Bonjour tout le monde et bienvenue, BIEEEENVENUE sur la fanfiction de... oups pardon je me suis prise pour Bob Lennon 8)
Je suis en plein Nano, mais j'ai pris le temps de corriger cet interminable chapitre :D Merci beaucoup à Thaïs pour ses corrections et précieux conseils (Celebrimbor te béni pour ta patience ) !
Bienvenue donc, et bonne lecture !
CHAPITRE 6
"C'est un digne homme, mais sa mémoire ressemble à un débarras : ce dont on a besoin est toujours enfoui." - J.R.R Tolkien
Assis sur un imposant roc enraciné dans la terre, Harry laissait ses pensées dériver, bercées par la vision tranquille du lac. L'air était froid, mais encore supportable. Une petite brise secouait ses cheveux emmêlés, et des milliers de feuilles dorées jonchaient le sol, se mêlant à la gadoue.
Il avait décidé de ne pas manger ce midi. Cette mauvaise habitude commençait à s'installer, mais il aimait beaucoup se reposer dans le parc, loin des bruits et des regards haineux... ça valait bien la douleur d'un estomac vide.
Des pas se firent entendre derrière lui. Tout était silencieux, il n'aurait pas pu les ignorer, et il reconnu leur propriétaire. Harry ne fut donc pas surpris lorsqu'il entendit Ron se racler la gorge dans son dos.
« Salut… Comment tu vas ? » demanda sobrement le rouquin.
Celui ci se tenait en appui sur une jambe, gêné et clairement incertain de la conduite à tenir. Il avait conscience d'avoir fait du mal à son ami qui ne l'avait pas mérité, mais il ne savait pas vraiment comment réparer son erreur.
Le vent se leva et fit brasser quelques vagues : dans le décor, seuls eux étaient immobiles et muets.
C'est Harry qui brisa le silence.
« Et toi ? » éluda t-il.
Le rouquin détourna le regard et lissa les pans de sa robe pour se donner contenance, faisant briller son insigne de préfet par mégarde.
« Écoute Harry je… je suis désolé de t'avoir crié dessus. »
« C'était injuste… et c'était pas la première fois. » fit remarquer Harry.
Tous deux avaient en tête les épisodes affligeants du Tournois des Trois Sorciers, lorsque la jalousie de Ron l'avait consumé jusqu'à le pousser à rejeter son meilleur ami. Harry en avait énormément souffert.
Combien de fois Ron allait-il avoir ce genre de comportement ? Allait-il se rendre compte un jour que sa situation de Survivant n'était en rien enviable ? Que lui, donnerait tout ce qu'il avait pour vivre à la place de Ron ?
« Je sais » admit celui-ci, « Je suis désolé. J'suis con parfois, tu le sais bien. » dit-il en haussant les épaules.
Harry leva un sourcil qui voulait clairement dire : ''Parfois ?''
Il soupira et se remit à fixer le lac.
En cette fin d'automne, tout était gris autour d'eux et le vent sifflait entre les branches déjà presque nues. Beaucoup de gens auraient trouvé ce paysage maussade et froid, mais Harry y trouvait un reflet de lui-même. Il ne pleuvait plus, aucun orage ne déchirait le ciel, le temps était calme. C'était comme le soulagement qui l'envahissait après chaque crise de larmes : il était épuisé, ses joues étaient humides, mais il avait assez pleuré.
Il se sentait mieux, prêt à affronter le monde.
Les jumeaux avaient raison, ils étaient en guerre. Et il avait un but : maîtriser l'Occlumencie afin de protéger les siens.
« On… on est toujours amis ? » demanda presque timidement Ron en balançant sur ses pieds.
Harry ne put qu'admirer la candeur de cette phrase. Mais il comprit. Ron souffrait, Ron avait perdu son père, et il n'avait pas besoin, en plus, de perdre un ami.
« Évidemment, idiot » dit-il avec un faible sourire. « Mais il faudrait qu'on mette des choses à plat tu ne crois pas ? »
Harry fixa longuement Ron, puis se retourna vers l'étendue d'eau glaciale. Son ami s'avança jusqu'à être à ses côtés, ses chaussures s'enfonçant dans la boue.
« Tu… » commença Harry, cherchant ses mots. « Tu as le deuil. Et moi, j'ai l'absence, tu vois ? Je ne saurais jamais ce que c'est d'avoir une famille, des parents. Quelqu'un qui me lit une histoire, qui me met un pansement, qui est fier de moi. J'ai toujours été seul. Je n'ai jamais eu tout ça. »
Ron ne dit rien, mais Harry sentit qu'il s'était tendu, et retenait peut-être des larmes. Il passa une main nerveuse sur ces propres yeux humides avant de continuer.
« Et toi, tu es assailli de souvenirs je suppose. Tu ressens du manque, tu n'es pas habitué à être seul, c'est brutal. Je crois… je crois que nos deux situations sont injustes et tristes. Et je crois qu'aucune n'est plus enviable qu'une autre. Je ne peux pas savoir ce que tu ressens, et tu ne peux pas être à ma place non plus. Mais ton père est le premier adulte — avec ta mère — qui m'a accepté chez lui, comme un membre de sa famille. Tu ne peux pas savoir comme ça m'a rendu heureux ! Mes premiers cadeaux de Noël, les pulls de ta mère, les vacances, les anniversaires… tout ça, ce sont des premières fois que j'ai vécu avec tes parents. Et parfois… parfois j'ai pu me laisser croire que j'étais juste un garçon de plus au Terrier. »
Ron le regardait maintenant avec une expression bouleversée, comme s'il ne s'était jamais douté de tout ce qui traversait l'esprit de Harry en ce moment.
C'était sûrement le cas.
« Alors oui, j'ai dépassé les bornes, je n'aurais jamais dû me laisser croire ça. Mais du coup, moi aussi j'ai mal. J'ai perdu une des premières personnes qui m'a accepté chez elle alors que j'étais rejeté dans ma propre famille... J'espère que tu comprends. » rajouta t-il en se tournant vers l'adolescent qui le dépassait de nombreux centimètres.
Exprimer ses sentiments de façon si ouverte lui demandait un effort immense, et il regrettait presque d'avoir parlé autant, tant il craignait la réaction de son ami.
Ron avait la gorge serrée et ne faisait pas confiance en sa voix, alors il prit Harry dans ses bras avec une infinie tendresse. Comme Molly, pensa Harry.
Abandonnant ses doutes, il se laissa porter par les vagues de soulagement que lui prodiguait l'accolade du rouquin, et ses paupières se fermèrent doucement sous le coup de la gratitude.
Il n'était pas si seul que ça.
« T'es comme un frère pour moi, imbécile ! » railla Ron, un sourire larmoyant dans la voix.
Harry savait qu'il était sincère, mais il restait lucide. D'abord parce qu'il n'avait pas été autorisé à aller l'enterrement (seule la famille avait le droit de quitter l'école pour s'y rendre), mais aussi parce que plus le temps avancerait, moins ils seraient proches. Leur amitié d'enfants était déjà loin, et l'amour que ressentait Ron pour Hermione prenait le pas sur leur trio — Harry avait enfin ouvert les yeux sur les mains tendues, les caresses et les sourires.
Les temps se faisaient de plus en plus sombres, et Harry qui s'étaient déjà senti différent suite aux événements tragiques du cimetière, savait que le fossé ne pouvait que se creuser plus encore.
Et puis… tant qu'il ne maîtriserait pas son esprit, il ne pourrait se permettre d'être trop proche de ses amis et par là même, leur faire courir un risque.
L'avenir était aussi sombre que le ciel d'automne, mais pour l'heure, il profita de l'accolade et respira l'odeur apaisante de Ron, humant son parfum de cannelle et de pain d'épice.
« Tu sais, j'ai vu que tu dormais avec. » chuchota le Weasley sur le ton de la confidence.
De quoi parlait-il ? Ah. le pull.
« …Moi aussi je dors avec. » rajouta t-il douloureusement, « Moi aussi. »
Harry se sentit rassuré par cette révélation. Ça voulait dire qu'il était normal, ce n'était pas un comportement étrange d'avoir transformé ce pull en doudou. Et… Ron ne lui en voulait pas.
Après tout, ces pulls étaient la marque de fabrique de la famille Weasley, il était fier d'en posséder un également. C'était ses cadeaux le plus précieux, avec la cape d'invisibilité de son père.
« Allez, on a potion. Courage, fuyons ! » plaisanta faiblement Ron en se mouchant dans sa manche.
Harry leva les yeux au ciel avec un sourire ressemblant à s'y méprendre à une grimace. Qu'il lui tardait de se retrouver encore face à Snape…
Ils se mirent en route et gravirent les marches humides de l'entrée du château avant de se faufiler dans le dédale des donjons visqueux. Si l'air frais était assainissant et agréable en extérieur, la sensation d'humidité glacée des sous-sols l'était beaucoup moins.
Le cours venait tout juste de commencer. Harry s'assit rapidement entre Ron et Neville tout en essayant d'ignorer le regard mauvais de la terreur des cachots.
« Granger, attachez vos cheveux. »
La jeune fille obéit sans commentaire, regroupant ses cheveux bouclés en un chignon lâche. L'art des potions demandait de suivre certaines consignes de sécurité. Harry remarqua que l'homme ne fit pas la même remarque à Pansy Parkinson, qui gloussait un peu plus loin, assise sous une gargouille défigurée par les siècles.
Était-ce parce qu'il ne faisait jamais le moindre reproche à ses serpents, ou était-ce parce qu'il rêvait secrètement que l'insupportable jeune fille se blesse, Harry eu un doute. Son sourire moqueur ne passa pas inaperçu puisque Snape le fusillait du regard.
C'était vraiment convainquant.
« Aujourd'hui, le cours portera sur la potion d'Aiguise-Méninge. Comme son nom l'indique, cette mixture permet à celui ou celle qui la boit d'augmenter ses capacités cognitives. Nul doute que la majorité d'entre vous y trouvera une utilité… Évidemment, il est interdit de la consommer avant un examen » rajouta t-il en entendant quelques exclamations enthousiastes. « N'essayez pas de violer cette règle. » les menaça t-il, sa voix forte résonnant contre les pierres humides de la salle.
Le sorcier drapé de ses interminables robes noires était suffisamment impressionnant pour qu'aucun élève ne s'y risque.
« Ouvrez vos manuels, suivez les consignes. En temps normal, je devrais vous demander de vous mettre par deux, cette potion demandant beaucoup de concentration. » dit-il de sa voix traînante. « Néanmoins, dans la vie réelle vous n'aurez pas toujours un acolyte à vos côtés pour vous assister dans votre tâche. Vous vous débrouillerez donc seuls. »
Harry soupira et replaça ses correctement lunettes sur son nez. La journée promettait d'être longue.
« Un problème monsieur Potter ? Désirez vous un sbire pour faire le travail à votre place ? » lança Snape avec un haussement de sourcil moqueur.
« Non monsieur. »
Le regard de Snape s'attarda encore quelques instants sur lui. Il fronça les sourcils en soutenant son regard. Harry cru déceler un petit rictus qui ressemblait à un sourire sur le visage de son professeur, mais celui-ci se détourna bien vite de lui pour allumer plusieurs torches d'un geste théâtral.
Quelques ricanements lui parvinrent de sa gauche. La petite clique de Draco se moquait ouvertement de lui, mais le blond l'encourageait discrètement du regard.
Bien. La potion.
Déterminé à prouver qu'il était capable de faire des mixtures de qualité, il s'appliqua et pu même donner un petit coup de main à Neville, qui était anxieux à cause de la présence oppressante du Maître des Potions.
« Merci Harry. »
Le survivant lui sourit en retour. Neville n'était pas son ami le plus proche, mais il avait toujours éprouvé beaucoup de sympathie pour lui. C'était un garçon humble et bienveillant, ce qui était une vraie bouffée d'air frais à Poudlard — ou plus largement dans le monde sorcier —. Il se surprit à espérer que l'épouvantard de Neville était toujours la terreur des cachots : qu'il garde des peurs candides et soit protégé des temps qui courent...
A la fin de l'heure, il rempli sa fiole d'un échantillon de son travail, et la posa sur le bureau de Snape avec une expression de défi. Sa potion était aussi réussie que celle de Hermione. Son professeur ne dit rien, mais Harry savait qu'il approuvait sa hausse de niveau. De plus, ça donnait une excellente crédibilité à leurs supposés cours de rattrapage. L'adolescent sourit et quitta la classe.
Harry se laissa ensuite porter par la journée qui se déroula de manière correcte. La mort du père des Weasley planait sur l'école et l'humeur était morose, mais les adolescents trouvaient toujours des moyens de se changer les idées… Il traîna les pattes jusqu'à la salle de Défense, des friandises plein la bouche qu'ils s'étaient partagés entre élèves. Mais le goût sucré qu'il avait sur la langue devint amère quand une voix perfide et nasale susurra au dessus de lui :
« Oh oh oh. N'est-ce pas petit pote Potter ? Comment vous allez ? Tu sais… toi, et les voix qui parlent dans ta tête ? »
Peeves.
Oh si la magie pouvait faire effet sur cette plaie de l'école, il ne se gênerait pas pour le faire taire. Plusieurs élèves se moquèrent de lui, approuvant les paroles de l'esprit frappeur. Il préféra ne pas lui accorder un seul regard, sachant pertinemment que répondre à cette créature ne ferait que l'encourager dans sa malveillance. Il avait des années d'expérience en la matière. Serrant les poings autour des bonbons qu'il tenait dans ses poches, il garda les yeux résolument fixés droits devant lui, soutenu par Hermione, et continua d'avancer dans le couloir étroit. Mais la créature sournoise le suivit et s'amusa à lui renverser un pot d'encre sur la tête.
Harry s'arrêta quelques secondes et mordit ses les lèvres, bouillonnant de colère en sentant le liquide froid glisser entre ses cheveux et tâcher sa chemise. Il devait se retenir de répondre.
D'autres élèves atteints par quelques gouttes d'encre protestèrent et Peeves leur tira la langue. En soupirant, Hermione leva sa baguette et leur créa une bulle protectrice, et ils se dépêchèrent d'entrer dans leur salle de classe.
« Bonjour à vous. Je vois que notre sujet d'étude a encore une fois fait des siennes. » annonça Remus avec un sourire. « Recurvite. Allez, allez, asseyez-vous. »
Harry capta bien le regard perçant de son professeur sur lui, mais il ignora la pair d'yeux dorés puisqu'il se bornait à l'éviter depuis sa conversation avec Sirius.
Les pas des élèves firent craquer les lattes abîmés du parquet, expulsant de la poussière dans les airs, ce qui provoqua quelques éternuements. Harry renifla et s'assit au premier rang, tâchant de rester éloigné des bocaux placés sur les bibliothèques qui recouvraient les murs de pierre.
Dans le cours de Remus, il était toujours aux côtés de Hermione, puisque c'était avec elle qu'il s'entraînait la plupart du temps. Elle et Draco formaient avec Harry les meilleurs de la classe, il ne pouvait donc pas se faire tout petit ici.
« Aujourd'hui, nous allons voir concrètement les actions d'un esprit frappeur dans un cadre qui ne vous est pas familier. Vous êtes habitué à Peeves, mais tout le monde le connaît, et il est bridé dans ses actions par certaines règles de l'école qu'il est obligé de suivre. Mais un esprit frappeur domestique, c'est bien différent… »
Assis derrière son bureau, Remus tapota de sa baguette un large récipient dont s'échappait une lumière cristalline et des volutes souples. Harry reconnu l'objet comme étant une pensine, même si elle était d'apparence bien plus modeste que celle qu'il avait vu dans le bureau de Dumbledore, après le Tournois.
Hermione se dandina sur le banc à côté de lui pour tenter de mieux la voir, clairement intriguée. Le professeur murmura une formule et les volutes se déplièrent au dessus du large bureau, formant un écran de fumée arrondi.
Une télévision sorcière, en somme, conclu Harry.
« Ici, vous allez voir les souvenirs d'un moldu anglais. Notez bien les détails qui vous paraîtrons important et les questions qui vous viennent à l'esprit. » dit Remus en se décalant vers le côté de la salle.
Dans la surface fumeuse, des images se mirent à se former. Un homme asiatique d'une trentaine d'année était dans sa chambre, remplissant des papiers administratifs. Soudain, des bruits de vaisselle et d'eau se firent entendre, et cela fit sursauter l'individu.
L'homme tourna la tête vers la cuisine, qu'il ne pouvait pas voir de l'endroit où il était, avec un air de pure terreur sur le visage : il n'y avait personne d'autre que lui dans l'appartement.
La pensine leur transmettant également les pensées et les émotions du possesseur du souvenir, les élèves surent que ce n'était pas la première fois que cette scène se passait chez l'homme. Il était tétanisé, et n'osait pas sortir. Il ne voulait pas aller dans la cuisine. Il ne voulait pas aller dans cette pièce parce qu'il savait ce qu'il y trouverait : absolument rien. Rien à part des assiettes qui se lavent toutes seules, et une sensation de froid affreux.
Les volutes qui formaient l'écran bougèrent encore une fois, pour montrer une seconde scène.
Cette fois-ci, l'homme rentrait chez lui, les bras chargés de courses. Une fois passé l'embrasure de sa porte d'entrée, il se figea et un gémissement de peur resta coincé dans sa gorge.
La serpillière posée dans l'entrée était suspendue dans le vide.
L'homme lâcha ses courses dans le couloir de l'immeuble, et sortit à reculons sans quitter la serpillière des yeux. Il ferma à clef et se précipita dans la rue, de la sueur dégoulinant de son front.
Remus mis fin à la visualisation des souvenirs par un mouvement sec de sa baguette. Les élèves sortirent de leur torpeur et la lumière disparue de l'écran de fumée laissa la salle dans l'obscurité.
« Alors. Quelqu'un veut commencer ? »
« Oui » dit Dean en levant la main, « Si c'est un esprit frappeur, pourquoi il n'est pas visible ? »
« Bonne question. Parce que vous avez vu la scène comme la vécu l'homme. Et cet homme était moldu : il ne peut pas voir les phénomènes magiques. »
« Mais » l'interrompit Parvati en fronçant les sourcils, « il y a des moldus qui voient des choses pourtant ! »
Remus eu un petit sourire et s'assit sur le bureau.
« Oui, ce sont des moldus qui ont des ancêtres sorciers, ou à l'inverse des moldus qui sont de nouveaux porteurs du gène. Mais ce n'est pas le sujet de ce cours, miss Patil. »
La jeune fille baissa son bras. Hermione pris la relève.
« Mais vous nous avez dit qu'un esprit frappeur se forme de magie. Alors pourquoi y aurait-il des esprits frappeurs dans des lieux moldus ? »
C'était apparemment une question que leur professeur attendait, puisqu'il lui accorda cinq points avant de répondre.
« Il peut y avoir plusieurs raisons à cela. Premièrement, un sorcier ou une sorcière peut avoir vécu en ces lieux avant des moldus. Deuxièmement, le lieu de l'appartement peut être construit sur un ancien lieu sorcier ou païen. Troisièmement, la magie peut prendre différentes formes. La divination, la prière, la méditation, la transe… tout ces phénomènes sont des phénomènes magiques qui peuvent êtres pratiqués par des moldus. La magie ne viendra pas de leur corps et les effets seront moindre que chez des sorciers, mais la magie présente dans les environs, un objet, ou un animal, ira jusqu'à eux pour les accompagner dans leurs tâches. Ainsi, un esprit frappeur peut se créer de ces résidus magiques. »
Un petit ''aaah'' se fit entendre. Quelques sang-purs levèrent les yeux au ciel, ils savaient déjà tout ça.
« Les moldus sont régulièrement victimes d'esprits frappeurs. C'est ce qui alimentent leurs peurs et leurs œuvres d'épouvante. Le rôle des différents gouvernements sorciers est de s'assurer d'aider les victimes. C'est le même service que celui des Oubliateurs qui s'en charge. La plupart du temps, les attaques d'esprits sont mineurs alors les sorciers se font passer pour des médiums pour faire fuir l'esprit frappeur. Il arrive aussi que les moldus arrivent à faire fuir l'esprit par eux-même, à l'aide de prières et d'incantations. »
« Mais on ne leur jette pas d'oubliette dans ce cas ? » s'épouvanta une Serpentard, derrière Harry.
« Non. Les esprits frappeurs ne remettent pas en cause le Code du Secret. Tout comme les fantômes. Parce que les moldus y sont habitués et ne les associent pas à l'idée d'un autre monde : pour eux, ils font parti du leur. »
Harry n'était pas aussi intéressé que l'étaient ses autres camarades, mais le cours avait pour une fois un but pratique : tout le monde pouvait être concerné plus tard. Il se laissa absorber par la contemplation des détails de la salle de classe, comme par exemple ce bocal contenant un insecte d'un magnifique bleu roi avec les ailes implantées sur la tête. Draco dû s'apercevoir de son ennui, puisqu'un mot glissa sous les bancs jusqu'à arriver à ses pieds. Il l'attrapa avec un sourire, et lu le petit message de son amant. Il disait qu'il lui manquait, et qu'il espérait qu'il allait bien, compte tenu des événements récents.
Ça lui mit du baume au cœur.
« Professeur ? On peut changer un esprit frappeur d'endroit ? Ou alors on le… fait disparaître ? » interrogea à nouveau Hermione.
« Les esprits frappeurs ne sont pas forcément des esprits du lieu. Donc il est parfois possible de les déloger. Ça requiert un sort de bannissement. Mais parfois, ils sont attachés au lieu et il existe alors plusieurs solutions : soit l'esprit frappeur n'en était pas un, mais était juste un esprit du lieu mécontent, auquel cas il suffit de lui prêter attention et de lui demander ce qu'il souhaite. Soit on dématérialise l'esprit : c'est à dire que l'on fait le processus inverse de sa création, on fractionne la magie qui le compose, et on la disperse, ou l'utilise pour quelque chose. Quand l'esprit est trop puissant, comme Peeves, il ne reste plus qu'à trouver des accords avec lui… »
« Et si l'on rase la maison ? » insista Hermione.
« Si c'est un esprit du lieu, il pourra en mourir. Mais un esprit du lieu n'est pas belliqueux, ça serait cruel. Si c'est un esprit frappeur, il survivra dans les ruines du bâtiment. Ce n'est donc pas une solution efficace, et elle est très coûteuse. »
La sorcière acquiesça et reprit ses notes rapides.
Pendant ce temps, Harry griffonna sur un bout de papier pour Draco, le rassurant sur son état et lui déclamant des sentiments qui le faisait rougir. Il le vit voleter discrètement sous les tables, et Hermione était trop concentrée sur son parchemin pour se rendre compte de quoi que ce soit.
Puis, il se déconcentra totalement du cours. Jusqu'à ce qu'un nouveau petit bout de parchemin fasse son apparition. Il le prit avec un sourire, mais déchanta bien vite lorsqu'il le déplia :
''Taré.''
Juste un mot. Et pourtant… il se retourna vivement, cherchant à trouver celui ou celle qui était à l'origine de cette insulte, mais il ne vit aucun visage suspect. On le dévisagea juste parce qu'il était rouge de colère. Il froissa le papier entre ses doigts et serra les dents.
Hermione le remarqua et attira son regard vers ses yeux noisettes brillant d'inquiétude.
« Montre moi, qu'est-ce que c'est ? »
Harry refusa, mais elle claqua la langue et le lui arracha des mains. Elle lu le mot et, estomaquée, souffla une injure.
« C'est injuste… Tout ça est de la faute de la Gazette. Elle monte les gens contre toi. Même les élèves qui t'ont vu revenir avec le corps de Cédric sont persuadés que le retour de Tu-Sais-Qui n'est qu'une invention ! » chuchota t-elle
Harry grimaça et accouda son bras sur la table, sa main cachant sa bouche.
« Désolée… Je ne voulais pas t'y faire penser… »
« C'est rien » dit Harry en balayant l'air de sa main libre, « Mais c'est idiot. Qu'est-ce qu'ils s'imaginent qu'il lui est arrivé alors ? Une grippe foudroyante ? » ironisa t-il.
« La Gazette dit des choses contradictoires… Certains journalistes disent que c'est un accident du Tournois. D'autres… » elle n'osait pas finir sa phrase, mais elle obéit au regard insistant de son ami, « ils disent que c'est toi qui l'a tué. Oh ne les écoute pas Harry, ils sont idiots ! » rajouta t-elle en le voyant se tendre.
Une boule naquit dans l'estomac de Harry et il sentit ses yeux s'humidifier. Non seulement Cédric lui revenait en rêve pour l'accuser, mais même ses propres camarades pensaient qu'il était coupable ? Si tout le monde y croyait, il allait finir par y croire également…
La sonnerie retentit, et il s'échappa rapidement de la salle, abandonnant Hermione, et Remus qui l'appelait. Il courut dans les couloirs sans véritable but. Il suffoquait.
Ses pas le menèrent à nouveau devant les appartements du professeur Snape.
Décidément…
Mais il était stupide : Snape devait avoir finit son cours et était sûrement en train de se diriger vers la Grande Salle pour le dîner ! Heureusement, l'univers semblait être clément aujourd'hui, puisque la porte de la salle de Potions s'ouvrit.
« Potter ? Que faites vous là ? » s'empressa de demander Snape. Inquiet d'une éventuelle attaque, il sortit sa baguette pour les protéger. Mais il se ravisa vite quand il comprit que son élève était victime d'une attaque d'un tout autre genre.
« Potter, respirez. »
Harry leva ses yeux brouillés vers l'adulte, mais il était incapable de faire ce qu'il lui demandait. Snape râla quelque chose dans sa barbe inexistante et le tira dans ses quartiers, chuchotant le mot de passe à voix basse. De toute façon, Harry aurait été bien incapable de le comprendre vu son état.
Harry ne put s'asseoir, il sentait que c'était une mauvaise idée. Pour respirer, il devait rester debout.
« Anapeno » soupira l'homme.
Harry prit de grandes inspirations. Encore ce sort… Combien de fois en aurait-il besoin ?
Mais le souffle qui lui revint ne le calma pas, au contraire : il avait maintenant les pensées assez claires pour revivre la scène dans sa tête : le mot, le cimetière…
« Potter, asseyez-vous. » ordonna Snape en fronçant ses épais sourcils noirs.
Harry, qui était toujours incapable de parler, secoua la tête de nombreuses fois, le regard fixe. Il ne parvenait pas à faire disparaître les images qui dansaient devant ses yeux comme une flamme, ou un esprit dont il serait le lieu…
Était-ce vraiment de sa faute ?
« Potter, regardez moi ! Occludez ! »
Occluder ? Comment ? Il n'avait aucun ennemi à combattre. Personne n'était dans sa tête. Comment pouvait-il se défendre contre lui-même ?
« Faites un effort, si vous ne vous parvenez pas à vous calmer seul, je vais devoir entrer dans votre esprit. » le prévint Snape, essayant de lui donner le courage nécessaire. Mais ça ne fonctionnait pas du tout, au contraire : Harry était encore plus apeuré.
Harry était perdu au fond de son esprit, et ne voyait même plus le salon.
Snape maugréa alors quelque chose et brandit sa baguette sur son élève, le fixant de ses yeux sombres.
« Legilimens. »
Quelque part au fond de lui, Harry avait assez de lucidité pour savoir qu'il refusait que son professeur fouille dans ses souvenirs. Il ne voulait pas qu'il découvre ce qu'il cachait à tout le monde. C'était hors de question. Alors le labyrinthe se dressa à nouveau. Les murs végétaux étaient plus hauts que jamais, et les épines noires des ronces se dressaient contre l'intrus, comme dotées d'une volonté propre.
Snape fit claquer sa langue contre son palais. Il n'aimait vraiment pas ce bouclier. Beaucoup trop lugubre pour un adolescent normal.
Mais qui croyait encore que Potter était normal ? pensa t-il avec une ironie amère.
Harry quant à lui, n'avait cure des pensées de son professeur intrusif. Il s'était retranché dans le centre de son labyrinthe, là où personne ne pourrait le trouver. Là où tout ce qui comptait était à portée de main. Mais c'était une défense à double tranchant : il protégeait ses souvenirs et son âme, tout en étant à leur merci. De plus, être ici, au centre de son crâne, le mettait mal à l'aise.
Quelque chose de sombre y battait comme un cœur.
« Potter ! Je ne peux pas vous protéger de vous-même ! Videz votre esprit ! »
Je ne peux pas ! aurait voulu lui crier Harry.
Snape jugea la situation trop grave pour ménager la pudeur de l'adolescent. Il força autant que possible ses barrières et tenta de savoir ce qui tournait en boucle dans l'esprit de son élève. Il devait savoir. Pas par curiosité malsaine, mais parce qu'il sentait que la santé mentale de Potter était en jeu.
Et elle était peut-être en jeu depuis trop longtemps.
Harry sentit l'intrusion, et fit de son mieux pour y échapper, mais ses forces étaient trop faibles face à la volonté du maître Occlumens. Il vit alors ses souvenirs s'échapper, fuir de sa protection sous forme de filaments lumineux.
Non non non ! Snape ne devait pas savoir ! Personne ne le devait ! Trop de choses se cachaient dans ces souvenirs, trop de choses que lui-même refusait de voir !
Mais Snape ignora la détresse qui faisait trembler cet esprit instable. Il devait comprendre. Il avait un rôle à jouer dans cette guerre : protéger le survivant, même contre son gré.
Il amena à lui les volutes de souvenirs et pénétra en elles sans que Harry puisse y faire quoi que ce soit.
Snape vit le bout de papier et l'insulte brève et concise. Il vit Cédric tomber sur le sol les bras en croix et le regard vide. Voldemort le fixant de ses yeux rouges. Voldemort enfonçant son doigt dans la chair de sa cicatrice béante. Cédric l'accuser dans son sommeil.
NON !
Snape repoussa la maigre défense de son élève et continua sa visite. Il vit les journées sans fin de Potter dans sa chambre cadenassée. Il vit le regard méprisant de Pétunia. Le visage rond et stupide de Dudley. Les yeux de Dursley, brillant d'une haine à son égard presque aussi forte que celle du Seigneur des Ténèbres.
SORTEZ DE LA ! hurlait maintenant Harry, se tenant mentalement le crâne entre ses ongles, refusant d'en supporter plus.
Ils virent tout deux Vernon s'avancer et ruer son neveu de coups. Ils virent Pétunia le priver de nourriture. Ils entendirent Dudley jouer dehors avec des moldus, pendant que Harry mourrait de faim dans sa chambre. Ils virent Vernon l'accuser de tous les mots, le traiter de monstre, lui dire qu'il n'aurait jamais dû naître…
Je vous en prie, arrêtez, suppliait Harry. Était-ce à Snape ou à son oncle ?
Snape observa, stupéfait, l'élève le plus arrogant de Poudlard courber l'échine devant ce faible moldu. Il le vit obéir sans discuter, exécuter corvées sur corvées, supporter insultes sur insultes, coups sur coups.
Comme si, quelque part, il le méritait.
Et la culpabilité qu'il sentait vibrer dans l'esprit de Harry ne faisait que confirmer ses soupçons.
Merlin, il était temps de faire quelque chose.
Snape se retira sans tendresse de l'esprit de l'adolescent pour le retrouver prostré sur le sol en larmes, contre la bibliothèque.
L'homme, si sûr de lui par nature, se sentit subitement horriblement gêné par la souffrance dont il était témoin, par la pudeur qu'il avait violé. Il n'avait aucune idée de comment réagir.
Il se passa la main sur la peau tirée de son visage, tentant de recoller tous les morceaux du puzzle. Ainsi, il s'était bien trompé sur la personnalité du gamin…
De son côté, Harry n'était plus qu'une boule d'émotions contradictoires. Il était furieux contre Snape, mais aussi soulagé de ne plus porter ses souvenirs pour lui seul. Il était également plein d'angoisse : est-ce que Snape allait se moquer de lui ? Profiter de sa faiblesse ? En parler à tout le monde ?
« Je… » commença l'homme. « Je ne pensais pas que vos souvenirs des événements de l'année passée étaient si traumatiques. Je ne comprends pas pourquoi Dumbledore ne vous a pas proposé de psychomage. »
Il se savait pas non plus.
L'espion dû comprendre que Harry ne se sentait pas prêt à bouger, puisqu'il s'accroupit à ses côtés. L'étrangeté du geste le fit lever les yeux. Est-ce que Snape allait être aimable ? Pouvait-il lui faire confiance ?
« Potter. Pourquoi n'avez vous parlé à personne du comportement de votre famille ? » demanda t-il d'une voix calme.
Pourquoi ? Parce qu'il avait essayé. Il avait parlé à sa maîtresse de primaire quand il était revenu avec un large bleu sur la joue. Mais elle ne l'avait pas écouté. Il avait parlé à l'infirmière scolaire. Elle lui avait dit qu'elle allait organiser une rencontre avec ses tuteurs, mais ce n'était jamais arrivé.
« On ne peut pas faire confiance aux adultes. » répondit-il alors, d'une voix amère.
Snape le regardait à présent avec des yeux écarquillés, comme s'il le voyait pour la première fois. Ces mots… c'était des mots qu'il aurait pu prononcer quand il avait son âge. Il était même sûr de les avoir déjà dit.
C'était-il tant trompé sur Harry Potter ?
« Et Dumbledore, n'a t-il rien fait pour vous retirer de cette maison ? » demanda t-il. Il savait que le vieux fou n'aurait rien fait pour un élève lambda, mais pour le Survivant..?
Les yeux verts de Harry se perdirent sur les motifs étranges du tapis, éclairés par la cheminée un peu plus loin.
« Il devait être au courant », répondit Harry, « Mrs Figgs savait que ça n'allait pas bien. »
« Mrs Figgs ? »
« Une cracmol qui habite à deux rues de chez les Dursley. Elle me surveille sur ordre de Dumbledore. » avoua t-il. Au point où il en était, autant tout dire.
« Ce vieux fou ! » tempêta Snape sans pouvoir se retenir. Il se leva et se pencha vers sa cheminée, les poings serrés sur la pierre. Il semblait hésiter à s'en servir.
« S'il vous plaît, ne lui dite rien ! » implora Harry. Le directeur savait déjà ce qu'il avait traversé, pourquoi aller lui chercher des noises et prendre le risque que ça lui retombe dessus ? Il avait été suffisamment puni plus jeune, quand il avait eu le courage de se plaindre…
« Harry, est-ce que le directeur vous a expliqué pourquoi vous deviez vivre là-bas, au moins ? » lui demanda Snape. Encore sous le choc de son attaque de panique et de la Legilimencie, Harry remarqua à peine la douceur de sa voix et l'utilisation de son prénom.
« Oui, il me l'a dit en première année. Je ne voulais pas retourner chez les Dursley et… et il a dit que grâce au sacrifice de ma mère, c'est avec Pétunia que je suis le plus en sécurité. »
C'eut l'air d'énerver encore plus son professeur, si c'était possible, mais il comprit que sa colère n'était pas dirigé contre lui. L'homme se détacha de la cheminée et revint vers l'adolescent, sans chercher à l'encourager à s'asseoir sur le canapé côtelé.
« Écoutez-moi bien. Dumbledore est un homme puissant. Peut-être autant que le Seigneur des Ténèbres. Mais il n'est pas infaillible. Il ne faut pas prendre tout ce qu'il dit pour argent comptant. »
« Comment ça ? » demanda Harry, perplexe.
« Vous avez déjà été attaqué chez les Weasley ? Vous avez déjà été attaqué dans ton dortoir ? Vous croyez que le Seigneur des Ténèbres aurait pu vous atteindre chez Dumbledore ? Ou chez n'importe qui qui a sa maison sous un Fidelitas solide ? »
Harry ne savait pas quoi répondre, et ne comprenait pas où il voulait en venir. La Protection du Sang avait l'air indispensable…
« Harry. Est-ce que vous pensez que ça aurait pu se passer ? »
« Non, mais- »
« Est-ce que vous pensez que vivre chez des tuteurs abusifs vous mettait en sécurité ? Ils vous protégeaient du Seigneur des Ténèbres, mais qui vous protégeait d'eux ? » insistait-il, comme si ce qu'il était en train de dire était d'une importance capitale.
« Je ne sais pas ! » craqua Harry.
Il ne voulait pas penser à ça. Il voulait croire, pour son propre bien, que tout ça n'avait pas servi à rien, qu'il avait été en sécurité, que Dumbledore avait eu raison.
« De toute façon, personne d'autre n'aurait voulu de moi ! » finit par crier Harry.
« Merlin… Des dizaines de familles se sont portées volontaires. Y comprit Minerva et le loup qui vous sert de professeur ! »
Stupéfait, Harry se redressa sur le sol, les vêtements rendus collants par la sueur maintenant froide. McGonagall avait voulu l'élever ? Et Dumbledore avait refusé ? Il comprenait que la demande de Remus avait été rejetée, mais celle de McGonagall ? Qui mieux qu'elle aurait pu le protéger du monde ?
Harry sentait peu à peu certaines de ses convictions s'effriter. Pourquoi Dumbledore avait-il fait ce choix ? Calant sa tête sur ses genoux osseux, il posa la question à son professeur du bout des lèvres, craignant la réponse.
« Vous vous souvenez, quand je vous ai dis qu'il y avait certaines choses qu'il vaudrait mieux que vous ignoriez ? La réponse en fait partie. Mais croyez-moi, vous ne devriez pas changer d'avis. Ce que je peux vousdire, c'est que si Dumbledore n'est pas un enfant de cœur, il n'est pas non plus une mauvaise personne. Le choix qu'il a fait avait un objectif. Vous n'avez pas passé des années chez ces moldus pour rien… mais je déplore sa décision. »
Il se releva avant de continuer ses aveux, s'accoudant au fauteuil et replaçant une mèche de ses cheveux derrière son oreille.
« Minerva et moi avons tout fait pour vous empêcher d'aller là bas. Nous savions, elle savait » se reprit-il, « que ces moldus n'étaient pas qualifiés pour s'occuper d'un sorcier, et encore moins d'un sorcier demandant une attention particulière. »
Harry fronça les sourcils. Ce discours ne lui plaisait pas.
« Oh bon sang Potter, je ne déteste pas les moldus ! Mais ceux-ci sont particulièrement stupides et mauvais si vous voulez mon avis ! Il était irresponsable de leur confier votre garde. »
« Vous avez l'air de bien les connaître. » nota Harry. L'homme lui lança un regard noir et indéchiffrable alors que la lumière des flammes de l'âtre dansait sur son front ridé par la colère.
« Gardez juste à l'esprit que la Protection qui vous entoure n'est pas uniquement due à votre mère. Des milliers de mères se sont sacrifiées pour leur enfant, et pourtant, votre cas est rare. »
Harry s'apprêta à lui en demander plus, mais Snape tourna les talons et l'empêcha de voir son visage. Regrettait de lui avoir dit cela ? Peut-être avait-il peur que Harry tente de lire dans son esprit...
« Lyca ! » appela Snape d'une voix forte.
Une elfe de maison apparu dans le salon obscur avec un 'pop' sonore, faisant sursauter Harry.
« Oui monsieur ? » répondit militairement la petite Elfe jaunâtre coiffée d'un bonnet orange.
« Fais-nous deux sandwich. »
L'elfe se tourna dans sa direction pour comprendre qui composait ce 'nous', et sa bouche s'ouvrit en grand quand elle se rendit compte qu'elle faisait face à Harry Potter. Elle lui offrit aussitôt une courbette respectueuse, manquant de faire tomber son couvre-chef, et haussa les sourcils devant sa position saugrenue. Harry rougit, il était vrai qu'être avachi sur le sol n'était pas une façon très orthodoxe de s'asseoir.
« Oui monsieur ! Je vous envoie ça tout de suite monsieur ! » dit-elle en disparaissant de nouveau.
Le professeur s'approcha à nouveau de lui. Harry se rendait compte d'à quel point il était grand. Cette impression était accentuée par sa posture princière et sa silhouette qui se confondait avec les ombres de la pièce. Il lui offrit sa main, souhaitant l'aider à se relever.
Plus que leurs dernières entrevues et les derniers gestes de Snape, Harry comprit au regard de son professeur que cette main tendue était hautement symbolique.
Snape ne lui proposait pas juste de l'aider à se relever de la pierre glacée. Snape lui proposait de l'aider à se relever tout court.
Voyant que le garçon n'arrivait pas à se décider, il tenta une autre approche.
« Je sais qu'on ne peut pas faire confiance aux adultes. Mais vous devez admettre que je ne suis pas un adulte ordinaire. » dit-il avec une grimace qui pouvait peut-être - de loin - s'apparenter à un sourire.
Harry osa un mince rictus lui aussi, et plaça sa petite main matte dans celle immense, pâle, et squelettique que son professeur lui tendait.
La tête de Ron s'il le voyait…
'Pop'
Snape mis Harry sur ses pieds et lui tendit un des sandwichs qui venaient d'apparaître sur la table basse.
« Tenez. Je suppose que vous n'avez pas envie de manger dans la Grande Salle ? »
« Non, en effet… » répondit Harry en rougissant et en s'emparant du sandwich.
Assis sur son fauteuil fétiche, Snape le détaillait d'un regard nouveau.
L'adolescent était dans un état lamentable, les cheveux noirs collés par la transpiration et les yeux parsemés de vaisseaux sanguins éclatés par les pleurs.
Attardant son attention sur les joues creusés de son élève, il s'enquit de ses habitudes.
« Arrivez-vous à manger convenablement ? Votre estomac ne s'est peut-être pas bien remis de votre privation de nourriture. »
Harry hésita à l'envoyer paître, il n'était pas prêt à parler de ça, mais il sentait que l'homme ne pensait pas à mal. Il faisait juste une… analyse.
« Ça va. Au début c'était difficile, mais maintenant j'arrive à manger. »
« Vu votre masse corporelle et les habitudes alimentaires que je vois lorsque vous êtes à table, je crois bien que vous ne vous rendez pas compte du problème. »
A présent, Harry sentait l'énervement revenir. Il voulait bien de l'appui de Snape, mais il n'avait pas besoin d'une mère poule !
« Je vais bien. » siffla t-il en serrant la mâchoire.
L'homme ne l'écouta pas et effectua un sort de diagnostic en direction de son ventre. Des écritures dorées se formèrent à ses côtés, et Harry se sentit mis à nu.
« Vous avez un ulcère. Et votre estomac est petit. Il est normal que vous ne parvenez pas à manger si vous avez un estomac enflammé. » annonça Snape en partant farfouiller dans ses étagères, à côté de son bureau couvert de livres et de notes en tout genre.
Hm, c'est encore moins rangé que d'habitude, nota Harry.
« Tenez. » dit le professeur en lui tendant une fiole contenant un liquide poisseux. Était-il vraiment obligé de boire cette chose ?
« Buvez. » insista l'homme.
Harry posa son sandwich et obéit, sentant la mixture immonde couler dans sa gorge. Le goût rance et acide ne quitta pas sa langue. Mais pourquoi les potions étaient-elles si infectes ?
« Vous avez également une côte mal soudée. Je suppose que l'on sait tout les deux d'où elle vient ? »
« Non, c'était pendant le cimetière… » le détrompa Harry, « Je suis tombé quand la statue m'a lâché. » précisa t-il en faisant référence à l'ange de pierre auquel Voldemort l'avait attaché.
L'homme lui offrit un regard sincèrement compatissant. Harry songea que Snape était de plus en plus expressif avec lui. S'en rendait-il compte ?
« Il va vous falloir une autre potion. »
Oh merlin…
« Non c'est bon, j'irais voir madame Pomfresh ! » s'empressa t-il de proposer.
La tentative passa, même si Snape avait l'air soupçonneux.
« Je lui demanderais si vous êtes passé, bien sûr. »
« Bien sûr. » répondit Harry en se grattant les cheveux pour se donner contenance.
« On se verra ce soir pour notre cours, Potter. » le congédia le Maître des Potions. « Emportez votre sandwich avec vous. »
Harry chopa son repas dans une main, son sac dans l'autre, et salua son professeur d'un mouvement de la tête. Avant de quitter la pièce, il se retourna presque, sans oser directement regarder Snape.
« Merci monsieur. » dit-il en rougissant. « Pour m'avoir aidé et… tout ça. »
« Il faut bien que quelqu'un le fasse. Allez retrouver vos camarades monsieur Potter. »
Harry obéit sans se faire prier.
Merci beaucoup de suivre cette histoire, n'hésitez pas à échanger avec moi en commentaire, je réponds toujours :)
A bientôt !
