Salut tout le monde !
J'espère que vous êtes tous bien au chaud en cette période de Noël et que vos vacances/congés se passent bien ! De mon côté la hôte du père-noël ne comportait pas beaucoup de reviews ni de MP... Le précédent chapitre vous a déplu ? N'ayez pas peur de me laisser des remarques assassines-slash-constructives, c'est comme ça que je pourrai grandir (si seulement ça marchait aussi bien au sens propre qu'au figuré ! ;)
Aller, trêve de plaisantance, place au nouveau chapitre !
Au menu de ce chapitre de fin d'année, beaucoup de Rose(s), un peu d'Albus et moins de James que d'hab'... Bonne lecture !
Fille de
Viendrait-elle ? Une question sans réponse qui tourmentait la petite fille aux lourds cheveux roux. Emmêlés, impossibles à coiffer, d'une couleur tirant davantage vers la carotte que vers le doux auburn de Lily ou le châtain-roux suave de Lucy.
Viendrait-elle ? Comme une litanie sans fin. Rose avait beau vérifier le contenu de sa malle et relire encore et encore les premiers chapitres de chaque manuel de cours, la réponse n'était nulle part.
Viendrait-elle ? Dans la chambre d'à côté, Hugo jetait ses jouets en canines de dragon contre le mur mitoyen, protestant par ce geste répétitif et lassant contre la rentrée imminente de sa sœur. « Il est plus impatient que moi », songeait Rose, couchée sur son lit, les yeux fixés au plafond.
Viendrait-elle ? Pas pour le moment, visiblement. Son père s'activait, préparant un petit-déjeuner gargantuesque. Elle n'entendait que lui, qui s'affairait aux fourneaux, et le crépitement de la cheminée suggérant que grand-mère Molly posait régulièrement son regard avisé dans l'âtre. Ron avait expliqué à ses enfants que sa mère passait régulièrement d'une cheminée à l'autre avant la rentrée de chacun de ses petits-enfants et Rose s'était pliée à ce rituel, répondant patiemment à cette figure maternelle dont l'attention la surprenait toujours.
Que n'aurait-elle pas donné pour être la sœur de son père, et non sa fille. Elle aurait eu plusieurs frères et pas seulement un plus petit à surveiller, elle aurait eu une sœur, en la personne de Ginny et aurait sans doute hérité de son caractère flamboyant. Ginny lui aurait appris comment se comporter et, même, comment se faire jolie. Lily n'avait pas appris toute seule, elle, la copie conforme de sa mère. Hermione, à l'inverse, ne lui apprenait à rien. Pire, elle lui apprenait à apprendre seule. Nulle transmission, nul autre conseil. Encore aurait-il fallu, pour y remédier, qu'elle soit davantage présente.
Viendrait-elle ? Qui aurait pu le soupçonner, le deviner ? Pas même son père. Lui s'était débrouillé pour ne pas travailler, lui préparait plus de mets que Rose ne pouvait en ingurgiter en une semaine, lui s'enthousiasmait pour deux.
Viendrait-elle ? Rien n'était moins sûr. Elle était partie si tôt qu'il semblait à Rose qu'elle n'était jamais rentrée. Un jour que la jeune fille aux lourds cheveux poil-de-carotte s'ennuyait plus que d'ordinaire, elle avait fait le calcul. Sa mère passait deux fois plus de temps à son travail qu'à la maison. « J'ai de lourdes responsabilités », disait-elle. Ça, Rose le savait. Pourquoi ses responsabilités professionnelles passaient avant ses responsabilités personnelles, ça, Rose l'ignorait.
« Rose ! Regarde l'heure, jeune fille, veux-tu réellement arriver en retard pour ta première rentrée !? Viens ici que je vérifie le contenu de ta malle ! ROSE ! »
Elle était là, finalement. Rose soupira. Elle ne savait si elle était davantage soulagée ou soucieuse. « Peu importe », marmonna-t-elle. Elle n'avait le temps d'y songer, sa mère était là et Rose n'avait pas intérêt à la faire attendre.
Le trajet se déroula exactement comme elle l'avait imaginé. Sans surprise. Ses parents s'étaient à peine adressé un mot, et seulement pour se disputer, puis s'étaient comme métamorphosés en entrant dans la gare. Il fallait faire bonne figure, elle n'avait jamais vraiment compris pourquoi, mais ça faisait des années que cette mascarade durait. Devant le ministre, la famille, les collègues, le commun des mortels. Mais pas devant leurs enfants qui avaient droit aux sautes d'humeur de leur père et à l'exigence rigide de leur mère. Et puis, bien sûr, l'attente avait commencé. Ron et Hermione ne trouvaient leur équilibre qu'en présence de l'oncle Harry. De loin celui que Rose aimait le moins. C'était pourtant celui qu'elle voyait le plus souvent et, s'il lui arrivait d'être drôle, parfois à ses dépends, elle le voyait surtout comme quelqu'un de taciturne et renfrogné. « Il n'a pas fait le deuil des déboires du passé », disait Hermione à chaque fois que Harry les quittait. « Il ne le fera jamais », concluait Ron brusquement.
C'était pourtant lui qu'ils attendaient et ils n'étaient visiblement pas les seuls. Combien de fois, depuis qu'ils étaient entrés dans la gare, Rose avait-elle entendu de parfaits inconnus prononcer le nom de son oncle ? Il paraissait bien plus célèbre qu'elle ne l'avait imaginé. Et il n'était pas le seul.
« Salut Sydney ! Tu as passé de bonnes vacances ? Tu as vu James Potter ?
– Pas encore et c'est pas faute d'avoir cherché partout… »
James, le fils aîné de Ginny et Harry, entrait en troisième année et semblait déjà jouir d'une certaine réputation. Bonne, qui plus est. Cela étonnait profondément Rose, qui ne supportait pas le caractère lunatique et empressé du jeune garçon et elle vit qu'il en était de même pour ses parents qui restaient perplexes face à ces nombreuses preuves d'admiration.
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Elle les entendit avant de les voir arriver, James et Albus se chamaillant, comme ils l'avaient fait tout au long de l'été. Changeant, James. Versatile. Il lui répétait sans cesse qu'il serait toujours là pour elle et qu'elle pouvait tout lui demander mais comment pouvait-elle avoir confiance en un garçon aussi lunatique ? A l'inverse des jeunes de son âge, son comportement n'était pas schématisé par une courbe droite mais par une ligne en dents de scie. Tantôt calme et réfléchi, presque trop mâture pour son âge, tantôt puéril et taquin, comme un éternel gamin qui refuserait de grandir. Lorsqu'il la vit, elle eut droit à ce sourire que toutes les filles sur le quai attendaient. Un sourire sincère et chaleureux qu'elle ne rendit que par pure politesse. Il la voyait comme la petite sœur qu'elle n'était pas. Il ne serait jamais son grand frère. Jamais. Elle en avait assez avec Hugo.
Ils n'avaient jamais été proches, quoi qu'il puisse en penser. Il n'était proche de personne en toute vérité. Ce n'était un secret pour personne, sauf pour lui. Il pensait avoir sa place dans cette famille et ne voyait jamais à quel point il en était éloigné. Et puis, bizarrement, son comportement avait totalement changé au début de l'été. Comme avant, il était versatile mais pour la première fois son comportement semblait réfléchi, calculé. Comme s'il avait décidé, préparé son changement d'attitude et lorsqu'oncle Bill lui en avait demandé la raison, il s'était contenté de répondre d'un air grave qu'il était de son devoir de veiller à ce que Lily, Albus, Hugo et Rose gardent leur insouciance, leur innocence.
Hugo aimait bien James car celui-ci avait toujours eu la patience de jouer avec lui mais Rose… Rose s'était à la fois sentie ridicule d'être traitée comme une enfant et touchée que James ne fasse aucune différence entre son frère et sa sœur et ses deux petits cousins. Depuis, pour elle, James était devenu une véritable énigme. La démarche calme et mesurée qu'il arborait depuis deux ans s'était à nouveau métamorphosée en une course folle et empressée, sa voix tendait à nouveau vers cet aigu horripilant, son débit de parole s'était à nouveau amplifié. Tout cela le rendait ridicule et tout bonnement incompréhensible. Et le voilà qui revenait en dérapant, bousculant une famille qui se faisait ses adieux. Rose tendit l'oreille, écoutant son cousin déblatérer sur les histoires sentimentales de Ted et Victoire. Il les avait vus s'embrasser et s'était même octroyé le droit de les déranger. Du James tout craché, semblaient penser les adultes. Mais Rose, elle, voyait bien le soupçon de tristesse dans les yeux du garçon. Pourquoi donc se forçait-il à se comporter ainsi ?
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Il commençait à douter de son plan. Albus semblait terrorisé à l'idée de rejoindre Serpentard, Rose le regardait comme s'il était un croisement étrange entre un bouc des bois du sud et une épine d'Alaska et les parents… En fait les parents ne changeaient pas d'avis. Pour eux il n'était rien d'autre qu'un garçon turbulent et instable, un garçon difficile à gérer qui leur apportait bien plus de honte que de fierté. Il avait tellement hâte de retrouver ses amis… Il avait tellement honte de s'être comporté ainsi avec Ted et Victoire…
« Tu es comme Ron », avait dit sa mère d'une voix lourde de reproches. Lui avait vu cette accusation comme un compliment. Elle revendiquait enfin son appartenance à la famille.
Puis ce fut le moment des adieux, ses parents insistèrent pour l'étreindre et l'embrasser et James s'y plia, parce qu'ils étaient en public, parce qu'il fallait donner le change, parce qu'il fallait faire croire que tout se passait bien et qu'ils étaient la famille parfaite. James profita néanmoins de cet échange pour fermer les yeux très forts et inspirer de toutes ses forces le parfum de ses parents. Il aurait aimé sentir une certaine forme de réciprocité mais son père resta tendu et sa mère l'embrassa du bout des lèvres, comme on se débarrasse d'une obligation désagréable.
Une fois montés dans le train, il se tapit dans l'ombre d'Al et Rose, les laissant saluer leurs parents une dernière fois. Toutes les têtes s'étaient une nouvelle fois tournées vers Harry et il entendit Albus lui en demander la raison. James entendit vaguement la voix de Ron, c'était sa voix des blagues, et James soupira. Ce serait à lui de veiller à ce qu'Albus et Rose apprennent la vérité.
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Le train filait désormais à toute allure. Albus et Rose ne pouvaient plus apercevoir la gare. D'un commun accord, ils partirent à la recherche d'un compartiment. Alors qu'ils parcouraient le wagon dont les compartiments étaient emplis d'élèves qui les dévisageaient, une tête apparut quelques mètres devant eux.
« Venez les bébés, il y a encore des places et si vous vous faites tous petits on vous accepte avec nous », plaisanta James.
Albus et Rose le suivirent dans le compartiment, saluant au passage trois de leurs cousins, Roxanne, Fred et Louis ainsi qu'un autre garçon, nommé Maël. Celui-ci faisait partie, comme Fred et Louis, de la bande de James. Roxanne, la jeune sœur de Fred, entrait comme Albus et Rose pour la première fois à Poudlard. Si Albus et Rose avaient toujours été proches, Roxanne était souvent à l'écart, au gram dam de Rose qui appréciait beaucoup sa cousine. Mais le caractère de Roxanne était beaucoup plus proche de celui de James et Fred et elle les suivait partout, participant à leurs aventures, bêtises et péripéties.
Dans le compartiment, l'heure était à la fête. James parlait très fort et très vite et se comportait comme le leader évident de la petite bande. Plusieurs élèves vinrent les saluer, des amis de leur promotion, des filles qui dévoraient James des yeux et des prétendus ennemis à qui l'aîné des Potter clouait le bec en quelques secondes. Albus était très intimidé par la classe nonchalante de son frère qu'il n'aurait jamais soupçonnée.
Le temps passait et Albus regardait nerveusement le paysage défiler. Rose semblait s'ennuyer ferme de la conversation des garçons et s'était plongée dans un livre épais, s'attisant les regards moqueurs de ses cousins. Alors que Fred et James terminaient de mettre au point un nouveau plan pour parcourir les plus secrets recoins de Poudlard, Louis s'adressa aux plus jeunes.
« Alors, vous pensez aller dans quelle maison ?
– Gryffondor bien sûr ! s'exclama Roxanne.
– J'espère qu'on sera tous les trois dans la même, ajouta Rose avec un sourire timide.
– Gryffondor alors !
– I pas que Gryffondor, Roxanne, Serdaigle est une très bonne maison, et Poufsouffle aussi. Les élèves de Gryffondor ont souvent tendance à…
– T'es folle ! Gryffondor est la meilleure des maisons, elle accueille les courageux et les plus forts !
– Et Serdaigle a une très bonne réputation aussi !
– Je pense que tu iras à Serdaigle et que Rox ira à Gryffondor.
– Ça ne veut rien dire, James, tu penses bien que j'irai à Serpentard, bouda Albus.
– Ce n'est pas pour t'embêter que je dis ça, et puis je t'ai déjà dit qu'il n y avait pas de mauvaises maisons...
– Serpentard ?, s'offusqua Roxanne, Sûrement pas, je pense qu'il sera avec nous à Gryffondor, comme ses parents, comme son frère, comme toute la famille quoi ! Tu veux aller à Serpentard ?
– Non !, répéta Albus.
– C'est le Choixpeau qui décide..
– Non James ! Papa m'a dit qu'il avait demandé au Choixpeau de l'envoyer à Gryffondor…
– Où aurais-tu voulu qu'il aille ?
– Le Choixpeau avait envisagé de l'envoyer à Serpentard… Il vient de me le dire. Avant que je monte dans le train. »
James songea amèrement que leur père ne lui donnait jamais ce type d'information, à lui, mais la porte s'ouvrit soudain, laissant apparaître un jeune garçon blond qu'Albus et Rose n'eurent pas de mal à reconnaître.
« Bonjour, c'est libre ?, demanda-t-il en désignant le seul siège inoccupé du compartiment.
– T'es le fils Malefoy, non ?, demanda Fred en le fixant.
– Oui, je m'appelle Scorpius. Je peux m'asseoir ?
– Non. On attend quelqu'un. »
Scorpius hocha la tête, d'un air déçu et sortit du compartiment.
« On attend qui ?, demanda Albus.
– Personne. Malefoy n'a qu'à squatter avec les autres serpents, répondit simplement Fred.
– Tous les compartiments sont pleins dans le wagon, on aurait pu le laisser entrer…
– Le laisser entrer ? C'est un Malefoy ! Tu pactises déjà avec l'ennemi…
– L'ennemi ? N'exagérons rien, il avait l'air sympa et poli…
– C'est un Serpentard.
– Il n'a que onze ans, Fred ! Il n'a pas encore été réparti ! Vous, vous trouvez ça normal ?, ajouta Albus en regardant ses cousines.
– Fred a raison, répondit Roxanne, c'est un Malefoy, notre père nous a raconté pas mal de choses sur cette famille. Ils sont tous à fond dans la magie noire, c'étaient des partisans de tu-sais-qui.
– Mon père nous a conseillé de nous méfier de lui, Albus, répondit Rose à son tour.
– Parce que Drago Malefoy et lui se détestent ! J'ai entendu papa en parler avec Malefoy. Ça ne veut pas dire que son fils est…
– Inutile de se disputer pour si peu, coupa James. Je suis certain qu'il aura trouvé un compartiment et puis Albus a raison, on ne devrait pas juger Scorpius avant de le connaître.
Ni Albus, ni Rose, à nouveau plongée dans son livre, ne participèrent à la conversation qui reprenait, toujours sur les quatre différentes maisons de Poudlard. Mais s'ils ne parlaient pas, les plus jeunes écoutaient quand même la discussion. La réputation de chaque maison n'avait pas beaucoup changé depuis que leurs parents avaient été élèves, même si Serpentard accueillait bien moins d'adeptes de magie noire qu'avant la guerre, en déplaise à Fred.
– Y a aussi les deux fratries impossibles…
– Qui ça ?, demanda Rose en émergeant de son livre.
– Ben y a trois-quatre familles nombreuses à Poudlard en ce moment, expliqua James. Nous, les Potter-Weasley, les Smith, les MacLaggen et les Nott. Et je ne sais pas qui sont les pires…
– Les Nott, sans aucun doute, répondit Fred.
– Les Smith sont super prétentieux et les MacLaggen… pire, une vraie épidémie !
– Et jamais punis par les profs !
– Nous non plus remarque…
– Si quand même !
– Vous pouvez nous parler des profs ?, demanda Rose.
– Ouais, y a Glacey, le prof de métamorphose, il est cool, c'est notre directeur de maison. Gash c'est un des meilleurs, il fait la défense contre les forces du mal. Brinks est excellent, j'ai hâte de le retrouver cette année !
– Il enseigne quelle matière ?
– Le vol pour les élèves de première année et l'Arithmancie dès la troisième année.
– Tu as choisi Arithmancie ?, s'étonna Rose.
Elle pensait qu'il suivrait les mêmes cours que leurs pères, Divination et Soins aux créatures magiques, réputés pour être moins ardus que l'Arithmancie et l'Étude des Runes.
– Et les autres professeurs ?, questionna Roxanne.
– La prof de Potions est très sympa. La prof de Sortilèges porte bien son nom !
– Qui est ?
– Slopa !
Tous éclatèrent de rire, sauf Rose, qui n'avait pas compris le jeu de mot, et Albus qui les ignorait en silence. Les garçons continuèrent à décrire aux plus jeunes leurs futurs professeurs. Puis James continua de décrire à ses amis ses vacances. La famille Potter avait rendu visite à Charlie, un des frères de Ginny, qui tenait un élevage de dragons en Roumanie.
– Lily s'est éclatée ! C'est fou ce qu'elle aime les créatures magiques, surtout quand elles sont aussi affectueuses qu'un dragon peut l'être. Mais le meilleur moment des vacances c'était début août, quand on a reçu nos lettres de Poudlard.
En effet, James avait caché la lettre d'Albus pour lui faire croire qu'il ne serait pas pris à Poudlard.
– Quelle blague ça a été quand Ron et Hermione sont venus manger chez nous quelques jours après et nous ont demandé quand on irait chercher les baguettes de Rose et Albus. Mes parents ne comprenaient pas et Albus avait une de ces têtes… Il a cru qu'il n'était pas inscrit à Poudlard !
Ils éclatèrent de rire. Albus lança à son frère un regard furieux. Il n'aimait pas se remémorer ce moment. Il avait vraiment cru qu'il n'irait jamais à Poudlard. Ajouté à cela la difficulté pour Albus de trouver une baguette. Épisode bien évidemment relaté par James, toujours hilare.
– J'ai cru qu'aucune baguette ne le choisirait ! Rose a trouvé pratiquement du premier coup mais on a passé pratiquement une heure pour Albus !
– Toi aussi tu avais mis du temps !
– Beaucoup moins que toi quand même… »
En effet, les deux frères avaient mis plus de temps que la normale à trouver leurs baguettes. Et pour cause, le fabriquant, sachant de qui ils étaient les fils, voulait leur vendre ses plus belles baguettes. Mais James et Albus furent choisis par des baguettes moins prestigieuses, ni en bois d'if, ni en bois de sureau, ne contenant ni nerf de cœur de dragon, ni crin de licorne. Alors que le fabriquant s'épuisait à poser mille questions à ses parents, James avait suivi son jeune hibou Patmol, que venaient de lui offrir ses parents. Il l'avait choisi ainsi, vif et frétillant mais aussi chétif et minuscule. James avait eu un véritable coup de foudre pour ce petit hibou couleur ébène qu'il avait affectueusement surnommé Patmol. Patmol était le surnom du parrain d'Harry Potter, Sirius et James Sirius Potter en était très fier. Suivant son nouveau compagnon, James s'était approché de la réserve du magasin. Des milliers de boites y étaient entassées toutes plus poussiéreuses les unes que les autres. Il s'avérait que Rousettus avait repris la légendaire boutique d'Ollivander qui n'avait accepté de céder son magasin qu'à celui-ci. Au départ, méfiants, les sorciers n'achetaient que les dernières baguettes fabriquées par Ollivander, même si elles ne leur correspondaient pas toujours. Mais quantités de vieilles baguettes, créées par Ollivander au début de sa carrière ou créées bien avant qu'il ne travaille, avaient été entreposées dans la réserve du magasin, à l'abandon, et étaient quelques fois bradées pour les enfants de familles défavorisées. Patmol avait virevolté autour d'un tas de boites et en avait fait tomber quelques unes.
– James viens ici, ne touche à rien, l'avait réprimandé sa mère.
James avait essayé d'attraper Patmol pour le calmer, en vain. Il s'était dépêché de ramasser les boites qui jonchaient le sol et une vieille baguette était sortie de sa boite. En s'emparant de celle-ci, James eut une curieuse impression, comme si la baguette faisait partie de lui, comme une adjonction de son corps. Des étincelles blanches apparurent, éclairant la boutique de toutes parts. Les adultes apparurent près de James.
– Qu'as-tu fait encore ? réprimanda sa mère.
– J'ai… J'ai trouvé ma baguette.
– Votre… ? Oh monsieur Potter, êtes-vous sûr ? Je pense que nous pouvons en trouver une qui vous convienne davantage, si vous voulez me suivre, je…
– Celle-ci me convient. On s'est… choisis.
– Très bien, si vous êtes sûr de vous.
– De quoi est-elle faite, monsieur ?
– Et bien… Donnez-la-moi. Étrange… 27cm, du bois d'olivier, souple et flexible, et à l'intérieur… Je ne pense pas me tromper en affirmant que votre baguette contient de la corne de cerf. C'est de la vieille magie. Oui… Il y a également une fraction d'enveloppe nourricière.
– Une quoi ?
– Et bien, monsieur Potter, les cerfs perdent leurs bois tous les ans et ceux-ci repoussent grâce à l'enveloppe nourricière, duveteuse et irriguée de sang, qui assure leur croissance à la manière d'un placenta pour un fœtus. C'est un très vieux symbole de résurrection, un peu à la manière du Phénix, mais en moins répandu. Et en moins noble.
– Quand cette baguette a-t-elle été fabriquée ?
– Ce n'est pas le style d'Ollivander, qui attachait beaucoup d'importance à l'emploi des douze arbres celtiques, dont l'olivier ne fait pas partie. Ollivander utilisait également des substances magiques répandues et reconnues, comme le nerf de cœur de dragon ou le crin de licorne. Non, je pense que cette baguette a été créée bien plus tôt, sans doute au début du siècle dernier.
– Wahou… Et… Elle fonctionne toujours ?
– Bien sûr monsieur Potter. Une baguette n'a pas de date de péremption.
– Je peux la prendre alors ?
– Oui puisque vous vous êtes choisis. »
Et sa baguette ne l'avait pas déçu. Depuis il avait intégré Poudlard, réalisé ses premiers enchantements et appris ses premiers sorts. Il était même devenu un des élèves les plus brillants de sa promotion et avait une confiance totale en sa baguette, de même qu'il vouait une reconnaissance et une tendresse particulière à Patmol.
« Tu es bien songeur, James », remarqua Maël.
Celui-ci participait à la conversation mais de façon plus que mesurée. Il observait beaucoup son meilleur ami et comprenait petit à petit que son changement de comportement était dû à la présence de son petit frère et de leur cousine Rose.
– Je repensais à cette journée, quand j'ai acheté ma baguette, chez Rousettus.
– Moi aussi, répondit Albus.
Pour Albus, il avait également fallu beaucoup de temps, aucune baguette ne semblait vouloir de lui. Il était désespéré et subissait ce qu'il pensait être les moqueries de son frère aîné alors que celui-ci essayait seulement de l'aider, lui rappelant combien ça avait été difficile pour lui aussi.
– Dois-je vous rappeler, monsieur Potter, combien vous aussi avez eu du mal à trouver votre baguette ?
– Non monsieur. Peut-être qu'Albus trouverait également sa baguette dans la réserve…
– J'en doute, monsieur Potter. Mais nous pouvons toujours essayer.
Mais après avoir essayé une quinzaine de vieilles baguettes, Rousettus n'était toujours pas satisfait du résultat et Albus désespérait de trouver un jour.
– Allons t'acheter ton hibou, il t'aidera.
– Arrêtes de te moquer de ton frère, James.
– Mais non, mais Patmol m'a aidé, à moi. C'est lui qui avait fait tomber ma baguette.
– On peut essayer, maman, non ?
– Votre frère a peut être cru que son hibou l'avait mis sur la piste, mais je peux vous assurer que vous pouvez trouver tout seul. Un peu de concentration et…
– James ! C'est quoi le sort dont tu m'as parlé ?
– Albus, ne coupe la parole de monsieur Rousettus !
– Pardon monsieur ! James, dis-moi, le sort dont tu m'as parlé ?
– Lequel ?
– Celui pour attirer quelque chose !
– Le sort d'attraction ? Accio.
– Je ne pense pas que cela fonctionne, monsieur Potter, mais nous allons essayer cette baguette si vous le voulez bien, venez par…
Albus ne l'écoutait pas, il se concentrait de toutes ses forces et pensa Accio ! Rien ne se produisit. Albus était on ne peut plus déçu et quitta la réserve en suivant ses parents. Un courant d'air se fit sentir et une plante posée très haut sur une étagère tomba lourdement sur le sol. Une boite qui était cachée derrière la plante s'ouvrit et la baguette qu'elle contenait vint se poser devant Albus. Il la prit sans hésiter, faisant apparaître des étincelles d'une pure blancheur qui illuminèrent la pièce.
– Et bien… Vous avez deux fils surprenants. Quel âge a votre fille, déjà ?
– Neuf ans.
– Bien. Il me reste deux ans pour me préparer à la recevoir, c'est déjà ça. J'imagine que vous voulez en savoir plus sur votre baguette, monsieur Potter.
– Oui, s'il vous plaît monsieur.
– Et bien sachez que cette étagère ne contient uniquement que des baguettes fabriquées par mon premier maître, Agapenor, le grand mage Grec. Il ne travaillait que des bois nobles. Votre baguette est constituée de bois d'Aulne, l'arbre qu'il affectionnait tout particulièrement. Nous partions souvent à la recherche d'arbres superbes et il connaissait un lieu merveilleux, en Corse, où poussent des Aulnes à feuilles en forme de cœur. Agapenor n'utilisait également que des substances magiques végétales. Votre baguette contient une greffe magique très spéciale et très dure à obtenir, entre un filet du diable et une racine de mandragore. C'est une excellente baguette, monsieur Potter, mais sachez qu'elle possède du caractère. Sachez également qu'elle fait 27 centimètres, comme celle de votre frère et elle sera maniable, et assez souple. Mais avec du caractère, n'oubliez pas ça ! C'est une baguette noble.
Le ton rêveur du fabricant avait rendu Albus très fier de lui. Il avait une baguette exceptionnelle, bien plus intéressante que celle de son frère.
– La classe Albus ! Tu dois avoir hâte de l'essayer ! Et toi Rose, une anecdote avec la tienne ?
– Aucune, non. Bois de noisetier, 34 centimètres, assez rigide et elle contient du crin de licorne.
Il fut vite temps pour tous d'enfiler leur uniforme car le train arrivait à Pré-Au-Lard. La brume s'était faite très épaisse, et les élèves ne virent pas les alentours de la gare en descendant du train. Pendant que les plus âgés partaient devant, une voix bourrue connue d'Albus se fit entendre.
– Les nouveaux élèves, par ici ! Regroupez-vous, aller on se dépêche !
– Salut Hagrid ! Aller Albus, on se rejoint au château. Si tu n'es pas tombé de ta barque !
Albus regarda son frère partir et se plaça avec ses cousines près de Hagrid qui lui souriait. Roxanne toujours très joviale, commençait à parler avec les autres élèves. Albus aperçut plus loin Scorpius qui évitait son regard. Le voyage en barque fut un merveilleux moment pour Albus, qui partageait sa barque avec Rose et Hagrid mais l'anxiété le gagna à nouveau alors qu'ils attendaient patiemment d'entrer dans la Grande Salle, pour leur distribution.
A l'intérieur, James et ses amis s'étaient assis en saluant leurs camarades et en spéculant sur les futurs résultats de la coupe de Quidditch. James se prit à sourire et à respirer normalement. Il n'avait plus de rôle à jouer lorsqu'il était entouré de ses amis.
Soudain, le professeur Slopa entra, suivie par les nouveaux élèves. La distribution commença, sous les regards impatients des élèves plus âgés et les regards inquiets des plus jeunes.
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Fedda Tanzakis venait d'être répartie. Il ne restait plus qu'elles deux. Deux cousines pour une place à Gryffondor. Les tables de Poufsouffle et Serpentard regorgeaient de nouveaux élèves mais seulement trois filles avaient été réparties à Serdaigle. Quatre, à Gryffondor. Elle savait qu'elle passerait en dernier, elle s'y était préparée, mais elle ne pouvait retenir son angoisse, les yeux rivés sur les mèches épaisses et rousses qui dépassaient du Choixpeau Magique. Le combat avait commencé et elle n'avait plus les armes en main, ce serait sa cousine ou elle.
Leurs parents avaient passé leur scolarité à Gryffondor. Quatre héros de guerre qui s'étaient vaillamment battu lors de la Bataille de Poudlard, quatre personnes courageuses qui avaient affronté la peur, les pertes, la souffrance et s'étaient relevé. Sa cousine ignorait sans doute tout du passé épique de ses parents, le Trio avait veillé à mettre leurs enfants à l'écart, à les laisser dans l'ignorance. Mais elle... Elle savait. Sa mère n'aimait sans doute pas que l'on se remémore cette période douloureuse mais son père n'en avait que faire. Il en parlait tous les jours, s'isolait pendant des heures, ruminait ses douleurs passées, se montrait taciturne et faussement joyeux. La jeune fille se disait parfois que son père avait souffert plus que les autres et elle savait qu'elle avait raison. Elle avait entendu ses tantes Fleur et Ginny parler de l'étincelle de tristesse qui ne quittait jamais les yeux de grand-mère Molly, du visage fatigué du vieil et bon Arthur, du traumatisme qui avait rapproché à vie Harry, Ron et Hermione, laissant de côté tous les autres. Elles en parlaient souvent, lors des repas de famille, elles pensaient être discrètes mais personne ne savait mieux se dissimuler dans les moindres recoins du Terrier que Roxanne Weasley.
Elle tenait cette capacité de ces heures de patience à suivre son frère, Fred, et son cousin préféré. Ils étaient tout ce qu'elle aimait, joyeux trublions de la famille, cassant chaque objet par maladresse et inattention, inventeurs des idées les plus loufoques, créateurs des plus belles farces sans magie. Ils n'avaient qu'un seul défaut aux yeux de Roxanne. Ils ne voulaient pas d'elle dans leurs jeux. Pourtant Louis, et plus récemment Lucy, s'étaient vus accorder l'immense privilège de pouvoir jouer avec eux mais pas Roxanne. Pourtant Merlin savait à quel point la jeune fille faisait preuve d'acharnement, elle pleurait, criait, jusqu'à ce que leur grand-mère vienne les gronder, elle clignait des yeux très vite pour faire monter les larmes et amadouer ses oncles et tantes et, si Angelina n'était pas dupe, elle la laissait faire. C'était alors Harry qui élevait la voix, criant sur James, lui ordonnant de faire moins de bruit, de faire attention à ses gestes et mouvements, de prêter ses jouets à ses cousins et cousines et de les laisser entrer dans sa « satanée bande ». Dans ces moments-là Roxanne savait qu'elle était allée trop loin, elle le voyait dans la tristesse qui envahissait les yeux de James, dans la façon qu'il avait de courber l'échine devant son père, lui, le valeureux Gryffondor qui entrait en troisième année, qui jouait dans l'équipe de quidditch de Gryffondor, qui accumulait farces et résultats brillants. Mais le pire, pour elle, était sans doute le regard bref et discret que James envoyait à Fred dans ces moments-là. Roxanne le savait, James l'adorait autant qu'elle l'adulait et si elle n'était pas autorisée à jouer avec eux c'était la faute de Fred. Et de personne d'autre.
A la grande surprise de tous, le sage Louis avait été réparti à Gryffondor en même temps que Fred et James mais leur surprise fut plus grande encore lorsqu'il fut intégré dans la bande de James, un groupe uni comptant de nombreux élèves, toutes maisons confondues. Louis s'épanouissait, il n'était plus seulement le garçon calme et sérieux que Roxanne ne croisait qu'à Noël, il était devenu joyeux, il souriait et, de ce qu'elle pouvait en juger là où elle se tenait, les filles ne s'y trompaient pas et le dévoraient des yeux.
Roxanne se souvenait particulièrement de cet été où son frère et ses deux cousins étaient revenus de Poudlard, après avoir brillamment réussi leurs examens de première année. Toute la famille s'était retrouvée au Terrier et James avait profité des réprimandes d'Angelina envers son fils pour venir saluer Roxanne. Il avait entraîné Louis et avait ri en voyant la moue perplexe de la jeune fille.
– C'est vraiment bien qu'on soit tous les trois dans la même maison, Rox. C'est vrai qu'on les voit peu, ses sœurs et lui, mais je peux t'assurer qu'il gagne à être connu ! Et Roxanne aussi, avait-il ajouté en s'adressant à Louis. Tu verras, c'est une cousine géniale !
– C'est lui, maintenant, ton cousin préféré ?
James avait esquissé un triste sourire avant de rejoindre Fred. Sa loyauté n'avait aucune limite et Fred et James avaient une relation particulière, se protégeant l'un l'autre, cachant leurs secrets mutuels afin que leurs parents n'en sachent rien. Leur profonde affection avait de très bons côtés, James venait souvent leur rendre visite à la boutique et prenait toujours du temps pour raconter à sa petite cousine mille aventures merveilleuses. Il l'avait également rapprochée de Louis, qu'elle appréciait de plus en plus et de Lucy qu'elle avait toujours pris pour une fille lisse et sans saveur. Mais Lucy n'était pas comme son père, encore moins comme sa sœur. Lucy était libre et drôle, et courageuse, c'était certain. Elle faisait partie de la bande de James après tout.
Une bande dans laquelle Rose n'entrerait jamais. Ça aussi c'était certain. Pourtant Merlin savait à quel point James aimait Rose comme une sœur et Louis l'appréciait grandement lui aussi mais Roxanne s'était fait une promesse, jamais sa trouillarde de cousine ne rejoindrait cette bande avant qu'elle même ne le fasse. Jamais.
– Serdaigle !
Roxanne se contenta de sourire, sereine. Elle jeta un bref regard à la table de Gryffondor où plusieurs élèves affichaient leur déception de n'avoir près d'eux l'héritière de Ron et Hermione Weasley. Louis adressa un sourire à Rose et James semblait triste mais la salua d'un geste de la main.
– Weasley, Roxanne !
Elle s'avança sans crainte. Le Choixpeau ne pouvait l'envoyer qu'à Gryffondor. S'il ne le faisait pas elle se contenterait de le brûler, l'intérêt de grandir dans une boutique de farces et attrapes était l'avance certaine qu'elle avait sur les autres. Sa sérénité lui échappa une première fois lorsque le Choixpeau lui parla de Poufsouffle. Des cousins Weasley, seule Dominique avait rejoint cette maison et Merlin savait que Roxanne détestait la jeune fille.
– C'est complet à Poufsouffle.
– Je suis le Choixpeau Magique, je n'ai aucun quotta à respecter.
– Il manque une fille à Gryffondor.
– Il en manque également une à Serdaigle, si je suis ton raisonnement.
– Il ne manquerait plus que ça.
– Qu'as-tu contre cette maison, jeune fille ?
– Rien. Je veux seulement aller à Gryffondor.
– Tu sembles bien sûre de toi.
– Je suis courageuse. La preuve, je ne tremble pas alors que vous me parlez d'aller à Poufsouffle.
– Tu ne manques pas d'audace, c'est certain.
– Mes parents sont tous deux allés à Gryffondor.
– Je n'oublie jamais une répartition, jeune fille. Mais le choix était beaucoup plus simple avec eux.
– Je suis la dernière à passer et les autres élèves ont faim. Je suis certaine que même le directeur a hâte que tout ça se termine. Vous voulez bien m'envoyer à Gryffondor ? S'il vous plaît ?
– Je l'aurais fait beaucoup plus vite si tu m'avais laissé réfléchir en silence. Mais soit, que les panses se remplissent et que les verres se vident. Gryffondor !
Roxanne courut si vite vers sa nouvelle table qu'elle en bouscula Rose, qui venait de s'asseoir chez les aigles. Elle ne perdit pas de temps à s'excuser, sautant dans les bras de ses cousins et de Lucy qui l'accueillirent avec émotion et fierté. Seul Fred affichait un sourire forcé. Elle seule entendit ce qu'il lui murmura à l'oreille.
« Je compte sur toi pour ne pas me faire honte. »
ooOOoo
Elle avait rejoint son frère sans appréhension, comme persuadée de la décision du Choixpeau. Rose secoua la tête en se servant une louchée de purée de courge. Qui aurait pu douter de la répartition de la terrible Roxanne Weasley ?
Personne. Tout l'inverse de sa répartition à elle. Les Serdaigle lui jetaient des regards étranges. Certains posaient régulièrement leurs yeux sur elle, comme pour se prouver qu'elle était bien des leurs d'autres étaient davantage fuyants, comme pour lui prouver qu'elle avait justement tout à prouver. D'autres, enfin, l'ignoraient totalement. C'était le cas de ses tous nouveaux camarades, des camarades avec qui elle passerait les sept prochaines années. Les garçons parlaient déjà avec les plus âgés des aigles, curieux d'en apprendre déjà plus, quant aux filles... L'une d'elle faisait déjà du charme au préfet de cinquième année, une autre mangeait de profil, discutant avec une petite blonde attablée parmi les blaireaux, quant à la dernière... Elle souriait de toutes ses dents, semblant à la fois profondément soulagée et quelque peu vexée.
« Je t'avais bien dit que tu serais avec nous, Nat'.
– Ouais, ça va, je sais, grogna la première année. Ça aurait pu être cool que je sois dans une autre maison qu'Isi et toi, c'est tout.
– Faudra t'y faire, les Kandinsky sont des Serdaigle !, clama un garçon en tapant sur l'épaule de la nouvelle élève. »
Il semblait à Rose que tous trois étaient frère et sœurs et elle en eut la confirmation au bout de quelques minutes. Si le grand frère – un certain Isidore Kandinsky, cinquième année – avait vite rejoint ses amis assis à l'autre bout de la table, Natasha et Irina continuaient de converser, malgré la jeune fille assise entre elles, celle-la même qui mangeait de profil pour continuer à discuter avec son amie de Poufsouffle. Rose, elle, ne parlait avec personne. Paradoxalement tous lui parlaient. Des Gryffondor qui la huaient aux Poufsouffle qui venaient lui demander si, selon elle, son jeune frère Hugo avait des chances d'être réparti dans leur maison des Serdaigle qui venaient la remercier, la féliciter aux Serpentard qui insultaient sa mère ou son père.
« C'est quoi cette histoire ? Ton père a fait passer une loi contre le port du vert dans les uniformes scolaires ? »
La voix enjouée lui fit tirer un sourire et, Rose en fut très étonnée, Natasha Kandinsky le lui rendit, en toute simplicité. Ses yeux vert bouteille rappelaient à Rose les profonds lacs d'Écosse, ses cheveux cuivrés avaient été coiffés à la va-vite, de cet effet négligé qui laissait entendre que la jeune fille était soit issue d'une famille pauvre, soit qu'elle n'avait pas été obligée d'aller se faire une beauté en ce jour si particulier de la première rentrée à Poudlard.
La sœur de la jeune fille, qui devait avoir l'âge de Louis, James et Fred, tenta de murmurer discrètement quelques mots à l'oreille de la plus jeune mais celle-ci l'interrompit.
– Je préfère que ce soit elle qui me réponde, Irina.
– Elle n'a peut-être pas envie de le faire, répondit sa sœur d'un air compréhensif. Pardonne ma sœur, elle est un peu...
– Qu'est-ce que j'ai dit ?, grogna Natasha. Je suis désolée si j'ai dit quelque chose de mal, ajouta-t-elle à l'adresse de Rose.
– I pas de mal. Je ne comprends pas trop pourquoi tout le monde agit comme ça avec moi. Mais je ne crois pas que mon père ait tenté quoi que ce soit à propos des uniformes de l'école. Il ne travaille pas au Ministère.
– Il fait quoi ?
– Nat ! Cesse donc de l'embêter.
– Je t'embête ?, demanda franchement la jeune fille.
– Pas du tout, répondit Rose en réprimant un sourire. Et, pour te répondre, mon père est commerçant.
– Rien à voir, donc, remarqua Natasha.
– Ça doit être un coup de mes cousins, songea Rose. Tu dois les connaître, ajouta-t-elle en jetant un œil à Irina qui la dévisageait.
– Tu es la cousine de James ?
– Malheureusement, oui.
Irina acquiesça et se tourna vers les camarades de sa promotion. Natasha, elle, semblait manger pour la première fois depuis des jours.
– C'est fou la quantité de bouffe qu'il y a !, s'enthousiasma-t-elle. Je suis sûre qu'ils doivent jeter plein de trucs, déplora-t-elle soudain.
Elle semblait avoir cette capacité à passer d'un sujet à l'autre, d'une émotion à l'autre sans s'en étonner.
– Tu ne manges pas beaucoup, toi, nota-t-elle.
– Je ne me suis pas encore remise du choc, avoua Rose.
– Tu connaissais les maisons de Poudlard et tu espérais aller ailleurs ?
Il n y avait nulle curiosité malsaine dans les propos de la petite fille mais Rose hésita. Pouvait-elle avouer la vérité ? Ses parents étaient de vrais Gryffondor, tout le monde s'attendait à ce qu'elle gagne la maison des valeureux à son tour. Ils seraient probablement déçus. Mais elle... Elle avait toujours rêvé de voir autre chose. Elle n'aurait pas aimé être comme James, aller dans la même maison que ses parents, n'être aux yeux de tous que la « fille de ». Elle voulait s'affranchir et se sentait prête à revendiquer ses différences.
– Je suis heureuse d'être à Serdaigle. Je goutterai bien la tourte aux rognons, je te sers ?
ooOOoo
Il ne comprenait pas comment elle avait pu retourner au bureau après de telles émotions. Lui n'avait pas pu. Où serait-il allé ? Harry devait être en mission et Georges ne lui aurait parlé que de Fred. Il s'était rendu au Terrier, bien sûr, mais ce n'était pas pareil. Il aurait voulu être là, avec elle, il aurait voulu qu'ils soient deux à endormir le petit Hugo, il aurait voulu partager avec elle l'impatience, l'enthousiasme, la hâte.
Il avait voulu l'attendre. Il avait préparé le repas, fait manger Hugo, réchauffé le plat dix fois et puis il avait mangé, seul devant cette télévision qu'elle avait à tous prix voulu installer dans leur salon. Pourquoi ?, lui avait-il demandé. Elle n'avait su que répondre. Elle ne la regardait que très rarement, un vieux film moldu tard le soir, une émission d'intellectuels à laquelle Ron ne comprenait jamais rien, un moment qu'elle passait seule devant cette boite noire, fatiguée de devoir expliquer mille fois à son mari ce qui était pourtant si évident pour elle. Quelques heures, à peine, dans l'année. Comment aurait-elle pu en voir davantage alors qu'elle n'était jamais là.
Il avait vraiment voulu l'attendre. Il s'en était fait un devoir, une promesse. C'était un moment particulier, un moment unique à vivre. L'entrée de leur toute petite fille dans le monde magique de Poudlard, leur petit bébé à tous les deux... Ce moment privilégié aurait pu, dû, les rapprocher. Peut-être même se seraient-ils aimés à nouveau. Mais lui seul tenait ses promesses, lui seul gardait espoir
Alors quand la lettre était arrivée... Il avait essayé de la joindre au bureau. Trois fois. Et puis il s'était précipité sur la lettre, qu'importe l'absence de son épouse.
Voilà trois heures qu'il s'était couché, de son côté du lit et seul, comme chaque soir. Il l'avait entendue rentrer, « on ne peut pas dire qu'elle soit discrète », grommelait-il en se tournant sous les couvertures. Elle rentrerait sous peu, claquerait la porte et se plaindrait de son repas, toujours trop gras pour son palais si fin et le menacerait de s'acheter une salade vendue par un boui-boui moldu. Le rituel était devenu si prévisible, songea-t-il alors que la porte claquait en un boum sonore.
« Tu as décidé de mettre une plaquette de beurre dans chaque plat ? »
Si prévisible.
– La prochaine fois j'achèterai une salade.
Tellement prévisible.
– Elle est à Serdaigle.
– Oh, répondit Hermione, haussant ses épaules. C'est bien. C'est une bonne maison.
– Ça aurait été pire qu'elle soit à Serpentard mais j'aurais quand même préféré qu'elle soit à Gryffondor.
– Avec James ? Voyons, Ron, il l'aurait entraînée dans ses bêtises...
– Rose ?
– Mais oui. Comme il l'a fait avec Fred, Louis et Lucy. Comme il le fera avec Albus, Roxanne et Lily.
– Rose est plus intelligente que lui.
– Mais elle ne se serait pas opposée à lui et je n'ai aucune envie que ma fille serve de bouc émissaire à son cousin.
Il en fallait un par famille et c'était tombé sur lui. James était manipulable, naïf, trop innocent pour son propre bien. Trop aimant, aussi. Hermione oscillait entre le prendre en pitié et déplorer son manque de jugeote, la pitié qu'elle lui réservait n'avait d'égal qu'un profond sentiment de malaise à son égard. Elle avait quelques fois pensé, à tort, qu'il était le plus intelligent d'entre eux. Curieux, vif, attentif, assidu... Pourtant, beaucoup plus souvent, il se montrait si bête qu'il l'horripilait.
Ron, lui, n'avait pas d'avis concernant son filleul. Il avait toujours eu un frère préféré, un meilleur ami, une seule et unique femme dans sa vie, il en était de même pour ses neveux et nièces. Il appréciait Teddy, Fred et Louis. Les filles l'enquiquinaient beaucoup plus. Les seuls pour qui il faisait une exception étaient Albus et Lily, de loin ses préférés. Albus, car il était le portrait craché de son père et Lily... Elle était leur petite dernière à tous. Mais James... A quoi bon aimer James, il s'en persuadait tout seul après tout.
Seuls ses enfants dérogeaient à la règle des préférences, il les aimait tous deux plus que de raison. La répartition de Rose à Serdaigle n'y changerait rien, il continuerait de l'aimer, quoi qu'il arrive. C'était son rôle à lui d'y veiller et de l'aimer pour deux.
– Je t'ai attendue pour lui répondre.
– On fera ça demain, marmonna-t-elle, à deux doigts de s'endormir.
Si ça n'avait tenu qu'à lui, Rose aurait déjà sa réponse. Mais ils se devaient de faire les choses ensemble, comme le couple qu'ils n'étaient plus vraiment. Au moins lui avait-elle donné deux enfants, songea Ron avant de s'endormir.
ooOOoo
Les premiers jours, elle s'asseyait près de lui à chaque cours qu'ils partageaient. Elle ouvrait son livre pour eux deux, ils lisaient à la même vitesse, avec la même concentration et lui se contentait de sourire lorsqu'elle dressait son bras gauche, prête à répondre à toutes les questions que leurs professeurs posaient.
Lorsque les Serdaigle retrouvaient les autres maisons de Poudlard, Rose s'asseyait avec Natasha. Elles n'avaient pas besoin de se concerter, se contentant d'entrer dans la salle d'un même mouvement et d'avancer jusqu'au devant de la salle, s'asseyant au bureau central du premier rang. Elles s'étaient plu d'entrée, « comme Maël et moi », s'était réjoui James. Il venait la saluer tous les matins, se montrait chaleureux et généreux, s'assurait de sa santé et de son acclimatation à la vie de Poudlard. Il ne doutait jamais des dires de Rose. Le premier jour, il lui avait demandé si ses nouveaux camarades étaient sympathiques. Elle avait parlé de Natasha. Elles s'étaient rapprochées la veille au soir, alors qu'elles gravissaient épaule contre épaule les mille escaliers de Poudlard. « Et les autres ? », avait demandé James. Les autres... Rose n'avait pas grand chose à en dire. Elle n'avait échangé aucun mot avec les garçons, quant aux deux filles avec qui Natasha et Rose partageaient leur dortoir... Chandika Goldstein lui paraissait plutôt sympathique mais Rose savait d'expérience que les amitiés à nombre impair n'étaient pas pour elle. Fiona Barber, elle, était justement et involontairement le point d'ancrage de l'amitié qui unissait Rose et Natasha. Fiona était un peu comme ces filles qui tournaient autour des cousins de Rose, une fille qui se savait jolie, bien plus que la moyenne, et qui savait en user. Elle avait fait du charme au Préfet de Serdaigle, s'attirant la grimace commune de Rose et Natasha. Ainsi était née leur inimité pour Fiona Barber. Ainsi était née leur amitié.
Aux yeux de nombre d'élèves, les deux jeunes filles étaient deux baguettes faites du même bois. Consciencieuses, bonnes élèves, intelligentes. Voilà qui les résumaient plutôt bien. Mais là où Rose courrait à la bibliothèque dès l'ouverture, Natasha quémandait quelques minutes supplémentaires de sommeil là où Rose ne s'intéressait que de loin au quidditch, Natasha prévoyait d'intégrer l'équipe de leur maison dès qu'une place se libérerait là où Rose faisait attention à ce qu'elle mangeait, Natasha dévorait du matin au soir. Entre deux cours, Rose avait réussi à obtenir quelques informations sur la vie intime de sa nouvelle amie. Celle-ci se confiait d'ailleurs facilement, avec beaucoup d'humour et surtout beaucoup d'esprit. Rose avait vite compris que leurs enfances avaient été différentes.
Rose n'avait jamais manqué de rien. Ses parents avaient de l'argent, sa famille était nombreuse, sa maison confortable. A l'inverse, la famille Kandinsky faisait attention à ses dépenses, Natasha partageait sa chambre avec ses deux sœurs et voyait rarement ses oncles, tantes et cousins, qui vivaient essentiellement en Russie. Rose se sentait chanceuse, ses parents veillaient à ce que ses robes soient renouvelées régulièrement, sa chambre était spacieuse et personne ne lui refusait jamais un cadeau. Natasha, elle, attendait Noël avec impatience, pressée de recevoir enfin ce livre qu'elle attendait durant un an. Elle avait hérité d'uniformes que sa sœur avait portés avant elle, du manuel de Potions de son frère et d'un chaudron que son père avait acheté d'occasion. Pourtant Natasha possédait quelques chose qui rendait Rose envieuse. Pas jalouse, non, elle appréciait trop sa nouvelle amie pour cela. Mais envieuse. La mère de Natasha lui écrivait beaucoup, elle lui avait déjà envoyé deux écharpes tricotées main et un bonnet en grosse laine et, de ce que Rose lisait parfois au-dessus de l'épaule de son amie, elle n'était avare ni en compliments, ni en affection. Katarina Kandinsky n'oubliait jamais de dire à sa fille qu'elle l'aimait et la félicitait constamment pour ses efforts, que Natasha ait obtenu la meilleure note ou non.
Hermione ne la félicitait jamais. Elle griffonnait des remarques et petits conseils. « J'attends mieux de toi », « ne ménage pas tes efforts », « ton cousin a un bien meilleur niveau que toi en Sortilèges, il faut y remédier ». De quel cousin parlait-elle ? De ce que Rose pouvait voir, Louis et James avaient un très bon niveau en cours et, si elle connaissait les exigences de Fleur et le sérieux de Victoire et Louis, elle s'était étonnée d'entendre le professeur d'Histoire de la Magie féliciter James pour son sérieux et son investissement. Elle en était un peu jalouse, bien sûr. C'était à elle que la famille Weasley prédisait succès et carrière au sommet, pas au maladroit James.
Rose ne se souvenait plus du dernier « je t'aime » de sa mère. Quel âge avait-elle ? Où se trouvait-elle ? Elle n'en avait aucune idée. Sa mère devait bien l'aimer, comme toutes les mamans, mais Rose regrettait d'en voir si peu la preuve.
« Ça va ma belle ?
Rose rougit, comme tous les matins. Et Natasha en rit, comme tous les matins. La jeune Russe utilisait très souvent ce surnom et Rose, loin de s'en accoutumer, rougissait tant que Natasha la rassurait, avec beaucoup de douceur.
– Tu es très jolie, ma Rosie, n'en doute jamais. Sinon c'est sur toi que je testerai ma force de frappe !
Lorsqu'elle disait cela, Natasha fronçait les sourcils, se forçant à paraître menaçante. Mais le rire la rattrapait toujours, ainsi que la bourrade affectueuse qui faisaient s'entrechoquer leurs épaules.
James aussi l'appelait Rosie. Il disait que ça la distinguait des autres roses, celles qui fleurissaient dans leurs jardins et qu'elle était ainsi la reine des roses. La plus jolie, disait-il avec ce sourire. Son sourire de « presque grand frère ».
Elle ne l'aurait jamais cru si matinal. Elle n'aurait jamais cru qu'il puisse l'être autant qu'elle-même l'était. Pourtant il se tenait là, entre deux couloirs qui menaient à la Grande Salle, tous les jours. Il les attendait tous les deux, Albus et elle. Il était le plus souvent seul mais il arrivait que son meilleur ami Maël l'accompagne ou, plus rarement, leur cousin Louis. Elle-même arrivait seule, Natasha ne la rejoignait que bien plus tard, et James s'en réjouissait, disant être simplement heureux qu'ils passent un peu de temps ensemble.
Il lui avait présenté ses amis, ceux de Lucy et même ceux de Roxanne. Tous à Gryffondor. Tous dans cette maison qui aurait dû être la sienne. James n'en parlait jamais. Il s'était même opposé à Fred lorsque celui-ci avait voulu traîner Rose dans le bureau du directeur pour qu'elle repasse sous le Choixpeau Magique. « Serdaigle est une très bonne maison », avait dit James. « Rose est et sera toujours notre cousine, peu importe sa maison ». Il se voulait rassurant. Elle le trouvait bête et parfois même ridicule mais, au fil des jours, elle avait commencé à apprécier sa sollicitude, sa présence fidèle, sa loyauté sans limite. Qui en faisait de même ? Personne. Pas même Ron, qui ne parvenait à cacher qu'il aurait préféré la voir rejoindre la maison des lions. Encore moins Hugo qui lui avait demandé si lui aussi serait obligé de rejoindre une maison secondaire ou s'il pourrait rejoindre la seule maison valable.
« Alors comme ça le petit Hugo est un lionceau ? »
La voix de Natasha ramena la petite rousse sur terre. Elles arpentaient un couloir près de la bibliothèque et, après avoir révisé pendant deux heures en vue de leur prochain examen de Sortilèges, les deux jeunes filles papotaient plus légèrement depuis une trentaine de minutes. Rose savait énormément de choses sur son amie qui, sans être une véritable pipelette, était de nature plutôt loquace et semblait vouer une totale confiance en Rose. Aussi, Rose se forçait-elle jours après jours à se laisser aller et, sans dévoiler ce qui lui paraissait essentiel, acceptait de se confier pour la première fois de sa vie.
– Nos parents étaient à Gryffondor. La plupart de nos oncles et tantes aussi. Ainsi que nos grands-parents, ça fait...
– Tu es de sang pur ?, s'étonna Natasha.
– Sang-mêlé. Ma mère est née moldue. Et toi ?
– Mes parents sont nés moldus.
– Ils ont étudié ici, à Poudlard ?
– Oh non. Mon père a eu une sorte de... précepteur. Et ma mère a fréquenté une école à moitié moldue. La magie n'est pas vraiment présente à la maison.
Rose se contenta d'acquiescer, voyant que son amie était profondément nostalgique, mais, au fond d'elle, elle se noyait dans les eaux profondes de l'incompréhension. La magie avait toujours fait partie de son monde à elle. La maison, celle des Potter, le Terrier, la boutique Weasley, le ministère où elle attendait parfois sa mère pendant des heures... Rose n'avait jamais fréquenté les lieux moldus, elle était habituée à voir des baguettes magiques partout et un chaudron dans chaque cuisine.
– Tu sais, tu ne dois pas t'inquiéter parce qu'on est différentes. Vois plutôt le bon côté des choses, si on était vraiment pareilles, on s'ennuierait vite alors que... On a plein de choses à apprendre l'une de l'autre ! C'est comme ça que fonctionnent les relations, non ?
Natasha et son éternel optimisme, sa joie de vivre, d'apprendre et de tout découvrir. Natasha voyait les choses en blanc, en rose, en un parfait arc-en-ciel et, à ses côtés, Rose apprenait à ne plus seulement les voir en noir.
– On ira voir les sélections de l'équipe, dis ?
Rose rit de la moue pleine d'espoir de son amie et hocha la tête en signe d'affirmation.
– Bien sûr qu'on ira.
– Trop cool ! Mais avant on a deux devoirs à terminer... Tu savais que le potionniste Islandais...
Rose calqua ses pas dans ceux de son amie, la suivant parmi les rayons de la bibliothèque jusqu'à cette petite table où elles avaient leurs habitudes. Natasha parlait doucement et de façon très claire, sa mémoire n'avait d'égal que son très grand sérieux et Rose s'en réjouissait. Sa meilleure amie saurait la tirer vers le haut, le professeur Ganesh l'avait bien compris et les en avait félicité. C'était là la première fierté de Rose. Elle avait enfin trouvé quelqu'un qui puisse la compléter. Quelqu'un qui, comme elle, avait besoin d'elle pour trouver un certain équilibre. Enfin, soupira-t-elle discrètement.
ooOOoo
Bien sûr la douce quiétude ne pouvait durer indéfiniment. Elle avait cru qu'on les laisserait s'acclimater à Poudlard, qu'on les laisserai digérer la vérité au sujet de leurs parents, de leurs prouesses, de comment ils étaient devenus le Trio d'Or et de comment son parrain avait vaincu le pire mage noir que la communauté sorcière britannique ait connu.
« Mon père n'y est pas arrivé seul, ta mère et ton père l'ont toujours accompagné. C'est pour ça que tout le monde te... nous regarde tout le temps. Ils vont te parler de rôle à jouer, de responsabilités... Mais tu ne dois pas les écouter. Tu n'es pas seulement une fille de, tu es Rose, tu as onze ans et tu es là pour apprendre, pour découvrir... »
James ne cessait de répéter les mêmes phrases. James ne cessait de lui adresser ses sourires qu'il voulait rassurants. James ne cessait de se montrer compréhensif, présent, à l'écoute. Mais Rose n'avait rien à dire, rien à répondre. Elle avait besoin de temps. Elle avait besoin de comprendre. Elle avait besoin de savoir pourquoi ses parents ne lui avaient jamais rien dit. Et ça, James ne le savait pas non plus.
– Il est bizarre quand même, lâcha Natasha, songeuse. Il fait le mariole, se pavane du matin au soir comme un gamin puéril à la limite de la débilité et puis, des fois... Il est tout sérieux et se montre super prévenant avec toi.
James et Natasha avaient fini par se rencontrer. Une rencontre haute en couleurs que Rose avait longtemps redoutée. Et pour cause. Il les appelait « mes petites rates ». Pour lui elles n'étaient que cela, des rates de bibliothèque sans intérêt et Natasha s'était fait un plaisir de lui répondre. Elle rêvait désormais d'intégrer l'équipe de quidditch de Serdaigle et de lui envoyer le cognard le plus violent qui soit. En attendant de réaliser son rêve, elle le fusillait du regard et lui lançait piques sur piques. Et lui répondait toujours. Enfin presque.
James distinguait les moments où Rose était avec Natasha et où il se montrait en parfait crétin prétentieux et méprisant, des moments où Rose était seule et où il redevenait le James un peu collant, bien trop inquiet et protecteur.
– J'ai entendu Fiona dire à une Poufsouffle qu'il allait nous sauver.
– James ?, s'étonna Rose.
– Voyons, ma belle, tu as compris, n'est-ce pas ?
– Compris quoi ?
– Ils s'attendent à ce que vous vous battiez. Tes cousins et toi, ajouta-t-elle voyant que Rose demeurait stoïque.
– Mais... ! Albus et moi sommes en première année ! Et James en troisième !
– Je sais, Rosie. Mais depuis que « le monstre » est là, ils sont tous en panique...
Elle avait craché ce mot, comme protestant contre la bêtise ambiante qui régnait au château depuis près de trois semaines. Des élèves avaient dit avoir aperçu un monstre au château et, bien que les professeurs aient assuré avoir vérifié qu'aucun monstre n'était présent, les élèves croyaient qu'ils pouvaient être dévorés du jour au lendemain.
Et, visiblement, ils s'attendaient à ce que Rose, Albus et James se montrent à la hauteur de leurs responsabilités de « fils de ».
ooOOoo
« Tu crois que ton frère va rester dans l'équipe ?
– Bien sûr, répondit Natasha avec arrogance. Isidore est le meilleur.
Rose sourit et s'allongea confortablement sur sa cape épaisse. Les deux amies profitaient des dernières lueurs estivales pour paresser dans le parc du domaine. Rose en avait même fermé son manuel de Sortilèges et Natasha... Rose ne l'avait jamais vue si concentrée.
– Mais ce sont mes petites rates préférées !
– Mais c'est ce crétin de Potiron !
Un petit soupir, à peine audible. Qui l'aurait entendue, de toute manière ? Ni James, qui lançait pique sur pique, ni Natasha, qui se faisait un plaisir de fermer le clapet du petit Prince de Poudlard.
– T'es venu espionner la meilleure équipe de Poudlard ?
– Pas besoin, je fais partie de la meilleure équipe de Poudlard.
– Je croyais que t'étais un bouffon d'or.
– Je suis venu encourager mes amis.
Rose et Natasha froncèrent les sourcils. Il était rare qu'elles voient James en compagnie d'un élève qui ne serait pas à Gryffondor. Cependant elles virent une jeune fille qu'elles connaissaient de vue, pour la croiser tous les jours dans leur salle commune, sauter dans les bras de James, bientôt suivie par deux garçons bruns. Tous semblaient avoir le même âge.
– Tu t'es enfin souvenu que t'avais des amis aiglons ?!
– Voyons Keith... Tu sais bien que sans Juliet...
– Le départ de Juliet nous a tous chagriné, James. Mais on est une bande et...
– Ahhhh les mecs, coupa la seule jeune fille. Vous pouvez pas simplement vous avouer que vous vous manquez, non ? T'es venu m'encourager, beau brun ?
– Pas seulement toi. Parait que tu tentes ta chance, Keith ?
– J'sais pas. J'aimerais bien être batteur, ouais. Mais y a une sacrée concurrence. Peut-être l'an prochain.
– L'an prochain aussi y aura de la concurrence.
Rose lança un regard effaré à sa meilleure amie. Il était rare qu'un élève de première année ose aborder des élèves plus âgés mais James se contenta d'éclater de rire, entraînant ses amis dans sa joie.
– Les gars je vous présente ma cousine, Rose et elle c'est Natasha, la sœur d'Irina. Les filles, voici Nalani, Keanu et Keith.
Malheureusement pour Rose, qui avait une très mauvaise mémoire des prénoms et des visages, James ne s'arrêta pas là et revient vers elles tout au long de l'après-midi pour leur présenter divers amis, toutes maisons confondues.
– Je croyais qu'il détestait les Serpentard, remarqua Natasha après que James leur ait présenté un certain Clifford.
– A ce que j'ai compris James avait une amie à Serpentard. Une très bonne amie. Mais elle étudie dans une autre école, maintenant.
– Pourquoi tu m'as dit qu'il les détestait, alors ?
– Parce que c'est ce que je croyais. Vraiment. C'est comme ça qu'il est perçu, à la maison, comme le Gryffondor un peu bête et très arrogant qui fait la guerre aux serpents en méprisant...
– James n'est pas du tout comme ça, coupa Nalani Jordan. Tu devrais apprendre à le connaître avant de parler de lui.
Son regard renfermait un profond écœurement et, malgré l'illogisme de la situation, Rose en fut rassurée. Elle en avait marre que tout le monde ne la voit que selon l'image qu'ils avaient d'elle, sans chercher à la connaître, sans chercher à voir qui elle était vraiment.
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James lui avait confié, quelques jours plus tard, qu'il en était de même pour lui. Il avait retrouvé ses amis et ce sourire que beaucoup de filles qualifiaient de « craquant ».
– J'ai constamment peur de ce que les gens pensent de moi, de leurs attentes, de leurs... Mais Nalani, Keith, Keanu, Oscar et les autres ne m'ont jamais jugé. Ils... Je crois bien qu'ils m'apprécient.
– Sois en sûr. Sinon ils ne t'auraient pas aidé à... faire tu-sais-quoi.
Ils n'en parlaient pas vraiment. Rose avait essayé, pourtant. Elle lui avait posé mille questions. Mais James préférait parler d'autre chose. Il était venu la prévenir que plus personne ne lui parlerait de ce monstre qu'elle devait à tous prix combattre et elle avait compris, à l'air sérieux qu'ils arborait, que Fiona n'insinuerait plus qu'elle n'était pas réellement la fille de Ron et Hermione Weasley et que tous ces élèves qu'elle ne connaissait pas n'attendrait plus d'elle qu'elle revête un heaume et une épée magique pour partir à la conquête du monstre qui hantait Poudlard.
Nul monstre n'avait hanté les couloirs sombres du château. « Ce n'était qu'une Coulobre », avait avoué James. Cette créature ailée, cousine des dragons et des plus gros serpents, avait été introduite dans le château par un groupe d'élèves.
« Qui ?, avait demandé Rose.
– Tu le sauras bien assez tôt, s'était contenté d'affirmer James, un semblant de regret dans la voix.
A ce qu'avait compris Rose, c'était un dénommé Clifford, ami de James parmi les serpents qui l'avait prévenu. Il avait alors agi avec méthode, commençant par rechercher toutes les informations possibles sur ladite créature avant de prévenir sa bande d'amis. Qu'avaient-ils fait ensuite ? Rose l'ignorait. Les coupables avaient étouffé l'affaire et les professeurs ne semblaient même pas en avoir entendu parler.
– On a préféré ne rien dire, lui avait dit James. Ils n'y croyaient pas et puis... Mieux vaut sans doute que ça reste entre nous. C'est un groupe d'élèves qui l'a introduite et une autre groupe qui l'en a chassée, c'est tout.
– Mais... Pourquoi ont-ils fait ça, James ? Pourquoi ont-ils enfermé cette créature ? C'est une créature dangereuse, pas vrai ?
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James soupira. Rose avait tant de « pourquoi » auxquels il ne pouvait répondre. Il savait que, comme lui auparavant, Rose serait observée durant toute sa première année par les deux groupes de Poudlard. Ensuite viendrait la seule véritable question et ce serait à elle d'y répondre. Une réponse fondamentale. Un choix irrémédiable. Un chemin à tracer parmi trois possibilités. Lui n'en avait eu que deux et les avait tous deux refusés. Lui avait choisi de ne pas choisir.
« Ma mère me dit souvent que choisir c'est renoncer », lui avait dit Maël, alors qu'ils étaient en deuxième année.
James avait réfléchi. Longtemps. Trop longtemps. La réponse était là, tout au fond de lui, au plus profond de son cœur. Il ne voulait renoncer à ce qu'il avait de plus précieux. Il ne voulait renoncer à ce qui le rendait heureux, à ce qui le rendait humain.
« As-tu fait ton choix, Potter ? »
Une même question posée deux fois. Deux groupes qui le voulaient parmi eux. Deux groupes qui s'intéressaient à son nom, à son rôle. Deux groupes pour qui il n'était qu'un Potter.
« J'ai fait mon choix. Et la réponse est non. »
Une même réponse, clamée deux fois. A ces deux groupes qui le voulaient parmi eux et qui ne s'intéressaient qu'à son image, à son nom.
« Alors ? », s'était inquiété Maël lorsque James était revenu de cette double confrontation. Il était un des seuls au courant. Louis, Fred, Alice et quelques autres seraient les suivants, James en était désormais certain.
« J'ai refusé. Je ne veux entrer ni dans l'un ni dans l'autre. J'ai déjà un groupe et je ne suis pas prêt à y renoncer. »
Dans son groupe, à lui, les membres venaient de quatre différentes maisons. Dans son groupe à lui tous étaient à égalité. Dans son groupe à lui, il était James, un garçon parmi d'autres, sans rôle préconçu, sans responsabilité autre que de veiller sur ses amis, comme eux-mêmes veillaient sur lui.
Lorsque Clifford était venu lui parler de la Coulobre, James n'avait pas hésité. Il n'était pas plus costaud que Keith, ni plus malin que Keanu, il dégainait moins vite sa baguette que Susie et réfléchissait beaucoup moins que Louis. Ensemble, ils devenaient plus forts. Ensemble, ils étaient complémentaires.
– … c'est horriblement dangereux de faire ça et pourquoi...
Rose était lancée et n'en finissait plus d'enchaîner les « pourquoi ». James comprenait les inquiétudes de sa cousine. Elles étaient louables, légitimes. Il en avait parlé avec ses amis, Louis, Lucy et même avec Molly et tous lui conseillaient d'être prudents et d'attendre qu'elle soit prête. Tous sauf Maël.
« Tu étais très mal, James, tu cherchais des réponses et personne ne voulait te les donner. Je ne peux pas croire que tu veuilles la laisser vivre la même chose que toi. »
James plongea ses yeux dans les iris de sa cousine. Il était peut-être temps de lui parler de son statut de « fille de ». Il était peut-être temps de lui faire comprendre qu'elle n'était et ne serait jamais qu'une « fille de ».
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Oui. Oui, je suis bien leur fille. Oui, je suis bien la fille de Ron et Hermione Weasley.
Une fille de héros. Une fille de célébrités. Une petite fille, une nièce, une filleule de héros. Un membre du cousinage le plus célèbre de Poudlard. La cousine des célèbres James et Albus Potter. La cousine de la préfète-en-chef, du si beau Louis, du si drôle Fred.
« Ça c'est pour les gens que tu ne connais pas. Parce qu'il faut bien comprendre, Rosie, que les gens à qui tu n'as jamais parlé ou dont tu ignores le nom savent quand même qui tu es et ont déjà une opinion toute fondée.
– Et les autres, James ? Comment les distinguer ?
– Les autres s'intéresseront à toi, à ce que tu es vraiment, à ce dont tu rêves, à ce que tu aimes, à ce qui te fais peur. Les autres, comme tu dis, sont déjà là, Rosie. »
Il avait désigné Natasha d'un signe de la tête. Louis avait avoué à Rose que Fred et James n'aimaient pas beaucoup Natasha mais James n'avait pas remis leur amitié en question pour autant.
– Ce n'est pas à moi qu'elle doit plaire, Rosie. C'est ton amie. Et, crois-le ou non, j'en suis heureux.
Elle l'avait cru. Depuis elle l'attendait autant qu'il le faisait et répondait à ses sourires naturellement, sans arrière pensée, sans aucune attente. Il répondait aux questions qu'elle se posait, il les anticipait, il était passé par là, lui aussi.
– Elle l'attrape ! Olivia Dubois attrape le vif d'or ! 150 points de plus ! Gryffondor l'emporte 750 à 140 !
– J'y crois pas !, s'exclama Natasha.
– Qui a gagné ?, émergea Rose.
– Tu... Tu plaisantes, pas vrai ? Ils les ont écrasés ! Gryffondor a gagné 750 à 140 ! C'est complètement dingue...
Rose emboîta le pas de sa meilleure amie, l'écoutant parler encore et encore de ce qu'elle qualifiait de « match magnifique et follement intense » et puis elle fut bien obligée de s'arrêter.
– … et là, elle... Rosie ? Ça va ?
– C'est... Ma mère.
– Qu'est-ce que tu dis ? Je te parle d'Olivia Dubois, là, c'est...
– La femme aux cheveux emmêlés qui parle à James. C'est ma mère.
Un profond sentiment d'écœurement l'envahit. Comment sa mère, qui ne prenait jamais le temps de lui écrire, s'était-elle libérée pour venir voir un match de quidditch - sport qu'elle détestait ?
– Ça doit faire partie de ses responsabilités, lui fit remarquer Natasha.
Si Natasha usait toujours de beaucoup de douceur lorsqu'elles abordaient ce sujet-là, Rose ne pouvait s'empêcher de fulminer. Oui, Hermione Weasley était à Poudlard, félicitant ses neveux et sa nièce pour leur victoire et souriant à sa fille. Parce qu'ils étaient à Poudlard. Parce qu'ils étaient en public. Parce qu'il fallait donner le change.
– Je te laisse, ma belle, je...
– Tu... Tu peux rester ?
Natasha lança un regard assassin en direction de James mais baissa les épaules. Toutes deux ne se refusaient jamais rien.
– Rose !
– Salut maman. Je te présente Natasha Kandinsky. Natasha, ma mère, Hermione.
– La fameuse Natasha !, s'exclama Hermione. Une autre très bonne élève, à ce que j'ai compris ?
– Une vraie petite rate, lâcha James, euphorique après sa victoire.
– Et chacun sait que les rats adorent dévorer les potirons, grogna Natasha.
– James, cesse donc d'embêter les filles ! Tu ferais mieux d'être un peu plus sérieux en...
– Il l'est maman, coupa Rose avec assurance. James est un très bon élève.
– Hum. Au fait, James... Tu ne m'as pas dit quelles options tu as choisies...
– Arithmancie, Études Moldues, Étude des Runes et... Soins aux créatures magiques.
Hermione en fit tomber son chapeau tant sa surprise fut vive. Rose aperçut avec joie quelques cheveux blancs dans la chevelure épaisse de sa mère et en ricana discrètement. Pourtant celle-ci ne vit rien, toute occupée qu'elle était à dévisager un James passionné qui justifiait chacun de ses choix.
– Les Études Moldues sont un nouveau cours. C'est une option facultative un peu à part où le professeur Handmade, qui vient d'arriver à Poudlard, nous enseigne ce que les moldus de notre âge apprennent dans leurs écoles. J'ai eu des cours de Chimie, hier après-midi, c'était génial !
– Mais... Les Runes et l'Arithmancie... Tes parents n'avaient pas suivi ces cours et...
– Non, ils suivaient tous les deux la Divination et les Soins aux Créatures Magiques. Mais la Divination ne m'attirait pas plus que ça, alors que l'Arithmancie... Bon, au début, c'est parce que je savais que c'était Tim qui donnait les cours. Mais maintenant, je m'éclate ! J'ai eu un premier examen et j'ai eu EE ! Tim m'a dit que c'était prometteur. Et les Runes... Disons que j'ai un peu plus de mal mais Louis et moi, on...
– De mon temps on devait suivre seulement deux options et...
– C'est deux minimum.
– Oui, mais...
– J'avais très envie de suivre le cours de Rubeus... Il est... Il a toujours été très gentil avec moi et son cours est vraiment super.
– Pourtant tu t'es tapé une sacrée honte !, s'exclama Fred en passant près d'eux. Salut, tante Hermy, salut les petites rates !
– Qu'est-ce qui s'est passé ?, s'inquiéta Hermione.
James rougit et Hermione s'inquiéta encore plus. Qu'avait-il pu inventer qui apporte à ses parents encore plus de honte et de problèmes?
Lorsqu'il avait gagné la cabane de Hagrid pour son premier cours de Soins aux Créatures Magiques, James était un des seuls élèves à ne pas avoir réussi à ouvrir son Monstrueux Livre des Monstres.
– Mon meilleur ami Maël m'a expliqué que la plupart des jeunes de notre âge ont su comment les ouvrir parce que leurs parents le leur ont dit, tu vois. Et je trouvais ça un peu injuste pour les nés moldus ou pour ceux dont les parents n'ont pas étudié à Poudlard, alors j'ai rien dit mais... J'ai demandé son aide à papa trois fois cet été et il m'a dit qu'il n'avait pas le temps de... Enfin, il était trop occupé par son travail, quoi.
C'était sans doute cela qui attendrissait Rose. James n'avait pas sa maturité, il n'était qu'un gamin adorateur de son père qui lui trouvait mille excuses et qui refusait d'admettre à quel point il souffrait. Elle comprit également pourquoi James passait beaucoup de son temps libre en compagnie de Rubeus Hagrid, désormais. Rose comprit, enfin, pourquoi James ravala un sanglot téméraire lorsque Ginny et Harry s'arrêtèrent près d'eux, l'air visiblement furieux.
– Qu'est-ce qu'ils lui reprochent, au juste ?, murmura Natasha.
– Rien. Ou plutôt tout. Ils ont toujours quelque chose à lui reprocher.
– Gin', Harry !, s'enthousiasma Hermione. James nous parlait de son premier cours de Soins aux...
– Hagrid nous écrit, figure-toi, aboya Ginny à l'adresse de son fils aîné. Tu ne pouvais pas taire ta bêtise, pour une fois !? Il a fallu que tu te plaignes de ne pas savoir ouvrir un livre !? Franchement, James...
– Mon livre m'a juste mordu un doigt, maman, pas de quoi fouetter un dragon...
– Ginny, James a raison, calme-toi, on nous regarde...
Elle entraîna sa belle sœur vers le château et James demeura quelques instants seuls avec Rose et Natasha.
– J'imagine que ce sera à toi que je demanderai comment ouvrir ce livre, maugréa Rose.
– Tu pourras toujours chercher la réponse dans un autre livre. Je ne sais pas si tu as vu mais il y en a pas mal dans cette pièce qui s'appelle la bibi... blibli...
Son ton était forcé, son sourire également. Rose apprenait beaucoup auprès de lui. Elle apprenait à se construire une personnalité double, propre à tous les membres de la famille la plus célèbre de Grande-Bretagne et se força à éclater de rire lorsque James déclara, la mine boudeuse, qu'il ne dirait pas non plus comment ouvrir le livre à ses enfants, pour les embêter.
Comme s'il pouvait croire que son père avait juste voulu le taquiner. Comme s'il pouvait vouloir des enfants qui, à leur tour, auraient à supporter le poids de l'héritage et des responsabilités.
Le rire de Rose sonnait de moins à moins faux. Elle s'y habituait, jours après jours, avec moins d'amertume et plus de lassitude. Elle prenait son rôle au sérieux, soupirait dès qu'on la disait trop sérieuse, se cachait pour rire et plaisanter avec Natasha et s'efforçait de se montrer digne de ses parents. Elle n'était, après tout, qu'une fille de.
Voilà, voilà. Je voulais vraiment publier un dernier chapitre en 2014 mais c'était moins une...
A l'année prochaine, donc, pour le prochain chapitre qui sera consacré (en grande partie) à Albus Severus Potter !
Il a bien évidemment été réparti en même temps que Rose (et Roxanne) mais dans quelle maison ? Vous avez une petite idée ? Je crois que j'ai glissé d'énoooormes indices et que le suspense ne vous empêchera pas de buller toute la nuit, alors bon réveillon ! ;)
