Salut !
De violentes migraines m'ont empêchée de relire et poster ce chapitre plus tôt... Toutes mes excuses, donc, à ceux parmi vous qui suivent cette histoire. Au programme de ce chapitre, les retrouvailles tant attendues avec Victoire, un petit clin d'œil à un de mes moments préférés du canon et, comme le titre l'indique, trois sortilèges et une potion. Bonne lecture !
3 Trois sortilèges et une potion
« Gryffondor ! ». C'était le choix du Choixpeau. Il l'avait même crié. Et les mots avaient raisonné dans la Grande Salle pendant plus d'une minute. Il avait été le dernier à passer. Pas le plus applaudi, mais presque. Elle aussi avait connu ça, l'attente interminable, les noms plus ou moins connus appelés pendant de si longues minutes, l'observation de chaque élève, le sentiment d'être à part, pour enfin finir seul, devant plusieurs centaines de regards fixés sur soi. Dominique aussi était passée la dernière, comme Molly un an après elle. Louis avait au moins eu Fred pour lui tenir compagnie jusqu'au bout. Et il n'avait pas tardé à les rejoindre, lui et James.
Fred. Fred le calme, Fred le doux. Fred le secret. Fred, le « ni-fils-ni-frère », comme disait grand-mère Molly. Fred deuxième du nom. Victoire avait vu les photos, sa mère les lui avaient montrées. Son père, alors, était toujours absent. Il n'aimait pas se replonger dans le passé. « Le passé est par définition passé, Victoire, je n'aime pas revenir dessus. » C'était ainsi, Bill Weasley ne parlait jamais de la guerre, de celle qui lui avait causé ses cicatrices aujourd'hui célèbres, de celle qui lui avait volé un frère. Il préférait se souvenir de la victoire, de l'exploit accompli par Harry, Ron et Hermione, de la reconstruction d'une communauté désœuvrée. «Laisse les mauvais souvenirs derrière toi, Victoire, rappelle-toi seulement des bons. Toujours. Parce que la vie est trop courte pour vivre dans la peine et le ressentiment. »
Il lui parlait rarement ainsi mais lorsqu'il le faisait, Victoire acquiesçait mollement. La date de la victoire, elle ne risquait pas de l'oublier. Elle était née le même jour, en portait le nom, et acceptait docilement les excuses de chaque membre de la famille qui se rappelait ne pas lui avoir offert ses cadeaux en temps et en heure. Jamais une fête d'anniversaire, jamais un gâteau confectionné par Molly. Ses anniversaires se passaient à la Chaumière aux Coquillages, entre les poupées sans tête de sa sœur et les bandes dessinées de son frère. « Occupe toi bien d'eux, Victoire, tu es grande maintenant. » La même phrase chaque année, accueillie avec plus de lassitude que d'amertume. Son premier véritable anniversaire, elle l'avait passé à Poudlard. Pendant que ses parents, oncles et tantes visitaient le Monument de la Victoire, dans le parc du château, des dizaines d'élèves lui avaient organisé une fête mémorable. Elle avait reçu plus de cadeaux que son armoire pouvait en contenir et ne se rappelait pas avoir remercié chaque personne. Mais qui s'en serait plaint ? Ils étaient pétris d'honneur et de fierté d'être présents à son anniversaire, elle n'allait pas en plus verser une larme pour eux.
Il en avait été de même pour l'anniversaire de Dominique. Mais, si l'aînée acceptait qu'on lui organise une fête d'anthologie année après année, sa cadette n'y avait tout bonnement pas mis les pieds, se contentant de disparaître dans son dortoir. Elle ne venait même pas à la fête de sa sœur, c'était dire oh combien Dominique était asociale.
Que ferait Louis ? Victoire l'observait, jour après jour. Il plaisantait avec ses cousins et avec ce garçon noir que James avait choisi pour ami. James. Maudit James. Victoire se doutait bien qu'il était responsable de l'éloignement de Louis. Oh, ils n'avaient jamais été proches, tous les trois, Dominique était atypique, silencieuse, froide et Louis était secret, timide. Ils s'aimaient, bien sûr, ils étaient des Weasley, ils devaient s'aimer coûte que coûte. Qui sait ce qu'aurait inventé la presse si ça n'avait pas été le cas ? Leurs parents avaient eu assez de problèmes comme ça, leurs rejetons n'allaient pas en rajouter. Ils s'aimaient mais n'étaient pas proches. Ça n'avait jamais dérangé Victoire. Elle était une fille aimante, une sœur aimante, une camarade aimante. Elle aimait tout le monde et Bill avait beau prétendre que ce n'était pas de l'amour, Victoire s'en fichait. Elle avait un rôle à jouer et celui-ci lui convenait très bien. La psychologie ne l'avait jamais intéressée, elle laissait ça à sa tante Hermione qui la regardait toujours tristement.
Voilà, elle aimait ses parents, mais ne leur écrivait pas toutes les semaines elle aimait sa sœur, mais ne lui parlait jamais elle aimait son frère... Mais pas depuis qu'il était arrivé à Poudlard. Pas comme il était à Poudlard. Louis n'avait jamais été proche de personne, elle s'y était habituée, elle faisait avec. Mais qu'il lui préfère désormais Fred et James... Et cette petite Serdaigle insipide ! Et ce garçon de Gryffondor dégingandé qui suivait James partout ! C'était tout simplement inenvisageable.
Elle était la reine de Poudlard, l'abeille autour de laquelle tous butinaient. Elle riait et tous se mettaient à rire, même ceux qui ignoraient jusqu'au sens premier de la blague. Tous la suivaient, où qu'elle aille, c'était ainsi, c'était une règle que tous suivaient. Elle ne pouvait pas accepter que lui déroge à la règle. Pas Louis. Pas son frère.
« Louis ?
– Victoire ! Ça va ?
– Ça ira mieux dans un moment. Suis moi. »
ooOOoo
JOURNAL DE JULIET HAWKES
« Cher journal,
Aujourd'hui a eu lieu mon premier cours de Métamorphoses. On était avec les Gryffondor et les autres n'arrêtaient pas de dire que ce n'était pas normal, qu'on allait être désavantagés parce que le professeur Glacey est leur directeur et que leur maison déteste la nôtre. Et vice versa.
Le professeur Glacey a commencé son cours en nous expliquant qu'il aimait partager les maisons, les fusionner, créer des binômes différents à chaque cours. Pareil pour les travaux en groupe, a-t-il ajouté. Il nous a donc demandé de nous mettre par groupes de deux, un de chaque maison. Le métis de leur classe, Fred Weasley, a râlé et le professeur Glacey lui a dit qu'il aurait une retenue s'il continuait de mal parler des Serpentard. C'était assez amusant à regarder. Il a continué en disant qu'il préférait qu'on fasse tous la démarche nous-même, quelque chose comme ça, mais je ne l'écoutais déjà plus parce que deux garçons s'approchaient de moi. Deux Gryffondor. J'ai eu un peu peur, rapport à tout ce qu'on m'a dit sur eux, mais ils se sont concerté du regard et le petit blond s'est dirigé vers un garçon de ma classe, Clifford de Woodcroft. La tête de Clifford était si amusante à voir que je n'ai pas compris tout de suite que le deuxième garçon s'adressait à moi. Il a tapoté gentiment mon épaule gauche et m'a demandé si ça m'ennuyait qu'il s'assoit avec moi, pour le cours. Et c'est là que j'ai compris qu'il était le fameux James Potter dont tout le monde parle, celui dont je dois me méfier parce qu'il va nous faire des blagues pas drôles, qu'il n'aura jamais le même humour que nous et qu'il nous considérera toujours comme des pestiférés. Enfin, ça, c'est ce qu'on dit sur lui.
Je me suis demandé à plusieurs reprises si c'était bien lui, parce qu'il est quand même vachement sympa. Il est plutôt doué, c'était le premier à métamorphoser son brin d'herbe sèche en allumette. Il a rougi quand je l'ai félicité et il a dit que c'était de la chance. Mais ni le professeur Glacey ni moi n'étions de son avis. Il a reçu cinq points pour Gryffondor et moi cinq pour Serpentard après qu'il m'ait expliqué comment il fallait faire. C'est là que je lui ai posé la question. Il a baissé un peu la tête quand il a murmuré son « oui, je suis James», il n'avait vraiment rien à voir avec le James Potter qu'on m'avait dépeint. Alors quand le cours s'est terminé et que toute sa classe s'est rassemblée autour de lui, je l'ai suivi. Il y avait ce préfet de Gryffondor qui les attendait devant la salle, à trois mètres de notre préfet à nous. Quand la porte s'est ouverte on a tous vu qu'ils se fusillaient du regard. Ça a fait ricaner Fred Weasley et quelques mecs aussi bêtes que lui qui sont dans ma classe, à Serpentard.
En sortant, James a répondu à mon sourire. Il m'a même glissé un chaleureux « à bientôt ! ». Je me suis dit que je m'étais fait un nouvel ami, peu importe sa maison ou ce qu'a fait son père, ça m'a fait drôlement plaisir. Mais le préfet de Gryffondor a pris James par le bras et je les ai suivis, parce que ça ne se fait pas d'abandonner un ami dès le premier problème qu'il rencontre. J'ai entendu tout ce qu'a dit le préfet, sur moi et « mes congénères », j'ai entendu ses prétendus conseils qui étaient plus des ordres qu'autre chose. « Ne te mêle pas à eux, évite-les le plus possible. Nos maisons ne sont pas ennemies pour rien, petit Potter. Ton père ne s'est pas battu pour rien. » James a osé répondre qu'il n'avait rien demandé au Choixpeau Magique et qu'il en était sûrement de même pour tous les Serpentard de ma classe, que notre maison ne faisait pas de nous des gentils ou des méchants, que c'était sans doute plus complexe que ça, quand même. Je n'ai pas entendu ce qui s'est dit après, mon préfet m'a ordonné de le suivre et j'ai perdu de vue James Potter... »
ooOOoo
« Je t'attends devant la salle.
– Moi aussi.
– Moi aussi.
– Moi aussi. »
Habituée, elle ne prit pas le temps de répondre à ses camarades. A peine un hochement de tête, bref et désinvolte. Le professeur Ganesh avait demandé à lui parler après le cours, c'était normal que tous se proposent de l'attendre devant la salle, elle était une Weasley, elle était leur reine, le professeur Ganesh pouvait bien lui parler pendant des heures qu'elle les retrouverait tous devant la porte, prêts à l'accompagner, à la suivre partout, tout le temps.
« Miss Weasley, savez-vous pourquoi miss Galant était absente, aujourd'hui ?
Victoire Weasley haussa un sourcil, un seul, toujours le même. Elle n'avait même pas remarqué qu'il manquait un élève, encore moins qu'il s'agissait de l'une de ses camarades de dortoir. Une amie ? Victoire n'en savait rien, elle était l'amie de tout le monde, après tout.
– Vous êtes préfète, miss Weasley, monsieur Valdes était absent mardi, aujourd'hui c'est miss Galant... J'attends de vous que vous mettiez fin à ses absentéismes.
– Je le ferai, professeur. »
Ils avaient tous quelque chose à lui demander, ils attendaient tous d'elle qu'elle résolve chaque problème, comme l'auraient fait ses parents, ses oncles, ses tantes. Lorsqu'un elfe avait été brutalisé par un de ses camarades, alors qu'elle était en troisième année, elle avait dû s'interposer, dénoncer le jeune coupable, prendre soin de l'elfe. L'odeur nauséabonde qu'il dégageait l'avait écœurée mais avait-elle le choix ? Elle était la nièce de Hermione Granger, après tout. Lorsqu'un loup-garou avait attaqué l'équipe de quidditch de Poufsouffle, pendant une sortie à Pré-au-lard, tous ses camarades s'étaient tournés vers Victoire, attendant qu'elle dégaine sa baguette magique. Elle l'avait fait, moins pour montrer l'exemple que par la certitude qu'ils la suivraient. Ils la suivaient toujours. Elle était la nièce de Harry Potter, après tout. Lorsqu'en cours d'Histoire de la Magie, personne ne levait la main pour répondre à une question de leur professeur et directeur de maison, Ganesh se tournait automatiquement vers elle, pour qu'elle montre l'exemple, pour que tous la suivent. Il n'avait pas hésité une seule seconde à la nommer préfète. Elle était une Weasley, après tout.
Les murmures foisonnants sur son passage. Les regards toujours tournés vers elle. Les portes que l'on ouvrait toujours pour elle. La dizaine d'élèves qui la suivait partout, la précédant de quelques pas pour s'assurer que sa place habituelle était vide et toute disposée à l'accueillir. Victoire s'asseyait avec la grâce qui lui incombait, satisfaite de faire autant d'effet à la gent masculine, comblée de voir que les filles la jalousaient en silence, apeurées de s'en prendre à la reine Victoire. Comme à son habitude, la jeune fille se tournait vers la table des Poufsouffle, lâchant ses cheveux qui retombaient en cascade sur ses épaules. Quelques soupirs énamourés. Une dizaine, sûrement plus. Mais Teddy, lui, ne la regardait jamais.
Victoire soupira. A peine un peu d'air rejeté dans un silence mesuré. Ses soupirs, elle les voulait ainsi, discrets, juste pour elle. Victoire soupirait beaucoup. Sûrement une bonne dizaine de fois en une minute. L'ennui, la lassitude, une fille mal fagotée, un garçon boutonneux qui venait lui proposait un rencart. Le moindre fait, la moindre parole était ponctuée d'un soupir. Plus jeune, ses soupirs étaient audibles. Fleur détestait ça, Bill lui demandait constamment ce qu'elle avait, Dominique soupirait en grimaçant, en se moquant. A Poudlard les soupirs de Victoire avaient éveillé la compassion, la gentillesse, la peur même, parfois. Alors Victoire avait appris à soupirer pour elle-même et le soupir était devenu son meilleur allié, un témoin de la vie qu'elle menait, « fade et sans surprise ».
Les mots de Louis. Lui riait impunément parmi les lionceaux de son année, fidèlement encadré de James et de ce Maël Thomas. Victoire avait mené quelques recherches, le père de ce garçon était un camarade d'école de Harry Potter, un résistant, un homme qui avait connu la guerre. Il avait même eu une aventure avec sa tante Ginny. Il vivait aujourd'hui avec une moldue française, il ne venait point aux commémorations et autres célébrations, il se préservait de l'agitation des héros. Victoire ricana. Et dix rires raisonnèrent aussitôt. Une question en suspend, à laquelle elle ne répondrait jamais. Elle avait beau ne pas comprendre comment ni pourquoi un héros de guerre ne remplissait pas ses fonctions premières, personne ne s'attendait à ce qu'elle l'avoue à haute voix. Une reine n'agissait pas ainsi. Une reine « fade et sans surprise ».
Lui jouait à l'aventurier intrépide, simulait son courage, feignait sa témérité. Un suiveur parmi les suiveurs. Toujours à s'accrocher aux basques de cet imbécile de James. Fred en faisait de même, mais il était drôle, lui. Drôle pour les autres qui se forçaient à rire à la fin de chacune de ses phrases.
« Impressionnant comme il a changé, n'est-ce pas ? Une vraie métamorphose.»
Victoire détourna le regard. Elle ne prit pas le temps d'observer Molly, ses cheveux lui donnaient mal à la tête et puis... Molly ne changeait jamais. Elle était fade. « Fade et sans surprise ». Comment diable Louis avait-il pu la comparer à Molly ?!
« Il est comme... Comme on aurait pu se l'imaginer. Le digne fils de son père. C'est étrange qu'il ne se comporte pas ainsi à la maison, son père serait tellement fier de lui. »
Molly était à Serdaigle, tout comme Victoire, et lorsqu'elle s'approchait de sa cousine, le moindre élève se levait prestement, leur laissant l'espace de quiétude auquel elles avaient droit, de part leur nom de famille.
« Ne te fais pas plus bête que tu ne l'es, Molly. Tu sais très bien pourquoi il est ainsi.
– Lucy... Lucy dit toujours que c'est lui qui fait toutes les bêtises dont James s'accuse...
– Ne me parle pas de cet.. de lui.
– Pourtant lui aussi fait partie de la famille, Vic.
« Vic ». Depuis que Bill s'autorisait à l'appeler ainsi, tout le monde s'y mettait. Une plaie.
– Ce n'est pas un Weasley, c'est un Potter, grommela Victoire avec évidence.
– Quelle différence ça fait ? Tu te conduis avec Albus comme tu le fais avec Rose. Pareil pour Hugo et Lily...
– Albus est le fils de son père. Et Lily est une Weasley, le portrait de tante Ginny. James est...
– Différent, oui, je sais. Mais...
– Va le voir si tu te soucies autant de lui. Lucy n'est peut-être pas encore à Poudlard et tu t'ennuies sans doute, mais moi j'ai un frère et une sœur, tu te rappelles ?
Elle ne se permettait de parler ainsi qu'en présence de ses cousins. Qu'auraient dit les autres ? Ils n'auraient pas compris, tout simplement. Molly comprenait, elle. Molly savait, Molly savait même trop. Une élève brillante, une future préfète, une élève douce et compréhensive, digne des attentes de ses parents. Dégoulinante de mièvrerie, songeait intérieurement Victoire. Elles n'avaient en commun que leur nom de famille, et c'était déjà bien assez.
Molly ne répondait jamais. Elle n'alimentait aucune querelle, avortait chaque dispute. C'était lassant, bien sûr. Une lassitude de plus. Mais une lassitude bienfaitrice. Victoire n'aurait pas supporté que la parfaite petite Molly lui fasse la morale. Elle lui glissait parfois un léger « Dominique ne va pas très bien, on dirait. J'espère que ce n'est que passager. » Des petites remarques auxquelles Victoire prêtait peu d'attention. Juste un moyen pour la parfaite Molly d'enorgueillir sa conscience. Donner des conseils qu'elle ne suivait jamais, voilà quelle était sa doctrine. Elle n'avait pas le courage d'affronter Dominique et se contentait de sourire bêtement en regardant James, Louis et Fred rire avec leurs nouveaux amis.
– Les deux clubs vont vouloir l'avoir, tu sais.
Victoire hocha la tête. Peu lui importait le club que choisirait James, qu'il aille au diable celui-là. Mais le tout Poudlard n'était pas si loin et une reine ne pouvait profaner de telles vérités.
– Tu n'as pas peur qu'il les entraîne avec lui ?
– Je croyais que tu le défendais.
– Lucy le défend. Elle le fait toujours. Personne ne l'écoute mais elle continue.
– Ta sœur est du genre buté.
Un euphémisme. Victoire ne parvenait pas à savoir si Lucy-la-teigne rejoindrait les lions ou les serpents. Du moment qu'elle ne venait pas à Serdaigle...
– Je ne connais pas James, avoua Molly.
– Personne ne le connaît. Qui pourrait se vanter de connaître réellement l'insaisissable James Potter ? Tantôt le plus calme d'entre nous, à lire un vieux bouquin de tante Hermione dans le silence le plus total, tantôt le plus turbulent des lutins de Cornouailles, à casser tout ce qui lui tombe sous la main.
– C'est peut-être vrai, ce que raconte Lucy. Peut-être qu'il fait ça pour qu'on laisse Fred tranquille. Si à la maison Fred est quasiment muet c'est sûrement pour ne pas alimenter les histoires de son père, comme quoi notre oncle défunt se serait réincarné en lui. Ils sont très proches, Fred et James, ils en ont sans doute parlé et peut-être que James...
– Je vais te dire, moi, qui est James. Un gamin à qui il manque un grain. Un chaudron vide. Et voilà qu'il se pavane comme s'il était devenu le roi de...
– Il est déjà le roi. Il est dans la même situation que toi, Victoire. Tu n'as jamais demandé à être reine.
– Mais il en est fier ! Regarde-le ! Il se vante de ce que ses parents ont accompli alors que... Par Merlin, Molly, ne me dis pas que tu n'es pas au courant ! Tout le monde sait que sa mère regrette sa venue au monde ! Alors ne me compare pas à lui, tu veux ? Ma mère est fière de moi, je suis sa princesse, sa fille parfaite, façonnée à leur image à tous les deux. Lui ne ressemble à personne.
– Il a les cheveux de son père et... Il ressemble à ton père, un peu. Et puis ce n'est pas une raison. Il a onze ans, Vic. Et il n'a personne.
– Je préfère me concentrer sur ma sœur et mon frère.
Son frère. Louis. Le traître. Il avait osé lui rétorquer qu'il était jeune, qu'il voulait en profiter, qu'il voulait oublier la guerre, le passé, les responsabilités de fils de héros. Il avait osé lui mentir, disant qu'il n'était pas un suiveur, qu'il restait avec James par affection, parce qu'ils étaient amis. Il affirmait vouloir et pouvoir choisir de mener la vie dont il rêvait. Pas comme elle qui avait choisi une voie « fade et sans surprise ». Elle avait essayé de l'en dissuader, les arguments ne manquaient pas. Il lui avait dit non. Il l'avait écoutée avec sérieux et il avait dit non.
– Il y a autre chose, Vic. Hier, en cours de Potions, un de mes camarades manquait à l'appel. Et aujourd'hui c'était une fille. Je l'ai interrogée mais elle ne se souvient de rien...
– Sûrement une invention de Georges. Tu sais comme il aime les tester sur les élèves de Poudlard...
– Il y a beaucoup d'absences, Vic.
– Je sais. Ganesh m'en a parlé. Laisse faire les préfets, tu veux ? Ne soit pas si pressée de me voler mon insigne. Tu verras, c'est lassant... »
« Un peu comme toi, en fait », voulut ajouter Victoire. Mais elle n'était pas ainsi. Une reine ne se comportait pas ainsi. Une fille de héros devait rester courtoise et agréable, surtout en présence d'une autre fille de héros. Alors Victoire força un sourire et Molly en fit de même. Deux parfaites hypocrites issues de la famille la plus célèbre de Grande-Bretagne.
ooOOoo
JOURNAL DE JULIET HAWKES
« Cher journal,
Les cours de vol seront bientôt finis. Il ne me reste plus qu'à attendre les vacances de Noël et je pourrai enfin dire adieu à ce bon vieux Comète 290. Papa a beau me répéter dans chacune de ses lettres que mon vertige finira par passer, je ne suis pas certaine qu'il ait raison. Mais j'aime bien ces cours quand même, voir voler Laurence Levis est un pur plaisir. Elle est tellement douée... Dommage qu'elle refuse de m'adresser la parole depuis que James et moi sommes amis.
Il me tarde de savoir jeter un charme d'invisibilité à ces mots que je te confie, comme ça je n'aurai plus peur que Perdita Phyliss te lise et me jette un sort, comme l'autre jour. Elle trouve toujours que je parle trop bien de James. Elle l'appelle « Potter le potiron sans cervelle », ce qui est méchant et injuste parce qu'il a de bien meilleures notes qu'elle. Deirdre Bran, qui est aussi dans notre dortoir, m'a expliqué avec beaucoup de douceur que le père de Perdita est en prison à cause du père de James. Je n'ai pas très bien compris ce qu'il a fait mais s'il est en prison, c'est qu'il doit avoir fait une grosse bêtise. Clifford, qui est à Serpentard avec moi, m'a dit que beaucoup de gens avaient été envoyés à Azkaban sans procès. J'en ai parlé avec James mais il n'est pas au courant, il dit que son père ne parle presque jamais de son travail avec lui parce qu'il est trop jeune pour comprendre. Mais Louis et Maël ont l'air d'accord avec Clifford, ce qui l'a bien fait rire, d'ailleurs.
Il a dit « Deux lions héroïques prenant la défense d'un vil serpent » et puis il a ri, beaucoup. Clifford rigole tout le temps, d'un rire très fort, très sonore. C'est assez amusant à voir. Il paraît qu'il est l'arrière-arrière-arrière-etc. petit-neveu de Hengist De Woodcroft, fondateur de Pré-au-lard. C'est James qui est venu le lui demander, carte de chocogrenouille en main. Les gens de ma classe étaient un peu étonnés que James lui demande ça mais pas Clifford. Il lui a dit « eh oui, je suis un fils de, moi aussi ». Ça a fait rire James, qui a à peu près le même rire que Clifford. La seule qui ne trouve pas ça amusant du tout c'est sa grande copine, Alice Londubat. Elle et Perdita s'insultent dès qu'on a un cours en commun et, vu que James est son seul véritable ami, il est toujours obligé de s'asseoir avec elle pour la calmer. Faut dire qu'elle s'est déjà fait virer d'un cours d'Astronomie et il paraît que son père, le prof de Botanique, n'était pas très content. Il a crié sur James, aussi. « Il croit que James influence mal Alice », m'a expliqué Louis. Si tu veux mon avis, mon cher journal, c'est plutôt l'inverse, mais tu seras le seul à qui je le dirai. Alice Londubat brandit un peu trop vite sa baguette à mon goût. »
ooOOoo
BOUM. Une porte qui claque. Des bruits de couse, de chute. Une armure qui tombe lourdement et se relève dans un cliquetis exaspéré. Deux « pop » caractéristiques du couple de concierges à la poursuite d'élèves en infraction. Victoire s'adossa au mur précipitamment pour les laisser passer. Il ne manquait plus que ces deux elfes en chef la salissent.
« Maudit Briscard », marmonna-t-elle, sûre d'être enfin seule.
Seul Brossard Briscard, actuel directeur de Poudlard, était capable de remplacer le vieux Argus Rusard par deux elfes de maison. Un couple d'elfes exhibant fièrement leurs tabliers souillés, faisant partie des premiers elfes libres salariés à Poudlard. Un couple de concierges omniprésents, capables de transplaner dans l'enceinte du château et de rendre réticents les plus téméraires des élèves. Néanmoins, James et sa bande d'amis n'en avaient pas moins arrêté leurs visites nocturnes du château. Un camarade de Victoire les avait vus près des serres, un lundi soir à plus de minuit, Hagrid les avait ramenés de l'orée de la forêt interdite à l'aube d'un jeudi matin et le professeur Trelawney les avait enfermés par mégarde dans sa salle de Divination, alors qu'elle rentrait d'une fête bien trop arrosée. « On essaie de se repérer dans le château, c'est tout », avait expliqué Louis avec une nonchalance que Victoire ne lui connaissait pas. Nalani Jordan, une petite nouvelle de Serdaigle avait répété à peu près les mêmes mots, lorsque Victoire l'avait surprise à rentrer bien après le couvre-feu, fidèlement accompagnée de Keith Corner et Keanu Ganesh.
« Notre tour de garde est terminé, Victoire. Souhaites-tu que je te raccompagne ?
– C'est bon, Zigaro, retourne dans tes cachots. »
Tom Zigaro esquissa un sourire. Un sourire simple, qu'il ne tenta pas de rendre charmeur. Il n'en avait pas besoin, il était un des garçons les plus séduisants de Poudlard. Victoire lui avait pourtant toujours préféré son frère aîné, Elvis, le préfet-en-chef. L'ennemi juré de Ted.
Elle attendit que Tom disparaisse au bout du couloir pour flatter l'encolure de la licorne de bronze qui gardait un des passages les plus secrets de Poudlard. Elle eut à peine le temps de les apercevoir qu'ils se mirent à courir, comme s'ils avaient le diable aux fesses. Un diable « fade et sans surprise », aurait dit Louis.
– James ! Fred ! Maël ! L... Revenez tout de suite !
Un éclat de rire et un bruit de course. Victoire soupira avant de presser le pas.
– Peine perdue, lâcha une voix féminine. Ils courent plus vite que toi.
Victoire s'immobilisa. Ce n'était pas de la haine que laissait entrevoir cette voix familière, seulement une extrême froideur, une indifférence qui aurait dû la blesser mais à laquelle elle s'était habituée, bien plus vite qu'elle ne l'aurait dû.
– Tu les as vus ? Ils sont partis par où ?
– Par là, répondit Dominique en montrant un pan de mur qui dissimulait un passage secret.
– Ils connaissent déjà les passages secrets, grommela Victoire. J'écrirai à oncle Harry, je suis certaine que James lui a volé cette fameuse carte qui... Pourquoi les as-tu laissé passer?!
– Je ne suis pas préfète, répliqua sa sœur en haussant les épaules. Au fait... Tout le monde sait que Louis passe ses journées avec eux. Ça ne sert à rien de taire son nom.
Victoire ne tenta pas d'étouffer son soupir. Dominique la connaissait trop bien, en témoignait ce sourire narquois qu'elle lui réservait. Se moquait-elle de la réputation de leur petit frère ? Se moquait-elle de la réputation de leur famille ? Se permettait-elle de faire la morale à Victoire ? Qui était-elle pour s'affirmer ainsi face à la reine de Poudlard ? Victoire dégaina sa baguette, le regard ferme et résolu jusqu'à ce qu'elle croise l'éclat de surprise qui auréolait les yeux de sa sœur. Dominique était sa sœur. Dominique avait tous les droits, tous les pouvoirs. Elle était une Weasley.
– Mais... Maman m'a écrit. Elle a déjà reçu trois hiboux de Poudlard ! Et ils ne sont là que depuis un mois !
– J'ai cru comprendre qu'on les appelait les Maraudeurs...
– James en est peut-être un et je veux bien que Fred suive l'exemple fâcheux de son père mais Louis...
– … n'est pas toi. Tout comme tu n'es pas lui, ou moi, ou maman.
– Je ne vais pas le laisser gâcher son avenir en...
– Gâcher son avenir ?, railla Dominique.
– A force de cumuler les âneries il passe son temps en retenue ! Les professeurs l'auront à l'œil toute sa scolarité et il...
– C'est un Weasley. Tu sais très bien ce qui se passera pour lui quand il sortira de Poudlard. Des dizaines de propositions lui seront faites, quelles que soient ses notes, et il choisira ce qu'il préfère.
La vérité. Bien sûr que Dominique avait raison. On pardonnait tout aux héros, on excusait leurs faiblesses, leurs maladresses. Mais il y avait les autres, ceux qui n'acceptaient pas leur traitement de faveur, ceux qui osaient dire qu'ils n'étaient que des Héritiers, qu'ils n'avaient rien prouvé, rien fait pour mériter leur règne.
– Ce n'est pas une raison pour se conduire comme... n'importe qui.
– Peu importe, je te dis, souffla Dominique. Il...
– C'est vraiment ce que tu penses ? Ça explique pourquoi tu ramènes des résultats aussi bas.
– Je ne suis pas toi.
– Je suis ta sœur, Dom, je me fais du soucis pour...
– Et je suis sa sœur, Vic.
Un surnom murmuré avec un semblant de dégoût. Écorché par la bouche aux lèvres gercées, enlaidies par les potions qui faisaient tourner la tête de Dominique. Une vipère refoulée. Une fausse Poufsouffle.
– Excuse-moi de préférer qu'il suive mon exemple et non le tien.
Les deux sœurs s'affrontèrent du regard. La vantardise contre le mépris. L'une représentant tout ce que l'autre abhorrait.
Désormais loin d'elles, quatre lionceaux et trois aiglons avaient rejoint deux blaireautins. Loin de la compétition qui séparait d'ordinaire chaque maison de Poudlard de ses rivales, ils profitaient de la liberté nocturne pour tomber les masques. Ils n'étaient plus des noms scandés, suivis ou haïs, ils étaient une bande de gamins qui jouaient à se faire peur dans le château merveilleux, théâtre de leurs rêves d'enfants, où l'écho de leurs rires mêlés raisonnait telle la promesse muette d'un avenir moins sombre.
ooOOoo
Elle sut dès qu'elle entendit toquer à la porte que Molly se trouvait derrière. Elle seule se permettait de déranger la reine de Poudlard. Elle et Teddy. Mais Teddy ne l'avait fait qu'une fois, parce qu'il y avait été obligé et Victoire avait eu beau espéré, il ne l'avait jamais plus rejointe dans son dortoir.
La porte s'ouvrit magiquement et Molly s'introduisit dans la chambre, similaire à celle qu'elle-même partageait avec ses condisciples de seconde année.
« Tu es seule ?
– As-tu vu une fille s'enfuir en courant puis se rétamer dans les escaliers dans le seul but de nous laisser seules ?
– Nous sommes seules. Bien.
– Que veux-tu, Molly ?
– Halloween.
Un simple mot. Une simple fête. Un nid aux rumeurs loufoques, aux prévisions, aux espoirs nourris de légendes. On parlait du Troll qu'avait combattu ses oncles et sa tante, des farces de Georges et de son défunt jumeau, du double héritage de James et Fred, des farces qu'ils se devaient de préparer.
– Tiens, reprit Molly en lui tendant une enveloppe nacrée.
– C'est quoi ?, demanda Victoire avec une moue dépréciative.
La reine de Poudlard ne se salissait pas les mains pour rien, même devant un membre de sa famille.
– Une lettre de tante Ginny. Elle nous a écrit à toutes les deux.
Victoire haussa un seul et même sourcil. Ginny n'était pas de celles qui écrivaient à tout le monde. La curiosité prit le pas sur la lassitude. Mais cela ne dura pas.
– Elle écrit horriblement mal, déplora Victoire. As-tu compris la même chose que moi ?
– Angelina et elle comptent sur nous pour empêcher James et Fred de faire les andouilles le soir de Halloween.
Un soupir de plus, à peine audible. Un ennui de plus. Louis n'écoutait aucun de ses conseils, ne prenait aucune de ses menaces au sérieux, comment parviendrait-elle à persuader Fred et James ?
– Tu ne pourrais pas demander à Ted de nous aider ? Il a beaucoup d'influence sur James. »
Une idée, enfin. Une très bonne idée. Victoire ne put se retenir de sourire à sa cousine. Un sourire vrai, sincère. Elle venait de lui donner le prétexte parfait pour parler avec Ted, elle méritait bien le sourire d'une reine.
ooOOoo
JOURNAL DE JULIET HAWKES
« Cher Journal,
Si tu savais comme je suis fatiguée... Et pourtant je n'arrive pas à trouver le sommeil, je suis bien trop excitée pour ça ! Quelle soirée, mon cher journal, quelle soirée... Quinze jours que le tout Poudlard ne parle que de cette fête, arguant que tel ou tel élève, célèbre pour ses farces légendaires va organiser quelque chose d'incroyable... Il y a même une sorte de compétition entre les maisons !
Chez nous c'est Ura Jerks qui s'y colle. Ura Jerks est... unique. Physiquement, avec ses cheveux jaune fluo et ses lentilles rose, elle ne ressemble à personne. Et puis elle rigole tout le temps et se moque de tout, professeurs compris. Cliff dit qu'elle ne continue que deux matières, maintenant qu'elle a passé ses Buses, et qu'elle est en retenue trois fois par semaine. Il en sait beaucoup sur Ura parce qu'ils sont voisins. C'est une sorte de grande sœur pour lui et il espère qu'elle lui « apprendra tout de l'art farcial ». Elle a accepté de l'amener avec elle, ce soir, et je les ai suivis. J'aurais bien voulu qu'on soit plus nombreux, mais Cliff n'a aucun copain garçon et moi... Disons que... Je n'aime vraiment pas Perdita, Laurence n'est intéressée que par le quidditch et Deirdre postule déjà pour devenir préfère.
On est donc partis en expédition tardive, c'est-à-dire après le couvre-feu. Et même si c'est strictement interdit, Ura nous a dit que c'était « gallion courant » pour les élèves de sortir la nuit et qu'avec un peu d'habitude on passait tranquille dans le dos des préfets, des concierges et des fantômes. J'avais un peu peur mais je ne l'ai pas dit, Cliff rigolait et Ura était comme un strangulot dans l'eau, je ne voulais pas qu'ils se moquent de moi.
Ura n'avait pas tort, on a croisé pas mal d'élèves, à commencer par Liko Jordan et Olivia Dubois, de Gryffondor, quelques Poufsouffle de sixième année et James et sa bande. Pendant qu'Ura remplissait ses poches d'ingrédients qu'elle volait impunément dans la réserve du professeur Wine et que Clifford insultait Fred Weasley tout en plaisantant avec Maël Thomas et Louis Weasley, j'ai un peu parlé avec James. J'avais déjà entendu quelques rumeurs, comme quoi des élèves plus âgés avaient exigé de lui qu'il soit à la hauteur de ses aïeuls et trouve une idée géniale pour rendre les profs fous de rage, mais aussi qu'il allait tout faire pour se faire virer de Poudlard et partir vivre en Ouganda, des rumeurs comme lui seul les attire, mais la vérité était bien moins grave et bien plus drôle.
Il m'a avoué que lui et ses amis s'étaient introduits dans la réserve de la bibliothèque, sauvés in extremis des concierges par Liko, le grand frère de Nalani, qui avait eu pitié d'eux. Choquée, Ura leur a demandé ce qu'ils pensaient trouver à la réserve et James a répondu timidement qu'ils cherchaient une idée de farce mémorable pour le banquet. En vain. Ça a bien fait rire Ura et Clifford, et je crois bien avoir ri moi aussi. James ne l'a pas mal pris, il nous a rappelé que sa cousine était de garde et qu'ils l'avaient aperçue dans un couloir de l'aile est du quatrième étage et puis on s'est séparés. Ura était plutôt surprise. « C'est la première fois qu'un Gryffondor m'aide à rentrer tranquille parmi les vils serpents », m'a-t-elle dit. « C'est normal, c'est mon ami », je lui ai répondu. Je n'étais pas peu fière de moi. »
ooOOoo
Il lui avait dit non. Deux fois. Il se fichait pas mal de James, de ce qu'il faisait, des reproches de Ginny et Harry, de la mauvaise influence qu'il avait sur ses cousins. Il ne se sentait pas concerné et ne chercherait pas à intervenir. Un premier « non », donc. Et puis il avait refusé la proposition de Victoire. Il n'avait même pas eu à prononcer le moindre mot, son regard effaré et son éclat de rire avaient blessé Victoire dans son égo. Mais pas seulement. Elle détestait le sentiment qui s'emparait d'elle, elle détestait se décevoir, s'en vouloir. Elle le savait, par Merlin. Elle savait qu'il refuserait. Alors pourquoi lui avait-elle proposé de choisir des costumes assortis et de se rendre ensemble au banquet ?
Lui ne s'était pas déguisé. Il se tenait avec ses amis, ceux que Victoire détestait par-dessus tout, et refusait chaque proposition. Ces filles étaient si stupides, se disait Victoire, elles auraient dû savoir que Teddy Lupin ne dansait jamais.
« Tu es magnifique, Victoire ! Ton costume est tellement beau !
– Il te va à ravir !
– Oui, tu es merveilleuse! »
Ils ponctuaient chaque compliment d'une œillade appréciative. En vain. Elle ne les remerciait pas, ne les regardait pas. La tradition voulait qu'ils se déguisent mais si les préfets n'avaient pas été obligés par le directeur de respecter cette coutume, pour montrer l'exemple aux autres élèves, Victoire n'aurait jamais eu à porter cette robe à frous-frous. Bon nombre d'élèves avaient suivi leur reine, pour se faire remarquer d'elle, pour gagner ses faveurs. D'autres s'étaient changés dès que James était entré dans la Grande Salle. Un simple jean, un pull banal, et les déguisements s'étaient aussitôt envolés.
« La cour a changé d'allégeance », avait commenté Molly. Victoire avait eu envie de l'enfermer dans le premier placard venu et de l'oublier là, à tout jamais. Mais elles n'étaient pas seules, elle s'était donc contentée de soupirer discrètement.
La fête s'était déroulée sans réelle surprise. Ura Jerks avait une nouvelle fois auréolé Serpentard de gloire, réalisant les plus belles farces de la soirée, et Victoire avait dû intervenir, protégeant James de ces Gryffondor de cinquième et sixième années qui le tenaient pour responsable de la défaite de Gryffondor.
ooOOoo
Le réveil moldu de Maël les surprit plus que d'ordinaire. Louis avait envie de copier Fred et d'enfouir son visage sous deux oreillers mais le professeur Briscard avait été ferme. Halloween avait beau tomber en pleine semaine, les cours du lendemain n'en restaient pas moins obligatoires. James était déjà prêt, ses cheveux ébouriffés encore un peu humides et son uniforme enfilé à la va-vite lui donnant un air cool que Louis n'aurait jamais.
« Salut cousin ! Bien dormi ?
– Trop peu, avoua Louis, retenant de justesse un bâillement. »
Son reflet se moqua légèrement de ses cernes et de ses cheveux fins fatigués. Maël entra tranquillement dans la salle de bains, son air joyeux clairement affiché. Lui non plus ne portait nulle marque de leur nuit bien trop courte. James et lui échangèrent un sourire, un de ceux qui les tiendraient toujours éloignés des autres. Les quatre garçons avaient beau créer des amitiés facilement, James et Maël étaient unis par un lien indéniable. Louis ne jalousait pas cette affection particulière, elle était une de ces choses inaliénables contre lesquelles on ne pouvait lutter. Il arriverait un jour où Fred, qui ne s'était encore aperçu de rien, tenterait quelque chose. Il était le « meilleur cousin », celui dont James avait jusque là été le plus proche. Quand s'apercevrait-il que James ne faisait plus de différence entre lui et Louis ? Quand s'apercevrait-il que tous deux lui préféraient désormais Maël ?
« On a quoi déjà ?, grommela Fred.
– Sortilèges et Botanique, répondit James. C'est tout.
– C'est déjà bien assez. »
James sourit. Louis aussi souriait, d'habitude. Mais la mauvaise humeur régulière de Fred commençait légèrement à lui peser. Heureusement le jeune garçon avait des qualités, suffisamment pour que Louis accepte ses sautes d'humeur.
« Vous avez vu la tronche que fait Hawkes ? Elle est aussi verte que sa cravate !
– Clifford et elle ont bu dans le verre d'Ura Jerks, hier soir, leur apprit Maël qui avait des yeux partout.
Tous deux avancèrent sans se concerter vers leurs camarades de Serdaigle, Nalani Jordan en tête. Quand s'apercevraient-ils qu'ils en pinçaient tous deux pour la même fille ? Louis l'ignorait autant qu'il redoutait les moments douloureux qu'ils vivraient alors.
– Si tu veux mon avis, cousin, on a beau se déguiser le soir de Halloween, c'est le lendemain qu'on fait vraiment peur à voir.
Il n y avait qu'à observer leurs amis de Serdaigle qui ressemblaient à une bande de zombies. Pourtant ils riaient à la blague de James, se remémorant les fous-rires de la veille, qu'ils avaient également partagé.
« Louis ! LOUIS !
– Pourquoi ma sœur hurle-t-elle toujours mon prénom ?, grommela Louis.
– Elle a envie de te voir, c'est tout, tempéra James. Je ferai sans doute pareil avec Al et Lily. Coucou Vic !
Victoire fusilla James du regard mais celui-ci ne le vit pas, courant vers Ted pour le saluer, comme chaque matin. Louis eut à peine le temps de voir Ted tourner le dos à James avant que Victoire ne le traîne vers un couloir vide.
– J'ai entendu Aldo Macmillan se vanter d'être meilleur que toi en Sortilèges !
– Et ?
Victoire semblait réellement furieuse. Louis n'en fut que très peu étonné, il connaissait son exigence, directement héritée de leur mère, Victoire ne supportait tout bonnement pas qu'il ne suive pas sa voie, celle que Molly avait suivi, celle que Dominique avait toujours ignoré.
– On se vaut, reconnut Louis. Il maîtrise mieux le sortilège de lévitation que moi, c'est tout...
– C'est tout ?, s'exclama Victoire. Comment peux-tu garder ce ton détaché alors que tu prends déjà du retard sur tes camarades !? La petite Kandinsky ramène de meilleures notes que toi, le petit Ganesh et la petite Londubat...
– Keanu et Alice subissent la pression d'avoir un père professeur...
– Dois-je te rappeler qui sont nos parents, à nous ? Dois-je te rappeler que tous les professeurs de la terre s'agenouilleraient devant eux s'ils leur demandaient ?
– Les professeurs de l'époque ont également participé à la Bataille, Vic, et...
– Peu importe. Il faut que tu t'appliques, c'est tout. C'est pas si difficile de faire léviter une plume !
– Je sais, James y arrive très bien.
– James... Toujours James. Il a des facilités, c'est tout. Tu dois travailler, Louis, montrer l'exemple aux autres élèves. Tu as retenu la formule ?
– Wingardium Leviosa.
– C'est Leviôôôsa, pas Leviosââ !
Habituellement Victoire aurait soupiré mais cette fois-ci son frère la devança. Cependant, alors qu'elle le regardait se frayer un chemin parmi les élèves afin de rejoindre sa bande d'amis, elle se surprit à sourire. Ils avaient enfin un point en commun. Infime, mais porteur d'espoir.
ooOOoo
Les choses changeaient considérablement lorsqu'ils quittaient Poudlard pour les vacances. Les cousins Weasley déjà élèves de Poudlard partageaient cette connivence : ce qui se passait à Poudlard restait à Poudlard et, une fois de retour chez eux, ils redevenaient des enfants comme les autres. A la Chaumière aux Coquillages, Victoire perdait son statut de reine, prenant celui d'aînée consciencieuse et respectable. Sa mère l'avait prévenue qu'en raison d'un coup de fatigue de Molly Weasley, ses enfants l'avaient convaincue de délocaliser l'habituelle fête de Noël du Terrier. L'évènement se déroulerait à la Chaumière aux Coquillages et Victoire était fin prête à épauler sa mère afin que sa réputation de mauvaise hôte ne perdure pas. C'était pourtant peine perdue, se disait Victoire, les réputations étaient tenaces chez les Weasley.
Molly faisait le tour de chaque visage - « comme tu es pâle, mon chéri »-, de chaque tour de taille - « tu ne manges pas assez »-, et de chaque assiette qu'elle remplissait plus que de raison. Ginny écoutait ses frères parler quidditch, un même air triste gravé sur son visage parsemé de tâches de rousseur, regrettant encore et toujours d'avoir mis un terme à sa carrière Percy et Audrey se tenaient à l'écart, timides et réservés Georges se promettait de transmettre son savoir et ses inventions à son fils, ignorant les yeux suppliants de Roxanne Fred ne prononçait pas un mot et James faisait l'imbécile, cassant le premier objet qui lui tombait sous la main.
Et c'est ainsi que se déroula Noël, Percy tenta d'aborder les sujets sérieux mais s'interrompit très vite, fatigué que ses frères se moquent de lui, on reprocha à James sa mauvaise attitude à Poudlard sans gronder Fred, qui était lavé de tous soupçons et Ginny regarda son fils aîné avec déception. C'était pour lui qu'elle avait mis un terme à ce l'avait rendue heureuse. Elle avait abandonné sa passion, sa carrière, sa fierté pour devenir mère et ne pouvait qu'acquiescer lorsque Bill s'exclamait, après que la maladresse de James ait une nouvelle fois éclaté bruyamment comme à chaque repas, « tu aurais dû continuer le quidditch petite sœur ».
De l'humour. Une habitude. Une lassitude, presque. Et James feignait de ne rien avoir entendu avant de s'enfuir dès que tous avaient le dos tourné, se réfugiant dans le jardin, à l'abri de tout et de tous.
– Reste ici, Louis.
D'ordinaire il écoutait, acquiesçait, obéissait. Il fermait les yeux et obtempérait, espérant silencieusement que quelqu'un s'aperçoive que James n'était pas le boute en train insensible qui faisait fi de tout et de chacun. Mais personne ne le voyait partir, personne ne voyait ses malheurs. Cette fois-ci Louis n'écouta même pas sa sœur et sortit d'un pas vif de leur chaleureuse maison, suivi de près par Fred. James ne leur dissimula pas ses larmes. Il ne le faisait jamais.
– Je suis..., hésita Fred. Je sais que c'est pas sympa de continuer cette comédie mais...
– C'est comme ça, coupa James, la voix éraillée par les sanglots. C'est la vie. Ils y sont habitués maintenant, ils ne comprendraient pas. Et puis c'est pas si grave, ça passera.
Le défaitisme de James frappa Louis de plein fouet. Il les avait toujours vus ainsi, complices d'une comédie qu'ils partageaient désormais avec lui, et plus qu'à Ginny, Louis en voulait surtout à Georges. Celui qui ne s'était jamais remis de la mort de son frère jumeau voyait en son fils un nouveau partenaire de vie en qui il plaçait tous ses espoirs, au détriment de sa femme et de sa fille et Fred, qui ne voulait pas de cette vie que lui créait son père, ne répondait jamais. Il ne voulait pas entretenir la folie de son père mais était bien trop jeune pour s'affirmer. Il était une personnalité double, comme tous les membres de sa famille, le Fred timide et sage, qui ne répondait jamais à aucune question et dont les yeux noirs portaient le souvenir de vestiges qu'il n'avait pourtant pas connus, contre le Fred de Poudlard, turbulent et hyperactif, fier de ses origines, digne héritier de son père, vantard au possible. Aucun adulte, aucun jeune frère ou cousin ne soupçonnait cette nouvelle facette, seuls ceux présents à Poudlard savaient. Eux seuls pouvaient comprendre, parce qu'ils étaient comme lui, des êtres complexés par leur héritage.
Les Weasley ne furent vraiment au complet qu'en cette journée de Noël. Ils se retrouvèrent tous rassemblés à la traditionnelle fête du ministère de la magie, le trente-et-un décembre mais entourés d'une centaine de personnalités de la communauté sorcière britannique, ils ne firent que se croiser.
Les enfants et petits-enfants de Molly et Arthur passaient régulièrement leur rendre visite, les uns après les autres, comme respectant une sorte de planning codifié afin qu'ils ne soient jamais seuls trop longtemps Charlie passait quelques jours en compagnie de Bill et de sa petite famille et Harry, Ron et Hermione se voyaient tous les jours, comme pour ne jamais oublier tout ce qu'ils avaient accompli ensemble. Ginny n'était pas réellement mise de côté mais n'avait jamais vraiment été intégrée au célèbre Trio d'Or. Elle veillait ainsi sur ses trois enfants, James prenant un plaisir certain à raconter moult péripéties sur Poudlard en prenant soin de ne pas trop en dévoiler, « comme ça vous aurez une bonne surprise en arrivant » Albus feignant l'intérêt et prenant patience, comptant les jours, les heures et sans doute même les minutes avant le départ de son frère Lily pleurnichant encore et toujours sa condition de petite dernière, celle qui découvrirait tout après tout le monde.
Ginny veillait à ne jamais l'avouer à haute voix mais Lily était son enfant préféré. Sa petite chouchoute. Celle qui lui ressemblait tant, physiquement et mentalement. La petite dernière d'une fratrie, qui haïssait autant qu'elle adulait ses grands frères, toujours en avance sur elle. James avait parlé, couru, volé, parlé très tôt, bien trop tôt pour les parents dépassés qu'ils étaient. Albus avait été plus calme, plus mesuré, plus normal en somme. Avec Lily le vrai bonheur d'être mère s'était instauré, Ginny n'avait plus peur de tout, elle se sentait plus sereine, plus apte, plus maternelle. Plus aimante, aussi. Non pas qu'Albus, et même James, aient une seule fois manqué d'amour, James ne manquait jamais de rien, quant à Albus... Il ressemblait tant à son père que tous, famille et amis, s'étaient évertués à ce qu'il ne vive jamais les atrocités subies par son père. Il était celui que l'on couvait du regard, celui que l'on choyait, celui que l'on câlinait. Lily avait droit à des égards similaires, bien que plus secrets, la petite fille n'avait, comme sa mère avant elle, jamais aimé les effusions mondaines, encore moins l'affection trop démonstrative, leur préférant les câlins cachés, entre deux portes ou dans l'intimité de sa chambre. James, enfin, n'avait nul besoin d'affection, il était l'aîné, il laissait sa place.
Ginny l'avait beaucoup observé, durant les vacances de Noël. Elle ne s'était pas imaginé qu'il puisse tant changer en si peu de temps. Louis avait pris quelques centimètres, Fred paraissait plus étoffé, James, lui, avait autant grandi que maigri, perdant à tout jamais les rondeurs enfantines. Son caractère aussi avait changé et même sa voix dont le débit de parole trop élevé avait toujours donné à Ginny un mal de tête lassant, s'était adoucie. Il parlait sérieusement, faisait de longues phrases et témoignait d'une patience bienveillante à l'égard de sa petite sœur. Il avait essayé de taquiner son frère, c'était sa marque de fabrique, une habitude lassante de plus qui énervait tout autant Albus que ses parents, mais ça non plus n'avait pas duré. Le visage d'Albus s'était fermé, son manque de réponse avait agi sur James comme une gifle de plus qu'il ne pouvait éviter. Ginny voyait cette tristesse dans les yeux de son fils aîné, elle en éprouvait une sorte de compassion teintée de pitié mais, définitivement, elle ne le comprenait pas. Elle n'avait jamais compris James. Personne ne le comprenait mais Molly laissait entendre qu'une mère comprenait ses enfants, qu'une mère se devait de les comprendre. Et pourtant... Comment pouvait-elle comprendre que James continue d'aduler son « presque grand frère » Ted alors que celui-ci s'énervait constamment de sa présence ? Pourquoi continuait-il de taquiner son petit frère et de montrer les dents dès qu'une autre personne s'autorisait à en faire de même ? James adorait Albus, il le répétait sans cesse, « mon petit frère je l'aime plus que tous les balais volants de la terre », mais Albus, lui, n'aimait pas James. Pas comme James l'aimait. Il aimait James et Lily parce qu'il le fallait, parce qu'ils étaient son frère et sa sœur.
« Ils dorment ? »
Ginny sursauta. Typique de son mari d'arriver au beau milieu de la nuit d'une mission dangereuse et de se faufiler comme un voleur dans sa propre demeure. Typique de se demander si ses enfants dormaient alors qu'il était plus de minuit. Typique de parler de leurs enfants, de les prendre pour seul sujet de conversation.
– Vu l'heure tu ne devrais pas te poser la question.
– Je n'avais pas vu qu'il était si tard.
– Tu as faim ? Je vais te faire chauffer quelque chose.
– Merci. Tout s'est bien passé ?
Non, Harry. James est à la maison alors il y a forcément eu de la casse. Rien que je ne puisse réparer d'un coup de baguette mais si tu pouvais lui parler, lui dire d'arrêter de se précipiter, de courir au lieu de marcher, de voler sur ton balai parce qu'Olivia Dubois « nous a demandé de nous entraîner, même les suppléants, parce que Serpentard nous a gagnés, tu comprends, alors c'est important de s'entraîner pour gagner les autres matchs », si tu pouvais lui dire d'arrêter de parler si vite, tout le temps, pour ne rien dire, si tu pouvais lui demander d'arrêter de parler de Poudlard, parce que ça fait pleurer Lily et parce qu'Albus doit tout découvrir de lui-même, comme tu l'as fait avant lui. Si seulement tu pouvais lui parler, Harry, rien qu'une fois, pour qu'il cesse d'attirer ton attention, la mienne, celle de son frère, celle de tout l'univers, juste une fois...
Non, définitivement, rien ne s'est passé comme prévu. Ma mère a beau prétendre le contraire, je sais qu'elle me reproche de ne pas être aussi bonne qu'elle l'a été avec nous. Je ne suis pas Hermione, Harry, je ne peux répondre durement à ma mère, je ne suis pas la sorcière la plus influente de Grande Bretagne, mon métier fait moins rêver que ceux de Fleur, Angelina et Audrey, je ne suis plus cette joueuse de quidditch qui vendait du rêve à toute l'Angleterre, je ne suis plus que la mère de tes enfants, ces enfants que tu regardes à peine, parce que ton métier est toute ta vie, parce que tu as beau prétendre le contraire, tu cours à ton bureau en espérant qu'un nouveau mage noir se soit déclaré, pour te donner une raison de vivre, pour ne pas avoir à sécher les pleurs de notre fille, à observer Albus comme s'il était un deuxième toi, à regarder ce fils aîné comme un étranger à qui on aurait loué une chambre.
Non ça ne va pas, Harry. Lorsque nous nous sommes retrouvés, alors que je quittais Poudlard avec des félicitations que je ne méritais pas et que tu fonçais tête baissée vers ce ministère que tu avais autrefois tant haï, nous avons posé nos bagages ici, dans cette maison pleine de souvenirs qui ne nous appartiendront jamais et de mauvaises ondes qui me feront trembler jusqu'à la fin de ma vie. C'est ça ou Godric's Hollow, m'as-tu-dit. On aurait pu acheter une maison, tu en avais les moyens, mais nous n'avions pas le temps, toi au ministère, moi sur le terrain. Je me disais, alors, que nous avions le temps, que nous trouverions plus tard une maison où nous nous aimerions, où nous serions heureux. J'avais d'autres préoccupations, les saisons qui s'enchaînaient, l'équipe nationale qui me tendait les bras. Et puis James est arrivé. James Sirius Potter. Ni ton père, ni ton parrain. Ni un Potter, ni un Weasley. Nous ne l'attendions pas et, en effet, il n'était pas celui que l'on attendait. Un fils ne vole pas la carrière de sa mère. Un fils ressemble à son père. Ton fils à toi se devait d'avoir les cheveux de ton père, les yeux de ta mère. Mais James n'était pas Albus. James préférait les hippogriffes aux dragons, James préférait Bill à Ron, James aimait écouter les discours ennuyeux de Percy et Hermione, James était trop sage, trop turbulent, trop tout, tout le temps. Tu lui as donné la chambre de Regulus, gardant celle de Sirius pour ce fils que tu désirais, ce fils que nous attendions tous deux, celui qui te ressemblerait, le digne fils du Survivant.
Non, Harry, ça ne va pas. Je rêve de balais toutes les nuits, je rêve de remonter le temps, je m'en veux chaque jour de regretter la naissance de ce garçon. Notre fils, Harry. Celui qui trouve normal de ne pas dormir la nuit lorsque tu es absent, parce qu'il croit qu'il est de son devoir de veiller sur nous, d'attendre ton retour, parce qu'il ne peut trouver le sommeil tant que tu n'es pas là, toi le héros de son enfance, toi le modèle, le moule sur lequel a été façonné son petit frère qu'il aime tant.
Non, Harry, je ne vais pas bien. Cette maison des horreurs a encore recraché une créature du grenier, un pauvre épouvantard que je n'ai pas su combattre. Parce que je ne suis pas toi, parce que je ne suis pas Hermione, parce que je ne suis plus moi-même depuis que j'ai rangé mon balai, parce que je ne suis plus capable de rien. Et c'est lui qui est arrivé, affolé d'entendre Lily pleurer plus fort que d'ordinaire. Je ne m'étais même pas aperçue de sa présence, Harry, je ne voyais que ton corps sans vie étendu à mes pieds. Un épouvantard. Un fichu épouvantard dont je savais déjà me débarrasser à treize ans. Mais là, Harry, j'étais incapable de bouger, incapable de brandir ma baguette, de jeter le moindre sort. Je regardais ton cadavre et je ne savais si ma plus grande peur était de perdre mon mari ou de me retrouver seule à élever trois enfants. Il s'est jeté sur moi, Harry, il m'a serrée très fort contre lui. Il pleurait autant que moi. Et ton cadavre a disparu. C'est là qu'il a compris, Harry, en voyant ton corps laisser place à celui de Voldemort, dressé devant nous, plus vivant et effrayant que jamais. Les pleurs ont cessé aussitôt, James a crié à Al d'amener Lily dans sa chambre, a pris ma baguette et s'est débarrassé de l'épouvantard. Il lui a fallu trois essais mais je ne l'ai pas aidé. Je regardais la plus grande peur de ce garçon et j'ai compris qu'il était notre fils, le mien et le tien. J'ai compris que ça ne devait pas être si facile que je le croyais d'être l'Héritier du Survivant, j'ai compris qu'il avait peur de ce rôle qu'on lui donnait, de ne jamais être à la hauteur de son père.
Lui qui m'a volé jusqu'à ma raison de vivre s'est dressé devant moi, effrayé mais résolu à me protéger, parce que je suis sa mère, parce que je suis ta femme, parce qu'il n'a jamais compris, parce qu'il croit encore que nous sommes une famille. Il a rassuré Al et Lily, il a préparé du thé trop chaud qui n'avait goût à rien et m'a couvé du regard, en fils aîné responsable qu'il croit être.
Si je pouvais te dire la vérité, Harry, je te parlerai de la punition de ton fils. Parce que je l'ai puni, oui. J'ai cherché à savoir comment, alors qu'il n'est à Poudlard que depuis quelques mois, il maîtrise un sortilège enseigné en troisième année. Il m'a expliqué, Harry, il m'a parlé de ses escapades nocturnes, de ses amis avec qui il part à l'aventure tous les soirs et de cet épouvantard qui les a tous fait fuir, un soir de novembre, de Liko Jordan qui leur a expliqué comment s'en débarrasser. Il parlait beaucoup trop vite. Il parlait beaucoup trop. Ma mère aurait dit « faute avouée à moitié pardonnée ». Mais je ne lui pardonnerai jamais, Harry. Alors je l'ai puni.
Mais tu ne le sauras jamais. Tu ne sauras jamais pour l'épouvantard, tu pourrais le voir sur mes traits tirés, tu pourrais le lire dans mes yeux mais tu ne le verras pas, tout comme tu ne verras jamais que James t'attend toutes les nuits, tu ne verras jamais qu'Albus n'est pas comme toi, tu ne verras jamais à quel point Lily me ressemble, à moi, et pas à ta mère. J'aimerais que tu ouvres les yeux, Harry, que tu comprennes par toi-même ce que tout le monde te cache. Personne ne veut rien te dire parce qu'après tout tu as déjà assez souffert. Tu es notre héros, tu as le droit d'avoir tes faiblesses. Il faut te préserver, t'offrir la vie dorée à laquelle tu as droit. Peu importe si les gens autour de toi souffrent. Tu t'es tant sacrifié pour les autres, c'est à eux, désormais, de se sacrifier pour toi.
– Oui, Harry, ne t'en fais pas, tout s'est bien passé.
ooOOoo
JOURNAL DE JULIET HAWKES
« Cher journal,
J'ai montré cette belle montre dont je t'ai longuement parlée à mes amis. Perdita l'a trouvée moche - ça m'a réjouie! - mais James m'a dit qu'elle était très belle. Ça m'a fait drôlement plaisir venant d'une célébrité telle que lui, alors je lui ai dit, comme je te le dis. Il n'a pas compris, au début, alors je lui ai parlé des journaux. On a eu à peine deux semaines de vacances et il a fait la une de la Gazette six fois ! Il m'a dit que sa famille n'accorde jamais aucune interview et que tout ce qui est écrit est donc faux. Je lui ai dit que c'était dommage, un des articles disait qu'il allait devenir attrapeur et capitaine de l'équipe de quidditch d'Angleterre. Ça les a fait rire, ses copains et lui. C'est ça que j'aime avec lui, il rigole de tout, même quand ses yeux sont tristes.
Je crois que petit à petit ses amis deviennent aussi un peu les miens. Tant mieux parce que je les trouve super sympas. Sauf Fred Weasley, sans doute. Lui ne m'adresse jamais la parole. Et puis il est méchant avec Clifford. Mais bon quand j'ai vu qu'on avait un cours commun de Botanique aujourd'hui, je me suis pressée vers les serres du professeur Londubat. James était déjà là, accompagné d'Alice, la fille du professeur qui était justement en train de crier sur James. Ça avait un rapport avec ses parents, une lettre, des responsabilités... Il ne cessait de répéter qu'une certaine Ginny comptait sur lui pour faire définitivement comprendre à James qu'il n'était pas un Maraudeur, qu'il n'était pas son grand-père, qu'il n'était pas un héros, qu'il n'était pas un roi. La petite blondinette Londubat avait beau crier que « non, papa, James n'est pas du tout comme ça ! », le prof ne l'a pas écoutée. Pire, il lui a conseillé de se faire d'autres amis.
James avait l'air tellement triste que j'ai essayé de croiser son regard et de lui sourire. Mais il a fait comme s'il ne me voyait pas. C'est dommage parce qu'il avait l'air différent des autres. Mais en fait il leur ressemble, il écoute les règles qu'on lui dicte et il les applique. Bêtement. Il m'a quand même envoyé un mot avant que le professeur Londubat s'en aperçoive et lui donne une retenue. Je la glisse entre tes pages, cher journal, et te dis à demain.
« Désolé pour tout à l'heure. Je sais pas si t'as remarqué mais les plus grands restent souvent par classes, par maisons. Ça n'a pas l'air habituel de se mélanger. On devrait peut-être faire pareil. J.S.P.»
ooOOoo
Quelque chose avait changé chez son cousin, Louis ne cessait de le noter. Ce n'était pas son comportement, non, c'étaient ses yeux qui le criaient. Les semaines qui suivirent les vacances de Noël leur avaient paru agréables. Les cours et les entraînements de quidditch auxquels Fred et James participaient se passaient relativement bien, James était constamment entouré de ses amis avec qui il s'amusait énormément et il continuait de devenir la nouvelle célébrité de Poudlard. Il n'était pas rare qu'une dizaine d'élèves le suivent dans les couloirs, l'attendent devant sa salle de cours ou viennent le voir voler avec l'équipe de quidditch. Plusieurs fois des élèves qu'il ne connaissait pas étaient venus lui demander s'il était bien le fils de Harry Potter, l'enfant du Survivant, l'héritier de l'élu.
« Là, tu vois, les quatre garçons là-bas.
– C'est lequel ?
– Le brun avec les cheveux en bataille.
– Comme son père, quoi.
– Il n'a pas de lunettes.
– Vous croyez qu'il a une cicatrice ? »
Les premiers jours, ni James ni ses cousins n'avaient su comment réagir. James avait éprouvé une certaine gêne d'être le centre d'attention du château et c'était pire, sans doute, depuis qu'ils étaient revenus de vacances. Les trois cousins Weasley avaient posé certaines questions à leurs parents, pour comprendre, pour savoir comment gérer ce nouveau statut qui s'offrait à eux. Angelina était restée évasive, Fleur et Bill s'étaient montrés plus loquaces. Harry, lui, n'avait rien dit. « Il était très occupé », avait expliqué James, pour excuser son père. Son ignorance était touchante, mais Louis voyait à quel point son cousin était déstabilisé.
Heureusement ses amis savaient le rassurer, surtout Fred qui était plus qu'heureux de leur rapide intégration. Lui pensait que James devait profiter de cette soudaine attention qui ne leur apportait à ses yeux que des avantages. La plupart des jeunes élèves subissaient parfois des sorts farfelus que leur lançaient certains élèves plus âgés. Eux ne risquaient rien car tout le monde avait peur du fils du plus grand sorcier de l'époque.
– Personne ne veut avoir de comptes à régler avec ton père, James, lui avait assuré Liko. Tu ne risques rien.
Cependant ce n'était pas l'avis de James qui avait dû se rendre deux fois à l'infirmerie après avoir reçu deux sortilèges qu'on lui avait lancé. Mais là encore ses amis avaient réponse à tout. Sa nouvelle célébrité attirait le monde autour de lui, les amis étaient en effet rarement seuls.
– Plus tu seras entouré plus tu seras en sécurité, argumentait Maël.
–Et puis franchement, t'as vu comment t'a regardé cette fille de troisième année de Poufsouffle ?, continuait Fred.
– Qui ?
– Zoé Smith. Mais si, tu sais, la sœur de Zahie…
– Oui et alors ?
– Ben elle t'a dévoré des yeux ma poule ! Tu plais à une fille de troisième année ! C'est ça qui est génial !
James avait longtemps hésité entre la gêne et la fierté et avait finalement choisi cette dernière. Les nouveaux élèves n'avaient pas beaucoup de cours, les entraînements de quidditch étaient espacés et James et ses amis en avaient profité pour trouver un nouveau passe-temps, explorer Poudlard. Ils devenaient les nouveaux Maraudeurs de l'école et n'en étaient pas peu fiers. Un jour, James avait fait exploser le chaudron d'un élève qui s'était moqué de lui. Au lieu de recevoir des remontrances, plusieurs élèves l'avaient félicité, ils attendaient de lui qu'il devienne ainsi, petit prince un brin vantard et très farceur, entouré d'amis comme lui, jouissant de la célébrité de son père. Même les professeurs étaient plus indulgents avec lui. Louis avait beau lui avouer regretter qu'il ne soit pas davantage lui-même, James arguait qu'il devait faire ce qu'on attendait de lui, qu'il devait être, devenir, celui que tous attendaient.
Le seul espace où il était considéré comme un élève normal était la salle commune des Gryffondor. Là il redevenait lui-même, attentif avec Alice, curieux d'écouter les conseils d'élèves plus âgés, aidant ses amis dans la réalisation de ses devoirs. Son niveau à lui était nettement supérieur à la moyenne et tout le monde pensait qu'il ne faisait rien pour cela, ce que ses professeurs ne manquaient pas de le lui reprocher gentiment.
– Vous pourriez être encore plus talentueux en travaillant un peu, monsieur Potter.
Voilà ce qu'il entendait, jour après jour. Il était ovationné partout, adulé alors qu'il ne faisait rien d'extraordinaire. Il multipliait les bêtises et les défis avec ses amis, et se fit prendre plusieurs fois alors qu'il était hors des dortoirs après le couvre feu. Il recevait des lettres de plus en plus courtes de ses parents, très agacés de le voir agir ainsi et il ne comprenait pas. Il faisait ce que les autres attendaient de lui, on l'applaudissait pour cela, on lui souriait pour ses bêtises, on l'aimait tel qu'il se montrait. Il n y avait qu'une personne à Poudlard qui détestait James et celui-ci avait eu l'occasion de s'en rendre compte dès son premier cours de Bases, matière qui remplaçait les cours de vol suivis par les nouveaux élèves jusqu'à Noël. Le professeur Ballerup lui avait seulement demandé s'il y avait un rapport entre Harry Potter et lui, ce à quoi James avait répondu « C'est mon père », en attendant quelques secondes dans cette posture orgueilleuse qu'il copiait sur d'autres fils de, les compliments, les exclamations ou les questions empressées habituelles. Mais le professeur Ballerup n'avait rien dit, il lui avait lancé un regard qui avait blessé James au plus profond de lui. Ce n'était pas de l'orgueil, non, mais une incompréhension totale face au mépris que lui témoignait Ballerup.
Quelques fois, James et ses amis écopaient de lourdes punitions. Ils s'étaient rendus dans la forêt interdite avec Hagrid et avaient dû nettoyer toute une semaine les cachots de l'école parce que Fred s'était battu en Duel avec un élève de Serpentard et que ses amis avaient voulu l'aider. Durant cette semaine de retenue, ils avaient été surveillés par plusieurs préfets et l'un d'eux s'en était pris à James, il s'acharnait tant sur lui qu'il avait insulté les Maraudeurs, traitant Remus Lupin de monstre sanguinaire, Peter Pettigrow de lâche, Sirius Black de malade mental et James Potter de petit crétin incapable mais vantard. James avait serré les dents, même lorsque le préfet s'était fait un plaisir de le garder toute la nuit et de salir à nouveau ce que James avait mis tant de temps à laver.
En sortant de sa retenue, il avait croisé le professeur Wine qu'il avait salué poliment.
« Ah Potter, vous m'avez effrayée !
– Excusez-moi, professeur.
– Mais que faites-vous ici ? Vous devriez être dans votre salle commune, jeune homme, il se fait tard ! Le couvre-feu est passé depuis belle lurette !
– J'étais en retenue, professeur. Dans le cachot numéro onze.
– Ah oui, j'ai entendu parler de cette histoire de duel dans les couloirs. Bien, rentrez de suite vous coucher maintenant.
Elle avait cette voix douce qui rassurait James. Une voix maternelle, bienveillante. Une voix qui rappelait à James celle de sa grand-mère, qu'il affectionnait particulièrement. Il observa le professeur Wine qui aspirait de sa baguette une tâche verdâtre. Il ne savait quel âge lui donner. La cinquantaine ? Peut-être plus. Avait-elle été une élève de Poudlard ? Avait-elle connu ces Maraudeurs dont tout le monde lui parlait ? Avait-elle connu son grand-père et ce Sirius à qui on le comparait sans cesse ? Et le père de Teddy ? Et ce Peter Pettigrow, dont il n'avait entendu parler que ce soir-là, de la bouche de ce préfet cruel ?
– Hum… Euh… Professeur ?
– Oui, Potter ?
– Je… Vous avez connu mes grands-parents, n'est-ce pas ?
– Je ne connais que de vue les Weasley. Mais j'ai connu James Potter, votre grand-père. Vous lui ressemblez beaucoup d'ailleurs.
– Ah..
« Tu ne leur ressembles pas. Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté que tu portes leurs prénoms. Tu ne leur arriveras jamais à la cheville. »
– Que vous arrive-t-il Potter ? Vous avez l'air soucieux.
– Je… Il parait que mon grand-père avait monté une sorte de bande. Les Maraudeurs, et… Vous pourriez m'en parler ?
– Et bien… Dès sa première année, James Potter s'est fait trois amis et ils ont passé toute leur scolarité ensemble. Il y avait Sirius Black, bien sûr, et Remus Lupin et Peter Pettigrow. James et Sirius étaient très doués en cours mais multipliaient les bêtises et votre attitude me fait beaucoup penser à lui.
– Professeur ?
– Oui ?
– Vous pensez que… Je dois…
– Ne cherchez pas un quelconque mimétisme, Potter. Vous êtes vous, pas lui.
– Mais je porte leurs prénoms. A tous les deux.
– Je n'aime pas forcément appeler un enfant en utilisant le prénom d'un autre, ami, proche quel qu'il soit. En ce qui vous concerne, Potter, c'est d'autant plus difficile de porter les deux prénoms d'hommes qui ont tant compté à la fois pour votre père et pour la communauté sorcière. C'est un poids lourd à porter mais vous pouvez très bien vous dissocier d'eux. Votre personnalité, votre caractère sont uniques, James.
– Mais lui, il veut que je leur ressemble. C'est pour ça qu'il a choisi mes prénoms. Enfin, c'est ce que je pense.
– Que voulez-vous, vous ?
– Je… je veux être moi, c'est certain. Mais je… Comment dire…
– Vous avez onze ans, monsieur Potter. Vous avez tout le temps de répondre à ces questions.
– Mais je ne sais pas encore quel sera mon avenir. Je ne sais même pas vraiment qui je suis. En revanche je sais ce que mon père veut que je devienne.
– Potter…
– Merci beaucoup professeur. Je sais qu'il est tard et, enfin… Merci de m'avoir écouté et…
– Allez vite vous coucher maintenant Potter.
– Bonne nuit professeur. »
ooOOoo
JOURNAL DE JULIET HAWKES
« Cher Journal,
Je crois que j'aime bien mes camarades de Serpentard, finalement. Les filles sont différentes mais plutôt drôles. Et puis il y a Clifford.
Mais je n'aime pas Vincent Goyle. Il n'est pas très beau, surtout depuis qu'il s'est pris cette potion dans la tête. Je n'ai pas très bien compris pourquoi, d'ailleurs, sûrement son nom qui continue de lui attirer les mauvaises grâces de quelques élèves de ce château. Essentiellement des Gryffondor. Lui met tout sur le dos de James Potter. C'est bête, je sais, mais je le comprends un peu, James ne fait rien pour mériter tous ces sourires et ces applaudissements, il le dit lui même « je ne les mérite pas, je les hérite. »Dans ces moments-là, Solenn, mon amie de Serdaigle dit toujours qu'il aurait dû être un Aigle, sage comme il est. Ça fait rire Nalani Jordan. Je ne l'aime pas trop, elle, mais Solenn l'aime bien. Et Nalani aime bien Solenn. Et je suis une Serpentard. Je crois que Solenn ne restera pas mon amie très longtemps. Un peu comme James, en fait.
– James Potter n'a jamais été ton ami ! James Potter n'a pas d'amis, juste des suiveurs débiles ! Et James Potter ne te voudrait JAMAIS comme amie !
Quand il hurle, Vincent Goyle me fait mal aux oreilles. Alors je ne réponds pas, parce qu'il hurlerait trois fois plus et je préfère éviter que ça se produise. Mais lui pense que si je ne réponds rien, c'est que je défends James Potter. Alors hier il m'a tendu une sorte de piège, censé m'aider à avancer sans être un « mouton comme tous les autres ». Le plan était simple, il faisait courir la rumeur qu'il m'avait attachée dans les cachots et j'attendais que James Potter vienne me sauver. C'était un peu bête mais ça lui faisait plaisir, alors j'ai dit oui. Pour qu'il se taise enfin. Je l'ai suivi dans les cachots les plus profonds du château et j'ai oublié ce que me conseillait mon père. « Tu vas dans une école de magie, Juliet, attends-toi à des sorts, des chaudrons qui explosent et des petits malins qui font farce sur farce. Et parfois, les farces, ça peut faire très mal. » Je me suis souvenue des mots de mon père trop tard, Vincent m'avait déjà attachée.
– On va voir s'il est vraiment un héros.
J'ai eu peur, à toi je peux bien l'avouer, cher journal, mais je savais que Vincent ne me laisserait pas là à tout jamais, il m'a dit qu'il viendrait me libérer « demain matin ». A peine quelques heures à attendre. Peut-être moins, si James Potter venait me sauver.
La première heure d'attente a été la plus longue. J'avais froid, peur et horriblement mal. Je sentais les os de mes poignets craquer, je sentais mes doigts s'engourdir. J'avais un peu peur de perdre l'usage de mes mains. Définitivement. Alors j'ai placé tous mes espoirs en James Potter. Je me disais qu'il viendrait, qu'il était mon ami, qu'il se précipiterait, même, pour venir me sauver. Vincent n'avait laissé aucun couteau ni objet tranchant, j'espérais donc que les heures de sérieux que James passe à la bibliothèque porteraient leurs fruits et qu'il connaissait un sortilège de coupure. Je pensais beaucoup. J'écoutais tous les bruits. Il y avait bien quelques créatures qui criaient, un fantôme qui chantait à m'en glacer l'échine, mais aucun bruit de pas. Et puis plus rien. La nuit était tombée, le château s'était éteint. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à comprendre que James Potter ne viendrait jamais me sauver. »
ooOOoo
« Tu veux que je te garde une place, Victoire ?
– Tu veux que j'aille te chercher un truc dans les cuisines ?
– Tu as besoin de quelque chose du dortoir ? »
Le soupir de la lassitude, encore, toujours. Victoire sortit les emplois du temps de son sac. Elle connaissait le sien, bien sûr, mais elle voulait vérifier où se trouvaient son frère et sa sœur. Dominique avait un cours de Divination. Ce choix avait engendré tant de cris à la maison... Les parents ne comprenaient pas comment leur fille avait pu choisir un tel cours. « Assure-toi que ta sœur arrête ce stupide cours après les Buses, Victoire. Et assure-toi qu'elle réussisse sa Buse, quoi qu'il en soit. C'est une Weasley. » Plus facile à dire qu'à faire, Victoire avait si peu d'influence sur sa jeune sœur...
« Ton cours s'est bien passé ?
– Ça dépend, répondit Dominique sans lui jeter un regard. Je n'envisageais pas de mourir si jeune mais je suis ravie pour toi, ça te fera un problème de moins à régler, pas vrai ?
L'ironie. Le mépris. L'indifférence. C'était ce qui faisait la force de Dominique, qui les maîtrisait bien mieux que sa sœur aînée. Victoire ne l'aurait jamais avoué à sa famille mais la Divination l'avait toujours intriguée, sans doute avait-elle trop peur de la vérité, des conséquences... Et de cette femme, le professeur Trelawney, qui prédisait la mort de ses élèves comme on remplit son verre de Bièraubeurre.
– Tu as vu Louis ?
– Il est avec James et les autres en cours de Base.
– De Base ? Par Merlin, son niveau est-il si bas qu'il a besoin d'aller en Base !?
Dominique se contenta de hausser les épaules. C'était sa marque de fabrique, son soupir à elle.
La BASE - Bulle d'Apprentissage de Sorcellerie Élémentaire - était enseignée par l'atypique professeur Ballerup, qui s'occupait également de l'Étude. Selon le directeur de Poudlard, la présence de Ballerup rappelait aux élèves qu'ils étaient au château pour apprendre la magie et que tous avaient droit à une aide supplémentaire. La Base était un cours facultatif, sauf lorsqu'un autre professeur jugeait important qu'un élève le suive, pour améliorer son niveau, revoir un sortilège mal maîtrisé et, par Merlin, Victoire se désespérait d'apprendre que son petit frère y avait été envoyé.
– Tu viens avec moi ?, proposa-t-elle à sa sœur.
– J'ai des trucs à faire.
– Lis au moins la lettre des parents. Je pensais qu'on aurait pu la lire tous les trois, pour changer de...
– A quoi ça servirait ? Si quelque chose d'important s'était passé, la presse le saurait avant nous.
– Dom...
– Papa a écrit à James, au fait, pour son histoire de correspondants, tu te souviens ?
– Tu... Tu parles à James, toi ?
– Il me dit bonjour tous les matins, répondit Dominique en haussant les épaules. Et puis ça me permet de voir Louis. C'est toujours mieux que de voir Molly m'éviter dans les couloirs ou Fred me regarder comme si j'étais la honte de la famille, juste parce que je suis à Poufsouffle. J'ai hâte que l'un de nos petits cousins rejoigne Serpentard, ça lui fera les pieds.
– Aucun d'entre nous ne mettra les pieds à Serpentard !, s'offusqua Victoire.
– J'y mettrais pas ma main au chaudron à ta place. Bon, ajouta-t-elle en regardant sa montre, je crois qu'on a assez parlé, le quota est rempli. Salut. »
Si Victoire avait envisagé que voir Louis la réconforterait, elle tombait de haut. Elle l'avait retrouvé dans un couloir, près de la salle de Base, entouré d'une dizaine de gosses de sa promotion, toutes maisons confondues. Rien d'anormal, en somme, sauf qu'il hurlait. Il ne parlait pas fort, non, il hurlait. Ni une ni deux, elle l'attrapa par le bras et le traîna sur plusieurs mètres en lui ordonnant de se taire.
« Tu te crois où, Louis !? Que Fred hurle, que James hurle... Mais toi !? Qu'est-ce qui te prend ?!
– C'est Ballerup, grogna Louis. Il n'arrête pas de s'en prendre à nous.
– Nous ?, releva Victoire.
– James, Fred et moi. Il reproche à James d'avoir Harry comme père, comme si James pouvait y faire quoi que ce soit... Et il nous a reproché les absences de deux filles de notre classe, comme si on y pouvait quelque chose !
– Encore ces absences, marmonna Victoire. Peu importe, se reprit-elle, je ne veux plus t'entendre hurler comme ça, pour rien ! Tu es un Weasley, par Merlin, je m'efforce depuis cinq ans d'entretenir la bonne réputation de nos parents, je te signale ! Déjà que Dom... Tu ne vas pas t'y mettre non plus !
– C'est injuste, Vic, je ne vais pas me laisser faire, quand même !
– Si. Et si c'est James le problème, tu n'as qu'à te trouver d'autres amis ! »
Une exclamation étouffée. Presque un sanglot. James se tenait au bout du couloir, ses yeux emplis de déception vrillés dans ceux de Victoire.
– Qu'est-ce que tu veux ?
– Je... Je voulais te parler de quelque chose d'important, Vic. C'est Matheus, tu sais, mon correspondant Argentin...
Victoire insulta mentalement son père. C'était lui le fautif, lui qui était à l'origine de la soudaine lubie de James. Tout avait commencé à la Chaumière aux Coquillages, alors que les plus vieux se remémoraient leurs souvenirs d'école et que Georges taquinait James. « Tu t'es endormi combien de fois en Histoire, Jamesie ? ». Tout le monde avait ri, sauf James qui ne semblait pas comprendre la blague. Il avait alors avoué apprécier énormément ce cours. Les rires avaient redoublé, comme à chaque bêtise qu'il sortait, avant que tous ne réalisent qu'il était sérieux. On le regardait alors tel qu'il était, une créature inconnue et incomprise de tous. Mais lui ne voyait rien, posant même quelques questions sur les autres écoles de magie. Ça avait semblé toucher Bill, qui lui avait proposé de correspondre avec un étranger de son âge.
Le pire, se disait Victoire, était que James avait écouté les conseils de Bill et les avait mis en pratique dès la rentrée. Il avait posé moult questions à Mike Corner, qui avait un correspondant en Nouvelle Zélande et avait sollicité son aide au professeur d'Histoire de la magie. Le professeur Ganesh avait écrit à ses homologues argentin et suédois et James avait à présent deux correspondants.
– Je me fiche de tes correspondants, James.
– Mais c'est important !
– Quoi encore, soupira Victoire.
– Matheus m'a dit que certains élèves disparaissaient aussi chez eux et que... enfin ça m'a fait penser à tous ces élèves qui loupent un cours sans qu'on ne sache pourquoi. Tu ne crois pas que...
– Personne n'a disparu, James, tes petites camarades sont les pantins de notre oncle Georges, c'est tout. Ça se calmera vite, alors ne prends pas ce prétexte pour te la jouer héros. Tu n'es pas ton père, James.
– Mais je sais bien ! Je ne dis pas que c'est grave, seulement qu'on doit s'en assurer quand même. J'ai demandé à oncle Georges et il m'a dit que...
– Tu crois qu'il va se vanter de prendre des gamins pour cobayes devant ton père !? Tu es tellement crétin...
– Il avait l'air sérieux. Et Fred a vérifié, pendant les vacances... J'ai pas l'intention de jouer les héros, comme tu dis, je ne suis pas plus intelligent ou fort qu'un autre et je te rappelle qu'à part faire léviter une plume, je ne sais rien faire de ma baguette. Je dis juste qu'on devrait s'assurer que ce n'est pas plus grave que ça.
– Tu devrais écrire à ton père.
– Tu crois ? Oui, je vais faire ça. Merci Vic. A toute, Louis, on se retrouve dans la Grande Salle, je file retrouver Patmol à la volière.
Crédule, James. Tellement facile à manipuler que c'en était ridicule.
– C'est méchant, Vic. Ça ne te ressemble pas.
– Hum ?
– Tu sais très bien qu'il sera déçu de la réponse de son père. Tu sais même qu'il y a de grandes chances qu'oncle Harry ne lui réponde même pas. C'est vraiment méchant. Il veut juste aider, tu sais, parce que je lui ai dit que Ganesh t'avait demandé de trouver une solution. Il voulait juste t'aider et toi...
– Cesse donc de le tirer vers le haut, Louis, lui ne te tirera jamais que vers le bas. »
ooOOoo
JOURNAL DE JULIET HAWKES
« Cher Journal,
Je n'arrête pas de rappeler à Vincent pour le pari mais il fait semblant d'oublier. Il n'arrête pas d'insulter James. Pas en direct, bien sûr, mais dès qu'il le voit de loin, il lâche une petite phrase. Ce n'est pas si méchant, mais ça m'énerve.
« Arrête de dire ça, Vincent, on a fait un pari, tu te souviens ?
– Je n'ai rien dit de mal, Juliet. Seulement la vérité. Regarde-le qui se pavane avec son balai ! Moi aussi j'aurais un balai aussi beau si mon père était aussi riche que le sien !
– Il ne se pavane pas, il va à son entraînement ! Et puis il n'est pas si beau que ça, son balai, ce n'est même pas un éclair de feu. »
James en a demandé un à ses parents. Pas supplié, comme Fred Weasley, juste demandé. Il m'a même dit qu'il rêvait que son père lui envoie son propre balai. Mais il a reçu un Nimbus ordinaire. Son cousin Louis, le gentil, m'a même dit que ses parents n'avaient pas été très sympas avec lui. Ils pensent qu'il ne jouera jamais, que ça ne sert à rien de lui offrir le meilleur balai au monde puisqu'il ne s'en servira que rarement. C'est vraiment méchant de dire ça. Surtout que James parle tout le temps de ses parents et pas comme le dit Vincent, James ne se vante pas des prouesses de sa mère et de l'héroïsme de son père, non, il dit que c'est les meilleurs parents du monde - ce qui est faux puisque ce sont les miens les meilleurs - et que sa mère est très belle, comme sa petite sœur qu'il adore et que son père et son frère ont les plus beaux yeux du monde, des trucs comme ça. Des trucs de gamin, quoi.
On se parle beaucoup plus maintenant qu'il m'a sauvée. Il a débarqué en sueur, accompagné d'une dizaine de copains. Il y avait Solenn, de Serdaigle, qui avait entendu Vincent se vanter de m'avoir abandonnée sans baguette et attachée dans un cachot humide et que l'eau du lac allait m'engloutir. Il a même dit qu'on ne retrouverait jamais mon cadavre. Alors Solenn l'a répété à Nalani Jordan et à ses deux copains, Keith Corner et Keanu Ganesh et ils ont retrouvé James, qui avait entendu la même rumeur. « Il était terrorisé », m'a dit Solenn le lendemain. Y avait toute sa bande de Gryffondor, ses deux cousins, Maël Thomas et même Alice Londubat, et aussi trois Poufsouffle.
C'est lui qui a tout planifié, il a demandé à Louis de lancer le sortilège et à Maël Thomas et Keanu Ganesh de me rattraper, parce qu'ils sont les plus grands. Mais je ne suis pas très bien tombée alors il m'a jeté un sort de lévitation en même temps qu'Oscar Dubois et Nalani Jordan. J'ai pas très bien compris qui m'avait sauvé la vie, en fait, mais ça ressemblait assez à James Potter. Il n'agit pas seul mais avec ses amis. Il demande sans arrêt leur avis sur tout. Il ne donne jamais d'ordre. Et maintenant je suis leur amie aussi. Et Vincent aussi. Enfin presque. »
– Tu as vu, Vincent ? Il t'a souri.
– Ouais, bon, ça va. On va pas en faire toute une histoire non plus.
« Au début c'était pas gagné, mon cher journal. Fred Weasley et Keith Corner proposaient déjà de se venger de Vincent, une farce épicée, un sort jeté dans le dos, quelque chose comme ça, alors le lendemain matin, j'ai eu un peu peur pour Vincent. Mais James est venu vers nous, en souriant et il a tendu sa main à Vincent. Il lui a dit : « Il paraît que nos pères ne s'entendaient pas trop quand ils étaient à Poudlard. Mais tu remarqueras sûrement que je ne suis pas très grand et que je n'ai pas les mêmes yeux que lui. Je ne suis pas mon père, Vincent. »
On se serait cru dans un flim, tu sais, ce truc dont les moldus raffolent. Bon je ne suis pas certaine qu'ils auraient raffolé de ce flim-là parce qu'on était pas très beaux à regarder. On était fatigués et James n'a pas pu s'empêcher de rougir quand il a dit ça à Vincent. Je crois qu'il avait peur que Vincent se jette sur lui ou lui donne un coup de poing, quelque chose comme ça.
Ça a fait du « grabuge dans nos rangs », comme dit Ura, mais tous les amis de James Potter étaient là, et même des grands, alors tout le monde s'est calmé. Je crois même que ça a donné des idées à Liko Jordan et Ura parce qu'ils s'embrassent tout le temps maintenant. Ça n'a pas l'air d'enchanter Nalani Jordan, de Serdaigle, mais ça lui fait les pieds. Je t'ai déjà dit que je ne l'aimais pas beaucoup ? »
– Bon tu te te dépêches, la crevette ? On a cours avec Slopa, je te rappelle, j'ai pas envie de finir sur le tableau de la honte à cause de toi.
– J'arrive !
« Je vais devoir te laisser, mon cher journal, j'ai de moins en moins de temps pour t'écrire parce que je m'amuse beaucoup maintenant. Et puis j'ai pas envie d'arriver en retard en cours parce que le professeur Slopa est terrifiante ! Et puis on partage ce cours avec les Gryffondor et si je ne me dépêche pas, Vincent est capable de s'asseoir avec quelqu'un d'autre. Peut-être pas avec James, quand même, ils sont un peu bêtes ces garçons. Je n'ai même pas fini de t'expliquer ce qui s'est passé... Alors quand James a eu fini de dire ce qu'il avait à dire à Vincent, la mâchoire de Vincent s'est décrochée et Clifford a rigolé. Et puis Vincent s'est levé, a tendu la main à James et a dit « Je ne suis pas mon père non plus ». Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer mais...
– Puis-je savoir ce que vous avez de si important à écrire pour ne pas suivre mon cours, Miss Hawkes ?
– Pardon, professeur. C'est mon journal.
– Un journal ?! Un journal intime !? Vous êtes à Poudlard, miss Hawkes ! Vous êtes à Serpentard ! Donnez-moi ce torchon ! Vous faites perdre dix points à votre maison et vous avez intérêt à les rattraper bien vite, c'est votre directrice qui vous l'ordonne !
ooOOoo
Un an à vagabonder dans le château et celui-ci parvenait encore parfois à les perdre, de part ses escaliers mouvants qui ne les menaient jamais à bon port, comme un pied de nez de Poudlard pour ces fraudeurs qui n'étaient ni les premiers ni les derniers.
Le temps des examens était venu et les quatre lionceaux déployèrent rapidité et ingéniosité afin d'arriver à l'heure à leur examen de Métamorphose. Le professeur Glacey, directeur de la maison Gryffondor, était l'impartialité même et n'hésitait jamais à leur ôter des points. Ils eurent à métamorphoser une aiguille en allumette et, partageant la salle avec les Serdaigle, se mélangèrent comme le voulait la tradition émise par Robert Glacey. James faisait équipe avec Irina Kandinsky qui, concentrée sur son aiguille, ne prêta pas attention à lui et ne lui adressa pas la parole du cours.
– Arrête de t'acharner, cousin, elle ne succombe pas à ton charme !, se moqua Fred en sortant de la salle.
Malgré l'importance de leur premier examen, celui-ci avait passé le cours à s'amuser avec Keanu Ganesh et Nalani Jordan qui faisaient respectivement équipe avec Fred et Maël.
– Ouais mais t'as vu sa tête quand j'ai transformé mon aiguille avant elle !? Elle était verte de rage, se défendit James.
– Elle t'a surtout fait remarquer que ton allumette était toute grise !, répliqua Fred en rigolant.
James fit semblant de bouder. C'était ce qu'on attendait de lui. Maël lui donna une tape discrète dans le dos, le regard un peu triste. « Enfin un qui a compris », pensa Louis. Voilà plusieurs mois que James essayait de parler à Irina, tâchant de comprendre pourquoi la jeune fille ne leur adressait plus un mot, mais seul un silence teinté de mépris lui répondait. « Bon débarras ! » se réjouissait Alice jour après jour et Louis savait que Fred en était également très heureux. Il avait envie que cette situation cesse, il sentait que c'était le bon moment, ils partiraient de Poudlard la semaine prochaine, il valait mieux mettre fin à cette mascarade plutôt que risquer de la voir perdurer après l'été. Oui, il allait crever l'abcès. Mais pas tout de suite, parce qu'au moment de descendre les escaliers qui les mèneraient aux cachots, un faisceau rouge sang vola dangereusement vers eux.
Il sentit le bras de James le projeter au sol et l'entendit crier la formule du Charme du Bouclier, que James tentait d'apprendre depuis des mois.
Le contre sort de James paraissait bien faible comparé au sort de stupéfixion qui lui était destiné mais il le contra suffisamment pour qu'il ne ressente qu'un vif frisson.
– Qui a lancé ça ?, demanda-t-il paniqué.
– Je ne sais pas. Mais ça venait de par là !
– Ça va James ?
Maël, Louis et Fred s'étaient rapprochés de James et se regardèrent sans oser approcher des escaliers. Leurs camarades de classe arrivaient déjà près d'eux et s'arrêtèrent à leur niveau.
– Ça ne va pas les gars ? Dépêchez-vous on va arriver en retard !
– Keith, attends !
– Qu'est-ce que vous avez ?
– Quelqu'un vient de jeter un sort à James.
– Quoi ? T'es sûr ? Quel sort ?
– Un stupefix, répondit James d'une voix éteinte.
Profitant du fait que Keanu Ganesh expliquait à Keith Corner, Oscar Dubois et Jean-Paul Sphère ce qu'était un stupefix, James et Maël s'approchèrent prudemment des escaliers. Plusieurs rires se firent entendre avant qu'une bande de garçons bien plus âgés qu'eux n'apparaisse.
– Ben alors Potter, t'en fais une tête !
– T'as vu un fantôme ?
– Arrêtez, vous voyez bien qu'il n'est pas en forme.
Elvis Zigaro, le préfet-en-chef de Poudlard. Louis ne savait que penser de ce garçon qu'on disait bon et généreux, il l'avait toujours été avec eux mais il y avait ce quelque chose dans ses yeux qui le rendait méfiant.
– Un problème ? Vous n'êtes pas censés passer vos examens ?
– Si. Mais quelqu'un vient de lui jeter un sort, répondit docilement Maël.
– Un sort ? s'étonna Elvis.
– Ça serait pas vous, par hasard ? s'emporta Fred.
– Nous ? Pourquoi cela ?
– C'est idiot de porter ce type d'accusation, Weasley, répondit un ami de Zigaro d'un ton mauvais.
– I personne d'autre que vous ici !
– Calmons-nous mes amis, tempéra le préfet-en-chef. James, quel sort t'a-ton jeté ?
Il était si pâle, songea Louis alors que l'épaule de son cousin tremblait contre la sienne.
– Un stupefix.
– Tu me sembles bien en forme, pourtant.
– Je me suis protégé.
– Tu maîtrises déjà le charme du bouclier ?
– J'ai pensé que ça pouvait être utile, oui.
Elvis Zigaro parut surpris. Ses yeux fous lançaient des éclairs de curiosité malsaine.
– Et tu as parfaitement raison. Écoute, mes amis et moi n'avons pas cours ce matin, on va faire un tour, voir s'i rien ni personne de suspect. Et n'hésites pas à venir me voir ou à parler aux préfets de Gryffondor si cela devait se reproduire, d'accord ?
– Oui. Merci Elvis.
– Pas de soucis. Vous avez quoi comme examen ?
– Potions.
– Bon, la salle n'est pas très loin mais vous êtes déjà en retard, dites au professeur Wine que vous vous êtes perdus. Ça évitera les questions gênantes. Bonne journée à tous.
James suivit ses amis en restant sur le qui-vive. Maël non plus n'avait pas rangé sa baguette. En descendant les escaliers qui menaient aux cachots, Louis s'arrêta brusquement, manquant de faire tomber Jean-Paul qui marchait derrière lui.
– Mais… On va tous en Potions ?
– Ben oui, pourquoi ? s'étonna Oscar.
– Nous normalement on a Botanique, expliqua Keanu. Avec les Serpentard. Mais le professeur Londubat nous a fait parvenir un mot et nous a donné rendez-vous dans la salle de Potions.
Tous les élèves de première année allaient donc être réunis dans la même salle pour un examen commun et James ne pouvait s'empêcher de se demander si son agresseur serait assis dans cette salle ou s'il s'agissait de quelqu'un d'autre. Qui alors ? Il avait bien vu le jet de lumière rouge vif venir droit sur lui. Qui voulait le stupéfixer ?
– Pourquoi tu les as accusés, Fred ?
– T'as pas vu qui s'était, Maël ? Des Serpentard !
– Zigaro est à Poufsouffle, nuança Maël.
– Ses amis sont des serpents !
– Et il est préfet-en-chef, il n'a pas l'air méchant, et je ne vois pas pourquoi il s'amuserait à attaquer James.
– C'est le fils de…
– Oui Fred, c'est bon on le sait que je suis le fils de Harry Potter.
– Et ça n'excuse pas votre retard, jeune homme !
– Oh bonjour professeur Wine ! Désolé pour notre retard, nous nous sommes perdus dans...
– Oui, oui, et bien maintenant dépêchez-vous d'entrer et de suivre les instructions !
James reconnut Neville Londubat et lui sourit mais celui-ci se contenta de détourner le regard. Les autres élèves avaient déjà sorti leurs affaires et commencé à prendre quelques notes. James alla s'asseoir près d'Alice qui partageait son bureau avec deux élèves de Serdaigle, Nalani Jordan et Solenn Oranche.
– Mademoiselle Crivey, veuillez distribuer des questionnaires aux retardataires, demanda le professeur Londubat. Et n'oubliez pas d'écrire votre nom devant vous.
Bien qu'ils aient passé une année à suivre ses cours, le professeur Londubat avait tendance à confondre certains élèves dont les noms de famille lui échappaient.
– Bien, continua le professeur Wine, comme je le disais, nous préparerons aujourd'hui une potion à la fois très simple et très importante. Elle a pour but d'atténuer la plupart des brûlures et contient des ingrédients que l'on peut se procurer très facilement, notamment dans les serres de Poudlard. Oui, monsieur Weasley ?
– Ça sera noté aussi ? demanda Fred en désignant le questionnaire qui se trouvait devant lui.
– Oui Weasley, répondit Neville avec empressement. Le professeur Wine et moi-même voulons simplement tester votre niveau en trois étapes. Dépêchez-vous, i que cinq questions. Vous avez cinq minutes.
James se dépêcha de se concentrer sur sa copie. En effet, rien de bien compliqué pour n'importe quel élève qui aurait pris le temps d'ouvrir ses manuels de Potions et Botanique. Ce qui n'était visiblement pas le cas de Fred qui, coincé entre Irina Kandinsky et les jumeaux Nott, cherchait sur qui copier. Malheureusement pour lui, la jeune Serdaigle avait déjà rendu sa copie et les jumeaux Nott semblaient tout aussi perdus que lui. Au bout de cinq minutes, le professeur Londubat récupéra les copies d'un coup de baguette.
– Passons enfin à l'épreuve pratique. Qui parmi les retardataires peut me dire où trouver des racines d'asphodèles ?, demanda le professeur Wine.
James jeta un rapide coup d'œil à ses amis. Louis, Oscar et Jean-Paul s'étaient assis avec Susie Finnigan, Maël le regardait nerveusement et Fred semblait très intéressé par le bois de son bureau.
– M. Weasley ? L'un ou l'autre ?
– Je ne sais pas, professeur, répondit Louis.
– Chez un apothicaire ?, tenta Fred.
– Très perspicace, M. Weasley. M. Potter, peut-être ?
Mireille Wine avait cette voix engageante qui donnait toujours envie à James de se surpasser. Il était loin d'être le meilleur élève de Potions de sa promotion mais prenait soin à conserver sa place, dans la moitié haute de la classe. Cependant, il avait beau faire défiler le sommaire de son manuel de Potions de première année dans son esprit, il était certain que le sujet de l'examen n'y figurait pas. C'était une projection, les professeurs Wine et Londubat voulaient s'assurer que leurs élèves étaient fin prêts à attaquer le programme de deuxième année.
– La plupart des asphodèles poussent autour du bassin méditerranéen et ont une prédilection pour les sols calcaires, je crois. Je pense donc que l'on doit en trouver en Grèce surtout mais aussi en France, en Espagne, en Italie, au Maghreb…
– C'est exact, M. Potter, cinq points pour Gryffondor. Et savez-vous pourquoi il est très étrange d'utiliser cette plante pour une potion de guérison ?
– Et bien cette plante était utilisée pour fleurir les tombes des défunts. Et elle est utilisée dans l'élaboration de la goutte du mort-vivant, donc elle est souvent associée à la mort et à l'enfer.
– Excellent. Cinq points de plus pour Gryffondor. Et que rajouteriez-vous à l'asphodèle pour réaliser une potion de guérison ?
– …
– Réfléchissez Potter, c'est plus de la logique qu'autre chose. Qu'est-ce que vous ressentez lorsque vous vous brûlez ?
– Euh... Ça pique, ça fait mal, ça…
James se tut sous les rires des jumeaux Nott. Il se sentait affreusement gêné de n'avoir rien de mieux à répondre que de pareilles sornettes. Il mourrait d'envie de sortir de la pièce en courant mais ce n'était pas l'attitude d'un Gryffondor et pour la première fois il regretta presque d'y avoir été envoyé.
–Cinq points de moins pour Serpentard, coupa le professeur Wine. Dans cette salle, on s'écoute, on s'entraide mais on ne se moque pas. Continuez Potter.
– Eh bien, répondit-il passablement énervé. C'est désagréable.
– Quelle sensation, Potter ?
– La chaleur. Et l'irritation.
– Très bien. Donc ?
– …
– Ce n'est pourtant pas compliqué Potter, reprit le professeur Londubat, quelles plantes utiliseriez-vous contre la chaleur et l'irritation ?
– Une plante qui apaise, une plante qui refroidit et une plante qui…
– Oui ?
– Ben, qui soigne ?
– Voilà, lui répondit le professeur Wine avec un grand sourire. Vous voyez, il s'agit là de pure logique. Donc ? A quelles plantes pensez-vous ?
James détourna les yeux et se concentra, il avait une irrémédiable envie de trouver la réponse et curieusement il aimait les méthodes de travail et de réflexion du professeur Wine. Il ressentait également le besoin de faire bonne impression à Neville qui l'ignorait depuis des mois. Soudain un souvenir lui revint.
– La lavande. Une fois distillée, elle soigne les irritations et les brûlures.
– C'est excellent, le félicita le professeur Wine, la lavande est l'ingrédient principal de la plupart des potions de guérison sur blessures cutanées. Continuez.
– Les pétales de coquelicot sont un excellent calmant. Et puis… Il me semble que le… le glaçon de Saturne a un effet refroidissant.
– C'est très bien. On n'utilise pas ces ingrédients pour cette potion-ci mais pour d'autres potions du genre. Mais je dois avouer que le glaçon de saturne… Oui il me semble que je vais voir ce que ça donne. Et je vous invite à en faire de même, monsieur Potter. Vingt points en faveur de Gryffondor. Suivez les instructions qui s'affichent au tableau, la potion devrait être prête dans une heure environ. Le professeur Londubat et moi-même allons passer voir chacun d'entre vous pour vous épauler si besoin.
James soupira de soulagement. Finalement, il s'en était plutôt bien tiré.
– Je ne te savais pas aussi calé en potion, Jamesie, fit Alice en lui souriant.
– Ben… Teddy me manquait tellement quand il est allé à Poudlard que je passais beaucoup de temps enfermé dans sa chambre, lorsqu'Andromeda nous gardait, à feuilleter ses livres ou … à faire plein de bêtises dans sa chambre ! J'imagine que certains trucs m'ont marqué.
– Et bien, tu as intérêt à toujours t'asseoir à côté de moi en cours de potions !
– C'est promis !
James ouvrit son manuel de Potions et chercha tous les ingrédients dont il avait besoin dans son manuel de Botanique pour en comprendre les particularités. Le professeur Wine l'en félicita mais James vit que Neville était mal-à-l'aise à son égard. Il ne savait si ce comportement lui était affecté ou s'il était davantage destiné à Alice, la fille de Neville à côté de qui il s'était assis. Il devait être compliqué pour un professeur d'enseigner à ses enfants et James plaignait sincèrement Neville pour cela, d'autant que cela ne s'arrangerait pas dans les années suivantes car Alice avait un petit frère et une petite sœur respectivement du même âge qu'Albus et Lily.
Durant l'année qui s'était écoulée, James s'était rendu compte qu'il était plus aisé que prévu de suivre les instructions et de réaliser comme il le fallait la potion. Le professeur Wine était passée plusieurs fois juger du contenu de chaque chaudron et semblait satisfaite de celle de James. Il en était très étonné car durant les vacances de Noël, alors qu'il mangeait avec sa famille chez Ron et Hermione et que les adultes se remémoraient comme souvent leurs souvenirs communs à Poudlard, Ron avait laissé entendre que ni Harry ni Ginny n'étaient doués dans cette matière. En revanche, Harry qui était toujours très exigeant avec son fils aîné lui avait appris que sa grand-mère paternelle était une maîtresse des potions hors pair. Alors qu'il coupait ses racines d'ortie, James observa son professeur et se demanda à nouveau quel âge elle avait. Elle semblait plus jeune que sa grand-mère Molly mais peut-être était-elle allée à Poudlard à la même période que Lily Evans ? Elle semblait bien connaître les Maraudeurs...
– Un problème avec votre potion, monsieur Potter ?
– Euh… non. J'ai bientôt fini, professeur, j'étais juste en train de…
– Hum… fit-elle en se penchant sur son chaudron. Vous avez ajouté le glaçon de Saturne, n'est-ce pas ?
– Oui.
– Vous avez bien fait. Il faut savoir tenter des choses, en Potions. Lily aussi aimait le faire.
– Lily ?
– Lily Evans. Nous étions de la même année, mais elle était à Gryffondor comme vous. Bien, reprit-elle plus fort. Vous devriez avoir tous fini maintenant. Veuillez déposer un flacon de votre potion sur mon bureau. Comme devoir, vous nous remettrez demain matin deux rouleaux de parchemin sur le sujet suivant : « Potions et Botanique : Rapports, causes et effets. » Votre argumentation devra être personnelle et comporter au minimum trois exemples commentés. Bonne fin de journée à tous !
Ce devoir fut maintes fois commenté par les élèves de première année qui s'étaient regroupés sur un carré ensoleillé du parc. Les Gryffondor avaient accueilli avec joie certains de leurs camarades de Serdaigle et Poufsouffle et tous s'attelaient à leurs devoirs avec plus ou moins de sérieux.
– Voilà j'ai deux exemples ça suffira, j'en ai marre de ce devoir, trancha Nalani Jordan.
Keith Corner approuva d'un signe de la tête tout en grommelant contre la difficulté de leurs premiers examens.
– Je ne pense pas que ce soit si difficile que ça, répondit Keanu Ganesh. Je crois que le professeur Wine a raison, il s'agit juste de développer notre logique. Non ?
– C'est ce qu'elle a fait avec James en tout cas, nota Susie Finnigan, élève de Poufsouffle. Et ça a marché, non ? Finalement elle veut surtout qu'on trouve des réponses logiques à des questions simples.
– Simple ? T'as vu le sujet ?
– Keith, tempéra Solenn, prends exemple sur James, les profs lui ont posé plein de questions et je ne crois pas qu'il soit beaucoup plus avancé que nous. Il a juste réfléchi un peu. On a tous autour de nous entendu une mère, une grand-mère qui soignait ou faisait quelque chose avec une plante. Faut juste…
– Tu oublies les enfants nés moldus.
– Je suis né moldu, Keith, répondit Jean-Paul. Et pendant le cours je me suis rappelé que ma tante soignait beaucoup de maux avec des plantes distillées. Les moldus utilisent beaucoup les huiles essentielles pour ça, ce sont des plantes distillées un peu à la manière sorcière.
– Jean-Paul a raison, de la pure logique, c'est tout. Sérieusement Keith, les profs savent que c'est notre première année, certains ont peut-être lu leurs manuels avec plus d'attention que d'autres mais il faut juste se dire qu'on n'est pas seulement ici pour apprendre à l'exactitude ce qu'il y a dans nos bouquins. Tout à l'heure on m'a… on nous a jeté un stupéfix. Je ne sais pas à quel moment on va étudier ce sort mais je ne vais pas attendre pour apprendre à me défendre. A Noël Louis, Fred et moi avons appris qu'au cours de leur cinquième année nos parents avaient monté une association de défense parce que leur prof leur faisait juste lire un manuel. D'ailleurs y avait ton père, Susie, les parents d'Alice aussi et…
– Y avait la guerre, surtout, nota Susie. Ils avaient d'autres priorités.
– Nous aussi, Susie. Ce n'est pas parce que Voldemort est mort qu'un autre ne veut pas prendre sa place.
– Tu… tu prononces son nom ?, s'étonna Jean-Paul.
– Son père l'a battu, c'est normal.
– Ah donc, tu es bien le fils d'Harry Potter ?
James dévisagea Jean-Paul et il n'était pas le seul. Le jeune né-moldu avait sympathisé dès le premier soir avec Oscar Dubois et Susie Finigan, tout comme Keith et Keanu avaient sympathisé avec Nalani puis avec Solenn. Après une année de cours les élèves des différentes maisons avaient passé beaucoup de temps ensemble pendant les cours mélangés du professeur Glacey ou pendant les récréations et tous s'entendaient très bien. Jamais il n'avait semblé à l'un ou l'autre des amis que Jean-Paul puisse douter de…
– Oui, je suis son fils. Tu ne savais pas ?
– Non, je… Je n'ai pas osé te demander. J'ai lu pas mal de choses sur lui. C'est un héros. Tu…
– Ne compte pas sur moi pour dévoiler une info croustillante, l'interrompit James d'une voix douce, d'une part parce qu'il en serait furieux et puis… parce que je ne sais strictement rien ! ajouta-t-il en souriant.
– Sérieux ? s'étonna Solenn.
– Ouais je vous assure. Il ne parle jamais de ça, je ne savais même pas avant d'arriver ici à quel point il était célèbre.
– Toi aussi tu l'es.
– Non. Enfin si, forcément parce que je suis son fils mais je n'ai rien fait moi. Enfin, pas encore, répondit James en faisant rire tous ses camarades.
– James… Quand tu parlais de… prendre la place de tu-sais-qui…
– Ah je te rassure tout de suite Susie, ce n'est pas dans mes plans.
– Non mais… Tu… Ton père soupçonne quelqu'un ?
– Mon père ne parle jamais de ses affaires et j'imagine que c'est pareil pour le tien.
Susie acquiesça. Son père, Seamus Finigan, était également Auror et travaillait sous la direction d'Harry.
– Je ne disais pas ça pour vous alarmer les gars, je dis juste que si Voldemort l'a fait, pourquoi un autre ne le ferait pas ? Franchement des assoiffés de pouvoir y en a eu d'autres, Grindelwald était un foutu mage noir aussi et…
– Qui ?
– As-tu pris le temps d'entrouvrir ton manuel d'Histoire de la magie, Fred ?
– Ben non, pourquoi je l'aurais fait ?
– Grindelwald était un sorcier très célèbre qui a vécu à l'époque d'Albus Dumbledore. Il a fait ses études à Durmstrang et ...
– Où ?
– Durmstrang, l'école de sorcellerie de Bulgarie. Bref, et il poursuivait une sorte de quête du pouvoir, il voulait dominer le monde magique et moldu et c'est Dumbledore lui-même qui l'a arrêté. Il a finalement été enfermé dans cette fameuse prison qu'il avait lui-même créée pour enfermer ses opposants. Bref, tout ça pour dire qu'on a de la chance de vivre dans la paix mais on sait jamais, et si y avait à nouveau la guerre, vaut mieux se préparer. Ce qui nous ramène aux cours.
– Je ne vois pas le rapport…
– Fred, on n'est pas ici, à Poudlard, pour lire un paragraphe, faire un devoir pour récolter un Optimal. On est ici pour se former, pour devenir des sorciers et sorcières, pour développer notre aptitude, notre don de la magie. Apprendre ce n'est pas seulement avoir de bonnes notes. Apprendre, c'est entendre, comprendre la magie pour l'utiliser à bon escient, découvrir la valeur, la particularité, la complexité de toute chose, la mesurer, l'appréhender et la mettre en pratique. Le fait de lier les deux matières, ce matin, c'était pour nous faire comprendre qu'en étudiant bien les plantes et leurs bienfaits on peut les intégrer à des potions et ça, on pourra l'utiliser après Poudlard. Des potions pour améliorer le sort des loup-garou, des sorts de défense au cas où ton épouse veuille t'assassiner, des cours de vol pour que tu puisses t'amuser et se déplacer et…
– L'histoire de la magie, c'est nul, trancha Fred.
– Fais gaffe à ce que tu dis Weasley, gronda Keanu.
– Quoi ?
– Mon père enseigne cette matière je te signale !
– James, est-ce qu'il y a des risques que la guerre…
James posa à nouveau les yeux sur Jean-Paul dont les joues rosirent légèrement. Tous s'étaient tu et même Keanu et Fred avaient cessé de se disputer.
– Je n'en sais rien. Comme vous tous j'espère que ça n'arrivera jamais. Mais si ça devait arriver… Imagine, si la paix n'était plus qu'à deux doigts de flancher dans le chaos ? Que se passerait-il si les Mangemorts ou un nouveau mage noir essayaient à nouveau de s'emparer du pouvoir ?
– Mais nous on ne risque rien, on est à Poudlard, entourés de profs et…
– On ne sera pas jeunes toute notre vie, Yelena. Et les portes de Poudlard ne sont pas hermétiques à toute guerre. Il y a eu des batailles ici. Voldemort a disparu ici. Et si cela devait un jour se reproduire, que je sois ici ou ailleurs, que j'ai quinze ou trente ans je voudrai être prêt. Et surtout ne pas attendre le dernier moment, avoir à choisir de lutter pour le bien ou pour le mal, voir des amis mourir ou voir un château empli de notre histoire être détruit. »
James se tut, gêné, et tous gardèrent le silence, perdus dans leurs pensées. Mais tous avaient le même regard déterminé. Sans le vouloir James avait parlé tel un leader et chacun de ses nouveaux amis s'était imprégné de son discours. Ils en partageaient désormais les valeurs et les ambitions. Tous comprenaient où James voulait en venir. Non, ils n'étaient pas là pour avoir de bonnes notes, non, ils n'étaient pas là pour déclarer que telle ou telle matière était inutile. Ils n'étaient que des apprentis sorciers en formation et ils devaient suivre le chemin décrit par James, le faire avec intelligence et dans un but précis, suivre des valeurs tout en œuvrant pour se construire un avenir. Un futur exempt de magie noire, de guerre de pouvoir et de batailles sanglantes. Ils étaient la nouvelle génération de sorciers, ils avaient un devoir envers ceux qui s'étaient battus pour leur offrir cet avenir. Mais ils étaient loin de se douter que le discours de James n'était pas un simple serment, une parole à suivre ou un excès de bravoure. Non, cela ressemblait davantage à une prophétie.
ooOOoo
« Il se pourrait bien que mon père ait trouvé son héritier.
Victoire se détourna de la fenêtre. Molly observait James et sa bande d'amis parler d'avenir, avec un sérieux qu'ils ne comprenaient même pas.
– James, politicien ? Tu n'y penses pas ! Qu'il se contente de voler sur son balai...
– Ginny ne le laissera pas devenir professionnel.
– Pas faux. Auror, alors. Son père le contrôlera.
Ils se devaient tous de suivre les pas de ceux qui les avaient précédés. C'était là l'unique responsabilité liée à leur héritage. Plus elle y pensait et plus Victoire voyait l'évidence. Elle en avait les capacités et puis même, qui oserait lui refuser quoi que ce soit ? Aucune formation, aucun métier ne lui était impossible. Elle serait acceptée partout, qu'elle en ait fait la demande ou non. Elle avait fait son choix, elle deviendrait conjureur de sorts. Comme son père. Elle choisirait Gringotts, comme ses parents. Molly et Lucy intégreraient le ministère, l'une d'elles finirait sûrement ministre de la magie. Fred reprendrait l'entreprise familiale. James deviendrait Auror. C'était écrit, alors pourquoi en parler ?
– Du nouveau ?
– Les deux clubs attendent l'année prochaine pour le recruter. Ils l'ont mis à l'épreuve durant un an, ils l'ont bien observé.
– Et ?
– C'est un bon élément, selon eux. Bien meilleur que ce qu'ils pensaient.
– Comment sais-tu tout ça, Molly ?
– Je ne suis pas reine, Victoire, je n'ai pas tes responsabilités, tes obligations. Et puis Dom m'a aidée. Pour Louis, tu comprends.
– Est-il...
– Pas pour le moment. Seul James les intéresse. Mais lorsqu'il aura fait son choix, le second club cherchera à avoir Fred ou Louis.
– Fred ne trahira pas James.
– Ne sous-estimes pas ton frère, Vic. Il n'est pas un suiveur. Il estime James et James le lui rend bien. Les clubs ne parviendront pas à les séparer.
– Les clubs parviennent toujours à leurs fins. »
Un ton sans appel, ponctué d'un soupir éloquent. Plus loin, dans le parc, une jeunesse insouciante mettait un point d'honneur à oublier les examens de fin d'année, profitant les uns des autres avant les vacances estivales.
ooOOoo
JOURNAL DE JULIET HAWKES
« Cher Journal,
Je suis très heureuse de te retrouver là, sur mon lit, comme si je ne t'avais jamais perdu. Mais j'ai un peu peur que le professeur Slopa t'ait lu. Ou qu'elle t'ait lancé un sort pour recevoir une copie de tout ce que j'écris. Alors dans le doute je vais te ramener à la maison. On rentre ce week-end, pour deux mois de vacances ! Les cours de Sortilèges du professeur Slopa vont beaucoup me manquer. Mais je me remonte le moral en me disant que j'achèterai un autre journal, pour l'année prochaine, tu comprends ? Et celui-là je ne l'amènerai jamais en cours, parce que je suis à Poudlard pour étudier et que je ne veux plus jamais faire perdre de points à ma maison, encore moins décevoir notre directrice. T'ai-je déjà dit à quel point je respecte le professeur Slopa ? J'ai toujours pensé qu'elle est le meilleur professeur de Poudlard. Et de loin. Oh oui, ses cours vont beaucoup me manquer pendant les vacances... »
Voilà, j'avais envie de clôturer ce looong chapitre par une touche d'humour.
Ça vous a plu ? Que pensez-vous de Victoire ? De Louis ? De Juliet ? Et des professeurs, tiens, je ne crois pas avoir reçu de remarques sur les professeurs... Les anciens ne vous manquent pas trop ? J'attends vos réponses/avis/remarques/insultes et vous dis à très bientôt pour le prochain chapitre !
