Marco était béat, peu de personnes pouvaient le remarquer car le commandant avait depuis longtemps perfectionné son expression, mais il était empli d'un certain contentement face à ce qui se présentait devant lui.
En effet, on le voyait porter son habituel sourire narquois, regardant de l'autre côté du pont, là où une troupe de Martins Facteurs étaient venu déposer leurs journaux.
C'était habituel, mais ce qui ne l'était pas fut l'engouement soudain que portait un certain logia envers le journalisme. Enfin, il avait ses périodes comme cela, il jetait souvent quelques coups d'œil distraits sur les journaux, par-dessus la tête de ceux qui lisaient (souvent Marco) et paraissant regarder seulement les images.
Si une lui plaisait, il s'accaparait le papier, au grand damne du lecteur (lisez ici Marco), c'était un fait rare, mais il fallait reconnaître l'action pour ce qu'elle était : un sujet en particulier passionnait leur jeune recrue.
Ça avait intrigué le Phénix, et il avait fait sa petite enquête, beaucoup trop happé par l'idée de découvrir par lui-même un fait plutôt que de poser une simple question qui ruinerait toute la quête de vérité.
Après déduction, il avait alors eu sa petite idée sur ce qui passionnait tant le pirate.
Et ce jour-là, il put vérifier son hypothèse.
Marco avait reçu un journal avant tout le monde, un des privilèges d'avoir une habilité aviaire étant qu'un oiseau allait te donner ton dû en personne sans le lâcher au hasard sur le pont.
Il y avait alors lu, et remarqué quelque chose qui pourrait intéresser leur logia favori.
Il l'avait interpellé dans le vide, et il ne fut aucunement déçu de voir une tête tachetée crier d'un des mats, il y était agrippé par les jambes, agitant ses bras en la direction de Marco, tête renversée et ne craignant pas de tomber.
Marco lui avait désigné sans bruit son journal et le tas proche du jeune pirate un peu plus loin.
Il descendit, accourant vers la pile pour empoigner (voler) le dernier journal disponible, lisant en diagonale chaque article.
Il avait commencé par la fin (l'idiot) et alors Marco eu le temps de sentir l'impatience fleurir en lui jusqu'à ce que des yeux gris parviennent à la deuxième page.
L'idée s'eut avérée juste, car Marco vit les traits du brun s'étirer graduellement jusqu'à former un des meilleurs sourires qu'il eut à voir sur son visage.
Un journal fut lâché, pour faire apparaître derrière une affiche, une prime. Qui fut levée dans les airs et regardée avec émerveillement.
Il rit ensuite, et Marco ne put empêcher son propre sourire d'apparaître, s'enivrant de chaque son qui tressaillait le grand frère.
Des gens s'approchèrent, curieux de l'enthousiasme soudain, mais celui au centre de l'attention ne pipa mot et préféra prendre un pirate au hasard pour le jeter dans les airs et le rattraper, avant de faire des pas de danse enjoués avec l'infirmière la plus proche.
Et seulement après ça, le brun se décida de parler ("Je vais aller voir Pops !") pour courir vers le trône en bois, là où un capitaine pirate curieux observait le remue-ménage, attendant que le logia ouvre la parole sur ce qui le mettait dans tous ses états.
Et pendant ce temps, Marco le regardait, béat.
Une énième chambre froide fut traversée, et Thatch ne fut pas trouvé.
Marco ne plaisantait pas avec la taille du Moby, les nouveaux membres se perdaient au moins trois fois, c'était devenu une sorte d'initiation même. Le blond était bien content de savoir traverser chaque porte en sachant exactement quelle pièce ou couloir il allait trouver.
Mais ce qui le dérangeait surtout, c'était le temps que nécessitait sa recherche dans chaque lieu fréquenté par la quatrième division, une tâche ardue sachant que cette dite division avait été attribuée le plus de mètres carrés. En effet, les pièces étaient plus nombreuses et plus imposantes que les autres vu la part importante de la nourriture pour un bateau au beau milieu du nouveau monde : les vivres étaient un des aspects les plus crucial de la piraterie.
Ce qui signifiait encore plus de pièces susceptibles de renfermer un certain cuistot.
Marco fixa silencieusement les escaliers sombres qui s'enfonçaient dans les méandres obscurs du Moby Dick, en dessous se trouvait la plus grande chambre froide du navire, la majorité de la venaison s'y trouvait, ainsi que les pires cauchemars des pirates les plus trouillards.
Il plissa les yeux, regardant les marches disparaître dans les ombres, il y était allé plusieurs fois, toujours accompagné. Il savait qu'il n'avait pas peur, tout autant qu'il savait mot pour mot ce qu'un de ses subordonnés, terrifié, avait pleuré après son excursion en bas.
Marco décida de tourner les talons et de rebrousser le chemin, il y avait trop peu de chances de Thatch y soit. En plus, il se faisait tard.
Pourquoi le recherchait-il d'ailleurs ?
Il n'avait pas de raison particulière mis a part l'envie de s'occuper, et il devait bien l'accueillir après son retour, non ?
Bon, okay, il y avait une autre raison derrière cela.
Au fur et à mesure des jours, Marco s'était rendu compte que certains avait adopté une politique particulière. Comprenant qu'ils devaient se taire sur tout sujet concernant les rêves de Marco, et en particulier : le gamin.
Ce n'était pas comme s'ils en parlaient tout le temps, mais c'était un sujet qui revenait souvent sur la table.
C'était gentil, mais ô combien à côté de la plaque. Non, sérieusement, c'était con. Il n'avait pas de stress post-traumatique quand même, et si ça l'était, il n'était pas sûr que faire comme si rien ne s'était passé et tout oublier serait la bonne chose.
Marco s'était mis à l'évidence qu'il ne pouvait pas oublier que le brun avait fait partit de sa vie. En vérité, il ne voulait pas l'oublier tout court.
Et c'était ça qui était chiant, l'équipage ne comprenait pas cela, seul Pops évoquait le gamin, mais il se retenait sur certains points.
(Était-il amer qu'il n'ait pas pu lui proposer face à face d'intégrer l'équipage ?)
En tout cas, plus sa famille était douce avec lui (c'était chose à dire en parlant de pirates), plus Marco était rappelé le pourquoi de ce comportement.
Il se souvenait de pourquoi il ne verrait plus le gamin, de comment leur dernière rencontre s'était déroulée, de ce qu'ils s'étaient dit.
Il se rappelait le mensonge inouï, du fait omis, de la vérité immuable.
"Je suis... mort."
Marco pensa distraitement aux trois phrases que le brun lui avait présenté le deuxième jour, après leur rencontre. Soit il était mort, soit il provenait du futur et soit il faisait partie de l'équipage.
Hé bien, maintenant il savait.
Il avait beaucoup rit de cette discussion absurde, mais maintenant qu'il avait appris où était la vérité de ces paroles, Marco regrettait, il souhaitait que les choses se soient passée différemment.
N'importe comment, juste pas... comme ce qu'il se passait actuellement.
Marco était sûr de ne plus jamais le revoir.
Il s'en faisait à l'idée, petit à petit. Il espérait s'y faire du moins.
Des yeux gris fixaient sans retenue des prunelles bleues. Il y eu un coup d'œil jeté vers la droite, mais le regard inquiet se remit à observer les moindres faits et gestes d'Ace. Qui lui continuait à le fixer sans ciller.
Le garçon ne comprenait pas ce qu'il se passait, mais il lui semblait que s'il ne comportait pas comme cela, Sabo allait filer, fuir.
Pourquoi ?
Ils ne se connaissaient pas, Sabo se méfiait de lui.
J'ai l'air si terrifiant que ça ? pensa Ace, il voulait sourire à cette idée. Mais Sabo était devant lui. Mieux valait ne pas donner raison aux rumeurs qui circulaient à son sujet.
'Le vaurien sauvage qui ne sait que se battre.'
C'était... vrai.
'L'enfant inhumain qui aime verser le sang.'
Il était violent, oui.
'Le démon qui devrait déjà crever.'
Il avait déjà été mort, mais il avait le droit de vivre, non ?
Mais ça importait peu sur le moment, il y avait Sabo juste en face de lui, espacé de quelques mètres. C'était chiant, ce regard alerte, cette tension dans le corps qui préparait le blond à courir ou à se battre pour sa vie.
Pendant qu'Ace, lui, ne craignait rien, il regardait impassiblement son 'ami' pendant qu'intérieurement, il se répétait sans cesse la même question.
Qu'est-ce que je fais ?
Il était dans une impasse, à regarder et inspirer la méfiance à Sabo au sommet d'un tas de déchet, obligeant son frère à lever la tête. Ace voyait l'effet qu'il faisait sur le blond, comment désamorcer tout cela ? Il voudrait que quelque chose change.
Le choix vint tout seul en la forme d'une tragédie pour la famille à quelques mètres d'eux.
Quelque chose tinta, le bruit reconnaissable d'un objet dévalait d'un tas de déchet. Ace le vit atterrir aux pieds du groupe de personne qui grimpaient le tas en contre bas. Les deux enfants qui se fixaient furent alertés par cela, reconnaissant le risque qu'un tel bruit faisait, la famille aussi, car certains se criaient de fuir.
Un autre objet plus petit tomba, puis une deuxième chose, et une troisième, et toute une pile trembla et perdit son équilibre, elle s'effondra d'un côté, du pire côté possible. Une personne restait coincée sur le mont d'immondice, et elle fut ensevelie.
Les cris et pleurs firent détourner un peu plus le regard d'Ace un court instant.
Mais au moment où il redirigea son regard sur son futur frère, il vit son absence.
Celui-ci n'était plus présent, partit aussi vite qu'il le fallait pour le dire.
Et Ace pinça ses lèvres, retenant l'expression qui risquait de vêtir son visage.
Un pied enfonça les portes, et tous ceux a l'intérieur sursautèrent au vacarme, se demandant qui était l'idiot qui venait d'enfreindre la règle sacrée.
"Je ne malmènerais point les cuisines ni le self."
Tout le monde savait que seul le commandant Thatch était habilité à, je cite : "répandre le chaos et la terreur sur son territoire", c'était alors une règle très bien respectée par tous, vu le caractère... coupant des représailles.
Sauf Izou, il était la seule exception, mais c'était Izou.
(Il fallait l'imaginer poursuite une certaine personne a travers nombres de pièces pour savoir pourquoi.)
Et donc la (petite, il y en avait deux) porte du self était ouverte de suite d'un grand coup de pied. Et au lieu d'un pirate insouciant, on y découvrit Thatch.
"Salut la compagnie !" Dit-il à l'encontre d'Izou, Rakuyo et accessoirement la centaine de personne présente dans le hall.
Il se rapprochait à grand pas de la table des commandants, il frappa le bois d'un air jovial, "ALORS, des nouvelles ?" et Rakuyo se couvrit les oreilles "Quelles sortes d'histoires croustillantes se sont passées durant mon absence ? Oh, d'ailleurs, je vous ai manqués ?"
Il reçut une accolade d'Izou, tandis que l'autre préféra se vautrer sur la table. "Peu de choses se passent en une semaine, tu sais..." Grogna Rakuyo, qui possédait une gueule de bois à en faire envier Barbe Blanche, pourquoi se trouvait-il dans le lieu le plus bondé et bruyant alors ? Hé bien, il venait tout juste de se réveiller, ici.
"Oh, dis pas ça," dit le cuistot en parlant plus bas, ayant reconnu la gueule de bois pour ce qu'elle était : l'ennemie de tout pirate. "J'espérais vraiment que la situation de Marco s'améliore, ou qu'il se sente mieux, du moins."
"De ce côté-là... on ne sait pas" Izou s'expliqua en voyant les gros yeux de Thatch. "On s'est dit que Marco en avait marre d'être rappelé de Flammèche, donc on s'est forcé à ne pas l'évoquer dans nos discussions."
"Donc, en une semaine, le sujet le plus intéressant du navire est devenu tabou ?"
"... C'est cela, oui."
"Mince... moi qui avais tellement de questions ! Je voulais savoir s'ils s'étaient revus durant le dernier soir de pleine lune-"
"Il est un Phénix, pas un loup-garou..."
"-S'il y avait eu des excuses, des larmes et une déclaration d'amour- !"
"Huh, j'aimerais que ça se passe aussi."
"-S'ils s'étaient embrassés comme dans les romans à l'eau de rose de Vista-"
"Attends, VISTA ?! Il possède- !"
"Et qu'il lui ait susurré son nom avant de lui dire de venir le chercher !" Cria-t-il finalement au milieu de la foule qui s'était accumulé pour voir la commotion.
"Malheureusement, toutes mes attentes ont été réduites en poussières." Se lamenta-t-il, "Je n'ai beau pas le connaître, j'ai le sentiment qu'on s'entendrait très bien nous tous les deux, en tant qu'amis, car c'est plutôt sûr que Marco a, avait ?" Il regarda Rakuyo pour demander silencieusement si Marco était passé à autre chose, le pirate lui fit d'étranges yeux ronds en secouant la tête. "A encore, donc, ses yeux sur lui."
Il soupira en regardant les têtes contrites de ses compagnons et leva les bras en l'air, comme désespéré : "Je voudrais tellement que Flammèche revienne !"
Il ne se doutait pas qu'un certain Phénix se trouvait actuellement derrière lui.
Notes :
Ce chapitre devait se nommer "Garder Espoir", mais ça sera le prochain qui est la suite de celui-ci, puisque je réalise au fur et a mesure que tout ce que je voulais caser dans le chapitre 26 se fait finalement en 3 chap..
C'est encore pas mal de tranquillité et d'humour (si on oublie ce qui s'est passé au Grey Terminal), mais faut bien ça avant que je lâche la bombe. (Elle est petite, enfin, je crois ? C'est une idée tellement présente dans ma tête depuis le début /)
Et Ace est en train de vivre cette rencontre avec Sabo au même moment que Marco cherche Thatch, ça a du sens vu que c'est le soir chez les Barbe Blanche.
Et si certains se posent la question de quand est-ce que Marco et Ace vont enfin se rencontrer : je suis désolée ce n'est pas pour tout de suite. Il faut que Marco et Ace pensent encore un peu chacun de leur côté. (Mais c'est pour bientôt !)
Wizie12 : En vrai moi aussi x) et euuuh pour l'instant ce n'est pas le cas avec Sabo, mais je promets une happy end !
sousie : c'est vrai, alors le ligotage sera seulement lorsqu'ils arrivent proche d'une île xD.
