Hellooooooooo guys!

Quoi? 5 mois d'absence? Nooooooooooon...

Bon d'accord... J'ai peut-être un peu beaucoup mis de temps à le sortir celui-ci, je l'admet. Mais, pour vous dire la vérité, il a été assez difficile à écrire. Mais il est là et prêt à être lu! Si, bien sûr, il reste encore des personnes intéressées pour le lire ^^

Avant de vous laissez lire (parce que je me doute bien que ce n'est pas mon bla bla qui vous intéresse) et sans trop vouloir spoiler, je souhaiterais quand même prévenir que ce chapitre n'est pas des plus joyeux. Donc, si vous n'êtes pas dans un bon mood, je vous conseillerais de le lire un peu plus tard...

Et si vous êtes un peu maso... Et bien bonne lecture! ;)

Et bonne soirée!

LSAfor'

PS: As Usual, un grand merci à Deborah qui m'a corrigé ce chapitre en un temps record pour que je puisse le publier ce soir!


Chapitre 34:

En vivant avec Clarke, Lexa s'était rapidement rendu compte qu'il y avait une chose qu'elle adorait plus que tout au monde, c'était de la regarder dormir.

Elle pouvait rester des heures à la contempler. Ça avait le don de l'apaiser et de mettre en pause son cerveau.

C'était pour cette raison que, ce matin-là, alors qu'elle était prête à aller au travail depuis plus d'une dizaine de minutes, elle était assise au bord de leur lit et regardait l'amour de sa vie en train de dormir.

Elle la regardait et la seule chose qui lui venait à l'esprit c'était qu'elle représentait son univers tout entier. Univers pour lequel elle était prête à faire n'importe quoi… Et elle se demandait comment c'était possible.

Comment était-il possible d'aimer une personne à un tel point que cette amour en était presque douloureux?

Juste… comment?

Son téléphone sonna, le nom d'Indra s'afficha sur l'écran et juste comme ça, ces quelques minutes de sérénité s'interrompirent et le monde extérieur la rattrapa.

- J'arrive, déclara-t-elle sans préambule en décrochant.

Et elle n'attendit pas de réponse avant de raccrocher. Elle ferma les yeux, poussa un profond soupir avant de les rouvrir sur Clarke qui, comme à son habitude, dormait comme un poids mort.

Lexa esquissa un petit sourire face à la vision, dégagea délicatement une mèche blonde de son visage avant de poser un baiser plein de tendresse sur son front.

- Je t'aime, souffla-t-elle du bout des lèvres.

Puis elle se redressa et s'en alla.


Indra l'attendait déjà dans son bureau lorsqu'elle arriva et Lexa ne fut pas surprise de la voir en compagnie d'Anya.

Trois jours étaient passés depuis la dernière fois qu'elles s'étaient retrouvées toutes les trois ici et pourtant, Lexa avait l'impression que c'était une éternité qui s'était écoulée. Elle savait être patiente lorsqu'il le fallait. Extrêmement patiente.

Mais là, elle avait besoin de réponses. Elle en avait peur, elle en était terrifiée mais elles lui étaient nécessaires.

Elle ne perdit donc pas de temps avec des futilités et demanda directement à Indra:

- Vous avez quelque chose?

Sa Chef de la sécurité, comme à son habitude, ne laissa rien paraître. Elle garda ses bras croisés dans son dos et se lança dans ses explications.

- Un uniforme d'agent de sécurité a bien disparu, déclara-t-elle. Mais pas ici. Chez le fournisseur. J'ai discuté avec le responsable de production et il pense qu'il s'agit d'une simple erreur de comptage…

- Mais vous, vous pensez qu'il a été volé, supposa Lexa.

Indra opina légèrement la tête dans un acquiescement affirmatif.

- J'ai vérifié les caméras de surveillance de l'hôpital et il s'agit des nouveaux uniformes que nous n'avons pas encore reçus, poursuivit-elle. Le col n'est pas le même que ceux que nos agents ont actuellement. Je le sais parce que je suis celle qui ai demandé à ce qu'ils soient modifiés après que plusieurs de mes agents s'en sont plains. Nous devons être livrés qu'à partir de la semaine prochaine, l'inconnu n'a donc pu se le procurer que chez le fournisseur.

- Pourquoi est-ce que c'est si important l'endroit où il s'est fourni? questionna Anya en fronçant des sourcils.

- Parce que ça prouve qu'il s'agit de quelqu'un d'extérieur à Woods & Co, répondit Lexa qui, elle, semblait avoir compris.

Elle se tourna vers sa cousine et, face à son regard toujours confus, elle expliqua:

- Si l'homme de la vidéo de surveillance était un de nos agents de sécurité, il aurait utilisé son uniforme actuel et n'aurait pas cherché à en voler un.

- Exact, confirma Indra. J'ai tout de même vérifié l'emploi du temps de chacun de mes agents et ils ont tous un alibi…

- Quel était l'intérêt de voler un uniforme de sécurité de Woods & Co alors? interrogea Anya. C'était prendre un risque inutile.

- On voulait peut-être tenter de nous mettre sur une fausse piste, déclara Indra.

- Ou nous faire passer un message, ajouta Lexa.

Elle échangea un regard entendu avec sa Chef de la sécurité tandis qu'elle comprenait de plus en plus ce qu'il s'était passé. Et ça avait le don de lui donner la nausée.

Littéralement.

Mais elle n'afficha rien, s'obligea à demeurer immobile et demanda à Indra:

- Et la voiture?

- J'ai fait procéder à l'expertise, informa Indra. Et les conclusions sont formelles: les freins ont bien été sabotés…

Lexa se retrouva à fermer les yeux malgré elle à l'entente de la révélation tandis qu'Indra poursuivait:

- Un détonateur a été placé au niveau des disques de freins avant et arrière. Actionnable à distance et non décelable si le véhicule est en mouvement. Il s'agit d'une technologie très développée et l'expert m'a affirmé qu'il n'avait encore jamais vu ce genre de matériel. Mlle Griffin et M. Blake ont eu beaucoup de chance qu'il ait été activé sur la parcelle de route la moins dangereuse de leur itinéraire…

Sa dernière phrase amena Lexa à serrer un peu plus la mâchoire.

- Vous avez réussi à remonter jusqu'à quelqu'un? questionna-t-elle. Un fabriquant, un fournisseur, n'importe quoi?

- Nous sommes toujours dessus, Mlle Woods, répondit Indra. Mais pour le moment, nous ne faisons face qu'à des impasses…

Lexa finit par détourner le regard. Elle fit mine de se rapprocher des vitres pour observer l'extérieur mais son esprit était loin de voir les énormes buildings de Wall-Street.

Bellamy avait donc raison. Elle s'en était doutée. Elle savait que les possibilités pour que ce soit le cas étaient très élevées. Mais elle avait espéré, naïvement, bêtement, qu'il avait tort. Elle avait espéré qu'Indra viendrait à elle et lui dirait qu'il ne s'agissait que d'un simple accident, que d'une simple coïncidence. Que sa petite-amie n'avait pas été mise en danger volontairement, que quelqu'un n'avait pas cherché à lui faire du mal.

Pour lui faire du mal à elle.

Mais maintenant, elle avait la confirmation que c'était le cas. Et…

Et elle était sûre que son cœur allait cesser de battre d'une seconde à l'autre...

- Mlle Woods, prononça prudemment Indra. Vous êtes sûre de ne pas vouloir faire intervenir les forces de l'ordre? Une enquête doit être ouverte…

- La dernière chose dont nous avons besoin c'est d'attirer l'attention sur cette affaire, répondit Lexa en se tournant vers elle.

- Lexa – commença Anya, incertaine.

Mais Lexa l'interrompit immédiatement, sachant déjà ce qu'elle voulait dire.

- Cet accident n'était pas une pure coïncidence, n'est-ce pas? demanda-t-elle à l'adresse d'Indra. Celui qui a fait ça voulait empêcher la mise en place de la Coalition…

Même si sa question était rhétorique, Indra acquiesça.

- Et il semblerait qu'ils aient utilisé le meilleur moyen pour vous arrêter, déclara-t-elle.

Tu verras quand tes ennemies l'utiliseront pour t'atteindre, tu verras à quel point elle te rend faible…

Jamais les derniers mots de son père n'avaient autant raisonné en Lexa qu'en cet instant précis. Elle avait envie de hurler de rage, de s'époumoner jusqu'à l'asphyxie. Elle voulait à la fois détruire tout ce qui se trouvait autour d'elle et s'effondrer à genoux complètement épuisée.

Au lieu de ça, elle garda son regard ancré dans celui de sa Chef de la Sécurité, se força à desserrer la mâchoire et lui dit:

- Alors il est hors de question que nous prenions le risque d'impliquer la police…

Les lèvres d'Indra se serrèrent imperceptiblement, illustrant son désaccord. Mais elle ne le vocalisa pas et se contenta d'acquiescer.

- Bien Madame.

- Poursuivez les recherches et tenez moi informée, intima Lexa. Et bien sûr, je compte sur votre totale discrétion…

Indra acquiesça de nouveau.

Lexa la remercia puis finit par lui donner congés. Et tandis que la Chef de Sécurité quittait son bureau, elle évita le regard de sa cousine et se détourna une nouvelle fois vers les baies vitrées.

- On trouvera qui a fait ça, tenta de la rassurer Anya.

- Et après quoi? rétorqua Lexa d'une voix où elle ne put dissimuler son désabusement. Le problème sera toujours le même…

Elle glissa les mains dans ses poches et continua de fixer le paysage extérieur sans réellement le regarder.

- Et puis nous savons très bien qui a fait ça, ajouta-t-elle. Il n'y a qu'une seule personne qui ne veut pas voir cette Coalition naître…

Nia. La réponse était tellement évidente que c'en était presque risible. Cette femme était donc réellement prête à tout pour arriver à ses fins, quitte à risquer la vie des autres pour ça…

Anya leva de nouveau les yeux vers sa cousine qui continuait de lui tourner le dos et lui demanda:

- Qu'est-ce que tu vas faire?

Lexa se retrouva dans l'incapacité de répondre quoi que ce soit. Elle ferma les yeux et tenta tant bien que mal d'occulter l'énorme douleur au creux de sa poitrine.

Anya attendit une réponse pendant de longues secondes qui se transformèrent en minutes et elle comprit qu'elle n'allait pas en obtenir.

- Lexa, déclara-t-elle lentement, tu ne dois pas prendre de décisions hâtives. Tu dois réfléchir avec sang-froid…

Elle n'avait fait que ça ces trois derniers jours. Réfléchir. Réfléchir et prier.

Prier. Pour que Bellamy ait tort et que cet accident ne soit que ça: un simple accident.

Et réfléchir. À ce qu'elle devait faire s'il s'avérait qu'il ait raison.

Elle n'avait pas dormi durant ces trois jours et avait regardé Clarke somnoler à ses côtés dans leur lit. Il s'agissait des seuls moments où elle arrivait à regarder sa petite-amie. Parce que, lorsqu'elle était éveillée, elle passait son temps à fuir son regard. A fuir la couleur de ses hématomes presque guéris mais toujours présents, malgré tout, sur son visage.

- Il faut que j'y aille, déclara-t-elle subitement.

Son cœur tambourinait de plus en plus fort dans sa poitrine et si elle restait immobile une seconde plus, elle allait perdre connaissance. Elle se décala donc brusquement de la baie vitrée et s'avança en direction de la porte.

- Lexa, attends! lui lança Anya en faisant quelques pas dans sa direction. Tu peux me parler, tu le sais! On peut y réfléchir ensemble!

- J'ai besoin d'être seule, lui répondit Lexa avant d'ouvrir la porte et de sortir.

Anya la regarda disparaître, complètement impuissante.

Si elle connaissait un minimum sa cousine, elle savait que lorsqu'elle réussirait à la retrouver plus tard, ce serait avec le cœur brisé…


Clarke s'occupait de ranger la vaisselle lorsque la porte d'entrée de l'appartement s'ouvrit. Elle posa négligemment le verre qu'elle tenait à la main sur le plan de travail face à elle et se tourna pour voir sa petite-amie apparaître. Un sourire se dessina immédiatement sur ses lèvres et elle s'avança dans sa direction.

- Salut toi! lui dit-elle d'une voix enjouée. Je ne pensais pas te voir avant ce soir!

- Ma réunion s'est fini plus tôt que prévue, lui répondit Lexa.

Elle accueillit le baiser que Clarke posa sur ses lèvres comme la dernière bouffé d'oxygène d'un noyé; comme une bénédiction et une malédiction à la fois. Elle garda les yeux fermés quelques secondes de plus tandis qu'un soupir saccadé s'échappa de sa bouche.

Mais Clarke ne le remarqua pas. Elle posa un deuxième baiser, sur sa joue cette fois-ci, et s'éloigna de nouveau vers la cuisine pour terminer son rangement.

- J'ai une bonne nouvelle, lança-t-elle par-dessus son épaule.

- Ah oui? s'enquit Lexa qui s'efforça de quitter le tourment qui continuait de mettre son esprit sens dessus dessous pour se concentrer sur sa petite-amie.

- Yep! répondit Clarke.

Elle posa le torchon qu'elle venait tout juste de reprendre et se tourna une nouvelle fois vers Lexa, un grand sourire sur les lèvres.

Dieu qu'elle est belle, pensa Lexa. Son cœur se serra douloureusement et ses mains se mirent à trembler. Elle serra les poings et se força à garder contenance.

Ce n'était pas le moment de craquer.

- Je rentre tout juste de mon rendez-vous avec le Dr Pike – commença Clarke.

Mais Lexa l'interrompit presque immédiatement.

- Je ne savais pas que tu avais un rendez-vous avec ton chirurgien aujourd'hui.

- Je ne te l'ai pas dit parce que je savais que tu voudrais venir avec moi, lui répondit Clarke en lui tirant la langue d'un geste joueur.

Lexa voulut contester mais se retint de justesse.

Il fallait qu'elle s'en tienne à son plan.

- Qu'est-ce qu'il t'a dit?

Clarke, qui espérait une réponse taquine de sa petite-amie, perdit légèrement son air enjoué mais elle s'efforça de ne pas s'y attarder. Elle savait que son accident restait un sujet assez sensible pour Lexa.

- Il m'a dit que j'allais très bien et que je pouvais même reprendre le travail! s'exclama-t-elle d'une petite voix surexcitée.

Lexa ouvrit immédiatement la bouche pour lui demander si elle était sûre que c'était une bonne idée. Après tout, son accident avait eu lieu seulement quelques semaines plus tôt, peut-être qu'elle n'était pas encore prête pour retrouver le rythme fou d'un internat en médecine. Peut-être qu'elle devait se reposer encore quelques temps juste pour être sûre.

Tu n'as pas le droit, lui rappela la voix dans sa tête et, au lieu de prononcer à voix haute ses inquiétudes, elle se contenta d'esquisser un mince sourire. Ce qui eut le don de déstabiliser complètement Clarke.

- Wow, je m'attendais à un peu plus d'enthousiasme de ta part, dit-elle dans un rire crispé.

- Je suis contente pour toi, lui assura Lexa. Vraiment. C'est une très bonne nouvelle!

Elle s'efforça de lui adresser un sourire, beaucoup plus convaincant cette fois-ci. Mais il fut loin d'être suffisant pour tromper Clarke qui la fixa en fronçant des sourcils.

- Lex, qu'est-ce qui ne va pas? questionna-t-elle doucement.

La nommée la fixa, ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit et Clarke continua de la fixer de plus en plus inquiète.

Elle savait que quelque chose n'allait pas. Elle s'en doutait depuis plusieurs jours. Elle voyait que sa petite-amie était complètement ailleurs. Elle l'avait surprise à de nombreuses reprises avec le regard perdu et l'impression de porter le poids du monde sur ses épaules. Encore plus que d'habitude.

Et elle lui avait posé cette même question plusieurs fois, et à chaque fois, Lexa lui avait répondu la même chose: le travail. Et Clarke avait décidé de la croire. Elle n'avait pas voulu creuser plus, parce qu'elle savait que son accident en était la cause. Elle savait que si Lexa avait de grosses difficultés avec Woods & Co, c'était parce qu'elle avait abandonné sa réunion décisive lorsqu'elle avait appris pour son accident.

Mais maintenant, elle n'en était plus du tout sûre. Elle regardait sa petite-amie et voyait qu'il y avait quelque chose d'autre.

Elle se rapprocha donc doucement de Lexa et posa ses mains sur ses bras d'un geste qu'elle espérait rassurant.

- Lex… souffla-t-elle. Dis-moi ce qui ne va pas. S'il te plait…

Lexa eut l'impression de puiser au plus profond de ses forces pour redresser la tête et la regarder dans les yeux. Ces yeux, ces magnifiques yeux qu'elle aimait par-dessus tout au monde et qui pouvaient rendre le monde meilleur juste en se posant sur elle.

Elle est l'amour de ta vie. Si tu fais ça, il n'y aura plus de retour en arrière possible.

Incapable de regarder plus longtemps Clarke, elle ferma les yeux et se recula pour s'éloigner. Puis, elle prit une profonde inspiration, fit taire cette voix dans sa tête et se tourna de nouveau vers la femme de sa vie.

- Je dois repartir à Los Angeles…

Clarke se figea complètement. La manière dont Lexa avait prononcé les mots lui indiquait clairement qu'il ne s'agissait pas d'un simple voyage d'affaires. Mais elle posa tout de même la question.

- Tu veux dire… temporairement? demanda-t-elle doucement.

Lexa ne put répondre autrement que par un hochement négatif de la tête.

- Mais… prononça Clarke confuse, je pensais que tu étais revenue pour de bon?

Lexa secoua une nouvelle fois la tête en déglutissant difficilement.

- Je pensais aussi mais je ne peux pas. Je – je ne peux pas continuer comme ça, Clarke…

Malgré la sensation nauséeuse au creux de son estomac, Clarke s'efforça de garder son sang-froid. Elle voyait que la nouvelle bouleversait complètement Lexa.

- Hey mon amour, ce n'est pas grave, rassura-t-elle en se rapprochant d'elle. On a juste à reprendre le plan initial. Si tu ne peux pas revenir, je te rejoindrai. Il ne nous reste que quelques mois à tenir.

Elle leva les deux mains pour les poser sur Lexa mais cette dernière se recula et le sentiment de rejet qui la gagna fut plus douloureux qu'elle ne l'aurait pensé.

Lexa le remarqua. Elle remarqua l'éclair de douleur qui passa sur son visage et elle se maudit pour ça. Elle se maudit d'en être à l'origine.

Elle se maudit des mots qu'elle s'apprêtait à prononcer.

- Tu ne comprends pas Clarke, déclara-t-elle d'une voix à peine audible, je ne peux plus continuer comme ça, je néglige trop mon travail. Beaucoup trop… Je pensais que je pouvais faire les deux, être la PDG de Woods and Co et ta petite-amie. Mais je ne peux pas…

Elle marqua une légère pause puis ajouta d'une voix brisée:

- Et aujourd'hui, je dois être la PDG de Woods & Co.

Elle ne pensait pas qu'il était possible de sortir autant de mensonges en si peu de mots. Elle ne pensait pas qu'elle en était capable.

Elle ne se pensait pas capable de regarder la personne dont elle était follement amoureuse, son univers tout entier, et lui mentir aussi facilement.

Tu fais ça pour la protéger. Tu fais ça pour la protéger. Tu fais ça pour la protéger.

Si Clarke avait l'impression que son cœur s'était arrêté quelques secondes plus tôt, dorénavant il lui donnait la sensation de vouloir quitter sa poitrine.

Lexa ne pouvait pas vraiment vouloir dire ce qu'elle venait d'entendre.

Elle n'avait pas compris. C'était impossible.

Inconcevable.

- Qu'est-ce que tu es en train de dire Lex? prononça-t-elle, la voix tremblante.

Elle ne reçut aucune réponse.

- Lex, qu'est-ce que ça veut dire? répéta-t-elle d'une voix un peu plus forte.

Lexa resta silencieuse, le regard fuyant.

- Regarde-moi! s'écria Clarke.

Lexa s'exécuta immédiatement. Et, à cet instant précis, elle aurait voulu qu'on plonge dans sa poitrine et qu'on lui arrache le cœur.

Elle s'était jurée de ne plus jamais être à l'origine d'une seule larme de tristesse chez Clarke et elle avait complètement échouée. Elle était à quelques mètres d'elle et elle pouvait voir que ses yeux se faisaient de plus en plus humides et elle n'avait qu'une envie, c'était de combler le gouffre de distance entre elles et la prendre dans ses bras.

Elle voulait tomber à genoux face à elle et la supplier d'oublier, de lui pardonner.

Mais elle ne pouvait pas.

Freins sabotés.

Si tu aimes Clarke, tu la garderas loin de tout ça.

Il semblerait qu'ils aient utilisé le meilleur moyen pour vous arrêter.

Tu verras quand tes ennemis l'utiliseront pour t'atteindre, tu verras à quel point elle te rend faible.

Ce fut cette phrase, cette dernière phrase que son père lui avait dite, cette dernière phrase qui n'avait cessé de résonner dans sa tête ces derniers jours, qui l'amena à prononcer les mots qu'elle n'aurait jamais pensé dire un jour:

- Je ne peux plus être ta petite-amie, Clarke…

Un long silence assourdissant suivit ces mots. Aucune des deux femmes ne bougea, aucune des deux femmes ne détourna le regard de l'autre. C'était comme si les mots les avaient assommées toutes les deux.

Puis, Clarke retrouva ses esprits et elle demanda d'une voix complètement brisée:

- Tu veux rompre?

Lexa sentit sa gorge se serrer et ses yeux la piquer de plus en plus. Elle n'allait plus tenir très longtemps.

- C'est ce qu'il y a de mieux à faire, s'efforça-t-elle de répondre.

Sa réponse amena Clarke à secouer immédiatement la tête.

- Non, non Lex, tu ne peux pas! prononça-t-elle dans un sanglot.

Elle fit un pas vers elle et poursuivit d'une voix de plus en plus agitée.

- Je – je ferais ce qu'il faut! lui assura-t-elle. Je suis désolée que tu aies dû négliger ton travail pour moi mais je - je te promets que je ferai le nécessaire pour que ça ne se reproduise plus!

Lexa pensait que la culpabilité qu'elle éprouvait était à son paroxysme mais l'électrochoc violent qui venait de la saisir lui montra qu'elle s'était une nouvelle fois trompée.

- Ce n'est pas de ta faute Clarke, dit-elle doucement. Au contraire… tu le sais…

- Lexa… implora Clarke, on trouvera une solution, s'il te plait…

Comment est-ce que je pourrais trouver une solution à un problème dont l'origine même vient de moi? se demanda Lexa.

- Il n'y a pas de solution, répondit-elle à la place. Tout comme il n'y a pas de fautive. Je dois me concentrer sur Woods & Co et toi, sur ton internat. On a essayé de faire les deux et ça n'a pas marché. Il est temps qu'on se rende à l'évidence…

- Et donc tu es prête à tout abandonner?! s'exclama Clarke. Juste comme ça?!

Lexa serra tellement fort la mâchoire qu'elle était persuadée qu'elle allait se la déboiter d'une seconde à l'autre.

- C'est ce qu'il y a de mieux à faire, répéta-t-elle une nouvelle fois.

Clarke n'arrivait pas à croire ce qui était en train de se passer. Elle était persuadée d'être dans un cauchemar. Tout ceci ne pouvait pas être la réalité.

La personne face à elle, celle qui se tenait devant elle, complètement de marbre, ne pouvait pas être la femme qu'elle aimait. Elle ne pouvait pas être sa meilleure amie, sa petite-amie, celle avec qui elle vivait depuis tous ces mois, celle qu'elle connaissait depuis toutes ces années.

La Lexa qu'elle aimait ne lui ferait jamais ça. C'était juste… impossible.

- Après tout ce qu'on a vécu, après tout ce qui s'est passé, tout ce qu'on s'est dit, tu es prête à tout abandonner parce que c'est « trop dur »?! lui lança-t-elle dans un sanglot.

Lexa ferma les yeux et sentit une larme couler. Elle s'empressa de l'essuyer et se détourna de Clarke.

Si elle commençait à pleurer, elle savait qu'elle n'arriverait plus à s'arrêter.

Il fallait qu'elle parte, qu'elle sorte d'ici. Elle ne pouvait pas tenir plus longtemps.

- Je pars à Los Angeles ce soir, dit-elle d'une voix qu'elle s'efforça de garder la plus stoïque possible, j'enverrai quelqu'un récupérer mes affaires plus tard… Tu – tu peux rester ici…

Ces mots la tuaient. Elle n'avait aucune envie de partir. Elle n'était même pas sûre d'y arriver. Elle savait que dès le moment où elle quitterait l'appartement, leur appartement, leur foyer, elle perdrait définitivement tout.

Mais elle devait le faire.

- Non Lexa, je t'en supplie, ne fais pas ça! l'implora Clarke.

Le supplice était évident dans sa voix et il fit disparaître tout faux semblant chez Lexa qui leva de nouveau les yeux vers Clarke.

- Je suis désolée, déclara-t-elle d'une voix à peine audible.

De te faire souffrir. De t'avoir mise en danger. D'être néfaste pour toi.

Je suis désolée pour tout.

Elle aurait voulu prononcer ces mots. Tout comme elle aurait voulu ne jamais avoir à les penser.

Elle ne dit donc rien de plus, sachant pertinemment que rien de ce qu'elle pourrait dire ne pourrait soulager le mal qu'elle venait de causer.

Alors elle resta silencieuse, se força à détourner le regard de Clarke et obligea son corps à faire un pas, puis deux et trois jusqu'à la porte.

Clarke la suivit du regard, son cœur tambourinant contre sa poitrine et la respiration haletante. Un éclair de panique la gagna tandis qu'elle voyait Lexa s'éloigner de plus en plus.

- Tu m'as promis l'éternité Lex! lui rappela-t-elle lorsqu'elle la vit arriver à la porte.

Ses paroles amenèrent Lexa à se figer complètement. Elle ferma les yeux et laissa un sanglot s'échapper.

Elle ne pouvait pas expliquer à Clarke que quoi qu'il puisse arriver, cette promesse elle la tiendrait. Elle ne pouvait pas lui expliquer que son amour pour elle resterait éternel, peu importe ce que lui réservait l'avenir.

Elle ne pouvait pas expliquer à Clarke que cet amour était justement ce qui avait failli la tuer et que, ô combien il était là, fort, puissant, immesurable, il était nocif. Et qu'elle préférait être damnée plutôt que de prendre de nouveau le risque qu'il lui arrive quelque chose à cause de lui.

Alors, elle ne dit rien.

Elle ne dit rien, ouvrit la porte et disparue derrière.

Et le bruit de la porte se refermant amena un sanglot déchirant à s'échapper de la bouche de Clarke qui s'effondra complètement.


Ce ne fut que lorsqu'elle pénétra à l'intérieur de son bureau et qu'elle referma la porte derrière elle que Lexa perdit pied.

Sa respiration était complètement saccadée, un sifflement horrible raisonnait à l'intérieur de ses oreilles et elle avait l'impression que ses jambes allaient céder d'une seconde à l'autre.

D'une main tremblante et agitée, elle retira sa veste qu'elle jeta négligemment sur son bureau et commença à faire les cents pas.

- Il fallait que je le fasse, déclara-t-elle à voix haute, le tressaillement dans sa voix trahissant de manière évidente la boule qui se formait dans sa gorge. Il fallait que je le fasse. Il fallait que je le fasse. Il fallait que je le fasse.

Elle répéta cette phrase encore et encore mais réalisa très rapidement qu'elle ne soulageait en rien la douleur horrible qui était en train de lui dévorer la poitrine sans aucun scrupule.

Reste concentrée.

Elle acquiesça imperceptiblement, comme pour se répondre à elle-même, puis fit le tour de son bureau. Et tout en déboutonnant les trois premiers boutons de sa chemise qui l'étouffait, elle appuya sur le téléphone qui s'y trouvait.

- Oui? répondit immédiatement la voix enjouée de Costia.

Lexa fut dans l'incapacité de répondre immédiatement. Elle dû déglutir à plusieurs reprises avant qu'un son ne puisse sortir de sa bouche.

- Pourrais-tu appeler ma mère pour lui demander de m'attendre, demanda-t-elle.

Elle marqua une légère pause, ravala une nouvelle fois sa salive et ajouta d'un ton un peu plus enrouée:

- Je repars avec elle à Los Angeles…

Un silence se fit à l'autre bout de la ligne puis Costia demanda doucement:

- Lexa, tout va bien?

- On parlera des détails plus tard, se contenta de répondre Lexa, je dois y aller.

Elle n'attendit pas de réponse et raccrocha. Le doigt toujours sur le bouton du téléphone, elle ferma les yeux et tenta de prendre une nouvelle inspiration, tout aussi irrégulière que les autres.

Elle n'était pas sûre qu'elle puisse réussir un jour à respirer de nouveau correctement.

Il fallait que je le fasse.

- Tu as rompu avec elle.

Elle rouvrit brusquement les yeux et les leva pour voir sa cousine qui se tenait sur le pas de la porte du bureau.

Et elle ne savait pas si c'était le fait d'entendre ces mots dits à voix haute ou la mine grave qu'affichait Anya qui l'amena à craquer. Ce qu'elle savait c'est qu'elle ne pouvait plus se retenir plus longtemps. Alors elle laissa échapper le sanglot qu'elle gardait en elle depuis des heures et sentit des larmes couler le long de son visage.

- Je n'avais pas le choix, déclara-t-elle complètement anéantie.

- Oh Lexa… souffla Anya.

Elle n'hésita pas une seule fraction de seconde à combler les quelques mètres qui les séparaient pour la prendre dans ses bras, chose qu'elle n'avait fait que très rarement jusqu'à maintenant.

Et Lexa se laissa faire.

Elle se laissa faire et s'effondra complètement.

- Je n'avais pas le choix, répéta Lexa contre son épaule. Je – je devais la protéger.

- Tu es la personne la plus stupide et la plus altruiste que je connaisse, lui dit Anya.

- Il fallait que je le fasse… souffla Lexa.

Il fallait que je le fasse. Il fallait que je le fasse. Il fallait que je le fasse.

Même si elle s'était doutée que ça arriverait dès le moment où Indra avait confirmé que l'accident de Clarke n'en était pas un, Anya avait du mal à croire que sa cousine avait réellement saboté de manière volontaire sa relation.

Clarke était tellement importante pour elle. Elle était LA chose la plus importante au monde pour elle.

Mais elle savait que c'était justement parce qu'elle représentait autant pour Lexa qu'elle était prête à tout sacrifier pour elle.

À commencer par elle-même.

Oui, Anya avait espéré, elle avait prié pour que sa cousine ne le fasse pas. Mais elle s'était douté que c'était ce qui arriverait…

- Je suppose que tu ne lui as pas dit la vérité? déclara-t-elle après de longues minutes de silence.

Lexa ne répondit pas immédiatement. Anya la sentit prendre une grande inspiration contre elle avant de se dégager lentement de son étreinte. Et l'affliction qu'elle lut dans son regard était juste terrible.

Lexa passa une main sur son visage avant de secouer la tête de gauche à droite. Elle se détourna de sa cousine pour essuyer ses larmes et se retrouva à abandonner presque immédiatement lorsqu'elle se rendit compte qu'elles ne cessaient de couler.

- Je ne pouvais pas, répondit-elle d'une voix rauque.

Elle s'éclaircit la gorge et ajouta:

- Si je lui avais dit la vérité, je sais qu'elle aurait réussi à me convaincre de – de ne pas le faire et… je ne pouvais pas…

Je ne le méritais pas.

Elle y avait réfléchit. Longtemps. Dès le moment où Bellamy lui avait appris la vérité, elle y avait réfléchit.

Elle avait voulu dire la vérité à Clarke.

À sa petite-amie.

Sa meilleure amie.

Sa coéquipière.

Son binôme.

Mais elle avait su comment ce se serait terminé. Elle avait su dès le début comment Clarke aurait réagi.

Elle l'aurait rassurée et convaincue qu'elles allaient trouver une solution. Elle l'aurait convaincue de rester et Lexa aurait continué de la mettre en danger. Jusqu'à ce qu'il soit trop tard et qu'il arrive quelque chose d'irrattrapable…

Bellamy avait raison: elle ne méritait pas Clarke. Elle ne pouvait pas la mériter lorsqu'elle la mettait en danger comme elle le faisait.

Elle devait protéger Clarke. Et si pour cela, elle devait sacrifier leur histoire, si pour cela, elle devait sacrifier son bonheur, alors elle le ferait.

- Tu retournes vraiment à Los Angeles? demanda Anya.

- Oui, répondit Lexa. Je n'ai pas d'autre choix. Il faut que je fasse profil bas.

Pour la première fois depuis qu'elle était arrivée dans le bureau, Anya sentit une pointe de colère la gagner.

- On a toujours le choix Lex, lui dit-elle. Et tu es entrain de donner à Queen exactement ce qu'elle voulait! Tu lui confirmes qu'elle a fait exactement ce qu'il fallait pour t'arrêter!

- Tu ne comprends donc pas?! s'exclama à son tour Lexa en se tournant de nouveau vers elle. Malgré tout ce qui s'est passé, elle n'a pas réussi à me mettre hors-jeu! Et elle n'abandonnera pas tant qu'elle n'aura pas ce qu'elle veut!

Et elle ne pouvait pas prendre ce risque…

- Et donc quoi? Tu romps avec ta copine, tu retournes à L.A. et tu joues les parfaits larbins?

De nouveau, la réponse de Lexa tarda à arriver. Elle fixa sa cousine sans vraiment la regarder, son esprit s'égarant une nouvelle fois vers Clarke.

Vers le jour de son accident.

Elle repensa à ses heures interminables qu'elle avait passées dans la salle d'attente à prier inlassablement et à s'imaginer sa vie sans Clarke Griffin.

- J'abandonne la partie de bras de fer Anya, déclara-t-elle finalement. Je déclare forfait.


Ce fut sur ces mots que, une heure plus tard, Anya se retrouva avec Lexa à l'aéroport JFK. Elle lui avait proposé de venir avec elle à Los Angeles mais Lexa avait refusé catégoriquement. Il fallait qu'elles fassent profil bas, lui avait-elle répéter. Et pour cela, il fallait qu'elles retrouvent leur quotidien.

Donc Anya n'avait pas eu d'autre choix que de l'accepter. Comme pour tout le reste.

Mais elle avait tout de même insisté pour l'accompagner, voulant lui montrer que quoi qu'il puisse arriver, quoi qu'elle puisse décider, elle continuait de la soutenir.

Même si elle n'avait qu'une envie, c'était de la retenir et de la séquestrer jusqu'à ce qu'elle change d'avis.

Mais elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas parce qu'elle la comprenait.

Elle la comprenait et elle se détestait pour ça.

Elles traversèrent le tarmac silencieusement, l'une à côté de l'autre, jusqu'à arriver face au luxueux jet privée de Woods & Co.

Lexa leva les yeux vers l'immense engin et serra inconsciemment la mâchoire. Depuis qu'elle avait quitté son bureau, elle avait l'impression que son corps avait activé le mode pilote automatique. Elle se sentait complètement amorphe, vide. Comme si elle n'était pas celle qui se trouvait dans son propre corps.

- Tout va bien? demanda sa mère.

Ce ne fut qu'à ce moment-là que Lexa réalisa sa présence au pied de l'escalier qui menait à l'intérieur de l'avion.

- Très bien, se contenta-t-elle de répondre.

Ce qui ne sembla pas convaincre sa mère qui fronça un peu plus des sourcils d'un air inquiet.

- Je pensais que tu restais à New-York, tenta de creuser un peu plus Mme Woods. Je pensais que tu voulais rester ici pour mettre en place la Coalition le plus vite possible.

- J'ai changé d'avis, dit Lexa.

Puis, elle ne laissa pas à sa mère le loisir d'ajouter quoi que ce soit et passa devant elle pour monter dans l'avion. Elle ne s'arrêta que lorsqu'elle arriva tout en haut et se tourna vers sa cousine. Anya la regarda ouvrir la bouche puis la refermer sans rien dire pour finalement se contenter de lui adresser un léger salut de la tête avant de disparaître à l'intérieur du jet. Elle poussa un petit soupir désabusé et se tourna vers sa tante qui continuait de fixer l'endroit où sa fille s'était trouvée quelques secondes plus tôt.

- Elle a rompu avec Clarke, l'informa-t-elle.

Mme Woods tourna brusquement la tête vers elle et, même si elle l'avait voulu, elle n'aurait pu cacher le choc que la nouvelle venait de lui causer. Et Anya le comprenait complètement.

Elle poussa un soupir las et ajouta:

- Donc peu importe ce qu'elle dira, elle ne va pas bien…


Il devait avoisiner les vingt-deux heures et Anya se trouvait toujours à son bureau.

Hormis les agents de sécurité, elle était persuadée qu'il ne restait plus qu'elle dans le bâtiment. Mais elle n'arrivait toujours pas à se décider à partir.

Elle n'avait aucune envie de retrouver son appartement vide et encore moins de rejoindre Raven. Elle savait que cette dernière allait vouloir lui parler de Lexa et elle n'en avait pas la force.

Elle n'avait pas la force de mentir à sa petite-amie.

Mais là aussi, elle n'aurait pas d'autre choix que de le faire. Elle ne pouvait pas trahir Lexa et elle la maudissait pour ça. Elle la maudissait de la mettre dans une situation pareille.

Mais elle était surtout inquiète et triste pour sa cousine. Et elle ne pouvait qu'imaginer l'état réel dans lequel celle-ci se trouvait…

Elle avait vu ce que lui avait fait l'accident de Clarke, elle avait vu sa détresse. Pour la première fois de sa vie, elle l'avait vu perdre pied.

Et de savoir qu'elle en était la cause – parce que oui, pour Lexa, elle était la responsable – l'avait complètement détruite. Et Anya aurait pu lui dire tout et son contraire pour lui prouver que ce n'était pas le cas, elle savait qu'elle ne pourrait pas la raisonner. Parce qu'à sa place, elle aurait surement réagit exactement de la même manière.

Si Nia Queen était réellement derrière cet accident, elle avait su parfaitement joué sa carte. Cette femme savait très bien ce qu'elle faisait.

Elle savait qu'en touchant Clarke, elle toucherait directement Lexa et qu'elle lui ferait perdre toute rationalité. Parce que c'était exactement ce qu'il s'était passé: les décisions de Lexa n'étaient plus calculées. Elles n'étaient plus réfléchies, plus logiques.

Elles étaient dorénavant le fruit de sa culpabilité, de son amour et de son cœur brisé.

Et Anya se sentait complètement impuissante.

Elle ne pouvait pas rester sans rien faire mais elle savait que si elle tentait de raisonner Lexa, elle ne ferait que l'amener à s'enliser un peu plus dans ses retranchements. Alors, pour le moment, la seule chose qu'elle pouvait faire, c'était d'être là et de veiller sur elle.

- C'était le bureau de Lexa, déclara une voix qui la fit brutalement sortir de ses pensées.

Elle leva les yeux et vit Clarke qui se tenait sur l'embrasure de la porte. Vêtue d'un sweat à capuche Columbia, elle avait les cheveux ébouriffée et les yeux rougis et bouffis.

La vision amena le cœur d'Anya à se serrer un peu plus.

- Clarke… prononça-t-elle en se redressant doucement de son bureau. Qu'est-ce que tu fais là?

Clarke ne répondit pas et continua de regarder la pièce avec intérêt.

- Je me rends compte que j'ai beaucoup de souvenirs ici, poursuivit-elle. Je me souviens que j'étais venue retrouver Lexa ici après mon retour des Springs break parce que j'étais incapable d'attendre plus longtemps avant de l'embrasser. C'est ici aussi qu'on passait la majorité de ses pauses déjeunées, lorsqu'elle daignait en prendre. Et je savais très bien qu'elle ne le faisait que quand je venais, c'était pour cette raison d'ailleurs que j'essayais de venir le plus possible, pour m'assurer qu'elle prenait des pauses et qu'elle se nourrissait.

- Clarke…

- Je lui avais même peint un tableau qu'elle avait accroché juste derrière son bureau, déclara Clarke en pointant du doigt le mur désormais vide qui se trouvait dans le dos d'Anya. Elle l'a emmené avec elle à Los Angeles… Je me demande si elle va s'en débarrasser maintenant. C'est ce qu'on fait quand on se sépare non? On se débarrasse des affaires de l'autre n'est-ce pas?

Complètement impuissante face aux mots de la femme face à elle, Anya resta silencieuse. Elle regarda Clarke détourner le regard du mur derrière elle pour le poser sur elle et Anya pouvait parfaitement voir la douleur dans ses yeux.

- Qu'est-ce qui s'est passé, Anya? lui demanda-t-elle d'une voix brisée. Je t'en supplie, dis-moi ce qu'il s'est passé parce que j'ai beau me retourner la situation dans tous les sens, je n'arrive pas à comprendre… Lexa m'a juré… Je – je ne comprends pas…

Elle ne trouvait plus ses mots, elle n'y arrivait plus. Son cœur était là, à agoniser, et pourtant elle n'arrivait toujours pas à réaliser.

C'était impossible.

Lexa et elle… C'était censé durer pour la vie.

Elles s'étaient promis, seulement quelques jours plus tôt, qu'elles allaient vieillir et mourir ensemble.

Et maintenant? Maintenant, Lexa avait rompu et était partie? C'était invraisemblable, complètement illogique…

Tout ça n'avait aucun sens. Il devait y avoir une autre explication. Il fallait qu'il y ait une autre explication.

Elle reporta donc une nouvelle fois son attention sur Anya qui demeurait silencieuse et lui redemanda d'un ton un peu plus pressant:

- Qu'est-ce qu'il s'est passé?

Anya se retrouva complètement tiraillée entre sa loyauté pour sa cousine et sa volonté de voir la femme face à elle arrêter de souffrir.

Pour elle, Clarke et Lexa étaient faites pour être ensemble. Il n'y avait aucun doute là-dessus. Ces deux-là représentaient la définition même de l'amour. Le grand. L'éternel.

Mais dans la situation actuelle des choses, dire la vérité à Clarke ne ferait que l'empirer. Alors elle hocha la tête de droite à gauche et répondit doucement:

- Je ne sais pas, désolée…

Clarke laissa échapper un rire sans joie tout en secouant la tête. Comment avait-elle pu penser qu'elle réussirait à obtenir des réponses de la part d'Anya?

C'était une perte de temps d'être venue.

Elle n'ajouta donc rien de plus et tourna les talons pour s'en aller.

Toujours aussi tiraillée, Anya la regarda faire quelques pas avant de prononcer une nouvelle fois son prénom.

Clarke s'immobilisa avant de se tourner de nouveau vers elle et Anya remarqua que la tristesse avait laissé place à quelque chose de plus terrible: la désillusion.

Elle savait qu'elle ne pouvait rien faire pour le moment mais elle pouvait au moins tenter d'atténuer la douleur jusqu'à ce qu'elle puisse.

- Ce n'est pas de ta faute Clarke, lui dit-elle d'un ton qu'elle n'avait encore jamais employé avec l'autre femme.

Un ton plein de délicatesse, de respect.

- Et ce n'est pas la faute de Lexa. C'est juste… les circonstances qui sont complètement merdiques… Mais Lexa t'aime vraiment. Plus que tout au monde.

- Elle a une curieuse manière de le montrer, répondit amèrement Clarke.

Les épaules d'Anya s'affaissèrent légèrement et, après une demi-seconde d'hésitation, elle lui dit:

- Tu es la personne qui la connait le mieux Clarke. Si tu ne comprends pas les choses, c'est peut-être parce qu'elles ne sont pas compréhensibles…

Clarke fronça des sourcils d'un air confus.

- Ne perd pas espoir, ajouta Anya. Jusqu'à maintenant, tu ne l'as jamais fait…

La confusion de Clarke s'accentua un peu plus. Elle ne savait pas quoi faire de ces paroles. Elle savait qu'Anya ne disait jamais rien de manière anodine. Alors, elle acquiesça et, n'ayant plus la force de dire quoi que ce soit, elle se détourna une nouvelle fois de la cousine de la femme qui lui avait brisé le cœur et s'en alla.

Anya la regarda disparaitre en poussant un profond soupir. Puis, elle se tourna vers la grande baie vitrée de son bureau et fixa le ciel noir.

- J'espère qu'il ne sera pas trop tard quand tu te rendras compte de ton erreur…

À plusieurs milliers de kilomètres de là, quelque part au-dessus du Nevada, Lexa fixait le même ciel noir qui défilait à travers le hublot à côté d'elle.

Sa mère, assise sur le siège de l'autre côté de la rangée, tenta un énième coup d'œil inquiet dans sa direction. Mais elle ne vit pas les larmes qui coulaient silencieusement le long de ses joues.


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Bon et bien... à dans 5 mois xD (je plaisante, le prochain arrive dès que possible, promis!)