CHAPITRE 9
"When you spring to an idea, and decide it is truth, without evidence, you blind yourself to other possibilities."- Robin Hobb
Harry avait bien sûr dévoré le livre de sortilèges que Snape lui avait prêté. Il lui avait fallu de nombreuses soirées - et quelques cours d'histoire de la magie - pour le finir, mais il avait énormément appris. Ou plutôt, il s'était rendu compte d'à quel point il avait des lacunes. Le livre regorgeait de techniques de défense magique qu'il maîtrisait, mais il avait avait été ravis de découvrir autant de sortilèges offensifs, certains fleurtant même avec la légalité.
Il caressait donc l'espoir de pouvoir vaincre Draco en duel.
Cependant, une pensée dérangeante ne cessait de tourner dans son esprit, brisant sa motivation : 'rien de tout ça ne sera utile face à Voldemort'.
Il le savait bien et ne comprenait pas pourquoi Snape refusait de lui en apprendre plus. Certes, il lui avait survécu par trois fois, mais il n'aurait peut-être pas cette chance indéfiniment…
Harry fut tiré de ses pensées par Ginny, qui avait suivi son regard et lui chipa son livre dépassant de son sac alors qu'ils étaient en train de déjeuner.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Rends-le-moi Ginny ! »
« De l'Art magique, sortilèges oubliés ? D'où tu sors ça ? » demanda-t-elle avec malice. Elle ressemblait trop aux jumeaux pour son propre bien.
Hermione fut intriguée à son tour et se pencha sur la couverture. Harry se dépêcha de reprendre l'ouvrage de la poigne de la cadette Weasley en la fusillant du regard. Il se pencha sur son sac pour ranger le livre bien au fond.
« C'est vrai ça, où tu l'as trouvé ? C'est pour les cours de combat ? » demanda Hermione, naturellement attirée par un livre qu'elle ne connaissait pas.
« Je l'ai trouvé à la bibliothèque. » menti Harry. Lamentablement.
Son amie haussa un sourcil sceptique et finit de mâcher sa pomme confite avant d'affirmer :
« Je ne l'ai jamais vu à la bibliothèque. »
« Tu n'as peut-être pas lu tous les livres de la bibliothèque non plus Hermione. » renchérit-il en détournant le regard. Il ne pouvait pas dire que le livre venait de Snape. Il était d'ailleurs très chanceux que l'homme ne soit pas présent à la table des professeurs ce jour-là. Il lui aurait passé un savon pour son inconscience.
« Je ne les ai pas tous lu » répondit Hermione piquée au vif, « mais j'aurais remarqué un livre de ce genre puisque j'ai emprunté quatre manuels pour les cours de combat. Pourquoi tu ne veux pas nous dire d'où il vient ? »
Harry réfléchit rapidement. Il était tenté de dire que Remus ou Sirius le lui avait envoyé par hibou, mais ce serait un mensonge trop simple à percevoir. Alors il choisit un mensonge plus crédible et pria pour que les autres changent de sujet.
« Je l'ai pris dans la Réserve » chuchota-t-il avec un regard qui voulait dire maintenant taisez-vous je vais pas le crier sur tous les toits.
Heureusement pour Harry, c'est à ce moment que McGonagall passa derrière lui en toussotant pour attirer son attention.
« Monsieur Potter, un mot pour vous. » murmura-t-elle de ses lèvres pincées.
Harry prit le papier qu'elle lui tendit puis elle continua sa route jusqu'à la table présidant la Grande Salle. Il déplia le bout de parchemin scellé et reconnu l'écriture élégante du Directeur.
Enfin, il s'était décidé à lui adresser la parole !
Harry,
Je te prie de bien vouloir me retrouver dans mon bureau ce soir avant le dîner, j'ai quelques informations à te faire parvenir.
P-s. : C'est la saison des pommes d'amour.
« Et merde… moi qui pensais que ce con était tombé malade. » râla Ron à côté de lui.
Harry cru d'abord qu'il parlait de la lettre qu'il venait de recevoir, mais en suivant son regard il comprit que son ami parlait de Snape. En effet, celui-ci était en train de se glisser derrière la table des professeurs par la petite porte du fond de la salle, là où entrait souvent Hagrid. Malgré la lumière des bougies flottant un peu partout – même le plafond enchanté n'arrivait pas à produire assez de luminosité ces jours nuageux d'hiver-, le teint de son professeur était blafard et il semblait essoufflé. Qu'avait-il encore fait ?
« Quoique chi, il a 'ien l'air 'alade finalement ! » poursuivit Ron, la bouche pleine. Neville pouffa.
Les yeux de Harry furent attirés par l'échange de regard qui se fit entre Njémilé Mensah et Severus Snape. Ce fut bref, mais Harry le vit, et ça ne faisait qu'augmenter ses questions à propos de la remplaçante.
Snape capta son regard à lui aussi, une fois installé sur sa chaise, et Harry comprit qu'il voulait lui dire quelque chose. Mais à la fin du repas, alors que des petits groupes d'élèves commençaient à se trainer en dehors du réfectoire et qu'il prenait son temps pour partir, il fut spectateur d'un échange de mots entre Draco et son parrain, au bout de la grande table des serpents.
Mais qu'est-ce qu'il se passe ?
Draco hocha sèchement la tête et sorti de la salle, suivi de près par Théodore Nott et d'autres camarades. Harry quant à lui, fut tiré de son observation par l'apparition du visage lumineux de Hermione dans son champ de vision.
« Debouuut monsieur le paresseux ! Tu as divination ! »
Harry repoussa la tête de son ami avec un sourire et consenti à se lever.
« Allez vieux, sept étages, c'est rien ! » plaisanta Ron avec une grimace.
Le petit groupe de cinquième année marchèrent avec réticence – pour la plupart – vers les grands escaliers qui n'étaient heureusement pas d'humeur à leur faire perdre du temps. Ils avaient tous pris l'habitude de monter une somme astronomique d'escaliers (cent-quarante-deux !) durant toutes ces années d'études. Mais ça n'en demeurait pas une partie de plaisir.
« Tu sais pourquoi Dumbledore veut te voir ? » lui chuchota Hermione alors qu'ils étaient à la queue du groupe.
« Aucune idée. Mais je le sens pas. Ça ne peut pas être une bonne nouvelle pour qu'il sorte de son mutisme… »
Elle le rassurera comme elle le put mais quitta rapidement le trio quand ils atteignirent le sixième étage, pour aller à son cours de runes. Ron la salua, les joues rouges, puis parla de Quidditch à Harry avec enthousiasme et de la nouvelle saison qui allait commencer, et le brun tenta désespérément de changer de sujet de conversation.
Arrivés tout en haut du château, Harry grimpa après Lavande sur l'échelle qui les conduisait à la salle de divination située sous les combles, une des seules salles de classes chaude l'hiver – grâce à sa position tout d'abord, mais surtout grâce aux feux aux odeurs enivrantes que faisait toujours brûler Trelawney dans ses chaudrons -.
Harry posa ses coudes sur le parquet et se hissa dans la salle, manquant de décocher un coup de pied à une camarade à sa suite.
« Entrez, entrez jeunes gens ! » clama Trelawney de sa voix illuminée et rocailleuse.
Ron soupirait déjà et s'assit à une petite table recouverte de napes étincelantes où Harry le rejoignit en sortant son cahier de divination, rempli de dessins et autres gribouillis de femmes à énormes lunettes.
Harry soupira en sortant son paquet de cartes. Trelawney avait décidé que le début d'année serait dédié aux Oracles, des cartes divinatoires différentes selon la personne les ayant créés. Harry et Ron s'étaient vu attribué un obscur oracle sorcier auquel ils ne comprenaient rien. Ils se les lisèrent à tour de rôle.
« Alooors. Si je fais un tirage en carré, le résultant n'est pas fameux. »
« Je vais encore mourir dans de terribles souffrances ? » bailla Harry.
« Oh mais n'en doutez pas ! » lui susurra Trelawney qui se glissait entre les élèves.
Harry haussa les épaules et leva le menton vers Ron.
« Nan vieux. En gros les trois cartes du haut, celles qui prédisent le futur, disent que tu vas être confronté à… heu… je suppose que le dieu Loki est censé représenter une sournoiserie, ou un changement brusque. Et à côté tu as la Forêt, et la Révélation. Donc, je dirais que tu vas te retrouver étouffé sous le sapin de Noël ! » plaisanta son ami.
« Une perspective très réjouissante. Et les cartes d'en dessous ? »
Le garçon pencha son visage constellé de taches de rousseur sur les six cartes écornées posées entre eux et fit une moue perplexe.
« La première ligne doit représenter la situation présente et la seconde les conflits qui vont arriver. Ou, attends » s'interrompit-il en reliasnt son manuel, « Ou alors c'est le passé et la deuxième ligne le présent ? Enfin bref. Dans la première t'as l'Œil, le dieu Baldr, et la Cloche, et dans la deuxième c'est la Punition, les Mains Jointes, et la Flèche. » un long silence concentré plana « J'y comprends rien vieux, éloigne-toi des sapins et puis voilà. » finit Ron en bâclant sa faible analyse.
Harry nota cette 'prédiction' dans son carnet et coupa les cartes.
« En tout cas si je dois me méfier de quelqu'un, j'ai ma petite idée »
Avachi dans son pouf jaune, Ron se redressa paresseusement sur sa chaise et desserra son nœud de cravate déjà bien lâche.
«Tu fais une fixette, Harry. Elle est très bien Mensah. » souffla-t-il en choisissant de nouvelles cartes.
« Je sais pas… quelque chose chez elle m'inspire la méfiance. Elle est trop… elle ressemble un peu à Remus parfois. »
« Remus ? T'as peur de lui maintenant ? » s'étonna Ron.
Harry fronça les sourcils, ne sachant pas traduire avec des mots son sentiment vis à vis de leur professeure.
« C'est pas ça, mais… J'ai perçu un regard entre elle et Snape quand il est arrivé ce midi, c'était bizarre, on aurait dit qu'ils cachaient quelque chose tous les deux. Un peu comme Remus et lui cachent des choses par rapport à l'Ordre – il chuchota ce mot - parfois »
Son meilleur ami, à la mention de Snape, fut plus enclin à réfléchir.
« Qu'est-ce que tu veux faire de toute façon ? Elle nous donne des cours de combat, c'est une bonne prof, alors elle peut bien fricoter avec Snape si elle veut. Peut-être qu'elle fait partie de l'Ordre aussi. »
Peut-être oui…
Il resta dans ses pensées, son regard se perdant de temps à autres à travers la vitre non loin. Puis un détail attira son attention et fit surgir en lui une excitation soudaine.
« Hé, Ron, regarde ! » dit-il en pointant le doigt vers la fenêtre. D'autres élèves avaient aussi remarqué :
« Il neige ! »
L'excitation monta vite au sein de la classe, et Trelawney n'eut pas d'autre choix que de les laisser sortir en avance. Ils dévalèrent l'échelle et les escaliers quatre à quatre et profitèrent de leur temps libre pour courir dehors danser sous la neige.
Harry observa ses camarades tenter de ramasser assez de poudreuse toute neuve pour se façonner de minuscules boules, et se sentit plus serein qu'il ne l'avait été depuis longtemps.
Même Rusard, qui avait couru derrière eux en entendant leur vacarme, ne les empêcha pas de s'autoriser cette parenthèse enfantine.
Pour une fois résonnaient dans sa tête des cris de joie.
Harry tourna sur lui-même avec un grand sourire et s'amusa à attraper des flocons avec sa langue.
Quand l'effusion de joie fut passée, les élèves se rendirent dans la Grande Salle pour leur heure de devoirs surveillés. Snape en profita pour arrêter Harry avant qu'il ne rentre.
« Monsieur Potter » commença-t-il après avoir fit un mouvement de baguette discret autour d'eux, « Je sais que vous avez reçu un mot du Directeur. La raison vous appartient, cependant je dois vous donner quelques précautions à suivre. »
Tout ouïe, Harry hocha la tête.
« Ne le regardez pas dans les yeux, et tâchez de ne pas le laisser s'en rendre compte. C'est un excellent legilimens, bien plus doux que je ne le serais jamais, ainsi vous ne pourrez pas savoir s'il est dans votre esprit ou non. Par principe, pensez à des choses sans importances durant toute la durée de l'entretien. Ne le laissez pas savoir que vous apprenez l'occlumancie, et ne le laissez pas savoir que vous avez des visions. Est-ce clair ? »
« Oui. Mais… comment je peux éviter aussi longtemps son regard ? » protesta Harry.
« Vous le faîtes systématiquement quand vous êtes en froid avec quelqu'un et que vous vous retenez de lui hurler au visage. Ce qui est exactement votre situation actuelle avec le Directeur, profitons donc de cette excuse. » répondit-il avec un petit sourire fourbe.
Harry acquiesça et observa les autres élèves bavardant de l'autre côté de la porte. Snape le connaissait bien. Mais cette méfiance à l'égard du directeur le peinait.
« Professeur, je peux vous poser une question ? »
Devant la politesse inhabituelle de l'adolescent, l'homme l'invita à poursuivre.
« Vous pensez quoi de Mensah ? » demanda-t-il sans détourner la tête de sa contemplation de la fourmilière d'élèves.
« Avez-vous écouté aux portes récemment ? » demanda Snape, suspicieux.
« Non ! » protesta Harry, « C'est juste que bon… après tous les professeurs peu recommandables qu'on a eu, je me méfie maintenant. »
« Il est vrai qu'introduire un loup-garou dans une école n'était pas la meilleure idée du siècle. »
Harry roula les yeux et évita de répondre. Il savait que Snape détestait Rémus.
L'homme observa à son tour la salle et resta silencieux quelques instants.
« Votre instinct n'est pas toujours mauvais. C'est les conclusions que vous en tirez qui le sont. Vous aviez raison de vous méfier de la plupart des gens qui ne vont ont pas inspiré confiance, mais la réflexion qui suivait cet instinct vous a toujours donné tort. Par exemple, j'étais bel et bien un professeur cachant un secret et ayant un lien avec le Seigneur des ténèbres. Mais vous avez oublié de penser que je pouvais être un espion et que j'aurais pu vous tuer mille fois si j'avais souhaité votre mort. »
« Donc ? »
« Donc réfléchissez mieux. » conclu Snape.
Légèrement vexé, Harry fut abandonné par son professeur qui fit claquer ses talons sur les froides dalles de pierre. Avec un soupir résigné, il le suivit entre les tables et s'installa auprès de ses amis.
« Harry ! J'ai reçu une lettre de ma mère, Coqcigrue c'était perdu dans les dortoirs au lieu de venir la livrer ce matin ! » chuchota Ron avec excitation. Hermione, Ginny, et les autres Weasley étaient tous penchés autour de la table pour ne pas être entendus.
« Et ? Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda Harry sans trop savoir s'il était question d'une bonne nouvelle ou non.
« On ne va pas passer les vacances de Yule au terrier, on sera tous conviés au quartier général de l'Ordre, là où on était cet été. Bon c'est un endroit détestable, mais maman m'a dit que tu seras avec nous ! » s'enthousiasma-t-il avec un grand sourire en lui tapant le dos.
Une douce chaleur remplit la poitrine de Harry. Il allait passer ses vacances avec ses amis, pas éloigné de tout, et au plus près de l'action, c'était parfait !
Ginny poursuivit, d'un ton plus triste :
« On était sensés aller voir Papa au cimetière… mais on sera sous haute surveillance apparemment : pas le droit de mettre un pied en dehors de l'appartement, ça va être infernal… »
« Parle pour toi, nous on sait transplaner ! » murmurèrent les jumeaux à l'unisson.
Harry tourna son regard vers la table des Serpents, se demandant où sera Draco pour les fêtes… il espérait que le jeune homme n'aurait pas à aller au manoir. Qui sait ce qu'il pourrait se passer avec Voldemort dans les parages.
« C'est sûrement de ça que veut te parler Dumbledore. » avança Hermione.
Il lui offrit un petit sourire, perdu dans ses pensées. Il doutait que ce soit la seule raison.
Le professeur Flitwick et le professeur Snape surveillaient la salle, et Harry n'avait aucune envie de travailler. Son rendez-vous avec Dumbledore le stressait. Oui il avait envie que le professeur lui parle à nouveau, c'était ce qu'il désirait depuis le début de l'année. Mais à présent, Décembre était arrivé, et avec lui le froid entre eux s'était encore épaissit, si c'était possible.
Pourquoi avoir attendu tout ce temps ?
« Monsieur Potter, cesser de dessiner et retournez à vos devoirs. » ordonna doucement Flitwick en passant dans sa rangée.
Harry cacha ses gribouillis derrières ses parchemins et essaya de se concentrer.
Quand ils avaient études dans la Grande Salle, les tables étaient métamorphosées selon les besoins. Aujourd'hui, comme beaucoup d'élèves devaient travailler en groupe, les grandes tables avaient été métamorphosées en petites tables rondes permettant de travailler ensemble. Ça donnait à la salle un aspect plus 'bibliothèque' que 'réfectoire', ce qui lui plaisait beaucoup. Face à lui, une table plus loin, Draco discutait à voix basse avec Blaise Zabini sous le regard agacé de Théodore Nott. Harry avait entendu dire que le jeune métis était une des rares personnes à avoir une famille célèbre ne prenant pas partie dans cette guerre. Les Zabini, enfin, sa mère, n'était intéressée que par sa fortune, ce qui était inhabituel chez les sorciers. La seule politique qui l'intéressait était celle qui lui permettait d'augmenter son capital. Mais est-ce que Blaise avait hérité du même état d'esprit ? Est-ce que Draco prenait un risque en étant ouvertement ami avec un membre neutre de sa maison ?
L'adolescent dû sentir ses pensées, car il leva les yeux vers lui. Il avait l'air tendu. Blaise attira à nouveau son attention et pour toute réponse, Draco poussa un soupir en rongeant ses ongles.
Harry tiqua. Ce n'était pas dans les habitudes du Serpentard.
« T'as écrit que ça ! On doit rendre cet essai demain et il doit faire trente centimètres ! » s'alarma Hermione en le rappelant à l'ordre.
Ron ricana, pensant à une blague grivoise.
« J'y arrive pas, franchement, qui se préoccupe des guerres goblines, on voit que ça ! Pourquoi il ne nous apprend pas autre chose ? »
« Binns est un fantôme, il n'a pas toute sa tête. » répondit Dean.
« Chut ! »
Les élèves se calmèrent quelques instants sous – enfin, devant, puisqu'assis ils étaient à sa hauteur - le regard sévère de leur professeur de sortilèges.
« Allez, concentrons-nous. » décida Hermione, voix de la sagesse.
Harry retourna à son parchemin, mais laissa régulièrement son regard vagabonder vers son petit-ami qu'il ne pouvait pas aider.
Une heure plus tard, il se retrouva à traîner les pieds dans les couloirs, défiant du regard les portraits qui médisaient sur son passage. Il était en retard à son entrevue avec le directeur, et ce serait mentir que de dire qu'il ne l'avait pas fait exprès. Il l'avait attendu des mois, le vieil homme pouvait bien l'attendre quelques minutes.
Arrivé devant l'imposante statue ailée de l'escalier en colimaçon, Harry tira son mot de la poche arrière de son jeans pour se remémorer le mot de passe.
Évidemment.
« Pomme d'amour… » grommela-t-il.
La statue se satisfit de sa voix mollassonne et s'actionna pour le faire monter jusqu'en haut de la tour directorale.
Durant son ascension, Harry se surprit à caresser distraitement du bout des doigts sa baguette, rangée dans l'étui attaché son poignet. Avait-il peur de Dumbledore ? Cette pensée le mettait mal à l'aise. Mais il devait admettre que la relation qu'il avait avec le directeur en première année était à présent drastiquement différente. Avec le temps, l'homme qui avait été son mentor était devenu de plus en plus dur. Harry pensait parfois qu'il ne le reconnaissait plus. Il ne l'avait pas imaginé comme un guerrier, un combattant, un dirigeant. Il avait gardé l'image qu'il en avait plus jeune : un vieux sage aux belles paroles, drapé de robes farfelues et abritant des araignées dans son chapeau.
Maintenant, les yeux rieurs cachés par les lunettes en demi lunes étaient devenus perçants.
Il toqua à la porte et tâcha de paraître détaché.
« Entre, Harry. »
À travers la lourde porte de chêne, la voix du directeur n'était pas hostile. En entrant, Harry lâcha sa baguette et la camoufla sous sa manche. Dumbledore le nota. Harry repensa aux instructions de Snape.
Lâchant de sa main froide mais transpirante de stress la poignée en fer forgée, Harry se concentra sur des pensées qui pourraient flouer le directeur si celui-ci venait à tenter de lire dans son esprit. Il pensa donc à ses petits tracas du moment, entre Mensah et vacances de Yule. En dessous, il plaça ses pensées liées à Draco, car c'était un secret que Harry voulait garder – Dumbledore le sentirait – mais qui n'était pas aussi important que ses visions de Voldemort. Quitte à faire un sacrifice stratégique…
Par Merlin, je commence à penser comme Snape.
« Bonjour Professeur » débuta-t-il en observant les nouvelles babioles du directeur. Il avait une bonne mémoire photographique grâce aux Dursley – chaque chose qui n'était pas à sa place ne devait pas échapper à son regard – alors il les repéra immédiatement.
« Bonjour Harry, assied-toi je te prie. »
Il obéit.
« Une tasse de thé ? »
Harry fit non de la tête. Il perçut du coin de l'œil l'homme se servir seul.
« Je crains de ne pas t'avoir convoqué pour t'annoncer une bonne nouvelle… Je me vois dans le regret de t'annoncer que tu vas devoir renoncer au Quidditch cette année. Je sais que cette activité est nécessaire à ton bien être, et que tes camarades comptent sur toi » il lui sourit, « mais cela est devenu trop dangereux depuis le retour officiel de Voldemort. N'importe qui pourrait t'attaquer des gradins, et il serait possible de transplaner aux portes du parc puis profiter de l'effervescence du jeu pour glisser jusqu'au stade et attaquer. »
« Des Mangemorts dans les gradins ? »
« Eh bien » commença Dumbledore en se repositionnant sur son fauteuil, gêné, « je ne peux te cacher qu'il risque d'y avoir quelques nouvelles recrues parmi les élèves. Mais nous les surveillons de près. »
Harry pensa à Draco, qui devait être un suspect de choix. Ça l'énerva.
« Vous ne pouvez pas savoir qui surveiller. Pettigrew a bien surprit tout le monde. » s'amusa-t-il à dire pour faire taire le directeur.
Celui-ci n'eut pas la réaction attendue… Harry vit du coin de l'œil qu'il le jugeait du regard, méfiant. Ça donna à Harry l'envie de vomir.
Sa colère grimpa et il décida qu'il était temps d'arrêter de tourner autour du pot pour amener sa rancœur sur le tapis.
« Vous ne vous inquiétiez pas tellement pour moi, ces derniers temps. Quand j'étais à Privet Drive et que tout le monde était à Londres… »
Dumbledore se redressa et son regard s'adoucit.
« Je m'excuse Harry. La… situation, est très compliquée. Je me doute que tu dois trouver tout cela injuste, mais je te demande de me faire confiance. Je ne t'ai pas laissé là-bas pour rien. »
« Pour quoi alors ? » siffla Harry. « Vous ne pouviez pas me l'expliquer plutôt que de m'ignorer pendant des mois ? »
Il se retenait fort de le regarder. Qu'est-ce qu'il en avait envie… pour voir l'impact de ses mots. Pour voir si l'homme essayait de lui mentir. Alors il se contint en analysant les objets étranges posés sur le large bureau de bois sombre recouvert de documents. Objets qui tremblotaient un peu.
« Harry, calme-toi. Tu sais que ta magie est très sensible à tes émotions… » prévint Dumbledore.
Harry se figea, repensant à toutes ses humiliantes crises de colère, son impulsivité, et les conséquences de son tempérament pour ses proches. Honteux, il n'eut pas besoin de se forcer pour baisser les yeux sur le parquet.
Dumbledore se leva et, à l'instar de Snape, il marcha en rond dans la pièce. À force d'étudier la carte du Maraudeur, Harry savait que c'était dans ses habitudes.
« Je t'ai laissé chez ta tante pour que tu puisses bénéficier de la plus haute protection du sang possible. Voldemort est plus réel que jamais, tu en as besoin. »
Harry repensa aux doutes qu'avaient émis Snape à propos de cette protection.
« Vous auriez au moins pu me parler de l'Ordre du Phénix. Remus m'a raconté ce que c'était, et je suis presque sûr que Fred et Georges en font partie, je pourrais être utile et je suis assez concerné par… » il fit un geste de la main évoquant le retour du Mage Noir.
« Je comprends Harry, mais c'est non. Les jeunes Weasley ne font pas parti de l'Ordre, aucun mineur n'est impliqué. »
« Je suis impliqué. » lança-t-il avec agacement.
Le Directeur entrouvrit la bouche, hésitant à dire quelque chose. Harry se permis d'observer sa gestuelle : il était clairement gêné, il essayait d'être ferme, mais avec douleur visiblement. Mais Harry n'était pas d'humeur docile. Il l'avait trop fait attendre.
« Donc si je comprends bien : je suis assez adulte pour vous faire confiance les yeux fermés, pour renoncer à mes loisirs par crainte de subir une attaque d'apprentis Mangemorts, et pour me retrouver presque chaque année face au type que personne n'ose appeler par son prénom, par contre je suis encore trop jeune pour être actif dans une guerre qui me touche de très près ? »
Dans son dos, il sentit Dumbledore se tendre à l'écoute de son ton sec et sarcastique. Il pouvait presque sentir quelque chose à l'arrière de son crâne, comme si… non, il ne pouvait pas lire dans son esprit sans contact visuel. N'est-ce pas ?
Par précaution, Harry s'autorisa à penser aux Dursley, un des seuls souvenirs qui étaient suffisamment oppressant pour ne pas être interféré par les autres, plus importants à dissimuler. Son genou se mit à tressauter.
Le vieil homme posa sa main sur son épaule pour le tourner doucement vers lui, mais il avait les yeux humides, alors le directeur ne se formalisa pas de son absence de contact visuel.
« Ta peine est légitime, Harry. Tu comprendras un jour que tout cela est pour le plus grand bien. Je sais que tu portes de nombreux fardeaux, et je ne tiens pas à t'en ajouter. Je te demande des choses déjà bien difficiles. La plus difficile de toutes étant de me faire confiance. »
Harry acquiesça. Mais s'il était énervé et amer, il n'avait pas encore le courage de demander des comptes au sorcier. Il avait assez muri pour ne plus avoir peur de Snape et pour ne pas hésiter à être insolent à son égard, mais il avait trop de respect pour Dumbledore pour oser se comporter ainsi avec lui.
S'il s'était autorisé à le regarder dans les yeux, il aurait vu toute la tendresse contenue dans le regard du vieil homme, malgré la peine qui lui marquait les traits.
Après avoir hésité à poursuivre la conversation, le sorcier l'avait laissé prendre congé.
À nouveau dans l'escalier, il souffla et relâcha ses épaules. Il avait réussi à ne pas faire transparaître quoi que ce soit de ses nouvelles capacités ou de ses visions, ce qui était un exploit pour quelqu'un d'aussi peu discret que lui, mais ça lui importait peu. Son manque n'était pas vraiment comblé : Dumbledore lui avait enfin parlé, oui, mais leur relation était rongée par l'amertume et les secrets. Harry pensa avec nostalgie au temps où Dumbledore était simplement un vieux sage rassurant. Il pensa à ses yeux pétillants, à cet homme qui prenait toujours du temps pour l'apaiser avec quelques phrases philosophiques. Il laissa son esprit s'attarder sur le fantôme du toucher de la main de Dumbledore et retourna machinalement à son dortoir.
