Bonsoir tout le monde!
Vous êtes prêts pour le dernier chapitre de l'année? ^^ J'espère qu'il vous plaira!
Comme toujours, merci à tous ceux qui, à chaque chapitre, prenne le temps de me laisser leur avis! 3 :D
Me manque plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture!
LSAfor'
PS: As usual, merci à Debo pour la correction!
Chapitre 28:
ALEXANDRIA WOODS: À quand la fin de la tourmente?
Samedi dernier, alors qu'elle célébrait au domicile de ses parents sa nomination officielle au poste de PDG de Woods & Co, la jeune héritière, Alexandria II Woods, ainsi que tous ses invités ont eu le droit à une révélation choc: Luna Rivers, actuelle dirigeante de l'entreprise Rivers Boats, serait l'enfant caché de son défunt père, Edward Woods!
La révélation a été faite par nul autre que la concernée qui n'a pas hésité à interrompre le discours de remerciements d'Alexandria pour lâcher sa bombe. Il est inutile de préciser que les festivités ont aussitôt pris fin, laissant ainsi tous les invités abasourdis et complètement dubitatifs. Cette fille était-elle réellement la fille cachée du défunt Edward Woods ou cherchait-elle juste à faire parler d'elle? Pourquoi maintenant? Les Woods connaissaient-ils son existence? Ou du moins, le lien que cette jeune femme avait avec leur famille? Edward Woods savait-il qu'il avait un enfant illégitime avant de décéder?
Il n'aura pas fallu attendre longtemps pour avoir les réponses. Effectivement, il semblerait que le tiré de rideaux n'a pas empêché les différents partis concernés de communiquer au cours de la soirée car, dès le lendemain matin, nous avons pu assister à une conférence de presse de Luna Rivers, en direct même du siège de Woods & Co! Un retournement de situation que personne n'avait prévu! Et pourtant, l'héritière de l'empire Woods a bel et bien choisi d'offrir une tribune privilégiée à celle qui risquait de mettre sa vie sans dessus-dessous, lui laissant ainsi la possibilité de raconter son histoire… Acte désintéressé ou coup de maître? Telle est la question. Et malheureusement, il existe peu de chances que nous ayons un jour une réponse…
Mais cette conférence de presse nous aura au moins permis d'en apprendre un peu plus sur ce nouveau drame qui a créé une nouvelle brèche dans la forteresse, qui paraissait jusque-là infaillible, que représentait Edward Woods (et oui, il faut croire que même les plus puissants d'entre nous demeurent esclaves de leurs pulsions).
Enfant issue d'un adultère (lors de son aventure très brève avec Léonore Rivers, Edward Woods était déjà marié à Alexandria Woods Senior ((cette dernière n'a d'ailleurs pas souhaité faire de déclaration)) mais il s'avèrerait que le couple traversait une mauvaise passe à ce moment-là, ayant amené le père Woods à aller voir ailleurs), Luna Rivers a expliqué durant cette fameuse conférence qu'Edward Woods n'avait jamais été informé du lien qui les unissait. Elle-même ne l'aurait appris que lorsque sa mère se trouvait sur son lit de mort (ndlr Léonore Rivers est décédée des suites d'un cancer du sein fulgurant). Le secret aurait donc était très bien gardé, ce qui nous laisse très dubitatifs lorsque nous connaissons les liens étroits qu'il y avait entre les deux familles (Léonore Rivers était une partenaire d'affaires d'Edward Woods ainsi qu'une amie de son épouse, leurs filles ont fréquentés les mêmes écoles jusqu'au lycée, etc…).
Mais pourquoi Luna Rivers choisirait-elle de mentir et de donner une version des faits qui ne l'aiderait en rien, si ce n'est pour dire la vérité? C'est exactement ce que nous a répondu la principale intéressée lorsque nous lui avons fait part, durant sa conférence, de nos doutes.
Oui bon, pourquoi pas…
Cependant, face à la question qui consistait à lui demander pourquoi elle avait choisi de ne parler que maintenant, pourquoi avoir attendu qu'Edward Woods soit décédé pour dire la vérité alors qu'elle avait eu 3 ans pour le faire, Luna est restée longuement silencieuse avant de nous expliquer qu'elle avait eu peur et qu'elle le regretterait surement toute sa vie…
Très touchant.
Vous avez du mal à y croire? Nous aussi…
Il est tout de même plus probant que le timing de sa déclaration soit surtout lié à l'existence de cette fameuse clause d'hérédité qui jusque-là était inconnue du public (merci Luna pour cette énième révélation) et qui permettait à Alexandria Junior (non sérieusement, quelle idée de donner à sa fille un prénom identique au sien?!) d'accéder au trône sans votes du Conseil (et oui, il est possible de déjouer la démocratie même en entreprise!). Sérieusement, qui n'aurait pas cherché à tirer son épingle du jeu dans une situation pareille? Personne. Donc, Luna Rivers, nous te comprenons… Et Alexandria Woods aussi semblerait-il. Après tout, elle a tout de même choisi de la jouer fairplay et l'a laissé prétendre au même titre qu'elle, à la place de PDG, donnant ainsi au Conseil d'Administration le pouvoir de choisir entre les deux femmes. Quelle bonté! Quelle noblesse! Ou alors, elle connaissait déjà l'issue du vote et savait pertinemment qu'elle ne risquait rien…
Mais rendons tout de même à César ce qui appartient à César, Alexandria II Woods, du haut de ses vingt-sept ans (Saviez-vous qu'elle était la plus jeune PDG d'une entreprise côté au DJI?) et de son petit mois d'ancienneté, a su gérer la crise de manière digne et remarquable, ce qui n'a pas manqué de montrer aux plus sceptiques d'entre nous qu'elle était le digne successeur de son père (et oui, la pomme ne tombe jamais très loin de l'arbre!).
Et en prime, elle gagne une sœur!
Finalement, elle ne s'en sort pas si mal notre petite héritière, non?
L. Faure
Lexa arriva à la fin de l'article où se trouvait une retranscription de quelques extraits issus de la conférence de presse de Luna ainsi qu'une copie du communiqué de presse qu'elle avait fait publier et poussa un soupir las.
Quatre jours s'étaient écoulés depuis que le Conseil avait voté pour sa nomination et les articles de ce genre continuaient de pulluler. Ce n'était plus seulement le monde des finances qui semblait s'intéresser à elle mais le monde entier. Indra lui avait fait part de la nécessité d'augmenter la sécurité dans le bâtiment du fait des nombreux journalistes qui avaient essayé d'y pénétrer. Elle-même avait surpris un ou deux paparazzis à la suivre à de nombreuses reprises et il s'agissait surement de la chose qui l'agaçait le plus. Cette attention. Ce manque de limite et de respect pour sa vie privée. Elle ne comptait plus le nombre de fois où elle avait vu son visage sur les couvertures de la presse à scandale et elle ne savait plus quoi faire pour y remédier.
Clarke avait rigolé lorsque, d'une voix complètement excédée, elle lui avait fait part du problème un soir au téléphone. Puis elle avait tenté de la réconforter en lui disant qu'ils finiraient par très vite se lasser de la suivre dès lors qu'ils réaliseraient à quel point son quotidien était barbant. Et Lexa n'avait cessé de prier pour que ça arrive au plus vite.
- Il faut croire que le monde entier parle de nous, déclara une voix devant Lexa, l'amenant à lever brusquement les yeux de son journal.
Une pointe de colère se fit sentir dans sa poitrine lorsqu'elle vit Luna Rivers, appuyée nonchalamment contre l'embrasure de la porte de son bureau, les bras croisés sur sa poitrine et un petit sourire sur les lèvres.
- Comment es-tu – commença Lexa en se redressant immédiatement de son siège.
Mais Luna l'interrompit avant qu'elle ne puisse poursuivre et répondit:
- Très facilement et je t'avoue que ça m'a surprise. Le plus difficile a été ton assistante, elle n'a pas voulu me laisser passer. J'ai dû attendre qu'elle ait le dos tourné pour me faufiler…
Et, comme pour illustrer ses propos, Costia arriva à ce moment-là essoufflée et regarda Luna et Lexa tour à tour d'un air paniquée.
- Je suis désolée! dit-elle à l'adresse de Lexa. Je me suis absentée seulement deux minutes, je pensais qu'elle était partie! Tu veux que j'appelle la sécurité?
- Wow, inutile d'être aussi dramatique! lui répondit Luna en levant les deux mains d'un geste de retrait.
Mais Costia l'ignora complètement et continua à fixer Lexa, attendant sa réponse. Cette dernière se pinça les lèvres pour ne pas sourire, amusée par le manque de considération évident de Costia à l'égard de Luna. Et elle voulait accepter la proposition de Costia, lui dire d'appeler la sécurité et faire sortir Luna d'ici parce qu'elle n'avait vraiment aucune envie de la voir ou de lui parler. Malgré tout, elle hocha la tête de gauche à droite.
- Ça ira merci, lui dit-elle en faisant le tour de son bureau.
Costia hésita quelques secondes avant de concéder avec réticence.
- D'accord, lui dit-elle. Mais n'hésite pas si tu changes d'avis…
Lexa acquiesça et Costia lui répondit par un hochement de tête identique. Elle tourna ensuite les talons, lança un dernier regard noir à Luna qui lui répondit avec un clin d'œil, leva les yeux au ciel et quitta la pièce en refermant la porte derrière elle. Luna la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse avant de reporter son attention sur Lexa.
- Il faut croire que tu aimes t'entourer de magnifiques femmes au caractère bien trempé.
Lexa serra la mâchoire et s'efforça de garder son calme. Elle pouvait avoir toute la volonté du monde, elle n'était pas sûre de réussir à tenir encore longtemps sans lui mettre son poing dans la figure. Elle fit donc quelques pas pour s'éloigner d'elle et, tout en évitant de la regarder, elle demanda froidement:
- Qu'est-ce que tu veux?
Luna ne lui répondit pas, ses yeux trouvant le journal que Lexa était en train de lire avant qu'elle n'arrive.
- Ce n'est pas celui que j'ai préféré, lui dit-elle en le pointant du doigt, amenant Lexa à reporter son regard sur elle pour voir de quoi elle parlait. J'admets que le fait qu'ils aient essayé de me dépeindre comme une opportuniste assoiffée de pouvoir doit jouer là-dedans...
- Au moins une chose de vrai dans ce journal, rétorqua Lexa.
Luna leva les yeux vers elle et esquissa un petit sourire en coin.
- Je vois que tu n'as pas encore digérer…
Lexa se retrouva à serrer un peu plus des dents. Non effectivement, elle était loin d'avoir digérer. Elle ne pensait pas qu'il était possible d'éprouver autant d'animosité à l'égard d'une autre personne et pourtant, elle était là, face à Luna, et la seule chose qu'elle voulait c'était lui faire payer ce qu'elle lui avait fait. Et elle trouvait ça juste incroyable à quel point cette fille arrivait à l'atteindre. Quatre jours étaient passés depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu et l'aversion qu'elle éprouvait à son égard était toujours aussi présente, toujours aussi forte.
- Qu'est-ce que tu veux? répéta-t-elle.
Luna perdit son sourire goguenard et s'éclaircit la gorge. Elle détourna les yeux quelques secondes avant de les reporter sur Lexa et cette dernière fut surprise de voir l'air grave et sérieux qu'elle arborait. Elle n'était pas sûre de l'avoir vu un jour afficher autre chose que de l'arrogance et du mépris.
- Je pensais qu'après tout ce qu'il s'était passé, on pourrait parler, finit par répondre Luna.
Lexa laissa échapper un petit rire amer en secouant la tête avant lui dire d'un ton dur:
- Je n'ai vraiment rien à te dire.
- Dans ce cas-là, écoute-moi, répliqua simplement Luna avec un haussement d'épaules.
Ce qui eut le don d'agacer Lexa qui sentait qu'elle perdait de plus en plus patience.
- Tu penses réellement qu'après tout ce que tu as fait, tu mérites que je t'écoute?
- Non, lui répondit Luna. Mais je pense que tu mérites des explications…
Lexa se mordit l'intérieur de la joue pour s'empêcher de l'envoyer balader. Elle n'avait aucune envie de l'écouter, elle n'avait aucune envie d'avoir le moindre échange avec elle. Elle voulait juste qu'elle la laisse tranquille une bonne fois pour toutes. Ce que sembla comprendre Luna qui fit un pas vers elle et ajouta:
- Je sais qu'après tout ce qu'il s'est passé, on ne deviendra jamais les meilleures amies du monde. Je serais toujours la méchante de ton histoire et toi de la mienne… Mais après ce week-end, je me suis rendue compte que si c'était le cas, c'est parce que, depuis toujours, nous n'avons eu qu'une seule version de l'histoire, une seule version de la vérité et peut-être que si on se parlait directement, sans se fier à ce que nous ont toujours dit nos vieux, on réussirait à se comprendre…
Lexa n'était pas sûre qu'un jour elle réussirait à comprendre le point de vue de Luna et de lui trouver des circonstances atténuantes. Et elle n'était pas sûre d'en avoir envie. Cette fille était allée beaucoup trop loin, elle ne méritait aucune chance de se racheter.
Mais Lexa savait aussi qu'elle ne pouvait pas passer à côté de l'opportunité que Luna était en train de lui offrir. Avoir des explications, des réponses à ses questions, une bonne fois pour toutes. Pour Woods & Co, pour sa mère, pour Clarke.
Mais aussi et surtout pour elle.
Alors elle résista à son envie de la mettre dehors et acquiesça.
- Je t'écoute, déclara-t-elle lentement. Explique-moi donc pourquoi tu as tenté de me saboter?
- Pour Rivers Boats, tout simplement… répondit Luna.
Sa réponse surpris Lexa qui fronça des sourcils, pas certaine de comprendre le rapport entre les deux entreprises, ce que sembla comprendre Luna car elle poursuivit ses explications.
- Tu dois surement savoir que le retrait de Woods & Co de nos actionnaires nous a mis en grande difficulté, énonça-t-elle. Difficultés qui se sont décuplés depuis le décès de ma mère. Et maintenant, on est au bord de la faillite…
Le froncement de sourcils de Lexa s'accentua mais de scepticisme cette fois-ci.
- Et donc quoi? déclara-t-elle. Tu pensais qu'en devenant PDG de Woods & Co tu pourrais obliger l'entreprise à réinvestir?
- Entre autre, répondit Luna.
- Et après quoi? Tu sais très bien que tu ne peux pas être PDG de deux entreprises, Woods & Co l'exclu formellement. Tu aurais dû démissionner de ton poste à Rivers Boats…
- Je sais, assura Luna. Mais c'était le seul moyen et ça n'aurait été que temporaire. Le temps juste de remettre RB sur les rails… Woods & Co ne m'a jamais intéressé, la seule chose que je voulais c'était sauver l'entreprise de ma mère…
Le regard de Lexa se fit lointain tandis que son esprit semblait tenter de rassembler chaque pièce du puzzle. Un éclair de compréhension la frappa et elle se retrouva à dire lentement:
- La clause d'hérédité ne joue pas en cas de démission…
Elle reporta immédiatement son regard sur Luna.
- C'était ça le deal, n'est-ce pas? lui demanda-t-elle. Avec Nia Queen. Elle t'aidait à récupérer Woods & Co pour sauver Rivers Boats et dès le moment où ça aurait été le cas, tu lui cédais la place…
Les yeux de Luna s'écarquillèrent et elle bégaya:
- Co – comment tu –
- Vous avez été loin d'être subtiles pendant le conseil, répondit Lexa avant qu'elle ne termine sa phrase. Et puis, il n'est de secret pour personne que Nia Queen n'attend que le jour où je perdrais ma place…
L'incrédulité était toujours présente sur le visage de Luna qui continuait à la regardait avec des yeux ronds.
- Je t'ai réellement sous-estimé, déclara-t-elle dans un souffle.
- Il faut croire oui, se contenta de lui répondre distraitement Lexa, trop occupée à assimiler ces nouvelles informations.
Son cerveau était en ébullition. Elle était tellement prise par sa volonté d'avoir des réponses à ses questions qu'elle en avait oublié sa colère et le ressentiment qu'elle éprouvait à l'égard de la personne face à elle. La seule chose qu'elle voulait c'était comprendre.
- Mais elle se serait retrouvée avec la même problématique que la tienne, fit-elle remarquer. Elle est à la tête d'Azgeda Corp. Elle ne peut être PDG de Woods & Co que si elle démissionne et je ne pense pas qu'elle est prête à abandonner l'entreprise qu'elle a elle-même bâti, elle est trop fière pour ça…
Surtout que si elle venait à quitter Azgeda Corp, Lexa savait que la personne qui en prendrait la tête serait Roan. Il était le Vice-Président et était énormément apprécié des actionnaires. Le Golden Boy par excellence qui, pour une raison inconnue, ne s'était jamais réellement entendu avec sa mère. Il s'agissait d'ailleurs d'un des points communs autour duquel lui et elle avait bâti leur amitié. La pression de leurs parents et de leurs noms. Donc elle ne voyait vraiment pas Nia Queen lui abandonner son « bébé ».
- Oh elle n'a pas besoin de devenir PDG de Woods & Co pour en tirer les ficelles…
- Elle a juste besoin d'un pantin docile, comprit Lexa.
- Exactement, répondit Luna. Chose que toi et moi ne sommes pas…
Comment avait-elle pu ne pas s'en rendre compte plus tôt? C'était d'une évidence! Le plan était réellement réfléchi et intelligent!
Débarrassée de Lexa, Nia Queen n'aurait eu plus qu'à attendre la démission promise de Luna Rivers pour tenter de faire nominer la personne qu'elle voulait. Elle aurait eu quelques mois devant elle pour convaincre le Conseil et, une fois réussit, elle aurait été la femme la plus influente et puissante du pays. Cette seule pensée fit frissonner Lexa. Elle ne pouvait imaginer le mal que pourrait causer quelqu'un d'aussi avide et malhonnête que Nia Queen avec autant de pouvoir.
- Elle avait déjà une idée de qui? questionna Lexa en reportant son attention sur Luna.
Luna fronça légèrement des sourcils d'un air contemplateur avant de hocher la tête de gauche à droite.
- Elle ne me l'a jamais dit, désolée…
Un léger silence suivit avant que Lexa ne demande:
- Nia Queen était donc au courant pour toi?
Cette fois-ci, elle vit un éclair d'hésitation apparaitre dans le regard de Luna avant que cette dernière n'acquiesce doucement.
- Ma mère et elle étaient de très bonnes amies, expliqua-t-elle. Elles se connaissaient depuis très longtemps donc quand ma mère était enceinte de moi, elle a dit à Nia Queen qui était le véritable père. Mais elle ne lui a jamais dit la vérité sur le reste, sur le fait qu'il le savait et qu'il avait décidé de ne pas assumer sa paternité, sur le contrat qu'ils ont conclus…
Lexa ne pouvait s'empêcher de se demander comment elle faisait pour relater les choses de manière aussi factuelle, comment elle réussissait à en parler avec autant de détachement dans la voix.
- Pour Nia Queen, ma mère n'a jamais dit la vérité à ton père… poursuivit Luna. J'ai toujours pensé que ma mère ne lui avait jamais dit pour se protéger mais plus j'y réfléchi, plus je me dis qu'il y avait aussi une part de fierté derrière…
Ses mots étonnèrent Lexa qui ne comprit pas vraiment ce qu'elle voulait dire. Mais Luna ne s'attarda pas dessus et poursuivit:
- Quand ma mère est décédée, Nia a été là pour moi. Énormément. Elle m'a aidé à retrouver pied, à gérer mon nouveau rôle au sein de Rivers Boats. Elle m'a aidé et soutenue pendant les difficultés que traversait l'entreprise. Elle a été une véritable alliée, un véritable mentor. Donc, lorsqu'elle m'a parlé de la clause d'hérédité, je l'ai suivi sans me poser de question…
Lexa comprenait de mieux en mieux les agissements de Nia. Cette volonté qu'elle avait eue de repousser l'élection pour faire vérifier la clause alors qu'elle savait parfaitement qu'elle était légitime. Elle avait seulement cherché à gagner du temps…
- J'avais l'opportunité parfaite de sauver Rivers Boats, de sauver l'entreprise de ma mère, la seule véritable chose qui me restait d'elle, et de prendre ma revanche sur le père qui m'avait abandonné sans scrupule. Donc je n'ai pas hésité…
Beaucoup de choses s'expliquaient. Beaucoup. Lexa avait l'impression que le puzzle s'imbriquait tout seul devant ses yeux. Luna lui apportait enfin les éclaircissements à toutes les zones d'ombres qui demeuraient. Mais, malgré tout, elle restait méfiante.
- Pourquoi me dis-tu tout ça? demanda-t-elle. Pourquoi est-ce que tu la trahis si elle est ton allié?
- Parce qu'elle l'a fait la première, répondit Luna avec un haussement d'épaules.
Lorsqu'elle vit Lexa froncer des sourcils, elle s'expliqua un peu plus:
- Elle me manipulait depuis le début. Elle se fichait de moi, la seule chose qui l'intéressait c'était la manière dont elle pouvait m'utiliser pour arriver à ses fins. Et je ne m'en suis rendue compte que lorsque je l'ai vu retourner sa veste sans hésiter et voter pour toi… Tout n'a été que stratégie pour elle et dès le moment où je ne lui étais plus utile, elle n'a pas hésité à me tourner le dos…
Un silence suivit ses mots pendant lequel Lexa tenta d'intégrer les informations. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle ressentait à l'idée que Nia Queen était prête à tout pour la mettre hors-jeu et qu'elle complotait déjà depuis un moment pour le faire. Ce n'était pas réellement surprenant maintenant qu'elle y pensait et elle se trouvait même idiote de ne pas s'en être inquiétée avant. Peut-être que si ça avait été le cas, elle aurait pu éviter le scandale dans lequel sa famille baignait aujourd'hui…
- Je voulais juste sauver l'entreprise de ma mère, déclara Luna après de longues secondes. Comme tu l'as fait pour Woods & Co… Au final, il n'y avait rien de personnel…
Et il n'en fallut pas plus à Lexa pour retrouver sa colère. Elle laissa échapper un rire amer avant de reporter de nouveau son regard sur elle pour la fixer droit dans les yeux.
- Tu en as fait une histoire personnelle dès le moment où tu as cherché à mêler ma petite-amie à tout ça, lui répondit-elle durement.
Luna ouvrit la bouche pour répondre mais Lexa, qui n'avait pas fini, l'en empêcha et ajouta:
- Peut-être que ton but premier était de sauver ton entreprise, je n'en doute pas une seule seconde. Mais tu voulais me causer du tort, tu voulais me faire du mal. Je le sais, tu le sais, alors mieux vaut que tu évites de me prendre pour une idiote et que tu l'admettes honnêtement…
Elles se regardèrent longuement, se jaugeant l'une et l'autre du regard, jusqu'à ce que Luna acquiesce de manière presque imperceptible. Mais, pour Lexa, ce simple geste était aussi clair que si elle l'avait crié directement dans ses oreilles.
- Pourquoi? ne put-elle s'empêcher de demander.
Et elle réalisa à cet instant précis qu'elle voulait réellement savoir. Elle savait que Luna et elle avaient toujours eu une rivalité entre elles et elle comprenait maintenant que le père qu'elles avaient en commun avait eu un rôle décisif là-dedans. Mais était-ce suffisant pour justifier l'immense haine que l'autre fille semblait éprouver à son égard?
Pour la première fois depuis qu'elle était entrée dans le bureau, Luna détourna les yeux d'elle. La question semblait l'avoir déstabilisée et Lexa se demanda si elle allait lui répondre.
- Toute ma vie, ma mère a passé son temps à me dire que, si tu n'avais pas été là, j'aurais eu un père, finit par dire Luna sans la regarder.
Mais, après quelques secondes, elle finit par se tourner et lever de nouveau les yeux vers elle.
- Je te regardais et la seule chose que je voyais c'était la vie que j'aurais pu avoir si tu n'avais pas été là, poursuivit-elle.
- C'est injuste, lui répondit Lexa avec amertume.
- Je sais, assura Luna, mais je ne m'en rends compte que maintenant. Jusque-là, j'étais tellement aveuglée par ma haine que je ne voulais pas le voir… Mais après tout ce qui s'est passé ce week-end, après tout ce que tu m'as dit après le conseil, j'ai réalisé que, finalement, tu étais toi aussi une victime…
Elle marqua une légère pause et, tout en gardant son regard ancré dans celui de Lexa, elle ajouta:
- Et au final, on se retrouve toutes les deux à payer pour les erreurs de nos parents. Moi, pour l'orgueil de ma mère et toi, pour la lâcheté de ton père… Et je trouve ça injuste… C'est pour ça que, pour ce que ça vaut, je suis là aujourd'hui. Pour tenter de rectifier ça…
Lexa resta silencieuse et continua à la fixer attentivement. Elle ne réussirait jamais à oublier tout ce que Luna avait fait. Elle ne réussirait jamais à faire table rase du passé. Il y avait trop de ressentiments, d'aversion, entre elles pour qu'elle puisse un jour réussir à effacer tout ce qui s'était passé. Mais les explications de Luna, sa version des faits, lui permettaient au moins de comprendre. Et, à défaut de rendre la page blanche, peut-être qu'elle allait pouvoir la tourner…
- Merci pour tes explications, déclara-t-elle sobrement.
Elle ne dit rien de plus. Il n'y avait rien à dire de plus. Et si Luna était déçue, elle ne le montra pas. Elle se contenta d'opiner de la tête puis, après un long regard à son adresse, regard que Lexa s'efforça de maintenir, elle tourna les talons et s'avança vers la porte. Lexa la vit s'arrêter au niveau de la porte et se tourner une nouvelle fois vers elle en ouvrant la bouche, comme si elle voulait dire quelque chose. Mais rien ne sortit de sa bouche et, après un dernier regard, elle enclencha la poignée, ouvrit la porte et quitta la pièce.
Lexa ne bougea pas pendant de longues secondes, le regard posé sur la porte désormais fermée. Elle se sentait complètement mitigée face à la visite de Luna. Elle continuait de ressentir cette contrariété, ce ressentiment qui semblait réservé à l'autre femme. Mais après toutes les explications, toutes les réponses, après l'honnêteté, que Luna lui avait apportées, ce n'était pas le sentiment qui prédominait. Non, elle ne se sentait pas en colère.
Du moins pas que.
Elle se sentait avant tout… libérée. Libérée d'un poids qu'elle n'avait jamais réalisé qui pesait sur elle. Un poids composé de toutes ces incompréhensions et de ce sentiment d'injustice qu'elle ressentait face à elles…
- Lexa?
Lexa cligna des yeux pour refocaliser son regard qui s'était fait lointain et vit que la porte qu'elle observait était dorénavant ouverte et que Costia se trouvait dans son embrasure et la regardait d'un air concerné.
- Je viens de voir Luna Rivers partir… dit Costia incertaine. Tu vas bien?
Un mince sourire se dessina sur les lèvres de Lexa qui acquiesça doucement.
- Bizarrement, oui…
Costia fronça des sourcils, sceptique, mais répondit tout de même un petit « okay ». Lexa pouvait voir qu'elle voulait plus de précisions mais qu'elle n'osait pas demander, ce qui eut pour effet d'agrandir un peu plus le sourire de Lexa. Cependant, elle n'avait pas vraiment envie d'en parler. Pas pour l'instant. Elle ressentait surtout une envie de faire une pause, d'aller prendre l'air loin de ce bâtiment. Et à l'instar de toutes les fois où elle avait ressenti ce genre d'envie durant les quatre derniers jours, elle décida d'y céder.
Elle reporta donc son attention sur Costia et lui demanda:
- Peux-tu mettre en stand-by mes rendez-vous pendant quelques heures? Je vais aller faire un tour…
- Oui bien sûr, lui répondit Costia avec un sourire.
Depuis quelques jours, elle remarquait que Lexa s'efforçait de retrouver un rythme de travail beaucoup plus sein. Elle la voyait quitter le bureau plus tôt, prendre des pauses beaucoup plus fréquemment, rentrer dormir chez elle. Costia savait que la visite de Clarke en était la raison. Elle savait que cette dernière avait réussi à donner l'envie, la motivation à Lexa de s'accrocher, de ne pas sombrer. Et même si Lexa semblait toujours aussi triste, même si elle donnait toujours l'impression de porter le poids du monde sur ses épaules, les cernes sous ses yeux avaient perdu de leur intensité, elle avait retrouvé plus de couleurs et en soit, il s'agissait là d'une victoire. Petite certes. Mais une victoire tout de même.
- Merci, remercia Lexa.
Elle attendit que Costia sorte du bureau avant de se tourner vers son bureau pour attraper sa veste et les clés de sa moto et suivre ses pas. Elle lui adressa un dernier sourire lorsqu'elle passa devant son bureau puis se dirigea vers les ascenseurs tout en réfléchissant à la manière dont elle allait pouvoir, aujourd'hui, échapper aux journalistes qui se trouvaient surement à l'extérieur…
Un peu plus d'une heure plus tard, ce fut avec les jambes lourdes et le souffle saccadé qu'elle se retrouva à courir sur la plage derrière le Manoir de ses parents à Malibu. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle était venue jusqu'ici pour faire son footing. Peut-être parce qu'elle savait que les paparazzis n'avaient aucune chance de la retrouver ici après le leurre qu'elle leur avait concocté (elle se demanda combien de temps encore Indra allait accepter de la laisser utiliser un de ses agents de sécurités pour conduire sa voiture à l'autre bout de Los Angeles pendant qu'elle, elle prenait sa moto et quittait le bâtiment, seule, par la sortie de secours…). Peut-être parce qu'elle était nostalgique de l'époque où cette plage était son refuge et qu'en revenant ici, elle espérait retrouver un peu de l'ancienne Lexa. Ou peut-être parce que Clarke continuait de lui manquer terriblement et qu'elle voulait se torturer un peu plus l'esprit en venant à l'endroit qui lui faisait le plus penser à elle.
Mais, tandis qu'elle arrivait à quelques centaines de mètres de la maison de ses parents, elle aperçut la cabane, leur cabane, et, le cœur se serrant douloureusement, elle s'immobilisa immédiatement en réalisant que, finalement, c'était peut-être une mauvaise idée.
Elle n'avait pas la force qu'il fallait pour se retrouver ici sans Clarke.
Alors, après de longues secondes à regarder le lieu qui abritait tellement de souvenirs, elle prit une profonde inspiration, soupira longuement puis fit demi-tour. Elle jeta un dernier coup d'œil par-dessus son épaule puis repris sa course en sens inverse.
Après un long détour, elle retrouva le chemin qui menait au majestueux portail qui faisait office d'entrée principale du manoir de ses parents et devant lequel elle avait stationné sa moto. Son regard se posa sur l'allée de la maison des Griffin et elle se jura de venir leur rendre visite dès lors que Jake rentrerait de New-York. Elle repensa à l'excitation qu'elle avait entendue dans la voix de Clarke la veille lorsqu'elle lui avait expliqué qu'elle allait voir un match de basketball avec son père. Sa petite-amie n'était pas une grande fan de sport mais Lexa savait que le simple fait de partager ce genre de moment avec son père avait le don de la rendre heureuse et cette simple pensée fit apparaitre un sourire attendri sur ses lèvres.
Sourire qui disparut presque immédiatement lorsque son regard se posa sur l'endroit où se trouvait sa moto et qu'elle vit que quelqu'un se tenait à côté. Elle accéléra le pas et réalisa avec stupéfaction qu'il s'agissait de sa mère et elle se demanda vaguement ce qu'elle pouvait bien faire là en pleine journée. Si elle s'était doutée qu'elle risquait de la croiser, elle aurait surement cherché à se garer ailleurs.
Mme Woods, qui observait la moto avec un regard où se mélangeaient dédain et effroi - regard qui lui rappela étrangement celui que Clarke arborait à chaque fois qu'elle avait le malheur de se trouver en présence d'une de ses motos, comme si leur simple existence constituait une offense – porta immédiatement son attention vers elle lorsqu'elle l'entendit s'approcher.
- Sebastian m'a informé de ta présence, expliqua-t-elle avant que Lexa ne puisse dire quoi que ce soit, je me demandais donc si tu serais intéressée pour boire un thé. Avec moi… ajouta-t-elle après une petite seconde d'hésitation, comme si la précision était nécessaire pour faire comprendre à Lexa qu'il s'agissait d'une invitation.
La demande prit, d'ailleurs, cette dernière complètement par surprise. Elle s'était attendue à entendre sa mère lui demander des comptes sur le fait qu'elle n'était pas au bureau. Elle s'était attendue à ce qu'elle lui demande ce qu'elle faisait là, à ce qu'elle lui demande pourquoi elle choisissait de perdre son temps qui était si précieux pour leur entreprise. Elle s'était attendue à des reproches, à une leçon.
Elle s'était attendue à tout, sauf à ça…
Il lui fallut donc quelques secondes pour réellement intégrer la proposition de sa mère et elle n'avait aucune idée de quoi répondre.
- Je ne pense pas que je sois en tenue adéquate pour prendre le thé, finit-elle par dire avec un mince sourire en baissant les yeux vers le short et débardeur de course qu'elle portait.
Il s'agissait d'une excuse, elle le savait et, au vu du regard déçu qu'arborait sa mère, elle aussi le savait. Un sentiment de culpabilité l'envahit et, avant qu'elle ne réalise réellement ce qu'elle faisait, Lexa ajouta:
- Mais je ne suis pas contre une balade. J'ai l'impression qu'une éternité s'est écoulée depuis la dernière fois où j'en ai fait une dans le parc…
Elle se demanda vaguement ce qu'elle faisait. Elle n'avait aucune envie de faire une balade – bon sang elle revenait tout juste d'un footing de 10km! – et de se retrouver seule avec sa mère. Mais lorsqu'elle vit le petit sourire soulagé que cette dernière lui adressa, elle se dit qu'elle pouvait bien survivre à quelques minutes.
Elle la suivit donc jusqu'à l'intérieur de la propriété et commença à s'avancer à ses côtés d'un air mal-à-l'aise. Dans son short et ses baskets, son débardeur lui collant au corps, elle avait l'impression d'être complètement inappropriée et s'attendait à recevoir des réprimandes d'une seconde à l'autre. Mais sa mère ne semblait pas s'en soucier le moins du monde car elle continua de marcher comme si de rien était.
Les premières minutes passèrent dans un silence de plomb. Un silence plein de tension qui amena Lexa à se demander de plus en plus pourquoi elle n'était pas partie tant qu'elle le pouvait. Elle tenta d'ignorer la pesanteur qui régnait et jeta un regard circulaire à la végétation qui l'entourait.
Le parc qui composait la majeure partie de la demeure des Woods était majestueux et il s'agissait surement de l'endroit que Lexa préférait le plus chez ses parents. Au milieu des nombreux arbres, arbustes et milliers de fleurs qui s'y trouvaient, elle avait toujours eu l'impression d'échapper à l'étouffement qui l'écrasait à l'intérieur des luxueux murs de la bâtisse. C'était donc l'endroit où, beaucoup plus jeune, elle venait fuir lorsque la plage lui paraissait trop à découvert et qu'elle avait besoin de se couper du reste du monde. De se couper des attentes qui reposaient sur elle.
- Comment s'est passé ta semaine? lui demanda sa mère, coupant ainsi le silence et le fil de ses pensées. Je n'ai pas eu la possibilité de te voir depuis… la fin du conseil…
La manière dont elle avait prononcé les derniers mots, avec réticence et précaution, fit comprendre à Lexa qu'elle ne faisait pas référence au conseil en lui-même mais à ce qu'il s'était passé après. À la confrontation qu'elle avait eue avec Luna. À tout ce qu'elle lui avait dit concernant la vie qu'elle avait vécu en tant que fille et héritière d'Edward Woods. Et s'il y avait une chose dont Lexa était sûre, c'était qu'elle n'était pas prête à en parler avec sa mère…
- L'ordre revient peu à peu, répondit Lexa, même si les journaux continuent de se délecter de cette histoire… Et je pense qu'avec la visite que Luna Rivers m'a payée aujourd'hui, les choses ne risquent pas de s'apaiser…
Mme Woods s'immobilisa brusquement et se tourna vers elle en arborant un regard étonné.
- Luna Rivers est venue te voir?
- Oui.
- Que voulait-elle? Tenter de te gâcher de nouveau la vie? Nous devrions faire en sorte que l'accès à l'entreprise lui soit interdit. J'en toucherais deux mots à Indra, je trouve ça tout de même inadmissible que l'on puisse rentrer et sortir aussi facilement –
- Mère, l'interrompit Lexa, légèrement amusée face aux déblatérations de sa mère.
Et, même si elle avait du mal à l'admettre, une partie d'elle était également touchée de la voir aussi protectrice à son égard.
- Tout s'est bien passé, rassura-t-elle, elle est venue pour… s'excuser. Ou du moins, s'expliquer…
Et, tout en reprenant sa marche, Lexa lui raconta tout ce que lui avait dit Luna. Sur les difficultés de Rivers Boats, sur sa volonté de sauver son entreprise en utilisant Woods & Co, sur son alliance avec Nia Queen pour réussir et sur la trahison de cette dernière. Elle garda volontairement le sujet centré sur l'aspect professionnel qu'avait eu la visite de Luna. C'était un sujet sûr, un sujet où sa mère et elle étaient sur la même longueur d'onde, un sujet qui ne la rendait pas vulnérable.
Un sujet où seule sa raison, seul son cerveau, était concerné.
- Tu penses qu'elle est honnête? demanda sa mère. Tu as confiance en ce qu'elle t'a dit?
- Oui, répondit Lexa. Je pense qu'elle a été sincère, elle n'avait rien à gagner à mentir. Et puis, nous avions déjà de grosses suspicions sur Nia Queen, Rivers n'a fait que nous les confirmer.
Mme Woods resta silencieuse quelques secondes avant d'acquiescer lentement.
- Avec tous ses échecs, elle cessera peut-être ses manigances…
- Je pense qu'elle n'arrêtera ses manigances que lorsqu'elle aura obtenu ce qu'elle veut, répondit Lexa. Et elle n'a jamais été aussi près du but que depuis que père n'est plus là…
- C'est vrai, concéda sa mère. Nous devrions donc passer à l'offensive.
- Je suis d'accord mais comment? Nia Queen a beaucoup trop d'influence sur le Conseil, sans compter Cage et Dante Wallace qui prennent de plus en plus de place et dont on ne peut pas se débarrasser parce que nous sommes complètement dépendant d'eux.
Une des plus grosses lacunes de Woods & Co était qu'elle n'avait jamais eu sa propre technologie. Son père n'avait jamais cherché à la développer, n'en voyant pas l'intérêt. Donc il avait opté pour utiliser celle de Mount Weather Corp. donnant ainsi aux Wallace une emprise sur lui dont il n'avait jamais réussi à se défaire. Avant, ce n'était pas vraiment un problème, ils avaient la majorité. Mais aujourd'hui, ils l'avaient perdue et au détriment de personne d'autre que les Wallace eux-mêmes… Lexa comprenait donc parfaitement que Nia ne voulait pas en démordre. Les Woods n'avaient jamais été aussi faibles que maintenant et son alliance avec les Wallace jamais aussi puissante…
Sa mère avait raison, il était temps qu'elle passe à l'offensive… Et elle avait un début d'idée de comment.
- Son fils est le nouveau VP d'Azgeda, n'est-ce pas? questionna-t-elle.
- Oui, depuis quelques mois maintenant, lui répondit Mme Woods avec un petit froncement de sourcils, la question l'ayant prise, semblait-il, légèrement par surprise.
Lexa se contenta d'acquiescer et, malgré son envie de savoir pourquoi elle lui posait la question, Mme Woods ne creusa pas plus. S'il y avait bien une chose que ces derniers mois lui avaient appris, c'était qu'elle devait arrêter de sous-estimer sa fille. Elle savait très bien ce qu'elle faisait…
Lexa, elle, était déjà passée à autre chose et se rejouait pour la énième fois depuis le matin, sa conversation avec Luna.
- Il existe d'autres entreprises qui se sont retrouvées en difficulté à cause de nous hormis Rivers Boats? demanda-t-elle curieusement.
- Rivers Boats était déjà en difficulté avant que Woods & Co ne se retire, lui répondit sa mère.
- Ce qui n'a fait que l'enliser un peu plus dedans… rétorqua Lexa.
Mme Woods ouvrit la bouche, surement pour la reprendre de nouveau, mais Lexa ne lui en laissa pas la possibilité.
- Combien? insista-t-elle.
- Quelques-unes, finit par répondre Mme Woods avec réticence.
Lexa acquiesça d'un air songeur avant de reporter son regard sur sa mère.
- Tu pourras me transmettre une liste desquelles? demanda-t-elle doucement, lui indiquant clairement qu'il ne s'agissait pas d'un ordre mais d'une faveur qu'elle lui demandait.
Mais cette fois-ci la curiosité de Mme Woods l'emporta et elle ne put s'empêcher de demander avec un froncement de sourcils:
- Pourquoi?
- Je ne veux plus avoir de mauvaises surprises… lui répondit Lexa.
En réalité, elle avait une idée qui se formait de plus en plus dans son esprit mais elle ne voulait pas prendre le risque d'en parler à qui que ce soit avant qu'elle ne soit concrète. Alors quand sa mère acquiesça, tout en continuant de la regarder curieusement, elle n'ajouta rien de plus et se détourna d'elle pour reprendre sa marche.
Un silence s'installa pendant lequel seul le bruit de leurs pas se faisait entendre. Lexa marchait au côté de sa mère, complètement distraite. Elle était perdue dans une multitude de réflexions, de planifications et d'idées et son cerveau lui donnait l'impression d'être en ébullition. Mais elle s'en retrouva sortit brutalement lorsque sa mère reprit la parole pour lui demander:
- Comment va Clarke?
Elle s'immobilisa complètement et lança un regard méfiant à sa mère.
- Il s'agit d'une question on ne peut plus innocente, lui assura cette dernière en voyant la suspicion avec laquelle elle la fixait dorénavant.
Puis, d'une voix un peu plus incertaine, elle ajouta:
- J'essaye juste de m'intéresser à ta vie…
Lexa la regarda longuement sans réellement savoir comment elle devait réagir. Sa mère était-elle sincère ou cherchait-elle une nouvelle fois à la manipuler? Elle n'en avait plus aucune idée. Elle n'arrivait plus à savoir et c'était plus que perturbant.
- Elle va bien… finit-elle tout de même par répondre d'une voix hésitante avant de reprendre sa marche.
Mme Woods esquissa un mince sourire avant de la suivre.
- Je suis ravie de l'entendre, déclara-t-elle.
Et elle avait l'air vraiment sincère en disant ces mots. Mais Lexa avait réellement du mal à l'intégrer donc elle décida de ne rien répondre. Mme Woods lui lança un regard en biais et prit une profonde inspiration avant d'ajouter:
- Tu avais l'air heureuse au gala à ses côtés…
- C'est parce que je l'étais, répondit Lexa, légèrement sur la défensive. Clarke me rend heureuse…
- Je commence à réellement le voir oui, déclara Mme Woods.
Une colère inattendue gagna Lexa qui ne put faire autrement que s'immobiliser de nouveau pour se tourner vers elle et lui adresser un regard noir.
- C'était avant qu'il fallait le voir, lui dit-elle d'une voix légèrement agressive.
Mme Woods s'arrêta à son tour et la fixa d'un air confus qui montrait qu'elle ne comprenait pas ce qu'elle avait pu dire de mal, ce qui eut le don d'agacer un peu plus Lexa qui se retrouva à secouer la tête d'un air blasé.
- Laisse tomber… déclara-t-elle dans un murmure avant de se détourner d'elle avec l'intention de s'en aller.
Elle avait su que cette promenade était une mauvaise idée. Sa mère et elle étaient juste incapables de communiquer ou de partager un seul moment. Ça n'avait pas été le cas durant les vingt-sept dernières années, qu'est-ce qui a bien pu lui faire croire qu'aujourd'hui quelque chose changerait?
Elle esquissa donc un geste pour reprendre sa marche en sens inverse mais sa mère la stoppa immédiatement en posant une main sur son bras. Et malgré la délicatesse de son geste, Lexa ne put s'empêcher de sursauter légèrement de surprise, amenant un éclair de douleur à apparaitre sur le visage de Mme Woods qui retira immédiatement sa main.
- Je veux me rattraper, lui assura-t-elle en la fixant d'un regard implorant. J'essaye et je continuerais d'essayer. Mais j'ai besoin de savoir qu'il n'est pas trop tard…
- Pour certaines choses, ça l'est… répondit Lexa en serrant la mâchoire. Pour certaines choses, on ne pourra jamais revenir en arrière…
Mme Woods la fixa d'un air confus avant qu'elle n'écarquille légèrement les yeux de compréhension.
- Tu parles de ton père, n'est-ce pas?
Lexa serra un peu plus des dents et détourna le regard. Elle n'était pas sûre d'être prête à parler de lui. Surtout avec sa mère. Mais quand elle leva de nouveau les yeux vers elle et qu'elle vit la manière dont elle la regardait, ce mélange de supplice et de bienveillance qu'elle ne l'avait jamais vu arborer à son égard, elle ne put s'empêcher de le faire.
- Je pensais que c'était lui, déclara-t-elle d'une voix légèrement rauque. Je pensais qu'il était celui derrière ta visite à Clarke, qu'il était celui qui t'avait envoyé tenter de l'acheter. Et je sais qu'il a fait pire. Mille fois pire. Mais ce jour-là, avant la conférence de presse, lui et moi on a eu un moment de – de compréhension, un moment où j'avais l'impression que pour la première fois, on était sur la même longueur d'onde…
Sa voix se brisa légèrement alors qu'elle se remémorait ce fameux moment dans la salle de conférence, ce petit instant, cette petite brèche dans le temps où elle s'était dit que peut-être, un jour, son père et elle réussiraient à avoir un semblant de relation.
- Puis tu as cherché à acheter Clarke, poursuivit-elle en regardant partout sauf en direction de sa mère, et tout est parti en vrille. Et il est mort.
Le dernier mot donna l'impression de résonner dans la totalité du parc.
- Il est mort, répéta Lexa de manière beaucoup plus vulnérable. Et – et je n'arrête pas de me demander ce qui se serait passé si j'avais su la vérité –
Elle leva les yeux vers sa mère et ajouta:
- Si tu n'avais pas tout gâché…
Et ce ne fut qu'à cet instant précis, en prononçant les mots à voix haute qu'elle comprit réellement pourquoi elle en voulait autant à sa mère.
À cause d'elle, les derniers mots qu'elle avait échangés avec son père avaient été plein de haine. À cause d'elle, le dernier souvenir qu'elle avait de lui, c'était ce regard plein de rage et de déception qu'il lui avait adressé avant qu'elle ne quitte son bureau pour la dernière fois.
À cause d'elle, elle vivait avec une culpabilité constante à l'égard de son père. Et ça la dévorait de l'intérieur. Et elle trouvait ça injuste après tout ce qu'il lui avait fait subir. Mais sa culpabilité existait. Quoi qu'elle ait tenté pour la faire disparaitre, elle était là, toujours. Et elle ne pouvait s'empêcher de blâmer sa mère pour ça.
Sa mère qui la fixait comme si elle venait de lui mettre une gifle.
En plein milieu du parc familial, l'une face à l'autre, elles se regardaient avec l'impression que l'ombre de l'homme qui avait toujours dicté leur vie planait toujours au-dessus d'elles.
- Je suis désolée, finit par dire tout doucement Mme Woods.
Et Lexa s'en retrouva complètement assommée. C'était la première fois qu'elle entendait sa mère prononcer ces mots. La première fois. Et elle n'arrivait vraiment pas à comprendre ce que ça provoquait en elle…
- Je pensais que Clarke était responsable de la situation dans laquelle on se trouvait, expliqua Mme Woods. Je pensais qu'elle était celle qui mettait en péril notre famille mais maintenant je réalise que la responsable était moi…
Sa voix dérailla légèrement et elle détourna les yeux quelques secondes pour prendre une inspiration avant de reporter son attention sur Lexa dont le regard stupéfait était toujours sur elle.
- Je voulais juste te protéger, lui dit-elle d'un ton qui l'implorait d'essayer de la comprendre. Je voulais juste te préserver... Je savais que tu avais un avenir aussi, voire plus grandiose que celui de ton père… J'ai tout sacrifié pour lui et je pensais que tu avais besoin de quelqu'un à tes côtés capable d'en faire autant…
Son cœur tambourinant de plus en plus fort contre sa poitrine, Lexa se retrouva à serrer des dents pour tenter de contrôler ses émotions. La femme qu'elle avait toujours vue comme inébranlable, imperturbable, était là, face à elle, complètement à découvert, à montrer que derrière ce mur d'impassibilité se cachait également une femme faillible. Une femme atteignable. Et cette femme, avec ses défauts et ses erreurs, ne lui avait jamais autant montré qu'elle était sa mère, qu'elle était celle qui l'avait mise au monde, qu'en cet instant précis.
- Clarke sacrifierait tout pour moi, tout, lui confirma-t-elle doucement. Exactement comme tu l'as fait. La différence est que je ne la laisserai jamais le faire. Tout comme Père n'aurait jamais dû te laisser le faire…
Elle vit sa mère se pincer les lèvres et baisser les yeux et sentit un léger pincement de culpabilité. Elle n'avait aucune envie de dénigrer ou de rabaisser encore plus la relation que ses parents avaient eu, pas après tout ce que sa mère avait déjà vécu, alors elle décida de ne pas s'attarder là-dessus et de se concentrer sur le véritable problème.
- Si seulement tu avais laissé à Clarke une chance, dit-elle, tu aurais vu à quel point elle est faite pour moi…
- Est-ce qu'il est trop tard pour ça aussi? lui demanda Mme Woods en levant de nouveau les yeux vers elle.
Lexa fronça légèrement des sourcils, pas sûre de réellement comprendre où elle voulait en venir, ce qui poussa sa mère à reprendre la parole avant qu'elle ne puisse répondre.
- J'ai entendu ce que tu as dit à Luna Rivers, lui dit-elle. Sur ton enfance…
Le rythme cardiaque de Lexa s'accéléra et elle eut l'impression de perdre une vingtaine d'années face à l'appréhension que les mots de sa mère causèrent. Elle se retrouva à lutter pour ne pas mettre ses doigts dans ses oreilles pour se les boucher, tourner les talons et s'enfuir en courant. Mais elle se força à garder ses pieds ancrés au sol et à rester silencieuse alors que sa mère continuait à la regarder avec des yeux emplis d'affliction.
- Et je suis vraiment désolée qu'il ait fallu que je t'entende dire ces mots pour comprendre à quel point nous avons pu être injustes avec toi… Je sais qu'il est trop tard pour ton père, je sais que tu as dit que tu ne voulais plus rien avoir à faire avec moi, mais je voudrais vraiment me racheter. Je voudrais vraiment qu'on essaye d'avoir une véritable relation…
Sa raison disait à Lexa de refuser. Elle lui disait qu'il était trop tard, que si elle acceptait, si elle la laissait faire partie de sa vie, elle s'exposait à voir son cœur se briser de nouveau.
Mais, malgré tout ce qui s'était passé, malgré les nombreuses déceptions qu'il avait ressenti, ce même cœur semblait clamer que le risque en valait la peine. Que sa mère avait raison, il était peut-être trop tard pour sauver sa relation avec son père mais il y avait encore de l'espoir pour la leur. Alors, malgré l'arrière-goût de ressentiment qu'elle continuait de ressentir, Lexa ne put s'empêcher d'acquiescer.
- J'aimerais essayer aussi, déclara-t-elle doucement.
Le visage de Mme Woods s'illumina immédiatement et Lexa se retrouva perturbée par le grand sourire qu'elle lui adressa. Elle se demanda si elle l'avait déjà regardé de cette manière par le passé. Peut-être que oui? Peut-être lorsqu'elle avait été enfant?
Elle n'en avait aucune idée et elle trouvait dommage que, si ça avait été le cas, elle ne s'en souvenait pas car cette vision était juste incroyable.
- Merci, je te promets de tout faire pour ne pas que tu le regrettes, prononça Mme Woods. Je ferais tout pour que tu veuilles que je sois dans ta vie. Je ne veux plus rien manquer d'elle, je veux être là quand tu te marieras, quand tu auras des enfants à ton tour –
- Wow doucement, l'interrompit Lexa en sentant une vague de panique la gagner.
Sa mère perdit immédiatement son sourire et s'éclaircit la gorge.
- Je suis désolée, je ne veux surtout pas mettre la charrue avant les bœufs, lui dit-elle en retrouvant de sa contenance habituelle.
Et Lexa comprit qu'elle avait mal interprété ses mots, ce qui l'amena à regretter d'avoir parlé. Elle ne voulait pas voir sa mère retrouver son masque de stoïcisme aussi rapidement après avoir enfin découvert ce qui se cachait derrière.
- Ce n'est pas ça, assura-t-elle. C'est juste que –
Elle s'interrompit, pas certaine de vouloir discuter de ça avec sa mère. Non, elle était sûre qu'elle ne voulait pas en parler. C'était une chose qui ne concernait que Clarke et elle. Mais au vu des barrières que sa mère avait immédiatement érigées, elle se dit qu'elle pouvait lui apporter un minimum d'explications. Alors, elle prit une profonde inspiration et reprit la parole en veillant à ne pas regarder dans sa direction.
- Il n'y aura jamais de mariage, informa-t-elle. Les enfants, je ne sais pas trop, je n'y ai jamais vraiment pensé mais pour le mariage, ce ne sera jamais le cas. Donc tu ne risques pas d'y assister.
Elle avait dit les derniers mots sur le ton de l'humour, espérant alléger assez la situation pour que sa mère ne s'attarde pas sur le sujet. Mais cette dernière s'immobilisa brusquement et lui adressa un regard plein de surprise.
- Tu ne veux pas épouser Clarke?
La question créa un sentiment désagréable au creux de la poitrine à Lexa. Un sentiment familier. Le même qu'elle ressentait à chaque fois qu'elle y pensait mais sur lequel elle ne voulait jamais s'attarder, qu'elle ne voulait pas tenter de comprendre et encore moins avec sa mère. Elle se contenta donc de hocher la tête de gauche à droite et tenta d'ignorer l'agacement qu'elle ressentit en voyant la confusion de sa mère s'accentuer.
- Oh… souffla Mme Woods. D'accord…
Lexa voyait qu'elle voulait ajouter quelque chose mais qu'elle se retenait et sa tête lui criait de laisser couler, d'en profiter pour passer à autre chose mais elle ne put résister et prononça abruptement:
- Quoi?
Mme Woods sembla hésiter avant de répondre.
- C'est juste que… commença-t-elle. Je pensais que lorsque tu disais que ta relation avec Clarke était sérieuse, c'était sur le long terme…
- C'est le cas, lui répondit immédiatement Lexa sur le qui-vive. Je vais passer le reste de ma vie avec elle.
- Mais tu ne souhaites pas l'épouser? s'enquit sa mère. Tu ne souhaites pas prendre de réels engagements avec elle?
Le calme avec lequel elle posa les questions agaça un peu plus Lexa qui ne put s'empêcher de se sentir jugée.
- On n'a pas besoin de mariage pour s'engager l'une envers l'autre, lui assura-t-elle amèrement.
- Et Clarke est d'accord avec ça?
La question donna l'impression de résonner directement dans la poitrine de Lexa qui sentit son cœur se serrer. Son agacement disparu et elle se retrouva à baisser les yeux vers ses pieds, incertaine.
- Je ne veux pas qu'elle reste avec moi parce qu'on aurait signé un contrat qui lui dit de le faire, déclara-t-elle d'une voix à peine audible.
Un silence suivit ses mots pendant lequel Mme Woods observa attentivement sa fille qui continuait de regarder le sol et elle comprit qu'elle faisait référence à elle.
- Tu penses que je suis restée avec ton père par obligation? lui demanda-t-elle. Tu penses que je suis restée avec lui parce que j'ai signé un acte de mariage?
Il n'y avait aucune accusation ou amertume présente dans ses questions mais Lexa se retrouva incapable de lever les yeux vers elle ou de répondre, ce qui sembla constituer une réponse en soit pour Mme Woods qui esquissa un mince sourire morne en continuant à regarder sa fille. Sa fille à qui, pendant toutes ces années, elle avait donné une image faussée de la vie. Et, il était réellement temps qu'elle tente de corriger ça…
- Il est vrai que le mariage est un contrat Lexa, lui dit-elle d'une voix pleine de patience. Un contrat qui lie deux personnes éternellement, un contrat qui est fait de compromis, de patience. Un contrat qui s'entretient, qui amène les deux parties engagées à ne pas fuir au premier problème, à la première dispute…
Lexa leva enfin les yeux vers elle lorsqu'elle l'entendit marquer une pause et la lueur d'affliction qu'elle décela dans son regard lointain lui montra qu'elle parlait avec expérience.
- Oui, le mariage est un contrat, poursuivit sa mère. Mais un contrat symbolique avant tout. Une preuve officielle de son amour mais surtout de son engagement permanent auprès de l'autre personne… Et peut-être que tu as raison, peut-être qu'il s'agit d'une obligation. Mais n'y a-t-il pas un minimum d'obligations et de devoirs à respecter lorsqu'on lie sa vie à quelqu'un d'autre? Ne doit-on pas tout faire pour préserver ce lien parce que revenir à s'en détacher reviendrait à se détacher d'une partie de soi?
Elle se refocalisa sur sa fille et lui adressa un mince sourire avant d'ajouter:
- Si c'est ce que tu ressens pour Clarke et que c'est ce que Clarke ressent pour toi, alors vous ne resterez pas ensemble parce que vous avez signé un contrat qui vous le dit mais parce que ce contrat vous rappellera quotidiennement, dans les moments joyeux mais surtout ceux difficiles de votre vie, pourquoi vous avez choisi de le signer dans un premier temps. Pour vous lier l'une à l'autre…
Elle termina son discours avec le même petit sourire sur les lèvres puis, après quelques secondes à regarder sa fille qui semblait abasourdie par ses mots, elle se détourna d'elle et reprit sa marche. Lexa ne la suivit pas immédiatement et fixa son dos, songeuse et complètement perdue à la fois.
Lexa se retrouva à fixer sa moto sans esquisser le moindre geste pour monter dessus. Sa mère et elle venaient de se quitter et elle ne savait vraiment pas dans quel état d'esprit elle se trouvait.
Elles avaient parlé. Enfin. Elle avait pu dire à sa mère ce qu'elle ressentait. Enfin. Et même dans ses rêves les plus fous, les choses ne se passaient pas aussi bien. Même dans ses rêves les plus fous, sa mère ne montrait pas de réels remords et une réelle volonté de faire partie de sa vie. Et pourtant, c'était exactement ce qui s'était passé. Et oui, elle ne savait pas ce qu'elle ressentait. Une espèce de mélange de joie, de soulagement, de méfiance et d'appréhension qui avait le don de la rendre complètement confuse.
Et puis il y avait les paroles de sa mère sur Clarke et elle qui continuaient, malgré elle, à faire écho dans sa tête.
Donc elle se retrouvait à regarder sa Ducati sans réellement la regarder, à se dire qu'elle ferait mieux de retourner au travail sans réellement vouloir y retourner.
Au final, sans vraiment se demander ce qu'elle faisait, elle s'éloigna de la moto et reprit le chemin qui menait à la plage. D'un pas mécanique, elle contourna la demeure de ses parents jusqu'à se retrouver de nouveau avec les pieds dans le sable. Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'elle s'arrêta et qu'elle leva les yeux pour les poser sur la cabane qui se trouvait à une centaine de mètres d'elle. Une douleur se fit de nouveau sentir au creux de sa poitrine sauf que cette fois-ci, elle ne céda pas à son envie de faire demi-tour. Cette fois-ci, elle passa outre et continua à s'avancer jusqu'à la petite bâtisse en bois. Arrivée devant, elle prit une profonde inspiration, puis monta la rampe jusqu'à s'arrêter devant la rambarde qui faisait face à l'océan. Ses yeux se posèrent immédiatement sur le bois où étaient joliment gravées leurs initiales à Clarke et à elle et dessina délicatement de son doigt la lettre C.
Le souvenir de ce fameux jour où Clarke avait gravé ces lettres lui envahit l'esprit et la boule dans sa gorge lui donna l'impression de se décupler.
Elles venaient de s'avouer qu'elles s'aimaient et pour la première fois de sa vie, Lexa avait vu un avenir heureux et certain se dessiner pour elle.
Aujourd'hui, la seule chose dont elle était certaine dans sa vie, c'était son amour pour Clarke. Et loin d'elle, elle se sentait perdue. Elle se sentait dériver, de plus en plus, au fur et à mesure que les jours passaient. Et elle se demandait combien de temps allait encore s'écouler avant qu'elle n'atteigne le point de non-retour et qu'elle ne puisse plus retrouver son chemin.
C'est temporaire, tenta-t-elle de se rassurer. Seulement temporaire.
Elle se battrait pour, en tout cas. Parce qu'elle ne voyait vraiment plus sa vie sans Clarke. Elles allaient être ensemble éternellement, c'était une certitude.
Cette pensée la ramena aux paroles que sa mère lui avait dites quelques minutes plus tôt et elle se retrouva agacée par le fait qu'elles aient pu autant l'atteindre… Sa mère avait créé en elle une once de doute sur quelque chose dont elle avait toujours été certaine jusqu'à maintenant, accentuant un peu plus cette impression d'être perdue.
Mais elle ne pouvait pas y penser. Pas maintenant. Pas quand sa vie était un chaos complet. Pas quand elle se trouvait à des milliers de kilomètres de Clarke et que ce simple fait pouvait fausser sa perception des choses.
Bon sang, ce qu'elle ne donnerait pas pour être avec elle, là maintenant. Pour avoir ses bras autour d'elle, comme elle les avait eus la dernière fois qu'elles avaient été là. Ce qu'elle ressentait là, ce trou béant qui se trouvait dans sa poitrine, c'était surement le plus gros manque qu'elle avait ressenti pour Clarke depuis qu'elle était arrivée à LA. Peut-être que sa visite avait eu du bon pour l'amener à réagir, pour l'amener à réaliser qu'elle fonçait droit dans le mur et qu'il fallait qu'elle se reprenne en main, mais elle avait surtout intensifié l'horrible manque que causait la distance qui les séparait…
Lexa fit de nouveau parcourir ses doigts sur les initiales qui marquaient le bois sous ses yeux et, sans réellement réaliser ce qu'elle faisait, elle attrapa son téléphone qui se trouvait dans le brassard qu'elle avait autour du bras, le déverrouilla et appuya sur le seul numéro qui se trouvait dans ses favoris. Ce ne fut que lorsqu'elle le porta à son oreille et qu'elle entendit les bips de l'appel qu'elle prit conscience de ce qu'elle était en train de faire.
- Vous êtes bien sur la messagerie de Clarke Griffin, je ne suis pas disponible pour le moment mais si –
Lexa ferma les yeux, déçue, tout en esquissant un petit sourire à l'entente de la voix de sa petite-amie.
- Hey, c'est moi… prononça-t-elle d'une voix légèrement rauque lorsque l'annonce se termina. Je – je sais que tu es à l'hôpital et que tu dois surement avoir tes mains dans les entrailles de quelqu'un au moment où je te laisse ce message, mais je –
Elle s'interrompit légèrement pour déglutir la boule d'émotion qui continuait d'occuper sa gorge et poursuivit:
- Je suis à notre cabane… Je n'y étais encore jamais venue jusqu'à maintenant, je ne sais pas vraiment pourquoi… Enfin si, je pense savoir. Je pense que je savais qu'en venant ici, tu me manquerais encore plus et je ne me suis pas trompée…
Elle baissa de nouveau les yeux vers le C + L et laissa quelques secondes passer avant de reprendre la parole.
- Tu me manques Clarke, dit-elle doucement. Et même si ce n'est pas le sentiment le plus agréable au monde, je suis heureuse de le ressentir. Parce que ça veut dire que je ne m'habituerais jamais à ton absence…
Une nouvelle pause, un nouveau soupir et elle déclara:
- C'était mon petit moment fleur-bleue de la journée. Surement le lieu qui fait ça. Après tout, on doit respecter notre quota de déclarations ici, non?
Elle laissa échapper un léger rire tandis que ses yeux commençaient à la piquer et elle les leva en l'air pour tenter de contrôler ses émotions.
- Bon, je vais arrêter mes déblatérations avant que ton répondeur décide de le faire de lui-même. Je te parlerais surement plus tard, il faut que je te raconte le moment complètement invraisemblable que je viens de passer avec ma mère. Mais ne t'inquiète pas, c'était un bon moment…
Elle marqua de nouveau une petite pause, puis ajouta doucement:
- Je t'aime Clarke…
Quelques secondes passèrent avant qu'elle n'éloigne le téléphone de son oreille pour raccrocher. Elle fixa l'écran qui affichait toujours la photo de sa petite-amie qui lui servait de photo de contact. Il s'agissait d'une photo de Clarke assise sur leur canapé, vêtue d'un de leurs pulls Columbia dont les manches dépassaient de ses mains, sans maquillage, les cheveux ramenés dans un chignon complètement négligé et la jambe ramenées contre sa poitrine. Clarke avait bataillé pour qu'elle en choisisse une autre, une où elle était beaucoup plus « apprêtée ». Mais Lexa avait refusé. Parce qu'elle en était complètement dingue. Et lorsque Clarke lui avait demandé pourquoi, elle n'avait rien trouvé à répondre qu'un haussement d'épaules parce qu'elle s'était retrouvée incapable de mettre des mots sur la chaleur que l'authenticité qui se cachait derrière cette photo lui faisait ressentir. C'était juste tellement Clarke. Clarke et sa douceur. Clarke et sa beauté. Clarke et son amour.
Juste Clarke.
Elle poussa un énième soupir morne et leva les yeux vers l'océan lorsque son téléphone commença à vibrer dans sa main. Son cœur s'emballa immédiatement mais elle se retrouva rapidement déçue lorsqu'elle vit que le prénom qui s'affichait sur l'écran n'était pas celui de Clarke mais de Costia.
- Oui? répondit-elle en s'efforçant d'effacer la moindre amertume dans sa voix.
- Je voulais savoir si je devais annuler ton rendez-vous de 14h ou si tu seras là? lui demanda Costia.
Lexa baissa les yeux vers la montre qui se trouvait sur son autre poignet – une magnifique montre qui ne l'avait que très rarement quitté depuis que Clarke le lui avait offerte pour son anniversaire – et, voyant qu'elle avait encore une heure devant elle, elle répondit:
- Non, je serai là…
- D'accord, répondit Costia.
Elle laissa passer quelques secondes durant lesquelles Lexa l'entendit tapoter sur son clavier avant d'ajouter:
- J'ai également eu plusieurs retours pour ta recherche d'appartement.
Lexa étouffa un grognement à l'entente des mots. Elle n'avait aucune envie de se trouver un appartement, pas tant qu'elle ne savait pas ce que l'avenir lui réservait. Clarke lui avait dit qu'elle avait la possibilité de venir à Los Angeles et Lexa voulait revenir à New-York. Les choses étaient trop incertaines pour qu'elle s'installe dans un logement plus stable et permanent qu'une suite d'hôtel.
Mais elle avait promis à Clarke qu'elle essayerait, alors elle déglutit son envie de demander à Costia de laisser tomber et répondit à la place:
- Laisse-les sur mon bureau, je regarderai ça plus tard…
Avec un peu de chance, elle réussirait à les perdre sous une pile de dossiers…
- Okay, lui répondit Costia. Je te prépare ça.
- Merci…
Un nouveau silence se fit et Lexa attendit, certaine que Costia voulait voir autre chose avec elle. Mais lorsque la voix de cette dernière s'éleva de nouveau à travers le combiné pour prononcer son prénom, elle nota la pointe d'hésitation derrière.
- Pour tout à l'heure, avec Rivers, déclara lentement Costia, je suis vraiment désolée. Elle a échappé à ma vigilance mais je te promets que ça ne se reproduira plus…
Lexa laissa échapper un léger rire et secoua la tête avant de fixer de nouveau son regard sur l'océan.
- Ne te fais pas de bile pour ça, lui assura-t-elle, ce n'était pas grave. Au contraire, ça m'a même aidé de lui parler…
- Oh okay, répondit Costia dont la surprise pouvait s'entendre dans la voix. Tant mieux. Mais sache quand même que ça ne se reproduira pas. La prochaine fois que je la vois, j'appelle directement la sécurité. Je ne me ferais pas avoir deux fois par cette – cette fille.
Lexa rigola de nouveau avant de dire d'un ton légèrement taquin:
- Je crois que c'est la première fois que je te vois aussi agacée par un autre être humain…
Et c'était complètement vrai. Costia était surement la personne la plus tolérante, gentille et patiente qu'elle connaissait et donc la voir aussi réfractaire face à Luna avait eu le don de la surprendre mais aussi et surtout de vraimentl'amuser.
- Argh cette fille est juste insupportable! lui répondit Costia. Je crois que je n'ai jamais vu autant d'arrogance concentrée en une seule et même personne!
- En tout cas, il semblerait que toi, tu lui aies fait un effet inverse, la titilla un peu plus Lexa.
Ce qui lui valut un « beurk » qui la fit de nouveau rire. Mais elle retrouva rapidement un air songeur lorsqu'elle repensa à la conversation qu'elle avait eue avec Luna puis avec sa mère.
- Costia?
- Yep?
Lexa hésita quelques secondes avant de dire:
- J'ai besoin que tu me rendes un service. Un service officieux. Donc il faudrait que tu sois très discrète…
- D'accord, répondit Costia d'une voix intriguée. Je t'écoute…
- Est-ce que tu pourrais essayer de savoir où sera Roan Queen ce soir? lui demanda-t-elle. Mais sans attirer la moindre attentionsur toi. J'aimerais lui payer une visite sans qu'il n'en soit averti avant…
- Okay, je vois ce que je peux faire, assura Costia.
Lexa se retrouva reconnaissante face à son manque de questionnement même si elle n'en était pas surprise. C'était d'ailleurs une des raisons qui l'avait amené à demander ce service à Costia. Parce qu'en plus d'être quelqu'un en qui elle avait entièrement confiance, elle l'aidait toujours sans jamais lui demander de lui rendre des comptes, de lui apporter des explications.
- Merci beaucoup, remercia-t-elle sincèrement.
- Je t'en prie, répondit cette dernière.
Lexa se retrouva à esquisser un mince sourire avant d'ajouter:
- Je ne vais pas tarder, à tout à l'heure…
Après que Costia ait raccroché en lui répondant à son tour « à tout à l'heure », Lexa détourna les yeux de l'océan pour les reposer de nouveau sur le C + L que son doigt n'avait pas arrêté de caresser distraitement. Si elle espérait un jour retrouver la stabilité de sa vie, il était temps qu'elle arrête de subir et qu'elle réagisse. Comme l'avait dit sa mère, il était temps qu'elle passe à l'offensive.
Et pour ça, elle devait commencer par renouer d'anciennes relations…
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Prochainement: Le retour de Roan, une soirée très peu orthodoxe et Lexa qui prend une décision sur un coup de tête...
