Après une longue absence, salut à nouveau ! Merci beaucoup à Sukhii et Thaïs d'avoir relu ce chapitre :)

Bonne lecture !


CHAPITRE 5

"La mort d'un être plein de bonté libère parfois des forces mauvaises qui, sans cela, seraient restées contenues." L'Épouvanteur - Joseph Delaney


Samhain était passé.
Le voile brumeux qui avait recouvert les plaines et les cœurs des sorciers avait disparu. Ils auraient dû se sentir bien, enfin débarrassés de cette atmosphère étouffante caractéristique du Sabbat.

Et pourtant, un nouveau poids s'était abattu sur leurs épaules.

L'horrible nouvelle parue dans la Gazette du Sorcier s'était répandue comme une traînée de poudre dans les couloirs de l'école. La plupart des élèves étaient restés assez indifférents à la première attaque au Lancashire, ça ne les concernaient pas, après tout. Mais à présent, les événements prenaient une toute autre ampleur : c'était la famille Weasley qui avait été attaquée, dont quatre membres présents dans la Grande Salle, avec eux.

Un journal froissé avait été abandonné sur la table et le titre attira l'attention de Harry.

Nouvelle attaque inquiétante à Loutry Ste Chaspoule, la famille Weasley prise pour cible.

Harry parcourait les lignes en diagonale, sans vraiment savoir ce qu'il y cherchait, à part un endroit où poser les yeux.

...puisqu'elle fait partie des Vingt-huit Sacrées, cette attaque remettrais en question la théorie des Aurors à propos d'un possible gang d'anciens Mangemorts cherchant vengeance. Cependant, une source au ministère affirme que cela ne change rien à cette hypothèse, dans la mesure où les Weasley sont également en conflit depuis plusieurs générations avec certaines autres familles du registre en raison de leur position sur la valeur du sang, et ce depuis les années trente, ce qui est un mobile qui...

Le Gryffondor tourna la tête et préféra la baisser vers ses doigts qu'il triturait sous la table, anxieux. Et il n'était pas le seul : l'attaque aurait bien pu toucher les Fawley, les Flint, les Abbot, les Greengrass, les Londubat… Puisqu'une famille de Sang-Pur avait été attaquée, cela voulait dire que personne n'était à l'abri.

Alors tout prenait une tournure différente : ça devenait réel.

« Ça va aller Ginny, calme-toi… »

Harry écoutait sa meilleur amie réconforter la cadette de la famille. Elle était parcourue de sanglots, incapable de se ressaisir et les larmes se mêlaient à la morve sans qu'elle ne s'en rende compte.

Personne ne savait si Arthur Weasley allait s'en sortir. La table des rouge-et-or était silencieuse, brisant leur habitude. Aucune blague ne titillait l'esprit de Fred et George, et Ron n'avait pas décroché un mot depuis qu'il était sorti du bureau de McGonagall.

Harry ne savait pas quoi faire pour rassurer son ami. Il lui avait donné une petite accolade à son retour, mais Ron s'était vite réfugié dans les bras de Hermione et l'avait tenu contre lui avec force, comme s'il avait peur qu'elle soit sur le point d'être blessée elle aussi. Alors Harry avait marché derrière eux jusque dans la Grande Salle, sans trouver sa place dans ce drame.

Lui qui s'était toujours senti intégré à la famille Weasley, traité comme un frère, se retrouvait soudain mis à l'écart. Le risque de perdre Arthur Weasley, ajouté au fait d'être implicitement exclu de la seule famille qui avait un jour voulu de lui, serait un déchirement.

Il ne savait pas comment prendre part à cette attente interminable du pronostic. Alors il se taisait et gardait les yeux rivés sur ses ongles rongés.

De plus, une petite voix lui susurrait que c'était lui qui avait commandité l'attaque… Dans ses visions, il était Voldemort après tout….

« Là, Ginny, là… Mange un peu, tu ne tiendras pas la journée sinon. » dit Hermione d'une voix douce.

Lui aussi avait la gorge coupé, et un sentiment de jalousie le lançait alors qu'il voyait Hermione s'autoriser à accompagner son amie dans ses pleurs.

L'ambiance était lourde. Très lourde.

« Ron… » tenta Hermione devant le visage vide du rouquin.

« Papa va bien. »

Personne n'osa le contredire.


Dumbledore revenu, il aurait pu trouver refuge auprès de lui, comme avant. Le vieux sage lui aurait alors expliqué que son ressenti était normal et il lui aurait dit toutes sortes de phrases percutantes qu'il ne pouvait penser par lui-même. Mais il allait devoir faire sans.

Les cours eurent lieu malgré le drame, mais les Weasley avaient eu l'autorisation de rendre visite à leurs parents, et surtout trouver du réconfort auprès de leur mère qui était consciente. Ce fut un autre coup dur pour Harry, qui alla en cours comme les autres.

La tête basse et les yeux rougis, il continua sa journée de cours comme une dagyde de lui-même.

« C'est horrible hein, ce qu'il se passe ? » lui souffla Hermione en Histoire de la Magie. Harry n'avait même pas fait l'effort d'écrire une phrase.

« Hm. »

''Je sais, j'étais là'' n'était pas une bonne réponse, il le savait, mais c'était celle qui sortirait de ses lèvres s'il ouvrait la bouche. Têtue, Hermione persévéra.

« Ginny est dévastée. Mais c'est les jumeaux qui m'inquiètent le plus. Ils ont l'air si… différents. »

Harry prit son stylo pour feindre d'écrire quelque chose sur Graxar Le Fidèle, un des milliers de goblins dont leur parlait leur professeur depuis cinq ans. Le message 'tais-toi s'il te plaît' était clair.

« Tu penses qu'il va s'en sortir Monsieur Weasley ? »

Des larmes retenues étaient perceptibles dans la voix de sa meilleure amie, mais il s'obstinait à ne pas répondre. S'il parlait, il craquerait. Alors la jeune fille monta d'un cran et sa main se plaqua contre les notes de Harry, l'empêchant d'écrire.

« Harry. Pourquoi tu ne parles pas ? »

Ah.

Harry savait qu'elle faisait référence à son comportement immédiat, mais... cette question fit accélérer les battements de son cœur.

''Pourquoi je ne parle pas ?''

Harry avait la réponse, mais il la gardait précieusement, au chaud dans sa tête, enfouie sous des tonnes de connaissances et de pensées diverses pour ne pas avoir à y faire face.

Mais ce n'était pas ce que demandait Hermione. Elle ne posait pas cette question.

Alors Harry ne donna pas la réponse.

« Qu'est-ce que tu veux que je dise ? On ne peut rien faire, on peut juste attendre. »

Voilà, ça c'est une phrase adaptée. Je n'ai pas craqué.

Hermione fronça les sourcils et détourna le regard, posant désormais sa main sur son bras. Cette proximité le fit frissonner. Il n'aimait pas être touché. Il le supportait de moins en moins. Et plus il réagissait froidement au contact, moins ses amis lui en offrait.

Je vais finir seul.

« C'est vrai. On ne peut qu'attendre. » admit Hermione. Elle reprit contenance et se traits se détendirent, et Harry eu la désagréable impression de voir Snape lorsqu'il se composait un visage parfaitement neutre. Cette tendance à réprimer ses émotions le mettait mal à l'aise, il n'avait pas l'impression que c'était quelque chose de bien.

Harry passa sa journée auprès de Hermione, trouvant du réconfort dans sa présence calme et désormais silencieuse. Ils comptaient les minutes.

Lorsque Ron, Ginny, Fred et George revinrent, le constat restait le même qu'au matin : leur père était toujours dans un coma magique. Les Gryffondor se rendirent lentement dans leur tour, réfugiés devant la cheminée brûlante.

« Les médicomages disent que le coma aide la guérison. » les informa Fred.

« Qu'est-ce… qu'est-ce qu'il lui est arrivé, exactement ? » osa demander Lee Jordan, le meilleur ami des jumeaux.

Les autres adolescents levèrent des regards curieux sur Ginny qui s'apprêtait à répondre. Ses larmes avaient été séchées contre ses joues par la chaleur du feu, et ses cheveux brillaient sous la lumière des flammes.

« Ils l'ont torturé. Maman a dit qu'après, il était devenu fou, incapable de parler. » elle ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois de suite, hésitante. « Ils sont arrivés dans la maison, et Maman s'est levée pour protéger Papa. Mais ils l'ont envoyée valser à l'autre bout de la pièce. Elle nous a dit que c'était Papa qu'ils cherchaient à faire le plus souffrir. Parce qu'il travaille au ministère. Et… ils l'ont soumis au Doloris pendant de longues minutes, alors qu'ils forçaient Maman à regarder. »

Sa voix se coupa et elle se mordit la lèvre. Tous imaginaient la scène. Harry sentit Neville gigoter à côté de lui avant de partir discrètement.

Hermione prit Ron dans ses bras, et Harry osa poser sa main sur celles de ses deux amis dans un maigre réconfort.

Il savait très bien ce qu'il était arrivé aux Weasley. Il n'avait pas assisté à toute la scène de torture de la petite fille de sa première vision, mais son état, et la barbarie du Mangemort avec sa mère lui suffisait pour avoir une idée précise de ce qu'il s'était passé au Terrier.

Les Mangemorts étaient fous.

Se rendant compte de l'heure, il s'excusa auprès de ses amis.

« Je dois aller à ma retenue avec Snape… à tout à l'heure… » murmura t-il. George lui offrit un faible sourire, et il fila hors de la Salle Commune.

Il eut beau changer d'espace, ses pensées le suivait.

Comment Snape avait-il pu devenir un Mangemort ? Un monstre ?

L'homme n'était pas quelqu'un de gentil, il le savait. Il était injuste, privilégiait les Serpentard, semblait éprouver du plaisir à cracher des sarcasmes, et ne donnait pas l'impression d'avoir la moindre envie de changer son comportement.

Harry comprenait que c'était nécessaire pour être crédible aux yeux de Voldemort, mais Snape n'avait eut aucune raison d'être comme ça avant le retour du Mage, pensa t-il en faisant claquer ses chaussures contre la pierre. Était-il mauvais ?

Comment Snape avait-il pu vouloir devenir un tortionnaire ? Est-ce qu'à l'époque, il ne savait pas ce qu'être Mangemort impliquait ? Etait-ce pour ça qu'il était devenu espion ensuite ?

Une fois devant les quartiers du professeur, il renonça à poser toutes ces questions. Il risquait bien de finir en ingrédient pour potion s'il osait demander ça à la terreur des cachots…

« Entrez. »

Harry avança pas à pas dans le salon bien plus chaud que le couloir. Il se détendit un peu, mais restait inquiet : la Légilimencie allait être aussi douloureuses que la dernière fois ? Est-ce que Snape allait profiter de son avantage ?

« Assis. » dit son professeur en interrompant ses pensées. Il lui montrait le canapé.

Le jeune garçon obéit et pris place, les genoux sautillants tant il était angoissé. L'homme en noir posa son imposante stature sur le canapé, face à lui, et croisa ses jambes sous sa robe.

« Bien. Que savez-vous sur l'Occlumencie ? »

« Heu… »

« Éloquant. » tacla Snape. « L'Occlumencie est l'art de protéger son esprit de l'intrusion d'une tierce personne. Il existe plusieurs méthodes. Aucune n'est meilleure qu'une autre dans l'absolu, le choix dépend de l'aisance de l'apprenti, et de ce que la situation impose. »

Le visage de Harry évoquait toute son incompréhension. Snape soupira et se pencha vers lui.

« En clair : soit vous videz votre esprit, soit vous créez des diversions et subterfuges, soit vous construisez un vulgaire bouclier. Je ne pense pas que vous soyez à la hauteur des premières méthodes. », dit Snape avec sarcasme.

Harry se contrôla et ignora la pique. Il n'était pas si incapable.

« Ne pensez pas à un chat. » ordonna Snape.

Bien sûr, l'image d'un chat se forma dans son esprit.

« Mais… c'est impossible de ne pas penser ! » le contredit Harry.

« C'est une question de discipline. C'est même assez simple, comment faites-vous pour vous endormir ? » dit Snape en haussant un sourcil.

« Bah… j'attends de tomber de sommeil, j'imagine. »

Snape fronça les sourcils. Cette réponse n'avait pas l'air de lui plaire.

« Ce n'est pas une solution. Mais l'Occlumencie pourra vous aider à vous endormir normalement. »

Cool, pensa Harry. Tant qu'à faire, il voulait bien prendre tous les avantages que cet apprentissage qui s'annonçait long et pénible offrait.

« Nous allons essayer la méthode des subterfuges alors. Essayez de penser à un souvenir en particulier, une image, et tenez vous-y. Je n'envahirais pas votre vie privée, et je ne chercherais pas de souvenirs humiliants, puisque c'est votre crainte. A chaque fois que je tenterais de fouiller, restez sur ce souvenir. Restez-y agrippé. »

Harry hocha de la tête. Ça n'avait pas l'air bien compliqué. Une image… Le feu de cheminée de Snape, voilà qui ferait l'affaire.

« Prêt ? Legilimens. » prononça Snape.

Il sentit une nouvelle fois cette présence étrangère s'enfoncer dans son esprit, déchirant un peu son crâne et faisant siffler ses oreilles. Mais c'était bien plus doux que la dernière fois. Il s'imagina son petit feu de cheminé, crépitant. Mais Snape poussait. Il voulait voir autre chose. Harry le sentit fouiller du côté du déroulement de sa journée.

La cheminée. Le feu. Chaud et confortable…

Snape poussa encore, cherchant plus loin, grattant plus fort. Harry eut un bref éclair d'une vision de lui-même dans son lit, en train de pleurer. Il la repoussa.

La cheminée. Le son du bois, l'odeur des cendres.

Là, une griffe puissante sembla trancher son esprit, fouillant sans aucune pudeur quelque chose, plus loin ! Harry revit des moments de vies chez Dursley, mais réussit à les éloigner rapidement, les uns après les autres.

La cheminée, la cheminée !

Mais Snape était trop puissant. La griffe tordit ses pensées et sa mémoire, et il lui sembla voir les yeux froids et puissants de son professeur devant lui.

L'image de la cheminée éclata. Snape avait gagné.

Harry se retrouva projeté à nouveau dans le monde physique, les fesses bien ancrées dans le canapé, ses bras parcourus de spasmes.

« Ce n'était pas si ridicule pour une première fois. Vous avez tenu cinq secondes. »

« Vous déconnez ? Il s'est passé au moins plusieurs minutes ! »

« Non Potter, je ne plaisante pas. Le temps qu'il se passe durant une connexion est très court. Et notre… bataille mentale était rapide. Vous sentirez cela au fur et à mesure des exercices. »

L'homme arborait un petit sourire satisfait. Il semblait ravi de ne pas s'être fait expulsé de l'esprit de son élève, cette fois-ci.

« Cette méthode ne vous convient pas. Ce n'est pas naturel pour vous. Connaissant votre nature… impulsive, je pense qu'une méthode moins subtile sera plus efficace. Le bouclier me semble bien être un choix approprié, finalement. »

Harry ne savait pas s'il devait se sentir insulté ou non.

« Vous avez l'air à l'aise avec le feu. Pourriez-vous imaginer une barrière avec cet élément ? Créer un cercle de feu protégeant vos souvenirs et vos pensées. Prêt ? »

« Hm. »

« Legilimens. »

Harry se retrouva au centre de lui-même, entouré par de larges flammes ondulantes. Lui, était assis en tailleur, au milieu d'elles. Snape avait raison, le feu était un élément qui le mettait à l'aise.

« Voyons comment vous vous en sortirez cette fois. » demanda Snape, ayant une consistance matérielle dans son esprit, derrière le rideau de flammes. Il flottait dans le néant.

Ses yeux noirs se fixèrent au siens et il commença à pousser dans son cerveau à la recherche d'informations.

« Qu'avez-vous mangé ce matin ? »

Avec horreur, Harry ne pu s'empêcher de penser à son petit déjeuner et vis la scène se rejouer dans son esprit. Une pomme, de l'avoine, un verre d'eau. C'était comme avec le chat : impossible à contrôler.

« A quoi servent ses flammes au juste ? Utilisez les, bon sang. » rouspéta Snape.

Oui, mais elles étaient sensées le protéger des attaques de Snape, pas de ses propres pensées !

Comme pour appuyer un peu plus sur son incompétence, Snape s'approcha de lui, son regard toujours vissé sur le sien, et effleura les flammes du bout des doigts. Aucune douleur ne déforma ses traits.

« Ce ne sont pas de vrais flammes. Les lois physiques ne s'appliquent pas ici. Nous flottons dans le vide de votre cerveau, ce feu ne brûle sur rien… Si vous ne leur demandez pas de brûler, elles ne brûleront pas. Il faut penser à tout. La seule limite est celle de votre esprit. Il faut vous persuader que ces flammes peuvent brûler. Qu'elles peuvent brûler un être sans corps. »

Oh. Encore quelque chose qu'il apprenait. Il posa son regard sur le cercle enflammé. Il fallait qu'elles soient brûlantes... dangereuses. Elles étaient destructrices, elles feraient fondre la peau de quiconque les toucheraient. Elles étaient si puissantes, qu'elles pouvaient agir sur le plan psychique.

Il semblait à Harry qu'elles avaient l'air plus chaudes maintenant. Il releva ses yeux verts vers ceux de son professeur, attendant son verdict.

L'homme approcha une nouvelle fois sa main, et la passa dans les flammes.

Que ses doigts fondent.

Snape recula vivement et étouffa un grognement en se tenant la main.

« Bravo Potter. » grogna t-il.

Harry était fier de son petit exploit.

« Mais j'ai une question. Qu'est-ce que ça vous fait d'imaginer Weasley sur son lit d'hôpital ? »

La bouche de Harry s'ouvrit toute seule et son sourire disparu. Comment Snape osait-il parler de ça maintenant ?

Mais il ne comprit son erreur que trop tard. Il ne pensait plus aux flammes, il ne pensait plus au bouclier, alors il était sans protection. Snape eut un rictus carnassier et s'empara du souvenir, fondant dans sa mémoire comme une flèche.

Et Harry se retrouva à nouveau sur le canapé, le souffle court.

« Merde. » lâcha t-il.

« Encore. Trouvez autre chose. Ouvrez les yeux quand vous êtes prêt. » le pressa son professeur.

Harry ferma les paupières, sentant un nouveau mal de crâne se pointer. Un autre bouclier. Il ne voulait pas être à la merci de Snape, il lui fallait une protection. Un endroit où il se sentait en sécurité…

Il ouvrit les yeux.

« Legilimens. »

Snape se retrouva cette fois-ci dans une maison moldue. Harry avait choisi de l'emmener ici, en terrain inconnu, mais que lui connaissait comme sa poche. Il était terré dans son placard, et la petite porte qui y conduisait était invisible. Snape ne l'aurait pas.

« Charmant. C'est donc l'endroit où votre famille vous a choyé. » susurra l'homme en marchant dans le couloir de l'entrée, glissant ses doigts sur les meubles. Harry quant à lui, avait une sorte de vue externe sur la scène. Il était dans son placard, mais il voyait l'homme marcher.

« Vos moldus ne sont pas là ? »

Harry résista à la tentation de penser à eux. Son placard. Le noir. Le noir qui protège toujours. Ne penser à rien. Arrêter de respirer.

Prétendre ne pas exister.

« Et votre chouette, Potter. Où est-elle ? »

Il se concentra à nouveau, tentant de se boucher les oreilles avec ses mains, mais c'était peine perdue : Snape était dans sa tête.

« A quoi ressemble votre oncle ? Il à l'habitude de s'asseoir sur ce fauteuil ? »

L'image du moldu obèse apparu dans le siège, malgré lui. Snape plissa les yeux.

« Et votre tante ? »

L'image de sa tante se rajouta à la scène. Elle avait les lèvres pincées au milieu de son visage creux, son regard perdu dans l'écran de télévision.

« Charmant tableau. Et vous ? Où êtes vous ? »

Cette fois, Harry feinta : il visualisa le noir de la pièce, et Snape n'était pas plus avancé.

« Bien. Une dernière question. Quelle est l'adresse de cette maison ? »

4 Privet Drive, affichait le panneau qui venait de surgir dans les pensées de Harry, et donc dans celui de Snape.

« Parfait monsieur Potter. Je sais désormais comment et où attaquer votre famille. »

La voix de Snape claqua, cassante. Et il avait raison. Si Voldemort avait été à sa place, Harry n'aurait pas pu les protéger.

Le retour à la réalité fut plus violent encore. Il s'écroula sur le tapis.

Harry se releva tant bien que mal, les dents serrées.

« C'est dur », protesta t-il.

« Je n'ai jamais dit que cela ne le serait pas », répondit Snape avec un sourcil levé, « Il vous faut un autre bouclier. Ne pensez pas à quelque chose qui pourrait vous cacher, ce n'est pas le but. Vous devez imaginer quelque chose qui vous permettes de cacher vos souvenirs. De les protéger. Et à la fois, trouver une méthode pour résister aux attaques. Là, vous avez juste caché votre représentation de vous-même, vos souvenirs étaient partout autour de moi, je pouvais y piocher à volonté. Cachez-les. »

La fatigue et la sensation d'échec commençait à énerver Harry. Il ferma les yeux presque douloureusement, et créa une nouvelle fois un bouclier. Cette fois, Snape allait morfler.

« Legilimens. »

Harry avait choisi d'être nulle-part. Il n'avait pas de corps physique. Il était partout. Et il observait avec colère son professeur, perdu dans un labyrinthe. Le labyrinthe du Tournois des Trois Sorciers.

Pour une fois, l'homme ne fit aucun commentaire. Ni compliment, ni critique. Il se contenta d'avancer.

Harry sentit une première poussée secouer son crâne. Il réagit vite, et conjura des lianes qui s'enroulèrent à la vitesse de la lumière autour de Snape. L'homme hoqueta presque de surprise et suffoqua. L'attaque mentale cessa immédiatement.

Harry retint avec peine un petit ricanement : c'était au tour de Snape de se sentir perdu.

Le professeur reprit son souffle et regarda les lianes disparaître aussi vite qu'elles étaient venues. Harry le vit étudier son labyrinthe. Les murs de buissons étaient démesurément haut, recouverts d'épines aussi tranchantes que des poignards, et le ciel était inexistant. Seul existait le labyrinthe. Sombre, inquiétant, silencieux.

Froid.

« Ça ne vous ressemble pas, Potter. Il vous faut un bouclier à votre image pour pouvoir le tenir ! » jugea Snape dans le vide.

Qui était-il pour savoir ce qui lui ressemblait ? Harry sentit sa colère monter encore. Il n'était pas un enfant, pas après tout ce qu'il avait vu, à quoi Snape voulait que son esprit ressemble ?

« Vous ne voulez pas répondre ? Très bien. » murmura Snape.

Harry sentit une nouvelle attaque. Plus puissante encore. Furieux, il utilisa sa douleur comme énergie de riposte. Snape voulait le faire souffrir ? Il souffrirait tout autant. L'homme gémit et eut un sourire satisfait, mais il était Mangemort : bien plus endurant que lui. Ça ne fonctionnerait pas. Il changea de tactique.

« J'ai vu une petite fille tuée dans une vision. Et sa mère a été violée à côté de son cadavre », cracha t-il, sa voix résonnant de toute part puisqu'il était partout à la fois, « Combien de fois avez vous commis les mêmes horreurs, Mangemort ? »

Snape ouvrit la bouche et ne put contrôler son expression incrédule.

Il devait le faire perdre. Il devait lui prouver qu'il n'était pas un idiot incapable. Et il était en colère, et sa tête était en feu.

« Vous vous en souvenez au moins ? Oui, bien sûr. Et combien de cauchemars avez vous fait ? Combien de fois avez vous vomi votre repas en repensant à vos actes ? Ou peut-être que vous avez apprécié ? »

« Vous allez trop loin Potter… » le prévint son professeur. Pourtant, Harry éprouvait une satisfaction particulière. Il pouvait enfin se défouler, extérioriser sa souffrance. Ça faisait du bien.

« Alors..? Vous n'attaquez plus ? » le nargua t-il.

En guise de réponse, Snape serra les poings et composa un visage froid et dangereux. Harry se sentit soudain perdre le contrôle : Snape attaquait de nouveau, de manière plus puissante que jamais. Son esprit se contracta sur lui même, et le labyrinthe trembla. Les murs rapetissèrent, et Harry en eut le souffle coupé. Il tenta de résister plus fort, mais Snape était un maître, et lui n'était rien.

Harry se rendit compte d'à quel point il avait été stupide de le provoquer.

« Gardez le contrôle ! » lui intima l'homme.

Harry retourna sa douleur contre Snape, mais ça n'avait aucun effet. Alors il eut une idée.

Snape avait dit qu'il était difficile de gérer une émotion pendant une intrusion mentale. Était-ce vrai pour le Legilimens également ?

Il se concentra, tentant de mettre de côté l'attaque puissante de son professeur, et rassembla sa douleur immédiate, ainsi que son angoisse par rapport à Arthur, son horreur face à sa première vision, sa peine et sa solitude, sa culpabilité… Et diffusa toute cette énergie bouillonnante dans le labyrinthe.

L'esprit de Snape fut touché de plein fouet, et il gémit en reculant. Harry profita de ce moment de faiblesse pour pousser le plus fort possible Snape hors de son esprit, et… ça marcha.

A présent, dans le salon et devant la cheminée, tous les deux étaient tombés sur le sol, trempant de sueur.

« C'était… à la fois stupide et ingénieux » articula Snape.

Harry s'effondra contre le bord du canapé, toujours sur le tapis. Il regardait Snape avec défi.

« Me donner accès à vos émotions, aurait pu me permettre d'accéder aux souvenirs qui y étaient liés très facilement. Mais je dois admettre que j'ai été surpris. Effectivement, vu votre… état émotionnel, vous auriez été bien incapable de vider votre esprit. La technique du bouclier est bien plus adaptée à votre situation. »

Harry attendait sa remontrance qu'il sentait venir.

« Pour votre gouverne, je ne sais pas combien de personnes j'ai tué. On perd le compte. » annonça t-il d'une voix basse et dangereuse, « Mais je n'ai jamais commis le crime dont vous m'accusez. Je n'ai jamais partagé leur sadisme. Ne vous avisez plus de m'insulter de la sorte. »

Le jeune homme réprimandé eut la décence de baisser les yeux.

« Quelqu'un de votre âge ne devrait pas avoir à subir les petites séances de divertissement du Seigneur des Ténèbres. Mais votre esprit gryffondoresque est buté, vous devriez maîtriser convenablement cet art et réussir à vous protéger de Lui. »

Le compliment eut l'air de lui arracher la gorge.

« Je ne suis pas contre des techniques sournoises comme vous m'en avait fait la démonstration. C'est même une bonne idée. Mais si vous voulez faire mouche, frappez dans le mile, pas à côté. » l'informa t-il, « Cependant, vous comprendrez que je me dois de vous mettre en difficulté. J'utiliserais donc ces méthodes également. »

« D'habitude, vous ne prévenez pas. » ne put s'empêcher de tacler harry.

Snape soupira et se hissa sur son fauteuil, en bien meilleur état que son élève.

« Il me semble que nous sommes en trêve. Mon but est de vous aider à survivre. »

« Ça ne vous empêche pas de me haïr. » s'emporta Harry. Il ne savait pas pourquoi il s'énervait de la sorte, mais il sentait quelque chose en lui qui brûlait de colère.

« Ne dîtes pas de sottises. Si je vous haïssait vous seriez déjà mort. Et je me dois d'être aussi désagréable que possible en public pour ne pas compromettre ma couverture ! »

Oh, Harry vit rouge. Tant de mauvaise foi…

« Et c'est quoi votre excuse pour les quatre dernières années ? » Cracha t-il.

L'homme serra les poings sur les accoudoirs de son fauteuil et ouvrit la bouche pour répondre, mais se ravisa. Il passa à la place une main dans ses longues mèches noires.

« Je n'ai pas de comptes à vous rendre. Je comprends que la situation des Weasley vous soit insupportable, mais ce n'est pas une raison pour vous servir de moi comme exutoire. »

Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Les adultes, toujours les mêmes : ils demandaient du respect, mais n'en donnaient aucun en retour... Néanmoins, il tint sa langue. Il sentait qu'un mot de plus aurait pu faire basculer la trêve dans les limbes.

Sa colère toujours présente, il se mordit la langue et ne dit plus rien.

« Notre leçon est terminée », annonça le professeur en se levant, « Rentrez dans votre dortoir. Vous avez votre baguette ? »

« Oui. » dit Harry d'une voix sèche.

« Bien. Vous reviendrez demain, à la même heure. Ne soyez pas en retard. »

Harry sortit sans un mot de plus, manquant de bousculer une des larges étagères sur son passage.

Il ne vit pas la biche argentée qui le suivait de loin.


Quand il passa le portrait de la Grosse Dame, qui avait d'abord refusé de le laisser entrer sans qu'il sache pourquoi, il tomba dans une Salle Commune bien oppressante.

Ron était assis devant le feu, les yeux vides, Ginny était entourée de ses deux autres grands frères, et Hermione avait des larmes sur ses joues. Ils étaient seuls.

Son cœur manqua un battement.

Personne ne l'avait entendu entrer, alors il s'avança à tâtons vers la cheminée imposante.

« Qu'est-… qu'est-ce qui se passe ? » dit-il d'une voix tremblante.

La tête de Ron s'enfonça encore plus entre ses genoux, et c'est George qui prit la parole, ses yeux puisant de la force dans ceux de son jumeau.

« Papa est parti. »

Non.

Non, ce n'était pas possible. Harry passa son regard affolé sur ses amis, mais il dû se rendre à l'évidence : c'était la vérité. Ses jambes chancelèrent, et il ne pu s'empêcher de se demander combien de morts il était capable de supporter. Il se laissa tomber sur un des fauteuils pourpres, en état de choc.

« Mais… mais ils avaient dit qu'il pouvait s'en sortir, que le coma l'aiderait à- »

« Tais toi ! Il est mort, cette idée de coma était une connerie ! » tempêta Ron en sortant de son mutisme.

« Je- »

Cette fois, Ron se leva pour de bon et se planta face à lui, le dominant de toute sa hauteur.

« 'Je' 'je 'je' ! Il est pas question de toi là ! Mon père est mort, qu'est-ce que tu compte faire ? T'excuser ? Dire que c'est triste ? Pourquoi c'est toi qui fait cette tête de chien battu ?! »

« Ron, arrête ! » tenta de le calmer Hermione.

Harry se ratatina sur lui-même.

« Je comprends… »

« Pardon ? T'as jamais connu tes parents. T'as aucun souvenir d'eux ! Tu ne peux pas comprendre ce que c'est de perdre quelqu'un que tu as connu, quelqu'un pour qui tu as des milliers de souvenirs, quelqu'un dont tu peux encore sentir l'odeur ! » cria Ron, des larmes sur les joues.

La bouche de Harry était ouverte dans une expression choquée.

Il sentit une boule monter dans sa gorge et demander à sortir, alors il prit la fuite en poussant Ron loin de lui et se réfugia dans son dortoir.

Il n'avait rien fait. Pourquoi cette colère ?

...Rien fait ? Vraiment rien ? lui susurra une voix. Qu'en était-il de sa vision ? Et s'il en était sorti plus vite ? Et s'il avait réussit à empêcher Voldemort de lancer l'ordre d'attaquer ?

Et s'il était un peu coupable, dans le fond ?

Non, non, non, se défendit Harry. Il n'y était pour rien ! Il ne contrôlait pas ses visions !

Mais s'il en avait parlé plus tôt à quelqu'un, s'il avait commencé les leçons plus tôt…

Incapable de faire face à ces pensées, il se balança d'avant en arrière sur son lit, dans un état de détresse immense.

Arthur était mort.

La guerre était là. C'était pour de vrai. C'était quelqu'un qui lui était cher. C'était pour de vrai.

Sa respiration se fit sifflante, et il se sentit paniquer : il étouffait. Comme la dernière fois. Il était tellement pris dans ses pensées d'horreur qu'il n'entendit pas Fred et George monter à sa rencontre.

« Eh, n'écoute pas Ron, il est juste… Depuis l'attaque il a refusé d'imaginer que Papa pouvait mourir. Alors que les médicomages nous ont prévenu que c'était ce qui allait arriver. » déclara Fred avec douleur.

Puis il sembla se rendre compte dans la pénombre que Harry n'allait vraiment pas bien.

« Merde. George, vient m'aider ! »

Les deux jeunes hommes accoururent vers Harry, qui les suppliait du regard. Aidez-moi !

« Anapneo ! » lança un des deux rouquins.

Harry sentit sa gorge se gonfler d'air brusquement, stoppant son hyperventilation. Il s'accrocha au pyjama de George, et prit de grandes et profondes inspirations.

« Là, Harry, là… »

« Il doit être autant choqué que nous. On aurait dû lui annoncer avec plus de tact », réalisa Fred. George acquiesça.

Les trois garçons restèrent un moment ainsi, sur le petit lit de Harry. Quand il parvient à se reprendre, il s'éloigna et se retrancha à l'écart, désolé.

« Pardon… Ce n'est pas… Je ne devrais pas réagir comme ça… » gémit-il.

« Qu'est-ce que tu racontes ? »

« C'est votre père ! »

Les jumeaux se lancèrent un regard indéchiffrable, et Harry se souvint de ce que Snape lui avait dit sur la Légilimencie naturelle entre jumeaux.

« Hé, personne ne contrôle ça… Hermione pleure presque autant que Ginny tu sais ! » tenta de plaisanter George.

« C'est normal, tu passais tous les étés avec nous, tu passais presque autant de temps que nous au Terrier... tu fais partie de la famille Harry ! »

Harry leva des yeux plein d'espoirs vers eux.

« Ron est idiot. Il se rend pas compte… Papa nous avait déjà mis dans la confidence. Il savait que son comportement au ministère lui risquait une attaque du taré. »

« Hm », confirma Fred, « lui et Maman nous ont parlé de la première guerre… Ils n'ont pas voulu inquiéter Ron et Ginny, ils disaient qu'ils étaient trop jeunes pour comprendre le danger. Mais avec Charlie et Bill on était au courant que… que notre famille était une cible. » dit-il en haussant les épaules d'impuissance.

« Bon, Percy est un crétin et il a dit que nos parents étaient idiots de se ranger vers Dumbledore mais… Écoute Harry… »

La paire se concertèrent du regard, incertains de quoi dire. Harry était presque sous la couette, et se sentait comme un enfant qui s'apprêtait à entendre une grande révélation de ses parents.

« Il va falloir être fort. Il ne faut pas rentrer dans le jeu de Tu-Sais-Qui. D'autres vont mourir, on le sait. Ça sera peut-être Maman, peut-être Bill, peut-être nous. Mais il faut se préparer à l'idée. »

« George, tu y vas fort… »

«Évidemment ! C'est Harry ! Tu crois que le l'autre dangereux va attendre que Harry soit prêt ? Ça fait des années qu'il essaie de lui mettre le grappin dessus, il doit se rendre compte que peu importe ce que les journaux disent, c'est la guerre, des gens vont mourir. »

Harry savait bien tout ça, mais il voulait se rouler dans la couette et pleurer, c'est tout. Les deux rouquins lui envoyaient à la figure toutes ses inquiétudes et ses peurs. Il n'était pas prêt. Il voulait faire son deuil, et que plus personne ne meurt.

« George, il a quinze ans... »

« On est pas bien plus vieux. »

Harry comprit à cette phrase que les jumeaux étaient bien plus affectés qu'ils ne le montraient. George voulait se battre, participer. Les deux jeunes hommes avaient l'air de prendre la mort de leur père d'une toute autre manière que le reste de la famille.

Fred poussa George à le laisser tranquille, et ils partirent en le rassurant sur le fait que Ron s'excuserait le lendemain.

Harry attendit qu'ils soient loin, et tendit son bras vers sa malle pour en retirer un pull. Son dernier pull de Noël.

Il se cacha ensuite sous la couette en tirant ses rideaux, et serra compulsivement le tissu avec un ''H'' brodé de fil d'or.

Ils étaient en guerre, mais pas cette nuit.

Il était la cible de Voldemort, mais pas cette nuit.

Il devait se battre… mais pas cette nuit.

Cette nuit, il était un enfant de nouveau orphelin, avec son doudou dans les bras. Rien d'autre.

Il serait fort demain.


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A la prochaine !