ne naisse, avec Léonore Rivers, une femme avec qui il faisait affaire à l'époque. Comment cette liaison avait durée plusieurs mois avant que sa mère ne le découvre. Comment cette dernière avait décidé de quitter le foyer familial. Comment, après quelques temps, elle avait fini par pardonner à son mari à condition qu'il mette fin à son histoire, ce qu'il n'avait pas hésité à faire. Mais, comment, entre temps, Léonore Rivers l'avait informé qu'elle était enceinte de lui…

Gustus lui expliqua comment son père ne l'avait pas cru et avait exigé un test de paternité qui s'était avéré positif. Comment, après ça, il s'était retrouvé dans la tourmente pendant plusieurs semaines, plusieurs mois. Comment il avait été tiraillé et n'avait su quoi faire. Jusqu'à ce que sa mère lui annonce à son tour qu'elle attendait un enfant. Comment, de là, il avait décidé de ne pas reconnaitre celui de Léonore Rivers.

- Ton père aimait réellement ta mère et il était heureux d'apprendre que tu arrivais, poursuivit Gustus. Il ne voulait surtout pas laisser une de ses erreurs passées mettre en péril sa famille…

- Son empire tu veux dire, rétorqua Lexa calmement. C'était son empire pour lequel il avait peur. Empire qui avait enfin un héritier en route. Un héritier qui n'était pas issu d'une liaison hors mariage…

Ses mots étaient durs mais elle savait qu'ils étaient vrais. Son père aimait sa mère. Il n'y avait aucun doute là-dessus. Mais elle était persuadée que tout ce qu'il avait fait était par pur et simple intérêt.

Le visage de Gustus se décomposa de fureur et Lexa en éprouva une légère satisfaction. Mais, avant qu'il ne puisse prendre un peu plus la défense de son frère, elle détourna son attention de lui pour la porter sur Titus et lui demanda:

- Comment a-t-il réussi à faire taire Léonore Rivers? Parce que je suppose que c'est ce qui s'est passé pour réussir à garder ce secret autant de temps…

- Ils ont conclu un contrat, répondit Titus.

Ce qui surprit Lexa qui leva un sourcil dubitatif.

- Un contrat? répéta-t-elle. Quel genre de contrat?

- En échange d'une certaine somme d'argent et du soutien financier de Woods & Co pendant vingt ans pour le développement de Rivers Boats, Edward ne reconnaissait pas l'enfant et Léonore s'engageait à ne jamais révéler qui en était le père, informa Titus. La clause incluait également l'enfant…

Lexa avait parfaitement connaissance de la place que Woods & Co' avait occupé en tant qu'actionnaire majoritaire de l'entreprise Rivers Boats. Elle l'avait toujours vu comme un simple investissement. Un investissement que son père avait décidé d'arrêter subitement, quelques années plus tôt, sous motif qu'il n'était plus rentable. Mais maintenant que Lexa y pensait, elle réalisait que son retrait correspondait à peu près à son vingtième anniversaire.

Soit le vingtième anniversaire de Luna également…

- Léonore ne devait pas révéler qui était le père à l'enfant ou l'enfant était également tenu au secret? questionna-t-elle en reportant son attention sur Titus.

- Les deux, répondit ce dernier. Edward se doutait qu'il y avait une chance qu'elle ne respecte pas la condition de ne pas communiquer l'information à l'enfant, donc il a fait ajouter la deuxième condition…

- Donc, même si Luna n'a rien signé, elle est concernée par ce contrat?

- Exactement…

Lexa ne dit rien et sentit même une légère pointe d'empathie à l'égard de Luna. Elle n'aimait pas cette fille et avec ce qu'elle venait de faire, son ressentiment à son égard n'avait fait que s'accentuer. Mais elle savait aussi que la situation dans laquelle se trouvait l'autre femme était injuste… Avant même qu'elle ne soit née, on avait commencé à dicter sa vie, à prendre des décisions pour elle sans lui laisser le moindre choix. Et, aujourd'hui, elle se retrouvait à subir les conséquences des choix des personnes qui l'avaient mise au monde. Et s'il y avait bien une chose que Lexa pouvait comprendre, c'était ça…

Mais elle ne pouvait pas se laisser compatir au sort de Luna. Parce que, comme toujours, au lieu de tenter de régler cette injustice de manière posée et pragmatique, cette dernière avait choisi la manière forte. Pour quelqu'un qui aimait se proclamer pacifiste, Luna Rivers avait tendance à souvent choisir le chemin de la guerre. Et, comme toujours, Lexa et elle se retrouvaient l'une face à l'autre sur le champ de bataille…

- Il y a tout de même quelque chose qui ne va pas… prononça Gustus après de longues secondes de silence. La logique aurait voulu qu'elle parle avant que tu ne sois élue, ajouta-t-il en regardant Lexa. Tu es la PDG officielle. Le Conseil l'a validé. Elle ne peut plus rien faire…

Lexa leva les yeux vers lui et réfléchit longuement à ses mots avant de répondre:

- Le Conseil a validé la clause d'hérédité, pas moi…

Un léger silence suivit ses mots pendant lequel Gustus la regarda en fronçant des sourcils, confus par sa réponse.

- Ce qui revient au même, déclara-t-il.

Chose à laquelle Titus répondit:

- Pas vraiment. Maintenant que Luna Rivers a annoncé publiquement qu'elle était l'enfant d'Edward, il va falloir que nous prouvions que la clause n'est pas caduque…

- Mais elle ne l'est pas, insista Gustus. La clause indique clairement qu'il s'agit de son héritier légitime, Edward n'a jamais reconnu cette enfant!

- Sauf qu'il y a un test de paternité qui prouve qu'il était au courant depuis le début, déclara lentement Lexa. Et ça, Rivers peut s'en servir à son avantage, n'est-ce pas? ajouta-t-elle à l'adresse de Titus.

Malgré le fait que la question était rhétorique, son conseiller acquiesça.

- C'est là que le contrat entre en jeu, déclara-t-il. Il prouve que Léonore Rivers a accepté la non-reconnaissance de paternité de la part d'Edward et que donc Luna Rivers n'a aucun droit de prétendre à la moindre chose concernant la succession d'Edward, la place de PDG y compris…

- Si nous faisons ça, nous sommes sûr de lui offrir le soutien de l'opinion publique, fit remarquer Gustus. L'image d'Edward sera considérablement entachée quand tout le monde saura qu'il a renié volontairement l'enfant. Que diront les investisseurs? Les actionnaires? Nos clients?

Il se tourna ensuite vers Lexa et ajouta:

- Ce n'est pas seulement l'image de ton père qui risque d'être touchée, c'est celle de notre famille toute entière, c'est la tienne, et tu le sais…

Lexa laissa échapper un léger rire sans joie face à l'ironie de la situation. Son père avait mis en place un contrat pour tenter de se couvrir, de préserver son image – auprès de son épouse, auprès du monde entier – et c'était ce même contrat qui risquait de tout mettre en péril.

- On peut rattraper la mauvaise image mais pas la perte de l'entreprise, raisonna Titus. Votre père s'est assuré que les conséquences pouvaient être désastreuses pour les Rivers en cas de non-respect des conditions du contrat et, pour avoir été la personne qui a mis en place les conditions, je peux vous assurer que ce contrat est solide et que vous êtes sûre d'obtenir gain de cause…

Lexa resta silencieuse, son regard perdu tandis qu'elle réfléchissait.

- Si je comprends bien, déclara-t-elle lentement, si nous décidons de l'évincer en invoquant sa non-légitimité, Luna peut jouer sur le test de paternité qui a été fait il y a plus de vingt ans et demander une reconnaissance de ses droits bafoués, ce qui peut marcher ou non mais nous savons très bien que dans 90% des cas, l'enfant obtient gain de cause…

Et à juste titre, se retint-elle de dire.

- Mais, nous avons la possibilité de prouver que mon père a quand même rempli sa part du marché avec le contrat qu'il a conclu avec Léonore Rivers, contrat qui a été signé par les deux parties mais qui n'a pas été respecté par les Rivers. En faisant ça, je suis sûre de garder ma place mais je prends le risque de dégrader complètement l'image de mon père et, par conséquent, l'image de l'entreprise, la mettant un peu plus en péril… Cependant si nous décidons de ne rien dire et laissons faire les choses, je risque de perdre ma place et il ne restera de Woods & Co' que son nom…

Son regard passa de Titus à Gustus et elle ajouta:

- C'est bien ça, n'est-ce pas?

Gustus se contenta d'acquiescer tandis que Titus répondit:

- C'est pour cette raison que vous devez absolument évoquer le contrat, quitte à aller jusqu'au procès!

Ses mots et la véhémence avec laquelle il les prononça prirent Lexa légèrement par surprise.

- Je pensais que vous étiez loyal à mon père, Titus, lui dit-elle avec un petit sourire moqueur.

- Je suis loyal à la compagnie, rétorqua Titus sans se démonter. C'est pour cette raison que votre père m'a engagé. Pour servir et tenter de préserver l'entreprise coûte que coûte… Et je peux vous assurer que le meilleur moyen pour vous garantir de ne pas la perdre, c'est ce contrat.

Il marqua une légère pause et se vêtit d'un air grave qui affichait une culpabilité peut-être un peu trop évidente lorsqu'il ajouta:

- Croyez-moi, cela me peine de le dire mais on pourra toujours préserver votre image à vous en ne salissant que celle de votre père. C'est un sacrifice qui sera nécessaire mais au moins vous serez assurée de mettre définitivement cette Luna Rivers hors-jeu…

Lexa le fixa longuement sans rien dire. La mâchoire serrée, elle se retrouva à contempler sa proposition.

Elle savait que Titus avait raison, il s'agissait de la solution la plus sûre si elle souhaitait préserver Woods & Co. L'entreprise retrouvait enfin de sa stabilité depuis le décès de son père, elle était sur la bonne voie pour réussir à sauver tous les postes qui étaient en danger. Elle savait que si elle perdait sa place au profit de Luna Rivers qui, malgré le fait qu'elle était à la tête d'une autre entreprise, ne connaissait rien à la leur, tous ces progrès auraient été vains.

Et elle ne devait rien à son père. Il s'était mis seul dans cette situation, si son image en pâtissait, il en serait le seul responsable. Et puis, n'avait-il pas été celui qui lui avait appris qu'il n'y avait nulle victoire sans sacrifice? Peut-être devrait-elle sacrifier sa mémoire pour sauver l'empire dont il lui avait laissé la responsabilité?

Elle savait que, malgré sa volonté de contrôler ses émotions, de les ignorer pour tenter de prendre sa décision en gardant la tête froide, elle avait une haine immense en elle qui la poussait à opter pour cette décision.

Elle en voulait à Luna pour l'humiliation qu'elle venait de lui faire subir.

Et elle en voulait à son père. Pour cette énième trahison à laquelle il ne ferait pas face parce qu'il n'était plus là.

Sauf que, et elle le réalisa à l'instant même où cette pensée la traversa, cette fois-ci elle n'était pas la seule personne concernée par cette trahison et elle ne pouvait pas faire comme si c'était le cas… Elle mit cette dernière pensée de côté pour le moment. Il fallait qu'elle ait tous les éléments en sa possession avant de prendre la moindre décision. Elle se reconcentra donc sur Titus et lui demanda:

- Concrètement, que risque Luna si on fait jouer ce contrat?

Parce que, malgré tout, c'était un détail qu'elle devait prendre en compte. Luna s'était peut-être mise elle-même dans cette situation mais Lexa savait que si elle devait être celle qui en minimiserait les conséquences, elle devrait le faire pour toutes les parties concernées.

- Dans le meilleur des cas, de simples indemnités qu'elle devra vous payer, répondit Titus.

- Et dans le pire des cas? s'enquit Lexa.

Titus hésita avant de répondre lentement:

- La prison…

Lexa ferma les yeux à l'entente de l'information et poussa un profond soupir en se massant les tempes d'un geste las.

- Quelles que soient les conséquences qu'elle devra subir, elle en sera la seule responsable, ajouta Titus, semblant comprendre que cette information risquait de jouer contre lui. Lui montrer la moindre clémence ne fera que vous rendre faible…

Lexa se retint de rire sarcastiquement à l'entente des derniers mots. Son père avait su s'entourer de personnes qui avaient exactement la même vision que lui. Et elle se retrouva à se demander si Titus n'était pas celui qui avait configuré son père pour qu'il voit dans chaque geste de bonté, de merci, d'amour, de la faiblesse…

Elle reporta son attention sur Titus qui la fixait d'un air déterminé et décida d'ignorer ses dernières paroles. Débattre avec lui sur ce sujet serait une pure et simple perte de temps. Donc au lieu de lui répondre, elle lui posa une autre question.

- Qui est au courant pour ce contrat?

Les narines de Titus se dilatèrent légèrement et elle comprit qu'elle perdait petit à petit sa coopération.

- Les seules personnes dans la confidence étaient Edward, Gustus, Léonore Rivers et moi, finit-il par répondre.

- Des chances que Léonore Rivers en ait parlé à quelqu'un d'autre que sa fille?

- Non je ne pense pas. Elle n'était pas assez stupide pour faire ça…

Lexa acquiesça distraitement, analysant ces nouvelles informations.

- La clause d'hérédité peut-elle être remise en cause? Maintenant qu'il y a un autre enfant, est-ce que le Conseil peut la faire annuler?

Titus la fixa pendant de longues secondes avant de secouer imperceptiblement la tête de gauche à droite d'un air réticent.

- Non, légalement, elle est toujours légitime, expliqua-t-il. La seule possibilité qui s'offrirait au Conseil si le choix leur revenait c'est d'être le tiers parti qui déciderait entre vous deux…

Lexa acquiesça lentement, son regard se faisant de nouveau lointain alors qu'elle réfléchissait. Gustus et Titus l'observèrent attentivement, retenant chacun leurs souffles. Après une attente qui leur sembla interminable, Lexa reporta leur attention sur eux.

- Il faut que je parle à Luna… déclara-t-elle.

- Quoi?! s'indigna Titus. Non, ce que vous devez faire c'est réunir le conseil d'administration et les informer des termes du contrat qui liait votre père à Léonore Rivers!

- Pas avant que je ne connaisse ses véritables intentions, répondit calmement Lexa.

- Mais –

- Allez retrouver le Conseil et informez-les que nous nous réunirons demain à la première heure au siège pour décider de ce qui va suivre, intima-t-elle, l'interrompant volontairement avant qu'il ne puisse contester un peu plus ses ordres.

Elle avait surtout besoin de ne plus l'avoir dans les pattes et le seul moyen pour ça, c'était de l'occuper avec autre chose.

- Tentez de gagner du temps s'ils cherchent à me voir. Dites-leur que j'aurais aimé leur parler directement mais que je suis encore bouleversée par la nouvelle, poursuivit-elle d'un ton légèrement sarcastique.

Titus poussa un petit soupir capitulard avant de finir par acquiescer.

- Et que fait-on pour le reste des invités? demanda-t-il.

La question prit Lexa au dépourvu. Elle avait complètement oublié qu'il y avait encore une horde d'invités dans la salle de réception du Manoir qui devaient s'en donner à cœur joie pour médire sur tout ce qui venait de se passer.

- Faites une annonce pour indiquer que la soirée est terminée et invitez les gentiment à s'en aller…

Elle pensa immédiatement à Clarke et sentit une envie presque viscérale de la retrouver et d'oublier tout ce qui se passait dans ses bras. Elle voulait la rejoindre et se sauver d'ici pour retrouver la tranquillité avec laquelle elle s'était réveillée le matin même. Surtout lorsqu'elle savait que leurs heures ensemble étaient comptées…

Mais elle ne pouvait pas. Elle devait régler cette nouvelle crise. Donc elle n'avait pas d'autre choix que de restreindre ses envies et de compter sur Anya pour s'occuper de sa petite-amie et ses amies pendant qu'elle, elle ne pouvait pas.

- Et que dois-je leur dire exactement? s'enquit Titus.

- Aucune idée, répondit Lexa avec un haussement d'épaules nonchalant, mais je suis sûre que vous réussirez à vous débrouiller parfaitement. Après tout, vous avez l'habitude de couvrir les impairs de mon père…

Titus se décomposa légèrement de fureur mais, comprenant qu'elle lui donnait congés, il se contenta d'acquiescer avant de se diriger vers la porte et disparaître derrière. Elle se retrouva à réfléchir immédiatement à la manière d'aborder sa conversation avec Luna. Et elle savait ce qu'elle voulait faire. Elle savait ce qui serait le plus judicieux de faire. Mais était-elle vraiment la personne qui devait prendre la décision?

- Lexa… prononça précautionneusement son oncle Gustus, la sortant ainsi de ses réflexions.

Elle avait complètement oubliée qu'il était toujours là. Elle leva donc les yeux vers lui et lui adressa un regard agacé.

- Je suis dés – commença-t-il.

Mais elle l'interrompit immédiatement.

- Je n'ai pas besoin de tes explications et encore moins de tes excuses, lui dit-elle. La seule chose dont j'ai besoin venant de toi, c'est que tu ailles chercher Luna Rivers et que tu la ramènes ici. Elle se trouve avec Indra, ajouta-t-elle en faisant référence à sa chef de la sécurité.

Gustus ouvrit la bouche pour parler mais fini par la refermer sans rien dire et acquiesça. Satisfaite, Lexa n'ajouta rien de plus et passa devant lui pour s'avancer à son tour vers la porte. Cependant, au moment où elle posa sa main sur la poignée et qu'elle l'actionna, elle s'arrêta pour se tourner de nouveau vers son oncle. Elle vit qu'il n'avait pas bougé et avait le regard dans le vide. Elle sentit une légère peine à son égard mais le sentiment disparu aussi vite qu'il était apparu.

- Tu sais, déclara-t-elle doucement, prenant par surprise Gustus qui se tourna brusquement vers elle, j'ai toujours admiré la relation que tu avais avec lui, la loyauté dont tu faisais preuve à son égard… Je l'ai même envié. Pendant très longtemps. Je me plaisais même à me dire que ce que j'avais avec Anya était identique à ce que vous aviez… Aujourd'hui, je réalise à quel point c'était idiot de ma part…

Gustus fronça des sourcils à l'entente de ses derniers mots. Il la fixa d'un regard où se mêlait confusion et contrariété et habituellement, ce genre de regard aurait suffi pour l'arrêter.

Il fut un temps où elle n'aurait rien dit à son oncle, comme elle l'avait toujours fait avec son père. Où elle aurait gardé pour elle son opinion par respect pour les ainés de sa famille. Mais ce temps-là était révolu. Il était dorénavant hors de question qu'elle reste silencieuse face aux erreurs qu'ils pouvaient commettre. Ils n'étaient pas des dieux, ils n'étaient pas infaillibles. Il était temps qu'ils s'en rendent compte une bonne fois pour toute.

- Anya ne m'aurait jamais laissé commettre une erreur pareille, poursuivit-elle. Et je pense que là est la véritable loyauté…

Elle se tourna pour s'en aller mais fut arrêtée par la voix de son oncle qui lui demanda, excédé:

- Qu'est-ce que j'aurais dû faire? Le trahir?

- Tu aurais dû le pousser à assumer ses responsabilités, lui répondit Lexa. Ça aurait évité à d'autres de le faire à sa place…

Elle échangea un dernier regard avec son oncle qui resta silencieux puis se tourna de nouveau vers la porte et l'ouvrit.

- Attend une dizaine de minutes avant de faire venir Luna Rivers ici, intima-t-elle juste avant de sortir.

- Où est-ce que tu vas? questionna Gustus.

Lexa hésita quelques secondes puis reporta de nouveau son regard vers lui par-dessus son épaule et répondit:

- Voir la véritable lésée de cette histoire…

Elle n'attendit aucune réponse et quitta la pièce, refermant la porte derrière elle.

Elle s'avança mécaniquement dans l'immense couloir jusqu'à arriver au hall de l'étage du haut duquel on pouvait voir le principal hall d'entrée du rez-de-chaussée. Arrivée là, elle s'arrêta quelques secondes pour tendre l'oreille et écouter le brouhaha qui venait du rez-de-chaussée. La salle de réception semblait encore pleine, ce qui voulait dire que Titus n'avait pas encore fait d'annonce pour donner congés aux invités. Elle se dépêcha donc de s'éloigner avant que quelqu'un ne l'aperçoive et reprit son chemin. Heureusement pour elle, sa destination se trouvait au même étage que le bureau de son père. Elle s'avança donc dans un nouveau couloir, passa devant de nombreuses portes, y compris celle de son ancienne chambre, jusqu'à s'arrêter devant celle qui se trouvait au fond. Elle marqua une légère pause pendant laquelle elle prit une profonde inspiration puis toqua contre.

Quelques secondes passèrent durant lesquelles elle ne reçut aucune réponse. Elle enclencha tout de même la poignée et fut soulagée de voir qu'elle était déverrouillée. Elle ouvrit donc la porte et entra doucement à l'intérieur.

Elle ne put s'empêcher de jeter un regard circulaire à la pièce, la trouvant tout aussi majestueuse et intimidante que lorsqu'elle était enfant. Que ce soit l'immense et élégant lit baldaquin qui aurait pu rendre envieux n'importe quel monarque, les grandes portes fenêtres qui se trouvaient en face, les luxueux meubles qui composaient la pièce ou l'énorme portrait de ses parents qui était accroché au mur adjacent et qui occupait sa grande majorité, chaque détail avait le don de la faire se sentir toute petite, presque insignifiante.

Elle réalisa que, même aujourd'hui, alors qu'elle approchait de ses vingt-sept ans, elle avait du mal à concevoir que ses parents puissent avoir une chambre à coucher comme le reste du commun des mortels.

Et pourtant, alors que son regard se porta sur l'objet de sa présence ici, sa mère qui se tenait debout face au portrait officiel qui les représentait son mari et elle, elle se retrouva forcée de constater que c'était exactement ce qu'ils étaient. De simples êtres humains…

Lexa s'avança de quelques pas et s'arrêta à quelques mètres derrière sa mère qui n'avait toujours pas esquissé le moindre geste depuis son arrivée. Elle fixa son dos et se retrouva sans aucune idée de quoi faire, quoi dire.

- Je suppose que c'est réellement vrai, prononça doucement Mme Woods sans détourner le regard du portrait, rompant ainsi elle-même le silence.

La douleur était décelable dans sa voix et Lexa sentit son cœur se serrer à son entente. Elle ne pouvait qu'essayer d'imaginer ce que ressentait sa mère en cet instant précis et malgré la rancœur qu'elle éprouvait à son égard, elle était prête à faire ce qu'il fallait pour l'en préserver du mieux qu'elle pouvait. Elle ne prit donc pas la peine de répondre, fit un pas déterminé vers elle et déclara:

- Je vais voir Luna Rivers dans quelques minutes. Je vais la voir et j'ai besoin que tu me dises ce que tu veux que je fasse…

Sa demande amena sa mère à bouger pour la première fois depuis que Lexa était entrée dans la pièce. Elle se tourna pour lui faire enfin face.

- Ce que je veux que tu fasses? répéta-t-elle.

L'affliction que Lexa put lire sur son visage l'amena à se figer complètement. Elle n'avait jamais vu, ô grand jamais, une telle tristesse décomposer les traits de sa mère et cette vision ne fit que la conforter dans le choix qu'elle faisait.

Elle fit donc un nouveau pas vers elle et, même si elle n'en avait aucune envie, elle lui expliqua ce que venaient de lui apprendre Gustus et Titus. Elle lui expliqua pour le test de paternité que son père avait demandé et qui remettait donc en cause cette clause d'hérédité qui lui avait permis d'accéder au poste de PDG sans la validation du conseil. Elle lui expliqua pour le contrat qu'il avait passé avec Léonore Rivers afin de ne jamais avoir à reconnaitre l'enfant et ce qu'il comportait. Et pendant tout le temps qu'elle prit pour lui exposer les faits, la tristesse sur le visage de sa mère se transforma petit à petit en colère jusqu'à ce qu'il s'assombrisse complètement.

- Donc deux chemins s'offrent à nous, déclara Lexa après qu'elle ait fini de tout lui expliquer. Et on suivra celui que toi, tu choisiras…

Mme Woods leva les yeux vers sa fille pour la regarder droit dans les yeux et fronça des sourcils.

- Pourquoi?

Cette fois-ci, ce fut au tour de Lexa de se retrouver à froncer des sourcils d'un air confus.

- Pourquoi quoi?

- Pourquoi me laisses-tu décider? répondit Mme Woods. Après tout ce qui s'est passé entre nous, après tout ce que je t'ai fait, pourquoi est-ce que tu me laisses choisir?

Le visage de Lexa se ferma immédiatement et elle se retrouva à détourner le regard.

La question la prit complètement au dépourvu. C'était vrai après tout, pourquoi tenait-elle à tout prix à prendre en compte la volonté de sa mère? Cette dernière n'avait jamais pris la peine de le faire pour elle. Et puis, ne s'était-elle pas jurer de ne plus rien avoir à faire avec sa mère? De s'éloigner une bonne fois pour toute d'elle après tout ce qu'elle lui avait fait subir? Elle était loin de mériter la moindre considération de sa part.

Alors, bon sang, pourquoi le faisait-elle? Pourquoi était-elle là à se préoccuper d'une personne qui l'avait toujours faite passer après tout le reste?

Elle finit par reporter son attention sur sa mère et, tout en maintenant son regard qui était toujours sur elle, elle lui répondit doucement:

- Parce que, pour la première fois depuis qu'il n'est plus là, je réalise que je ne suis pas la seule à être impactée par les mauvais choix qu'il a fait…

Un silence suivit ses mots pendant lequel sa mère la dévisagea longuement. Et Lexa, non pas pour la première fois de sa vie, se demanda ce qu'elle pouvait bien voir en la regardant. Une enfant? Une jeune femme? Une égale?

Quelqu'un digne de succéder à l'homme qui avait partagé sa vie ou simplement la personne qui était là parce qu'ils n'avaient pas le choix?

Voyait-elle l'enfant qu'elle avait mis au monde ou l'échec qu'elle représentait?

Après ce qui lui parut être de longues secondes interminables, sa mère finit par baisser les yeux et acquiescer sobrement avant de prendre une profonde inspiration et se tourner de nouveau vers le portrait de son mari.

- Lorsque j'ai appris pour son… écart, finit par dire Mme Woods, serrant la mâchoire en prononçant le dernier mot, je n'ai pas voulu savoir qui était l'autre femme… Il m'avait juré que c'était terminé, je n'avais pas besoin d'en savoir plus. Je n'avais pas envie d'en savoir plus. Peut-être que j'aurais dû…

Elle marqua une légère pause pendant laquelle Lexa la vit prendre une profonde inspiration.

- Pendant toutes ces années, il m'a laissé fréquenter cette femme quotidiennement sans jamais rien dire. Nous faisions parties du même country club, nos filles allaient dans les mêmes écoles et il a fait comme si de rien était. Il nous a laissé vivre dans ce mensonge pendant tout ce temps et ce pourquoi?

Elle laissa échapper un rire sans joie et secoua la tête.

- Le pire de tout, c'est qu'il n'avait pas besoin de me le cacher, je serais restée et j'aurais soutenu ses décisions quoi qu'il advienne, parce que c'était ce que je faisais pour lui et il le savait…

Lexa se retrouva à déglutir difficilement tout en continuant de fixer le dos de sa mère. Il s'agissait surement là de la première fois que sa mère lui parlait de manière aussi honnête, aussi ouverte, aussi vulnérable.

Et – aussi dévastateur que cette pensée pouvait l'être – aussi humaine. Parce que, ô combien même elle avait rêvé d'avoir une conversation honnête et sincère avec sa mère durant laquelle cette dernière ne se cacherait pas derrière ses faux-semblants ou sa volonté de cacher la moindre faiblesse, ce n'était pas comme ça qu'elle aurait voulu qu'elle se produise. Pas dans ces circonstances. Pas lorsqu'elle la voyait perdre pied parce qu'elle avait été trahie par la personne en qui elle avait eu le plus confiance, celle avec qui elle avait partagé sa vie, celle pour qui elle avait fait autant de concessions, pour qui elle avait autant sacrifié. Et de la pire manière possible…

Lexa avait conscience que sa mère n'était pas la seule victime dans cette histoire. Elle avait conscience que son père avait également causé du tort à une autre femme.

Mais elle ne pouvait s'empêcher de se dire que sa mère était et resterait la véritable lésée. Parce que, contrairement à elle, Léonore Rivers avait été au courant. Contrairement à elle, elle avait eu le choix de signer ce contrat et de l'accepter (même si elle se doutait que son père avait su se montrer très persuasif).

Elle s'efforça de ne pas penser à l'autre personne pour qui le choix avait été également retiré. Parce que ce qui l'importait avant tout c'était sa mère. Sa famille. C'était envers elle qu'elle était loyale et Luna Rivers n'en faisait pas partie.

Mais, malgré ça, elle ne pouvait s'empêcher de penser à elle. Depuis combien de temps était-elle au courant? Le savait-elle depuis toujours? Depuis la primaire? Le collège? Était-ce pour cette raison qu'elle l'avait toujours détestée?

Lexa poussa un profond soupir face à ses pensées. Une nouvelle fois, elle se retrouvait complètement impuissante face aux conséquences des actes de son père…

Elle s'obligea à sortir de ses réflexions lorsqu'elle vit sa mère se retourner pour lui faire de nouveau face, le regard plein de défaite cette fois-ci.

- Et maintenant tu me dis que nous avons le choix entre prendre le risque de perdre l'entreprise pour laquelle nous avons tellement sacrifié ou nous assurer qu'elle reste entre nos mains en salissant le nom de l'homme avec qui j'ai passé la majorité de ma vie…

- Tu ne lui dois rien, lui répondit fermement Lexa. Après tout ce qu'il a fait, tu ne lui dois rien du tout…

Ce qui eut le don de faire rire amèrement Mme Woods. Elle glissa une main sur son visage d'un geste las avant de reporter son regard sur sa fille.

- Qu'est-ce que tu aurais fait si ça avait été Clarke? lui demanda-t-elle.

Lexa s'efforça de ne pas s'énerver face à la question parce qu'elle voyait qu'elle n'avait pas été posée vicieusement. Elle voyait que sa mère était complètement perdue et voulait juste son avis.

- Je n'ai pas encore vécu trente ans à ses côtés, répondit-elle, mais je sais qu'elle ne me ferait jamais ça…

Et elle n'avait aucun doute là-dessus. Elle ne pouvait donc vraiment pas s'imaginer à la place de sa mère, elle ne pouvait s'imaginer ce qu'elle pouvait ressentir en cet instant précis parce que, même si elle était également concernée par la trahison de son père, elle savait que ça n'égalait pas celle de son père vis-à-vis de sa mère. Et elle savait qu'elle ne le ressentirait jamais. Elle savait que Clarke ne la trahirait jamais de cette manière, tout comme elle, elle ne trahirait jamais Clarke. Tout simplement.

- Je sais que le choix est très difficile à faire, déclara-t-elle en se reconcentrant sur sa mère. Moi-même je le trouve difficile alors je ne peux qu'imaginer ce qu'il représente pour toi… Et si tu veux, je choisirais moi. Si tu veux, je prendrais la décision. Mais je pense sincèrement qu'elle devrait te revenir. Et comme je te l'ai dit, quel que soit ton choix, je te promets de ne pas le questionner. Je te promets de faire exactement ce que tu veux que je fasse…

Elle fit un pas de plus vers sa mère qui demeura silencieuse et la fixa d'un regard plein de détermination.

- Il n'est plus là. C'est son empire, je sais. C'est lui qui l'a construit. Mais il t'appartient tout autant qu'à lui, quoi que tu en penses… Et il n'est plus là. Il n'est plus là. Et aujourd'hui c'est nous qui faisons face à ses erreurs. Et si tu penses que c'est en évoquant le contrat qu'on les corrigera alors on le fera. Et on arrivera à faire face aux retombés parce qu'on l'a toujours fait… Et si tu veux le préserver, alors on le préservera. On s'assurera que le test de paternité et le contrat disparaissent et on laissera le conseil décider…

- Chose qu'on a cherché à tout prix à éviter, lui fit remarquer sa mère.

- Je sais, lui assura Lexa. Mais j'ai beaucoup plus de chances d'être élue aujourd'hui qu'il y a un mois… Et puis Luna Rivers reste une outsider, elle ne sait rien de Woods & Co et, par conséquent, je ne pense pas que le Conseil prendra le risque de lui confier les rênes. Ils veulent nous éjecter mais ils ne le feront jamais en mettant en péril l'entreprise parce qu'ils se mettraient en péril eux-mêmes…

- Donc tu penses qu'on devrait laisser faire les choses et ne pas évoquer le contrat?

Effectivement, si elle devait choisir, Lexa opterait pour cette solution. Elle n'était pas la plus facile, mais elle était persuadée qu'elle était la plus juste et la plus judicieuse à suivre. Bien sûr, cela voulait dire un peu plus de mensonges mais il était évident que les dégâts occasionnés seraient moins importants. Évoquer le contrat, comme Titus le voulait, leur permettrait certes de garder Woods & Co sans prendre le moindre risque mais les conséquences médiatiques que provoquerait ce scandale pourraient se montrer désastreuses pour l'entreprise.

Et puis, pouvait-elle réellement opter pour une solution qui risquerait de mettre quelqu'un en prison? Pour un contrat qu'elle n'avait pas signé? Pour une simple histoire d'hérédité?

Elle n'était pas la plus grande fan de Luna Rivers mais elle savait qu'elle ne méritait pas de faire face aux conséquences que pouvait avoir le non-respect de ce contrat. Si elle choisissait de le divulguer et que Luna finissait réellement derrière les barreaux comme l'avait indiqué Titus, elle n'était pas sûre de pouvoir se regarder un jour dans le miroir…

Sans compter le fait aussi que la seule raison qui faisait qu'elle était à la tête de Woods & Co' était la clause d'hérédité.

Si elle était Commandant, ce n'était pas par mérite, mais parce qu'elle était l'enfant d'Edward Woods. Et si c'était son sang qui faisait qu'elle était PDG, alors Luna avait tout autant le droit qu'elle de prétendre au poste, même si ça la tuait de l'admettre…

Mais elle ne pouvait pas dire toutes ces choses à voix haute. Elle ne pouvait pas influer sur le choix de sa mère. Comme elle l'avait dit, son père n'était pas là pour corriger ses erreurs. Alors elle devait le faire pour lui. Et elle espérait qu'en laissant le pouvoir de choisir à la personne qu'il avait le plus blessé avec ce mensonge, elle lui permettrait de retrouver un minimum de contrôle.

Un minimum de dignité.

Alors elle ne répondit pas à la question et se contenta de déclarer:

- Les deux solutions comportent leurs risques et leurs conséquences auxquelles on devra faire face…

Elle hésita quelques secondes puis, face à la perdition qu'affichait toujours le visage de sa mère, elle ajouta d'une voix beaucoup plus soft, beaucoup plus rassurante:

- Quels qu'ils soient, on y fera face. Comme on l'a toujours fait…

Mme Woods sembla se détendre légèrement à l'entente de ses mots et lui adressa un regard reconnaissant. Regard qui eut le don de créer un conflit en Lexa.

Depuis qu'elle avait entendu Titus confirmer que Luna était bien l'enfant de son père – le mot sœur résonna dans sa tête mais elle n'arrivait pas à se résoudre à définir Luna comme telle – elle ressentait un besoin de protéger sa mère. Mais la rancœur qu'elle éprouvait à son égard était toujours là, présente, et se fit particulièrement ressentir alors qu'elle continuait de la fixer comme elle le faisait. Lexa détourna donc les yeux et s'éclaircit la gorge mal-à-l'aise en croisant les bras dans son dos. Mme Woods sembla le comprendre car elle retrouva un minimum de contenance, retrouvant, pour la première fois depuis que sa fille était entrée dans la chambre, son stoïcisme légendaire.

- Tu réalises que quelqu'un lui a dit pour la clause, fit-elle remarquer d'un ton factuel. Clause qui n'était connu que par les membres du conseil…

Lexa acquiesça, comprenant clairement ce qu'elle ne lui disait pas parce qu'elle n'avait cessé d'y penser elle-même depuis l'annonce de Luna.

Les modalités de sa nomination n'étaient pas connues du public. Le conseil avait opté pour garder l'information confidentielle. Leurs mains avaient certes étaient forcées mais ils savaient que le divulguer n'apporterait rien de positif à l'image de l'entreprise saine, prospère et solide qu'ils tentaient de véhiculer si on apprenait que la PDG avait été élue sans réel consentement.

Donc si Luna Rivers était au courant que la nomination de Lexa était dû à cette clause que son père avait intégré au pacte des actionnaires, alors il y avait de grandes chances qu'un ou plusieurs des actionnaires majoritaires soient de mèche avec elle. Et si tel était le cas, cela voulait dire que dans un premier temps, quelqu'un d'autre avait été au courant de l'existence de l'enfant hors mariage qu'avait eu son père mais aussi et surtout que les chances qu'elle perde face à Luna soient plus élevées qu'elle ne le redoutait…

- Je sais, finit-elle par répondre.

- Elle s'attend à ce que nous cherchions à protéger notre famille, poursuivit Mme Woods. Elle s'attend à ce que nous n'évoquions pas ce satané contrat et que nous laissions le conseil choisir…

- Je sais, répéta Lexa.

- Donc en optant pour cette solution, nous ferions exactement ce qu'elle attend de nous, ajouta inutilement sa mère.

Parce que Lexa en avait parfaitement conscience. Elle savait parfaitement qu'elle prendrait de très gros risques en suivant le plan de Luna. Comme elle en prendrait de très gros en faisant jouer le contrat conclu entre son père et Léonore Rivers.

Quoi qu'elle choisisse, elle se retrouvait coincée d'une manière ou d'une autre. À priori, Luna semblait avoir concocté le plan parfait. Et pourtant, Lexa y décelait de nombreuses lacunes qui lui faisaient dire qu'elle avait ses chances.

- Ce n'est pas parce que nous ferions ce qu'elle attend de nous que nous lui donnerions pour autant ce qu'elle veut, finit-elle par répondre.

Mme Woods fronça des sourcils et la dévisagea longuement.

- Tu as l'air confiante, lui dit-elle.

- Pas vraiment, avoua Lexa. Mais elle, elle l'est trop. Et c'est exactement ce qui me dit qu'on a toutes nos chances…

Elle échangea un long regard avec sa mère qui lui indiqua qu'elle comprenait exactement ce qu'elle voulait dire. Et elle eut l'impression que, pour la première fois de sa vie, sa mère et elle se retrouvaient sur la même longueur d'onde.

Un bruit de coups contre la porte les amena à rompre leur contact visuel. Elles se tournèrent toutes les deux vers la porte tandis qu'elle s'ouvrait et virent Gustus faire son apparition. Il ne pénétra pas à l'intérieur et les regarda d'un air mal-à-l'aise.

- Excusez-moi de vous déranger, leur dit-il avant de se tourner plus particulièrement vers Lexa. Je voulais juste t'informer que Titus a congédié nos invités et Luna Rivers se trouve désormais dans le bureau…

Nous avons fait ce que nous avions à faire, à toi de jouer maintenant… Il n'avait pas prononcé les mots mais Lexa savait que c'était exactement ce que voulait dire sa présence. Elle lança un regard rapide en direction de sa mère qui évitait délibérément de regarder dans la direction de Gustus puis reporta son attention sur ce dernier.

- J'arrive, l'informa-t-elle.

Elle attendit qu'il s'en aille et referme la porte derrière lui avant de se tourner de nouveau vers sa mère.

- Alors? lui dit-elle. Que fait-on?

Mme Woods porta son regard sur le portrait de son mari et poussa un soupir imperceptible.


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Ready pour la confrontation Lexa/Luna?! xD