Merci beaucoup à Noémie ! J'espère que cette suite va vous plaire :)

Bonne lecture !


CHAPITRE 4

"La nuit est sombre et pleine de terreurs." Le Trône de Fer


Octobre, mois discret, s'était fait sa petite place sans qu'on s'en rende bien compte, et avec lui était arrivée l'effervescence toute sorcière de l'approche des premières fêtes. La nouvelle année du monde sorcier se déroulait toute la semaine du 31 : trois jours avant, trois jours après.

Des lampions flottaient dans les airs, tous les couloirs étaient recouverts de guirlandes aux couleurs chatoyantes, la chorale s'entraînait dans les grands escaliers — bonne résonance, apparemment —, et il régnait une atmosphère singulière que Harry n'avait jamais ressentie ailleurs.

Hermione lui avait expliqué qu'il était écrit dans l'histoire de Poudlard que le château était construit sur un ancien lieu de culte sorcier. D'après elle, c'est cela qui donnait cette magie électrisante unique aux fêtes.

Harry, comme ses camarades, aurait dû se sentir euphorique. D'autant plus que Poudlard offrait toujours des célébrations grandioses, chaque année différentes.

Mais le cœur de Harry n'était pas à la fête, non.

Parce qu'il était dans le bureau de Snape, en train de brasser son troisième chaudron, pour leur dernière retenue. Et Snape n'était pas de bonne humeur.

Il avait l'air agité. Il semblait réfléchir intensément sans parvenir à trouver de réponse. Harry ne l'avait que rarement vu dans un tel état, lui qui se maîtrisait d'ordinaire parfaitement. La tension palpable de son professeur l'empêchait de se concentrer, et il aurait bien aimé pouvoir finir sa potion...

« Monsieur ? » osa demander Harry, moins timide qu'à son habitude. La trêve entre eux commençait à bien s'installer. Snape n'aimait pas enseigner et n'avait donc aucune patience avec ses élèves, et comme Harry l'avait compris, le monde sorcier avait quelques décennies de retard sur la pédagogie moldue… alors il était agréable d'être enfin traité comme un simple être humain.

Ce qui, puisqu'il était tout de même question de Snape, n'était pas non plus de tout repos.

« Quoi ?! »

Harry leva les mains comme pour dire ''Oh mais moi je demande hein, si c'est pour être désagréable démerdez-vous !'', puisque Snape semblait tolérer l'impertinence non-verbale.

Son professeur le brûla du regard. Harry ne savait pas comment interpréter son humeur instable depuis plusieurs jours. Snape allait-il lui hurler dessus ? Lui faire savoir à quel point il était idiot ? Ou le renvoyer dans son dortoir ?

Étrangement, c'était cette dernière option qui le dérangeait le plus. Harry ne voulait pas rentrer. Il était bien ici, dans les cachots.

« Vous ne sentez donc rien ? » cracha l'homme en frappant ses poings sur son bureau. « Et tout le monde dit que vous êtes un sorcier puissant. » rajouta-t-il avec une touche de mépris dans la voix.

Harry ne s'énerva pas, il sentait que Snape n'était pas volontairement désagréable. Il avait remarqué la souffrance apparente de son professeur, qui était en ce moment comme un animal blessé mordant sans réfléchir. Il avait comme outil de comparaison Vernon, qui cherchait à lui faire mal, par sadisme. Snape était plus… handicapé socialement.

Alors il décida d'inspirer et de rester calme.

« Qu'est-ce que je devrais sentir ? Professeur. » rajouta-t-il rapidement.

« La magie ! Elle est partout autour de nous ! En cette période c'en est presque insupportable, elle cherche à rentrer dans la nôtre ! »

Le visage de Harry était une illustration parfaite de la perplexité.

Frustré de ne pas être compris — ce que l'homme semblait détester —, Snape se rapprocha de lui, et Harry distingua la lueur fiévreuse présente dans ses yeux.

« La période de Samhain est une période hors du temps. Ce n'est ni la saison claire, ni la saison sombre, c'est un trou dans l'année. Une ellipse. N'avez-vous pas remarqué comme les fantômes sont moins translucides, comme ils sont plus présents ? N'avez-vous pas remarqué que les animaux ont un comportement étrange ? Ne sentez-vous pas une magie étrangère qui transperce vos veines ? »

La première pensée de Harry fut de croire que Snape était fou. Puis, il se souvint que pour lui, le monde sorcier était encore comme une galaxie inconnue. Il connaissait sa planète, mais n'avait aucune idée de ce qui gravitait autour. Alors, il s'autorisa à douter.

Et c'était vrai que les fantômes étaient différents de l'ordinaire.

« Potter. Vous devez sentir ce genre de choses. Vous n'êtes pas n'importe qui. C'est parce que vous avez grandi dans le monde moldu que vous ne ressentez pas tout cela naturellement. »

Le visage de Snape était maintenant tellement près qu'il pouvait voir son reflet dans ses yeux noirs.

« Fermez les paupières et faites ce que je dis. » le pressa-t-il.

Harry fixa son professeur quelques secondes, pas tout à fait certain de la bonne conduite à suivre. Mais il sentait sa baguette brûlante attachée à son poignet, et pouvait la toucher du bout des doigts. Il était en relative sécurité. Détournant le regard de son chaudron barbotant, il ferma les yeux et écouta la voix de son professeur.

« Visualisez votre magie comme étant une source lumineuse dans votre torse. »

Jusque-là, c'était facile. Il pouvait en effet sentir sa magie pulser et se répandre dans tout son corps, comme un deuxième cœur. Il sentait même de petites étincelles circuler entre sa baguette et ses ongles.

Se concentrant plus fort encore, il sentit la propre source de son professeur, bien plus dense que la sienne. Différente. Bouillante et glacée à la fois. Comme l'incendie d'une forêt scandinave.

Et, quelque part autour de lui, il perçut enfin quelque chose d'étrange. Comme un bourdonnement.

C'était... comme lorsque l'on marche et respire sans se poser de questions, jusqu'à découvrir à travers un rayon de lumière les milliers de particules de poussières qui flottent en permanence dans l'air… On se demande ensuite comment faire pour respirer en sachant cela.

A cet instant, Harry pensait la même chose : comment avait-il fait pour ne pas sentir ?

Le bourdonnement était plus fort à mesure qu'il y prêtait attention.

Comment faire pour supporter cette électricité, ces particules de magie qui étaient attirées par la sienne ? Comment se protéger ?

Il ouvrit les yeux, pris de panique.

Il chuta dans l'abysse des globes oculaires de son professeur. Il semblait le regarder à la fois comme un sujet d'expérience et comme un camarade : quelqu'un capable de le comprendre enfin.

« Qu'est-que… C'est comme ça tout le temps ? » demanda Harry d'une voix effrayée, en chuchotant comme si la magie ne devait pas l'entendre.

« Vous n'écoutez donc rien de ce qu'on vous dit ? » soupira l'homme, « Non, la magie libre n'est pas toujours aussi agitée. D'habitude, elle n'est pas agressive. Elle est cependant plus puissante durant les Sabbats et certaines autres périodes comme les phases lunaires ou lors de rassemblements sorciers. » Snape avait repris son habitude professorale de faire les cent pas pour expliquer quelque chose. « Mais pendant la Samhain… La magie est exaltée. »

Une nouvelle porte s'ouvrait dans l'esprit de Harry. Combien de choses ignorait-il encore sur son propre monde ? Pourquoi personne ne lui avait jamais expliqué ces phénomènes ?

« La magie n'est ni bonne ni mauvaise. Elle n'obéit pas à notre morale. Elle est primaire, elle est action. Mais… on peut l'influencer. Le soleil, la position des planètes, tout ça influe sur la magie. Et Samhain la rend dangereuse. Elle est trop instable et trop impulsive. Elle résonne sur tous les plans à la fois, ça la perturbe. »

Snape parlait de la magie comme d'une personne.

Harry trouvait ça étrange, mais il ne commenta pas. Snape était un sorcier cultivé et puissant — même lui devait l'admettre —, alors il supposa que c'était normal.

« Et… pourquoi vous êtes si… Enfin, vous êtes de mauvaise humeur à cause de ça ? » Oh, Harry était presque sûr de se voir perdre des points.

« Par Mímir, utilisez votre tête. » Il se rapprocha une nouvelle fois. « Nous sommes dans une période de creux entre les mondes, la magie est puissante et dangereuse. Influençable. Beaucoup trop influençable. Qui pourrait bien en profiter ? » Le sarcasme dans sa question était mordant, et Harry sentit sa bouche s'ouvrir toute seule.

Voldemort.

« Ah, je vois que vos neurones se sont enfin mis d'accord pour interagir. »

La moquerie était plus faible car à ce moment, Harry et Snape étaient tous deux à égalité. Autant conscients l'un que l'autre de ce qui était en train de se produire.

« Voldemort va faire quelque chose. »

« La question est de savoir quoi. » Snape détourna les yeux et se perdit dans la contemplation de la potion frémissante. « Dumbledore ne peut rien prévoir. Nous avons renforcé les protections mais… Le Seigneur des Ténèbres est imprévisible. »

« Mais vous », osa Harry, « Voldemort vous tient au courant de ses plans, non ? »

Snape tressaillit.

« Arrêtez de prononcer ce mot. Le Seigneur des Ténèbres n'est pas stupide. Et il faut que je regagne sa confiance. Il ne me prévient que lorsqu'il est trop tard pour avertir qui que ce soit. »

Snape passa ses mains squelettiques sur son visage. Harry se demandait si c'était cette fatigue qui le poussait à lui dire tout ça.

« Allez vous coucher, Potter. »

Harry acquiesça, mais ne bougea pas d'un pouce. Son professeur se tenait de travers et frottait son bras gauche, recouvert de la Marque des Ténèbres.

Pour la première fois, Harry s'inquiétait sincèrement pour lui.

Il prenait conscience que Voldemort était de retour. Pour de vrai. Pas que dans ses souvenirs, pas que dans sa tête.

Snape n'était plus un professeur injuste et désagréable. C'était un homme qui prenait part à une guerre.

« Potter. » le regard du Mangemort était douloureux, mais ferme. « Potter, il n'y a rien que vous puissiez faire. Allez vous coucher. »

Harry obéit à contre-cœur en sortant de la pièce. Il détestait être impuissant.

La lune était haute depuis longtemps, mais il n'avait pas envie de quitter les cachots, il ne voulait pas retourner à la tour et participer à des jeux innocents avec ses amis. Poudlard faisait très bien son travail : on pouvait tout à fait se croire dans une île et ignorer toutes les choses étranges qui se passaient en dehors, dans le vrai monde. Mais Harry se sentait la responsabilité de faire quelque chose, d'être utile.

Il faillit aller voir Dumbledore. Mais à quoi bon ? Le directeur était déjà au courant.

Alors qu'il arrivait devant les larges escaliers principaux, il jeta un tempus.

22h30.

Le couvre-feu était passé, et Draco était de garde ce soir.

Parfait.

Harry jeta un patronus et l'envoya chercher son amant. Il nota que le cerf était plus lumineux que d'habitude. Était-ce à cause de Samhain ? Ou grâce aux souvenirs de Draco qui le nourrissaient ?

Il s'avachit sur les marches en pierre froides et laissa sa tête tomber contre la rambarde en bronze, laissant vagabonder ses pensées.

Il n'eut pas à attendre longtemps pour percevoir les pas pressés du préfet.

« Harry ? »

« Snape m'a parlé de Samhain. » annonça Harry sans lever les yeux sur son petit ami essoufflé.

« Tu m'appelle pour ça ? » s'indigna le blond.

« Il m'a dit que Voldemort en profiterait pour attaquer. »

Draco leva les yeux au ciel et s'assit à ses côtés, son genoux droit collé à lui.

« Bien sûr qu'il va tenter quelque chose, idiot. C'est une occasion en or pour lui. Il va profiter du Sabbat pour retrouver sa puissance. »

Harry se tourna subitement vers lui.

« Tu sais ce qu'il va faire ? »

« Je ne sais pas les détails. Mais je sais qu'il se prépare, et qu'il n'y a pas d'occasion plus propice que Samhain. Mon père me tient éloigné de toute information, il me trouve trop proche de Severus à son goût. Et le fait qu'on ne se dispute plus autant qu'avant toi et moi, a fini par arriver à ses oreilles. »

« Il se méfie de toi. »

Draco acquiesça, et offrit un regard troublé à Harry qui était rongé par le stress.

« Écoute… Je ne suis pas comme toi. Je n'espionnerais jamais mes parents pour découvrir les plans du Seigneur des Ténèbres. Je ne suis pas un héros. Je veux juste me protéger et protéger ma famille. »

Harry repensa à son cauchemar — ou sa vision ? — de la petite fille ensanglantée.

« Tu t'en fous des morts qu'il fait ? » demanda-t-il froidement.

Draco se pinça les lèvres et soupira.

« Ce n'est pas si simple, Harry. » il se leva et se dirigea vers les marches des donjons. « Le monde ne peut pas être simplement divisé en méchants et gentils, malgré ce que t'as appris Dumbledore. Si n'importe qui pouvait vraiment devenir un héros, le monde ne serait pas ce qu'il est, tu ne crois pas ? »

Harry le laissa partir sans un mot de plus.

Il n'avait pas de réponse à offrir.


Les trois jours d'avant la Samhain se passèrent sans encombre.

Harry réussissait tant bien que mal à ignorer les micro-attaques de la magie environnante, et il comprenait maintenant l'état frénétique de beaucoup d'élèves du château. Seuls quelques sangs-purs n'étaient pas dérangés par l'énergie du Sabbat.

Harry en conclut qu'ils devaient avoir l'habitude.

Ron en faisait partie : il était calme, mais alerte. Il avait expliqué à Harry qu'il fallait laisser la magie faire, ne pas chercher à la repousser. C'était d'après lui ce qu'il faisait à chaque célébration sorcière au Terrier : laisser la magie étrangère entrer en soi comme on accompagne une douleur lancinante. Mais Harry ne parvenait pas à cet état d'abandon, il ne pouvait pas s'empêcher de résister chaque fois que la pression était trop forte.

Hermione, en tant que née-moldue, n'avait elle non plus jamais été habituée à ces effets, mais ne semblait pas les ressentir. Harry en voulait un peu à Snape de lui avoir ouvert les yeux sur ce phénomène. Il aurait préféré rester ignorant.

Snape avait d'ailleurs décidé de repousser leurs deux dernières retenues. Était-ce à cause de la Magie ou pour être prêt au moindre appel de Voldemort, Harry ne le savait pas, mais la deuxième possibilité l'inquiétait.

Au repas, Dumbledore avait brillé par son absence. McGonagall avait présidé à sa place avec un air sévère qui défiait quiconque de poser des questions. Les rumeurs se multipliaient, et Harry et ses amis ne savaient pas laquelle était la plus ridicule : le directeur aurait fui face à la pression de la société sorcière, il aurait été interné à sainte-mangouste, il aurait été attaqué par un vampire, il serait un loup-garou et se rétablirait de la dernière pleine lune, et encore plein d'autres idées stupides.

Et même si Dumbledore ne lui avait pas parlé depuis la fin du Tournoi, sa présence à la Grande Salle rassurait Harry. Son absence le plongeait dans une angoisse incontrôlable. Malgré son ressentiment, le vieux sorcier était pour lui un pilier et une force rassurante : avoir Dumbelore à ses côtés signifiait être en sécurité.

Enfournant un bout de patate dans sa bouche, Harry détourna son regard vers son professeur de Potions. Celui-ci était livide, l'esprit visiblement ailleurs. Mais il était là, ainsi que McGonagall… alors tout n'allait peut-être pas si mal.

« Je vais dans la salle commune. » informa-t-il ses amis en attrapant son sac. Hermione et Ron lui répondirent à peine, en pleine chamaillerie, et beaucoup d'yeux agressifs suivirent sa progression jusqu'à la grande porte.

Il se sentait étouffer.

Harry avait l'impression de se retrouver à nouveau en deuxième année, quand tout le monde pensait qu'il était l'héritier de Serpentard.

Les gens sont stupides.

Il rageait de ne pas pouvoir prouver au monde que Voldemort était bien de retour. Il ne pouvait qu'attendre que le monde sorcier cesse de croire aveuglément la gazette et le ministère. Harry se demandait si cette tendance à ne pas penser par soi-même existait également dans le Royaume-Uni moldu. L'esprit lointain, il traîna ses jambes entre les dédales du château.

Arrivé dans son dortoir, il se sentit soudain très lourd et fatigué à la vue de ses livres et notes éparpillées sur sa table de chevet. Il avait prévu de finir un devoir, mais à la vue de son lit, son corps lui réclama ses heures de sommeil perdues. Il se prit à rêver de sa couette moelleuse. De ses couvertures chaudes…

Vaincu, Harry s'allongea sans même se mettre en pyjama, et s'endormit.


« Seigneur, vous- vous vous sentez bien ? »

Harry releva la tête vers son sous-fifre. Le rat. Le rat était toujours présent. Qu'il le frappe ou l'ignore, Peter était toujours à ses côtés.

L'imbécile.

Harry s'appuya sur le rat pour se relever, et lui jeta un doloris pour le punir d'avoir été témoin de sa faiblesse physique.

Il fit glisser son regard sanguin sur le petit groupe qui l'entourait. Ses fidèles Mangemorts. Leurs visages étaient découverts, et reflétaient toute la peur qu'il leur inspirait. Bien. Il leva une main impatiente vers le rat tremblotant qui lui plaça avec révérence un miroir dans la main.

Oh... il comprenait à présent pourquoi son armée était terrifiée. Une heure auparavant, son corps était frêle, et sa peau décharnée. Mais à présent, son visage était plus...humain. Il ne ressemblait plus à un monstre, mais à une créature charismatique et dangereuse. Un fauve.

Ses yeux étaient toujours rouges, son teint était toujours blafard, mais il possédait désormais des cheveux, un nez, et des lèvres.

Il n'avait plus l'apparence d'un vieillard en décomposition : il avait l'apparence d'un roi immortel.

Harry sourit : avec ce corps, enrôler davantage de fidèles serait aisé. Comme à ses débuts, les sorciers tomberont sous son charme vénéneux, et par millier ils se prosterneront.

Il était prêt.

« Bella, approche. »

« Oui maître. » répondit-elle avec ses habituels yeux fous et soumis.

« Quelles sont les informations que tu as recueillies sur l'Ordre du Phénix ? » exigea-t-il.

« Les anciens membres sont toujours actifs. Les seuls accessibles pour le moment sont les Weasley et les Aurors Alastor Maugrey et… Nymphadora Tonks. »

Elle cracha ce mot avec dégoût, mais cela n'empêcha pas la foule de ricaner.

« Oui… ta nièce, c'est cela ? De ta sœur qui a épousé un moldu. »

« Oui maître. » dit-elle en penchant la tête, honteuse. Elle était insensible aux moqueries des autres Mangemorts, mais pas à celles de son Seigneur.

« Ce soir, je te donne la chance de purger ta famille dissidente. Nous nous occuperons de l'homme plus tard. Lucius, tu attaqueras les Weasley avec ta troupe. Mais n'oublie pas, cette Auror fait également partie de ta famille, tu en auras la charge si Bella échoue. »

Bellatrix dégagea sa crinière de son visage, affichant un air de défi.

« Je n'échouerai pas, mon seigneur. »

« J'attendrai que tu me le prouves. »

Puis d'un geste de sa main, tous les Mangemorts quittèrent la scène, et il observa ses nouveaux traits plus attentivement dans le miroir.

Harry se réveilla d'un bond.

Ce n'était pas la première fois : il savait maintenant que ce n'étaient pas des rêves, que c'était la pure vérité. Les Weasley et Tonks allaient être attaqués ce soir.

Sans se rendre compte qu'il était encore pied-nu, il dévala les escaliers en ignorant les appels endormis de ses camarades.

Il devait le dire à quelqu'un.

Arthur, Molly… Ils étaient comme une deuxième famille pour lui. Ou plutôt la seule. Molly avait été la première à le considérer comme un garçon à l'image de tous les autres garçons, et Arthur l'avait adopté dans sa grande tribu comme un enfant de plus.

C'est sans vraiment y réfléchir qu'il courut d'étage en étage en direction des donjons. Collant de sueur et désorienté, Harry se retrouva à tambouriner à la porte de son professeur plus si honni que ça.

« SNAPE ! SNAPE OUVREZ ! » hurla-t-il en frappant le lourd battant de chêne.

Il frappa encore et encore et manqua de se briser la voix, mais la porte restait close.

Harry comptait les minutes. Il resta prostré durant de longs instants et sentait le temps défiler à toute vitesse, à l'image de son sang dans sa poitrine.

Les Weasleys étaient-ils déjà morts ? Et Tonks ?

Sa respiration était difficile, et l'image de la petite fille ensanglantée se juxtaposait à celles des adultes en danger. Non, il ne fallait pas qu'ils meurent. Pas eux !

Soudain, Harry se sentit basculer. Appuyé contre la porte tel qu'il l'était, Snape l'avait fait tomber en l'ouvrant.

« Potter, qu'est-ce que vous fichez allongé sur ma porte ? » cracha le Maître des lieux.

« Les Weasley et Tonks », réussit à articuler Harry, « Voldemort a lancé une attaque ! »

Snape fronça les sourcils et le tira jusqu'au canapé. Ensuite, il agita sa baguette vers la cheminée et changea les flammes vertes qui s'en échappaient en flammes naturelles.

« Je suis au courant. Je suis espion, vous vous souvenez ? »

« ALORS POURQUOI VOUS NE FAITES RIEN ? » explosa Harry. Snape s'approcha dangereusement de lui, sa cape claquant dans son dos. C'est à ce moment que Harry se rendit compte d'à quel point il semblait en mauvais état. L'homme avait des cernes creusés, les yeux rouges, et son catogan était défait. Il tremblait également.

« J'ai probablement sauvé la vie de vos précieux rouquins, vous pourriez avoir la politesse de ne pas hausser le ton. »

Harry haussa les sourcils sans comprendre. Sa respiration était toujours hachée et il ne demandait qu'à hurler pour expier son angoisse.

« J'ai réussi à prévenir l'Ordre alors que je n'étais même pas censé être au courant de l'attaque. Mais j'en ai eu vent en me lançant un sortilège de désillusion pour écouter les Mangemorts parler entre eux. »

« Vous étiez au manoir ? » s'écria Harry en se rasseyant sur le canapé, « Comment vont les Weasley alors ? Et Tonks ? »

Snape tiqua à la mention du manoir mais ne posa aucune question. Il se contenta de s'assoir dans son fauteuil habituel, et Harry eu la désagréable sensation de commencer à avoir une routine avec son professeur de potions.

« Les deux sont blessés. Molly devrait s'en sortir, mais Arthur est dans un état plus grave. Tonks va bien, elle a été évacuée par cheminée grâce à Fol-œil et les Mangemorts ont trouvé son appartement vide. »

Harry relâcha le souffle qu'il retenait depuis trop longtemps dans sa poitrine. Il nota que l'homme était assez familier avec les autres adultes pour les appeler par leur prénom. Snape l'observait d'un regard neutre, mais tout son corps envoyait des signaux de stress.

« Potter. Comment avez-vous su pour l'attaque ? »

L'adolescent releva la tête si brusquement qu'il se craqua la nuque et frissonna. Merde. Personne ne devait savoir. Snape allait le traiter de fou à lier, il allait en parler à Dumbledore, ils allaient-

« Respire. »

Harry acquiesça, ignorant le fait que son professeur l'avait tutoyé pour la première fois. De toute façon, pensa-t-il, s'il ne disait rien, Snape allait entrer dans sa tête pour lui soutirer les informations nécessaires. Alors autant cracher le morceau...

« J'ai des visions de Voldemort. »

Snape contracta sa mâchoire et posa ses mains transpirantes sur son visage inquiet. Visiblement, il s'était attendu à tout sauf à ça. Il avait probablement imaginé que Harry avait écouté aux portes, comme à ce qu'il pensait être son habitude. Mais le regard profondément inquiet que lui montra Snape entre ses doigts fit fondre toute pensée médisante de l'esprit de Harry.

« Potter… qu'avez-vous fait ? » dit-il d'une voix faible.

« Rien du tout ! Je ne le contrôle pas ! Je m'endors et parfois je… je suis dans sa tête, c'est tout. »

« Depuis combien de temps ? »

« Quelques jours. Je vous le promets », rajouta-t-il en sentant les yeux de son professeur le défier de mentir.

L'homme retira sa cape sans un mot et déboutonna quelques boutons de sa chemise collante. Harry ne put s'empêcher de remarquer ses cicatrices récentes, choqué, mais il détourna bien vite les yeux. Pourquoi était-il étonné ? Snape travaillait pour Voldemort, et il savait bien de quoi était capable le mage noir. Mais il avait choisi de devenir un Mangemort en premier lieu après tout, il n'allait pas le plaindre.

Les yeux de Snape se firent plus sérieux encore, comme s'il lisait dans ses pensées.

« C'est impossible, Potter. Vous ne pouvez pas pratiquer la Legilimancie sans vous en rendre compte, sur un sorcier qui est à des kilomètres de vous, et encore moins dans votre sommeil. »

« Il semble que beaucoup de choses censées être impossibles m'arrivent. » plaisanta Harry sans conviction.

« Et je suis persuadé que votre existence perturbe l'espace-temps. » répondit Snape.

Tentait-il de faire de l'humour ?

« Il devient urgent de vous faire apprendre l'Occlumancie. Nous ne pouvons pas vous laisser entrer dans la tête du Seigneur des Ténèbres à tout va. » déclara l'espion.

« Pourquoi ? » s'écria Harry, « Je peux déjouer ses attaques ! Je peux être utile ! » dit-il en bondissant sur le tapis.

« Pensez plus loin que ça, idiot. Si vous pouvez lire dans son esprit, ça veut dire qu'il peut lire dans le vôtre. »

Harry déglutit. Il n'avait pas pensé à ça. Il s'apprêtait à répondre que le jeu en valait la chandelle, mais Snape ne lui en laissa pas le temps.

« N'y pensez même pas. Vous savez tout de vos amis, de leurs habitudes, de l'endroit où habitent leurs familles. Vous savez quand Dumbledore est absent et quand Poudlard est au plus faible. Vous savez que je sers Dumbledore. » ses mots sonnèrent durs, comme une réalité froide et implacable. Harry sut à cette dernière phrase que Snape avait peur. « Si le Seigneur des Ténèbres entre dans votre tête, vous lui servirez la victoire sur un plateau d'argent, et il sera nécessaire de vous neutraliser pour l'empêcher d'accéder à des informations capitales. »

La nausée tordit le ventre de l'adolescent.

« Potter. Votre situation nous met en danger. Il est impératif que vous maîtrisiez l'Occlumancie le plus vite possible. » dit Snape d'une voix à la fois dure et compatissante. Il n'avait pas l'air ravi de prononcer ces mots, mais il le fallait.

Je suis un vrai porte-malheur, se dit Harry.

« Je croyais qu'il fallait parfois des années pour devenir Occlumens… » souffla-t-il avec une voix résignée.

« Il paraît que les règles de l'univers ne s'appliquent pas à vous. Tirons-en profit. »

Il hocha la tête, pas le moins du monde convaincu. S'il était si dangereux, il valait peut-être mieux qu'il soit ''neutralisé'' tout de suite. Comment savoir si Voldemort ne rentrerait pas dans ses pensées demain ? Si dès demain il mettait la vie de dizaines de personnes en danger [double espace]? Ses pensées se consumaient dans la vision de l'âtre. Il ne voulait pas être responsable de plus de morts…

« Potter. » commença Snape d'un ton très sérieux, une main sur son épaule. L'homme s'était agenouillé devant le canapé. « Vous ne devez rien dire à Dumbledore. »

« Pourquoi ? » répondit-il sans détacher son regard du feu.

« Vous pourriez supporter l'absence de réponse ? » demanda très sérieusement Snape.

Les yeux de Harry quittèrent la cheminée et se plantèrent dans ceux de son professeur, qui l'observait intensément, sans mépris ni sarcasme.

« La réponse est si dure à entendre ? »

« Oui. Pour une fois, ne faites pas honneur à votre maison, réfléchissez bien. Malgré notre histoire tumultueuse, je ne vous ai jamais menti : si vous exigez la vérité, je vous la donnerais. Mais vous pourriez me détester pour cela. »

Quelques mois auparavant, Harry savait qu'il n'aurait pas réfléchi une seule seconde avant d'exiger la vérité. Mais à présent… avec la mort de Cédric, le retour de Voldemort, ce qui s'était passé chez les Dursley, ses visions…

Il ne savait pas s'il avait la force de supporter un poids de plus.

Alors il détourna le regard, des larmes au bord des yeux.

« Je ne dirai rien à Dumbledore. Je n'ai pas besoin de savoir pourquoi. » De toute manière, pour le peu que le directeur lui parlait…

Snape eut l'air sincèrement surpris. Le fait que le Survivant d'ordinaire si prompt à découvrir la vérité envers et contre tout décide de fermer les yeux devait être étonnant. Harry s'en rendait compte.

Ron et Hermione ne le comprendraient sûrement pas. Harry se mit à jouer nerveusement avec les pans de sa robe. Il ne savait même pas s'il allait leur dire la vérité. Il ne s'en sentait pas capable.

« Vos retenues de potions sont reportées à nouveau. Nous recommencerons quand nous aurons des nouvelles de l'état de santé des Weasley. »

Arthur et Molly… Il se mordit la langue en constatant qu'il les avait presque oubliés. Est-ce que Ron, Ginny, et les jumeaux étaient déjà au courant ?

« Quant aux leçons d'Occlumancie », continua Snape en se levant et rangeant sa cape sur le porte-manteau de l'entrée, « Nous commençons demain. »

Harry acquiesça une nouvelle fois, son visage toujours rivé sur ses doigts tâchés d'encre.

Le professeur continua son chemin vers une petite pièce hors de la vue d'Harry, qui ne cherchait pas à le suivre du regard de toute façon. Il était rempli d'une nervosité incontrôlable et d'une colère amère contre le monde : pourquoi ce genre de malédictions lui tombait toujours dessus ?

Épuisé, il se laissa tomber à demi sur le canapé marron, la tête à l'envers, et se perdit dans la contemplation du salon de son professeur. Les différentes bougies qui éclairaient la pièce donnaient une apparence reposante au lieu. Il essaya de lire les titres des épais grimoires rangés dans l'étagère qui lui faisaient face pour s'occuper l'esprit, et eut même le temps de se demander quelle était cette plante vert vif qui trônait à sa gauche. Ou sa droite, vu que sa tête était à l'envers.

Un petit gloussement nerveux sortit de sa gorge.

Snape revint dans son champ de vision. La vue de l'homme dans le mauvais sens donna à Harry l'envie de rire encore, et Snape le regarda comme s'il avait perdu les pédales.

« Le sang vous monte à la tête. Relevez-vous. »

Harry obéit et se vit offrir une potion bleutée.

« Une potion de sommeil sans rêves pour ce soir. Nous ne pouvons pas nous permettre de vous en faire prendre tous les jours, elle est addictive et entraîne de nombreux effets secondaires à long terme. Mais pour cette nuit, prenez-la. »

L'adolescent prit la fiole entre ses doigts et passa quelques secondes à en étudier la couleur, perdu dans ses pensées.

« Professeur, vous avez vu Voldemort cette nuit ? » demanda Harry, le regard perdu et à nouveau sérieux.

« Non. Pourquoi cette question ? »

« Il a changé. Je ne sais pas ce qu'il a fait mais… il est différent. Son corps est plus humain. Il était… heureux. »

Snape était troublé.

« A quoi ressemblait-il exactement ? »

Harry leva les yeux vers lui et tenta de se souvenir des traits du Mage Noir, en occultant le reste de sa vision.

« Il est… beau, je suppose. Il semble plus jeune, quarante ou cinquante ans je dirais. Et il a un vrai visage, avec des cheveux noirs. Mais ses yeux sont toujours rouges. »

L'ancien Mangemort fuit son regard, perdu dans des souvenirs. Harry respecta son silence.

Les prochains jours allaient être durs, il le savait. Alors il comptait profiter de cette nuit de repos. Il penserait au reste demain.

« L'équipe professorale a décidé d'informer vos amis de la situation de leurs parents demain matin. Allez vous coucher Potter, et priez pour qu'ils dorment. »

C'est ce que fit Harry.

Il sortit des appartements de son professeur, avec la sensation de partager un secret avec quelqu'un, avec quelqu'un capable de l'aider.

Et c'est ainsi que commença leur collaboration.


L'autrice se nourrit de retours, n'hésitez pas à écrire ce que vous pensez et vos pronostics :)

A bientôt !