Chapitre 73 : Lettres et sermons
Harry était à nouveau assis à son endroit favori, le haut de la colline, et regardait simplement Poudlard danser. Il passait beaucoup de temps là dernièrement, surtout quand il ne pouvait pas dormir. C'était apaisant d'écouter Dame Poudlard chanter et danser. Il n'avait aucun doute quant au fait que Poudlard était féminine et elle était d'humeur particulièrement maternelle ce jour-là. C'était la chanson qui ressemblait le plus à une berceuse qu'il avait jamais entendue. Des sorts réchauffants le gardaient suffisamment à l'aise pour qu'il puisse dormir s'il voulait. Mais, en toute honnêteté, il se fichait du sommeil pour le moment. Il voulait juste regarder Poudlard quelques instants. De toute façon, ces jours-ci, il n'était pas inhabituel que Harry Potter ne soit pas dans son lit. Il sursauta un peu, inquiet que Cassius l'ait trouvé. Ce n'était qu'Hedwige qui surgissait de la nuit pour venir vers lui. Il leva le bras et sourit quand elle s'y percha. Elle tenait une enveloppe entre ses serres. « Qu'est-ce que tu as là ? » demanda-t-il en lui prenant. Elle marcha vers son épaule et se mit immédiatement à lisser les cheveux de son maître alors qu'il ouvrait la lettre.
Cher Tom
S'il te plaît, ne va pas croire que je te manque de respect en n'utilisant pas ton titre mais on n'est jamais trop prudent ces jours-ci. Les autres sont venus me voir au sujet de certaines actions notre chef et nous avons peur qu'il soit temps pour lui de prendre sa retraite avant que les choses ne tournent mal pour l'entreprise. Nous voudrions te rencontrer pour parler de stratégies à venir pour ton leadership et pour la société.
Sincèrement
Robinton
Harry soupira et détruisit la lettre par le feu. C'était la dernière chose dont il avait besoin.
Hermione ne savait pas ce qu'avait Harry en ce moment. Il était distant et, bien qu'elle soit sûre que Cassius le surveille, elle pouvait aussi dire que le jeune homme lui cachait quelque chose. Quelque chose changeait dans son ami… et elle ne pouvait pas mettre le doigt sur ce qui n'allait pas. Elle médita sur les différences entre le Harry qu'elle connaissait avant et celui qui était à Poudlard en ce moment. Quand elle lui demandait, il répondait que tout allait bien, qu'il avait juste des devoirs urgents ou une lettre à écrire à Remus ou quelque chose que Cassius lui avait demandé de faire. Il avait toujours une excuse pour ne pas passer de temps avec elle.
Bien sûr, elle pouvait accepter ces excuses mais elles n'étaient pas caractéristiques de Harry. Il ne semblait pas dormir assez dernièrement. Il agissait toujours comme s'il était épuisé même s'il prétendait avoir bien dormi. Il avait l'air bien mais elle supposait qu'il utilisait un sort. Elle était sûre qu'il ne lui donnerait pas une réponse honnête si elle lui demandait. Il était renfermé. Il semblait triste quand il pensait que personne ne pouvait le voir… Harry Potter changeait et elle ne savait pas quoi faire. Elle pensait aller voir Cassius puisqu'il était là pour prendre soin de l'adolescent (et rien de ce que Harry dirait sur le fait que le vampire n'était pas nécessaire ne changerait ça). Cependant, Cassius était difficile à trouver. Elle soupira et ferma ses livres pour les ranger dans son sac avant de retourner à la salle commune. La bibliothèque était devenue son sanctuaire dernièrement. Il y avait tellement de bavardages dans la Tour qu'elle avait du mal à se concentrer.
Harry était très populaire dernièrement. C'était comme si toutes les filles de Gryffondors avaient soudain remarqué qu'il avait grandi et voulaient l'avoir. Même Ginny Weasley y contribuait en flirtant avec lui dès qu'elle pouvait. Harry semblait accepter tout ça sans sourciller, souriant à chaque fille avant de s'extraire de la conversation. Il pouvait exsuder du charme quand il voulait, donc aucune fille ne se sentait rejetée et vexée. Hermione se demanda quand il avait appris ça. Probablement auprès de Dracula... pensa-t-elle en quittant la bibliothèque.
Il y avait un autre puzzle qui ne cessait d'accaparer son esprit et qui n'avait rien à voir avec Harry. Le Jeune Seigneur des Ténèbres semblait traîner pas mal à Poudlard. Jusqu'à maintenant, il avait été aperçu dans la Grande Salle alors qu'aucun professeur n'était présent, dans chaque dortoir (étrangement, toujours quand Hermione n'y était pas) et dans plusieurs classes. Il disparaissait toujours quand un professeur le remarquait. Il était même apparu dans la classe de Potions du Professeur Snape une ou deux fois, murmurant des instructions au creux de l'oreille des élèves alors que l'enseignant ne regardait pas. Bien sûr, Snape l'avait remarqué presque immédiatement et l'avait poursuivi mais le garçon avait disparu au détour d'un couloir pour réapparaître quelques secondes plus tard de l'autre côté du château. Il semblait que Poudlard elle-même protégeait le Jeune Seigneur des Ténèbres en lui fournissant un accès instantané à tous les endroits qu'il désirait. Ça rendait les professeurs fous.
Hermione s'arrêta quand elle entendit siffler. Elle tourna au coin, curieuse de savoir qui flânait dans les couloirs, et trouva l'objet de ses pensées appuyé contre un mur. Ses yeux étaient fermés et il appuyait sa tête contre le mur. Il sifflotait un air qui lui semblait vaguement familier. « Bonjour » salua-t-elle doucement en espérant ne pas le surprendre.
Ses espoirs furent vains. Il sursauta visiblement et se retourna pour lui faire face. « Oh, c'est toi, dit-il doucement. Désolé. »
« Je ne crois pas que nous nous soyons déjà rencontrés. Je suis Hermione Granger » dit-elle en lui tendant la main.
Il s'inclina simplement et ne prit pas sa main. « C'est un plaisir, mademoiselle Granger. Si tu veux bien m'excuser, je suis attendu ailleurs dans quelques minutes. » Il repartit dans la direction où elle se dirigeait à la base.
« Puis-je t'accompagner ? Nous allons dans la même direction » demanda-t-elle en le suivant. Il s'arrêta pour qu'elle le rattrape et elle sentit le frisson de la victoire la parcourir. « Longue journée ? » demanda-t-elle d'un ton absent en espérant qu'il lui parle.
« On peut dire ça. » Il soupira et haussa les épaules. « J'ai peur qu'elle ne soit pourtant plus très longue. »
« Oh ? » questionna-t-elle en essayant de rester maîtresse d'elle-même et de ne pas le terrifier en dansant dans les couloirs.
« Et bien, le dîner sera servi dans une heure, alors on peut dire que la journée est presque finie. » Il haussa à nouveau les épaules.
« C'est vrai. » Elle chercha un sujet de conversation puis réalisa qu'il ne lui avait pas donné son nom. « Comment t'appelles-tu ? » demanda-t-elle.
« Huh. Tu es une sorcière maline. Appelles-moi Tom » répondit-il en lui adressant un rapide coup d'œil.
« Ravie de te rencontrer, heu, Tom. » Elle avait le sentiment que ce n'était pas son vrai nom et elle avait la même sensation que quand Harry essayait de lui cacher quelque chose. Ils atteignirent la Tour Gryffondor avant qu'il ait le temps de répondre. Il lui fit un signe de tête et continua son chemin d'un bon pas qu'elle ne serait pas capable de suivre. Elle donna le mot de passe et entra dans la Salle commune. Son esprit était toujours sur sa conversation avec Tom.
Elle s'immobilisa sur le pas de la porte et faillit crier de surprise. Harry était assis sur un des canapés devant le feu avec une fille sur les genoux. Une inspection plus minutieuse lui révéla qu'il s'agissait de Parvati Patil. Hermione s'éclaircit la gorge, sentant son statut de gardienne du règlement de Poudlard tomber sur ses épaules.
« Oups » dit doucement Parvati avant de se relever. « A plus tard, Harry » le salua-t-elle. Elle lui fit un bisou sur les lèvres et quitta la salle commune. Harry resta assis là, croisant ses jambes négligemment en regardant Hermione.
« Dois-je supposer que Cassius dort et que c'est pour ça que tu n'as pas un vampire derrière toi qui crie que des fiançailles sont nécessaires à cause de ton comportement avec une jeune fille ? » demanda-t-elle d'un ton acide.
« Je ne sais pas où est Cassius » répondit Harry avec un haussement d'épaules. Il était un peu essoufflé et Hermione était quasiment sûre qu'elle pouvait en deviner la cause.
« Et bien, tu voudras bien délocaliser d'autres activités de ce genre dans un endroit plus discret. »
« Uh-huh. » Il appuya sa tête sur le dossier du canapé et soupira. « Désolé, je suis un peu fatigué. »
« Si tu n'avais pas été habillé, j'aurais été sûre des causes de ta lassitude. » Elle sentait le rire monter en elle. Elle prit une profonde inspiration pour rester calme.
« Je n'ai pas fini d'en entendre parler, n'est-ce pas ? » demanda-t-il d'un ton abattu.
« Oh, attends que je le dise à ta Tante Pétunia ! » taquina Hermione en sautillant presque sur place. « Elle va être aux anges. »
Harry se redressa, soudain remis de son épuisement. « Tu ne ferais pas ça… »
« Tu paries ! » Hermione poussa un petit cri aigu et s'enfuit dans le couloir quand l'adolescent rugit et la poursuivit. Il ne voulait pas que Pétunia en sache plus sur Poudlard que ce que son neveu lui disait. Hermione le laissait croire qu'elle ne lui écrivait pas de temps en temps. Ils n'allèrent pas loin car le Professeur Snape les arrêta au milieu d'un couloir et leur donna une retenue chacun pour être des Gryffondors agaçants.
Dracula envoya son dernier e-mail de la journée et soupira en éteignant son ordinateur. D'après lui, les plans qu'il avait pour le garçon progressaient bien. Tous les arrangements qu'il estimait nécessaires étaient confirmés. Les endroits où aller, les personnes à qui parler et le personnel : tout était prêt à être activé en un instant. Il ne pouvait qu'espérer que les choses iraient comme il l'avait prévu quand le garçon agirait. Sinon, il avait des plans de secours, bien sûr. Néanmoins, ça ne voulait pas dire qu'Harry réagirait de la manière dont il l'avait prévue et alors, tous ses plans méticuleusement élaborés auront été en vain.
Malgré tout, quelque chose inquiétait Cassius et, malheureusement, Harry démontrait qu'il était plus que doué pour garder des secrets, même avec un gardien vampire qui le surveillait.
Harry était assis pour le petit déjeuner dans la grande salle. Il avait l'impression que tous ses plans commençaient à donner leurs fruits. Ou à tomber en ruine. Ce qui arriverait en premier en fait. Il jouait avec son porridge en jetant des regards frénétiques par-dessus son épaule, guettant Cassius. Le vampire le rendait paranoïaque. Il apparaissait quand il le voulait et il était impossible à raisonner. C'était comme si Cassius avait l'obstination inscrite dans son ADN.
Hedwige atterrit devant lui et l'adolescent se figea en voyant l'enveloppe rouge dans son bec. Elle la laissa tomber dans son porridge et battit rapidement en retraite, n'attendant même pas de recevoir un petit morceau de bacon. Harry déglutit, certain de savoir de quoi parlait cette lettre. Hermione siffla à côté de lui et se couvrit les oreilles. Harry lança un bulle de silence autour de lui et ouvrit l'enveloppe.
HARRY JAMES POTTER !
ATTENDS QUE JE METTE LES MAINS SUR TOI, JEUNE HOMME ! JE SAVAIS QUE QUELQUE CHOSE ETAIT DIFFERENT QUAND TU ES PARTI A L'ECOLE MAIS SANS MA PERMISSION ? PAS QUE JE NE SOIS PAS RECONNAISSANT DE POUVOIR GARDER MON ESPRIT PENDANT CES TRANSFORMATIONS MAIS TU AURAIS PU ME PREVENIR ! NOUS DEVONS AVOIR UNE TRES TRES LONGUE CONVERSATION SUR LE FAIT DE JOUER AVEC DES MAGIES QUE TU NE COMPRENDS PAS OU QUE TU N'AS PAS TESTE ! TU NE L'AS PAS TESTE, N'EST-CE PAS !? CONSIDERES-TOI PUNI LA PREMIERE SEMAINE DE VACANCES CET ETE. Ta tante veut te dire quelques mots…
Harry, je comprends pourquoi tu as fait ce que tu as fait mais tu devrais vraiment y réfléchir. Ou demander d'abord. Je suis sûre que Remus t'es vraiment reconnaissant de lui avoir donné un semblant de contrôle mais en même temps, Harry, tu ne lui as pas demandé. Je pense que c'est le plus bouleversant. Tu n'as pas demandé, de la même manière que Dumbledore ne nous a pas demandé quand il t'a placé avec nous. Cela limite les choix des gens, Harry. Ce n'est pas bien, mon neveu. Remus et moi en avons discuté et nous sommes d'accord sur le fait que tu devrais être puni pour ça, même si tu l'as fait avec les meilleures intentions. Nous parlerons des conséquences quand tu rentreras à la maison pour les vacances. Voilà Remus qui veut te reparler…
Harry, je veux te dire que je t'aime. C'est un cadeau formidable que tu m'as fait. Je suis en colère quant à la manière dont tu me l'as fait, pas que tu l'ais fait. Nous en parlerons quand tu rentreras pour les vacances. En attendant, étudie bien, pas de bêtises et amuse-toi. »
Sur ces derniers mots, la lettre explosa en une gerbe de flammes. Harry annula son sort et vit Hermione qui le fixait avec de grands yeux. « Quoi ? » demanda-t-il.
« Tu vas m'apprendre ce sort ! Lui répondit Hermione. Alors, pourquoi Remus et ta tante t'ont-ils crié dessus ? »
« Je n'ai pas envie d'en parler pour l'instant, Hermione, mais la lettre s'améliorait vers la fin. J'ai fait quelque chose avant d'aller à l'école et ils l'ont découvert » lui dit-il en haussant les épaules.
« Oh ? » Elle haussa un sourcil.
« Une expérience avec la boisson, ce que je ne ferai probablement plus jamais. Qu'est-ce qu'on a ce matin ? » demanda-t-il en espérant rediriger son attention.
« Et bien je pense que tu t'en es bien sorti si tout ce qu'ils ont fait est t'envoyer une Beuglante, commenta sévèrement Hermione. La seule fois où mes parents m'ont attrapée à essayer avant… et bien, j'aurai préféré la Beuglante. Je me suis sentie comme un ver de terre. » Elle s'interrompit et regarda Harry. « C'est la déception qui m'a touchée plus qu'autre chose... »
« Ouais, moi aussi... » acquiesça Harry. Il se tint prêt alors que son amie semblait se préparer à avoir une discussion sérieuse.
« Harry, je pense que nous devons parl... »
« Hey, les gars » les interpella Neville en s'asseyant en face d'eux. « Le porridge est bon ce matin ? »
« Il est comme d'habitude, Neville » répondit Harry en se levant. « J'ai oublié mon livre de Potions. Je vous verrai en classe. » Hermione regarda son ami partir en fronçant les sourcils.
« Hum… Il sait que nous n'avons Potions que demain, pas vrai ? » demanda Neville en se servant un bol de porridge.
« Je suis sûre que oui. Je te verrai plus tard. » Elle quitta la Grande Salle et regarda l'heure. Peut-être qu'il était temps d'écrire à quelqu'un au sujet des changements de Harry.
