Boswar les gens !
J'ai eu beaucoup, beaucoup de mal à pondre ce chapitre... A la base il faisait plusieurs centaines de pages et l'alléger n'a pas été une mince affaire... Je ne suis pas vraiment satisfaite du résultat mais j'espère qu'il vous plaira !
4 La vérité sur J.S.P
Partie 2 - La paranoïa du fanfaron
Sylvia Fishman avait toujours connu Harry Potter. Sa légende tout du moins. Ses parents avaient côtoyé de loin James Potter et Lily Evans, ils lui avaient toujours parlé du charisme de James et de la merveilleuse Lily dont Emett Fishman avait longtemps été amoureux, malgré leurs trois ans de différence d'âge, et dont Macy n'avait jamais été jalouse, bien au contraire. Comment être jalouse d'une fille qui s'avère être la perfection même ?
Enfant, Sylvia avait bercé au son de l'histoire de ce couple et de leur tout petit garçon. A Poudlard, elle avait quelques amis, surtout à Serdaigle et à Poufsouffle. A Gryffondor, où elle avait été répartie, on ne jurait que par Olivier Dubois, un garçon de sa promotion que l'on disait très doué pour le quidditch. Et puis était arrivé Harry Potter, alors que Sylvia était déjà en quatrième année. Avant même qu'elle ait quitté Poudlard, le jeune Harry avait déjà accompli nombre de prouesses, alors qu'il n'avait que treize ans. Plus tard, il y avait eu la guerre, Sylvia l'avait suivie de loin, pas assez courageuse pour y participer elle-même. Elle avait entrepris des études de commerce international, avait voyagé, mais n'avait cessé de suivre l'évolution du Survivant, devenu Auror, son mariage avec Ginny Weasley, son ascension légitime au sein du Ministère de la Magie.
Sylvia était alors célibataire. Son frère aîné lui présentait quelques amis, désireux qu'elle trouve un potentiel mari. Un jour, elle s'en rappellerait toute sa vie, il lui avait présenté Jérémy. Elle ne lui avait trouvé aucun intérêt, il lui paraissait fade et peu intéressant, il n'était même pas séduisant. Jusqu'à ce qu'il lui donne son nom de famille. Evans. « Aucun lien de près ou de loin avec Lily Evans », avait-il précisé. Néanmoins cela changea tout pour Sylvia qui entreprit de le séduire. Leur histoire ne dura pas, à son plus grand malheur, et Sylvia dut se résoudre à faire appel à son frère, une nouvelle fois. Il lui confirma ce qu'elle savait déjà, que Jérémy n'avait ni frère, ni cousin. Et, après qu'elle ait insisté durant des semaines, il accepta de réaliser pour elle une recherche spéciale. Un dimanche matin, il fit irruption chez elle avec quantité de documents. Plusieurs jeunes hommes partageant un même nom de famille. Elle les rencontra tous, jusqu'à rencontrer le bon, un moldu qui ne connaissait rien de la magie et qui s'étonnait de l'acharnement de Sylvia à le séduire. Il finit par succomber, ignorant que Sylvia n'était nullement animée par l'amour. La jeune fille précipita pourtant leurs noces. Elle avait entendu dire que Ginny Potter attendait son premier enfant, le premier héritier de Harry Potter. Et Sylvia voulait que son premier enfant naisse au même moment, qu'ils aillent ensemble à Poudlard. Son mari ne sachant rien encore de sa condition de sorcière, elle se rendit seule aux rendez-vous à l'hôpital. Elle attendait une petite fille et s'en réjouissait particulièrement, au moins n'avait-elle pas eu besoin d'avorter, ce qu'elle aurait dû faire si par malheur elle avait attendu un garçon. Elle aurait pu l'appeler James ou Harry mais ce n'aurait pas été pareil.
Ne sachant toujours pas si l'enfant que portait Ginny Potter était un garçon ou une fille, Sylvia se prenait à rêver, tant qu'elle en oubliait tout le reste, son travail et son mari. Elle ne vivait que pour cet enfant, sa fille, qui serait destinée à devenir l'épouse de l'héritier de Harry Potter ou, à défaut, la meilleure amie de sa fille. Pour Sylvia, cela ne faisait aucun doute, après tout, leurs destins étaient liés, elle l'avait voulu ainsi.
Le premier enfant du Survivant naquit. Un garçon. James Potter, deuxième du nom. Il ne ressemblait pas trait pour trait à Harry mais ses cheveux bruns ébouriffés faisaient illusion et l'on disait qu'il ressemblait beaucoup à son grand-père paternel. Quelques semaines après, Sylvia mit au monde sa petite fille. Lily. Lily Evans.
Ce ne fut que huit ans après que Donny Evans apprit la condition de sa femme, alors que leur petite Lily faisait éclat pour la première fois de magie spontanée. Donny se montra compréhensif et curieux, désireux de tout savoir de la magie. Il écumait la bibliothèque personnelle de sa femme lorsqu'il tomba sur une biographie de Harry Potter. Il voyait ce nom revenir tellement souvent qu'il l'ouvrit, avant de laisser échapper un cri d'effroi.
Il comprenait désormais pourquoi Sylvia avait tenu à revenir vivre en Angleterre, pourquoi elle faisait des calculs, s'assurant que leur Lily et ce James Potter aillent bien à Poudlard en même temps, pourquoi elle écrivit une longue lettre au professeur MacGonagall, alors directrice de Poudlard, pour lui affirmer que Lily était née dans la nuit du trente-et-un août et non le premier septembre, lui demandant ainsi que Lily puisse entrer à Poudlard la même année que James Potter. Lorsque la directrice le lui refusa, appuyant son argumentaire précis sur les règles de l'école, Sylvia flancha avant de se rappeler qu'il n'y avait rien de grave, que Lily arriverait un an après James et qu'elle aurait six ans pour le séduire.
De surprises en surprises, Donny tint le coup, pour Lily, sa fille qu'il aimait tant. Il avait depuis longtemps compris que Sylvia ne l'avait jamais aimé, qu'elle ne l'aimerait sans doute jamais, mais Lily restait leur fille, à tous les deux. Il refusa néanmoins qu'ils aient un second enfant lorsqu'ils apprirent que Ginny Potter était enceinte d'Albus. Leur relation s'affaiblit, jour après jour, il y avait tant de chose que Donny reprochait à sa femme. Le fait qu'elle teigne les cheveux de sa fille en roux, le fait qu'elle déplore la couleur des yeux de celle-ci, pas assez verts. Donny, lui, aimait les yeux noisette de sa fille, tout autant qu'il aimait ses cheveux châtains clairs et son regard curieux. Peu lui importait qu'ils ne partagent pas la magie, peu lui importait qui seraient ses amis ou avec qui elle se marierait, il était là pour lui apporter une quiétude, une sérénité, éloignées de l'ambition de Sylvia.
Donny attendit que Lily entre à Poudlard pour demander le divorce. Il prit le temps d'assurer à sa fille qu'elle passerait ses vacances chez ses deux parents et qu'ils continueraient de fêter Noël tous les trois, il lui donna sa nouvelle adresse, lui présenta une femme à qui il tenait beaucoup, lui confirma que Lily resterait la seule à briller autant dans son cœur et qu'il serait toujours là pour elle.
Aujourd'hui Lily avait onze ans et elle s'apprêtait à rejoindre Poudlard. Ses parents, bien que récemment divorcés, étaient là, tous les deux, sur le quai de la gare. Son père était hésitant, regardant autour de lui avec un regard curieux. Sylvia, elle, cherchait des yeux la famille Potter. Elle vit une marée de cheveux bruns et roux au loin et quantité de gens qui les observaient. Connaissant la famille Potter-Weasley sur le bout des doigts elle repéra les Weasley-Delacour, qui auréolaient l'endroit de leur célèbre beauté. Se tenaient à l'écart Percy Weasley et sa petite famille, dont sa dernière fille, qui entrait également en première année. Et enfin, faisant rire trois de ses cousines, James Potter surgit d'un épais rideau de fumée. Il salua chaleureusement ses parents, oncles et tantes et suivit deux de ses cousins dans le Poudlard Express.
– C'est le moment de nous faire nos adieux, s'empressa Sylvia. Tu vois la petite rousse là-bas ? Elle entre aussi en première année, tu n'as qu'à la suivre, vous pourrez partager votre compartiment.
Lily suivit son regard qui se dirigeait vers Lucy Weasley. Celle-ci, contrairement à la fille qui se tenait à ses côtés et qui semblait être sa sœur aînée, n'était pas vraiment rousse, elle semblait davantage ressembler à sa mère, une femme charmante aux longs cheveux châtains-roux.
– Elle n'est pas plus rousse que moi, maman. Et on n'en sait rien si elle est en première année. Elle semble plus grande que moi.
– Je la connais, et toi aussi. C'est Lucy Weasley, je t'en ai parlé. Tu n'as quand-même pas oublié les…
– Non, maman. Tu n'as parlé que d'eux cet été, c'est juste que je préfèrerai rencontrer les gens par moi-même.
– Dépêche-toi, dit Sylvia sans prêter attention à ce que disait sa fille. Avec un peu de chance ses cousins lui proposeront de venir dans leur compartiment et tu rencontreras enfin James.
Lily embrassa ses parents et, comme le voulait sa mère, s'introduisit dans le train à la suite de Lucy Weasley.
– …peux venir avec moi, ça ne dérangera pas mes amis.., disait la sœur de Lucy devant elle.
– Hey Lucy ! fit un garçon brun en ouvrant la porte de son compartiment. Tu veux faire le trajet avec les meilleurs élèves de Poudlard ?
C'était de la fausse arrogance mais Lily ne le comprit pas tout de suite. Elle détestait la prétention plus que tout. Elle resta là, immobile, à fixer le dos d'une Lucy hilare entrant dans le compartiment. A l'intérieur il y avait plusieurs garçons, un métis aux cheveux noirs perlés de reflets roux, un blond vénitien, un garçon noir au regard malicieux et… James Potter. Celui-ci fixait Lily avec curiosité.
– Bonjour, tu es seule ? Tu es nouvelle peut-être ? Il y a encore de la place dans notre compartiment, tu veux venir ?
Il semblait profondément altruiste et parlait avec beaucoup de douceur, ce qui surprit agréablement la jeune fille. Elle acquiesça timidement et entra dans le compartiment.
– Fred, laisse ta place à la demoiselle, continua James en souriant. C'est ton premier voyage, n'est-ce pas ?
– Oui, murmura Lily, impressionnée.
– Alors il faut assurément que tu t'assoies près de la fenêtre. Le paysage est absolument magnifique !
Il s'arrêta pour suivre ses cousins qui saluaient leur famille alors que le train partait. Lily, elle, était partagée entre l'envie de saluer son père et celle de ne pas montrer à sa mère avec qui elle partageait son compartiment. Elle se redressa néanmoins légèrement et surprit le regard fier et radieux de sa mère et celui, beaucoup plus chaleureux de son père.
– Au fait, je te présente ma cousine, Lucy, mes cousins, Fred et Louis et notre ami Mael. Et moi je m'appelle James.
Il était toujours souriant, loin de l'arrogance à laquelle elle s'attendait. Il n'avait même pas précisé leurs noms de famille alors qu'elle s'était attendue à ce qu'il mette le sien en avant.
– Liliane, répondit Lily avec un petit sourire.
Ce n'était pas exact mais ce n'était pas un mensonge non plus. Elle était déclarée en tant que « Lily Evans » mais ne pouvait se résoudre à donner ainsi son nom.
– C'est marrant, ma sœur s'appelle Lily, répondit James avec un grand sourire. Et tu entres en première année ?
– Oui.
– Lucy aussi.
– Enfin ! s'exclama celle-ci. Je vais enfin pouvoir botter les fesses de ces trois andouilles, ajouta-t-elle avec un sourire diabolique.
Le trajet permit aux trois cousins et à leur ami Maël de recevoir beaucoup de visites, de faire plusieurs parties de bataille explosive et de planifier quantité de farces. Ils avaient vite compris que Lily ne souhaitait pas prendre part à leur conversation – au contraire de Lucy qui semblait aussi drôle et intelligente qu'eux – et tous l'avaient laissée tranquille, non sans lui sourire de temps en temps. Voyant arriver la fin du voyage, les quatre garçons laissèrent Lily et Lucy se changer.
– Tu sembles bien t'entendre avec eux, dit Lily, cherchant un sujet de conversation.
– On est de la même famille. Ils sont cool, répondit Lucy, mettant fin à leur dialogue.
La jeune fille ne semblait pas très bavarde et Lily la suivit à l'extérieur, laissant la place aux garçons. Une fois sortie du train, Lily avait perdu Lucy de vue. Elle la retrouva quelques minutes après auprès de tous les nouveaux élèves de Poudlard.
Non loin de là, James, ses cousins et Maël s'apprêtaient à monter à bord des calèches de Poudlard, tirées par les invisibles mais non moins célèbres sombrals. James était occupé à saluer ses camarades de Gryffondor et des autres maisons, sous les yeux furibonds de quelques Serpentard avec qui il ne s'entendait pas. A ce qu'il avait compris durant l'été, la rivalité entre Gryffondor et Serpentard ne datait pas d'hier. Et n'était pas sans fondement.
– Serpentard est la pépinière des mauvais sorciers, avait dit Georges d'un air sombre.
A son regard, James avait compris qu'il faisait allusion à son défunt jumeau, Fred, qui avait péri pendant la célèbre bataille de Poudlard. Georges ne s'était jamais remis de cette perte et continuait encore aujourd'hui à entretenir un désir de vengeance inassouvi. Il rendait les Serpentard coupables de la mort de son frère et aucun adulte n'avait osé nier ni lui reprocher ce qu'il avait dit. C'était ainsi chez les Potter-Weasley, on faisait mine d'avancer, de vivre sa vie, de rebâtir chacun à sa manière la communauté sorcière mais l'on vivait toujours avec le triste souvenir de ses morts. Fred, bien sûr. Les parents de Teddy, aussi, notamment Nymphadora Tonks dont sa mère, Andromeda, parlait à tous les repas de famille. Et les parents de Harry, fatalement. « Papa était comme ceci, maman n'aurait pas aimé cela », disait Harry et tout un chacun aimait lui répondre qu'en effet, James aurait ri à telle blague et que Lily aurait eu d'intéressantes discussions avec tel ou tel membre de la famille.
C'était dans des moments pareils que James haussait les sourcils, entendant prononcer son prénom. Il finissait toujours par croiser le regard de Lily. Un regard qu'elle pensait blasé mais que lui trouvait triste. Ils en avaient parlé une seule fois, quelques semaines avant que James n'intègre Poudlard. Ils s'étaient aperçu réagir différemment mais, après réflexion, James pensait que c'était normal. On ne cessait de répéter que Lily était le portrait craché de leur mère à son âge et c'était plutôt vrai. Comme Ginny, Lily était spontanée, flamboyante et dotée d'une grande énergie. Comme sa mère, Lily était la seule fille et la petite dernière de la famille. En outre, elles se ressemblaient physiquement – et mentalement - comme deux gouttes d'eau. Lily Potter ne ressemblait et ne ressemblerait certainement jamais à Lily Evans-Potter, même si Harry prétendait le contraire. Cet été la jeune fille s'était vengée d'une blague de son frère aîné en lui « empruntant » et en lui cachant ses manuels de Potions et de Sortilèges. Peu rancunier, James avait entrepris de lui expliquer certaines bases de ces matières, à la plus grande joie de Lily qui avait hâte de se rendre à Poudlard. Elle avait semblé témoigner d'une certaine facilité dans ces deux matières et Harry, peu désireux de se souvenir que Ginny était elle-même une bonne élève, avait préféré se contenter de dire avec un sourire indescriptible : « Comme Lily. Comme maman. »
Pour James c'était différent. Celui qui ressemblait le plus à leur père était sans aucun doute Albus. Physiquement, leur ressemblance était troublante, touchante. Mentalement, Albus avait hérité de l'altruisme et de la bienveillance de son père. James, lui, avait les cheveux de son père et les taches de rousseur de sa mère. Là s'arrêtait la ressemblance. Ses yeux étaient de couleur noisette, comme son grand-père paternel mais entourés d'un bleu très foncé, fait unique dans la famille. Physiquement, il n'avait ni la carrure d'un Weasley, ni la taille modeste de son père. Il était grand, beaucoup plus que son père au même âge. Et James était bien bâti, charismatique, séduisant même, toutes les élèves de première année le répétaient sans cesse.
– Tu as toujours mangé à ta faim, toi, disait Ginny avec un soupçon de reproche dans la voix.
Il savait que l'enfance de son père n'avait pas été joyeuse mais devait-il pour autant se priver de manger pour tenter, en vain, de ressembler à son père ? Ils n'étaient pas pareils, c'était un fait. Et le père de Harry, quoiqu'un peu plus épais que son fils au même âge, aurait toujours fait une tête de moins que James s'ils s'étaient trouvés l'un à côté de l'autre. James n'était pas aussi dégingandé que Percy, ni aussi trapu que Charlie ou Ron, il n'était pas aussi grand que Georges, non plus. Après un été passé en famille, il s'était senti plus proche physiquement de son oncle Bill. Et puis ça ne le perturbait pas plus que ça, il n'avait que douze ans après tout, il avait le temps de grandir, de changer, d'évoluer.
– Tu vas bouger tes fesses tête de gnome ?
James sursauta et lança un regard surpris à ses amis. Non loin de lui, Nalani Jordan et Keith Corner riaient à une blague de Maël, Fred avait disparu et Louis, Alice Londubat et Keanu Ganesh regardaient derrière James, partageant son étonnement. James se tourna, faisant face à une jeune fille qui faisait sa taille et qui avait de longs cheveux… roses.
– Acajou, grogna la jeune fille. Pas roses. Et avant que tu me demandes niaisement si je peux lire dans tes pensées, la réponse est non. Tu te pousses maintenant ? J'aimerais arriver au château avant minuit.
– Mais tu es qui, toi ?, s'étonna Fred, sortant de nulle part, alors que James laissait passer la jeune fille.
– Il ne me semble pas t'avoir parlé « l'échelle », c'est à ce « mal coiffé » que je parle.
Sans se laisser démonter par le ton cassant de la jeune fille, Fred se hissa à sa suite dans une calèche, entraînant ses amis à les suivre. James échangea un regard intrigué avec Maël et vit que Nalani, Alice et Susie Finnigan la jugeaient du regard.
– Elles veulent ma photo les trois sangsues ?
Voyant que Nalani s'apprêtait à répondre et qu'Alice semblait avoir très mal pris la remarque, James se leva, s'interposant entre les jeunes filles.
– Oh, doucement, on se calme ! Tu n'es pas obligée de parler comme ça, tu sais, on ne t'a rien fait.
– Incroyable, ironisa la jeune fille, le mal coiffé est un justicier en couches culottes !
– Il voulait seulement se montrer sympa avec toi, défendit Maël.
– Toi, le « chien-chien du mal-coiffé », tu la boucles.
– Non mais tu te prends pour qui ? s'énerva Nalani.
– Pour une bubble-gum qui joue les grandes gueules, rétorqua Alice avec un sourire narquois.
C'eut le don de calmer la jeune fille qui ne sut comment répartir. James regarda Alice avec une grande fierté.
– Et si on reprenait tout depuis le début ? reprit James avec un sourire qu'il voulait avenant. Pourquoi tu es là ?
– A ton avis, mal coiffé ? Pourquoi vous êtes là, vous ?
– Normalement les nouveaux élèves voyagent en barque jusqu'à Poudlard.
– Sauf que je ne suis pas en première année, répondit la jeune fille d'un air ennuyé.
– Tu viens de quelle école ? s'étonna Susie.
– Oh ! Tu parles, toi ? Je te prenais pour la petite timide qui vit la vie des autres par procuration en les couvant d'adoration.
– Bien, je vois qu'il ne sert à rien de se montrer sympa avec toi, rétorqua James d'une voix énervée. Tu n'en vaux certainement pas la peine, ajouta-t-il en changeant de place.
Il entoura les épaules de Susie d'un bras protecteur et tenta de l'animer, lui racontant les blagues qui avaient ponctué leur été. Louis en fit de même et bientôt toute la joyeuse bande ignora la jeune fille.
Arrivés aux pieds du château, ils retrouvèrent d'autres têtes connues, comme Oscar Dubois qui sembla soulagé de les voir arriver ou encore Jean-Paul Sphère, le discret Poufsouffle avec qui ils s'entendaient tous très bien.
– Venez les morpions, les apostropha Liko Jordan. Vous êtes attendus dans la Grande Salle. Les demi-portions ne tarderont pas à arriver.
– Avec un discours pareil tu ne deviendras jamais préfet, nota Nalani en riant.
– Ce n'est pas dans mes projets, répondit nonchalamment Liko.
– Je croyais pourtant le contraire vu ta discussion avec les parents sur tes bonnes résolutions, continua la jeune fille d'un air moqueur.
– Crois-le ou non, ils n'ont pas plus envie que moi que je devienne préfet. Ils misent tout sur toi, sœurette, t'as intérêt à assurer !
Riant de la discussion des Jordan, James s'aperçut qu'il lui semblait manquer quelqu'un. Devant lui, Alice et Keanu expliquaient pour la trentième fois à Louis, Jean-Paul, Susie et Oscar à quel point il était difficile d'avoir un parent professeur à Poudlard, à sa droite Keith saluait quelques garçons avec qui Keanu et lui partageaient leur dortoir et…
– Maël ?
James s'arrêta, laissant la foule le dépasser alors qu'il partait à contre-courant. Il retrouva Maël, immobile, le regard fixe, à l'endroit où tous se tenaient quelques minutes avant.
– Un problème, mon pote ? s'inquiéta James.
– Je… J'avais oublié qu'ils étaient… Enfin, tu vois… De la même famille.
Surpris, James mit un certain temps à comprendre à qui son ami faisait allusion puis repensa à la discussion de Nalani et Liko.
– Je me suis d'abord dit, « mais pourquoi ils se parlent », tu vois, vu qu'ils ne sont pas dans la même maison et pas de la même année et puis je me suis dit que peut-être que Liko la draguait, tu comprends, il est en quatrième année et puis il est un peu le… Le « toi » de leur promotion et alors…
– Le « moi » de leur promotion ? s'étonna James.
– Ouais, le mec le plus… Enfin tu vois, Liko est cool, il joue dans l'équipe, il est plutôt bon élève, il plaît à tout le monde, surtout aux filles, bref. Et puis je trouvais bizarre qu'elle lui réponde comme ça, en riant et tout. Et puis je me suis rappelé que c'est son frère, quoi. Enfin, avançons, on va rater la répartition. Merci d'être venu me chercher, au fait, tu t'inquiétais pour moi ?
James pensa que c'était le bon moment pour fermer la bouche et petit à petit, son cerveau parvint à faire passer le message à ses jambes d'avancer. Ils marchèrent d'un bon pas pour rattraper leurs camarades, James hochant la tête d'un mouvement vague, hasardeux.
– Et… euh… Maël… ça t'aurait embêté que Liko drague Nalani ? S'ils n'avaient pas été frère et sœur, je veux dire ?
– Quoi ? Oh non, bien sûr que non. Pourquoi ça m'embêterait ? C'est pas comme si… C'est une copine, quoi. Une connaissance. Une camarade. Oui, voilà, une camarade. Et puis… Enfin, tu vois, quoi, c'est juste comme ça.
– Vous avez des conversations passionnantes à Poudlard, dites-donc !
James et Maël firent à nouveau face à la jeune fille avec qui ils avaient voyagé dans la calèche.
– C'est marrant tu rougis, ajouta-t-elle en regardant Maël. Je ne savais pas que les noirs pouvaient rougir.
– C'est vrai que tes discussions sont vachement plus évoluées que les nôtres, rétorqua Maël.
– Miss Marwick ? Je suis le professeur Londubat. J'ai cru que vous aviez manqué le Poudlard Express, vous étiez censée voyager en barque. Veuillez me suivre, s'il vous plaît. Potter, Thomas, dépêchez-vous de gagner la Grande Salle.
Les garçons déguerpirent sans plus attendre. Pourdlard leur tendait les bras pour la seconde fois.
ooOOoo
Pepperina Marwick, dite Pepper, avait été répartie à Serpentard pour la plus grande joie de Juliet Hawkes.
« J'ai décidé qu'elle deviendrait ma meilleure amie ! », avait-elle annoncé aux lionceaux dès leur premier cours en commun.
Ridicule, s'était exclamée Alice mais cela faisait belle lurette que Juliet n'écoutait plus Alice. Elle savait que la jeune Londubat ne supportait nulle présence féminine autre que la sienne près de James mais s'en moquait éperdument.
– Elle est sympa ?, demanda Louis sans prêter attention au regard entendu qu'échangeaient James et Maël.
– Euh... réfléchit Juliet. Pas encore. Mais bon, elle arrive directement en deuxième année, elle ne connaît personne, elle est un peu sur la défensive, c'est normal...
– Un peu, toussa Maël.
James sourit à la remarque de Maël et s'adossa contre le mur, épaule contre épaule avec la jeune Serpentard.
– C'est super que tu soies là pour elle, Juliet. Comme tu dis, elle doit être désorientée, ce doit être difficile d'arriver comme ça...
– T'es en train de parler de moi, le mal coiffé ?!
Le ton désagréable de Pepperina Marwick entra dans les habitudes de Poudlard et tous s'en accommodèrent, avec plus ou moins de facilité. Elle devint une des élèves de deuxième année à cumuler le plus de retenues car elle ne faisait aucune distinction entre élèves et professeurs et se permettait d'aborder les uns comme elle abordait les autres, avec mépris et supériorité. Néanmoins cela ne gêna nullement Juliet Hawkes qui appréciait ce trait de caractère et parvint, au fil du temps, à amadouer sa camarade. Pepperina devint Pepper et l'on oublia jusqu'à son arrivée tardive.
ooOOoo
Tout comme ses sœurs et ses cousins, Louis se construisait peu à peu une personnalité double. Il était Louis, un garçon calme, curieux et généreux. Mais il était également le « Weasley blond », le cousin de James Potter, le frère de la reine Victoire, un garçon dont on savait peu de choses, un statut illusoire, instable qui lui permettait de tout essayer, de tout goûter de ce que la vie lui donnait. Pour mieux se créer la sienne.
La frontière entre ses deux lui n'était pas aussi affirmée que celle de Fred mais plus palpable que celle de James.
James avait fait ses premiers pas à Poudlard en ignorant tout, ou presque, du passé de son père. Il ne pouvait nier qu'il avait très mal vécu ses premiers jours à l'école. Il avait toujours eu l'envie de tout apprendre, de tout connaître, de tout découvrir les cours, les entraînements de quidditch et ses fréquentes visites nocturnes du château avaient rassasié une grande part de sa curiosité. Mais le malaise était toujours là, tenace, nouant son ventre dès qu'un élève qu'il ne connaissait ni de Merlin ni de Morgane lui parlait de son père, de ce Voldemort qu'il avait combattu, de horcruxes et de reliques, de cette fameuse bataille qui avait fait de son père le héros national. Les questions défilaient dans son esprit, créaient la confusion et une douloureuse impression d'avoir été mis de côté par ses propres parents. Il leur avait posé des questions, par lettres puis profitant des vacances pour tenter d'assouvir sa curiosité légitime. Mais ses parents, eux, ne trouvaient aucune légitimité à ses questions. Liko Jordan, Olivia Dubois et quelques autres élèves de Gryffondor qui s'étaient pris d'amitié pour le petit garçon aux cheveux ébouriffés avaient compris son malaise et tenté d'y remédier. James acquiesçait, James prenait des notes, mentalement, James remerciait mais James ne disait pas la vérité. Il voulait que ça vienne d'eux, de son papa, de sa maman, de ses grands-parents, oncles et cousins. Il voulait qu'Albus et Lily soient mis au courant avant leur rentrée, il voulait qu'ils n'aient pas à vivre ce sentiment d'infériorité ridicule et désagréable d'en savoir moins sur leurs propres parents que de parfaits inconnus.
Ce qu'il voulait, surtout, c'était être vu, traité, jugé comme n'importe quel garçon du château, un élève lambda qui commençait sa vie magique, qui connaîtrait les joies et les souffrances des métamorphoses adolescentes, des premiers amours, des premières désillusions. Un élève parmi tant d'autres qui pourrait choisir de fuir devant le danger ou de l'affronter, sans que tous s'attendent à ce que lui seul sauve le monde de la moindre de ses menaces. Qu'avait-il de plus que les autres ? Nulle compétence, nul savoir. Il avait les mêmes résultats que Maël, était moins bon en défense contre les forces du mal qu'Alice, Nalani, Keanu et Susie ses résultats n'étaient ni faibles ni brillants, il était dans la moyenne, sans aucun talent particulier pour telle ou telle matière. Pourtant, si un mage noir en puissance entrait de force dans le château, tout Poudlard ou presque s'attendait à ce qu'il se dresse devant lui, protégeant chaque élève, chaque professeur et sortant de sa baguette des sortilèges complexes.
« Tu n'as que douze ans », lui répétait Maël avec sollicitude. Certes, James le savait et le comprenait tout à fait. Mais s'il n'était pas très grand, doué ou talentueux, il n'oubliait pas qu'il était l'aîné, qu'il le serait toujours. C'était à lui de veiller sur Albus et Lily, c'était à lui d'appréhender, d'anticiper leur arrivée, de les protéger et de préserver leur innocence. Son innocence à lui n'était plus, il ne la retrouverait jamais, pour rien au monde il laisserait la même chose arriver à son frère et sa sœur.
C'était son rôle de veiller à ce que son frère et sa sœur vivent le meilleur, à ce que lui seul vive le pire. Il rêvait de voir Albus et Lily rencontrer des jeunes de leur âge, construire de belles amitiés, s'émerveiller du château, découvrir la vie magique...
– Le meilleur et surtout pas le pire. On y veillera, lui promettait Louis.
James se sentait soulagé de pouvoir compter sur ses deux cousins et sur Maël, en qui il avait une totale confiance. Et puis, bien sûr, il pouvait compter sur Alice, sa complice de toujours. Ils se comprenaient d'un regard, avaient les mêmes responsabilités et les mêmes envies vis-à-vis de leurs petits frères et de leurs petites sœurs. James se sentait extrêmement chanceux d'avoir été réparti dans la même maison que ses cousins, son amie d'enfance et son meilleur ami. Il avait beau s'être fait des amis formidables dans les autres maisons, il ne cessait de se demander ce qu'il aurait fait sans eux. Entre Teddy qui l'évitait, Victoire qui le regardait avec mépris, Molly avec gêne... Il serait seul sans ses amis. C'était un fait, une évidence. Il avait beau vouloir y remédier, chercher un moyen de se rapprocher des membres de sa famille, il n'avait les armes nécessaires pour ce type de combat. Il se sentait démuni et son enthousiasme s'était transformé en lassitude résignée.
Pourquoi Teddy, Victoire et Molly n'avaient jamais abordé le sujet ? Pourquoi les avaient-ils laissé, Fred, Louis et lui, dans cette ignorance ridicule ? Pourquoi n'avaient-ils pas choisi la solidarité et l'entraide ? Le passé inconnu de son père n'était pourtant pas le seul tracas de James. Très vite il s'était aperçu des animosités qui divisaient les maisons Gryffondor et Serpentard et, s'il comprenait qu'il en eut été ainsi durant les guerres qui avaient déchiré la communauté sorcière, il ne comprenait pas que cette animosité perdure. Mike Corner disait qu'il en était ainsi, que la situation ne changerait jamais, que Gryffondor et Serpentard resteraient les maisons ennemies de Poudlard, que les Serdaigle seraient toujours indépendants, se mêlant très peu aux autres et que les Poufsouffle resteraient à tout jamais mis de côté et perçus comme les moins doués. « Ils ne gagnent jamais la Coupe des Maisons, pas plus que celle de quidditch. Les Serdaigle sont les meilleurs, les Poufsouffle les moins bons et Gryffondor et Serpentard se battent pour être seconds. C'est comme ça et il en sera toujours ainsi. », disait Mike.
James avait commencé par rire de ces théories que tous disaient irrémédiables. Il se sentait si différent de ses cousins, de Maël et même d'Alice... Il lui semblait qu'ils étaient complémentaires avant d'être semblables. Il ne voyait aucun désir d'indépendance et de mépris des autres dans le comportement de ses amis de Serdaigle. Sans doute Aldo Macmillan était-il individualiste et ambitieux mais il n'en était pas moins sympathique avec tout le monde. Nalani Jordan était ouverte, joviale, Keanu Ganesh était soucieux des autres et généreux et Keith Corner était un joyeux trublion qui partageait ses blagues avec tous, quelles que soit leur maison d'appartenance. Ni eux ni James et ses amis de Gryffondor ne se sentaient supérieurs aux Poufsouffle. Jean-Paul était un des meilleurs élèves de leur promotion, Susie était quasiment imbattable en défense contre les forces du mal et Oscar brillait d'une intelligence discrète et nullement présomptueuse. Quant aux Serpentard... Juliet était la preuve que les Gryffondor pouvaient bien être amis avec les Serpentard. Pourtant tous n'étaient pas comme Juliet Hawkes.
James avait souffert de cette animosité dès ses premiers jours à Poudlard, des élèves de Serpentard s'en étaient pris à lui, il avait connu nombre de crises d'angoisse qui s'étaient amoindries au fil de sa première année, à mesure qu'il avançait avec toujours plus d'élèves auprès de lui. Ses amis, surtout, et ces élèves de Gryffondor qui lui étaient venus en aide, insultant les Serpentard, leur disant que le fils du Survivant n'avait rien à craindre d'eux...
James avait beau répéter que son père était un homme tout à fait normal, personne ne le croyait jamais. Il avait même entendu une Serdaigle de sixième année dire que si James disait cela, c'était seulement pour prétendre qu'il était meilleur que son père. Ridicule, pensait James. Il n'avait que onze ans et son père s'occupait de rendre ce monde plus juste, comment pouvait-il se croire meilleur que lui ?
– Tu n'as pas à te comparer à lui, James. Vous êtes deux personnes différentes, tu n'es pas meilleur que lui mais lui non plus n'est pas meilleur que toi. Vous êtes différents, c'est tout.
Lorsqu'il prononçait ces mots, Maël parlait d'une voix douce, discrète, afin que seul James puisse l'entendre. Il posait également sa main droite sur l'épaule de James, un geste amical, presque fraternel. Ils ne se connaissaient que depuis un an mais James se demandait comment il avait pu vivre si longtemps sans son meilleur ami. Ils s'étaient beaucoup écrit, durant l'été, et James avait soigneusement conservé ces preuves de cette amitié qui le rendait pleinement heureux. Maël le comprenait vraiment, l'observait, se souciait de lui. Ça n'avait pas grand chose à voir avec la complicité téméraire qui le liait à Fred ni à l'habituelle tendresse qu'il partageait avec Alice. La réciprocité était pourtant tout aussi évidente et les comblait tous deux d'une douce quiétude. S'il avait beaucoup vu ses cousins et croisé Alice tout au long de l'été, James avait ressenti un pincement au cœur de ne pouvoir voir son meilleur ami durant deux mois. Il avait demandé à ses parents l'autorisation d'inviter Maël, il leur avait demandé l'autorisation de se rendre chez lui, après que les Thomas l'aient invité à dormir chez eux, il avait même demandé à se rendre sur le Chemin de Traverse le jour où les Thomas avaient amené Maël faire ses achats de la rentrée. Trois demandes. Trois refus. Il avait eu peur, alors, de ne pas retrouver la complicité qui les avait unis pendant un an mais un seul regard échangé sur le quai de la gare l'avait rassuré. Ils s'étaient serré la main, avaient ri en même temps et avaient même partagé une brève accolade.
– Maël est le meilleur ami qu'on puisse avoir, affirmait James.
Ce n'était pas faute de le répéter, surtout lorsque des élèves qu'ils ne connaissaient pas traitaient Maël de « toutou de Potter ». Certains faisaient même un parallèle entre Maël et Ron, l'oncle de James, qui était considéré comme un semi-héros, moins doué que son meilleur ami, moins intelligent que sa femme, éternel suiveur sans qui la victoire aurait également été acquise.
James se faisait un devoir de démentir ces rumeurs. Il aimait profondément son parrain et il souhaitait tout autant protéger Rose et Hugo qu'Albus et Lily. Ils étaient une seule et même famille et c'était à lui de veiller sur ses quatre petits frères et sœurs. Il était prêt à tout pour cela même s'il ne savait pas vraiment comment s'y prendre.
Victoire ne lui était pas d'un grand secours. Dès qu'elle en avait l'occasion, elle le regardait avec ce mépris résigné qui le faisait rougir. Elle aurait pu l'aider, lui expliquer comment se comporte un parfait aîné. Elle gardait toujours Dominique et Louis, toujours, depuis qu'elle avait dix ans, mais lui, à douze ans, était confié à ses grands-parents ou à Andromeda, parce qu'il ne serait jamais assez irréprochable, jamais assez mature pour qu'on lui confie la garde de son frère et de sa sœur. Jamais. Il savait qu'il en serait toujours ainsi, il se disait même qu'un jour viendrait où ses parents le confieraient à Albus, de loin celui à qui l'on ne reprochait jamais rien.
– Elle devrait essayer de sourire de temps en temps.
La voix de Maël le ramena sur terre. Confinés autour d'une table dans le fond de la bibliothèque, les deux lionceaux se trouvaient avec leurs amis de Serdaigle et de Poufsouffle.
– Qui ça ?, demanda James.
– La sœur de Louis. La plus grande.
Victoire. Louis disait qu'elle n'avait pas besoin de sourire, de rire ou de parler mais de tenir son rôle. Il y avait toujours un peu d'amertume dans sa voix lorsqu'il parlait de ses sœurs.
– Elle pourrait être jolie, ajouta Maël.
Discrètement, Oscar et Keanu acquiescèrent, avec un clin d'œil. Keith fut moins discret et Nalani s'occupa de lui faire comprendre que les filles n'étaient pas des objets destinés à plaire aux garçons et tant d'autres choses que James n'écoutait plus. Sa main s'était comme figé devant lui. Son habitude de saluer Victoire s'était éteinte, faute de réponse de la part de la reine de Poudlard. Pourtant l'envie continuait de le démanger.
– Tu t'en vas ?
James se tourna vers Maël dont une pointe de déception faisait discrètement trembler sa voix. Il commençait déjà à muer et avait pris quinze centimètres durant l'été. Il dépassait tous ses amis d'une bonne tête, ce qui lui valait le surnom de « baguette mal réglée » inventé par Keith. James était « l'aimant », Louis le « vélanon » et Nalani...
– J'ai entraînement de quidditch, répondit la jeune fille en glissant son sac sur une épaule.
– Arrête de te vanter, « la batte », glissa Keith en riant.
Son rire s'interrompit lorsque son manuel d'Histoire s'écrasa sur sa tête. Le quidditch avait fait gagner quelques réflexes à Nalani qui, en tant que fière poursuiveuse, ne supportait pas le surnom dont Keith l'affublait.
– On sort ce soir ?, chuchota Maël.
– Je crois. Fred m'a parlé d'un nouveau couloir, vers l'aile Est du donjon.
– Tu amèneras tu-sais-quoi ?
James se contenta de hocher la tête. Ce n'était pas un manque de confiance en leurs amis de Serdaigle et Poufsouffle mais tant que son père ne lui avait pas donné son accord, il préférait rester discret. Machinalement, il tritura le parchemin vieilli à travers la poche de sa cape. Il l'avait récupéré un soir pluvieux du mois d'août, alors que son père lui faisait la morale. Une fois de plus. James avait seulement osé reparler des absences à répétition de certains élèves de Poudlard en présence de Seamus Finigan et celui-ci y avait prêté bien plus d'attention que le père de James qui ne supportait plus que son fils aîné radote sans arrêt. Il ne voyait aucune raison de s'alarmer, encore moins d'envoyer un Auror à Poudlard. Seamus ne semblait pas de cet avis mais Harry était son supérieur hiérarchique, un héros, le Survivant. Il avait forcément raison. Lorsque Ginny avait fini par témoigner une once d'inquiétude, Harry s'était contenté de dire qu'il « jetterait un œil, en passant ». Ça avait intrigué James et il n'avait pas été difficile de s'approprier la fameuse Carte du Maraudeur. Encore moins de comprendre comment elle « fonctionnait ».
Lors de leurs visites du château, les garçons avaient découvert d'étranges choses dans des salles, des couloirs où personne ne semblait se rendre. Une grotte, des cachots à demi-inondés, une tour invisible… Heureusement que le père de Fred lui avait appris un sortilège très utile afin que le moindre recoin « révèle ses secrets ».
Ils y avaient trouvé des objets divers, beaucoup de livres abandonnés, dont un sur la création de sortilèges, que James avait gardé. Et tout autant de créatures qui profitaient de la tranquillité de ces pièces oubliées. Des chauve-souris, des serpents à deux têtes et même un épouvantard. Quelle peur ils avaient eue, ce soir-là ! L'épouvantard avait eu le temps de leur apprendre leur plus grande peur, chacun à son tour. Lorsqu'ils avaient abordé le sujet, quelques jours plus tard, après s'être remis de leurs émotions, Louis avait expliqué à James que sa plus grande peur n'était pas le retour de Voldemort mais les conséquences qui en auraient résulté. Tous s'attendaient tellement à ce que James se montre aussi héroïque que son père… James aurait voulu que l'épouvantard prenne la même forme que lorsqu'il s'était trouvé face à Maël ou Louis. Un détraqueur ou un dragon, une peur commune, une peur qu'il puisse combattre ou dépasser, le temps aidant. Maël avait hâte d'apprendre le sortilège du Patronus, Louis avait grommelé après leur oncle Charlie et ses histoires terrifiantes à propos des dragons et, depuis, de l'eau avait coulé sous Gringotts. Seul Fred restait encore perturbé par l'aveu de sa plus grande peur. Son père, Georges Weasley, s'était dressé devant lui. Il n'était ni furieux, ni violent, il était tel qu'ils l'avaient toujours connu, souriant, complice et désireux de voir en son fils une réincarnation de son défunt jumeau. Fred n'avait jamais voulu aborder le sujet. James avait essayé, Louis avait essayé et même Maël s'y était collé, disant qu'il serait peut-être plus facile pour Fred d'en parler avec quelqu'un d'extérieur à leur famille. Mais rien n'y faisait, pour Fred l'incident n'avait jamais existé. Pire, alors que ses deux cousins et Maël rechignaient à reprendre leurs activités illégales, Fred se montrait insistant, voulant sortir soir après soir.
Ils ne rentraient pourtant pas tous les soirs avec le sourire. Combien de fois s'étaient-ils fait prendre ? Un préfet qui faisait sa ronde, un professeur qui gagnait tardivement ses appartements et surtout le professeur Ballerup, qui surgissait si souvent devant eux avant de les traîner dans le bureau directorial. Ils avaient fait perdre des points à Gryffondor, avaient écopé de plusieurs retenues mais rien n'entérinait jamais leur enthousiasme. Bien au contraire. Leurs ainés étaient tout aussi téméraires qu'eux, Mike Corner avait beau être préfet, il n'était pas en reste lorsqu'il s'agissait de suivre ses amis, quant à Olivia Dubois et Liko Jordan… Ils étaient sans doute pires que les lionceaux. C'était devenu un jeu, une compétition amicale à laquelle nombre d'élèves participaient, toutes maisons confondues. Ils se jalousaient les passages secrets, se partageaient parfois quelques trouvailles et s'entraidaient, pour les meilleurs d'entre eux. C'était Liko qui avait expliqué aux garçons comment se débarrasser d'un épouvantard et, si James n'avait jamais eu à s'en servir à Poudlard, ce sortilège lui avait été bien utile lors des vacances de Noël.
Il n'aimait pas se remémorer ce souvenir douloureux, la simple vision de son père étendu sur le sol, mort, lui était insoutenable. Il se leva prestement, prétextant vouloir chercher un livre, et traversa les longues allées de la bibliothèque. La plupart des élèves qu'il croisait cessaient de converser dès qu'ils l'apercevaient, le suivant des yeux avec parcimonie. Il trouva refuge dans un sombre recoin, isolé des autres élèves et se laissa glisser contre le mur.
« James !? Tout va bien ?
– Oh salut Mike. Juste un petit coup de fatigue, lâcha-t-il en haussant les épaules. Toi non plus, ça n'a pas l'air d'aller...
– Je reviens du Temple, soupira le préfet. Ils nous font suivre des sortes de cours préparatoires, tu sais et... On a eu un cours franchement bizarre. Sur l'Atlantide, Avalon, la Source, les Oracles...
– Cool !, sourit James.
– Tu... Tu es...
James dévisagea Mike qui semblait abasourdi. Qu'avait-il encore dit de problématique ?
– J'ai lu un livre sur les légendes et les mythes sorciers quand j'étais petit, se justifia James.
Mike parut rassuré. Le temps d'une fraction de seconde. James ne l'avait jamais vu aussi soucieux.
– Qu'est-ce qui se passe, Mike ?
– Les légendes dont tu parles... Le prof qui m'a fait cours est convaincu qu'il ne s'agit pas d'une légende, justement.
– Y a toujours des gens qui croient en l'existence de chimères, oui, confirma James. La marraine de ma sœur est persuadée que les joncheruines existent mais ça ne fait pas d'elle quelqu'un de méchant, tu sais, elle est super intelligente, j'adore l'écouter parler...
– Tu ne comprends pas. C'est normal, tu n'as que douze ans, mais... Vu ta position... Ce que j'essaie de te dire c'est que... Tu as déjà entendu parlé de religion ?
– Oui. Je sais que les moldus croient en divers dieux, en fonction de...
– Mais tu sembles ignorer qu'il en est de même pour les sorciers. Il y a très longtemps les croyants étaient très nombreux parmi les sorciers. Ils croyaient en la Source de toute vie et ses ramifications, ses îles, ses présages. Et je pense que mon prof a foi en la Source.
James avait beau réfléchir, il ne voyait pas ce qui préoccupait autant le préfet de Gryffondor. Il tenta d'en savoir davantage mais, visiblement, Mike semblait penser qu'il en avait déjà trop dit et prétexta une ronde pour prendre congés du jeune Potter.
– Juste une dernière chose, Mike. Pourquoi les gens ont-ils cessé de croire ?
– Ah ça... J'espérais que tu ne me poses pas la question. Disons que les sorciers ont reporté leur foi en d'autres personnes que la Source.
– D'autres divinités ?
– Oh non. Ils se sont éloignés de la Source en reportant leur foi et leurs espoirs vers les héros.
– Les héros ?
– Les gens comme ton père, James. Et j'ose espérer que tout ça n'est que légende, soupira-t-il en désignant les lourds grimoires traitant de la Source.
– Pourquoi ?
– Parce que si c'est vrai, si la Source existe, elle ne doit pas apprécier de s'être fait voler la vedette par un simple mortel. »
Perplexe, James regarda Mike partir avec d'énormes grimoires sous le bras. Il n'avait pas hâte d'avoir seize ans, lui qui se faisait déjà toute une montagne de ses pauvres petits problèmes de garçonnet. Il n'entendait que ça, qu'il était trop jeune pour comprendre. Mais pourquoi ne lui expliquait-on jamais rien ? Comment pouvait-il apprendre, comprendre, si personne ne prenait le temps de lui donner la marche à suivre ? Il rejoignit ses amis en soupirant. Eux, au moins, ne lui faisaient pas tant de mystère.
« T'as vu qui est là ? »
Maël désigna la petite fille d'un coup de menton. Elle ne s'appelait pas Liliane mais Lily. Lily Evans. Lily Evans deuxième du nom.
– Ses parents sont dingues. Dingues.
Keith eut beau le répéter dix, vingt, trente fois, James ne pouvait quitter des yeux la petite fille qui lisait tranquillement près de la fenêtre. Elle avait reçu une Glorieuse le lendemain de sa répartition à Gryffondor et la voix de sa mère, éperdument heureuse, avait raisonné dans toute la Grande Salle, faisant rougir la petite Lily.
Si Fred s'était contenté de grommeler qu'il ne recevait que l'inverse de la Glorieuse, la Beuglante, James s'était empressé de suivre la petite fille, étonné d'avoir entendu son propre nom prononcé par une parfaite inconnue.
La petite Lily n'était pas farouche et n'avait pas tardé à lui avouer toute la vérité, l'obsession de sa mère pour le père de James et son idée obnubilée de les marier.
« Mais... Tu n'as que onze ans. Et moi douze !
– Elle y pense depuis que je suis née. Je les ai entendu parler un jour, avec mon père, elle l'a séduit seulement pour son nom de famille. Elle voulait créer une « Lily Evans », une fille qu'elle marierait à l'Héritier de l'Elu... »
C'était trop pour lui, cette situation était aussi grotesque qu'invivable et, ne sachant comment la gérer seul, il avait cherché de l'aide auprès de ses proches. Sa mère n'avait pas tardé à lui répondre, arguant qu'il était paranoïaque et qu'il ferait mieux de se concentrer sur ses cours. Son père n'avait pas pris le temps d'apposer un seul mot.
Des questions, toujours plus de questions et nulle réponse. Lucy non plus ne pouvait en donner, elle s'entendait plutôt bien avec tous ses camarades mais n'avait créé de lien avec Lily Evans.
« Ses parents sont des dingues, je préfère pas m'approcher trop près...
– Elle n'est pas forcée de leur ressembler.
– Les dragons ne font pas des botrucs. Et en plus elle est inintéressante au possible. »
Lucy avait ce pragmatisme, ce raisonnement qui impressionnaient James. Il s'était toujours senti proche de Lucy et il était ravi de voir que celle-ci avait facilement été intégrée dans sa bande d'amis.
Percy et Audrey non plus ne leur avaient pas donné de réponse, pas plus que les parents de Louis. Leurs lettres ne restaient pas sans réponse, leurs parents se contentaient seulement d'omettre leurs questions à répétition, comme si elles n'avaient pas d'importance, comme si elles n'avaient jamais existé.
James s'était alors tourné vers Neville Londubat et, accompagné d'Alice, il lui avait rendu visite, un soir, à peine une heure avant le couvre-feu. Neville au moins les avait écoutés, avec patience et bienveillance, et avait donné à James un conseil. Un seul. « Oublie ça et concentre-toi sur tes cours. Ici, à Poudlard, je ne suis pas l'ami de tes parents, je suis ton professeur de Botanique. » Cette réponse avait mis Alice dans une rage folle et, quoi qu'aient pu tenté ses amis, elle n'en démordait pas.
« Il faisait moins le fier l'an dernier ! Si tu n'avais pas été là, je serais peut-être morte et lui, il...
– Ne dis pas de bêtise, Alice.
– Ton père a envoyé six Aurors !
– Ils sont apprentis, mon père voit ça comme un cas pratique, c'est tout...
– Ton père est un crétin, James, mais il doit bien voir que la situation est critique !
– Lucy m'a dit qu'un de ses camarades avait manqué le cours d'Histoire, aujourd'hui, appuya Louis d'un air sérieux.
– Le chanceux, lâcha Fred d'un air espiègle.
– Les disparitions...
– Les absences, corrigea James. Personne ne disparaît, Alice. Tu en es la preuve vivante. »
Il arrivait régulièrement que certains élèves « disparaissaient ». Absents lors de leurs cours, ils revenaient comme si de rien était, oubliant même qu'ils avaient manqué un cours. Les professeurs soupçonnaient ces élèves de mentir mais quelques-uns refusaient de les punir, pensant qu'ils étaient victimes des essais loufoques de Georges Weasley. Le professeur Ballerup, lui, disait qu'il fallait punir les coupables, et non les victimes et s'était octroyé le droit d'accuser James et ses amis de jouer les intermédiaires pour le compte de la plus célèbre boutique de farces et attrapes du pays.
Les rumeurs ne manquèrent pas, disant tantôt que les « absents » étaient majoritairement issus de Serpentard et que James et ses amis alimentaient injustement la haine envers les serpents tantôt qu'ils étaient majoritairement des nés-moldus. La réputation de James, ses deux cousins et Maël évoluait donc au fil des on-dit et des élèves. Certains les soutenaient sans même se poser de questions. Mais ce n'était pas le cas de tout le monde. Et le professeur Londubat avait longtemps douté des dires de James, de ses justifications et même de son innocence.
Il avait fallu qu'Alice soit la victime de trop pour qu'il comprenne enfin. C'était un jour d'octobre et les élèves de Gryffondor de deuxième année avaient eu un premier cours de Sortilèges. Le professeur Slopa, se rendant compte de l'absence d'Alice, avait questionné ses camarades de dortoir et, si Yelena Crivey avait inventé une excuse rapidement, le professeur Slopa n'était pas de celles que l'on dupait facilement. Ses soupçons s'étaient portés sur James, Fred et Louis et, ils avaient eu beau se défendre, elle restait persuadée qu'ils faisaient tester les nouveaux produits Weasley sur leurs camarades.
« Quand Alice reviendra, elle démentira tout », disait Louis. Mais Alice n'était pas revenue pour leur prochain cours et le professeur de Botanique comprit, en voyant James aussi inquiet que lui, qu'il n'était pour rien dans ces « absences » injustifiées. Voir Neville perdre la moindre de ses couleurs avait agi sur James comme un détonateur. Il s'était enfui en courant vers la tour de Gryffondor et s'était jeté sur sa malle, qui débordait de désordres en tous genres.
Des pas précipités dans l'escalier, une porte qui claque et trois mines inquiètes au-dessus de lui. Il se sentait soulagé d'avoir ses cousins et son meilleur ami près de lui mais concentrait toutes ses forces pour Alice.
« Fred, tu te souviens quand on avait trouvé cette armoire l'an dernier, au quatrième étage ?
-Bien sûr.
-Tu avais prononcé une formule, tu sais, celle qu'utilise ton père.
- « Révèle tes secrets »
James avait répété ces quelques mots en apposant sa baguette magique sur le parchemin qu'il avait subtilisé à son père et la Carte du Maraudeur s'était éveillée sous ses yeux. Les joutes verbales des créateurs de la Carte l'avaient amené à rencontré son propre grand-père et ce Sirius dont il avait si souvent entendu parler. Il avait bien évidemment montré la carte à Teddy qui avait été très ému de voir apparaître le nom de son père sur un parchemin froissé d'une valeur inestimable. Il avait cependant refusé que James lui lègue la Carte ou même qu'il la lui prête de temps en temps et, s'il s'en sentait un peu honteux, James était ravi de pouvoir lire à loisir les remarques toujours très drôles des Maraudeurs.
En plus de lui apporter une certaine forme de réconfort, cette carte lui était très précieuse, lorsqu'ils partaient en escapades nocturnes mais surtout lorsqu'il avait fallu retrouver Alice. En consultant la carte ce soir-là il s'était aperçu que quelqu'un faisait les cent pas devant un passage secret. Cinq minutes plus tard, Fred faisait diversion et James, Maël et Louis, dissimulés sous la cape d'invisibilité des Potter, s'engouffraient dans le passage secret. Louis avait dit, quelques jours plus tard, que c'était le pire plan qu'ils auraient pu mettre en pratique. Mais, sur le moment, ce plan avait été pour eux la seule idée possible. Le passage secret les avait menés jusqu'à la cave d'un célèbre magasin de friandises de Pré-au-Lard dont ils avaient eu du mal à sortir sans se faire voir. Ils s'étaient retrouvés dans ce village sorcier que seul Louis connaissait bien et avaient suivi un homme étrange et encapuchonné qui marchait d'un pas rapide vers l'extérieur du village. Les garçons pensaient alors être au summum de leur peur lorsque l'homme, comprenant qu'il était suivi, fit apparaître un vent artificiel. Aucun des trois garçons n'eut le temps de retenir la Cape d'invisibilité, aucun n'eut le réflexe de lancer le moindre sort. Les menaçant de sa baguette, l'homme les fit entrer dans une cavité où Alice était étendue sur le sol.
« L'expérience est terminée, avaient-ils entendu à peine entrés dans la grotte. Le résultat est peu concluant. Son esprit s'est débattu et... Mais que nous ramènes-tu là ? Trois d'un coup ?! Tu ne perds pas le... Mais... C'est Potter !»
James ne sut jamais ce qui l'avait motivé à agir. Était-ce la vision de sa meilleure amie couchée à même le sol ou l'éclair de folie qui transcendait les yeux de ses assaillants ? Il brandit sa baguette aussi vite qu'il le put et se mit à lancer des sortilèges, les uns après les autres. Il ne savait pas ce qu'il faisait, il ne faisait que répéter les formules dont lui avait parlé Liko. Ricktusempra, Petrificus Totalus, il les clamait haut et fort, espérant que sa voix ferme le fasse paraître moins peureux qu'il ne l'était vraiment. Maël et Louis ne tardèrent pas à en faire de même, écorchant les noms de ces sortilèges qui ne leur avaient pas encore été enseignés, tentant d'oublier les éclats de rire de leurs assaillants qui semblaient n'éprouver aucune peine à esquiver leurs sorts. Le seul qui fonctionna fut le sortilège de lévitation que James jeta à Alice pour l'amener jusqu'à eux. Il était prêt à renier jusqu'aux caractéristiques même de sa maison d'adoption, peu lui importait à ce moment précis d'être pris pour un lâche, la seule chose qui lui importait était que ses amis, son cousin et lui s'en tirent vivants.
C'est à ce moment-là qu'il entendit son prénom. Un cri qui venait de loin, répété de plus en plus fort, mêlé à ceux d'Alice et de Louis. La voix de Neville. Et celle de son père. Les rires s'interrompirent, l'un des deux hommes fit disparaître toute trace de leur passage et deux «pop » plus tard, ils avaient quitté les lieux. Alice se réveilla dans les bras de James qui s'assura d'un regard que ni Louis ni Maël n'étaient blessés.
– J'ai juste reçu un sort dans le bras, le rassura Maël.
– Tu saignes...
– Ce n'est rien, je t'assure.
– C'est ton père, les prévint Louis.
Neville avait été le premier arrivé et s'était jeté sur sa fille pour l'étreindre de toutes ses forces. Lorsqu'il avait vu son père surgir dans la grotte, suivi de près par Ron, Georges et Fred, James avait voulu se blottir dans ses bras mais l'étreinte plus que brève que lui accorda son père ne lui apporta nul réconfort.
Neville avait été chargé de les ramener au château et les avait convoqué le lendemain pour leur apprendre que l'affaire serait étouffée, faute de preuves.
« L'homme que Fred devait distraire a lui aussi disparu. Personne ne va croire à votre version.
– Mais toi tu nous crois, Neville ! Et papa...
– Ton père va faire venir ses nouveaux apprentis, ils...
– Des apprentis ?, s'était exclamé Maël. Il faut de vrais Aurors !
– Ted va revenir à Poudlard ? »
Les garçons avaient été punis pour avoir enfreint les règles de Poudlard, ce qui alimenta les rumeurs qui les désignaient coupables. Des élèves venaient même leur demander d'être leur prochain cobaye parce qu'ils voulaient à tous prix une excuse pour ne pas se rendre à un examen. D'autres, faisant partie de ceux que Fred nommait les « disparus », venaient leur demander des comptes et, les garçons avaient beau affirmer chaque jour leur innocence, rares étaient ceux qui les croyaient.
Mais Ted, lui, semblait les croire et, pour James, rien n'avait plus d'importance. Il avait été comblé lorsqu'il avait appris que Ted et sa grand-mère passeraient les fêtes de Noël chez les Potter et avait profité gaiement de ces dix jours de vacances. La seule ombre au tableau avait été cette altercation avec son père, que James avait cherché à éviter. Harry n'avait pas souvent été présent à la maison, durant ces fêtes, il devait rendre des comptes à son supérieur qui ne comprenait pourquoi il mobilisait six apprentis Aurors à Poudlard. L'un de ces apprentis avait laissé entendre à la tenancière des quatre balais qu'ils n'avaient été affectés à Poudlard qu'en raison d'une lubie de James, ce qui avait rendu Harry très furieux. Il avait même fini par dire à James qu'il n'avait aucune preuve que son fils disait la vérité.
« Il est quasiment impossible que des gamins de douze ans s'en soient sorti face à des adultes. Je sais que Fred a de la ressource et les poches pleines de produits que fabrique son père, je sais que Louis est doué, il a ramené d'excellents résultats, je veux bien croire que ce Maël Thomas soit doué lui aussi mais j'ai vu tes notes, ce n'est guère brillant et tu continues de prétendre que tu t'es défendu, tu joues les héros...
– Non, papa, je...
– Ta mère pense que tu fais ça pour me ressembler. Mais c'est ridicule, James, tu n'as pas à essayer d'être quelqu'un d'autre, tu dois être toi-même...
– C'est faux, papa. Des fois, quand je m'intéresse à quelque chose, tu dis que ce n'est pas pour moi. Quand j'ai commencé à écrire à mes correspondants, par exemple, ou... Quand j'ai voulu faire partie de l'équipe, tu étais contre.
– Il est rare qu'un élève de première année intègre une équipe.
– Mais seulement parce que toi tu l'as fait, je n'ai pas le droit de le faire ?
– Tu ne l'as fait que pour te vanter et prouver aux autres que tu valais mieux que Fred et...
– C'est faux ! Et puis je n'étais que suppléant !
– Et comme par hasard un poursuiveur a disparu juste avant le dernier match et tu l'as remplacé.
– Je ne suis pas attrapeur, avait marmonné James, au bord des larmes.
– Non, tu es poursuiveur comme ta mère, une joueuse brillante qui a eu une carrière incroyable jusqu'à ce que tu viennes au monde.
– C'est facile de me faire ces reproches, j'aurais été gardien, tu aurais dit que je voulais faire comme parrain, j'aurais été... Et puis je t'ai entendu parler avec maman, hier soir, tu as dit que tu voulais m'enlever la cape mais toi aussi tu l'as eue quand tu avais mon âge ! Et les Maraudeurs me disent tout le temps...
– Ne parle pas d'eux, James.
– Tu m'as donné leurs noms...
– Je sais. Garde la cape mais...
– Je pourrais la donner à Albus l'an prochain ?
– Tu ne le « pourras » pas, tu le devras. Et crois-moi, je veillerai à ce que tu le fasses. »
Ginny, quant à elle, lui avait recommandé de se faire discret, même si elle semblait persuadée qu'il n'écouterait jamais ses conseils.
« Chaque faux pas de ta part entraînera des articles dans la presse et des retombées néfastes pour toute la famille.»
Il comprenait que, quoi qu'il fasse, lui seul n'aurait pas à supporter les conséquences de ses actes, qu'il en serait de même pour toute sa famille, de part leur statut de célébrité aussi, dès son retour à Poudlard, il se remit à apprendre des sorts, comme il l'avait fait durant sa première année, mais en axant cette fois ses recherches sur la défense. Il se disait que s'il n'attaquait personne et ne faisait que se défendre les accusations ne se porteraient plus tant sur lui. Il était prêt à contrôler ses dires et à mesurer les conséquences de chacun de ses actes mais il ne pouvait tout anticiper. « La défense », se répétait-il silencieusement, « la défense sera ma meilleure alliée ».
ooOOoo
La Grande Salle était pleine à craquer. Les flocons tombaient inlassablement à travers le plafond magique. Mais personne ne levait les yeux. L'Héritier du Survivant faisait une nouvelle fois la une de la Gazette du Sorcier.
« James Sirius Potter : Digne Héritier ou Véritable Usurpateur ?
Le premier fils de l'élu, élève de Poudlard depuis une année seulement, a déjà reformé l'Armée de Dumbledore ! Aurait-il hérité de la paranoïa de son père ? Pour ceux qui n'auraient en leur possession les trois douzaines de biographies consacrées au Survivant, nous rappelons que l'élu s'était, au cours de sa cinquième année, octroyé le statut de professeur de défense contre les forces du mal, arguant que Dolores Ombrage était moins apte à enseigner ladite matière.
Son fils n'aura pas attendu si longtemps pour reprendre le flambeau et s'est vu rejoindre par les héritiers directs des membres de la célèbre Armée de Dumbledore. On le savait proche de Liko Jordan et Olivia Dubois, élèves plus âgés que lui qui l'ont admis dans l'équipe de quidditch de Gryffondor sans qu'il ne passe de test sélectif, il est désormais avéré que James Potter a été vu parodiant une amitié naissante avec Nalani Jordan, Oscar Dubois, Susie Finigan et Keith Corner. Mais peut-on réellement parler d'amitié ? Et qui sont vraiment ces jeunes héritiers ? Nous avons contacté leurs parents et, si certains semblent trop occupés à gérer leur petite célébrité pour nous accorder une interview, Michael Corner a accepté généreusement de nous livrer une phrase. Pour le prix de la vérité.
« Mon nom de famille est ordinaire et répandu. Keith Corner n'est pas mon fils. »
Après vérification, le jeune Keith Corner, dont les cheveux de mouton brun et les épaisses lunettes rectangulaires font de lui un élève peu séduisant et particulièrement ordinaire, est un sang mêlé, moldu de par son père.
James Potter est-il au courant ? Se retournera-t-il contre le jeune Corner ? Plus important encore, nos enfants sont-ils en sécurité près de l'Héritier de l'Élu ? La Gazette continue de mener son enquête...
Retrouvez dans l'édition de demain un article exhaustif sur le premier enfant du Survivant... »
...bande de vautours déplumés !
Gwenaël Palmyre ferma l'édition du jour avec calme. Il ne servait à rien d'entrer dans le jeu de Tallulah Mitchell, qui s'offusquait de chaque article, qu'ils traitent de quidditch ou de politique. Il préféra reporter son attention sur la neige qui tombait en flocons irréguliers sur le parc de Poudlard.
Poudlard. Sept ans passés à y étudier, des Aspics obtenus non sans mal, l'acceptation du Bureau des Aurors, le début d'une formation qui durerait trois ans et voilà qu'il était de retour à Poudlard. Il lui semblait repartir de zéro, et pourtant... Point d'uniforme ou de maison, nul point retiré, nul cours à suivre, il disposait même d'une autorisation directoriale pour parcourir l'intégralité du domaine. L'avantage d'être apprenti Auror.
Ils ne savaient pas vraiment pourquoi ils avaient été renvoyés là, seul Teddy en savait davantage qu'eux et ce qu'il leur avait expliqué avait fait crier Tallulah dix fois plus fort que d'ordinaire.
– T'es certain qu'il ne t'a rien dit d'autre, Ted ? On est là juste parce que James a parlé de ces absences devant Seamus ?
– C'est une sorte de cas pratique, songea Milo Servan. Une affaire qui ne nécessite pas d'occuper des Aurors confirmés.
– Je suis pas devenue Auror pour surveiller des marmots qui abusent des cochonneries vendues par les Weasley, grommela Tallulah.
– Tu n'es pas Auror, Tal, tempéra Gwenaël. Tu veux le devenir, nuance.
– Ouais ben réglons vite cette affaire qu'on rentre s'occuper de meurtres sanglants ! »
Gwenael se contenta de sourire. Cette mission lui permettait de vivre avec ses amis, eux qui avaient toujours été divisés par maisons et, bien qu'Elvis Zigaro, en tant que sixième et dernier apprenti de leur promotion les accompagnait, il comptait bien en profiter.
Ted Lupin, lui, ne disait rien. Songeur, il se remémorait quelques bribes de son passé. Le jeune homme avait bonne mémoire, aussi il n'avait rien oublié de son enfance et de ces longs moments passés avec son parrain. S'il vivait avec sa grand-mère Andromeda, Ted avait toujours été très bien accueilli chez les Potter et lors des grands rassemblements familiaux, au Terrier. Son parrain s'était fait un devoir d'être un père de substitution pour Ted qui n'avait jamais manqué de rien. Harry n'était devenu le Survivant qu'à son entrée à Poudlard, lorsque tous les élèves s'étaient tournés vers lui pour l'enfouir sous leurs nombreuses questions.
A l'époque il n'avait pas songé à James, qui connaîtrait à son tour les avantages et les affres de la célébrité et, aujourd'hui encore, Tallulah lui reprochait de ne pas être à l'écoute de celui qui se prenait pour son petit frère.
– James est un bon gars, assura Tallulah. Un peu perdu dans tout ça, bien sûr, mais pas méchant.
– Pour le moment, répondit Shannyn Sorr, l'éternelle pessimiste de la bande. Il finira par choisir son camp. Ils le font tous.
– Pas s'il est bien entouré. Les autres...
– ...sont des Weasley. Lui est un Potter, le premier de sa fratrie. Beaucoup de choses pèsent sur ses épaules. Je suis d'accord avec Shannyn, il faudra veiller sur lui. Il va en avoir grand besoin.
Milo s'interrompit, attendant que Teddy confirme ses propos. Mais celui-ci n'en fit rien. James avait beau souffrir de sa relation en dents de scie avec ses parents, il avait beau ne rien connaître de l'histoire de son père, Teddy n'avait rien à lui dire.
ooOOoo
La montre indiquait que le couvre-feu était en vigueur depuis plus de cinq heures. La nuit n'aurait pu être plus noire. Les cachots humides de l'aile la moins chauffée de château le faisaient grelotter. De froid et de peur. C'était étonnant comme il pouvait se sentir si bien en présence de ses amis, grisé par l'adrénaline et l'enthousiasme communicatif de ses amis et si mal désormais.
Ils avaient dû se séparer, après avoir malencontreusement fait tomber une armure à quelques pas du professeur Londubat. Celui-ci avait sonné l'alerte et les deux concierges étaient à leurs trousses. Fred était parti vers le parc, Louis avait couru vers les escaliers, Maël vers le rez-de-chaussée. Ils faisaient du bruit, pour embrouiller l'esprit et les réflexes de leurs assaillants et cela semblait avoir plutôt bien fonctionné. Du moins du côté de James qui n'avait aucun moyen de s'assurer qu'il en était de même pour ses amis.
Il se mit à arpenter les couloirs, pour se réchauffer et s'occuper l'esprit. Ils n'avaient eu le temps de convenir d'un point de retrouvailles mais il espérait que ses amis attendraient suffisamment longtemps avant de regagner leur salle commune. Le professeur Londubat devait bien se douter qu'il s'agissait d'eux et il n'aurait pas été surprenant qu'il les attende au septième étage.
Plus le temps passait et plus James frissonnait. Ça n'avait plus rien à voir avec le froid, il marchait plutôt vite, tout en restant prudent, et les quelques flambeaux accrochés aux murs suffisaient à le réchauffer. Mais la peur, elle, était bien là, tenace, lui rappelant l'illégalité dans laquelle il se trouvait. Pire, il était certain de s'être perdu. Qui était en possession de la carte ce soir-là ? Louis, si ses calculs étaient exacts. Il avait souhaité partager la carte avec ses amis, la léguant soir après soir à chacun d'entre eux. Par la fenêtre la plus proche il vit qu'il arrivait à la fin de l'aile ouest. Il n'avait d'autre choix que de retourner sur ses pas, priant pour parvenir à retrouver son chemin. Pourtant, contre toute logique, il ne se trouvait pas dans un cul-de-sac. Un couloir, bien que plus sombre que les autres, était là, comme venant de nulle-part. James vérifia par deux fois ce que la fenêtre lui laissait voir. Il n y avait rien d'autre que la forêt interdite. Aucun bâtiment ne la surplombait, alors où diable ce couloir le mènerait-il ? Il n y avait qu'un seul moyen de le savoir.
Dès que James eut posé son pied dans le couloir, il sut qu'il était en train de faire une bêtise. Une grosse bêtise. Les parois du couloir changèrent de couleur et de forme, arborant un granit méditerranéen qui n'avait rien à voir avec l'architecture de Poudlard, le sol se marbra, les flambeaux laissèrent leurs places à de douces lueurs qui semblaient vouloir le guider. Un mur se ferma dans son dos. Il était prisonnier.
– Intrus démoniaque, inconnu clairvoyant, invité maladroit. Qui es-tu ?
Une voix gutturale, roide, effrayante. Une voix telle qu'il n'en avait jamais entendue. Un frisson parcourut son être.
– Tu n'es rien de tout ça. Tu as été appelé sans le savoir. Tu as su trouver le chemin. Qu'attends-tu de la Tour Invisible ?
– Je… Je ne sais pas. Je me suis perdu et je…
– Tu t'es trouvé, corrigea la voix sans appel. L'Oracle t'attend. Rejoins-la.
– L'Oracle ?, bafouilla James. Mais…
Des faisceaux bordeaux et anthracite apparurent et James comprit qu'il n'avait d'autre choix que de les suivre. Ils le menèrent à l'étage d'un escalier de marbre blanc de Paros dans une pièce oblongue où plusieurs voix raisonnaient en un écho assourdissant. Par-dessus ces centaines de voix, une voix féminine, plus claire que toutes les autres, parvint intelligiblement aux oreilles d'un James abasourdi.
« N'aies crainte, Appelé, tu ne risques rien.
– Qui… Qui êtes-vous ?
Son propre bégaiement l'effraya plus encore. Comment pouvait-il s'en sortir s'il apparaissait peureux et empoté ? Pire encore, comment trouver une issue alors qu'il ne savait même pas contre qui ou quoi il devait se battre ? Cette voix appartenait forcément à quelqu'un. Mais à qui ?
– Tu as longtemps appris qu'il fallait voir pour écouter, tes réflexes sont bons mais tu n'en auras nul besoin ici.
– Que devrais-je faire alors, selon vous ? Me contenter de vous écouter ? Alors que je ne sais même qui vous…
– Je suis l'Oracle de Poudlard.
– Je n'ai jamais entendu parler de vous, personne…
– Alors contente-toi de m'écouter.
– Vous répondrez à mes questions ?
– Tu répondras plutôt aux miennes.
– C'est donnant-donnant, tenta-t-il vainement.
– Démontrer ton courage à outrance ne te rendra pas plus courageux. Tu n'as rien à me prouver. Tu es venu, ça me suffit.
– Qu'attendez-vous de moi, alors ?
– Tu le sauras quand tu seras prêt.
– Nous allons nous… revoir ?
– La Tour t'appellera à nouveau. Quand tu seras prêt.
– Prêt à ?
– A devenir qui tu es.
L'Oracle parlait comme les centaures que James aimait tant dans ses livres d'enfants et, s'il avait toujours aimé ce ton mystérieux et énigmatique sans ces univers mystérieux qu'il lisait tard le soir, il n'en était pas de même ce soir-là.
L'Oracle n'avait voulu répondre à aucune de ses questions, se contentant de lui dire que les réponses étaient déjà en lui et qu'il reviendrait de lui-même au sein de la Tour Invisible quand il serait prêt. Prêt à quoi, se demandait James sur le chemin du retour. Il n'en savait rien. « On ne devient pas qui l'on est, on l'est déjà », ne cessait-il de marmonner.
« James ! »
Ni un murmure ni un cri. Maël avait le chic pour trouver l'entre-deux. Rassurés de se retrouver, ils s'étreignirent brièvement. Fred avait beau leur répéter avec colère que ça n'avait rien de viril, ni l'un ni l'autre n'avaient honte de cette amitié qui les unissait.
– La Grosse Dame va nous tuer, songea tout haut Maël. Tu sais comme elle déteste qu'on la réveille en pleine nuit…
– Elle attendra, coupa James d'une voix ferme. Il faut que je te raconte quelque chose.
– T'as eu un souci ?, s'inquiéta Maël.
– Je… Pas vraiment. J'en sais rien, en fait. Mais viens, je vais t'expliquer… »
De sa Tour Invisible, l'Oracle les suivit du regard avec soulagement. James Potter était bel et bien la clef qu'elle attendait. James Potter était la Clef du Rassemblement.
ooOOoo
Où qu'il aille il n'y en avait que pour lui. On lui parlait surtout de son père, des aptitudes de son père, du génie de son père, de l'héroïque Harry Potter, du symbole de toute une communauté de tradition familiale à respecter, de responsabilités à honorer, du rôle qui devait être le sien de prendre la suite de son père. Parfois quelques férus de quidditch lui parlaient également de sa mère qui avait brillé comme joueuse professionnelle avant sa naissance. Il avait même fait les frais d'une remarque désobligeante d'un Poufsouffle de quatrième année qui avait insinué que James était né au mauvais moment, juste avant une coupe du monde à laquelle Ginny aurait dû participer. Une des amies de cet élève, qui ne semblait pas apprécier James, avait même ajouté que Ginny avait dû regretter la naissance de son aîné, elle qui était si ambitieuse et s'était battue durant des années pour intégrer l'équipe nationale.
Il était adulé ou haï, jalousé ou pris de pitié. Mais nul ne l'ignorait jamais. Il n'était pas un élève parmi tant d'autres, il n'était pas James, il était le fils de Harry Potter, celui qui n'apportait jamais assez de fierté, toujours trop de honte. James avait de plus en plus de mal à gérer toutes ces rumeurs, tous ces commérages et si Fred s'en moquait royalement, il pouvait compter sur la discrétion de Louis et la gentillesse de Mael pour l'aider à garder la tête froide.
Ses cousins aussi faisaient jaser le tout Poudlard, mais toujours moins que lui. Il n'y avait qu'une famille Potter, chacun savait qu'il était le fils de l'Élu alors que bien des élèves s'étaient demandé de qui Fred et Louis étaient les fils. Un jour, en sortant de Botanique, James avait entendu deux élèves de deuxième année se plaindre de Louis, disant qu'il n'était « que le fils de Bill et Fleur Weasley ». Fred avait plus de succès, surtout au près des farceurs et des amateurs de la boutique que tenait son père. Mais il était évident que les Weasley qui étaient vraiment attendus étaient les héritiers de Ron et Hermione, presque aussi célèbres dans la communauté que l'était Harry. Les trois cousins alimentaient également la compétition entre les différentes maisons de Poudlard. Le fait qu'ils aient été répartis à Gryffondor accentuait la rivalité de tous et il n'était pas rare d'entendre quelques Serdaigle pronostiquer la répartition d'Albus ou de Rose au sein de leur maison.
– Je n'y crois pas, s'entêtait de répéter Fred. I qu'une seule maison valable, il faut qu'ils viennent chez nous.
C'était ainsi, pour Fred qui avait vécu une enfance difficile, Gryffondor était devenu leur maison, leur « chez nous ». Son père, Georges, ne s'était jamais remis de la mort de son frère jumeau décédé pendant la bataille de Poudlard et n'avait jamais considéré Fred comme son fils. Il lui avait donné le prénom de son défunt jumeau et le traitait depuis sa naissance comme un allié, un compagnon de jeu, un frère. Il n'était jamais sévère avec lui, toujours conciliant, se montrant amusé de ses bêtises et oubliant de le réprimander. Son épouse, Angelina, ne parvenait pas à rétablir l'équilibre mais celle qui en souffrait le plus était Roxanne, la jeune sœur de Fred qui peinait à trouver sa place dans la famille et souffrait du manque d'attention de son père.
– Je te signale qu'aucune de mes sœurs n'est à Gryffondor, avait fait remarquer Louis.
– Elles ne font pas vraiment partie de la famille, avait rétorqué Fred avec un ton moqueur. Après tout, ta mère voulait que vous étudiiez à Beaux-Battons.
Louis avait soupiré mais n'avait rien ajouté. Les deux cousins ne s'entendaient pas aussi bien qu'ils le laissaient paraître, restant ensemble seulement parce que la timidité de Louis l'empêchait de se faire d'autres amis. Fred aurait bien voulu le laisser de côté mais James s'y était opposé. Contrairement à son « meilleur cousin », il appréciait sincèrement Louis. Le jeune homme avait hérité de l'altruisme de son père et de son ouverture d'esprit, comme lui il était bien bâti, quoique légèrement plus petit que James et Fred, mais leur ressemblance physique s'arrêtait là car Louis ressemblait comme deux gouttes d'eau à sa famille maternelle, les Delacour. D'eux il avait hérité ses yeux bleu-gris ainsi que ses cheveux fins, d'un blond argenté. Comme sa mère ou Victoire, il était déjà très séduisant mais contrairement à elles, il ne s'en vantait pas. Le fait d'avoir une ancêtre Vélane ne le mettait pas très à l'aise et il préférait ne pas trop en parler.
Le tout Poudlard ne parlait que d'eux et s'étonnait toujours autant de leurs différences. Le blond, le brun, le métis. Le discret, le célèbre, le rieur. Le calme, l'enjoué, le bavard. Tous ces commérages auraient pu les éloigner définitivement des autres élèves de leur âge mais au plus grand plaisir de James, Maël s'en accommodait très bien. Il riait toujours de passer inaperçu parmi eux, lui qui les dépassait pourtant d'une bonne dizaine de centimètres. Le jeune garçon à la peau mate était le plus grand des élèves de deuxième année et n'aurait pas dépareillé au milieu d'élèves de quatrième ou cinquième année. Comme James et Louis, il laissait pousser ses cheveux dont quelques mèches brunes lui tombaient devant ses yeux chocolat.
Quelques soirs James laissait ses camarades pour rejoindre Alice Londubat, son amie d'enfance. Lorsqu'ils se retrouvaient, James la faisait rire et elle lui parlait de ses camarades de dortoir, de Rita Coote et Dona Cole qu'elle ne supportait déjà plus, de la très bavarde Filippa Abercrombie dont elle peinait à suivre les conversations et de la douce Yelena Crivey qui ne parlait que d'eux.
– Mais… ,s'étonnait James. Pourquoi elle ne nous parle pas, alors ?
– Oh, elle en rêve mais elle est trop timide pour le faire. Tu oublies à quel point tes cousins et toi êtes célèbres.
A chaque remarque de ce genre, James grognait. Il connaissait Alice depuis toujours, leurs parents étaient de très bons amis et elle aussi avait découvert la vérité sur la célébrité de leurs parents en arrivant à Poudlard. Alice le vivait d'ailleurs très mal, elle qui avait toujours redouté de devoir suivre les cours de son père, professeur de Botanique, apprenait en plus qu'il avait mené la résistance de Poudlard lors de la guerre, au péril de sa vie.
– Ils n'arrêtent pas de me demander quels mangemorts il a combattu, quels sortilèges il a subi, si tout cela faisait partie du plan du grand Harry Potter ou pas, marmonnait-t-elle en regardant les élèves. Y a même une fille de septième année qui m'a demandé si c'était vrai que ton père est mon parrain et si…
– Si ?
– Si notre mariage était déjà prévu... ! Bon sang, James, on a onze ans ! On est en première année ! On est des gosses et ils voudraient nous voir mariés ! Ça sera quoi ensuite ? Ils marieront Albus et Annie ? Franck et Rose ? Ils s'attendront à ce que Lily soit partagée entre les jumeaux Scamander ? Ou à ce que l'un d'eux soit gay et épouse Hugo ? Il faudra les protéger, James, en tant qu'aînés ça sera à nous de les protéger de tout ça…
James avait acquiescé. Ils se l'étaient promis, Alice et lui, de toujours veiller sur leurs frères et sœurs. Même s'il aurait voulu que son amie d'enfance soit épargnée de tout cela, il était heureux qu'ils partagent leurs malheurs, eux qui avaient toujours tout partagé. Dès la naissance de James, Ginny avait tenu à créer pour sa famille une solide vie sociale. Harry, lui, ne voyait régulièrement que Ron et Hermione, mais Ginny n'avait pas oublié leurs amis d'autrefois. Elle avait donc instauré des retrouvailles hebdomadaires avec Neville et Hannah Londubat, Ron et Hermione ainsi que Luna Lovegood-Scamander. Tous avaient eu des enfants, James et Alice étaient arrivés les premiers, suivis de près par Albus, Rose et Franck Londubat. Puis étaient arrivés Lily, Hugo, Annie Londubat et les jumeaux Scamander, Lorcan et Lysandre. Bientôt ils seraient tous rassemblés à Poudlard et, Alice disait vrai, c'était à eux, aux aînés de les protéger.
Penser à ces jeunes qu'il aimait tant rendait James nostalgique. Ce n'était pas tant sa maison ou ses parents qui lui manquaient mais il n'aimait pas l'idée d'être séparé de son frère et de sa sœur. Il aimait les taquiner, les faire rire, les entraîner avec lui dans d'incroyables aventures comme ce jour où ils avaient été pourchassés par un fantôme sanglant alors qu'ils visitaient le vieux grenier de la maison. Il avait hâte qu'Albus et Lily le rejoignent à Poudlard... Mais, dès qu'il observait ses amis qui l'entouraient coûte que coûte, il se sentait soulagé et satisfait d'être déjà si bien entouré.
– On a deux heures de pause avant le prochain cours, vous voulez faire quoi ? demanda Maël.
– On pourrait prendre des balais et aller voler ! proposa Fred en franchissant les portes du château.
Ils parcouraient le parc du château tous les quatre lorsqu'ils aperçurent quelques camarades les appeler au loin.
– C'est Susie, Oscar et Jean-Paul, déclara Maël qui, étant le plus grand des quatre, avait identifié leurs amis.
– On les rejoint ?, proposa James.
– Oh non, grogna Fred. On avait dit qu'on allait voler !
– Tu as dit que tu voulais voler, rectifia Louis. Moi je préfère rejoindre Oscar et les autres.
– Mais ce sont des Poufsouffle ! On va se moquer de nous ! Déjà qu'on...
– T'es pas obligé de me suivre. James ? Maël ?
Maël emboîta le pas de Louis et James les suivit, non sans un sourire d'excuse vers Fred qui se rembrunit. Ils retrouvèrent leurs camarades de Poufsouffle paressant au soleil. Deux livres de Métamorphoses semblaient avoir été abandonnés tout près d'eux.
– On peut se joindre à vous ?, demanda James avec un grand sourire.
– Bien sûr ! assura Oscar avec beaucoup d'enthousiasme.
Leurs amis de Serdaigle ne tardèrent pas à les rejoindre et James fut une nouvelle fois surpris de voir autant de regards étonnés de la part des élèves qui passaient devant eux. Il aurait dû s'y habituer, voilà plus d'un an qu'ils subissaient cette perplexité ambiante pourtant, comme comme pour chaque question qui le taraudait, James cherchait à comprendre.
– C'est seulement une question de réputation, expliqua Keith Corner. Les élèves d'une maison restent généralement entre eux, les Gryffondor parce que personne ne leur arrive à la cheville...
Le comportement de Fred ainsi que ce qu'il avait dit quelques minutes plus tôt en étaient deux bons exemples, se dit James.
– Les Poufsouffle n'arrivent à la cheville de personne… aïe, Oscar, je plaisante !
– Et les Serdaigle ?, demanda Oscar en fronçant légèrement les sourcils.
– On ne se mêle pas à n'importe qui, répondit Keith avec une fausse fierté, on est bien trop intelligents et sages et aïe, ok, je me tais.
– Mais il n'a pas tort, songea Susie Finnigan. On dit que les Serdaigle sont beaucoup plus à l'aise avec les livres qu'avec les gens, par exemple. Les Gryffondor sont toujours en train de faire les andouilles…
– Ça c'est pas faux, coupa Keanu, moqueur.
– Et les Poufsouffle ont toujours eu mauvaise réputation, continua Susie.
James, qui avait souri à l'intervention de Keanu se renfrogna. Il argua qu'il ne fallait pas seulement se fier à des non-dits et que le Choixpeau ne répartissait plus les élèves en fonction de leurs caractères mais de ce qu'ils pouvaient apporter à leur maison. Il prit pour exemple ses cousins, Maël et lui qui avaient des personnalités plus complexes qu'une simple démonstration de courage et de témérité.
– Je pense que c'est mieux ainsi. Vous imaginez si chaque année on avait une dizaine de « fonceurs têtes baissées », et autant d'intellectuels moralisateurs…
– Et seulement dix élèves pour qui la loyauté est importante, confirma Oscar.
– Et seulement dix élèves adeptes de magie noire, conclut Keith avec ironie.
– N'empêche que les réputations sont tenaces, conclut Susie avec sagesse.
– Oh ! reprit Keith en riant, une Serdaigle qui s'ignore !
– Je pense que c'est à nous de montrer que tout a changé, intervint James, l'air sérieux. Avant on avait les gentils Gryffondor d'un côté, les méchants Serpentard de l'autre et les Serdaigle et les Poufsouffle qui peinaient à choisir un camp. Mais on parle d'une époque que même nos parents n'ont pas connue ! Tous les Serpentard qui étaient en classe avec nos parents n'ont pas suivi Voldemort ! Et un paquet de Serdaigle et de Poufsouffle se sont battus pendant la bataille de Poudlard !
– Bien parlé, chef de bande ! s'exclama Keith.
James haussa les sourcils, tant après l'intervention de Keith qu'après avoir vérifié les réactions des autres. Keanu hochait la tête, convaincu, Maël souriait, tout comme leurs amis de Poufsouffle et Nalani Jordan.
– Si je suis bien votre raisonnement, songea Keanu, il faudrait qu'on intègre à notre « bande » des Serpentard ?
– Pourquoi pas ?
– Ils ne voudront jamais, Louis, soupira Keith.
– Bien sûr que si ! On est bien amis avec Juliet et...
– Tous les Serpentard ne sont pas comme Juliet, coupa Keith avec amertume.
Il expliqua qu'à leur dernier cours de Sortilèges, qu'ils partageaient avec les Serpentard, les jumeaux Nott étaient venus lui demander qui étaient ses parents.
– Pourquoi ?, s'étonna Susie.
– Parce qu'on ne peut pas dire que la ressemblance entre Mike Corner, le préfet de Gryffondor, et moi soit frappante.
– Mike est ton frère ?, s'étonna Maël.
– Justement, non.
James s'aperçut qu'il ne s'était jamais demandé si Keith et Mike étaient en famille, malgré le manque de ressemblance évident entre eux, après tout, même si Albus et lui se ressemblaient aucun des deux ne ressemblait vraiment à Lily. A bien y réfléchir, Olivia lui avait brièvement parlé de l'enfance de Mike. Le jeune homme n'avait jamais connu son père et portait le nom de jeune fille de sa mère. Elle n'avait pas précisé s'il avait des frères et sœurs mais James connaissait une autre personne qui portait le même nom, du moins en avait-il entendu parler à la maison.
– Ton père ne s'appelle pas Mickael Corner ?
C'était un ancien élève de l'époque de ses parents qui travaillait aujourd'hui au ministère de la magie. Il paraissait même qu'il avait été le petit-ami de Ginny, du temps de Poudlard.
– Tu ne lis pas la presse, James ?, s'étonna Nalani. Il y a eu un article, tu sais, sur toi et...
– Le torchon sur l'Armée de Dumbledore, résuma Louis en jetant un regard entendu à James.
Celui-ci soupira en haussant les épaules. La Gazette colportait tant de fausses rumeurs qu'il ne la lisait plus. Il aurait dû, au moins pour se tenir au courant de ce qu'on disait sur lui, mais lire ces articles lui faisaient du mal. Beaucoup trop de mal. Il avait essayé, au début, mais il ne voulait plus partir à son premier cours la boule au ventre, il ne voulait plus sauter les repas, il ne voulait plus que ses cousins et Maël le retrouvent pleurant derrière une tapisserie du septième étage.
– C'est marrant que tu demandes ça, James, reprit Keith, parce que ma mère était en classe avec ce Michael Corner. Mais ils se sont perdus de vue après Poudlard, elle est revenue après la Bataille pour passer ses Aspics mais lui les a passés en candidat libre avant de rentrer au ministère. Et c'est en quittant Poudlard que ma mère a rencontré mon père, un moldu.
– Qui sait, vous avez peut-être un ancêtre commun, songea Susie.
– Est-ce que ça a vraiment de l'importance ? s'inquiéta Keith.
– Bien sûr que ça en a, grogna Jean-Paul Sphère.
Ses camarades l'observèrent tristement. Jean-Paul avait commis la faute de vouloir se rendre seul à la salle commune de Poufsouffle, quelques jours auparavant et il avait rencontré une bande d'élèves plus âgés qui ne s'étaient pas privés de lui faire comprendre qu'ils n'appréciaient pas les élèves nés moldus. L'infirmière de Poudlard l'avait soigné mais il gardait encore quelques signes de son agression. Son visage tuméfié rendait ses camarades profondément outrés et inquiets.
– Tu sais, dit James d'une voix douce, l'intolérance ne disparaîtra jamais tout à fait. C'est comme ça, il y a des gens qui continueront de penser que ce n'est pas normal d'être noir, homosexuel ou de préférer les hiboux aux crapauds. Ces gens-là, tu en rencontreras d'autres mais tu ne dois jamais les laisser croire que tu penses comme eux. Tu n'as pas volé ta place, tu n'as soudoyé personne, tu n'as pas payé pour intégrer Poudlard, tu n'as rien fait pour devenir sorcier. Tu es né comme ça, tu n'y peux rien, pas plus que Louis n'a cherché à être sang pur ou Maël à être de sang-mêlé. Tu ne dois jamais oublier que le sang n'est en rien responsable de ta personnalité, de ton caractère ou de tes aptitudes. On parle toujours de mon père mais lui ne cesse de dire qu'il était loin d'égaler niveau de ma marraine. Et pourtant les parents d'Hermione sont moldus. Et vu ton niveau dans les premiers cours qu'on a suivis ensemble, je suis certain qu'on va tous te jalouser quand on passera nos BUSES et que tu auras les meilleurs résultats !
Certains avaient grogné, déjà effrayés par cet examen qu'ils ne passeraient que dans trois ans, Keith avait ri, disant que ce qui était certain, c'est que ce ne serait pas lui qui aurait les meilleurs résultats « de la bande », Jean-Paul semblait soulagé, Maël avait souri, pleinement heureux de cette amitié qui s'offrait à eux et tous avaient acquiescé, rendant James vraiment fier de lui. Il ne le montra pas et préféra songer à sa situation. On l'aimait pour ce qu'il n'était pas, on le saluait dans le château pour ce qu'il n'avait pas fait, seulement par rapport à son père, à son statut d'héritier, à la place de roi de Poudlard qui l'attendait. Au contraire, avec sa « bande », il se sentait lui-même, un garçon qui n'en savait pas davantage que ses camarades mais qui avait, comme eux, l'envie d'apprendre, l'envie d'aller vers les autres, de les découvrir, d'apprendre à vivre en communauté, l'envie de trouver sa place.
ooOOoo
Les Serpentard n'avaient plus qu'un cours de Potions et leur journée serait enfin terminée. Les Gryffondor, avec qui ils partageaient ce cours, étaient déjà là, agglutinés autour de James Potter. Dona Cole lui faisait déjà du charme, songea Clifford de Woodcroft. Elle faisait voler ses longs cheveux clairs et minaudait du regard en tentant de lui tirer une sourire charmeur mais lui, ne s'apercevant même pas de la tentative de la jeune fille, riait d'une blague de son meilleur ami. Maël Thomas et James Potter étaient, de l'avis de Clifford, des lions peu communs. Sympathiques avec tout le monde, ouverts d'esprit, curieux... et éloignés des idées reçues. Juliet les considérait comme des amis. Mais Juliet était Juliet. Elle était déjà près d'eux, s'introduisant naturellement dans leur conversation, s'octroyant même le droit de faire la bise à certains d'entre eux. Clifford, lui, se contenta de les saluer d'un signe de tête. Dans d'autres circonstances ils auraient pu devenir amis. Mais ils étaient des lions et Clifford n'était qu'un vil serpent, sans doute pas à leurs yeux, mais à ceux de suffisamment de gens pour que Clifford ne se risque pas à les approcher de trop près. Un reniflement peu discret lui tira une grimace. Clifford avait grandi dans un palais ouaté, propice aux grands événements, aux manifestations de richesse et d'élégance. Il lui avait semblé que Vincent Goyle savait respecter ses valeurs mais depuis quelques jours... Vincent Goyle n'était plus vraiment lui-même.
Pâle, transi de tremblements, haletant... Il oscillait du chaud au froid, était plus taciturne que d'ordinaire et possédait tous les symptômes d'une grippe carabinée. Pourtant, il avait beau prendre précautionneusement chaque potion prescrite par l'infirmière de l'école, son état empirait et devenait inquiétant. Ils n'étaient pas vraiment amis, mais c'était le seul garçon de sa classe avec qui il s'entendait un minimum. Et Juliet était leur seule véritable amie, à chacun d'entre eux. Délaissant ce pauvre Vincent qui ne s'aperçut de rien, Clifford se fraya un passage entre les Gryffondor, se rapprochant de Juliet.
« Il ne va pas mieux », soupira cette dernière.
– Qu'est-ce qu'il a ?, s'étonna James.
– Une grosse grippe. Grosse de chez grosse, j'ai jamais vu ça...
– Foutaises.
– Mais Pepper... »
Pepperina Marwick était devenue Pepper dès que Juliet avait décidé de s'en faire une amie. Vincent appréciait la présence de la nouvelle, pas qu'il la trouve sympathique, non, mais elle les protégeait, à sa manière. Avec elle, les problèmes avaient disparu et chaque élève qui voulait tenter quelque chose contre eux se rétractait dès qu'il croisait le regard de la jeune fille. Clifford, lui, la trouvait plutôt drôle. Caractérielle, bien sûr, mais drôle. Et puisque Juliet avait décidé que la jeune fille serait sa meilleure amie sans lui demander son avis, lui avait décidé qu'il l'épouserait. Ce n'était pas gagné, vu que les seuls regards qu'elle lui destinait étaient emplis de mépris, mais il se rassurait en se répétant qu'il lui restait quelques années pour que Pepper change d'avis sur lui. La jeune fille n'était pas seulement drôle mais belle. A sa manière. Surtout lorsqu'elle criait, ce qui arrivait très souvent. Comme à cet instant.
– Ne me dites pas que vous n'avez pas fait le lien !
– Avec quoi ?, s'étonna Maël Thomas.
– Je ne te parle pas à toi, lionceau de bas étage.
– Pepper...
Le ton de James s'était fait menaçant, comme à chaque fois que quelqu'un s'en prenait à ceux qu'il aimait.
– Ce n'est pas parce que mademoiselle-je-tiens-un-journal-intime m'afflige de ce surnom grotesque que c'est devenu la nouvelle mode !
– Pepper pense que la grippe de Vincent a un lien avec son absence de la semaine dernière.
Les lèvres de Clifford s'étirèrent en un rare sourire. Juliet avait ce pragmatisme, cette propension à calmer chaque dispute d'une phrase claire et neutre. Il aurait pu la choisir elle, bien sûr, elle était plutôt jolie, mais elle était son amie. Sa première amie.
– ...manqué un cours de Métamorphoses, alors que c'est le seul cours qui lui plaît un minimum pour qu'on attende pas trois heures qu'il bouge ses grosses fesses, il est revenu dans un état...
– Il était heureux, rétorqua Clifford. Il a juste dû...
– Il était défoncé !, hurla Pepper. Comme s'il s'était gavé de Felix Felicis par litres entiers ! Et depuis, il est en manque.
– Il a la grippe, tenta Juliet d'une voix hésitante.
Clifford ne savait pourquoi Juliet écoutait tout ce que lui disait Pepper comme si celle-ci était Merlin en personne. Il ne comprit davantage pourquoi les Gryffondor se montraient aussi soucieux qu'elle.
– Qu'en dit miss Tulipe ?, questionna Louis.
– Cette infirmière a eu son diplôme dans la boutique de dingue que tient le père de ton crétin de cousin
– Hé !, protesta Fred. Ne parle pas comme ça de...
– Elle croit mordicus qu'il a une grippe alors qu'il a tous les signes d'une crise de manque...
– C'est vrai qu'il a l'air vraiment mal, songea James. Que peut-il avoir pris pour...
– Ça c'est à toi de nous le dire, petit génie.
– Pepper tu sais bien que James n'a rien à voir avec ça.
– Crois bien que je méprise les services sanitaires de ce tas de cailloux mais il faut bien que je me rendre aux toilettes de temps en temps et ce que j'y entend me laisse croire que seule cette tête mal coiffée peut nous sauver. Alors vas-y, Potter, trouve une solution, parce que je ne supporterai pas longtemps les reniflements de ce gorille et qu'il risque bien de finir sa vie dans le lac de ce maudit parc !
Et l'enquête avait commencé. Elle avait duré plusieurs semaines et Clifford y avait participé, ravi d'avoir été invité par les lions. Il avait passé deux soirées par semaine entourés de lions, d'aigles et de blaireaux. Les premiers soirs il n'avait pensé parler qu'à Juliet, Vincent et Pepper et puis l'humour de Keith Corner en avait décidé autrement. Ils n'étaient pas vraiment amis mais se saluaient à chaque cours commun et avaient apprécié réciproquement, durant ces quelques semaines, de passer du temps ensemble.
Certains avaient demandé de l'aide à leurs frères, sœurs et cousins plus âgés. Olivia Dubois et Liko Jordan et même Molly Weasley avaient accepté. En vain. Ils observaient Vincent et tentaient de trouver des réponses à leurs questions dans d'épais grimoires. Et puis, petit à petit, comme quelqu'un qui n'aurait pris une drogue qu'une seule fois, la crise de manque avait commencé à passer. Vincent était redevenu Vincent et les questions étaient restées sans réponse. Il y avait bien d'autres élèves, mais ceux-ci allaient bien moins mal que le jeune Serpentard.
– C'est comme si ceux qui sont à l'origine de tout ça avaient baissé la dose, disait Pepper.
– Tu deviens aussi paranoïaque que James, disait alors Juliet.
Les absences n'inquiétaient finalement pas grand monde. Les élèves étaient heureux d'avoir raté un cours, se vantant d'avoir occupé leur temps différemment, les professeurs en avaient vu d'autres, après plus de quinze ans d'utilisation illégale des boîtes à flemme et autres produits historiques de la boutique Weasley. Seuls ceux qui connaissaient vraiment Vincent Goyle restaient réellement inquiets. Ils n'étaient qu'une poignée d'élèves de deuxième année, pas plus intelligents que les autres mais décidés à comprendre ce qui se passait vraiment. Coûte que coûte.
ooOOoo
« Un vrai Maraudeur se mesure à la hauteur de son nombre de retenues »
James, Maël et Louis rirent d'un même éclat en emboîtant le pas de Fred. Une retenue dans la forêt interdite, un soir venteux du mois de mai, avec Hagrid, son demi-frère et deux de leurs chiens. Une aventure dont ils avaient rêvé pendant si longtemps...
– Gryffondor a quand même perdu quarante points à cause de nous, fit remarquer Louis.
– On les rattrapera en cours, promit James.
– Et sur le terrain, s'enthousiasma Fred.
– Le tout est de revenir vivants de notre escapade, conclut Maël avec un grand sourire. »
Hagrid les accueillit avec sa bienveillance légendaire, les grondant mollement et sans grande conviction.
« Le professeur Wine veut que vous ramassiez des plantes pour son cours. Elle a laissé cette liste, ce panier et ce livre de dessins. Elle dessine bien, Mireille, ajouta-t-il, le regard rêveur. »
Les garçons hésitèrent à se séparer. Ils gagneraient du temps à se partager l'immensité boisée mais chacun redoutait d'avancer seul. Ils finirent par trouver un compromis, avançant par binômes vers des chemins peu éloignés de l'orée de la forêt.
– Dis moi que tu as peur et que je ne suis pas le seul froussard, lâcha James après quelques minutes à marcher dans la pénombre.
– On est entourés de bruits effrayants et au beau milieu d'une forêt dont on nous défend de nous approcher, bien sûr que j'ai peur !, répondit Maël en souriant.
– On a qu'à se donner à fond pour trouver toutes ces plantes. Voyons ça comme une compétition, tu vois, essayons d'en ramener plus que Louis et Fred. Ça nous occupera l'esprit.
– Je pensais à chanter des cantines de Noël mais ton idée ne me déplaît pas.
– On peut faire les deux, plaisanta James.
– Vous risqueriez d'alerter les yeux omniscients.
James et Maël se collèrent l'un à l'autre, pétris d'effroi. Chacun sortit sa baguette, se répétant mentalement la formule du Charme de Bouclier.
– Tu vois quelque chose ?, murmura Maël.
– Non. Et je commence à en avoir marre des voix qui sortent de nulle part, répondit James en un souffle.
Sa voix tremblait légèrement.
– Je ne suis pas nulle part. Ce sont vos yeux qui ne voient rien.
Les feuilles du buisson frémirent, laissant entrevoir un jeune centaure au pelage duveteux.
– Je croyais que les Centaures ne se mêlaient pas aux sorciers, dit James en abaissant sa baguette.
– Je ne suis pas plus Centaure que vous Sorciers.
– Tu dis ça parce qu'ont est jeunes ?
– Les louveteaux aboient avant d'apprendre à hurler.
– Comment tu t'appelles ?
– Vénézio.
– Moi c'est James.
– Et moi Maël. Ravi de te rencontrer.
– Ton cœur est pur, garçon à la peau matte. Tu sauras accompagner la Clef.
– La Clef ?, s'étonna Maël. De quelle clef vous parlez ?
– Vous êtes perdus. Je vais vous raccompagner.
– On a suivi ce chemin, on devrait pouvoir...
– Je connais bien mieux la forêt que vous. Suivez-moi. »
Les deux amis échangèrent un regard dubitatif. James finit par hausser les épaules et suivre leur nouvel ami. Sur le moment ça leur avait paru normal, naturel, comme s'ils n'avaient besoin de réfléchir, comme s'ils étaient guidés d'avance. Cependant, au bout d'une demi-heure de marche, alors qu'ils s'enfonçaient dans les profondeurs ténébreuses de la forêt et qu'ils commençaient à ressentir un froid mordant et une fatigue tenace, James comprit qu'il n'était pas là par hasard mais bel et bien contre sa volonté. A ses côtés, Maël paraissait aussi perdu que lui. Pourtant, et il ne savait si ce sentiment lui était naturel ou non, il sentait qu'il pouvait avoir confiance en Vénézio.
Celui-ci les mena jusqu'aux tréfonds de la forêt interdite, là où les cris d'animaux féroces étaient plus forts que les battements de leur cœur, là où le vent faisait craquer la moindre des branches au-dessus de leurs têtes. Ils avançaient épaule contre épaule et Vénézio vint se coller à eux, semblant aussi apeuré qu'eux.
– Il est risqué d'avancer encore. Mais nous devons le faire.
– Pourquoi ?, murmura James.
– Vous devez le voir.
– Quoi ?
– Je ne peux en parler. Le Conseil me l'a interdit.
James et Maël ignoraient la vérité mais la forêt interdite de Poudlard était plus vaste qu'elle n'y paraissait et menait à un ancien hameau dont les ruines restaient habitées par des fous, des savants, des chimistes et des inventeurs bannis de la communauté. Ils n'eurent pas à s'approcher trop près pour comprendre, en reconnaissant la tenue sombre que portait le ravisseur d'Alice, que Vénézio leur apportait enfin la réponse aux questions qui les taraudaient depuis deux ans. Une réponse lugubre, une réponse effrayante. Une réponse qui ouvrait la porte à d'autres questions encore.
ooOOoo
« C'est quand même étonnant que vous n'aillez trouvé aucune des plantes demandées par le professeur Wine »
– Je sais, Louis, tu ne fais que le répéter depuis ce matin.
– Je me dis juste que... Vous ne nous dites pas tout, les gars. »
Ils n'en avaient pas reparlé, pas même entre eux deux, encore trop secoués pour ne serait-ce que songer à ce qu'ils avaient vécu.
S'il en avait parlé, Maël aurait simplement dit la vérité, qu'il était trop jeune encore et pas assez courageux pour vivre autant d'aventures en si peu de temps et qu'il avait besoin de temps pour se remettre de ses émotions. Il aurait sans doute ajouté qu'il rêvait de vivre une vie plus normale, semblable à celle que vivaient leurs camarades.
S'il en avait parlé, James aurait menti, répétant les mots de son ami ou inventant une version édulcorée, bien éloignée des élucubrations de son esprit. D'abord l'Oracle et maintenant un Centaure. Une visite trop précoce à Pré-au-Lard, une fouille trop poussive de la forêt interdite. Des on-dit, des responsabilités, des mensonges et des rumeurs. Des sourires faussés, des chuchotements incessants, des éclats de rire lorsqu'il ratait une marche et tombait des escaliers, des mains tendues indûment amicales. Tout tournait réellement autour de lui. Et il ne le supportait plus. Il lui semblait vivre à quelque chose près ce qu'avait vécu son père, dans le passé, un devoir de se justifier en permanence, d'être jugé, perçu toujours comme un cas à part et si son père n'avait pu se confier à quiconque, encore moins demander conseil ou s'appuyer sur une personne de confiance, lui pouvait le faire. Il y pensait le matin, lorsqu'il faisait semblant de se réveiller, il y pensait le soir, lorsqu'il suivait ses amis dans le parc ou à la bibliothèque, il y pensait la nuit, lorsqu'il faisait semblant de dormir, calquant sa respiration sur celle de Fred, le plus prompt à s'endormir.
Et ce jour-là, alors qu'il épépinait une grenade suave des îles afin d'agrémenter sa potion cicatrisante, son esprit restait fixé sur cette lettre qu'il avait envoyée et dont la réponse ne lui était encore parvenue. Il en avait été de même lorsqu'il avait demandé conseil à ses parents au sujet des absences qui l'inquiétaient. Il n'était qu'attente. Il n'était qu'impuissance.
Durant les vacances, James n'avait parlé que de ces absences, au petit-déjeuner, d'abord, et puis son père était parti tous les jours un peu plus tôt, au dîner, ensuite, et puis Harry s'était débrouillé pour rentrer le plus tard possible à la maison, au bureau, enfin, et James avait eu beau chercher à parler à son père en privé, lorsqu'il avait compris que ce ne serait pas le cas, il avait fini par lâcher la vérité en présence de Ron et de Seamus Finigan. La suite était connue de tous.
Un mois. Il attendait la réponse de son père depuis un mois. Un mois à ruminer intérieurement, à ne laisser rien voir de ses sombres pensées. Qu'auraient dit les gens ? Qu'auraient dit ces « autres » qui épiaient le moindre de ses gestes, le moindre de ses dires ? Qu'auraient-ils pensé s'ils l'avaient entendu se plaindre ? Qu'auraient dit la presse, les professeurs, Teddy et sa mère ? Liko Jordan lui avait parlé du « marché noir des informations croustillantes » qui s'opérait à chaque sortie à Pré-au-Lard, de ces journalistes qui profitaient de cette sortie pour tirer les véracrasses du nez à des élèves, contre rémunération.
« Certains sont prêts à inventer n'importe quelle ânerie pour une bourse de mornilles. », avait craché Liko avec écœurement.
James n'avait pas le droit à l'erreur. Il le savait, il s'était même fait à l'idée, mais comment rester de marbre lorsque les élèves exhibaient avec bonheur les lettres de leurs parents ? Comment résister à l'envie subite de hurler lorsqu'il voyait arriver les hiboux de Fred et de Louis ? Comment empêcher les larmes tenaces de couler ?
ooOOoo
« ...te jure que je n'ai pas fait exprès d'exploser ce chaudron ! Bon, ok, c'est tombé sur Perdita et je comprends que ça fasse louche mais tu me connais, je...
– Une maladresse est vite arrivée, coupa James, conciliant. »
Ils sortaient d'une retenue et James avait logiquement proposé à Juliet de la raccompagner. Ce geste n'avait rien de galant ou de misogyne, il souhaitait seulement passer un peu de temps avec son amie. Celle-ci lui adressa un sourire complice.
– Ça fait du bien de passer un peu de temps ensemble, pas vrai ? J'en ai marre qu'on nous regarde mal dès qu'on partage un fou-rire, juste parce que nos maisons sont soi-disant ennemies...
– C'est pareil quand je parle avec Oscar ou Nalani, tu sais. Mais faut pas les écouter, le système des maisons n'est pas fait pour nous diviser ou instaurer une compétition malsaine entre nous mais seulement pour rendre hommage aux Fondateurs.
– Oui mais c'est parfois au sein même de nos maisons qu'on a le plus de soucis avec ça. Les Gryffondor t'en veulent parce que tu es ami avec moi, les Serpentard m'ont punie parce que je suis amie avec toi... C'est à se demander s'il y a vraiment une différence entre les gentils et les méchants.
Sa voix teintée d'amertume avait touché James qui lui pressa affectueusement l'épaule.
– Tu sais, Juliet, tout ce qu'on raconte sur les maisons... Tout n'est pas vrai. Le Choixpeau m'a bien laissé aller à Gryffondor alors que je n'ai pas le courage de m'affirmer. C'est plus de la ruse qu'autre chose, en fait, continua-t-il, songeur. Je fais semblant d'être celui qu'ils s'attendaient tous à voir pour qu'ils restent près de moi, parce que je risque moins de me prendre un sort quand je suis entouré de tant d'élèves. Et puis c'est peut-être trop ambitieux de prétendre être comme mon père alors que je ne l'égalerai jamais.
– La ruse et l'ambition, traits de caractère que l'on prête aux Serpentard pour ne pas dire la vérité, un nid de moutons assoiffés de vengeance, ironisa Juliet.
– Je comprends ta rancœur. Je n'aime pas non plus l'idée que des enfants paient pour le crime de leurs parents, encore moins pour ceux commis par des gens qu'ils ne connaissaient même pas.
– Je sais, James. Je sais que tu n'es pas comme ça.
– C'est dégueulasse.
Il jurait rarement et, lorsqu'il le faisait, il baissait automatiquement la tête, ses joues rougies par la honte. C'est Juliet, cette fois, qui pressa affectueusement l'épaule du garçon.
– Ne les écoute pas, Juliet. Comme toi à Serpentard, j'ai rencontré pas mal d'élèves de ma maison, dans la salle commune, dans la Grande Salle... Et je peux t'affirmer que tu es bien plus courageuse que beaucoup de gens de ma maison.
Ils se sourirent, espérant tous deux muettement que leur amitié puisse perdurer librement. Ils n'avaient que douze ans. Ils ne faisaient rien de mal. Ils voulaient juste avoir le droit d'être amis.
ooOOoo
Voilà près d'un mois que James passait trois soirées par semaine dans la forêt interdite. Vénézio l'attendait à l'orée boisée et tous deux marchaient avant que la nuit noire ne tombe. Vénézio n'était pas loquace mais chacune de ses phrases raisonnait en James avec pertinence et clairvoyance. Le Centaure parlait très souvent des astres, James l'écoutait alors attentivement, avide d'en apprendre toujours plus. Ses résultats en Astronomie s'en ressentaient, il était devenu le meilleur élève de sa promotion. Bien sûr il arrivait que James ne comprenne pas le sens de certaines phrases énigmatiques de Vénézio. Il arrivait que l'équidé fixe une étoile plus brillante que les autres et prononcent quelques mots mystérieux.
« Bientôt nous nous retrouverons, mais peut-être pas sous cette forme. »
James avait appris à ne plus poser de questions. La présence de son nouvel ami l'apaisait et lui permettait d'assouvir sa curiosité. Maël disait souvent qu'il avait « une soif d'apprendre intarissable ». Ça n'avait rien d'un reproche, pourtant James se sentait un peu ridicule. Il lui semblait parfois que ses amis le connaissaient mieux que les membres de sa propre famille. Néanmoins, personne n'était au courant de ses visites nocturnes au sein de la forêt interdite. Du moins le pensait-il.
ooOOoo
Il n'avait pas été difficile de repérer son petit manège, bien au contraire, ils s'étaient réjouis de le voir enfin seul, sans sa fidèle bande qui gravitait d'ordinaire autour de lui. Ils auraient pu parvenir à leurs fins plus tôt, il n'aurait pas été difficile de le coincer lors de ses visites nocturnes du château mais il leur aurait fallu se débarrasser de ses amis, les endormir aurait pris du temps et du temps, justement, ils n'en avaient plus à perdre.
Le petit Potter n'avait rien vu venir. Il semblait soucieux, plongé dans ses pensées. Il arpentait les couloirs avec parcimonie, déjà habitué à marcher silencieusement, à se fondre parmi les ombres, à se rendre invisible aux yeux des préfets, concierges et professeurs. Mais eux savaient voir l'invisible.
Un mouvement de baguette bien ajusté, quelques réflexes, une prise adroite pour lui bander les yeux, lui attacher poignets et chevilles. Il avait tenté de crier, il tremblait de tout son être mais rien n'aurait pu les arrêter. Voilà près de deux ans qu'ils attendaient ce moment, qu'ils l'attendaient lui. Voilà près de deux heures qu'ils l'avaient forcé à rester à genoux devant eux, les yeux bandés et à répondre à leurs questions. Voilà près de deux heures qu'il rechignait à le faire, se montrant tour à tour terrorisé ou faussement courageux, répétant inlassablement qu'il ne rejoindrait pour rien au monde leur groupe secret. « Un groupe de timbrés », disait le petit Potter. « Vous devez vraiment l'être pour croire que quelqu'un vous rejoindrait après ce l'avoir traité ainsi ! ».
Personne n'avait ri, pas même Emily.
« On ne peut te découvrir le regard. On le fera quand tu nous auras rejoints.
– Jamais !
– N'as-tu vraiment rien écouté de tout ce que l'on t'a appris ?! Tu dois nous rejoindre, tu... Tu n'as jamais rien remarqué d'anormal, ici, à Poudlard ?
Recroquevillé sur les pierres rances, James sentait perler les gouttes de sueur sur son front. Il avait froid, chaud, peur, il ne savait plus quel sentiment primait sur les autres, il voulait juste sortir de cette pièce, il voulait juste qu'on le laisse enfin tranquille.
Pourtant les voix continuaient de se frayer un chemin en lui et il ne pouvait s'empêcher de penser. Tout se mêlait en lui, l'Oracle, Vénézio, les mots de ses amis et même ceux de Mike s'entrechoquaient dans son esprit. La seule chose qui était sûre, c'est qu'il ne voulait parler de rien de cela avec ces élèves dont il ne reconnaissait pas les voix.
– Pose-nous des questions, James.
– A quoi ça servirait, soupira James. Vous ne me répondrez pas.
– Bien sûr que si.
– Très bien, murmura-t-il d'une voix teintée d'amertume. C'est pour ça qu'ils sont absents, les autres ? Ils sont là, avec vous ? C'est vous qui...
Il s'interrompit, hésitant à trop en dire. Il ne vit pas que ses ravisseurs se concertaient du regard, pas plus que l'un d'eux s'agenouillait devant lui.
– Non, James, nous ne sommes en rien responsables de ce qui se passe. C'est justement pour ça qu'on se retrouve ici, pour comprendre, pour empêcher ça. Il y a deux groupes secrets à Poudlard. Le nôtre et un second, qui cherchera à te recruter aussi. Tu dois faire le bon choix.
– Qui me dit que ce n'est pas le second, le bon choix ?
– Tu as le choix, justement. Nous te laissons le choix. Eux ne le feront pas. A toi de voir si tu préfères choisir ou subir.
Finalement il n'était pas si paranoïaque, des élèves disparaissaient et on comptait une sur lui pour trouver une solution. Faire un choix. Le bon. Mais il n'avait que douze ans. Il savait pourtant qu'il n'avait pas le temps, même s'il n'avait pas les épaules assez solides, il devait faire un choix. Il savait surtout qu'il risquait de s'en mordre les doigts.
ooOOoo
Teddy l'avait écouté cette fois. Il avait pris le temps, avait accepté de marcher à ses côtés dans le parc du château, ne l'avait interrompu à aucun moment. Il lui avait même donné un conseil.
« Fais ce que tu veux, James, c'est à toi de décider. »
C'était mieux que rien, se disait James. Il faisait beau, ce jour-là, le soleil leur chatouillait la nuque et les filles lançaient des œillades peu équivoques à Ted et même, pour les plus jeunes d'entre elles, à James, qui en était fort étonné.
« T'as une copine, Ted ? »
Une conversation normale. Une conversation entre frères. Une conversation qui ravissait le plus jeune des deux. Le plus âgé, lui, soupira.
– Non.
Il y en avait eu quelques-unes, de celles qui ne comptent pas vraiment. Il aurait pu tomber amoureux de deux d'entre elles, mais la première n'en voulait qu'à sa célébrité et la seconde était secrètement amoureuse de son parrain. Il aurait dû prévenir James, lui aussi serait pris pour cible par des demoiselles peu fréquentables mais qui avait prévenu Ted ?
– Tes amis sont juste là.
– Je peux les rejoindre plus tard, tu sais, on peut rester ensemble...
– J'ai un truc à finir. »
Il partit de sa démarche nonchalante, les mains dans les poches. James le regarda marcher en souriant, se promettant qu'il serait aussi cool lorsqu'il aurait l'âge de son grand-frère.
« James ! Faut qu'on parle. »
James le jeune Gryffondor n'avait vu Nalani ainsi. Son ton dramatique, sa mine soucieuse... Que se passait-il encore ?, songea James, inquiet.
– On a beaucoup réfléchi à propos de ce que tu nous as dit, James, dit Nalani d'un air sérieux qui ne lui ressemblait pas. Et on a parlé de ce que nous a dit le Choixpeau. Il y a des concordances... étranges. Moi il m'a dit que j'avais l'intelligence requise pour trouver ma place parmi un tout. Keith...
– Il m'a dit que j'avais ma place partout, mais que me placer à Serdaigle permettrait de trouver un équilibre au tout.
– Et à moi le Choixpeau m'a prédit une destinée, dit Keanu. Je n'ai pas tout compris mais il a dit que c'était normal, que je comprendrai en temps voulu.
– C'est pareil pour moi, ajouta Oscar après quelques minutes de silence. Il m'a dit que ma loyauté serait un atout, aussi bien pour moi que pour... le tout.
– Le tout, songea James à voix haute.
Après l'Oracle et les Centaures, voilà que le Choixpeau Magique s'y mettait. Leur répartition remontait à près de deux ans, comment avait-il pu tenir pareil discours alors qu'ils n'étaient rien d'autre que des petits enfants ?
– Que t'a-t-il dit à toi, James ?
– Il m'a laissé le choix.
– Le choix ?
– Il m'a dit que je pouvais choisir ma maison.
– Pourquoi as-tu choisi Gryffondor ?
– Parce que tout le monde s'attendait à ce que j'y aille et puis... Je me suis dit que mon père serait fier de moi.
La plupart de ses amis s'étaient contenté de hocher la tête, compréhensifs. Mais Louis, lui, s'était fait plus grave. Le plus gros défaut de James, selon lui, venait de cet amour débordant qu'il dédiait à ses proches. Lorsqu'il avait une idée en tête les concernant, plus rien n'avait d'importance et Louis s'inquiétait beaucoup. Il avait le pressentiment que James avait besoin de garder tous ses réflexes et toute sa lucidité. Les temps à venir lui paraissaient sombres et il ne savait encore à quel point il avait raison de s 'inquiéter.
ooOOoo
Susie Finigan avait été la première à comprendre qu'il se passait quelque chose de grave. D'ordinaire les absences l'inquiétaient tout autant que ses amis mais ce jour-là, elle était tout bonnement paniquée.
« Ils ont pris Jean-Paul. », s'était-elle contentée de murmurer avant que les Maraudeurs ne les entraînent dans une salle secrète qu'eux seuls semblaient connaître.
– Je les ai vus l'amener. J'ai bien pensé à intervenir mais...
– Tu as bien fait de ne rien tenté seule, la coupa James. On est trop jeunes et ce sera plus simple à plusieurs.
– Attends..., intervint Keanu, l'ai effaré. Tu veux qu'on tente quelque chose ?
– Il faut monter un plan, oui. Alice, préviens ton père. Libre à lui d'appeler les Aurors en renfort, il faut qu'au moins un adulte responsable soit au courant de notre plan. Nalani, Oscar, vous prévenez Liko et Olivia. Expliquez-leur tout depuis le début, il faut qu'ils aient tous les éléments en main pour pouvoir nous venir en aide si besoin. Louis, je te confie la Carte. Fred et toi parlerez aux Maraudeurs. Il faudra trouver un moyen de l'agrandir, elle ne couvre pas toute la forêt.
L'esprit d'aventure d'Alice et le pragmatisme de Maël se mêlèrent au ton de leader de James. Leurs amis avaient beau redouter pour eux qu'ils deviennent aux yeux de la communauté le nouveau Trio d'Or, force était de constater qu'ils étaient complémentaires. Et efficaces. Le plan fut prêt en moins de vingt minutes. Chacun avait un rôle à jouer et tous se séparèrent après avoir observé avec crainte James et Maël qui s'engouffraient dans la forêt interdite.
Avec l'aide de Vénézio, il ne fut pas très compliqué de retrouver la trace de Jean-Paul et de ses ravisseurs. Le plus dur vint après, lorsqu'il s'était agi de les suivre discrètement. Ils avaient sûrement été repérés depuis longtemps mais se rassuraient, se promettant d'un regard que leur plan fonctionnerait et que Liko et Olivia, prévenus par Nalani et Oscar, étaient bien derrière eux, les protégeant de loin.
Louis, de son côté, trembla dès qu'il vit se dessiner la fin de la Carte du Maraudeur. Ils n'avaient eu de cesse d'insister auprès des Maraudeurs pour qu'ils leur apportent leur aide mais ceux-ci n'étaient plus rien d'autres qu'une trace, un souvenir amusant de leur présence sur Terre. Un souvenir à l'utilité mesurée. Fred avait bien tenté de joindre son père, par cheminée, mais celui-ci n'avait pu les aider.
« Alors les gars, du nouveau ?
– Non, Keith, pas pour le moment. Mais on va bientôt les perdre, soupira Louis.
– Ils sont bien suivis ?
– Liko et Olivia ne sont pas loin. Les sentinelles sont à leur place.
Louis fixa les huit points qui ne bougeaient plus depuis plus d'une heure. Nalani et Oscar d'un côté, Keanu et Susie d'un autre. Leurs quatre amis de Serpentard fermaient la boucle. Clifford avait courageusement proposé qu'ils se séparent mais James avait été ferme, ils avanceraient par deux.
– Et de ton côté ?
– J'ai mis Mike Corner au courant, comme le voulaient le frère de Nal' et la sœur d'Oscar. Alice m'a fait savoir que son père l'était également.
Louis se laissa tomber dans le fauteuil le plus proche. Si Neville était au courant, Harry ne tarderait pas à l'être. Le triste regard de Fred ne fit que confirmer ce qu'il redoutait. James ne sortirait pas indemne de cette expédition. Et son point disparut de la carte, suivi de près par celui de Maël.
ooOOoo
« S'ils ne sont pas revenus à deux heures du matin, il faudra intervenir. » C'est ce qu'avait dit le gamin avec qui il partageait son nom de famille. Pourquoi seulement à cette heure-ci ? Mike l'ignorait. La cloche sonna deux fois. Il entra dans la petite salle et trouva quelques gamins de deuxième année serrés autour d'un vieux morceau de parchemin. Il tiqua à peine, il ne s'étonnait plus de rien lorsqu'il s'agissait des Nouveaux Maraudeurs.
« J'en conclus qu'ils ne sont pas revenus. »
Les regards convergèrent vers lui. Des yeux embués, terrifiés, vides d'espoir. La consigne était de prévenir les Apprentis en faction, à commencer par Ted, le presque-grand-frère de James. Les six Aurors en devenir s'étaient précipités dans la forêt, baguette brandie, pour en sortir deux heures plus tard, traînant derrière eux trois élèves blessés.
ooOOoo
« James,
Ton ami Maël m'a écrit pour expliquer à moi que tu étais dans ton hôpital d'école. J'espère que tu vas mieux, donne moi vite des nouvelles de toi. Je choque d'apprendre que tu partis mener ta enquête sur absences. Parle moi tout à propos. Je veux tout savoir ! Je envie que moi aussi enquête avance mais pas encore. Beaucoup absences ces semaines et comme toi et Sian gros changement. Je pensé à cette drogue histoire et je questionne mon ami Alessandro, non-sorciers fils. Lui dire que possibilité intéressante, absents état pareil ici.
C'est maman à lui qui apprend anglais parler. Je beaucoup progrès ! Toi dois faire pareil Espagnol !
Donne nouvelles toi à moi.
Matheus »
James plia soigneusement la lettre en esquissant un sourire. Il appréciait de pouvoir correspondre avec ces deux élèves qui, comme lui, découvraient la vie magique dans des communautés distinctes. C'était de cet échange qu'était née son inquiétude liée aux absences, après que tous trois se soient aperçu que le même événement se produisait dans leurs écoles. Sian avait été la première à agir, organisant une embuscade pour attraper celui qu'elle nommait « l'espion », un élève de dix-neuf ans, apprenti potionniste, qui « endormissait » selon elle des élèves avant de les laisser entre les mains de chimistes aux idées néfastes.
James se redressa douloureusement, son bras blessé le lançait encore, et glissa sa lettre dans la poche arrière de son pantalon. La porte s'ouvrit sur le visage fatigué de son meilleur ami.
« Tu as terminé d'écrire à Matheus ? Je t'accompagne à la volière ?»
Ils avaient pris l'habitude de ne plus se déplacer l'un sans l'autre depuis l'échec de leur expédition. James avait beau répéter que l'essentiel était qu'ils aient pu ramener Jean-Paul sain et sauf, les cent points qu'ils avaient fait perdre à leur maison leur restaient en travers de la gorge. Le professeur Glacey, professeur de Métamorphoses et directeur de Gryffondor, les avait convoqué dans son bureau pour « accumulation de fautes graves et transgression massive des règles élémentaires ». Ils étaient passés près de se faire renvoyer de Poudlard. Ils avaient eu beau se justifier, exposer point par point la logique de leur démarche, aucune arrestation n'avait été commise, aucune preuve n'avait été apportée par les apprentis Aurors. Et pour cause.
James et ses amis soupçonnaient Elvis Zigaro d'être l'espion de Poudlard et, après avoir été appelé par Ted, d'avoir alerté ses complices. Ceux-ci avaient une nouvelle fois fait disparaître toute trace de leurs méfaits de leur présence sur les lieux.
« On reviendra », avait promis Maël. « On montera des tours de gardes tous les soirs s'il le faut, on fera ça jour après jour, semaine après semaine, année après année. On sera les préfets de la forêt. Ça prendra le temps que ça prendra mais on prouvera notre innocence. On a cinq ans pour le faire.»
– A moins qu'on ne se fasse virer avant, avait répondu James avec amertume.
Furieux, ses parents lui avaient envoyé une Beuglante qui l'avait fait rougir plus que jamais. Ted, en revanche, avait reçu une Glorieuse, en plus de son prix pour services rendus à l'école. Si James et Louis avaient été heureux pour lui et ses amis qui se voyaient traités comme des héros depuis qu'ils avaient sauvé « les parfaits idiots qui se sont rendus dans un endroit interdit et dangereux seulement pour se vanter de l'avoir fait », il n'en avait pas été de même pour leur bande d'amis. Aigles, blaireaux, serpents et lions s'étaient accusés, partageant volontairement la peine de James et Maël, et ne supportaient pas d'avoir été punis alors que les apprentis Aurors passaient pour des héros.
« Ta cousine est en train de foncer vers nous et elle est en mode furie diabolique. »
Victoire, en effet, ressemblait plus que jamais à sa mère, lorsque celle-ci se disputait avec leur grand-mère Molly. Sans un mot elle attrapa James par le bras et fit signe à Maël de ne pas les suivre. Elle entraîna son cousin dans une vieille salle de cours inutilisée et claqua la porte avec rage.
« Je crois qu'il est inutile de revenir sur tes idées bornées d'escapades en forêt et de te répéter de ne plus entraîner Louis dans tes basques, vous n'en...
– Louis fait ce qu'il veut, Victoire.
– Parlons de Teddy alors.
Son ton était plus âpre que jamais, ses traits défigurés par la rage.
– Karol Backspace m'a dit que tu avais joué les entremetteurs pour la mettre dans les bras de Teddy. C'est vrai ?
– Pourquoi ?, s'inquiéta James. Elle a fait quelque chose de mal ?
– Réponds-moi.
– J'ai juste parlé avec elle. Elle est très amoureuse de lui et m'a paru très sympathique et vu que Ted a toujours eu peur, de part sa demi-lycanthropie...
– Il est surtout toujours tombé sur des folles furieuses qui n'en voulaient qu'à sa célébrité !
– Mais Karol n'est pas comme ça !
– Peu importe ! Pourquoi tu avais besoin de t'en mêler !?
– Parce que j'aime mon frère et que mon désir le plus cher est de le voir enfin heureux ! C'est ce qu'on souhaite pour tous les gens qu'on aime, non ? Tu devrais être heureuse pour lui...
Folle de rage, Victoire secoua ses lourds cheveux blonds. Heureuse pour lui !? Comment pouvait-elle être heureuse lorsqu'à l'occasion d'une ronde de préfère elle surprenait l'élu de son cœur avec cette brune insipide de Gryffondor ? James était-il si crétin qu'elle le pensait ? N'avait-il vraiment rien vu ? C'était injuste, bien sûr, elle faisait tout pour cacher ses sentiments et jouait à la perfection le rôle de la bonne cousine. Mais ça ne donnait pas le droit à James de briser ses rêves d'avenir.
– C'est pour ça que Ted m'en veut, réalisa tout haut le jeune garçon. Tu t'en es pris à lui aussi ?
– Bien sûr que je m'en suis pris à lui !
– Je ne savais pas que tu étais amoureuse de lui, Victoire, sinon jamais je n'aurais...
– Amoureuse de lui ? Moi ? Mais tu...
– Je sais que tu me crois idiot mais même les idiots ont leur limite. Crois ce que tu veux, Victoire, mais je suis sincèrement désolé. Je voulais juste le rendre heureux, lui montrer que les filles peuvent aussi s'intéresser à ce qu'il est vraiment plutôt qu'à son nom. Je te souhaite bonne chance, ajouta-t-il en ouvrant la porte.
– Attends, James... Tu ne trouverais pas ça bizarre ?
– Que mon frère sorte avec ma cousine ? Vu que ni lui ni toi ne revendiquez ce lien que je pensais acquis, non, je ne trouve pas ça bizarre. Je veux juste que vous soyez heureux. »
Ce fut lui qui ferma la porte cette fois-ci. C'était la première fois qu'il prenait congés le premier, la première fois qu'il lui tournait le dos. Combien de fois l'avait-elle vu tendre la main vers elle, lui sourire, l'aborder ? Combien de fois avait-elle perçu tristesse et incompréhension dans ses yeux ? Jamais de déception, non. Pas vis-à-vis d'elle du moins. Il devait penser que le problème venait de lui, il avait la maturité de patienter, d'attendre qu'elle revienne vers lui. Mais elle n'était jamais revenue, à part pour lui crier dessus et le cribler de reproches. Et voilà qu'il lui donnait la seule chose dont elle avait toujours été dépossédée, le seul soutien qu'elle attendait, jour après jour. Il n'était pas contre. Alors qu'elle avait toujours pensé que tous lui tourneraient le dos si elle parvenait à séduire Teddy, James était devenu son premier allier. Un allier qu'elle n'aurait jamais soupçonné.
ooOOoo
Ce n'était pas faute de l'avoir invité dix, cent, mille fois. Les arguments ne manquaient pas, il voulait lui faire découvrir la salle commune des lions, lui montrer ce dortoir qu'il partageait avec leurs cousins et Maël, lui désigner son lit et les posters de quidditch qu'il avait affichés sur le mur. Voilà quelques mois qu'il ne se faisait plus d'illusion, Teddy avait quitté Poudlard sans accepter son invitation, ce n'était pas en tant qu'Apprenti qu'il viendrait. Encore moins de lui-même. Et pourtant, James et son presque-grand-frère étaient assis l'un contre l'autre sur la couverture froissée du premier, les yeux face à ce batteur Slave dont la légende disait qu'il avait envoyé un cognard sur la lune.
« Comment es-tu rentré ? Vous avez les mots de passe de toutes les maisons ?
– Non, j'étais avec Karol. Il fallait qu'on... Nous avons rompu.
– A cause de Victoire, devina James.
Teddy fronça à peine les sourcils. Tallulah n'avait de cesse de lui répéter que James était bien plus malin qu'il ne le croyait. Elle avait sans doute raison mais il ne pouvait lui dire la vérité. Comment expliquer à un garçon de douze ans qu'il avait perdu tout espoir de rencontrer une fille qui s'intéresserait un jour à lui ? Bien sûr il savait que la plus grande des Weasley en pinçait pour lui. Il le savait depuis toujours. Mais il avait choisi de glisser cette idée dans un coin de sa tête et de ne plus y repenser. Et pourtant, désormais, son choix était fait. Et son choix s'était porté sur elle. Victoire se fichait de ce qu'il représentait, elle se fichait de sa célébrité et de son rôle. Elle s'en fichait parce qu'elle vivait la même chose que lui. « Ce n'est pas de l'amour », avait craché Tallulah. Qu'importe, songeait Teddy, du moment qu'il n'était pas seul. Cependant, il n'avait pas hâte que toute la famille le sache et mettre James au courant était le meilleur moyen d'ébruiter leur histoire naissante.
– Bref... Il faut que je te parle d'un truc. J'ai pas mal réfléchi et... Si j'étais toi, je ne dirai rien de tout ça à Harry. Je ne pense pas que le professeur Glacey lui écrive, il t'a à la bonne, on se demande bien pourquoi d'ailleurs...
– Il lui a déjà écrit. J'ai reçu une Beuglante.
– Ah. Merde. Ils croient en la version officielle ?
– Ils croient qu'il s'agissait d'un pari et que j'ai passé la nuit dans la forêt interdire pour montrer aux autres élèves à quel point je suis plus fort qu'eux.
Une voix amère. Résignée.
– Mieux vaut ne pas leur parler de la vérité.
– Tu n'es pas censé dire la vérité à papa, toi ?
– On n'a pu arrêter personne, James. On n'a aucune preuve.
– Mais tu les as vus !
– Seulement vus, oui. On ne poursuit pas une affaire sur une simple vision.
– Donc si je comprends bien tu veux que je confirme cette version qui fait de moi un crétin prétentieux sans cervelle parce que l'affaire sur laquelle tu bosses n'avance pas.
– En gros, oui.
Il ne servait à rien de lui mentir, bien au contraire. C'était pour James un sacrifice normal, une aide ordinaire de frère à frère.
– Je comprendra que tu n'acceptes pas mais...
– J'accepte. Mais tu restes tributaire de la décision de mes amis. Je ne déciderai pas pour eux. Ni pour Fred et Louis. Et puis... Ils le sauront tôt au tard, rapport au prix que tu as reçu.
– Je saurai rester discret. Mais je prendrai ta défense, je trouverai une autre version. Ni l'officielle, ni la vraie, un truc qui te sorte de la merde sans...
– Pourquoi ?
– Parce que, même si je ne te comprends pas toujours, je sais que tu as fait certaines choses pour moi, parce que... tu m'aimes bien, disons.
– Je t'aime, oui. Tu es mon frère.
– Non, James. Je ne suis pas ton frère et...
– C'est pareil pour moi.
– Je ne veux pas le devenir.
– Je vois...
– Non, tu ne vois pas mais ce n'est pas très grave. On continuera de faire comme avant, ok ? C'est ainsi que cette famille agrandie est faire, avec des mensonges et des non-dits. Mais on en fait tous les deux partie et on doit... suivre la route, tu comprends ? Je dois y aller. On se verra au Terrier. »
ooOOoo
Le château était en pleine effusion. Les élèves courraient en tous sens, n'écoutant que d'une oreille les remontrances de leurs professeurs. A l'enthousiasme des jeunes s'ajoutait la fatigue des enseignants qui éprouvaient tout autant d'impatience de voir les vacances arriver. Ce moment l'avait toujours rendu joyeuse, aussi Tallulah Mitchell ne protesta pas lorsque trois élèves de troisième année la bousculèrent sans s'excuser.
La salle commune de Gryffondor était quasiment vide, la plupart des lions étaient dans le parc, profitant du retour du soleil pour improviser matchs de quidditch et ballades entre amis. Pourtant elle savait que James était à l'étage et surtout qu'il y était seul. Elle avait croisé ses amis, qui l'attendaient près de la cabane de Hagrid et avait pressé le pas. Il fallait qu'elle lui parle. Elle avait déjà trop tardé.
« Salut Jamesie. Ouais, je sais, Milo s'en est plaint pendant sept ans, vous n'avez pas le droit de venir mais nous pouvons visiter les dortoirs des garçons à loisir... Je n'ai pas été très présente ces derniers temps, pas vrai ? Tu m'en veux ?
– Non
– Mais tu en veux à Ted ?
– Non !
– Tu devrais pourtant. S'il ne prend pas le temps de t'expliquer certaines choses tu ne peux pas les comprendre seul. Et ce n'est pas à moi de le faire. Mais j'ai un conseil à te donner, quelque chose de très important… Je t'ai beaucoup observé ces derniers temps, bien plus que tu ne le crois et tu ne dois pas oublier qui tu es, qui tu es vraiment. Tu te fais passer pour un autre, soit, mais n'oublies jamais qui tu es. Et n'oublies jamais que tu n'as que douze ans, James. »
Il n'avait pas l'impression de se faire passer pour quelqu'un d'autre. Il voulait juste qu'on le laisse tranquille, qu'on le laisse devenir qui il était, aurait dit l'Oracle. Et pourtant... Les mots de Tallulah raisonnaient en lui telle une litanie sans fin. Il n'avait que douze ans. Douze ans seulement et il s'éloignait déjà de sa famille, douze ans seulement mais déjà fatigué par le poids des lourdes responsabilités que posaient les autres sur ses épaules.
Sa famille lui manquait, il ne désirait qu'une chose, retrouver ses parents, son frère et sa sœur. Et pour cela il ne pouvait être lui-même. Il avait essayé, il avait échoué. Leurs rapports se résumaient à des reproches de part et d'autre agrémentés des piques jalouses de la petite Lily. Il n'arrivait pas à se faire comprendre, il ne parvenait pas à exister normalement, à tisser des liens qui auraient dû être ordinaires.
Non, s'il voulait recréer un véritable lien avec sa famille, il ne devait justement pas être lui-même. Il avait un rôle à jouer, celui du gamin idiot dont la maladresse fait naître les moqueries et les rires, un gamin moyen qui laisse le soin aux autres de briller à sa place.
Heureusement, il avait ses amis. Avec eux il pouvait être James. Pas James Potter, ni même le fils de son père, juste James, un lionceau parmi les autres, ami des aigles et des blaireaux, allié des serpents, un garçon comme les autres en somme.
ooOOoo
Ils avaient gagné et il avait marqué le but de la victoire. Ils avaient gagné et Olivia l'avait étouffé dans ses bras. Ils avaient gagné et Liko l'avait porté au-dessus de sa tête. Ils avaient gagné et le professeur Glacey lui avait serré la main avec fierté. Ils avaient gagné et la Bièraubeurre coulait à flots dans la salle commune de Gryffondor. Mais James ne s'y trouvait pas, pas plus que Maël, Louis et Alice qui avaient voulu le suivre. Marchaient également à leurs côtés leurs amis de Serdaigle et de Poufsouffle qui n'avaient pas compris pourquoi James ne suivait pas Fred et toute l'équipe fêter la victoire. Ils étaient en route vers la Tour Invisible mais seuls deux d'entre eux le savaient. Louis s'en doutait et Alice pressentait une aventure à côté de laquelle elle ne voulait pas passer.
– Où on va ?, demanda Nalani en ajustant ses vêtements.
Elle n'en voulait pas à ses amis d'avoir gagné, son attrapeur, Malek Lespare, avait attrapé le vif avant Olivia, ils n'avaient perdu que de dix points, s'assurant ainsi la victoire finale de la Coupe.
Louis posa une main hésitante sur l'épaule de son cousin qui haussa les sourcils. A côté du blondinet, Alice tournait la tête dans tous les sens comme pour montrer qu'elle n'était pas d'accord avec la décision de James.
– On en a parlé, Alice, lui murmura James. On a même voté.
– Je te connais mieux qu'eux, tu attires les ennuis depuis qu'on est nés, tu ne peux avoir confiance qu'en moi.
– Je te rappelle que je suis son cousin, dit Louis d'une voix froide.
– Et moi son…
Maël hésita.
– James est mon meilleur ami, il sait qu'il peut avoir confiance en moi.
– On peut savoir ce que vous cachottez les lionceaux ?, s'enquit Nalani.
James s'arrêta au beau milieu du couloir. Il avait bien réfléchi et sa décision était prise. Il avait confiance en ses amis qui se tenaient tout autour de lui. Il avait confiance en eux et ne voulait rien leur cacher. Néanmoins, lorsqu'il ouvrit la bouche, il fut entraîné de force par une bourrasque de vent qui accéléra pour l'emporter loin de ses amis. Il les entendit crier son prénom, vit Maël, Keith et Nalani courir vers lui mais il était trop rapide et surtout trop impuissant pour les laisser l'aider.
Il lui sembla mettre moins d'une minute pour traverser le château et se retrouva, les cheveux plus ébouriffés que jamais, dans la Tour Invisible. Il ne s'était pas trompé, l'Oracle l'avait réellement appelé à nouveau.
– En effet, Clef du Rassemblement, tu as su entendre mon appel.
– Comment m'avez-vous appelé ?
– Par ton nom.
La voix de l'Oracle surplomba la centaine de murmures inaudibles. Tous se turent en même temps, plongeant James dans un plus grand malaise encore. « S'ils ne parlent pas, c'est forcément qu'ils m'écoutent », songea-t-il, anxieux.
– Ne prête pas attention aux autres.
– Qui… Qui sont-ils ?
– Des communicants. Des liens. Une porte ouverte vers la Source.
James fronça les sourcils. La Source ? Voilà qui confirmait ses craintes.
– Tu t'es renseigné. C'est bien. Mais tu ne tireras rien de conclusions trop hâtives.
– Je me suis renseigné, oui. Et les Oracles n'aiment pas les héros.
– Crois-tu en être un ?
– Bien sûr que non. Mais mon père en est un.
– Et tu es venu ici malgré tout. Tu songeais même entraîner tes amis…
– Non ! C'est faux ! Je ne veux pas être ce type de personne qui se croit supérieur aux autres, je ne veux pas de destinée ou de talent unique, s'ils veulent m'accompagner, ils le peuvent, je ne vais pas…
– Ils le doivent. Tu es la Clef. Ils se rassembleront à tes côtés.
– Comme s'ils y étaient obligés, vous voulez dire ? Je ne les obligerai à rien, vous savez.
– Je lis en toi, Clef, je le sais. Mais tu n'auras pas à le faire. Le tout est que tu deviennes qui tu es.
– Non.
– Tu n'as pas le choix.
– J'aimerais bien l'avoir le choix, justement !
– Tu as pourtant appris qu'on ne récolte pas toujours ce que l'on sème.
– Et comment suis-je censé devenir qui je suis ?
– Toi seul le sais. Tu dois apprendre à le découvrir, à trouver le chemin.
– Pourquoi m'avoir fait venir ?
– Ta curiosité est inassouvie, chaque réponse trouvée t'apporte trois questions supplémentaires.
– Vous acceptez de répondre à mes questions ?
– J'accepte de répondre à trois de tes questions.
– Puis-je vous faire confiance.
– Tu le peux. Ainsi qu'aux Centaures.
– Comment…
– Je le sais. Question suivante.
– J'imagine que nous nous reverrons un jour prochain alors j'aimerais savoir… Suis-je censé « croire »…
– La croyance s'impose d'elle-même, personne ne peut te forcer à croire, te le conseiller, te convaincre. Et non, tu n'es pas obligé de croire pour me parler, tu ne croies pas et tu es là.
– Mais si je croyais, je ne serais pas là, n'est-ce pas ? Pourquoi ?
– Tu me poses deux questions, Clef. Tu n'as droit qu'à une seule.
– Pourquoi, alors ?
– Tu es malin. C'est bien. Mais je ne peux répondre à cette question.
– Je peux essayer de deviner ?
– Tu n'es pas prêt pour cela. Mais je comprends ta frustration. Assieds-toi, Clef, je vais te conter une histoire.
« La légende raconte que la magie était un pouvoir offert par la Source de toute vie. Elle seule choisissait qui en était pourvu et dépourvu. Elle protégeait les êtres, de son îlot secret, et tout allait bien. La Terre se peuplait, les îlots se multipliaient et la Source dut faire appel à des Messagers pour accomplir son devoir. Il y eut des guerres, sorciers et non-sorciers s'affrontèrent à de nombreuses reprises. La Source n'intervenait pas, un certain équilibre était maintenu. Mais vint un temps où sorciers et non-sorciers bafouèrent leur origine, élisant des divinités parmi les simples mortels. Les mentors furent sanctifiés, les héros divinisés, certains mages tentèrent de devenir immortels. La Source était puissance et décision. Elle décida de reprendre ses droits et de rétablir l'équilibre. Sais-tu, Clef, ce qui advint ?
– Ceux qui s'étaient dressés au-dessus des autres n'acceptèrent pas de laisser leur place. La Source, mécontente, annihila toute forme de vie. Et elle repartit de zéro.
– C'est en effet ce que raconte la légende, Clef.
– Êtes-vous sérieusement en train de me dire qu'à cause de Voldemort, mon père, ma tante et mon oncle sont en train de contrarier la Source et qu'elle va faire disparaître le monde tel qu'il est ?
– Je ne fais que ce que je t'ai dit, Clef. Je te conte une histoire.
– Je n'y crois pas. Et puis je ne suis pas cette Clef que vous attendez. Vous croyez vraiment que j'ai un rôle à jouer dans tout ça ? Vous croyez que je vais aller voir mon père et lui dire : « Arrête de jouer les héros sinon la Source va lancer un tsunami gigantesque pour exterminer le monde ? »
– Ce n'est pas ce que j'attends de toi, Clef.
– Alors qu'est-ce que vous attendez ?
– Deviens qui tu es. Nous nous reverrons à ce moment-là.
James comprit qu'il était temps de repartir. Les lueurs scintillaient plus vivement, l'aveuglant par intermittence, les voix étaient revenues et celle de l'Oracle disparaîtrait vite, il le savait. Son temps était compté.
– J'ai une dernière question. S'il-vous-plaît.
– Je t'écoute, Clef.
– Suis-je le seul à venir ici ? Et si oui, pourquoi moi ? Est-ce que je peux en parler à mes amis ? Peut-être qu'ils viendront un jour vous rencontrer eux aussi…
– Les réponses sont en toi. Ne l'oublie jamais. Toi seul peux devenir qui tu es. »
Il lui semblait poser des questions différentes, importantes mais l'Oracle n'avait qu'une seule réponse. Et le vent soufflait déjà en sens inverse. Une minute plus tard il atterrissait au beau milieu d'un couloir et de son cercle d'amis.
Il abrégea la conversation et repartit rapidement vers sa salle commune. Ce n'était pas un manque de confiance, non, ça n'avait rien à voir. Il voulait seulement prendre le temps de penser à ce que lui avait dit l'Oracle et, surtout, à ce qu'elle ne lui avait pas dit. Pourquoi ne répondait-on jamais à ses questions ? Pourquoi n'avait-il le droit que d'espérer ? Pourquoi devait-il attendre et apprendre seul ? Pourquoi n'avait-il jamais le choix ?
– Je comprends que tu veuilles gamberger un peu mais si tu as besoin, je suis là.
– Merci Maël.
Si James se décidait à parler, Maël serait le premier à l'entendre, c'était certain. Mais James n'avait pas envie d'en parler, pas même d'y penser. La Grosse Dame le félicita pour le match et la liesse le prit dès qu'il s'introduisit dans la salle commune. Ils avaient gagné le match. Liko et Olivia dansaient au beau milieu de la pièce, un verre dans chaque main, Fred revivait le match, parlant à trente personnes en même temps et une Bièraubeurre volait dangereusement vers lui. Ils avaient gagné le match et, à l'instant précis, il n'avait envie de songer à rien d'autre.
ooOOoo
Tallulah serait fière de moi. Elle aime tant quand on écoute ses conseils... J'ai compris que je n'avais que douze ans, treize dans quelques jours, et que je suis trop jeune pour m'éloigner ainsi des miens. Quand je suis descendu du Poudlard Express, avec Fred et Louis, il y avait tellement de monde autour de nous que maman a été obligée de me féliciter pour le match de la veille. Bien sûr, arrivés à la maison, elle n'a pas pu s'empêcher de dire qu'avec elle, Gryffondor aurait gagné la Coupe. Mais je n'oublie pas sa main dans mes cheveux et le sourire qu'elle m'a adressé sur le quai. Il était peut-être forcé mais il m'avait manqué.
Depuis je les embête, je me montre puéril, maladroit, idiot, ridicule. Je suis tel qu'ils me voient, je n'essaie pas de me comporter normalement, pas même de leur parler de choses sérieuses, de sentiments, de choses qui comptent. Je les embête et quelques fois j'arrive même à les faire rire. A chaque fois que ça se produit, je le note dans un carnet que je cache sous mon matelas, parce que je ne fais pas vraiment exprès de les faire rire mais j'aimerais bien que ça arrive plus souvent.
Je lis mon carnet tous les soirs et tous les matins, je connais les astuces par cœur mais j'ai toujours peur d'oublier un détail. Louis trouve ça ridicule. Il dit que je dois être moi-même et que c'est à eux d'apprendre à m'aimer comme je suis. Mais Louis ne comprend pas, son père le regarde avec fierté et sa mère le prend toujours dans ses bras. Victoire n'éprouve à son égard aucune jalousie et Dominique accepte de marcher à ses côtés. Je ne sais plus vraiment qui je suis mais peu importe, tant que ça les rend heureux, eux, c'est ça qui compte.
Papa m'évite un peu mais il se comporte « normalement » avec moi. Il fait moins de compliments à Albus et il m'a même amené avec lui au bureau, un jour. Bon, personne ne pouvait me garder, mais il m'a quand même amener avec lui et c'était la plus belle journée des vacances !
Je vois bien qu'ils se forcent, que leurs sourires et leurs attentions ne sont pas naturelles, innées mais ce n'est pas si grave. Louis dit que je me voile la face mais c'est faux, j'en suis conscient, c'est juste que je veux encore profiter tant que je le peux des bras de ma mère et espérer un jour rendre mon père fier de moi. Bien sûr je me fais gronder parce qu'il arrive que j'oublie le rôle que j'ai à jouer. Hier, par exemple, maman et Albus parlaient des maisons de Poudlard et j'ai dit la vérité, que toutes les maisons ont de chouettes qualités et des élèves supers et que la personnalité d'Albus irait bien à Serpentard parce qu'il est rusé. Ça n'a pas plu à maman et je la comprends, elle aimait beaucoup son frère Fred et Georges dit tout le temps que ce sont les Serpentard qui l'ont tué.
Dans deux semaines Al sera avec moi à Poudlard. Bien sûr, j'aimerais bien qu'il soit avec moi à Gryffondor mais je pense vraiment qu'il ira à Serpentard. Je sais que, peu importe la maison dans laquelle il est réparti, il pourra compter sur mes amis et ça me rassure énormément. Je ne voudrais pas qu'il vive ce que j'ai vécu à son âge. Je ne le laisserai pas arriver.
Dans deux semaines il ne sera plus seulement ce petit frère que je chérie, que je jalouse, qui m'attend à la maison, il sera Albus, un nouvel élève, un futur brillant étudiant qui sera apprécié de tous, quelle que soit sa maison. Lui aussi aura un choix à faire, lui aussi sera approché par les deux groupes secrets de Poudlard, lui aussi sera seul décisionnaire. Mais je serai là pour l'aider. Il pourra suivre mon choix ou s'y opposer, peu importe, il est mon frère, rien ne nous séparera jamais. Je veillera sur lui et l'entourerai de tout l'amour possible, de tout l'amour dont j'ai manqué. Mais en attendant qu'il sache se défendre, je vais profiter de ces quinze derniers jours pour vivre ce qui nous reste d'insouciance. Tallulah et Ted n'avaient pas tort, je ne suis qu'un gamin de tout juste treize ans et Albus ne risque pas de l'oublier.
Et voilà !
Je vous dis à bientôt (si, si) pour la rentrée d'Albus et Rose !
