- Humaine -

Plus notre périple se prolonge, et plus le manque de la présence de Bellatrix se fait sentir. Durant ma relation d'un an avec la meurtrière, j'étais excellente pour me convaincre qu'il ne s'agissait que de quelques nuits agréables partagées, d'un désir physique, d'une relation d'aide. Pourtant, ce ne sont pas les rapprochements physiques qui me manquent le plus, mais bien les touts petits moments qui semblent insignifiants, mais qui sont pourtant cruciaux avec du recul. Ces simples petits moments qui, par dizaines, finissent par former ce qui pourrait étrangement ressembler à une histoire d'amour.

Sauf qu'il ne s'agit pas d'une histoire d'amour, en aucun cas. Aucune partie de mon être ne semble prête à assumer le caractère réel de cette relation, de crainte, peut-être, de vouloir retrouver celle qui hante mes jours et trouble mes nuits...

FlashBack

Appuyée derrière le comptoir de la bibliothèque, j'entends la petite cloche de l'entrée m'annoncer la venue d'un client. Avec un demi sourire, je relève ma tête pour accueillir du regard Bellatrix Lestrange.

Je n'ai aucune surprise quant à sa venue ici, une semaine après notre querelle sur les lieux mêmes. J'ai eu du temps pour réfléchir, pour m'apaiser, et pour accepter la situation: cette femme me trouble, m'intrigue, me charme.

Elle, par contre, n'a rien d'un être apaisé quand elle plaque fermement ses deux mains de chaque côté du comptoir de prêts. Je la regarde droit dans les yeux, toujours aussi intimidée, mais également pleine d'une assurance nouvelle qui me vient de ma curiosité à son égard. J'ai l'impression d'être devenue complètement folle; en voyant cette meurtrière en série, j'ai toujours eu le réflexe de m'enfuir. Maintenant, je veux me rapprocher. Je veux la comprendre, cette femme beaucoup plus profonde que ses apparences hautaines le laissent entendre. J'ose même penser, sans jamais me l'avouer complètement, que j'ai envie de l'aider, la guérir.

Je chasse les troublantes pensées de ma tête et je m'attarde sur ses yeux noir charbon, pétillant de vie. Son visage est si proche du mien, pourtant je ne recule pas; je n'en ressens aucunement le besoin. Elle ne dégage plus cette hargne, cette colère sans nom à mon égard. Bellatrix ne semble clairement pas joyeuse et légère non plus, mais au moins je ne me sens pas en danger. Ma vie est, pour l'instant, en sécurité.

Dans ses yeux, je vois pour la seconde fois une touche d'humanité. Une brève apparition, qui donne tout de même le ton de la conversation à suivre. Elle est ici pour parler, et d'un sujet délicat, si je me fis aux petites morsures qu'elle fait subir à ses pulpeuses lèvres écarlates.

- Granger, il faut qu'on parle, elle annonce d'une voix qu'elle veut ferme et autoritaire. Toutefois, une certaine insécurité y plane également. Sans savoir pourquoi, la vulnérabilité dans sa voix grave et chaude provoque en moi des frissons de désirs inavoués et inavouables.

Je me relève complètement de ma position appuyée et je traverse de l'autre côté du comptoir pour lui faire face.

- Allez-y, je vous écoute, je lui réponds dans un souffle, peut-être plus intimidée que je ne le croyais.

- Pas ici, elle me répond en mâchant ses mots, lançant un regard noir aux clients présents. Rejoins-moi au petit café en bas de la rue quand tu auras terminé. Et viens seule, elle hisse, les yeux bas et le dos raide.

Avant qu'elle n'amorce un mouvement vers la porte, mon cerveau décide d'arrêter de fonctionner et je m'approche encore plus près d'elle. Nos seins se frôlent, sa respiration se bloque dans sa gorge pour ensuite devenir saccadée. Je relève lentement la tête pour croiser son regard, et je dépose ma main sur la courbe fine que forme sa taille. Mon nez frôle le sien, fait frissonner son être tout en entier. Je sens ma bouche effleurer la sienne, et je me demande quel genre de magie peut produire une attirance aussi électrique et subite. Avant d'avoir le droit de réclamer ses superbes lèvres carmin, je me sens poussée doucement loin d'elle. Pas comme un rejet, non, plutôt comme un avertissement. Je la laisse quitter la boutique sans rien dire, en touchant mes lèvres pensivement. Qu'est-ce qu'elle me veut?

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C'était officiellement ma plus longue journée de travail depuis longtemps. Je verrouille la porte en sortant, puis prends quelques minutes pour respirer, pour me ramener à moi.

J'essaie de me rappeler qu'elle est une Mangemort, qu'elle a détruit la vie des gens que j'aime, qu'elle a tué des centaines de gens... Rien n'y fait. Mes pieds marchent seuls, comme possédés, vers un café non loin où je vais souvent passer mes dimanches matins.

Bien sûr, je pense à tout ce qui pourrait mal se passer en allant rencontrer une meurtrière en série qui m'attire de la sorte. Pourtant, je pousse tout de même la porte du petit resto sans aucune hésitation. Je ne me reconnais plus, et si je ne me savais pas en plein contrôle de moi-même, j'aurais été convaincu qu'elle avait utilisé sur moi un sortilège Impardonnable.

Je la retrouve dans un coin reculé et plutôt sombre du café. Elle sirote un expresso, le regard froid et un peu absent. Bellatrix remonte vers moi les prunelles étincelantes de ses yeux noirs, et me fixe jusqu'à ce que je m'assois en face d'elle, comme une lionne qui attend sa proie. Ses cheveux noirs tombent devant ses yeux, qui ont quitté mon visage pour nerveusement balayer la salle. Je ne peux m'empêcher de poser ma main sur la sienne, qui est glacée, pour tenter de la rassurer.

Elle me regarde intensément, mais laisse sa main sous la mienne quelques secondes. Puis, elle la retire dans un geste brusque, un peu comme celui d'un chat qui aurait été effrayé par un bruit sourd.

- Bellatrix, je crois que nous sommes seules, vous n'avez pas à vous inquiéter, je lui chuchote doucement, me flageolant mentalement pour ma voix mielleuse sortie d'outre tombe.

Elle hausse vers le ciel un noir sourcil inquisiteur, l'air de questionner mon état d'esprit et mon sens de la logique. Pour elle, toute semble une menace, un risque. Elle se penche au-dessus de la table pour se rapprocher de moi, et elle ose enfin m'adresser la parole de façon claire.

- Personne ne doit savoir que nous nous sommes vues, elle demande de façon impérative. Compris, Granger?

- Compris, je réponds, un peu déçue du retour de la dure Bellatrix. Je l'appréciais mieux troublée et nerveuse. Pourquoi vouliez-vous me parler, je questionne naïvement, bien que je sache très bien la raison de sa présence.

- Oh cesse de prétendre que tu ne sais rien, Miss Je-Sais-Tout!, elle s'exclame, comme si j'avais volontairement insulté son intelligence. Je suis ici pour parler de... De nous. Je ne comprends rien de ce qui se passe, je suis distraite, j'ai les idées ailleurs, je n'arrive même plus à me concentrer sur la plus simple des missions! Dis-moi, et ne me ment pas cette fois, ce que tu m'as fais? Si ce n'était pas un sort, c'était une potion, ou... ou... ou...

Elle cherche frénétiquement dans sa mémoire une technique qui m'aurait permis de la troubler à ce point, mais elle ne trouve strictement rien. Et c'est, bien évidemment, beaucoup plus facile de m'accuser de l'avoir ensorcelée que d'assumer ce qu'elle vit présentement.

- Vous voulez la vérité? Vous êtes certaine d'être prête à l'entendre?, je la nargue, convaincue que Bellatrix Lestrange n'a pas en elle le gène de l'acceptation.

- Oui!, elle hurle presque en me regardant, sa tasse d'expresso se fracassant violemment sur la petite table de fer forgé. C'est ce que je me tue à te dire! Qu'est-ce que tu m'as fais, misérable Sang-de-Bourbe!

Bien que blessée par l'utilisation de ce mot dégradant, je ne m'en formalise pas. Je ne m'attendais pas à une réaction autre que celle-ci. Je prends quelques secondes pour respirer et me calmer, puis je la fixe en laissant couler de ma bouche les mots qui auraient pu signifier la fin de mon existence.

- Je ne vous ai strictement rien fait. La vérité, elle vient de vous; vous êtes attirée par moi. Une fille de Moldus. Une Gryffondor. Une jeune femme de 16 ans. Une...

- La ferme, vermine! La ferme!

Son ton est hargneux, mais ses yeux, eux, sont apeurés. J'ai touché une corde sensible, semant en elle une goutte de vérité qu'elle a de la difficulté à avaler. Je rapproche ma chaise de la sienne, et pose ma main sur sa cuisse sans comprendre le courage qui m'habite de façon inexplicable.

- Tu es une impure, une race inférieure, une enfant, elle marmonne en me regardant, tentant de se convaincre plus que de me blesser. Et je ne te connais même pas, tu es une parfaite inconnue, l'ennemie! C'est impossible, je...

Je la coupe en posant mes doigts délicatement sur sa bouche pulpeuse et écarlate.

- Et je ne vous connais pas non plus, je chuchote doucement en retirant ma main. Mais j'aimerais beaucoup.

Ma confession se brise dans ma gorge, mais Bellatrix l'entend car elle relève mon visage d'une main ferme, plonge ses yeux dans les miens.

- D'accord. Essayons de se connaitre. Mais seulement parce que je suis curieuse, rien d'autre. Rejoins-moi demain soir à 19H au Chaudron Baveur. Et si tu parles de ceci à qui que se soit, j'étrangle tes parents et je noie tes amis, elle grogne à mon oreille, sa bouche frôlant dangereusement mon lobe sensible.

Elle se lève sans un regard derrière, la tête haute et la démarche altière. Je relâche un soupir de soulagement quand elle disparait de ma vision, la peur quittant mon corps. C'est mon premier rendez-vous avec une femme, et jamais je n'aurais cru qu'il serait accompagné d'une menace. Après tout, à quoi d'autre devais-je m'attendre en essayant de découvrir l'être qui se cachait derrière la forteresse de Bellatrix Lestrange?

Fin du FlashBack