Hello tout le monde!
J'espère que vous allez tous bien et que le confinement se passe du mieux possible pour chacun d'entre vous!
Bon, je vous avais promis un chapitre qui n'allait pas mettre 5 mois avant d'arriver et... j'ai tenu ma promesse! C'est beau nan? ^^ Oui bon, c'était deux mois! Mais qu'est-ce que deux mois dans une vie?!
Et vous savez ce qu'il y a de plus beau encore? C'est que le prochain chapitre devrait mettre encore moins de temps à arriver! (Merci qui? Merci le confinement! x))
En attendant, je vous remercie pour tous vos retours qui me font toujours aussi chaud au cœur!
Et je vous souhaite une bonne lecture!
A très vite!
LSAfor'
PS: Encore et toujours, merci à Debo pour sa correction rapide et efficace! ;)
Chapitre 35 :
Raven et Octavia arrivèrent devant la porte du loft et échangèrent un regard.
- Tu es prête? demanda Raven.
- À voir notre meilleure amie en souffrance à cause de notre autre meilleure amie qui a fui à quatre mille kilomètres d'ici? demanda Octavia dans un soupir. Pas vraiment, non. Mais ça fait deux jours qu'elle nous évite, il est temps que ça cesse.
- Oui, la pauvre doit être complètement dévastée…
Elles se regardèrent de nouveau et acquiescèrent toutes les deux d'un air résolu. Puis Raven actionna la porte et l'ouvrit.
Et la vision qui s'offrit à elles n'était pas du tout celle à laquelle elles s'étaient attendues.
Clarke était assise sur les escaliers, occupée à mettre ses chaussures en se dandinant la tête au rythme de la musique qui résonnait dans l'appartement.
Lorsqu'elle les entendit, elle leva les yeux dans leur direction et leur adressa un grand sourire.
- Hey vous deux! salua-t-elle. Qu'est-ce que vous faites là?
Raven et Octavia échangèrent un regard perplexe avant que cette dernière ne reporte son attention sur Clarke et lui dise délicatement:
- On est venu te voir. Voir comment tu allais…
Clarke se redressa et attrapa son manteau posé sur la rampe d'escalier.
- C'est gentil à vous mais je suis attendue à l'hôpital, déclara-t-elle. J'assiste à une craniotomie de plusieurs heures qui va rendre complètement jaloux les autres internes. Mais normalement, je termine tôt ce soir, on peut aller se boire un verre si vous voulez? Après tout, il y a encore beaucoup de détails du mariage dont il faut qu'on discute avant le jour J!
Elle adressa un clin d'œil à Octavia avant de se concentrer sur les boutons de son manteau qu'elle referma.
Octavia et Raven échangèrent un nouveau regard confus. Puis Raven se décida à mettre les pieds dans le plat.
- Clarke, prononça-t-elle doucement. Tu sais que tu n'as pas besoin de faire semblant avec nous? Tu as le droit d'être mal après tout ce qui s'est passé…
Clarke se figea légèrement et elle perdit son sourire enjoué pour s'en vêtir d'un beaucoup plus mince.
Beaucoup plus morne.
- Je vais bien, assura-t-elle. Vraiment… Après tout, je n'ai plus qu'à attendre maintenant.
Octavia et Raven se regardèrent une nouvelle fois, pas certaines de comprendre ce qu'elle voulait dire.
- Attendre? répéta Octavia.
Clarke poussa un petit soupir avant de répondre:
- Oui… Je connais Lexa. Je sais que dès qu'elle a peur, elle fuit. Mais elle finit toujours par revenir. Elle a besoin de temps, donc je le lui donne. Après tout, elle a tellement de choses à gérer… Mais elle reviendra. Parce qu'elle m'aime. Mais en attendant, je dois continuer ma vie du mieux que je peux…
Ce qu'elle omettait de dire à ses meilleures amies, c'était qu'elle avait l'impression que son cœur était en vrac.
Elle omettait de leur dire qu'elle avait passé les deux derniers jours à pleurer toutes les larmes de son corps et que, même maintenant, alors qu'elle s'était réveillée avec les paroles d'Anya résonnant dans sa tête et que l'espoir était revenu, elle avait l'impression qu'elle pouvait s'effondrer d'une seconde à l'autre.
Elle omettait de leur dire qu'elle était persuadée qu'il y avait plus, que quelque chose avait dû se passer à Woods & Co pour que Lexa soit obligée de retourner à Los Angeles, qu'il ne pouvait pas en être autrement. Et, qu'aussi difficile que cela pouvait l'être, elle attendrait le temps qu'il faudrait. Non sans rien faire, parce qu'elle ne pouvait pas ne rien faire. Mais elle attendrait le bon moment. Et si Lexa ne réalisait pas d'elle-même que, quoi qu'il puisse se passer, être séparées l'une de l'autre n'était pas la solution, elle le lui ferait réaliser.
C~L
Dans un des bars les plus huppés de Los Angeles, accoudée au comptoir, Lexa tenait dans une main un verre de whisky presque vide et dans l'autre une montre.
Une montre qu'elle portait tous les jours depuis qu'elle l'avait en sa possession. Une montre qu'elle avait retirée ce soir-là pour contempler la gravure qui se trouvait à son dos.
Love ∞ Home.
Ecrit et dessiné de la même manière que celle qui s'était trouvé sur sa toge de diplômée.
Clarke lui avait offert cette montre pour son anniversaire. Et il s'agissait surement du meilleur anniversaire qu'elle avait vécu de toute son existence.
Sa petite-amie avait tout fait, tout organisé pour qu'elle se sente spéciale ce jour-là. De l'organisation d'une petite fête avec ses amies, au petit diner aux chandelles fait maison composé uniquement de de ses mets préférés pour terminer avec un lap dance qui lui avait demandé plusieurs jours pour s'en remettre.
Et cette montre.
Cette montre qui lui permettait, comme lui avait expliqué Clarke lorsqu'elle la lui avait offerte, d'avoir une partie de leur amour avec elle continuellement.
Oui, Clarke avait tout fait pour que ce jour soit spécial. Pour qu'elle se sente spéciale. Et aimée. Et Lexa, pour qui ce jour ne représentait rien habituellement, avait juste adoré.
Mais, comme elle l'avait expliquée à Clarke plus tard ce soir-là, lorsqu'elles s'étaient retrouvées dans leur lit toutes les deux, fatiguées et comblées par leurs multiples célébrations, Clarke n'avait pas besoin d'organiser toutes ces choses pour la faire se sentir spéciale.
Elle avait juste à la regarder…
Lexa resserra la main autour de la montre qu'elle continuait de fixer avant de terminer son verre d'une traite.
S'agissait-il du troisième? Quatrième? Elle n'en avait aucune idée.
Ce qu'elle savait c'était que l'alcool l'aidait. Alors elle fit un nouveau signe de main au barman pour qu'il la serve à nouveau.
Oui, l'alcool aidait. Il aidait à anesthésier l'horrible douleur qui semblait avoir élue domicile de manière permanente dans sa poitrine.
Elle ne savait même pas l'heure qu'il était ni depuis combien de temps elle était assise à ce comptoir de bar.
Bon sang, elle ne savait même pas quel jour il était.
Depuis qu'elle était arrivée à Los Angeles, elle n'avait pas mis les pieds une seule fois à Woods & Co et avait passé son temps à éviter tout le monde. Les actionnaires. Ses employés. Ses clients. Ses partenaires. Titus. Gustus. Sa mère. Anya.
Elle avait même tenté d'éviter sa peine.
Mais c'était peine perdue. Elle était inévitable.
Ce qui ne l'empêchait pas, en vain, de réessayer tous les soirs dans un bar différent.
Tout comme elle tentait en vain de faire disparaître l'image de Clarke de son esprit.
Je t'aime Lex. Plus que tout au monde.
Elle ferma les yeux alors que la douleur toujours aussi lancinante, toujours aussi constante et présente dans sa poitrine s'accentuait un peu plus, et but une longue gorgée de son verre désormais rempli, accueillant avec soulagement la brulure dans sa gorge.
Quelqu'un vint s'installer sur le siège à côté du sien à ce moment-là mais elle n'y prêta aucune attention.
Jusqu'à ce que ce quelqu'un se mette à parler d'une voix grave et familière.
- Tu es dans un piteux état, déclara Roan en guise de bonjour.
Lexa lui lança un regard en biais avant de se reconcentrer sur son verre.
- Je ne suis vraiment pas d'humeur Queen.
- Je vois ça, lui répondit Roan. Tu donnes l'impression de panser un cœur brisé.
Lexa continua de l'ignorer. Mais Roan ne se démonta pas et poursuivit.
- C'est ça n'est-ce pas? Tu as rompus avec ta doctoresse? s'enquit-il. Je t'avoue que je trouve plus que curieux le timing entre ton retour ici et son accident. Enfin, s'il s'agissait réellement d'un accident…
Ses mots amenèrent le verre de Lexa à se figer à mi-chemin de sa bouche. Elle le reposa lentement puis se tourna vers lui et lui adressa un regard noir qui amena Roan à esquisser un sourire satisfait.
Il avait enfin son attention.
- Comment tu sais ça? demanda lentement Lexa sans le quitter du regard.
- Oh tu sais, les bruits de couloir, répondit Roan sans se dépêtrer de son petit sourire.
Il se pencha ensuite vers elle et murmura sur le ton de la confidence:
- Ou alors je sais ça parce que je suis celui qui a saboté la voiture de ta petite-amie…
Lexa sembla retrouver toute sa lucidité à cet instant précis. La brume que l'alcool avait causée dans son esprit lui donna l'impression de se volatiliser complètement et la seule chose qu'elle avait l'impression de voir c'était la couleur rouge. Le rouge d'une rage incontrôlable.
D'un geste qui prit Roan complètement par surprise, elle lui empoigna le col et le plaqua violemment contre le comptoir, l'étreinte de sa main se serrant immédiatement autour de son cou.
Un silence de mort se fit autour d'eux tandis que les barmans qui se trouvaient derrière le bar fixaient Lexa d'un air paniqué et perdu. Mais Lexa ne les remarqua pas. Elle était complètement focalisée sur l'homme qu'elle continuait d'étrangler.
- Je me doutais que ta mère était derrière tout ça mais je ne pensais pas que toi, tu t'abaisserais à faire son sale boulot, déclara-t-elle d'une voix empli de haine.
Roan posa ses deux mains sur celle qui serrait son cou et tenta en vain de lui faire lâcher prise.
- Lâche-moi, souffla-t-il faiblement.
Au lieu de s'exécuter, Lexa accentua un peu plus la pression de ses doigts.
- Donne-moi une seule bonne raison de ne pas te tuer, là maintenant… lui dit-elle d'un ton où la menace se faisait clairement entendre.
Et ce qui était horrible, c'était qu'elle réalisait qu'elle en était réellement capable. Elle le regardait et la haine, la colère qu'elle éprouvait la poussait à augmenter la pression de ses doigts jusqu'à sentir son dernier souffle.
- Parce que c'est moi qui lui ai demandé de venir, déclara une troisième voix à côté d'elle.
Sans pour autant desserrer son étreinte, Lexa porta son attention sur la nouvelle arrivée et fut surprise de voir Luna.
- Tu vois, je ne suis pas sûre que ce soit une raison suffisante, répondit-elle avant de reporter son attention sur Roan.
Le visage de ce dernier devenait de plus en plus rouge et Lexa en éprouvait une satisfaction presque malsaine.
- Tu ne sais pas tout Woods, lui dit Luna. Il y a énormément de choses qui t'échappent et on est prêt à te dire toute la vérité, sans omettre quoi que ce soit. Mais pour ça, il faut que tu le lâches!
Malgré la fureur qui continuait de bouillir en elle et qui lui disait de ne pas l'écouter, Lexa desserra son poing et laissa Roan reprendre sa respiration. Ce dernier se retrouva prit d'une quinte de toux tandis qu'il se redressait et mettait plusieurs mètres entre lui et Lexa.
- Bon sang, tu as une sacrée poigne! s'exclama-t-il d'une voix enrouée en se massant la nuque.
- Parle, ordonna Lexa à l'adresse de Luna. Maintenant.
Cette dernière jeta un coup d'œil autour d'elle et vit les multiples regards qui étaient posés sur eux. Heureusement, il n'y avait pas grand monde dans le bar et, avec un peu de chance, l'ambiance tamisée de l'endroit leur permettrait de ne pas être reconnus.
- Pas ici, déclara-t-elle doucement. On pourrait être entendus.
- Bien, répondit Lexa.
Sans ajouter quoi que ce soit, elle posa un billet de 100 dollars sur le bar, attrapa sa veste et sortit à l'extérieur.
Luna la regarda disparaître et poussa un profond soupir.
- Ça risque d'être plus compliqué que je ne le pensais…
- Non, tu crois? répondit sarcastiquement Roan en continuant de se masser le cou.
Ils s'empressèrent de la suivre et furent soulagés de voir qu'elle les attendait à l'extérieur. Les mains dans les poches, Lexa se tourna vers eux et leur dit:
- Il n'y a personne ici, vous pouvez commencer à parler.
Luna et Roan échangèrent un regard avant de reporter leurs attentions sur elle. Ils avaient tous les deux conscience que la patience de Lexa avait déjà atteint son maximum et qu'ils n'auraient pas d'autre chance que celle-ci alors ils ne perdirent pas plus de temps.
- Tu l'as dit toi-même que tu avais des doutes sur l'implication de ma mère dans l'accident, déclara Roan. Et tu avais raison. Elle est venue me voir pour me parler de ton projet de Coalition et de sa volonté de t'arrêter à tout prix. Et elle m'a expliqué que le seul moyen pour que tu arrêtes tout, c'était de te toucher directement au talon d'Achille: ta petite-amie.
Le masque de stoïcisme de Lexa se craquela légèrement à l'entente des mots et elle se retrouva à serrer fortement des dents pour s'empêcher de montrer la moindre émotion.
Roan ne lui apprenait rien de nouveau mais l'entendre lui confirmer qu'on avait cherché à l'atteindre en s'en prenant à Clarke avait le don d'appuyer exactement là où ça faisait mal.
- Elle voulait tester ma loyauté, poursuivit Roan, ou plutôt s'assurer que je ne jouais pas un double jeu. Alors elle m'a confié la mission. Je devais causer un accident grave pour te faire partir en plein milieu de la réunion, avant que vous n'ayez le temps de signer. Ainsi, tu mettais en suspend la Coalition et tu perdais toute crédibilité...
Il marqua une légère pause, attendant une réaction, un commentaire de sa part. Mais Lexa le fixa sans rien dire, attendant qu'il continue. Il poussa donc un petit soupir et s'exécuta.
- Elle m'a mis en lien avec Cage Wallace qui s'est occupé de me fournir le détonateur, expliqua-t-il. Elle m'a également demandé de voler un uniforme d'agent de sécurité de Woods & Co pour te mettre sur une mauvaise piste. Après ça, il ne me manquait plus qu'à faire coïncider l'emploi du temps de ta petite-amie avec la réunion en piratant le système informatique de l'hôpital, d'installer le détonateur avant qu'elle ne quitte l'hôpital et de le déclencher au moment opportun.
La colère de Lexa s'accentua un peu plus à chaque mot qu'il prononçait. Il était en train de lui expliquer comment il avait failli tuer Clarke comme s'il lui parlait de la pluie et du beau temps. Et l'envie de le tuer par la simple force de ses mains lui revint subitement.
- Et donc tu m'as trahi alors que tu m'avais donné ta parole? déclara-t-elle avec dégout. Tu as mis la vie de personnes en danger juste pour jouer au parfait petit toutou auprès de ta cinglée de mère?
- Je n'avais pas le choix! se justifia Roan.
- Tu aurais pu m'en parler! rétorqua Lexa. Dès le moment où tu savais qu'elle voulait s'en prendre à Clarke, tu aurais dû me le dire!
- Et après quoi? Elle aurait trouvé quelqu'un d'autre pour faire le job et va savoir ce qui se serait réellement passé! Elle se fichait que ta petite-amie survive ou non! Au moins de cette manière, je pouvais veiller à ce qu'elle s'en sorte sans grosses séquelles!
Il poussa un soupir et ajouta:
- J'ai attendu d'activer le dispositif sur la route la moins dangereuse de son itinéraire. J'ai essayé de la protéger du mieux que j'ai pu. Si Blake n'avait pas roulé aussi vite, elle s'en serait sortie sans trop de séquelles, il y aurait eu plus de peur que de mal…
Lexa se souvint des mots qu'Indra lui avait dits sur le fait que l'accident s'était produit à l'endroit le moins dangereux du chemin. Elle avait parlé de chance mais ce détail aussi avait été calculé et elle ne put s'empêcher de frissonner à l'idée de ce qui aurait pu se produire si les freins avaient été sabotés à un autre moment…
Lexa détourna son regard de Roan pour le poser sur Luna qui suivait l'échange silencieusement.
- Et toi que viens-tu faire dans l'histoire? lui demanda-t-elle.
- Roan et moi travaillons ensemble, lui répondit Luna.
Ce qui eut le don d'arracher un rire sans joie à Lexa.
- Oh crois-moi, on s'en serait passé, déclara Roan qui comprit son scepticisme.
S'il y avait bien une personne que Luna méprisait presque autant que Lexa, c'était bien Roan Queen. Et ce dernier le lui avait toujours parfaitement rendu. Alors, les entendre dire qu'ils travaillaient ensemble était peut-être tout aussi improbable que de voir Lexa et Luna forger une alliance.
- Après la trahison de Nia, Roan et moi avons décidé qu'il serait peut-être plus judicieux de nous allier pour tenter de sauver nos entreprises de ses griffes, expliqua Luna en ignorant la remarque sarcastique de l'autre homme. Nous avons donc décidé de mettre nos différends de côté. Et –
Elle hésita un instant puis termina:
- Et nous espérons que tu en feras de même…
Le regard de Lexa passa de Luna à Roan.
Ainsi donc, lorsqu'elle était allée le voir pour lui proposer une alliance, il avait déjà fait un pacte avec l'autre femme. Et pourtant, ça ne l'avait pas empêché d'accepter le sien.
Cette sale vermine.
- Et juste comme ça, je devrais vous croire? questionna sarcastiquement Lexa. La femme qui me déteste depuis toujours et qui a tenté de me saboter et le digne héritier des Queen qui a essayé de tuer ma petite-amie?
Ex-petite-amie, lui rappela amèrement la voix dans sa tête. Et cette pensée eut le don de la mettre un peu plus hors d'elle.
Elle était face au responsable. Elle était devant celui qui venait d'admettre qu'il était la cause de l'accident. Et son être tout entier lui criait de le mettre en miettes.
- On sait que tu as toutes les raisons de ne pas nous faire confiance, déclara Roan qui sembla comprendre le fil de ses pensées. Mais je t'assure que tout ce que j'ai fait, c'était pour tenter de te protéger. Je n'ai pas rompu notre pacte. Au contraire, nous avons tous les trois le même objectif Lexa; nous débarrasser de ma mère et permettre la mise en place de la Coalition. Mais ton retour ici montre que tu es sur le point d'abandonner…
- Ma vendetta contre toi était injustifiée, ajouta Luna. Je ne cherche pas d'excuses, nous en avons déjà parlé. Mais comme je te l'ai déjà dit, Woods & Co ne m'a jamais intéressé. Mon seul objectif a toujours été de sauver Rivers Boats et sans cette Coalition, je ne pourrais pas…
- Je veux aussi sauver Azgeda, renchérit Roan. Ma mère est en train de détruire l'entreprise avec son arrogance et son despotisme. Des milliers de personnes risquent de perdre leur emploi parce qu'elle refuse d'accepter ton aide et je ne peux pas la laisser faire… Ton projet est notre seule chance et on veut t'aider à le sauver. Parce que le sauver reviendrait à nous sauver…
- Ton projet est révolutionnaire, Woods, poursuivit Luna. En plus de sauver des milliers de personnes, il va en inspirer des milliers d'autres et nous ne pouvons pas laisser des personnes égoïstes et avides de pouvoir l'en empêcher…
Ils finirent leur petit speech et se retrouvèrent désarçonnés par l'absence de réponse de Lexa qui continuait de les fixer sans laisser paraître la moindre émotion.
Roan lança un regard interrogateur à Luna qui lui adressa un petit acquiescement en retour. Leur communication silencieuse eut le don d'agacer un peu plus Lexa mais cette dernière n'eut pas le temps de s'y attarder plus longtemps car Roan reporta son attention sur elle et lui dit:
- Il y a deux autres choses que tu devrais savoir…
Son visage devint un peu plus grave et Lexa sut avant même qu'il n'ouvre de nouveau la bouche que ce qu'il s'apprêtait à lui dire était important. Et, même si elle continuait de ressentir une envie puissante de le tuer, son côté plus rationnel, celui qu'elle avait mis en veilleuse depuis son retour à Los Angeles, s'éveilla de plus en plus et la poussa à écouter ce qu'il avait à dire.
Alors elle resta immobile et silencieuse et attendit qu'il poursuive.
Roan, qui espérait une réponse verbale de sa part, se retrouva une nouvelle fois perturbé par son absence de réaction. Il lança un regard incertain à Luna puis se reconcentra sur Lexa.
- Il semblerait que ma mère soit également impliquée dans l'accident de ton père, finit-il par déclarer.
Lexa, qui ne s'était pas du tout attendue à ça, ne put cacher son choc. Sa colère sembla disparaître momentanément tandis qu'un « Quoi? » s'échappait de sa bouche.
- En espionnant ma mère, je suis tombé sur un fichier qui comportait des données d'une boite noire d'avion, expliqua-t-il. Je n'ai pas pu creuser plus, mais le peu que j'ai vu montrait qu'il s'agissait d'un appareil de Woods & Co. Et si mes souvenirs sont bons, ils n'ont jamais réussi à mettre la main sur –
- La boite noire de l'avion de mon père, termina Lexa pour lui, réalisant ce que cela voulait dire.
Effectivement, la boite noire du jet de son père avait mystérieusement disparue. L'enquête avait conclu qu'elle avait été détruite dans l'accident et ils n'avaient jamais cherché plus loin. Après tout, il n'était resté que des débris de l'avion, c'était même un miracle qu'ils aient retrouvé les corps…
Mais il fallait croire que tout ceci n'était pas le simple fruit d'un horrible accident. Pourquoi Nia Queen garderait-elle les données d'une boite noire s'il ne s'agissait que de ça?
Elle avait donc orchestré la mort de son père. Tout comme elle avait orchestré l'accident de Clarke.
Il avait été sur son chemin, elle avait donc tenté de s'en débarrasser. Comme elle avait tenté de se débarrasser d'elle par le biais de Clarke.
Après tout, elle ne pouvait pas tenter de la tuer elle également. Après l'accident de son père, ça aurait été beaucoup trop suspect. Alors elle avait cherché un autre moyen de le faire…
Jusqu'où était donc prête à aller cette horrible femme pour obtenir ce qu'elle voulait? Avec combien de vies allait-elle encore jouer?
Un nouveau sentiment de haine envahit Lexa, mais cette fois-ci le sentiment était loin d'être désagréable. Elle avait l'impression qu'une flamme s'était allumée au creux de sa poitrine, une flamme qui était nourrit par une motivation nouvelle et revigorante.
Elle reporta son attention sur Roan et demanda:
- Et la deuxième chose qu'il faut que je sache?
Roan et Luna se retrouvèrent une nouvelle fois pris au dépourvu par sa réaction. Ou plutôt par son manque de réaction. Après tout, ils venaient de lui apprendre que la mort de son père était un meurtre.
Mais ils ne dirent rien et Roan s'empressa de répondre à sa question.
Après tout, il était inutile de faire trainer les choses. Plus vite Lexa saurait tout ce qu'elle avait à savoir, plus vite ils pourraient se mettre au travail.
- Nia était au courant pour la Coalition, déclara-t-il.
Cette fois-ci, l'information amena Lexa à froncer des sourcils d'un air confus.
- Et alors?
- Avant la réunion, précisa Roan.
- Tu ne nous as parlé de ton projet que lorsque tu nous as tous convoqué, rappela Luna. Avant ça, tu nous as volontairement gardés dans le flou.
- Sauf que Nia était au courant, dit Roan. Elle m'a demandé de préparer l'accident de ta petite-amie plusieurs semaines avant le meeting, je n'aurais jamais pu m'organiser en seulement vingt-quatre heures…
Lexa comprit enfin où il voulait en venir.
- Tu veux dire que –
- Quelqu'un lui a dit, oui, répondit Roan avant qu'elle ne termine sa phrase.
Elle avait été trahie.
Bien sûr qu'elle avait été trahie.
Maintenant qu'elle y pensait, Lexa réalisa qu'il s'agissait d'une évidence. Elle ne comprenait même pas comment elle avait pu ne pas y penser avant…
- C'est tout? demanda-t-elle à l'adresse des deux autres.
Frustré par son manque de réaction, Roan ouvrit la bouche mais Luna le devança.
- Oui, nous t'avons tout dit, déclara-t-elle en lançant un regard noir à l'homme à côté d'elle.
Ils devaient être patients et ne surtout pas pousser Lexa plus qu'ils ne l'avaient fait. Il fallait qu'ils acceptent que la balle était désormais dans son camp.
Roan ne semblait pas satisfait par cette stratégie mais, avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, Lexa prononça un « Bien » avant de faire un pas vers lui et lui mettre un énorme coup de poing en plein visage qui le fit tituber avant de tomber sur le bitume.
Une douleur lancinante gagna immédiatement la main de Lexa mais elle l'ignora et focalisa toute son attention sur l'homme désormais au sol.
- Tu as de la chance qu'elle aille bien, lui dit-elle d'une voix emplie de haine. Tu serais un homme mort sinon.
Elle n'ajouta rien de plus, tourna les talons et s'en alla. Luna la regarda s'éloigner en esquissant un sourire avant de se tourner vers Roan qui grognait tout en se tenant le visage entre les mains.
- On peut au moins lui reconnaître une chose, elle sait comment envoyer un crochet du droit…
- Dis-moi que ce n'est pas toi, furent les premiers mots que Lexa prononça lorsque la porte s'ouvrit devant elle.
Sa mère la regarda, confuse et surprise à la fois.
Lorsque Sebastian était venu la réveiller pour lui indiquer que Lexa l'attendait devant la porte du Manoir, elle pensait que son maître d'hôtel avait perdu la tête. Mais elle était quand même descendue vérifier, parce que malgré tous ses efforts, elle n'avait pas vu sa fille depuis des jours, depuis qu'elles s'étaient séparées sur le tarmac de l'aéroport à leur retour de New-York. Et elle s'inquiétait énormément pour elle.
Et maintenant qu'elle était face à elle, elle se retrouvait encore plus inquiète que précédemment. Parce qu'il était très tard et que sa fille était dans un état pitoyable. Et que ce qu'elle disait n'avait aucun sens.
- Lexa… prononça doucement Mme Woods. De quoi parles-tu?
- Je commençais à te faire confiance et – et… commença Lexa avant de s'interrompre.
Elle prit une profonde inspiration pour tenter de retrouver un minimum de contenance puis poursuivit d'une voix beaucoup plus contrôlée.
- Dis-moi que ce n'est pas toi qui m'as trahi, lui demanda-t-elle. Dis-moi que tu n'es pas celle qui m'a vendu auprès de Nia, que – que tu n'es pas responsable de l'accident de Clarke…
Le prénom sortit de sa bouche d'une voix légèrement brisée. Mme Woods la fixa d'un air toujours aussi perdue, elle était loin d'avoir l'esprit très clair et les propos confus de sa fille ne l'aidaient pas vraiment. Mais elle semblait comprendre l'idée principale et, pour le moment, elle n'avait pas vraiment besoin d'en savoir plus pour répondre. Alors, elle fit un pas vers l'extérieur et referma la porte derrière elle sans quitter Lexa une seule seconde des yeux.
- Je ne sais pas de quoi tu parles, mais je ne t'ai pas trahi... lui dit-elle.
- Ce ne serait pas la première fois, lui fit remarquer Lexa.
Mme Woods serra la mâchoire. Elle esquissa un nouveau geste pour se rapprocher de Lexa mais s'immobilisa immédiatement lorsqu'elle vit le mouvement de recul de cette dernière. Le geste eut le don de la blesser mais elle ne s'attarda pas dessus. Ce n'était pas important pour le moment.
La seule chose qui en avait à cet instant, c'était que Lexa était là, face à elle, après plusieurs jours de silence radio, et il fallait qu'elle fasse tout pour l'aider. Et là, maintenant, la chose qu'elle devait faire, c'était de lui montrer qu'elle n'était pas son ennemie. Et pour cela, elle savait que si elle voulait que sa fille la croit, elle ne devait pas tenter de la persuader mais de la convaincre. Si elle voulait que Lexa, la digne fille de son défunt mari, la croit, elle devait parler à son esprit logique.
- Tu sais très bien que j'aurais tout à perdre à m'associer à Nia Queen, lui dit-elle d'une voix calme, factuelle. Ton père et moi avons tout fait pour que tu lui succèdes, justement pour éviter que Nia Queen ne mette la main sur Woods & Co. Je n'aurais aucun intérêt à te trahir pour elle…
- Sauf si tu souhaitais arrêter la mise en place de la Coalition, fit remarquer Lexa.
Mme Woods fronça légèrement les sourcils avant de lui répondre doucement:
- Je trouve ton projet incroyable. Jamais il ne me viendrait à l'esprit d'essayer de l'arrêter. Au contraire, en mettant en place cette alliance entre toutes ces entreprises, Woods & Co deviendrait encore plus puissante qu'elle ne l'était jusqu'à maintenant…
Lexa regarda sa mère sans rien dire. Elle lui paraissait sincère et elle savait que ce qu'elle disait était plus que censé. Mais elle avait été tellement trompée qu'elle ne savait plus quoi croire.
Elle ne savait plus qui croire.
Lorsque Roan lui avait appris que quelqu'un l'avait trahi, la première personne qui lui était venue à l'esprit était sa mère. Mais maintenant qu'elle la fixait, maintenant qu'elle l'entendait, elle réalisait qu'elle avait pensé immédiatement à elle non pas parce qu'elle était la première personne qu'elle suspectait. Elle avait immédiatement pensé à elle parce que, en dehors d'Anya, une trahison de sa mère était ce qui lui ferait le plus de mal.
Elle finit donc par adresser un acquiescement à sa mère qui n'eut pas besoin de plus pour savoir qu'elle la croyait. Mme Woods poussa un petit soupir de soulagement avant de lui demander d'une voix incertaine:
- Tu veux rentrer à l'intérieur? On sera plus à l'aise pour discuter…
Quelques secondes passèrent avant que Lexa n'acquiesce doucement. Elle suivit ensuite sa mère silencieusement à l'intérieur du gigantesque manoir qui lui avait semblé être une prison dorée pendant tellement d'années, jusqu'à un des petits salons de l'habitation. Le salon où sa mère préférait passer le plus de temps.
- Tu veux boire quelque chose? lui demanda Mme Woods en l'invitant d'un signe de main à s'asseoir sur l'un des fauteuils. Je peux demander à Sebastian de nous préparer du thé.
- Je veux bien de l'eau s'il te plait, répondit Lexa.
Son esprit était beaucoup plus clair mais les effets de l'alcool se faisaient encore ressentir.
Elle ne savait même pas comment elle avait réussi à conduire jusqu'ici et elle réalisait parfaitement à quel point son comportement avait été irresponsable et dangereux.
Mais elle s'en fichait.
Elle n'était plus à ça près. Et les révélations de Roan semblaient l'enliser un peu plus dans le chemin destructeur qu'elle suivait depuis quelques jours.
Elle se reconcentra sur sa mère qui donnait congés à Sebastian et la regarda se tourner également vers elle. Un léger silence s'installa puis Mme Woods reprit la parole.
- Donc, l'accident de Clarke n'était pas un accident? demanda-t-elle d'une voix légèrement hésitante.
Elle s'attendit à ce que Lexa lui saute à la gorge mais cette dernière n'en fit rien. Elle acquiesça une nouvelle fois et répondit d'une voix presque robotique:
- Nia a saboté sa voiture pour m'empêcher de signer la Coalition.
- Elle savait qu'il s'agissait de la seule chose qui pouvait t'arrêter, commenta Mme Woods.
Le ton de sa voix ne laissait rien transparaître mais ses mots amenèrent Lexa à lever les yeux vers elle et à la jauger du regard pendant de longues secondes.
Elle était maintenant la troisième personne à lui dire ces mots de cette manière.
Avait-elle était aussi évidente?
Aussi bête?
- Tu peux le dire, déclara Lexa.
- Dire quoi? demanda Mme Woods.
- Qu'il avait raison, répondit-elle.
Elle savait qu'elle n'avait pas besoin d'en dire plus pour que sa mère comprenne. Après tout, elle avait été présente lorsqu'il avait prononcé ces mots.
Tu verras quand tes ennemies l'utiliseront pour t'atteindre, tu verras à quel point elle te rend faible…
Mme Woods fixa sa fille sans rien dire pendant de longues secondes, semblant chercher ses mots.
- Ton père savait que sa position pouvait mettre ses proches en danger, dit-elle. Il savait qu'on pouvait nous utiliser pour l'atteindre. Donc il a toujours veillé à montrer qu'il n'hésiterait pas un instant à tout sacrifier pour son empire, y compris sa propre famille… De cette manière, il était sûr qu'on ne nous utiliserait jamais contre lui.
- Donc j'ai trop montré mon attachement pour Clarke? demanda Lexa, prononçant enfin à voix haute ses craintes. J'ai trop montré son importance pour moi?
Encore une fois, Mme Woods ne répondit pas immédiatement, ce qui eut le don d'agacer un peu plus Lexa.
Depuis quand sa mère réfléchissait avant de lui dire les choses? Elle n'avait jamais pris la peine de le faire avant.
- J'ai toujours pensé qu'il avait raison, finit par dire Mme Woods. Pour tout… Je n'ai jamais remis en question sa parole, ses choix. Dans mon esprit, il n'y a toujours eu qu'une seule manière d'agir et il s'agissait de la sienne… Puis je t'ai vu prendre la tête de Woods & Co…
Elle marqua une nouvelle pause avant de poursuivre:
- Tu as su diriger cette entreprise d'une manière tellement différente de celle de ton père et pourtant d'une manière tout aussi réussie et encore plus inspirante que la sienne. Ce qui m'a amené à me demander s'il n'existait qu'une seule bonne manière de faire…
Un mince sourire se dessina sur les lèvres de Mme Woods. Un sourire à la fois fier et morne.
- Donc je ne sais pas Lexa, ajouta-t-elle. Je ne sais pas s'il avait raison ou tort. Ce que je sais c'est que ton père était un être humain et que, comme tout être humain, il n'était pas infaillible, même s'il a tout fait pour…
Lexa pondéra ses mots plus qu'elle ne l'aurait voulu. Elle avait toujours tout fait pour ne pas suivre les enseignements, les directives de son père. Et peut-être que ses torts avaient été là.
Peut-être que si elle l'avait écouté, elle aurait pu préserver Clarke…
Sa mère sembla lire ses pensées car elle lui demanda:
- C'est pour cette raison que tu as rompu avec Clarke?
Pour la première fois depuis son arrivée au manoir, Lexa détourna le regard de sa mère. Elle baissa les yeux vers ses mains qu'elle triturait nerveusement et hocha imperceptiblement la tête de haut en bas.
- Je devais l'éloigner… déclara-t-elle d'une voix à peine audible.
Mme Woods huma en réponse, ce qui amena Lexa à reporter immédiatement son regard sur elle et elle ne put s'empêcher de lui demander:
- Quoi?
Mme Woods esquissa un nouveau petit sourire.
- Tu es tellement différente de lui et pourtant, je vois tellement de lui en toi, lui répondit-elle doucement.
Lexa fronça des sourcils et se demanda ce que sa mère voulait bien dire. Mais la réponse lui faisait tellement peur qu'elle ne lui posa pas la question. Elle dévia donc le sujet et raconta à sa mère tout ce que Roan et Luna lui avait appris. De l'orchestration de l'accident de Clarke au fait que quelqu'un avait révélé à Nia son projet de Coalition.
À la fin de son récit, elle se retrouva face à sa mère songeuse.
- Tu es sûre de pouvoir leur faire confiance? lui demanda cette dernière. Il ne faut pas oublier que Roan est le fils de Nia. Et Luna Rivers était associée à elle. Elle a tenté de te prendre ta place…
- Je le sais, assura Lexa. Je ne l'oublie pas.
Elle n'oubliait surtout pas que c'était Roan qui avait saboté la voiture de Clarke.
- Je ne leur fais pas confiance. Mais je pense qu'ils disent la vérité.
Mme Woods huma à nouveau d'un air pensif.
- Tu réalises que si on t'a réellement trahi, il ne peut s'agir que de quelqu'un de proche. Nous n'étions pas beaucoup à savoir pour la Coalition…
- Je sais, répondit de nouveau Lexa.
Elle le savait très bien. Les noms des personnes au courant ne cessaient de tourner dans sa tête.
Et tandis que ses suspicions se dirigeaient de plus en plus vers une personne, Lexa reporta son attention vers sa mère, une hésitation nouvelle la gagnant.
Il y avait une information qu'elle avait omis de lui communiquer jusqu'à maintenant. Elle savait que, dès lors qu'elle la lui donnerait, tout risquait de changer pour sa mère. Lexa savait qu'elle rouvrirait des blessures dont elle n'était pas sûre que sa mère avait complètement guérie. Et elle pouvait attendre de vérifier l'information, d'être sûre qu'elle était avérée.
Mais sa mère était en droit de le savoir plus que quiconque. Même s'il ne s'agissait que de suspicions, elle était en droit de les connaitre.
Il le fallait. Lexa lui devait la vérité.
- Il y a autre chose, déclara-t-elle donc doucement.
Sa mère reporta son attention sur elle et attendit qu'elle poursuive.
- Roan pense que l'accident de Père n'en était pas un, annonça-t-elle.
Elle marqua une légère pause pour laisser à sa mère le temps d'intégrer ses mots avant d'ajouter:
- Il aurait trouvé des preuves qui montreraient que Nia est impliquée…
Elle lui expliqua en quoi consistaient ces preuves et lui indiqua qu'elle avait l'intention de creuser, de mener son enquête pour s'assurer qu'il s'agissait de la vérité.
Le visage de sa mère resta impassible mais Lexa la vit agiter sa mâchoire de gauche à droite, ce qui comme pour elle – et Clarke adorait le lui rappeler – montrait qu'elle n'était pas indifférente.
Elle cherchait juste à ne pas le montrer.
Mme Woods finit par reporter son regard sur sa fille et la conviction, l'obstination avec laquelle elle la fixa amena Lexa à retenir son souffle.
- Fais ce que tu as à faire, lui dit-elle lentement, et montre leur qu'on ne s'en prend pas à notre famille sans en subir les conséquences…
Lexa observa la façade du bâtiment devant elle avec un sentiment de culpabilité devenu désormais habituel.
Encore une promesse que tu ne vas pas tenir…
Elle fit taire la voix dans sa tête, cette voix qui prenait de plus en plus de place, et se força à s'avancer jusqu'à l'entrée sans jeter le moindre regard aux lettres scintillantes qui formaient la devanture du Queen's Pleasure.
Elle pénétra à l'intérieur de la boite de strip-tease et se retrouva face à la même hôtesse que la dernière fois. Mais cette fois-ci, elle ne la laissa pas faire son speech. Cette fois-ci, elle l'interrompit avant même qu'elle ait le temps d'ouvrir la bouche.
- Je viens voir Roan, lui dit-elle.
- Je vais voir s'il est disp – commença l'hôtesse.
Mais Lexa la coupa de nouveau.
- Inutile, il m'attend.
Puis elle passa devant elle et, sans prêter la moindre attention à ses contestations, elle se dirigea vers le bureau de Roan. Bureau où, plusieurs semaines auparavant, elle avait scellée un deal avec lui.
Elle avait l'impression que des années s'étaient écoulées depuis ce jour-là.
Sans le vouloir, son regard se posa sur le bar et des flash-backs de sa conversation avec Costia lui revinrent en tête.
C'était ici que tout avait changé. C'était ici qu'elle avait réalisé qu'elle ne pouvait pas rester plus longtemps loin de Clarke. C'était ici qu'elle avait décidé de tout plaquer, de tout risquer pour la retrouver.
Si elle avait joué la prudence, serait-elle là aujourd'hui? Si elle n'en avait pas fait qu'à sa tête, aurait-elle mis Clarke en danger?
Seraient-elles encore ensemble?
Tellement de questions se bousculaient dans sa tête. Tellement de questions auxquelles elle ne trouverait jamais de réponses.
Elle détourna le regard, poursuivit son chemin jusqu'à la porte du bureau sur laquelle elle ne prit pas la peine de toquer et pénétra à l'intérieur.
Roan, qui se trouvait assis derrière le grand bureau, se redressa immédiatement lorsqu'il la vit. Il arborait un énorme hématome autour de son œil droit qui apporta une satisfaction sadique à Lexa.
- Lexa, prononça-t-il pris complètement au dépourvu. Tu –
Lexa l'interrompit immédiatement. Elle n'avait vraiment aucune envie d'échanger la moindre politesse.
- J'en suis, déclara-t-elle. Mais à la seule condition qu'on le fasse à ma manière.
Roan esquissa un grand sourire soulagé avant de lui tendre une main et lui dire « Deal ».
Lexa fixa la main tendue devant elle, la mâchoire serrée, avant de lever de nouveau les yeux vers lui. Elle lui adressa un regard impassible et terrifiant à la fois puis se détourna sans ajouter quoi que ce soit et quitta la pièce.
Elle traversa la boite d'un nouveau pas déterminé sans accorder la moindre importance à ce qui l'entourait.
Ils pensaient s'être débarrassés du Commandant. Ils ne pouvaient pas s'être plus trompés…
C~L
En apparence, la journée de Clarke avait commencé de la même manière que toutes celles qui s'étaient écoulées depuis plusieurs jours. Elle s'était endormie et réveillée dans une salle de garde en pensant à Lexa. Elle était restée de nombreuses minutes dans le lit inconfortable qu'elle se partageait avec tous les autres internes, à regarder l'écran de son téléphone, hésitant à l'appeler pour au final ne pas le faire.
Ce n'était pas encore le moment.
Puis, comme à chaque fois, elle s'était levée, s'était empressée de se laver et d'enfiler sa blouse puis était sortie pour se noyer dans son internat. Tout cela, comme durant chaque jour qui étaient passés depuis le départ de sa petite-amie, avec le même espoir. Cet espoir que sa conversation avec Anya avait insufflé.
Cet espoir qui lui disait que ce n'était qu'une question de jours, de semaines, avant qu'elles ne se retrouvent. Qu'il fallait juste qu'elle soit patiente.
Cet espoir qui l'habitait à chaque minute de chaque journée, comme en cet instant précis, alors qu'elle traversait un couloir pour aller se chercher un café après une série interminable de visites post-opératoires.
Oui, cet espoir avait élu domicile en elle. Et, même s'il ne l'empêchait pas de pleurer tous les jours, il était ce qui lui permettait de tenir, de poursuivre.
Et cet espoir, ce stupide espoir, s'effondra complètement lorsqu'elle passa devant le bureau des infirmières du service et que son regard se posa sur un magazine people qui trainait négligemment dessus. Elle s'immobilisa immédiatement et l'attrapa. Et elle eut l'impression que l'on venait de la plonger dans un bain glacé.
Sur la couverture se trouvait une photo de Lexa.
Lexa qui enlaçait une femme avec un grand sourire aux lèvres alors qu'un gros titre indiqué « Une nouvelle idylle pour l'héritière Woods? ».
Clarke s'empressa d'ouvrir le magazine à la page où se trouvait l'article d'une main tremblante et commença sa lecture alors que son cœur lui donnait l'impression qu'il allait quitter sa poitrine d'une seconde à l'autre.
Alors que, seulement quelques semaines plus tôt, Alexandria « Lexa » Woods s'affichait aux bras d'une infirmière de New-York, c'est avec une autre femme qu'elle a été aperçu très proche (très très proche) cet après-midi dans les rues de Los Angeles. Brune, très jolie et un corps qui rendrait jalouse n'importe quelle mannequin, cette jeune femme –
Clarke interrompit sa lecture, incapable de poursuivre. Son regard se posa sur les photos qui accompagnaient l'article et la sensation nauséeuse au creux de son estomac se décupla.
Alors qu'elle regardait tour à tour les clichés qui montraient une Lexa chuchotant à l'oreille de l'autre femme, puis avoir sa main posée sur le bas de son dos tandis qu'elle lui adressait un immense sourire, Clarke ne put s'empêcher de ressentir un puissant sentiment de trahison.
- Prêtes à te battre pour l'opération de M. James? lança d'un ton goguenard Murphy qui arriva à sa hauteur.
Il perdit immédiatement son sourire lorsqu'il vit la tête qu'elle tirait.
- Griffin, tout va bien? lui demanda-t-il.
Clarke ne répondit pas, son regard toujours fixé sur le magazine dans ses mains. Murphy suivit son regard et se pencha par-dessus son épaule pour voir ce qu'elle pouvait bien regarder avec autant d'intensité.
- Oh… prononça-t-il lorsqu'il parcouru rapidement l'article des yeux.
Il tourna ensuite son regard vers Clarke et face à son manque de réaction, il décida d'agir. Il lui retira le magazine des mains et lui dit doucement:
- Rentre chez toi, je m'occupe de te couvrir.
Clarke leva enfin les yeux vers lui. Elle ouvrit la bouche pour parler mais aucun son n'en sortit.
- Rentre, répéta Murphy. Va prendre une cuite, brûle ses affaires, ce que tu veux, tout ce qui pourra t'aider, mais rentre.
Clarke fut incapable de répondre par autre chose qu'un acquiescement.
Ce ne fut que, quelques heures plus tard, lorsque Raven ouvrit la porte de chez elle, qu'elle finit par parler.
- Je ne voulais pas déranger Octavia et Lincoln à seulement quelques jours de leur mariage, déclara-t-elle dans un sanglot en guise d'explication.
Raven baissa les yeux vers le sac de voyage qu'elle tenait et se décala silencieusement pour la laisser passer.
Elle attendit qu'elles soient installées sur le canapé pour lui demander ce qui se passait. Clarke attrapa son sac à main duquel elle retira le magazine qu'elle tendit silencieusement à Raven. Cette dernière fronça des sourcils d'un air confus qu'elle perdit rapidement lorsqu'elle vit la couverture. Elle s'empressa d'ouvrir le magazine et parcourut rapidement l'article qui concernait Lexa des yeux avant de le refermer brusquement.
- Tu sais très bien que ces magazines sont souvent des ramassis de caca, déclara-t-elle en reportant son attention sur Clarke.
- Les photos, elles, ne mentent pas, répondit doucement Clarke.
Elle laissa échapper un nouveau sanglot et se maudit de pleurer encore une fois. Elle avait l'impression de ne faire que ça depuis des semaines.
Mais cette fois-ci c'était pire. Cette fois-ci, elle n'avait plus ce stupide espoir de voir les choses s'arranger entre Lexa et elle qui lui permettait de tenir.
Cette fois-ci, elle n'avait plus rien.
Plus rien, hormis cette horrible douleur.
- Il y a quelque chose qui cloche, déclara Raven, il y a anguille sous roche, c'est certain. Je le sais, je le vois à chaque fois que j'essaye d'évoquer le sujet avec Anya. Je suis sûre –
- C'est ce que je pensais aussi, l'interrompit Clarke en tentant de s'essuyer quelques larmes. Mais il faut se rendre à l'évidence, rien n'explique ça…
Elle pointa la couverture du magazine du doigt avant de sangloter à nouveau. Raven posa négligemment le magazine sur la table basse et la pris dans ses bras, ce qui amena Clarke à s'effondrer complètement.
Raven lui caressa les cheveux et lui murmura des paroles réconfortantes tout en se demandant à quoi pouvait bien jouer Lexa.
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