Échange
Flash back
En me réveillant le lendemain matin, je ressens une impression d'irréalité. Je me sens dans une bulle de bonheur, incomparable à tout autre expérience; mon corps est détendu et ma tête flotte comme sur un nuage. Je souris, les yeux encore fermés après une nuit de sommeil reposante, et j'étire mon bras gauche pour tenter de ramener le corps de Bellatrix contre le mien. Je ne rencontre que la fraîcheur des draps, probablement abandonnés depuis longtemps. Je me redresse, un peu inquiète, mais je suis immédiatement rassurée par des bruits provenant du rez-de-chaussée. J'enfile en vitesse une nuisette en soie framboise qui traîne sur une chaise non loin du lit, et je m'aventure dans les couloirs du Manoir des Black.
J'ai un peu perdu la notion du temps, mais je sais que j'ai emprunté au moins deux escaliers menant à d'autres étages avant de trouver celui qui me guide vers Bellatrix. J'entends de l'eau couler, et j'en suis le son, qui me mène vers une énorme cuisine de marbre, probablement plus grande que mon entière maison. La belle sorcière me tourne le dos, devant un large évier en porcelaine. Je m'appuie sur le cadre de la porte avec la ferme décision de l'observer un peu avant de lui faire sentir ma présence. Ma maîtresse se verse un verre d'eau, qu'elle avale à grandes gorgées. Elle lance ensuite le verre avec force dans l'évier, et le fracassement me fait comprendre qu'elle a du le briser. Ses mains sont crispées de chaque côté de l'évier, je vois également le haut de son dos se tendre. Bellatrix abat son poing avec violence contre un comptoir, et étrangle un sanglot. Elle se retourne sans penser être observée, essuyant du revers de la main des larmes qu'elle semble vouloir refouler. Elle lève ses beaux yeux noirs vers moi, me voit enfin et fige complètement. Elle est magnifique, une longue robe de chambre en satin recouvrant son corps nu. Ses cheveux en bataille sont retenus en un haut chignon, d'où quelques mèches s'échappent pour encadrer son visage aux traits fins. Je suis aussi figée qu'elle, je ne sais pas comment réagir devant l'émotivité de ce moment d'intimité que je lui ai, en quelque sorte, volé. Je m'approche d'elle lentement, mais je laisse une bonne distance entre nous, par respect.
- Bellatrix, je m'excuse, je ne voulais pas te surprendre..., je murmure en cherchant ses yeux, qu'elle me refuse en fuyant mon regard.
Elle ferme les yeux un instant, comme pour se redonner une impression de contrôle, et elle marche résolument vers la sortie de la cuisine. Elle tente de passer à côté de moi comme si je n'étais pas là, mais un courage soudain surgit en moi. Je l'agrippe par la taille pour l'empêcher d'aller plus loin.
- Regarde-moi, je lui ordonne d'une voix pleine d'autorité.
La Mangemort lève ses yeux vers moi, des yeux qui étaient vulnérables mais qui se sont durcit. Je frissonne momentanément; en quelques secondes, elle s'est transformée en Bellatrix Lestrange, celle qui nous poursuivait avec hargne au Ministère. Pourtant, la peur qui me gagne est bien vite remplacée par un autre sentiment, beaucoup plus doux, qui me confirme que je ferai preuve de patience avec elle, de tolérance. J'ai vu qui elle est réellement, et c'est un souvenir d'elle qu'elle ne peut pas me prendre. Je maintiens la position de mes mains contre sa taille, et j'affronte son attitude de femme dangereuse.
- Tu peux essayer de t'enfermer dans ton personnage, Bellatrix... Je t'ai vue, toi. Et j'ai bien l'intention de rester pour te découvrir, je lui confesse en posant un chaste baiser contre ses lèvres pincées. Elle se détend un peu, me rend mon baiser en pressant ensemble nos corps tremblant.
- C'est justement ça qui me fait peur, Hermione, elle me confesse d'une voix étranglée par une émotion ni assumée, ni contrôlée. Je n'aurais jamais dû te faire l'amour... Je vais m'attacher, et c'est dangereux pour toi. Je te ressens déjà dans ma signature magique, je t'ai fais mienne et je le sais.
- Alors laisse-moi te faire mienne, je lui demande avec insistance.
Je l'embrasse pour l'empêcher de réfléchir, de s'inquiéter pour rien. De s'enfermer dans ses peurs qui, bien que réelles, ne font que la ramener dans un état mental si fragile qu'il en devient dangereux. Dangereux pour elle, qui auto-sabote toute possibilité de futur, par crainte du bonheur. Par crainte de perdre ce bonheur, surtout. Je glisse une main à l'ouverture de sa robe de chambre, que j'ouvre d'une caresse entre ses seins. Son corps magnifique m'est révélé, encore plus pur dans la lumière du matin. Je la sens immédiatement se raidir et reculer jusqu'à presque s'asseoir sur la table de la cuisine. Ses grands yeux noirs sont redevenus un océan de vulnérabilité, qui me supplient d'arrêter. Ce que je fais, évidemment. Je m'approche d'elle pour nouer sa robe de chambre, et caresser sa joue porcelaine.
- Hermione, ce n'est pas toi, elle me rassure en prenant ma main dans la sienne.
- Je vais attendre, et longtemps si nécessaire, je réponds doucement en embrassant sa main pâle. Son sourire légèrement timide mais reconnaissant me confirme ma place à ses côtés en ce moment.
Fin du flash back
Nous nous réveillons après quelques heures de précieux sommeil, ce que ni l'une ni l'autre n'avons eu récemment. Je suis étonnée de m'être laissée aller ainsi dans les quartiers généraux des Mangemorts, mais je me rappelle que c'est parce que Bellatrix est là. Elle mourrait avant de laisser quelque chose m'arriver, et je le sais trop bien. Je caresse son front doucement, la regardant sortir du sommeil. Je la trouve attendrissante, avec ses imperfections et sa vulnérabilité. Attendrissante avec ses peurs, ses cicatrices et ses sourires magnifiques qu'elle m'offre quand je suis prêt d'elle.
- Hermione, elle me souffle à l'oreille en embrassant mon cou dénudé. Merci d'être revenue.
- C'était plus fort que moi, Bella, je lui réponds en caressant mon nez contre le sien. J'ai peur aussi, mais je t'aime. Et je vais arrêter de le fuir.
Ses yeux se remplissent d'eau, c'est la première fois que je lui confesse directement mon amour. Elle me l'a pourtant dit de nombreuses fois, et je la serrais contre moi de toutes mes forces pour lui confirmer que j'étais également attachée à elle. Sauf que j'étais incapable de le lui dire. Incapable de l'assumer, par crainte de ce que cela impliquait. Par crainte d'avoir à choisir entre elle et mes amis les plus chers. Bellatrix laisse librement couler ses larmes et m'embrasse doucement, comme une tentative de réconciliation que je sens déjà amorcée. Je sens qu'elle me pardonne mon abandon, ma fuite, grâce à ces trois petits mots.
Après avoir ensemble discuté de la suite, de comment agir, nous nous séparons à regret, sachant très bien que chacune doit encore continuer à jouer son rôle dans les camps adverses. Car ce n'est pas en s'unissant contre tous en plein milieu d'une guerre que nous en ressortirons vivantes. Non, le mieux, c'est d'attendre que tout se calme pour enfin vivre une vie à deux. En essayant, bien sûr, de survivre jusque là.
Merci pour votre patience, toujours aussi heureuse d'écrire pour vous!
AB xxxx
