Bonjour/bonsoir !
J'ai complètement oublié d'ajouter une note au prologue, la semaine dernière. L'émotion de la première publication sans doute. J'ai changé de compte, pour passer du statut de lectrice/revieweuse à celui d'auteur après une longue réflexion de... trois ans ? Ouais, trois ans déjà. J'expliquerai ça plus en détail dans mon profil, pour ceux que ça intéresse. En attendant, je clame haut et fort mon premier "bonne lecture mes chers lecteurs!"
1. Mémoires d'une pomme
Une belle pomme juteuse, voilà ce qu'elle avait toujours été. Une pomme créée voilà plus de mille ans et qu'on avait posée ici, une gardienne parmi tant d'autres, à mi-chemin entre la fraise et l'abricot. Au premier abord, elle paraissait inoffensive. Les plus gourmands auraient presque voulu la croquer. Un téméraire des années soixante l'avait même tenté, après une belle victoire de quidditch arrosée de bièraubeurre. Mais sous la peau lumineuse se dissimulaient de véritables armes mortelles. Ou presque. Il suffisait qu'un intrus tente l'invasion et la gardienne recrachait ses pépins. L'intrus se voyait alors envahi de forts chatouillis, assez forts pour le faire reculer jusqu'à la salle commune. Libre à Helga Poufsouffle de terminer le travail. Car là s'arrêtait le travail de la pomme, elle était la gardienne d'un dortoir et sa seule mission était de protéger les quatre ou cinq garçons qu'on lui léguait pendant sept ans. Et de veiller à ce que personne d'autre ne rentre dans leur dortoir.
Certains le savaient mais le tentaient quand même, sous la forme d'un pari que la pomme accueillait avec lassitude. Tous les élèves se ressemblaient après tout. Sauf peut-être ce petit gamin de onze ans qui demeurait seul dans sa chambre. Si près qu'elle était de la porte, elle l'entendait jeter ses affaires contre les murs, elle entendait son chaudron rebondir contre les douces parois, le sol et le plafond. Car, à Poufsouffle, rien ne se brisait jamais, tout rebondissait, tout se réparait. Poufsouffle était ainsi faite, c'était la maison de toutes les chances, la maison que l'on ne reniait jamais, la maison qui ne vous reniait jamais.
Poufsouffle, la maison qui n'accueille ni les plus courageux, ni les plus rusés, ni les plus intelligents. La quatrième maison, celle des blaireaux, celle du jaune et du noir. Le jaune du soleil, de la chaleur, de la quiétude et des rires. Le jaune des fruits dorés au soleil, le jaune de la patte qui sort du four, le jaune bienveillant, qui accueillait les moins doués. Le noir de la déprime, le noir de l'amertume qu'il fallait dissimuler sous ce jaune surpuissant. Trois quarts de jaune, un quart de noir. Voilà qui résumait bien Poufsouffle.
Depuis la Bataille de Poudlard, aucun fils de héros n'avait été réparti à Poudlard. Les paris allaient bon train et personne ne misait une seule noise sur la répartition d'un Potter ou d'un Weasley à Poufsouffle. Un Londubat, à la rigueur. Leur mère était une Poufsouffle, après tout. Un Londubat, oui, un Thomas ou une Finnigan, un Jordan, un Corner... Mais pas l'un des membres du cousinage le plus célèbre de Grande Bretagne. Et pourtant, c'était bien l'un d'eux qui s'escrimait à vider brutalement sa valise, derrière la pomme juteuse.
Durant trois années, le jeune garçon n'accueillit aucun ami dans son dortoir. Certains tentaient de lui rendre visite mais il n'acceptait personne, mis à part les quatre garçons avec qui il partageait son dortoir. Son dortoir et rien de plus. Ils échangeaient bien quelques mots mais n'étaient pas amis, ou plutôt, les quatre autres l'étaient mais lui n'avait jamais voulu faire partie de cette bande naissante. Jamais.
Au fil des ans il avait commencé à nouer des relations. Pas parce qu'il en avait envie mais parce que Victoire le lui avait ordonné. Pas conseillé, non. Victoire Weasley ne donnait jamais de conseils, elle se contentait d'ordonner. Et en tant qu'aînée des Héritiers les plus célèbres, on ne lui refusait jamais rien. Même pas lui, qui était pourtant l'un d'eux, ou presque.
Sa première véritable amie se présenta un jour de sa cinquième année devant la pomme juteuse qui pivota pour la laisser passer. C'était une Gryffondor un peu spéciale, de celles qui ne se passionnent pour rien, même pas le quidditch, et qui voient en Poudlard une étape de plus à franchir, passablement.
« Mitchell ? Que fais-tu... là ?
– Certainement pas l'odeur qui m'a attirée... Vous n'ouvrez jamais les fenêtres, à Poufsouffle ?
– Tu n'aimes pas l'odeur des fruits ?
– C'est trop... doux pour moi. Milo ne m'avait rien dit, râla-t-elle.
– Servan ? »
L'étonnement de Teddy Lupin fit sourire sa camarade. Et pourtant tous savaient, à Poudlard, qu'il était rare de voir un sourire se dessiner sur le visage de l'étrange Tallulah Mitchell. Elle ne passait pas inaperçue, loin de là, fille unique du premier partenaire professionnel de Harry Potter son histoire sordide était connue de tous. Il en était de même pour tous ceux qui étaient en lien, aussi infime soit-il, avec Harry Potter.
Après la Bataille de Poudlard, Harry Potter s'était vu offrir nombre de médailles et une formation accélérée afin qu'il devienne Auror plus rapidement que d'ordinaire. Personne n'en avait été surpris, le destin du Survivant n'avait rien d'ordinaire. Pour l'épauler, Kingsley Shacklebolt, ancien directeur du bureau des Aurors qui venait d'être élu Ministre de la Magie, lui octroya un partenaire expérimenté en la personne de Stanislas Mitchell, un Auror d'un certain âge usé par ses nombreuses batailles. Dans ses brèves déclarations à la presse, Harry Potter ne manquait jamais de rendre hommage à cet homme qui, selon lui, lui avait tout appris. Les missions qu'ils acceptaient étaient couronnées de succès et les longues heures de travail qu'ils avaient partagées les avaient rapprochés. Suffisamment pour que Mitchell propose à Harry d'être le parrain de sa fille unique, Tallulah, qu'il élevait seul depuis que sa femme était morte en couche.
Chacun, à Poudlard, savait que Tallulah n'avait jamais connu sa mère. En revanche, les élèves ignoraient tout de sa descente en enfer et de son ultime erreur lors d'un combat qui lui avait été fatale. Alors âgée de huit ans, Tallulah avait été confiée à sa tante et marraine, Mrs Servan, dont le fils unique était né quelques jours après Tallulah. Ainsi, à Poudlard, tous savaient que Tallulah Mitchell et Milo Servan étaient cousins, il n'était pas rare qu'ils s'assoient ensemble en cours, ils ne manquaient jamais de se saluer ni de se taquiner, comme l'auraient fait deux frère et sœur. Mais Teddy Lupin, lui, n'en savait rien. Il aurait pu, on le lui avait dit, répété, mais Teddy Lupin était ainsi, il ne prêtait grand intérêt aux histoires des gens.
« Victoire Weasley est venue me voir. Je n'ai pas tout compris, elle parle trop vite et ses cheveux étaient bien trop brillants pour que je lui accorde trop d'importance. Mais à ce que j'ai compris, on n'est pas si différents.
– C'est-à-dire ?
– Je sais que tu sais. Je le sais parce qu'on est pareils, toi et moi. Orphelins, héritiers de guerre et constamment en train de refuser d'entrer dans les deux clubs secrets de Poudlard. On ne veut ni créer un monde nouveau, ni empêcher ceux qui le souhaitent de le faire, et tu sais pourquoi ? Parce qu'on s'en fout. On sera toujours des marginaux.
– Les marginaux sont seuls, Mitchell.
– On pourrait être seuls à plusieurs. »
Tallulah Mitchell avait beau paraître sûre d'elle et décidée, leur amitié n'avait pas été soudaine. Encore moins évidente. Il leur avait fallu plusieurs mois pour prendre l'habitude de s'asseoir ensemble en cours, de réviser ensemble à la bibliothèque, de passer du temps ensemble, en somme. Leur bande n'était motivée par aucune entente, aucune tendresse ne les liait, ils avaient seulement besoin les uns des autres, fatigués d'avancer seuls. Ils étaient cinq, désormais. Deux filles et trois garçons. Une Gryffondor, un Serdaigle, deux Poufsouffle et une Serpentard. Un moyen de ne jamais être seul, en cours, comme en dehors.
Et ce soir c'est derrière une pomme juteuse qu'ils s'étaient retrouvés, profitant de l'absence des camarades de dortoir de Teddy. Assis à même le sol, ils commentaient distraitement la répartition qui venait d'avoir lieu. Une de plus, ni plus ni moins intéressante que les précédentes. A une exception près.
« J'avais presque oublié qu'il arrivait à Poudlard, songea Tallulah.
– La presse n'a parlé que de ça cet été, pourtant, rétorqua Shannyn Sorr.
– Je me fous de ces torchons. »
Son air plus renfrogné encore que d'ordinaire démontrait à quel point Tallulah était amère. Elle, plus que les quatre autres réunis, aurait voulu être quelqu'un d'autre. Pas une pintade prétentieuse comme Victoire Weasley, mais une fille sans histoire, une fille normale, ordinaire. Une fille dont la date d'anniversaire ne rimerait pas avec celle de la mort de sa mère, une fille qui ne serait pas orpheline, une fille qui ne serait pas liée à Harry Potter. Ils ne se voyaient presque plus et ça n'irait pas en s'arrangeant. Bientôt elle quitterait Poudlard et ne côtoierait Harry qu'au bureau des Aurors. Mais lui était directeur, son bureau était inaccessible pour la jeune apprentie qu'elle serait pendant trois ans. Elle ne savait si elle devait s'en réjouir ou non. Plus jeune, elle avait passé beaucoup de temps chez les Potter, gardant la petite Lily, surveillant le petit Albus, discutant avec le troublant James. James le lunatique, James le petit garçon qui voulait être grand, qui prenait son rôle d'aîné un peu trop au sérieux, qui se permettait de taquiner Albus mais refusait que quiconque en fasse de même... James qui, à quatre ans, se tenait toute la nuit debout derrière la porte d'entrée, attendant patiemment que son père rentre d'une mission périlleuse.
« Je suis l'aîné, disait-il, c'est mon rôle de veiller sur la famille quand papa n'est pas là. »
James et ses responsabilités, James et sa culpabilité, James et ses passions changeantes. Dresseur d'Hippogriffes un jour, Auror en binôme avec son frère le lendemain, historien spécialiste des êtres de l'eau le surlendemain... James qui s'accusait des bêtises de son frère et de sa sœur, James qu'on grondait toujours, James dont on n'ébouriffait jamais les cheveux, James qu'on ne bordait jamais. Plus tôt encore il avait été seul, à peine un bébé qu'on admirait que de loin, en silence, de peur d'assombrir les grands yeux bruns de Ginny, l'ancienne championne de quidditch qui avait dû prendre sa retraite trop tôt. A cause de James.
Le jeune garçon était mignon, plutôt intelligent et assez drôle, mais tellement difficile à suivre... Si elle devait se montrer tout à fait honnête, Tallulah aurait avoué que James lui avait toujours fait pitié. Ce petit garçon en adoration, perdu dans ses illusions, assez pour ne pas s'apercevoir de ce qui sautait aux yeux de tous les autres.
« Il a cherché à te voir, Ted, lâcha Milo, sortant Tallulah de sa rêverie. Il voulait...
– Peu importe. Il est à Poudlard, maintenant, il aura tout le temps de me le dire. »
Il était à Poudlard, oui. Il faudrait bien que Tallulah s'y fasse. L'Héritier du Survivant, le Premier Fils, comme l'appelaient les médias, était désormais un élève de Poudlard.
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Un peu plus tôt dans la soirée
Weasley, Fred !
Encore un Weasley. On en comptait déjà trois ou quatre et tant d'autres viendraient à leur tour. Une famille nombreuse et fière. Une famille de héros. Une véritable épidémie. Emily n'était pas surprise, elle connaissait, comme la totalité de ses camarades ou presque, les noms et quelques fois les visages de ces fils et filles de héros, de résistants, d'élus. Elle était arrivée à Poudlard en même temps que Dominique Weasley, sœur de Victoire et de ce petit blond qui serait réparti juste après son cousin métis. Lui aussi serait aimé, apprécié, adulé, presque autant que le petit Potter qu'elle voyait assis à la table des lions, aussi fier que ses semblables, aussi détestable que ses égaux.
Trois héritiers, à peine plus étoffés que des botrucs, déjà destinés à régner sur Poudlard. Puis arriveraient la fille au prénom de fleur et le garçon qui ressemblait trait pour trait à l'élu mais aussi les petites dernières de deux des frères Weasley et les deux petits roux qu'elle avait entraperçus devant la boutique de quidditch du chemin de traverse. Elle n'aurait pas à supporter leur présence, à eux. C'était déjà ça.
Gryffondor !
Le petit blond rejoignit ses deux cousins sous les applaudissements fiers et émus de la grande Victoire. Et de sa cour. C'était sans doute celle qui faisait battre le plus de cœurs, celle qui créait des dizaines de sourires sur son passage, celles pour qui les garçons étaient prêts à affronter dragons et monstres d'eau douce. La grande Victoire. Si différente de sa sœur, la petite, terne, insignifiante Dominique. Elles auraient pu devenir amies. Elles avaient partagé le même compartiment. Elles avaient parlé et même ri. Et puis Emily était sortie du train et des dizaines de garçons et de filles de tous âges étaient venus lui soutirer des informations et elle avait compris. Elle avait su dès la première minute qu'elle allait devenir « celle qui a partagé son compartiment avec les sœurs Weasley ». Alors, lorsque Dominique lui avait souri, peu avant sa répartition, Emily avait détourné le regard. La petite et terne avait été répartie à Poufsouffle et Emily l'avait trouvée quelques heures plus tard agenouillée dans les toilettes du quatrième étage. En pleurs. Les yeux bleus la suppliaient. Les larmes redoublaient mais elle demeurait raide, appuyée contre le mur, le regard froid. Et puis la grande Victoire était arrivée et s'était occupée de la plus terne des deux, arguant que Teddy Lupin était à Poufsouffle également, que ce n'était pas une mauvaise maison, qu'il n y avait pas de mauvaise maison, pas de honte à avoir. Elle avait ajouté que les élèves étaient libres d'être amis avec bon leur semblait, peu importait le blason cousu sur leurs uniformes.
Emily n'avait pas été envoyée à Poufsouffle, certes, mais elle aurait pu devenir amie avec la terne. Ou même avec sa sœur, après tout. Mais elle préférait laisser ce privilège à ces dizaines de filles et de garçons qui attendaient les deux sœurs et leur cousine Molly à la fin de leurs cours, qui inventaient mille excuses pour les accompagner à la Grande Salle, qui rougissaient en leur bégayant quelques mots, qui se rendaient ridicules dès qu'elles apparaissaient. Ces mêmes filles et ces mêmes garçons qui avaient les yeux rivés sur les trois nouveaux Gryffondor en oubliant les mets délicieux qui refroidissaient sous leur nez.
« Il va falloir s'occuper d'eux, entendit-elle sur sa droite.
– Il va surtout falloir s'occuper de James, répondit une jeune fille. Qui sait ce qu'il adviendrait de lui si nous restons inactifs. »
Emily n'eut aucune réaction. James Potter ne l'intéressait pas, pas plus que ses cousins et cousines. Si elle devait être tout-à-fait honnête, elle aurait volontiers avoué que la purée de courge dont elle s'était servie trois généreuses louchées l'intéressait davantage que ces trois crétins.
« Zigaro t'a déjà contactée, Emily ?
– Pas encore, répondit-elle, continuant de tracer quelques cercles dans sa purée. Mais ça ne saurait tarder. »
De là où elle se trouvait, elle chercha des yeux le parfait petit préfet-en-chef. Il était assis en bout de la table des Poufsouffle, accueillant avec chaleur les nombreux nouveaux élèves de sa maison. Son sourire chaleureux, sa bonhomie, son charme attiraient nombre de regards et la sympathie naturelle des nouveaux arrivants. L'endoctrinement n'avait aucun secret pour lui.
Un léger coup de coude fit réagir Emily. Elle n'y répondit pas, ce n'était pas important. Mais cesser de dévisager Elvis Zigaro l'était, il en allait de leur sécurité, à elle et à tous les membres de son groupe. Des élèves des quatre maisons, réunis dans un même bout de table, sans que personne ne s'en aperçoive. Un soir de banquet, de surcroît. Mais préfets et professeurs avaient foi en leurs élèves, ils ne s'attendaient pas à ce que quiconque brise le sacro-saint règlement de l'école. Il était rare, après tout, qu'un élève ne mange pas près de ses condisciples. Un Gryffondor l'avait tenté, une fois, et le mot trahison l'avait suivi longtemps. Il y avait pourtant des Gryffondor autour d'Emily, mais eux passaient inaperçus. C'était le propre, le but premier de leur groupe. Ils passaient entre les gouttes, traversaient les murs et savaient se rendre invisibles quand il le fallait. Ils étaient des ombres, des fantômes. Des élèves parmi les autres mais si différents. Et ils s'apprêtaient à accueillir un nouveau membre. James Potter ne le savait pas encore mais il serait bientôt l'un d'entre eux.
« Et s'il refuse ?, demanda un murmure sur sa gauche.
– Il peut toujours tenter de le faire. Il ne sait pas ce que nous savons. Mais il sera bientôt des nôtres. Il n'a pas le choix. »
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Des murmures, des rires, des éclats de voix. Rien de bien surprenant, pour un soir de rentrée. Les petits nouveaux semblaient sympathiques, l'ananas le lui avait assuré. Quelques petites filles timides, dissimulant les larmes téméraires qui tentaient de couler et cinq garçons joviaux. Des patronymes inconnus de tous parmi lesquels d'autres faisaient naître l'intérêt. Mais pas dès ce soir. Ce soir il fallait tous les accueillir, tels qu'ils étaient, ils étaient des leurs, ils étaient des Poufsouffle, ils porteraient les écussons jaune et noir dès le lendemain matin. Après viendraient les rumeurs, les congratules, les comparaisons.
A ce qu'elle avait entendu, deux petits Weasley avaient été répartis à Gryffondor, une Jordan à Serdaigle et eux, bien sûr, un Dubois et une Finnigan à Poufsouffle. Deux petits êtres pas encore sortis de l'enfance, bientôt propulsés telles des divinités dans le château de Poudlard.
« ...et le deuxième dortoir, celui des garçons, juste ici, derrière l'ananas. Si vous avez le moindre problème, n'hésitez pas à venir me voir. Je dors dans ce dortoir-ci, derrière la pomme. »
La pomme se concentra pour ne pas trop rougir. Les élèves ne s'en apercevaient jamais mais elle ne pouvait totalement contrôler ses émotions. Et le simple fait d'être dévisagée ainsi par dix jeunes enfants curieux la rendait mal à l'aise. Ce sentiment s'envola rapidement, à mesure que les jeunes élèves se pressaient dans leurs dortoirs, afin d'en découvrir les moindres secrets.
Elvis Zigaro esquissa un sourire satisfait. Son devoir s'arrêtait là, du moins pour le moment. Il aurait une ronde plus tard, certains élèves plus téméraires et rusés que les autres n'attendaient pas longtemps avant de se lancer à l'aventure dans les couloirs sombres du château.
« Mes hommages, madame. »
La pomme resta immobile, alors qu'Elvis Zigaro s'engouffrait dans son dortoir. Il n'y resta pas très longtemps, laissant Teddy Lupin et ses amis en parfaite quiétude. Mais la pomme l'observa malgré tout, jusqu'au bout, tant qu'elle le pouvait. Elvis l'avait toujours intriguée, lui le parfait contraire de Teddy Lupin. Tout le monde connaissait Teddy, tout le monde l'aimait et l'admirait parce que chacun était empreint de son histoire, chacun éprouvait pour lui tendresse et compassion. En revanche, personne ne connaissait le petit Elvis au patronyme inconnu, petit garçon aux cheveux bruns qui se fondait dans la masse. Ses résultats brillants auréolèrent bientôt Poufsouffle de prestige et de la fierté du professeur Wine, son indulgence et sa patience, sa générosité sans pareille lui attirèrent la sympathie de ses camarades et de ses professeurs. Celui sur qui personne n'aurait misé une noise était devenu un élève apprécié, respecté, admiré. Il s'était ouvert aux autres alors que Teddy Lupin restait taciturne, il partageait son savoir et ses expériences, ne comptant ni son temps, ni ses efforts, loin de Teddy Lupin qui répondait à peine aux questions qu'on lui posait. Deux garçons si différents, qui dormaient depuis six ans dans le même dortoir. Deux garçons qui auraient pu devenir amis. Mais l'un d'eux fermait les yeux quand l'autre réconfortait. Le premier restait replié sur lui-même et le second s'évertuait à redonner espoir, joie et confiance.
Quelques années plus tôt...
Il y eut un jour où les élèves étaient plus silencieux qu'à l'accoutumée. Certains avaient aperçu Harry Potter sur le quai du Poudlard Express, d'autres s'en vantaient aussi, répétant ce qu'ils avaient entendu dans le train.
« Il est comme sur les photos. Il accompagnait un nouvel élève, tu sais, son filleul, le fils du loup-garou dont parlent les livres... »
Tous se rejoignaient sur un seul et même point. Ils mourraient d'impatience de savoir si Teddy Lupin allait les rejoindre. Et les bancs de Poufsouffle ne connurent jamais tant d'euphorie que ce soir-là. La répartition d'Elvis Zigaro, bon dernier de l'immense file des nouveaux élèves, passa totalement inaperçue. Il en fut soulagé, il était chétif et intimidé et avait remercié d'un sourire celui qui lui avait permis d'être réparti plus sereinement. Mais ce soir-là Teddy Lupin n'avait rendu aucun sourire.
Il y eut aussi ce jour où Teddy Lupin fêtait ses douze ans. La pomme s'en souvenait très bien, il portait ce pull orange qui jurait horriblement avec ses cheveux bleus. La nouvelle s'était ébruitée alors qu'il lisait avec attention les lettres adorables envoyées par sa grand-mère, son parrain et la matriarche de la famille Weasley. Il ne prêtait attention ni aux murmures, ni aux pleurs. Et pourtant, c'était une petite fille de Serdaigle avec qui il avait partagé son bureau, en cours de Potions. Une petite fille de onze ans sans histoire. Une petite fille qu'on avait retrouvée dans les cachots, le couteau encore serré entre ses doigts fins, près de la marre que formait son sang.
Et puis il y eut ce jour où Teddy Lupin et Elvis Zigaro étaient assis l'un à côté de l'autre dans la Grande Salle. Mais, comme à l'accoutumée, ils ne partageaient aucun mot. Teddy beurrait sa tartine avec nonchalance et Elvis laissait refroidir son thé, trop accablé par sa lecture. La Gazette du Sorcier titrait « Un suicide de plus à Poudlard ». La pomme entendait souvent les élèves en discuter, les médias appelaient ce phénomène macabre « la purification bienfaitrice », d'autres parlaient d'hécatombe. Ce jour-là, Elvis Zigaro referma le journal calmement. Il sortir de la Grande Salle comme il y était entré, l'estomac vide. Il ne pouvait rien avaler, sa colère emplissait déjà tout son être.
La Gazette n'en perdait aucune miette et se plaisait à relater ces événements qui avaient coûté au professeur Mac Gonagall son poste de directrice de Poudlard. « Anniversaire macabre à Poudlard : Hier s'est éteint le treizième suicidaire de Poudlard. » Les élèves n'en parlaient pas pour autant, tous n'avaient d'yeux que pour Victoire Weasley, fière nouvelle Gryffondor...
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« Tu es bien matinale, aujourd'hui !
– Je ne veux pas rater l'arrivée du petit Potter ! »
Ted ferma les yeux très fort. Mais cela ne dura pas. Ça ne durait jamais très longtemps. Un garçon avec qui il partageait son dortoir venait de quitter sa chaise pour rejoindre la bibliothèque, tout angoissé qu'il était depuis la veille, lorsqu'il s'était aperçu qu'il avait oublié le devoir de vacances qu'ils devaient rendre au professeur Londubat.
Ted et Nick n'étaient pas amis. C'était un fait connu de tous, Ted n'avait aucun véritable ami à Poufsouffle, aucun véritable ami à Poudlard. Il fit venir à lui l'édition du jour de la Gazette d'un coup de baguette.
« Le trentième suicide de Poudlard aurait-il un rapport avec l'arrivée de l'Héritier du Survivant ? »
Ted ?
Une voix fragile. Légèrement tremblotante. Il ne servait à rien de fermer les yeux très forts, le petit garçon aux cheveux ébouriffés serait toujours là quand il les rouvrirait.
« Qu'est-ce que tu veux, James ?
– Ben... J'ai été convoqué chez le directeur.
– Déjà ?! Gin' va te tuer, tu vas te faire virer avant même d'avoir suivi ton premier cours de vol !
– Mais je n'ai rien fait ! »
Foutaises, se dit Teddy Lupin. James était partout, à l'intérieur du château comme dans le parc de l'école, saluant Hagrid d'un geste de la main avant de courir rejoindre ses copains qu'il comptait par dizaines, toutes maisons confondues.
« Ne mens pas, je vous ai vus, tes petits copains et toi. D'ailleurs, si tu pouvais éviter d'entraîner Louis et Fred dans tes embrouilles, ça serait bien, tu vois, parce que Victoire me casse suffisamment la baguette comme ça.
– Je n'ai rien fait, Teddy, je te le promets ! Ça n'a rien à voir... C'est au sujet de... tu sais... la fille qui... Lucifera Macnair. Elle a laissé une lettre avant de... Tiens. »
Teddy prit la lettre plus pour s'occuper que par réel intérêt. Il ne connaissait pas la petite Macnair, elle avait un an de moins que lui, à ce qu'il avait compris, et il n'avait pas le souvenir de l'avoir déjà vue à Poudlard. Mais il détestait James et sa fichue manie de les croire frères, il n'aimait pas son sourire et son rire trop fort, pas plus que son insistance pour parler ou jouer avec lui. Ils n'étaient pas frères. James avait beau dire que le sang ne comptait pas, ça ne changeait pas grand chose. Ils n'avaient aucun point en commun.
« Cher professeur Briscard,
Je vous laisse le choix de rendre publique cette lettre. Elle ne me portera pas préjudice, plus rien ne le fera. La vie à Poudlard est tout l'inverse de ce qu'elle devrait être. I aucune égalité au sein de votre école et si apprentissage il y a, il est bafoué par la compétition malsaine que vous laissez perdurer. Lorsqu'on arrive à Poudlard, les plus grands se fichent pas mal de notre maison. Ils ne se posent qu'une question. Dans quel camp étaient nos parents. C'est la seule chose qui les intéresse et répondre fait plus mal encore que d'entendre la question. La réponse vous glisse automatiquement dans une case, celle des gentils ou celle des enfants qu'on peut maltraiter sous prétexte de rendre justice aux héros de notre monde et de nous faire payer les mauvaises actions de nos parents.
Je n'ai pas choisi d'être fille de mangemorts. Je n'ai jamais connu mon père, emprisonné depuis de nombreuses années. Je ne suis ni fière d'être sa fille, ni d'être celle de ma mère, une infirmière violée lorsqu'elle était en visite à Azkaban. Elle m'a donné son nom, traditionnellement, sans prendre conscience du poids qu'elle glissait sur mes épaules. Elle est morte, depuis. Je n'ai plus personne et ce n'est certainement pas à Poudlard que je trouverai quelqu'un pour m'aider.
J'y ai cru, j'ai attendu, j'ai espéré. Maintenant je sais que la seule issue est la mort. Maintenant qu'IL est là, les choses vont empirer. On le dit aussi vantard que celui qui portait autrefois son nom, il a déjà des tonnes d'amis qui sont prêts à le suivre n'importe où sous prétexte que son père a sauvé notre monde. Mais qu'a-t-il fait, lui, petit garçon de onze ans pour mériter d'être protégé de toutes questions ? Pourquoi mérite-t-il sa case doré, privilégiée, sous prétexte qu'il est le fils de son père ?
Moi dont personne n'a voulue comme amie, je supporte difficilement de devoir me coller au mur pour laisser courir après lui des dizaines d' « amis ». Ce n'est sans doute pas sa faute, mais il n'y a pas de place pour lui et moi dans ce château. Lui ne partira pas... »
Ted soupira. Il plia la lettre avec soins, prêtant peu d'intérêt aux sanglots de James. Pourquoi diable était-il venu le voir, lui ? Pourquoi n'avait-il pas choisi Victoire la préfète ou la douce Molly ? Pourquoi s'était-il pris d'affection pour lui au point de le désigner comme frère de cœur ?
« Qu'est-ce que je dois faire, Teddy ? »
Les larmes avaient creusé quelques sillons sur ses joues enfantines. Il n'était plus ce garçon balbutiant qui faisait rire les adultes par sa maladresse légendaire, il était celui qui avait causé la mort d'une jeune fille. Pas volontairement coupable, non. Mais pas innocent non plus. Il avait besoin d'être épaulé, conseillé, réconforté. Mais qui avait réconforté Ted ?
« Va voir le directeur. Je ne peux rien pour toi.
– Mais, Ted... Je ne voulais pas qu'elle se tue, cette fille. Je ne la connais même pas ! Je ne sais pas ce qu'a fait son père, je ne sais même pas ce qu'est un Mangemort ! Liko Jordan a promis de m'expliquer mais j'aimerais mieux que ce soit toi qui...
– On n'est pas dans la même maison, James, et je ne suis pas préfet.
– Mais tu es mon...
– Non. Tu as un frère et une sœur, libre à toi d'être là pour eux quand ils viendront à leur tour à Poudlard. Moi j'ai fait mon choix. »
Les sanglots reprirent de plus belle. A la tristesse se mêlait désormais le choc et la déception. Mais Teddy fit mine de ne pas le voir. Il était déjà loin lorsque James se laissa tomber sur le sol.
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Pauvre garçon, songeait la pomme alors que personne ne pouvait l'entendre, que va-t-il devenir ? La pomme était si loin de lui et à la fois si près. Elle le voyait, le regardait, éprouvait même une certaine forme de compassion, mais elle n'était qu'un artefact magique, pire encore le portrait d'un artefact magique, esquissé au sein d'une somptueuse tapisserie du quatrième étage. Elle était impuissante, du moins concernant le jeune Potter.
Impuissante et dotée d'un seul objectif, protéger cinq garçons, années après années. Elle ne possédait pas grand chose, une arme sous forme de pépins chatouilleurs, une vision sans angle mort, un double au centre d'une tapisserie effilochée et une certaine forme de... pensée. Pas d'intelligence, non, mais après plusieurs centaines d'années à guetter les lieux, à distinguer les élèves de confiances de ceux qui voulaient s'introduire dans son dortoir pour des raisons malsaines, elle en était venu à se comparer à une pensine. Elle avait accumulé tant de souvenirs... Anodins pour la plupart. Mais quelques uns étaient... étranges. Même pour une pomme. Des images floues, incohérentes, où elle ne reconnaissait ni les lieux ni les gens. Elle avait été créée là, au beau milieu du lieu de vie des Poufsouffle, elle n'en était jamais partie. Alors d'où lui provenaient ces images étranges où elle parvenait à distinguer, au travers d'épais rideaux de fumée, un croisement atypique entre une crypte des temps anciens et un laboratoire moldu ? Elle y voyait ses propres souvenirs présentés contre sa volonté à des sorciers qu'elle ne connaissait pas. Certains prenaient des notes, d'autres expérimentaient.
Quoi ? La pomme l'ignorait. Elle attendait seulement la prochaine visite du professeur Wine, directrice de la maison Poufsouffle et professeur de Potions, pour lui faire part de ses craintes. Elle aurait voulu en parler à Albus Dumbledore. Lui l'aurait cru, sans hésiter. Minerva Mac Gonagall était plus pragmatique, elle ne conversait point avec les artefacts et leur préférait les livres, pourtant figés dans leur temps. Il y avait eu Severus Rogue, durant une année, mais il avait d'autres problèmes. Le directeur actuel en avait tout autant, il fallait gérer l'Hécatombe, les relations conflictuelles avec le ministère, l'inquiétude des parents d'élèves. Mireille Wine, elle, prendrait le temps nécessaire, la pomme en était certaine.
Elle y avait songé des années durant et s'était préparée à formuler ces mots qu'elle dévoilerait calmement, fermement, sûre d'elle. Ça lui faisait penser à ce que les humains sorciers nomment l'Imperium. C'était semblable, tout en étant différent, la pomme n'en était pas vraiment une, après tout, seulement un objet magique parmi tant d'autres, posé là, à mi-chemin entre la fraise et l'abricot. Néanmoins, si tant est qu'un artefact magique puisse ressentir ce type d'émotions, la pomme était révoltée. Elle avait beau ne pas être humaine, ne pas être vivante de surcroît, personne n'avait le droit de la manipuler ainsi, de s'emparer de ses yeux, de fouiller dans sa mémoire. Pire que tout, elle ne voulait devenir une arme, un moyen de parvenir à des fins douteuses, destructrices. La pomme n'avait ni l'intelligence ni l'orgueil de prétendre savoir ce qui se tramait réellement. L'abricot n'en parlait jamais, sa naïveté légendaire le préservait de ces élucubrations, mais la fraise, elle, avait un avis tranché sur la question. Le mal se dissimulait quelque part, tapis dans l'ombre, prêt à surgir à tout moment.
« Cesse donc de voir le mal partout, raillait la banane, éternelle optimiste. Harry Potter a vaincu, Voldemort n'est plus qu'un tas de compost.
– Je te parle du véritable mal. Voldemort s'en était approprié une part mais ce n'était rien en comparaison au mal puissant et indestructible qui attend son heure, là, au dehors.
– Que dit la grenade ?, s'était inquiété la pomme.
– La stricte vérité, bientôt nous ne serons plus. Et les élèves que l'école protège seront réduits à l'état de cendre. Le château entier brûlera et toute la communauté avec lui. Partout, les cendres. Dans chaque pays. »
Cette prophétie fruitée aux accents amers d'apocalypse avait définitivement convaincu la pomme. Elle parlerait au professeur Wine. Elle lui dirait les volutes de fumée et les gens qui s'activent. La très douce et compréhensive Mireille Wine l'écouterait, la pomme en était certaine. Ne restait plus qu'à l'attendre.
ooOOoo
« Lupin.
– Zigaro. »
Les deux jeunes hommes se saluaient toujours ainsi, l'un poliment, le second avec sa nonchalance méprisante. L'un arrivait, l'autre partait. Le professeur Briscard avait fait appeler le jeune Lupin et celui-ci se rendait au bureau directorial en traînant les pieds, agacé de quitter son antre. La pomme avait entendu des rumeurs, on disait que le petit Potter, l'Héritier du Survivant, avait été attaqué on espérait que Harry Potter se déplace on se chuchotait que le petit Potter avait imploré Teddy Lupin de l'aider. Il y avait d'autres rumeurs, bien sûr, mais la pomme n'y croyait pas. Comment James Potter aurait-il pu, à onze ans, combattre trois dragons à mains nues ? Une Serdaigle de troisième année prétendait même qu'il avait été aperçu au même moment à six endroits différents. Un murmure lui prêtait un pouvoir surnaturel, celui de pouvoir transplaner au sein de l'école, un souffle affirmait que la baguette de James Potter était sertie de rubis et d'or pur et qu'il pouvait la transformer en un glaive plus puissant encore que l'épée de Gryffondor.
« Salut Elvis !
– Salut Voltaire. La saison s'annonce bien ?, s'enquit Elvis Zigaro en désignant la tenue de quidditch de son camarade.
– Pour Serdaigle et Gryffondor, oui, mais pour nous... Il paraît que Dubois et Jordan veulent enrôler Potter.
– Mais... Il n'a que onze ans !
– Son père est devenu attrapeur à onze ans, soupira Voltaire Ollivander. Tu sais comment sont les gens... Ils s'attendent à ce que je déterre chaque arbre de la forêt pour en faire une baguette aux pouvoirs surpuissants et pensent que j'ai intégré l'équipe de quidditch parce que personne d'autre ne voulait du poste... Bon, je sais que je ne suis pas le meilleur joueur de l'école, loin de là, mais...
– Tu es passionné, Voltaire, c'est le principal. Je préfère que nous ayons des joueurs comme toi plutôt que d'autres, qui ne penseraient qu'à la coupe.
– Ca ne me déplairait pas d'être aussi bon que Dubois, Jordan, Lespare ou Kandinsky...
– C'est vrai qu'ils sont très bons et que leur petite guerre est sympathique, mais le quidditch se joue en équipe, l'important est de jouer ensemble, de rester solidaires...
Elvis Zigaro parlait patiemment, son sourire avenant rassurait son camarade qui pouvait se confier sereinement à son préfet. Les discussions avec Elvis Zigaro rassuraient toujours et on ne manquait jamais d'en remercier le jeune homme. Lui se contentait de sourire, tous savaient, à Poudlard, combien être présent pour les autres comptait à ses yeux.
La pomme arrêta là sa contemplation des deux garçons, s'immergeant dans son double en deux dimensions. Qu'elle soit dans la salle commune de Poufsouffle ou dans les couloirs du quatrième étage, cette étrange impression de ne jamais être seule ne la quittait pas. Elle était loin d'être la seule, il n avait qu'à observer cette gargouille marmonner des informations sur Poudlard ou ce sanglier en bronze suivre de ses yeux cuivrés les élèves les plus importants.
Pomme, gargouille et sanglier de bronze étaient comme ensorcelés par une entité inconnue qui les observerait nuit et jour, année après année, sans un seul moment de répit. Un Big Brother version sorcier qui aurait fait frissonner la plus courageuse des mangues.
« Mes hommages, madame.
– Oh, Elvis..., soupira la pomme. Le jeune Voltaire vous a quitté ?
– Il y a quelques minutes déjà.
– Vous ne rentrez pas au dortoir ?
– Pas tout de suite. Je préfère vous observer. »
Sa voix était telle que d'ordinaire mais quelque chose dans son regard avait changé. Une étrange lueur y résidait. Une lueur maléfique.
« Tout va bien, Elvis ?, s'inquiéta la pomme.
– Tu as fais du bon boulot. Mais tu es trop loyale à Poudlard pour ton propre bien. »
Nulle confrontation n'aurait lieu. La pomme ne faisait pas le poids, elle n'était pas vivante, elle n'avait aucun instinct de survie. Et surtout pas de baguette magique. Elvis avait sortit la sienne, serein. Toute occupée qu'elle était à « songer » à sa manière, la pomme n'avait prêté suffisamment d'attention à ce qui se déroulait. Il s'était occupé de chaque fruit, il connaissait par cœur chaque mot inventé pour détourner les soupçons des professeurs, il ne doutait pas, il avait la foi.
Vint le moment. Vert contre vert. Le vert de la pomme juteuse contre la lueur verte du faisceau du sortilège de la mort. Ainsi disparut la pomme.
Me revoilà. Mlle Point-de-Côte, hein, pas la pomme. Elles n'est pas près de revenir vous bassiner avec ses mémoires... Mais ce n'est pas pour autant la fin de ce recueil...! Alors je dis à très vite aux plus loyaux, intelligents, courageux et rusés d'entre vous ! N'hésitez pas à me laisser une petite trace de votre lecture, j'accepte toutes les critiques et je ne mords pas à travers les écrans. A la semaine prochaine !
