Bonjour à vous et installez-vous confortablement pour la suite :)

Un grand merci aux personnes qui ont relu ce chapitre et m'ont aidé dans la correction et la rédaction : Sukhii et Noémie !

Bonne lecture !


CHAPITRE 3

« Une vérité au bout des doigts,

Une lampe entre les mâchoires,

Et ta tête tombe de son socle de rêves » Thiéfaine


« Tempus. » chuchota Harry.

Dix-neuf heures, il était temps.

Harry s'éloigna à regret de la Grande Salle, délaissant encore une fois Ron et Hermione.

Depuis leur escapade nocturne, Harry n'avait pu s'empêcher de remarquer que leur comportement était de plus en plus... explicite. Il était certain que ses amis sortaient ensemble, ou que ce n'était qu'une question de temps. Et il ne parvenait pas à s'en réjouir.

Enjambant maladroitement les larges dalles humides de l'extérieur du château, Harry se sentait tout de même honteux d'avoir ce genre de pensées. L'important était que ses amis soient heureux non ? Mais même quand il réussissait à faire taire sa jalousie, ce n'était que pour la remplacer par une extrême solitude.

Le vrai problème était que plus les années passaient, moins leur amitié lui paraissait solide.

Arrête de penser à ce genre de choses.

Ses pieds produisaient de petits pas feutrés dans l'herbe grasse du parc. Ce n'était pas la première fois qu'il n'allait pas manger, il était donc sûr que personne ne se demanderait où il pouvait bien être. Il marcha vers le sud en direction du lac, serrant sa cape en lin contre lui pour le réchauffer.

Une fois devant le hangar à bateaux, il remarqua dans l'obscurité Draco qui était assis sur les planches abîmées, ses chaussures à quelques centimètres de l'eau et de son reflet trouble.

Cette vision calma ses tourments et pour la première fois depuis plusieurs semaines, Harry se sentit serein. Il aimait voir son amant ainsi : paisible, et non pas méprisant comme il se devait de l'être en présence des autres élèves.

« Alors, tu voulais me voir ? » commença Draco tout en restant tourné vers les eaux profondes.

« Hm. Je suis désolé de m'être énervé la dernière fois. Je… » Harry souffla en secouant ses cheveux ébouriffés. « Je suis tout le temps sur les nerfs en ce moment. Mais je n'ai pas envie d'en parler. Juste… ne m'y force pas, et je serais plus calme. »

Les yeux gris perçants du Serpentard glissèrent sur les siens. Draco n'avait pas l'air ravi de cette réponse, mais il étira ses bras au-dessus de sa tête et sembla s'en accommoder.

« D'accord. Marché conclu. Mais je pense quand même que c'est une mauvaise idée, il va bien falloir que tu en parles à un moment ou à un autre. »

« J'ai parlé avec Snape » gloussa Harry, ce qui provoqua un haussement de sourcil typique chez Draco. « Tu avais raison, ton parrain peut ne pas être totalement désagréable. »

« Vous avez réussi à avoir une conversation… normale ? Sans vous insulter ? » s'étonna Draco.

« Hm, il me semble que quelques insultes ont volé, mais je crois que c'est la force de l'habitude » plaisanta Harry.

« Préviens Hagrid, ses hippogriffes doivent avoir des dents. »

Il sourit, revoyant la scène humiliante de troisième année où Draco s'était fait attaquer par Buck à cause de son arrogance.

Le clapotis de l'eau contre les poteaux en bois était agréable. Harry s'assit aux côtés de Draco et se laissa porter par cette douce mélodie. L'air était frais, mais il préférait mille fois être ici qu'étouffer dans le brouhaha de la Grande Salle.

« Ma mère m'a envoyé une lettre. Le Seigneur des Ténèbres gagne en puissance... Il commence à préparer des choses. »

« Ça t'inquiète ? » demanda Harry. Les allégeances de Draco restaient floues.

« Notre famille est au centre de tout ça. Si une guerre commence, on ne pourra pas y échapper. » répondit-il avec une voix qu'il réussissait avec peine à contrôler.

« Dumbledore pourra sûrement te proposer de l'aide. Et Snape aussi. » le rassura-t-il.

Draco eut un sourire moqueur et l'embrassa doucement sur le front.

« Vu comme il te protège toi, je ne sais pas si j'y gagne au change. Mais j'ai le grand Harry Potter à mes côtés ! » se moqua-t-il, « Qui de mieux qu'un bébé réduisant le plus grand mage noir en poussière pour veiller sur moi ? Tu es un porte-bonheur géant, et un Malefoy a besoin du meilleur en ce monde, alors tu me suffit. » conclut-il avec un clin d'œil.

Draco avait l'air d'y croire. Harry pensait être plus chanceux que puissant, mais le sourire du blond lui réchauffait le cœur.

« Et merde. » chuchota soudainement Draco. Harry se retourna pour comprendre ce qui était en train de se passer, et grimaça en voyant le professeur Snape se diriger vers eux à pas rapides.

« Pas encore… »

Harry ne devait pas être un porte-bonheur si efficace finalement.

Le rythme de l'homme faisait claquer son habituelle robe noire derrière lui, en dessous d'une longue cape en velours. Dans la noirceur de la soirée, seul son visage blafard était nettement visible, et il en aurait été effrayé s'il était encore un première année.

« Je commence à me lasser de vous trouver dans des lieux improbables. »

Harry ne savait pas à qui il s'adressait, mais vu le regard honteux de Draco, c'était visiblement à eux deux. Intéressant.

« Vous. » dit-il en désignant Harry, « Ne pensez pas être exempt de toute punition. Vos amis ont écopé d'une semaine de retenue pour votre petite escapade, et vous avez l'honneur d'avoir trois heures de plus avec moi, pour avoir osé voler un professeur. »

Pour la première fois, Harry pensa que cette punition n'était pas exagérée.

« Quant à vous monsieur Malefoy, je rallonge votre peine de deux soirs. Ce week-end. Je tacherais de vous faire récurer tellement de chaudrons que la seule pensée que vous aurez en sortant de ma classe sera de rester cloîtré dans votre lit. Espérons que cela vous fera passer l'envie de traîner dans les couloirs à n'importe quelle heure et d'écouter aux portes. »

Draco déglutit et Harry cacha un sourire moqueur.

Snape sembla d'un coup prendre conscience de leur présence rapprochée et pinça ses lèvres.

« Ne me dites pas que vous vous êtes battus. »

« Ce n'est pas le cas professeur. » assura Draco en se levant, les mains dans les poches. Snape plissa les yeux de méfiance.

Le sang-pur attendit que le professeur lui fasse signe de rentrer au château, et fila sans demander son reste.

Traître, pensa Harry.

« Remontez vos manches monsieur Potter. »

L'ordre claqua, sec. Harry ne put s'empêcher de sourire narquoisement en lui montrant ses poignets : il avait pensé à attacher son étui. L'objet n'était pas très confortable, mais à présent il ne parvenait plus à se sentir en sécurité lorsqu'il l'oubliait. En cas d'attaque, ça pourrait lui sauver la vie, il en avait bien conscience.

Snape afficha un air satisfait.

« Bien. Mettez-le tous les jours, ne me décevez pas. »

L'homme ouvrit à nouveau la bouche pour dire quelque chose, mais il se ravisa, préférant tendre son bras vers celui de Harry. Harry eu un mouvement de recul que son professeur commenta du regard — sans être Legilimens, Harry imaginait que ça voulait dire quelque chose comme ''Ne soyez pas stupide Potter, si j'avais voulu vous tuer je vous aurais jeté dans le lac'' — puis il le laissa approcher. Snape régla les sangles de l'étui pour le mettre dans l'autre sens, la pointe de la baguette du côté intérieur du bras.

« Ainsi vous pourrez attraper votre baguette si vous avez les mains attachées séparément, en pliant le poignet et en attrapant la baguette de la même main » l'informa l'ex-mangemort, qui eut l'air mal à l'aise. Sans doute avait-il une once d'empathie, cachée au fond de son crâne : implanter ce genre de pensées paranoïaques dans le cerveau d'un adolescent n'était pas très éthique, pensa Harry.

Maugrey en revanche, aurait approuvé.

« Que faisiez-vous avec Malefoy, monsieur Potter ? » lui demanda-t-il d'un ton soupçonneux, coupant court à ses pensées.

Là, on dirait vraiment Maugrey, se dit Harry. Il sentit l'adrénaline se déverser dans ses veines.

Que dire ?

On se bécotait m'sieur, n'était pas une bonne idée. On monte un camp de protestation contre Voldemort et Dumbledore, n'était guère mieux. Et la vérité, n'en parlons pas.

« On est tombé l'un sur l'autre par hasard. Et nous étions trop fatigués pour nous battre, professeur. »

Voilà, c'était assez crédible. Sa propre facilité à mentir avait toujours gêné Harry.

Le mensonge passa, et Harry put retourner au château après s'être fait rappeler ses horaires de retenues.

Il souffla, soulagé. Mais si ça continuait, leur secret finirait bien par être découvert un jour.


La petite fille tomba lourdement sur le sol. Ses cheveux roux étaient sales, et du sang coulait le long de sa gorge. Elle s'étouffait dedans, produisant des sons gutturaux, les yeux révulsés.

Harry ouvrit les bras et prit une grande inspiration satisfaite.

Cette odeur métallique le délectait.

Il tendit la main, ses doigts enroulés autour de sa baguette

« Ha ! » souffla Harry en se relevant brusquement, le corps en feu.

Où suis-je ? se demanda-t-il avec panique en attrapant sa baguette et la brandissant dans le vide, aveugle.

Harry ne reprit enfin ses esprits qu'après un temps qui lui parut monstrueusement long. Il tâtonna des doigts à la recherche du baldaquin qui enfermait son lit dans le noir et l'ouvrit maladroitement.

Son cauchemar lui avait donné la nausée et un profond mal de tête... et une joie étrangère qu'il ne s'expliquait pas.

Les jambes tremblotantes, il se leva pour prendre une douche mais n'eut pas le temps d'atteindre la cabine avant de vomir sur le sol de la salle de bains. Il détestait ça. Ses poings serrés sur ses cuisses, il étouffait et avait l'impression qu'il allait mourir à chaque poussée incontrôlable. Sa bile fut déversée sur le sol, et Harry se racla la gorge avant de lancer un récurvite.

Encore plus faible qu'au réveil, il se glissa dans une douche et fit couler de l'eau brûlante sur sa peau en grimaçant de douleur.

Qu'est-ce que c'était que ce rêve ? Il était soulagé de ne pas rêver du Cimetière ou des Dursley, mais il regrettait le cauchemar qu'il avait gagné en échange.

Rêver d'enfants morts, voilà une nouveauté. Et ce sentiment de plaisir qu'il avait ressenti…

Ça y est. Je suis fou. Depuis le temps qu'on me le prédit.

Le son immonde de la petite fille s'étouffant résonna à ses oreilles. Son estomac fit de nouveaux bonds dans son ventre, et ses jointures devinrent blanches tant il serra fort les doigts. L'esprit brumeux, il se dit avec amertume qu'il allait peut-être devoir quémander une nouvelle potion à son professeur, au train où allaient les choses.

Harry secoua la tête et tenta d'être fort. Il pouvait prendre sur lui. Il était encore tôt, il lui restait quelque temps de sommeil… Il repoussa son cauchemar en fond de son esprit et retourna se coucher dans ses draps trempés de sueur.


Deux heures plus tard, les Gryffondor étaient attablés dans la Grande Salle. Après ses difficultés nocturnes, Harry détonnait dans le groupe, affalé sur la table. Il avait besoin de se remplir le ventre.

« Sûrement un coup de Black » siffla Seamus à quelques places de lui.

Intrigué, il tourna la tête vers sa direction et essaya de comprendre le sujet de son agacement.

Seamus et d'autres élèves étaient penchés sur l'exemplaire du jour de la Gazette du Sorcier. Celle-ci affichait en gros titres : ''Une famille moldue assassinée d'un Impardonnable dans le Lancashire''

Une photo accompagnait l'article où il pouvait apercevoir des Aurors prendre des notes autour d'une petite fille, allongée auprès de ses parents morts.

Il se pencha en avant et arracha le journal des mains de Seamus. Sourd à ses protestations, il découvrit avec horreur l'article macabre :

''La famille, composée d'un père moldu, d'une mère sorcière, et d'enfants sorciers — selon les témoignages de leurs proches — a subi un acte de barbarie sans précédent. Il semblerait que seule la mère ait eu droit à une mort rapide. Le reste de la famille a été torturé de nombreuses heures sans aucun échappatoire, un sortilège de silence ayant visiblement été placé sur la maison pour couvrir leurs voix.

Le quartier étant mixte, les voisins sorciers déclarent n'avoir rien vu ou entendu de suspect. Les voisins moldus ont fait les mêmes déclarations, puis ont été soumis au sortilège d'oubliette comme le veut la législation en vigueur.

Rufus Scrimgeour, chef du département des Aurors, a déclaré qu'il prenait personnellement l'affaire au sérieux et que les coupables seraient rapidement punis pour leur crime sanguinaire.''

Refusant d'en lire d'avantage, Harry lâcha le journal et se força à prendre quelques bouchées de son fruit. Seamus le reprit avec un regard appuyé mais Harry l'ignora. Son rêve n'en était pas un. C'était la petite fille de son cauchemar. Cela ne pouvait vouloir dire qu'une chose, réalisa-t-il en pensant à Snape : il s'était rendu cette nuit dans la tête de Voldemort. Mais comment était-ce possible ?

Ron, Hermione, et même Snape avaient bien insisté sur le fait que devenir un Legilimens était une chose ardue. Ce n'était pas un acte qu'on pouvait accomplir sans le faire exprès, et encore moins sans un entraînement de plusieurs années. Et Harry était certain de ne pas être un naturel.

Pourtant, se dit-il en laissant son regard glisser vers la photo morbide, les preuves étaient bien là. D'une manière ou d'une autre, il avait espionné les pensées du plus puissant mage noir de ce siècle, et sans que celui-ci ne s'en rende compte.

Le regard de Seamus était plein de colère, et les autres élèves étaient soupçonneux face à son comportement impulsif. Même si ses amis étaient près de lui, il savait que c'était gênant pour eux de s'afficher ouvertement à ses côtés maintenant qu'il était une nouvelle fois indésirable, conséquence indirecte des soupçons de la gazette envers Dumbledore. Il n'allait pas aggraver son cas en parlant de sa vision... Ron et Hermione finiraient par croire qu'il était réellement dingue.

Non, il fallait garder ça pour lui.


Puisqu'il avait la tête ailleurs, il réussit durant la suite de la journée l'exploit d'exploser un des mannequins du cours de Sortilèges — qui ne put être réparé, malgré les tentatives de Flitwick —, de charcuter en petits morceaux son fameux bout de bois transformé en limace au lieu de le faire disparaître par magie, et lors du déjeuner Harry reçut un parchemin dans son assiette de la part du professeur Snape, qui lui rappelait à lui et ses amis qu'ils n'avaient pas intérêt à oublier leur retenue du jour.

Harry tenta tout de même, contemplant les trois fléreurs se prélassant sur la terre encore humide de l'enclos d'Hagrid. C'était une journée éprouvante et la perspective d'une retenue le soir avec Snape ne l'enchantait pas.

Le cours d'aujourd'hui portait sur ces belles créatures. Il put enfin constater la différence entre un réel fléreur et un demi-sang comme Pattenrond. Ils étaient plus fins, mais plus grands, avec de larges oreilles démesurées et possédaient une longue queue de lion. Leurs grands yeux brillants d'intelligence le mettait quelque peu mal à l'aise.

« Quelqu'un peut m'rappeler la particularité des fléreurs ? Hermione ? » demanda Hagrid de son habituel ton bourru.

« Ils sont capables de détecter un sorcier peu recommandable à coup sûr » affirma-t-elle en caressant un des fléreurs qui devait être attiré par l'odeur de Pattenrond présente partout sur elle.

« Cinq points pour Gryffondor ! Les fléreurs font mieux que ça, ils peuvent détecter n'importe quelle créature mal intentionnée, humaine ou non. » rajouta Hagrid en secouant une clochette au-dessus des petites créatures. « Depuis la mise en place du Code International du Secret Magique, les fléreurs ne s'approchent plus des humains. Ils savent qu'il y a trop de risques qu'ils finissent capturés, 'sont pas bêtes. Mais on peut aussi observer leur comportement méfiant envers d'autres créatures magiques. Et ils ne s'approchent pas des licornes, mais personne ne sait pourquoi. »

Surpris, Harry nota ce fait dans ses notes. Les fléreurs avaient l'air d'être des animaux de compagnie très agréables quand ils décidaient de le devenir. Néanmoins, aucun fléreur ne s'approcha de lui de toute l'heure.

Il se demanda avec ironie si les fléreurs aussi lisaient la gazette du sorcier.

« Vous avez tous déjà vu un fléreur avant, puisque Miss Teigne en est une en partie. Vous savez que les fléreurs peuvent à la fois repérer les personnes mauvaises et les personnes qui souhaitent juste enfreindre le règlement. » dit-il en souriant.

Il ne souhaitait pas enfreindre le règlement dans l'immédiat. Devait-il en conclure qu'il était une mauvaise personne ? Harry continua d'écrire le cours dans son carnet, tête baissée. Les créatures allaient auprès de tout le monde, Draco y compris, sauf lui. Ainsi, Pattenrond ne le détestait peut-être pas juste parce qu'il était un chat au mauvais caractère, peut-être que c'était son sang de fléreur qui lui conseillait de se tenir éloigné.

Et ses camarades le regardaient maintenant avec un air suspect de plus en plus affirmé.

A la fin du cours, Hagrid s'installa à ses côtés pendant que les autres élèves continuaient de jouer avec les fléreurs.

« Tu te sens bien Harry ? J'ai remarqué que tu étais souvent dans la lune. »

Devant l'habituelle tendresse du demi-géant, des larmes de gratitude manquèrent de perler aux coins de ses yeux. Hagrid avait été son premier ami. Son entrée dans le monde sorcier. Il pouvait être en colère contre la terre entière, mais pas contre lui.

« Ce sont les fléreurs ? Tu sais, je pense que c'est ton humeur triste qui les fait fuir ! » essaya de le rassurer Hagrid.

Tripotant l'herbe par nervosité, Harry trouva le courage de relever la tête vers son professeur et de lui lancer un sourire.

« Oui, tu dois avoir raison ! »

Quelques jours plus tôt, il y aurait cru, mais avec le cauchemar de la veille et la joie qu'il avait ressenti, il n'était plus sûr de rien. Seamus avait peut-être raison.

Non, se dit-il en balayant ces pensées dérangeantes, Seamus était un idiot crédule incapable d'admettre la réalité parce qu'elle lui faisait peur. Voilà tout.

Et c'est sur ce jugement faiblement rassurant qu'Harry fila en Botanique.


A la fin de la journée, Harry, Ron, et Hermione se rendirent en traînant des pieds dans la salle de classe de leur professeur de potions pour leur retenue. Et sur toute la longueur du château, Ron semblait déterminé à râler le plus possible.

« Saleté de chauve-souris graisseuse. Cet abruti est une sorte de détraqueur : il se nourrit de la souffrance de ses étudiants. »

« T'exagères pas un peu ? Une semaine de retenue, ça va encore. »

« Ça va? Non mais tu t'entends parler Mione ? »

Ils s'engagèrent dans le petit escalier à droite du grand escalier principal. Harry se sentait mieux de marche en marche. Plus il s'enfonçait dans les profondeurs du château, plus la lumière était faible, et plus il se sentait en sécurité, comme dans une tanière. La lumière forte aggravait ses migraines.

« Je préfère être punie une semaine que de voir nos points baisser. Tu imagines l'image que ça donne, deux préfets qui font perdre des points à leur maison ? » répliqua Hermione.

« Mais tu les aurais tous rattrapés en une journée de cours ! » la flatta Ron. Hermione rougit et frappa sans conviction le bras de son ami. Ou petit-ami. Il faudrait qu'Harry prenne son courage à deux mains et leur pose la question, un de ces jours.

A peine eut-il le temps de toquer à la porte de la salle de classe que la voix forte de Snape leur ordonna d'entrer sans plus attendre.

La salle était déjà préparée pour eux.

« Miss Granger, vous avez quarante copies de premières années à corriger. » dit-il en désignant un tas de feuille posé sur la paillasse la plus éloignée de son bureau, « Mr Potter, j'ai reçu un nouveau stock d'ingrédients ce matin. Vous allez me les trier par type de plantes. » Harry observa les cartons visiblement très remplis. « Quant à vous Mr Weasley, certains de mes pots sont passés de date. Vous allez m'en récurer chaque bocal... ce sera à votre niveau. »

L'insulte était sèche, et Ron serra les dents. Harry fut pris de pitié pour la tâche ingrate de son meilleur ami, mais il n'allait pas se plaindre : son travail à lui n'était pas salissant, alors il n'allait pas risquer d'énerver son professeur.

C'est sur ces pensées que Ron qualifierait sûrement de 'serpentardes' que Harry s'attela à la tâche.

Il n'était peut-être pas bon en potions, mais il savait tout de même reconnaître la plupart des ingrédients. Ils les manipulait depuis des années : armoise, gingembre, dictame, sauge… autant de plantes qu'il pouvait nommer. Seule une fleur, jaune et tachetée, remplie de noir en son centre, lui était inconnue.

Haussant les épaules — il ne se risquerait pas à poser la question, Snape le traiterait d'incompétent et l'enverrait récurer des chaudrons — il sépara avec plus ou moins d'aisance les plantes séchées.

Il fut souvent tiré de sa concentration par les soupirs d'Hermione. Celle-ci corrigeait les copies avec les sourcils froncés et l'air sévère, secouant ses cheveux crépus pour canaliser son agacement. Harry eut un petit sourire : elle semblait prête à prendre la relève de leur professeur !

Quant à lui, à chaque fois qu'il lui semblait venir à bout de son tri, il retrouvait toujours plus de plantes au fond de ses cartons. Il soupçonnait Snape de l'avoir ensorcelé pour qu'il ne finisse jamais son travail et qu'il puisse être certain de pouvoir l'engueuler.

Harry leva les yeux vers son professeur. Il était concentré au-dessus d'un chaudron, et s'était attaché les cheveux en un court chignon fonctionnel. Il ne se les était pas coupés de l'été, nota Harry. La potion en préparation avait l'air d'être complexe, vu les épais sourcils froncés de l'homme. En tant que Maître des Potions, il était rare de le voir ainsi. Peut-être était-ce une nouvelle création de son professeur ?

Harry se perdit dans son esprit, laissant ses mains effectuer machinalement le tri en rêvant éveillé de sorts pour cheveux gras, de potions d'amabilité, et d'autres inventions loufoques. Il s'était tellement perdu qu'il fut très surpris quand Snape se leva pour vérifier leur travail.

« Je m'attendais à une catastrophe, je suis déçu. » dit-il en arrivant à sa hauteur. Ce devait-être l'équivalent d'un compliment dans la langue snapienne. « Demain, même heure, ne soyez pas en retard. »

Harry manqua presque le coup d'œil que Snape jeta à son bras. Il allait donc vérifier chaque jour qu'il portait bien sa baguette ? Il n'osait imaginer le nombre d'heures de retenue qui l'attendait si un jour il l'oubliait.

« Ne traînez pas dans les couloirs, je ne tiens pas à être tenu responsable si vous décidiez de vous lancer dans une nouvelle escapade inconsciente. »

Ron, dont le visage n'était pas visible par son professeur, lui fit une grimace enfantine et Harry eut du mal à ne pas pouffer.

Une fois dans les donjons, les trois amis libérèrent le souffle qu'ils n'avaient pas conscience de retenir.

« Ça va, c'est passé vite finalement ! » lança Harry.

« Parle pour toi. J'ai les mains rouges à force d'avoir gratté ses bocaux dégueulasses ! » s'exclama Ron.

« Et les copies des premières années étaient affreuses ! On dirait qu'ils n'ont jamais vu une seule potion de leur vie ! Je vais finir par comprendre le professeur Snape s'il doit corriger des copies comme celles-ci tous les soirs. » Son regard était si sérieux que Ron eut une grimace d'horreur en l'écoutant. Puis elle laissa échapper un petit sourire et gloussa.

Le trio dû franchir péniblement les sept longs étages qui menaient à la tour de Gryffondor, sous le regard des centaines de portraits collés aux murs.

« Tu viens ? On doit finir le devoir de Botanique. » dit Hermione en l'invitant à s'asseoir devant la cheminée.

« Je l'ai fini. » répondit-il, mais il s'assit quand même. Il n'avait pas envie de les laisser seuls. Harry tentait de se convaincre que s'il jouait les chaperons, le couple de Ron et Hermione mourrait dans l'œuf.

Une petite voix dans sa tête — qui ressemblait un peu trop à celle de Snape — lui fit savoir qu'il se pensait plus important que le bonheur de ses amis, qu'il était une diva incapable de gérer sa mise à l'écart.

Il l'ignora copieusement.

Toc toc.

Harry releva la tête vers la fenêtre embuée. Une silhouette fantomatique cognait son bec contre la vitre. Il se leva pour lui ouvrir, s'attendant à voir Hedwige, mais ce fut une majestueuse chouette effraie qui lui fit face. Il déglutit en voyant son visage si près du sien. Ce genre de chouettes lui avait toujours fait peur.

« Eh, c'est Frigg ! » Dit Ron en souriant, « C'est la chouette de Sir-Sniffle ! » se reprit-il.

Maintenant inquiet, Harry se demanda quelle était la raison qui avait poussé son parrain à lui envoyer une lettre maintenant. Il aurait eu largement le temps de le faire plus tôt. Remus avait beau avoir tenté de le réconforter et de lui assurer que Sirius n'était en aucun cas fâché contre lui, Harry avait du mal à y croire.

La main tremblante, il détacha la lettre de la patte que lui tendait la chouette. Il garda son visage éloigné, au cas-où.

« Alors alors, il dit quoi ? » demanda le rouquin en tentant de lire par-dessus son épaule.

Harry eu brusquement une furieuse envie de remettre Ron à sa place et de lui siffler que ce n'était pas ses affaires. La colère montait sans prévenir dans son esprit sans qu'il ne comprenne pourquoi. Voyant le regard inquiet de ses amis, il réalisa que c'était disproportionné.

Mais qu'est-ce qui m'arrive ?

Hermione, sans le quitter des yeux, tira Ron par le bras.

« Je pense que Harry veut lire sa lettre en privé, Ron. Viens. »

Elle lui offrit un sourire timide, mais Harry sentait bien qu'elle ne savait pas comment réagir face à son attitude ambivalente : une seconde aimable, la suivante colérique, il comprenait maintenant pourquoi les autres écoutaient les rumeurs… il confirmait toutes les choses horribles que disait la gazette à son sujet.

Il soupira un petit désolé, mais il ne sut pas s'il fut entendu.

La chouette, Frigg, hulula de mécontentement.

« Oui oui, ça vient… » rouspéta-t-il en déroulant son parchemin. Sous la douce lumière du feu de cheminée, il commença sa lecture.

''Harry,

Remus m'a parlé. Il m'a dit que tu pensais que j'étais fâché contre toi ? D'où t'as tiré cette idée ?

Je pensais que c'est toi qui m'en voudrais pour… tu sais, ne pas avoir réussi à convaincre Sorbet-citron de te faire venir à Londres. J'ai tout essayé, je l'ai même menacé de virer tout le monde et d'aller se trouver un autre quartier général. Mais tu sais à quel point il peut être convaincant.

Et Lunard m'a dit que virer le vieux fou ne te ferait pas venir plus vite.

Il a toujours été la voix de la raison n'est-ce pas ?

Je serais près de la cheminée tous les soirs de la semaine, viens me parler quand tu auras le temps.

Sniffle.''

Au fur et à mesure de sa lecture, un grand sourire était venu réchauffer le visage de Harry. ''Sorbet-citron'' ? Sirius avait osé ? Soit son parrain avait toujours été aussi insolent — ce dont il ne doutait pas —, soit Azkaban avait fait de sérieux dégâts — ce dont il commençait à être certain.

Évaluant qu'il ne lui restait qu'une heure avant que tout le monde ne soit couché, il s'installa en tailleur face à l'âtre et attendit le moment où il pourrait parler à Sirius. Harry accueillit la chaleur presque trop forte du feu caressant sa peau. S'il fermait les yeux, c'était comme être au soleil. Son petit corps frêle appréciait beaucoup.

Il se surprit à s'allonger à demi, comme un chat, ronronnant presque... il s'endormit.


C'était exactement une heure plus tard qu'il fut tiré de son sommeil par un chuchotement.

« Harry ! Réveille-toi. »

Il ouvrit paresseusement les yeux, et vit que les flammes n'avaient pas leur apparence habituelle : Sirius était dedans. Se redressant d'un bond, Harry se pencha vers le feu avec un sourire timide.

« Sirius ! »

« Éloigne-toi, tu vas brûler ton affreuse tignasse. » plaisanta son parrain.

Instantanément, un des poids qui pesaient dans la poitrine de Harry tomba sur le tapis : Sirius n'était pas fâché. Sirius souriait. C'était comme revivre, comme avoir chaud à l'intérieur.

« Alors, comment ça va gamin ? »

La vue de Harry se brouilla, mais son sourire était grand.

« Bien, et toi ? Il parait que tu n'as pas le droit de sortir ? »

« Quel dommage hein, mais Sniffle ne se fait pas gronder, contrairement à moi ! » révéla Sirius avec un clin d'œil. Harry aurait dû s'inquiéter, ce que faisait Sirius était dangereux. Mais cette pensée lui rappelait trop la paranoïa de Fol-Œil et Snape, alors il choisit de passer outre.

« Il parait que tu avais peur que je sois en colère contre toi ? Tu me racontes un petit peu tout ça ? » demanda l'ancien prisonnier d'une voix encourageante.

« Tu sais, avec le retour de Voldemort… J'ai déjà laissé fuir Pettigrow la première fois, et au cimetière je n'ai pas cherché à le… »

« A le quoi ? Le tuer ? Tu n'es qu'un enfant Harry. Je ne te demanderai jamais de tuer quelqu'un. » dit Sirius en riant.

« Remus a une bonne influence sur toi on dirait. » le taquina Harry, plus pour cacher sa gêne qu'autre chose.

Un petit silence embarrassant plana.

« Et c'est tout ? C'est ça qui t'as empêché de me parler de tout l'été ? »

« Non. Je… Je pensais que tu m'en voudrais. C'est à cause de moi que Voldemort est de retour. C'est mon sang qui… Et Cédric qui est mort, et- »

Harry arrêta de parler. Il sentait un flot puissant dans son esprit qui frappait contre son crâne, ne demandant qu'à sortir. Comme si un barrage pouvait l'aider en quoi que ce soit, il garda la bouche close.

« Tu en as parlé à Dumbledore ? Il t'a expliqué que rien de tout ça n'était de ta faute, n'est-ce pas ? Même un Auror confirmé n'aurait rien pu faire face à lui et ses larbins. Tu n'avais aucune chance de- »

« Je SAIS. » ne put s'empêcher d'exploser Harry. Sirius le regarda maintenant d'une manière étrange. Inquiète et à la fois triste. Harry se mordit la lèvre, désolé d'avoir crié. Mais Sirius n'eut pas d'autre réaction que de se frictionner les cheveux qui se confondaient avec les flammes.

« Harry. Il faut que tu parles à Remus. Il faut que quelqu'un te fasse sortir tout ça. Je ne suis pas pédagogue, tu me connais, Remus est patient et il dit bien les choses, il faut que tu lui parles. »

En son for intérieur, Harry savait que son parrain avait raison. Comme Remus. Comme McGonagall. Comme tout le monde. Mais il ne pouvait pas parler. Il ne pouvait pas accepter ce genre de choses.

Un autre poids, lui aussi appuyant sur sa poitrine, prit un peu plus de place et s'installa confortablement entre ses côtes. Combien y en avait-il ?

Ses lèvres semblaient cousues.


Sirius avait dû faire part de leur discussion à Remus, puisque celui-ci avait tenté de lui parler durant toute la semaine. Harry l'avait esquivé au mieux, se sentant tout de même coupable de snober son presque-parrain. Mais si seulement ce dernier le laissait tranquille...

Draco quant à lui, avait bien respecté sa part du marché et n'avait pas insisté pour que Harry lui révèle ce qu'il se passait dans sa tête. Ils parlaient de tout et de rien, riant encore parfois, mais jamais bien fort, et faisaient l'amour de manière presque désespérée. Quand ils se voyaient, il y avait des non-dits, mais d'un accord tacite, tous deux faisaient comme si le reste du monde ne s'approchait pas de la guerre. Ils ne parlaient pas de ce que disaient les journaux, ils ne parlaient pas des visions de Harry, ils ne parlaient pas de la famille de Draco. Ils se fondaient seulement l'un dans l'autre dans l'espoir de tout oublier.

Harry était en train de se rendre machinalement à son avant-avant dernière retenue avec Snape. Il tenait le compte.

Ron et Hermione avait fini leur part, et Harry allait devoir rester seul et calme avec son professeur. Sa cicatrice le démangeait depuis le matin, mais son mal de tête restait supportable... Harry devrait pouvoir tenir, si Snape ne le provoquait pas.

Il retroussa sa manche trop longue pour toquer à la porte et entra.

« En retard, Potter. » dit une voix traînante.

Interloqué, le regard de Harry était fixé sur la paillasse en face du bureau. Il s'était attendu à voir des ingrédients à trier, des fioles à étiqueter, ou d'autres corvées de ce type que lui avait refourgué son professeur durant la semaine, mais à la place était posé un chaudron.

« Fermez la bouche, un lutin y rentrerait. Bien. Mme Pomfresh m'a commandé un nouveau stock de pimentine. Vous vous doutez bien que je n'ai pas le temps, j'ai mes propres potions à brasser. J'ai pu constater cette semaine que votre niveau n'était pas si catastrophique lorsque vous étiez concentré. »

Harry se retint de le corriger par ''lorsque vous n'êtes pas dans mes pattes vous voulez dire''. Difficilement.

« Il est donc temps de me montrer votre réel niveau. Vous avez la soirée pour réaliser deux chaudrons. A vous d'évaluer votre temps. Je ne vous distrairai pas, mais vous ne me poserez aucune question : c'est une potion simple que vous avez déjà étudiée. »

Par cet exercice, Snape semblait officialiser la trêve tacite qui existait entre eux depuis le retour de Voldemort. Harry décida donc de jouer le jeu et de profiter de l'occasion pour prouver qu'il était capable de maîtriser son impulsivité.

Jetant un tempus, il fit un rapide calcul angoissé : il ne pourrait pas brasser deux chaudrons avant la fin de la retenue, c'était trop difficile. Hermione aurait peut-être pu, mais Harry avait besoin de vérifier sans cesse son manuel, de peur de se tromper de ligne et de faire n'importe quoi !

Il prit une grande inspiration. Sur sa paillasse étaient disposés les ingrédients nécessaires, basiques, et un parchemin très succin des différentes étapes. Il allait devoir fouiller dans sa mémoire pour se souvenir de la bonne manière d'écraser tel ingrédient, du nombre de tours de baguette à faire, et de plein d'autres détails.

Mais Snape avait l'air de penser qu'il pouvait y arriver, et Harry avait fait cette potion plusieurs fois….

Se mordant la lèvre, il se mit donc au travail.

Harry hacha, broya, et mélangea, de la main gauche et de la droite pour essayer de finir les deux chaudrons en même temps. Sa concentration était intense et il ne put jamais la relâcher.

Le temps fila, et quand la potion prit une couleur rouge et une odeur épicée qui lui chatouilla la gorge, il releva les yeux vers Snape qui l'observait derrière son bureau.

« Bien. Comment vous sentez-vous ? »

Harry hésita avant de répondre. Il se sentait bien. Vraiment. Sa tête était vidée de toute pensée désagréable, puisqu'il avait été concentré sur une tâche ardue pendant deux heures. Il se sentait vidé, mais de la bonne manière... comme après un entraînement de Quidditch.

Il ne donna pas de réponse orale, mais il offrit un sourire sincèrement reconnaissant à son professeur.

Cette nuit pour la première fois depuis plusieurs semaines il dormit profondément, et de nombreuses heures.


J'espère que ce chapitre vous a plu !

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A bientôt :)