Terreurs nocturnes

Flash back

L'été de mes 16 ans s'est déroulé à la fois rapidement, je ne voyais pas passer mes journées à la bibliothèque, mais avec la lenteur incroyable qui me permettait de visiter en détails mes moments doux passés avec Bellatrix. Des moments doux, avec une Mangemort. J'aurai tout vu, et tout vécu, avant même d'avoir atteint ma majorité de sorcière délinquante et cachotière. J'ai dû apprendre à mentir à mes parents, sans devenir rouge tomate à chaque fois, mais aussi à m'inventer un été quand venait le temps d'écrire à Harry et Ron. Ils étaient tous les deux naïvement convaincus que je préparais ma sixième année d'études avec acharnement. Et normalement je l'aurais fait, mais j'ai préféré me concentrer sur ma sorcière mal-aimée.

Je me suis découvert une passion quasi comparable à mon amour des livres; me faire faire l'amour par Bellatrix Lestrange. Je suis consciente de l'absurdité de la situation, mais je l'oublie dès que sa bouche frôle mon corps. Je me suis toujours considérée comme raisonnable, rationnelle, logique. Mais j'explore un aspect de moi-même qui m'est inconnu, qui me surprend. Je suis encore gênée chaque fois qu'elle me déshabille avec empressement, chaque fois qu'un orgasme me traverse, chaque fois que je la réveille en pleine nuit parce que mes envies sont insoutenables.

Elle est patiente, elle me rassure et ajuste son rythme au mien. Elle devient une autre femme, j'ai accès à une intimité qui dépasse le sexe. J'ai dû œuvrer de patience moi-même, avant qu'elle s'ouvre complètement à moi. Qu'elle me permette d'entrer dans ses souvenirs, de partager des morceaux d'elle. Ce qui me trouble davantage que cette passion sexuelle qui me transporte quand elle est proche de moi, et bien souvent quand elle est loin également, ce sont les moments passés à discuter. À en apprendre sur sa vie, sur ses rêves. À faire fondre doucement le mur de glace derrière lequel elle a élu domicile depuis des années. Je n'étais pas prête, je me sentais démunie devant toute sa douleur, devant son passé trop grand pour mes deux mains. J'avais envie de la réparer, mais je savais que c'était impossible. Je chérissais les anecdotes, je les écoutais avec attention, je l'enveloppais d'empathie. Et je cultivais mon impuissance grandissante.

Elle a cessé de se battre contre notre relation, nous laissant le temps de construire ensemble des jours nouveaux, lumineux. Elle refuse toutefois que je la touche, qu'à mon tour je lui fasse l'amour. Quand, pendant une nuit de passion, je laisse ma main s'égarer un peu trop longtemps sur son ventre, elle se fige. Ou encore elle quitte le lit en panique, pour revenir de longues heures plus tard. Chaque caresse lui rappelle son mari ou son père, qui ont abusé de son corps et sa confiance. Chaque tentative de ma part de lui montrer à quel point j'ai envie d'elle, même si minime, ramène à son esprit qu'elle ne devrait pas. Que c'est mal.

Durant une nuit particulièrement chaude du mois d'août, Bellatrix m'emmène au Manoir des Blacks pour y passer la nuit. Je me sens chez moi dans son immense demeure, même si rien n'est plus loin de ma réalité, de ma zone de confort. Nous avons soupé au jardin, puis nous avons passé la soirée au lit à discuter. À rire. À s'embrasser, sans rien vouloir de plus que le regard de l'autre. Elle s'est endormie profondément aux petites heures du matin, épuisée d'avoir tant parlé. Je l'observe plonger dans le sommeil, se perdre dans ses rêves et s'abandonner à l'oreiller.

Sa respiration est profonde, mais son visage se tord soudainement de douleurs. Je l'entends gémir, crisper ses poings en enfermant les draps à l'intérieur.

- Non… pitié…, murmure Bellatrix en laissant couler des larmes sur ses joues baignées par la lumière de la lune. Lâchez moi…

Je suis désemparée, c'est la première fois que je la vois dans un tel état de peur. Je pose doucement une main sur son épaule qui tremble, pour qu'elle sente ma présence. Elle se retourne brusquement vers moi, bascule mon corps sous le sien et appuie son avant-bras avec force contre ma gorge. Ses yeux sont fous, j'ai des souvenirs du Département des Mystères qui me reviennent en tête. Je tente d'agripper son bras pour respirer, mais rien à faire. Elle n'est plus complètement présente, elle est déconnectée, comme loin dans un ailleurs où je ne peux la rejoindre.

- Bella, je parviens à cracher entre deux petites gorgées d'air. C'est à cet instant que la tête me tourne, que je n'ai d'autre choix que de lui donner un coup de genou au ventre pour qu'elle me libère.

L'effet est instantané, elle est juste assez saisie pour me relâcher. Je vois dans ses yeux la terreur faire place au doute, puis à la pitié quand elle m'observe masser ma gorge et prendre de longues bouffées d'oxygène. Ses pupilles noires sont pleines de larmes, ce qui lui arrive si rarement que lorsqu'elles font apparition, je suis inquiète.

Je me remonte contre la tête du lit, m'assoit dans les draps frais. Ma respiration redevient normale, mon cœur cesse de battre aussi fort. J'ai eu peur d'elle comme les premières fois où je la rencontrais, où je la considérais comme une ennemie, une sorcière sans âme. Le silence s'installe entre nous, juste assez longtemps pour lui laisser le temps de revenir à elle-même en entier. De se rapprocher de moi lentement, comme dans une tentative d'avoir mon accord. Je hoche la tête de manière affirmative, et elle vient me rejoindre, assise à mes côtés. Elle n'ose me regarder, elle fixe la lune à l'extérieur, par la fenêtre du balcon entrouverte.

- Hermione…, elle commence doucement en continuant d'éviter mon regard. Quand j'ai peur d'être avec toi, c'est pour exactement ça. Les risques de te faire mal, de te mettre en danger.

Je suis incapable de lui répondre, parce que je sais qu'elle a raison. Mais je sais aussi qu'elle n'a aucunement l'intention de me blesser, bien au contraire. Qu'elle veut m'en protéger. Je tourne délicatement son visage vers le mien, je la prends par sa mâchoire qu'elle serre de rage, de culpabilité. Je commence à la connaître, sous ses moindres traits. Elle me donne ses yeux au complet, puis elle me laisse voler ses lèvres pour un court instant. Je garde son visage entre mes mains, je caresse de mes pouces ses joues blanches mouillées de petits chemins de larmes.

- Arrête de me fuir, arrête de nous fuir, dis-je en pianotant sur son nez retroussé pour la faire rire. Tu te retiens, tu m'empêches d'avoir accès à toi au complet… Je sais de quoi tu as peur Bellatrix.

- Tu n'as aucune idée des peurs qui m'habitent, mon amante grogne comme une louve en dégageant son visage de mes mains.

- Tu as peur que si tu me laisses te faire l'amour, je vais réveiller tes traumatismes, j'affirme avec un aplomb que je ne me connais pas. Mais tu as surtout peur du degré de connexion que nous aurons ensuite. Tu as peur que je sois changée, que tu déteignes sur moi. J'y suis prête, Bellatrix. Laisse-moi te créer de nouveaux souvenirs, s'il-te-plaît.

- Tu es trop douce, trop belle, trop intacte, elle me confesse, la voix étranglée. Regarde ce que je viens de te faire. Regarde comme je peux te briser!

- Sauf que tu ne l'as pas fait, je la rassure en posant ma main contre sa cuisse d'albâtre, dégagée par sa nuisette noire.

Une lueur d'espoir, presque d'amour, nait au fin fond de ses yeux d'obsidienne. Pour la première fois depuis la nuit où elle m'a fait sienne, elle garde ma main contre elle. Longtemps. J'entame une lente caresse, sur toute la longueur de sa jambe. Elle frissonne de plaisir, se laisse aller au contact de mes doigts qui courent contre sa peau satinée. Je l'invite à se coucher sous mon corps nu et brûlant de désir pour elle, et Bellatrix obéit sans hésitation. Je la sens tendue, inconfortable, mais en confiance. Elle s'abandonne à mes mains qui remontent sur ses hanches, qui poussent le tissu de sa nuisette toujours plus haut. Je prends ses hanches larges entre mes mains, je les masse doucement tout en déposant un baiser contre son front. Je sais qu'elle déteste ne pas être en contrôle, et je sais pourquoi. Parce que les moments où elle s'est laissée être vulnérable ce sont toujours mal terminés, ont eu des conséquences désastreuses.

Je vois une lueur de panique traverser ses yeux, car elle sait que je la comprends, que je devine ses peurs et ses traumatismes. Qu'avec mes mains pourtant pleines d'attention, je réveille des horreurs sans nom. Je relâche ses hanches sans hésiter, je soulève mon corps du sien pour enlever la pression que je crée sur elle. Elle me surprend en plaquant à pleines paumes ses mains froides au bas de mon dos, en me rapprochant de son corps incertain. Ses longues jambes nues s'enroulent autour de mes hanches, plus que quelques centimètres nous séparent. Je sens son souffle sur mon visage, son cœur battre contre ma poitrine.

- Reste, elle parvient à souffler avant de nous perdre dans un baiser chargé d'émotions et de mots silencieux qu'elle ne parvient pas à dire à voix haute.

Ses mains sont partout sur mon corps, mais elle accepte de rester sous moi, soumise mais impliquée. Je continue de l'embrasser en l'interrompant seulement pour faire passer au-dessus de sa tête sa nuisette qu'elle ma enfin laissée lui retirer.

Je m'émerveille devant son corps qu'elle me laisse explorer aussi pleinement pour la première fois. Chaque cicatrice, chaque point de beauté, chaque courbe. Je dévore son long cou fin avec des baisers affamés, qui laissent sur leur passage des frissons et des gémissements. Elle pousse vers moi son sexe encore recouvert de ses sous-vêtements, je la sens chaude et humide, mais je n'ose pas encore m'y aventurer. Je perds mon visage entre ses seins, je laisse ma bouche s'égarer longtemps sur chacun de ses mamelons violacés. Je m'amuse avec ma langue, à la faire se promener de son sein gauche à son sein droit, pendant que mes mains couvrent la surface que ma bouche ne peut recouvrir.

Avec mes ongles, je graffigne doucement ses côtes, puis son ventre sensible. Ma langue plonge au creux de son nombril, je l'entends gémir mon prénom presque comme un feulement. Je dépose des baisers-papillons le long de la ligne de sa petite culotte en dentelle, je ne dépasse jamais la limite. Elle goûte l'eau de pluie, sa peau est fraîche, elle me rappelle la sensation de marcher en forêt en pleine nuit. Je continue de descendre ma bouche, mais contre ses cuisses finement musclées cette fois. Sa peau moelleuse accueille mes caresses, ses jambes se referment avec une douce pression contre mon visage. Bellatrix tremble, et je lève les yeux pour m'assurer qu'elle va bien. Ses yeux aux paupières lourdes sont quasiment fermés, elle a un petit sourire aux lèvres. Une sensation d'extase, d'abandon, traverse son visage en entier.

Tout en observant ses réactions, je glisse deux de mes doigts dans l'élastique de sa petite culotte pour la faire descendre le long de ses cuisses. Elle se fige, alors j'arrête mon mouvement. J'embrasse l'intérieur de sa cuisse gauche, et je m'adresse à elle pour la première fois depuis un moment.

- Comment tu te sens, je lui demande, la voix tremblante de peur d'être allée trop loin.

- Heureuse, elle me chuchote, comme gênée, avec un timide sourire.

Je lui fais un grand sourire, j'ai le cœur qui se réchauffe juste de l'entendre dire ce mot au cœur de notre lit. Je termine de lui retirer son dernier morceau de vêtement, que je jette aux pieds du lit avec empressement. Je suis nerveuse, c'est la première fois que je fais l'amour à une femme. J'ai peur de me tromper, d'être mauvaise, de ne pas lui rendre toutes les sensations délicieuses qu'elle peut me faire vivre. Mais j'arrête bien vite mes doutes intérieurs quand je la vois, complètement nue et offerte à ma bouche affamée.

Je pose mes lèvres contre son sexe mouillé et j'ai l'impression de la tenir au complet dans ma bouche. De l'avoir juste à moi. De la posséder, mais doucement. Je me sens comme intoxiquée d'elle, et j'ose commencer à lécher toute la longueur de son sexe avec ma langue. Du coin de l'œil, je la vois serrer les poings et y attraper les draps au passage. Je pousse du bout de mon nez son clitoris pendant que ma langue explore l'intérieur de mon amante. Elle est douce comme du velours, je pourrais passer la nuit entre ses cuisses. Rapidement, mon visage est mouillé d'elle, et sa respiration s'accélère. Je laisse mes mains remonter pour caresser ses seins, pendant que je continue de la dévorer à pleine bouche. Elle s'appuie de plus en plus fort sur mon visage, et je laisse finalement ma langue atteindre son clitoris. J'en fais le tour de plus en plus rapidement, en continuant de jouer avec ses mamelons. Avec un coup de bassin, Bellatrix arque son dos et se détend complètement dans ma bouche, prête à la recevoir. Je la goûte jusqu'à la dernière seconde, puis je remonte mon corps pour être avec elle.

Des larmes coulent sur son visage, mais je sens qu'elle n'est pas triste. Je sais qu'elle n'est pas triste, car je le ressens dans mon corps comme si c'était ma propre joie. Je comprends alors que ma connexion avec elle est complète. J'appuie mon front contre le sien, elle caresse ma joue doucement. Elle plonge ses yeux, plus lumineux, plus détendus, au creux des miens, et je la sens comblée. En confiance, malgré les ombres qui la guettent.

Fin du Flash Back

Après seulement quelques jours de retour à la routine de recherche des horcruxes, je n'en peux plus. J'ai épuisé mes limites d'énergie et de patience, je me décide à annoncer aux garçons ma relation avec Bellatrix. Je m'attends à de la colère d'Harry, pour la mort de Sirius, et une grande incompréhension de la part de Ronald, qui doit encore croire que je vais lui faire des enfants roux. Sauf que si je veux avancer, si je veux la garder auprès de moi, je lui dois d'être intègre. J'entre dans notre tente, décidée à parler à mes amis, bien que peu certaine que Bellatrix fera preuve du même degré de loyauté quand viendra le temps de l'annoncer aux siens.

Chapitre miracle, je ne croyais jamais me remettre à écrire… et pourtant!

Merci à ceux et celles d'entre vous qui sont encore au rendez-vous!

AB xxx