Bonjour ! Bonané ! Bonne lecture !
Au programme de ce chapitre : la rencontre officielle avec Albus, un match de quidditch un peu fou, un plan abracadabrant et du sang de dragon. Vaste programme pour le chapitre le plus long jusqu'à ce jour. Une cinquantaine de pages, environ. Je l'ai écrit y a pas mal de temps (deux ans et demi si mes souvenirs sont bons) et ça s'en ressent... J'espère néanmoins qu'il vous plaira !
Albus et Tom
– Abercrombie Dimitri !
Le premier élève à avoir été réparti. Le premier Gryffondor. Albus l'avait suivi du regard alors que le jeune garçon était présenté par sa sœur à nombre de ses nouveaux camarades. Parmi lesquels James. Celui-ci avait souri chaleureusement à Dimitri avant de regarder à nouveau Albus, l'air soucieux. Il semblait au plus jeune des deux frères que son aîné était encore plus stressé que lui-même pouvait l'être. Un comble.
Plusieurs noms connus de James et Albus furent appelés par le professeur Slopa pendant que la distribution continuait.
– Lespare, Jalil !
– Lespare ? C'est le frère de Malek Lespare, l'attrapeur de Serdaigle ?
– Sûrement…
– Oui il lui ressemble comme deux gouttes d'eau, regarde !
– Serpentard !
– Hein ?, s'étonna Fred.
James se contenta de jeter un œil à la table des Serdaigle. Malek ne cilla pas, mais sa mâchoire tremblait. Il était un des garçons les plus célèbres de Poudlard et il devait espérer, tout comme James, que son petit frère le rejoigne.
– Franck Londubat !
– Gryffondor !
– Scorpius Malefoy !
– Serpentard !
– Tu m'étonnes, répliqua Fred. Et ton frère qui le défendait…
Du côté d'Albus, justement, l'anxiété régnait plus que jamais. Les comptes étaient vite calculés, cinq garçons avaient déjà été envoyés à Gryffondor…
L'annonce de son nom fit l'effet d'une bombe. Tout le monde se levait pour mieux voir le second fils de Harry Potter. C'est plus inquiet que jamais qu'Albus s'avança vers le tabouret. Il était loin de se douter que son frère l'encourageait silencieusement mais avec force. Le professeur Slopa lui posa elle-même le Choixpeau sur la tête.
– Hum… Intéressant… Quelle tête bien formée… Je vois d'immenses qualités et un certain talent… Oui… Très intéressant…Impressionnant, même.
– Ah oui ? pensa Albus.
– Oui jeune homme, tu es promis à un grand avenir. Tu feras tes preuves, c'est sûr… oui… je vois très bien où t'envoyer, oui… Tu es fait pour aller à… Serpentard !
Le cri du Choixpeau répandit un silence de plomb dans toute la Grande Salle. Le professeur Slopa enleva le Choixpeau de la tête d'Albus qui, tétanisé, se tourna vers elle. En faisant face à ses nouveaux professeurs, Albus ne vit que ce qu'il prit pour de la déception et de l'incompréhension. Hagrid semblait décontenancé, il regardait Albus la bouche grande ouverte, comme pétrifié. Albus voulait protester, il n'avait rien demandé au Choixpeau trop occupé à l'écouter parler de lui, découvrant un autre Albus. Il n'avait jamais été spécialement brillant à l'école élémentaire sorcière, on ne l'avait jamais félicité pour lui, mais toujours d'être le fils de son père. A chaque fois les mêmes paroles. Il est aussi beau que son père, il est plus calme que son frère, il est plus ou moins ceci ou cela, mais toujours en comparaison à son père ou son frère aîné.
Le Choixpeau lui avait parlé de lui, pas de son frère, pas de son père, mais de lui, Albus. Et finalement, de cet Albus là, envoyé à Serpentard. D'un Albus qu'il ne voulait pas être ni devenir. Des murmures et des sifflements se firent entendre, alors qu'à la table des Serpentard, l'étonnement laissait place à quelques applaudissements polis. Albus devait bouger, il devait protester, il devait courir, pleurer ou crier mais surtout ne pas rester là, prostré dans le silence et l'incompréhension. Il regarda une nouvelle fois le professeur Slopa et la grimace étrange qu'elle lui rendit ne le réconforta pas le moins du monde.
Et c'est là qu'il le vit. Son frère s'était levé pour l'applaudir. Seuls Louis et Maël se levaient à leur tour pour en faire de même mais le geste toucha Albus, plus qu'il ne l'aurait cru. James lui adressa ce sourire qu'il lui réservait, chaleureux et sincère.
– Potter, allez rejoindre votre table.
– Non… Professeur, je …
– Dépêchez-vous Potter ! Adriana Pucey !
Albus se leva, laissant la place à une fille qui le regarda méchamment. Au moment de rejoindre une table, Albus hésita, accentuant encore les murmures et les moqueries. Il rejoignit la table des Serpentard, s'asseyant tout au bout, à côté de Sally-Ann Perks et en face de Scorpius Malefoy qui l'avaient tous deux précédé.
A la table des Gryffondor l'incompréhension et la déception régnaient et personne ne se préoccupa de savoir où Adriana Pucey allait être envoyée. Tout le monde regardait James qui se remettait de ses émotions, regardant fixement le dos de son petit frère.
– Je n'en reviens pas ! s'exclama Fred.
– Allons, ce n'est pas très grave. James, ne t'inquiètes pas, c'est rien, Albus est cool, il se fera des amis et…
– Il est à Serpentard Louis !
– Fred, arrête !
La voix de James était ferme, il se tourna vers le tabouret et fit mine de s'intéresser à la répartition. Mais au fond de lui il était en ébullition. Il avait cherché des yeux son amie Juliet Hawkes mais elle n'était pas assise à la table des serpents. Clifford et Pepper étaient assis d'un bout à l'autre de la table et Vincent Goyle avait été installé entre les jumeaux Nott. Lorsque James avait croisé son regard, l'un des jumeaux Nott avait donné une tape derrière la tête de Vincent. Celui-ci gardait depuis les yeux rivés à ses genoux.
– Gary Silver !
– Poufsouffle !
– Zack Smith !
– Encore un, protesta Fred.
– Poufsouffle !
– Elisa Thomas !
– Gryffondor !
Maël applaudit chaleureusement sa sœur qui venait s'asseoir auprès des nouveaux élèves de la maison.
– Il ne reste plus qu'une place maximum pour les filles en première année… Et Rose et Roxanne n'ont pas encore été appelées, nota Fred.
Alice le fit taire, désignant James, toujours tendu. Fred continuait ses calculs. Il y avait généralement entre huit et dix élèves par maison et par année. Quatre filles avaient déjà été envoyées à Gryffondor, il ne restait donc qu'une place.
– Rose Weasley !
– Pourvu qu'elle ne pique pas la place à ma sœur…
– Fred !
– Oh ça va…
Rose était toute pâle et faillit tomber deux fois avant d'atteindre le tabouret, provoquant quelques rires. Le professeur Slopa lui posa le Choixpeau sur la tête.
– Serdaigle !
– Roxanne Weasley !
Roxanne s'était avancée vers le tabouret. Elle était soudain très inquiète. Elle s'assit en regardant son frère.
– Aucune hésitation, miss, Gryffondor !
– Yeah !, s'exclama son frère.
Roxanne faisait plaisir à voir, elle semblait être la fille la plus heureuse du monde en s'asseyant à sa table. Le directeur de l'école se leva à son tour.
– Bonsoir à tous ! Bienvenue aux nouveaux élèves ! Nous avons encore eu un lot de belles surprises de répartitions ! Très belle et studieuse année à tous ! Et… Bon appétit !
Le repas fut un moment maussade pour les deux frères Potter. A la table des Gryffondor, Fred essayait d'animer un peu son cousin, et Alice, Maël et Louis essayaient de lui faire entendre raison.
– I pas de mauvaise maison, James, ce n'est plus comme du temps de nos parents, argumentait Louis
– Je sais. Mais avec l'absence de Juliet... Ça me fait bizarre c'est tout. En plus je n'ai pas arrêté de le charrier avec ça… Si ça trouve je le lui ai porté malheur…
– Malheur ? N'exagère pas, James.
– Avec Juliet qui n'est plus là...
– On n'en sait rien, tempéra Louis. Elle peut très bien arriver demain ou... Et puis il reste Clifford, Vincent et Pepper.
– Mais les autres ! Entre les frères Nott, Screta... Il est entouré de nazes !
– Il y a sûrement d'autres gens biens à Serpentard.
– Cite-moi un seul !
– Euh… Deirdre, Laurence et Perdita. Elles ne sont pas horribles, enfin…
– Quoi ? Deirdre ? Cette fille est la peste incarnée ! L'an dernier elle a traumatisé des premières années en leur jetant de l'urine de scroutt ébouillantée… Laurence ne pense qu'à ses balais. Et Perdita… Ce n'est pas une fille mais un monstre !
– Je n'ai jamais dit qu'elles étaient parfaites…
– Mais comprends-le un peu, cracha Alice. Regarde sa promo, un nouveau Screta, la sœur de Goyle et celle de Pucey et ce Malefoy !
– Et le frère de Malek. Je suis sûr qu'ils vont bien s'entendre tous les deux, ils vont se soutenir si jamais ça devait se passer mal…
– Il va se faire écrabouiller. Ils vont lui faire payer…
– Payer quoi ?
– Louis ! C'est le fils du survivant ! Son père a terrassé Voldemort ! L'héritier de Serpentard !
Ils avaient haussé la voix et plusieurs élèves les regardaient se disputer.
– Calme-toi, Alice, je n'y suis pour rien, moi. En plus tu oublies ton frère et Rose et Roxanne. Ils sont tous dans la même promo, ils seront là pour Albus…
– Laisse tomber Louis, souffla James. Je suis dégoûté, je veux plus en parler…
– Tu es inquiet ou déçu ?, demanda Alice.
– Qu'est-ce que tu veux dire ?
– Tu es la petite célébrité de notre promo, le fils du survivant, le nouveau maraudeur, peut-être as-tu peur qu'Albus te pique la vedette ? Ou ternisse ta réputation ?
– Tu crois franchement ce que tu dis ? Franchement ? Tu ne me connais peut-être pas si bien que ça alors. »
James se leva et quitta la Grande Salle, laissant ses amis penauds. Du côté des Serpentard, l'heure était à la fête. Mais pas pour tout le monde. Si les plus âgés se réjouissaient des nouvelles recrues, celles-ci n'en menaient pas large. Albus ne leva pas le nez de son assiette et mangea très peu. Il attendit patiemment que l'un des préfets lui demande de le suivre. En franchissant la porte de la salle, Albus vit un préfet souriant et à l'air sympathique présenter le château aux nouveaux élèves de Gryffondor. Albus regarda tristement Roxanne qui jubilait.
– Dégages de là Corner ! Tu bouches la sortie avec tes demi-portions !
– Du calme, Albert, répondit le préfet de Serpentard. Bonsoir Corner, belle soirée, n'est-ce pas ? Tu nous excuseras, nous amenons les nouveaux élèves dans notre salle commune.
L'élève portait l'insigne de Préfet. Il était grand et élancé et parlait avec beaucoup d'assurance. Les nouveaux élèves le regardaient avec fascination.
– Mais passes-donc Tom. Les amis, je vous présente Tom Zigaro, préfet de Serpentard, déçu de ne pas avoir été nommé préfet-en-chef. Au fait, je suis vraiment désolé de t'avoir piqué la place, Tom.
– Il se fiche pas mal de ce poste ! répliqua Albert Nott. Tu n'es qu'un abruti incompétent, on a d'autres choses en tête que de s'occuper de tous les cracmols de Poudlard !
– Albert, ça suffit, répliqua calmement Tom Zigaro. Je n'ai pas pris le temps de te féliciter, Corner, c'est un grand honneur pour toi et je suis sûr que tu t'en montreras digne. Aller, les nouveaux, suivez-moi, les cachots sont par ici.
– Les cachots ?
La question de Sally-Ann Perks resta sans réponse. Tous avancèrent en silence dans ce qui semblait être la partie la plus sombre et humide de l'école. Des courants d'air, des escaliers glissants, des tableaux représentant des scènes sanguinolentes… Albus était de plus en plus triste et inquiet. Ils arrivèrent enfin devant un mur où un serpent était dessiné sur une des pierres.
– C'est à lui qu'il faut prononcer le mot de passe. Ne parlez jamais du mot de passe aux élèves des autres maisons. Celui-ci changera plusieurs fois dans l'année. Pour le moment c'est… Mangemort !
Des exclamations se firent entendre autour d'Albus mais il ne savait si cela était du à l'emploi du mot horrible comme mot de passe ou à l'enchantement créé par l'ouverture de la salle. Le serpent tourna et les pierres s'écartèrent pour laisser passer les élèves à l'intérieur de la salle. Celle-ci était assez vaste et semblait disposée en longueur, comme un long ovale. Le plafond semblait bas et la salle entière ne possédait que trois couleurs, le vert, l'argent et le noir.
– Cet escalier mène aux dortoirs des garçons, celui-ci à ceux des filles. Des chambres individuelles existent, mais elles sont réservées aux meilleurs d'entre nous. Vous devrez donc faire vos preuves pour espérer vous y installer. Demain, vous n'aurez sans doute qu'un cours de vol. Vous aurez ensuite l'après midi de libre. Je vous recevrai à partir de seize heures dans mon bureau, un par un. Je vous donnerai votre ordre de passage ainsi que le lieu où venir me retrouver pendant le petit déjeuner demain matin. Soyez ponctuels. A demain.
Chacun gagna son dortoir, toujours en silence en ce qui concernait les garçons. Le dortoir était spacieux, sobre et distingué chaque lit possédait de beaux rideaux verts et argentés et promettait une intimité qui ravit silencieusement les cinq garçons. Albus pleura une bonne partie de la nuit, mordant son coussin, étouffant ses sanglots. Il ne pouvait se douter qu'autour de lui, d'autres partageaient sa peine.
ooOOoo
En se réveillant, ce matin-là, Albus mit un certain temps à comprendre où il était. C'est le cœur plus lourd que jamais qu'il se rendit à la salle de bains pour se préparer pour son premier jour d'école. Il faillit se perdre en se rendant seul à la Grande Salle mais comprit vite qu'il suffisait de suivre la lumière naturelle, la chaleur, la clameur pour fuir les cachots et se rendre dans les parties communes, pleines de vie. A quelques mètres de la salle, il vit James qui semblait l'attendre près d'un escalier.
– Salut…
– Salut.
Un long silence s'installa, Albus détournait les yeux, ravalant ses larmes et James ne savait comment engager la conversation.
– Ça va ?
– Ouais, répondit Albus d'une voix étonnement rauque.
– Bon. Écoute alors… Tant mieux. On se verra plus tard.
– Ouais. Salut James.
Les deux frères entrèrent l'un après l'autre dans la salle où le silence se fit instantanément.
– Regardez c'est Potter !
– On dit qu'il a mal tourné
– C'est un cracmol
– Non c'est un mage noir.
– Tu crois ?
– Oui il ressemble plus à tu-sais-qui qu'à Harry Potter… Il va reformer les mangemorts, c'est pour ça qu'il a choisi Serpentard.
– C'est le Choixpeau qui l'a envoyé là-bas.
– Ouais mais à ce qu'il parait…
Albus marcha très vite vers sa table et ne put une nouvelle fois rien avaler. Tom vint leur donner leur emploi du temps et leur ordre de passage pour les entretiens de l'après-midi. Albus vit qu'il serait le premier à passer. Cela l'inquiéta davantage encore et c'est dans un profond état de faiblesse qu'il se rendit à son premier cours de vol. Il retrouva Roxanne et son ami Franck Londubat qui lui parlèrent comme si de rien était. Albus connaissait bien les Londubat. Neville, le père, était professeur de Botanique et était un des meilleurs amis de ses parents. Ils se voyaient régulièrement, entre « adultes » mais les enfants se connaissaient également pour avoir été scolarisés dans la même école élémentaire magique. Les Londubat avaient trois enfants. Alice, l'aînée, était la meilleure amie de James. Annie, la plus jeune, avait le même âge que Lily et les deux filles s'entendaient très bien. Franck était né le même mois qu'Albus et si les garçons avaient des caractères bien différents, ils s'appréciaient beaucoup.
Les Gryffondor et les Serpentard étaient mélangés pour ce premier cours et Albus, en enfourchant pour la première fois un balai, côte à côte avec Franck, se surprit à trouver la vie plus légère. Les deux garçons et Roxanne eurent beaucoup de succès lors de ce premier cours et rentrèrent ensemble au château. Mais une nouvelle fois, Albus dut les quitter pour rejoindre la table de sa maison, non sans avoir échangé un long regard avec son frère qui semblait tendu mais résigné. A table, Albus n'avait pas échangé un mot avec les élèves de sa maison. Il aurait tellement aimé être à Gryffondor, auprès de Roxanne et Franck avec qui il aurait pu rigoler et apprécier sa rentrée. Au lieu de ça, il partageait son dortoir avec trois garçons qui l'indifféraient, Scorpius Malefoy, Jalil Lespare et Benoit Screta.
L'après-midi il se rendit au rendez-vous avec Tom Zigaro. Le préfet disposait d'un bureau près des cachots. Il fit entrer Albus et referma la porte avec un sortilège.
– Albus Severus Potter. C'est une très grande surprise pour moi de te voir assis dans ce bureau. Je pensais honnêtement que tu irais à Gryffondor, comme ton frère. Mais tu es ici, à Serpentard.
– Oui.
– Tu ne me parais pas très en forme, Albus Severus Potter.
– Et bien… Comme tu l'as dit, je ne pensais pas aller à Serpentard non plus, c'est une surprise pour moi aussi, alors…
– Hum… Premièrement je ne t'ai jamais autorisé à me tutoyer. Saches qu'à Serpentard on apprend le respect de la supériorité et du grade. Deuxièmement tu sembles plus déçu que surpris de ta distribution. Je me trompe ?
– Euh… Non mais c'est juste que …
– Donc tu es déçu. Je te comprends, Albus Severus. Sais-tu de qui tu tiens tes deux prénoms ?
– Oui, d'Albus Dumbledore et de Severus Rogue, un homme très courageux qui était à Serpentard.
– Tu penses gagner des points auprès de moi en vantant Rogue ? C'était un hypocrite, une petite ordure, un traître. Albus Severus, je vais te donner un conseil. Mais avant toute chose il me faut savoir si tu me fais confiance.
– …Oui. Bien sûr.
– Tu mens. Ne nies pas, je peux facilement lire en toi. Tu ne me fais pas confiance, ce qui nous mène donc à mon conseil. Écoute moi, sois obéissant, discret, soumis et discipliné et les choses iront bien pour toi. Sinon il pourrait y avoir des représailles. Je vais te tester, Albus Severus. Je vais te donner des tâches à accomplir et tu devras les réaliser dans le plus grand secret. Si tu es obéissant, tu seras récompensé. Sinon…
Son rictus froid et maléfique glaça Albus.
– Tu as compris ?
– Oui.
– Oui qui ?
– Oui Tom.
– Non. Oui, maître.
Albus le regarda fixement. Soit Tom était sérieux soit il se moquait de lui, une sorte de bizutage, se dit-il.
– Première proposition, Albus Severus. Les bizutages sont bons pour les moldus.
– Tu… Vous pouvez lire mes pensées ?
– Ta première mission sera de servir certains de mes amis. Ils viendront te voir directement. Sors maintenant. Albus Severus ?
– Oui ? … Maître ?
– Pas un mot à qui que ce soit, ni à tes camarades, ni à ton frère, ni aux professeurs, ni à ton balafré de père ? C'est bien compris ?
– Oui, maître.
Albus passa le reste de l'après-midi à pleurer dans un coin du parc. Il était tellement triste qu'il ne s'était pas rendu chez Hagrid. Il n'avait pas non plus écrit à ses parents. A quoi aurait-ce servi ? Il sauta le repas du soir une nouvelle fois et se rendit directement à son dortoir. Il y était seul et se coucha rapidement. Mais Zigaro et quatre de ses amis arrivèrent dans son dortoir alors qu'il soufflait sur la dernière bougie.
– Albus Severus. Que t'ai-je dit tout à l'heure ?
– D'attendre que tes amis me demandent des services et de leur obéir, répondit-il prudemment.
Tom lui rendit un sourire froid et machiavélique. Il s'approcha d'Albus, brandit sa baguette et l'approcha du ventre du jeune garçon.
– Qu'est-ce que tu fais ? Arrêtes Tom, je n'ai rien fait, je…
– In gitro Malefix !
Albus tomba sur le lit en hurlant de douleur. Il lui semblait qu'on le rouait de coups de points à l'intérieur même de son ventre. Il comprit vite qu'il venait de subir son premier maléfice.
– Ah ! Tu m'as fait mal…
– Tu en veux encore ?
– Non !
– Non qui ?
– Arrête…
– In gitro malefix !
– Non !
Tom recula de quelques pas, gardant toujours son air froid. Il regardait Albus pleurer sur son lit, dégoulinant de sueur avec indifférence.
– Albus Severus. Que t'ai-je dit tout à l'heure ? Réfléchis avant de répondre.
– Je… Je… Tu m'as… demandé de …
– Je t'ai ordonné.
– Tu m'as ordonné de…
– De ne pas me tutoyer.
– Pardon, dit-il en sanglotant.
– Pardon, qui ?
– Maître. Pardon maître, supplia-t-il en baissant les yeux.
Les amis de Tom étaient hilares. Tom les fit taire d'un geste.
– Albus Severus. Tu commences très mal l'année. Tu as disparu tout l'après-midi alors que mes amis avaient besoin de toi. Tu viens de subir une infime punition. J'espère pour toi qu'il n y en aura pas d'autre. Dorénavant je n'accepterai plus de perdre du temps à cause de toi. C'est bien compris ?
– Oui, maître.
Tom et ses amis quittèrent le dortoir, laissant Albus au plus mal. Quelques minutes après il sursauta en entendant la porte s'ouvrir. C'était Scorpius. Celui-ci s'arrêta net en croisant le regard d'Albus.
– Potter ! Qu'est-ce qui se passe ? Ça va ? T'as l'air malade et terrorisé…
– Laisse tomber.
– Non, dis-moi ce qu'il se passe.
– Tu sais très bien ce qu'il se passe Malefoy !
– Quoi ? C'est Zigaro et sa bande ? ?e les ai vus sortir… Ils t'ont… Qu'est-ce que tu as ? Tu as pleuré ? Tu n'as vraiment pas l'air bien, c'est eux qui …
– Ta gueule Malefoy !
– Albus, calmes toi, je ne suis pas ton ennemi, je veux t'aider, je…
– Non ! Tu es comme eux ! Un Serpentard !
– Non. Je suis un Serpentard, certes, mais comme toi, pas comme eux.
– In gitro malefix !, hurla Albus.
Scorpius faillit perdre l'équilibre mais le sort ne lui fit pas beaucoup d'effet.
– C'est la première fois que tu lances un sort ? Où as-tu appris ça ? C'est un maléfice ? C'est… eux ?
– Ne me parles plus Malefoy, je ne veux rien avoir à faire avec toi !
– Mais…
– Ta gueule ! Plus jamais, plus jamais…
Albus s'écroula au pied du lit. Benoit Screta entra à ce moment précis dans la chambre et découvrit Albus, inconscient, par terre. Il regarda Scorpius d'un air interrogateur.
– Ce n'est pas moi, dit-il précipitamment.
– Que lui est-il arrivé ? s'inquiéta Benoit en s'agenouillant près d'Albus.
– Il vient de tomber dans les pommes, juste avant que tu arrives, il n'a pas mangé depuis hier. Ce n'est pas moi, je le jure, il faut que tu me crois.
– Je te crois, Scorpius. Préviens le professeur Slopa s'il te plaît. Tu dois y aller directement, ne parle à personne d'autre. Je vais l'emmener à l'infirmerie.
En se réveillant le lendemain, Albus mit un certain temps avant de comprendre où il se trouvait. Il ne sut pas que son frère avait passé la nuit à son chevet, ni que certains de ses camarades ainsi que ses cousins lui avaient rendu visite. Le professeur Shitaké lui expliqua que son état était du au fait qu'il avait sauté plusieurs repas et qu'il avait été surmené par la rentrée mouvementée.
– C'est une réaction très normale à un état de stress avancé. Monsieur Potter, auriez-vous autre chose à me dire ?
– Non, monsieur.
– Vous n'êtes en conflit avec personne ?
– Non, monsieur.
– Très bien, reposez vous encore ce matin et vous rejoindrez vos camarades pour le repas.
Quelques heures après, Albus se réveilla en sursaut. Il venait de faire un cauchemar, revivant sa confrontation avec Tom Zigaro. Il remua légèrement, satisfait d'avoir quelques heures de répit.
– Bonjour Albus Severus.
Albus se retourna vivement vers Tom, effrayé. Le préfet était debout, près du lit et l'observait de ses yeux glacials, presque inhumains.
– Allons, sois poli.
– Bonjour, maître, murmura-t-il d'une voix tremblotante.
– Bien, je vois que notre petite punition a fait effet. Je vois également que ta faiblesse t'a déjà conduit à l'infirmerie. Il est bien évident que tu ne parleras pas de ta petite punition, n'est-ce pas ?
– Bien sûr maître. Cela reste entre vous et moi.
– Bien Albus Severus. Tu comprends vite. Quand sors-tu de l'infirmerie ?
– Dans quelques heures, maître.
– Tant mieux. L'équipe de Quidditch organise son recrutement. Tu t'y rendras, seul. Le capitaine de l'équipe aura une tâche à te confier.
– Bien maître.
– J'aurais également une tache à te confier ce soir. C'est compris ? Oh bonjour, professeur.
– Bonjour, Tom.
– Je venais voir mon jeune ami.
– Vous devriez prendre votre travail de préfet plus à cœur, Tom, il faudra surveiller de près monsieur Potter et s'assurer qu'il prenne bien tous ses repas.
– Bien sur professeur, Albus et moi sommes amis et nous allons passer beaucoup de temps ensemble. N'est-ce pas, Albus ?
– Oui m… Tom.
– Bien, nous nous verrons tout à l'heure.
Plus tard, trois personnes entrèrent à leur tour dans l'infirmerie. Albus les reconnut très vite. Jalil Lespare, Benoit Screta et Sally-Ann Perks s'approchèrent de son lit.
– Salut Albus ! On est venu voir comment tu vas, commença Sally.
– Bien, merci.
– Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? Malefoy dit qu'il n'y est pour rien mais…
– Il n'y est pour rien. J'ai sauté le repas d'hier soir, c'est tout.
– Benoit dit que tu avais l'air complètement patraque.
– Et c'est qui Benoit ?
– Mince, on ne s'est même pas présentés ! Benoit c'est lui. Lui c'est Jalil. Et moi Sally-Ann. Tu sors quand ?
– Pour le repas.
– Ok, tu veux qu'on attende avec toi ?
– Non.
Sally le dévisagea, visiblement surprise du refus d'Albus.
– On n'est pas méchant, tu sais. Je sais ce que tu penses…
– Non, c'est faux. Tu ne me connais pas.
– Non Albus, tu as raison, je ne te connais pas encore, et si on est là c'est parce qu'on a envie tous les trois de te connaître.
– Moi je n'en ai pas envie.
– Écoute, répondit Benoit. Écoute seulement ça. On est nouveaux dans cette école. Les seules filles que connaissaient Sally sont dans d'autres maisons et ne lui adressent plus la parole. Moi à part mes frères et leurs amis, je ne connais personne. Et Jalil… Et bien, quand il a vu qu'on venait te voir il a eu peur pour toi. On est tous dans le même bateau, Albus, on en a pour sept ans ici, ça serait quand même plus agréable de se faire des amis.
– J'ai déjà des amis.
– Je sais. Tu as en plus une famille nombreuse. Mais ils sont tous à Gryffondor ou à Serdaigle. Londubat aussi est à Gryffondor. Il faut que tu te fasses des amis dans ta maison et…
– J'ai déjà des amis à Serpentard.
– Zigaro ? demanda Jalil. Albus, ce type se sert de toi, c'est évident. Je ne sais pas ce qu'il te veut mais ce n'est certainement pas de l'amitié.
– Ça me regarde.
– On pourrait passer un moment ensemble cet après-midi, proposa Sally, aller voir les sélections de Quidditch tous les quatre, pour apprendre à nous …
– Non.
– Tu n'aimes pas le Quidditch ?
– Si. J'irai aux sélections. Mais seul. Écoutez, je vais le faire court, je n'ai aucune envie d'être votre ami. Vous avez visité l'infirmerie, vous avez fait votre bonne action du jour, vous avez parlé à l'héritier du Survivant, dégagez maintenant.
– Comme tu voudras…, répondit Sally, visiblement déçue.
Elle quitta l'infirmerie, suivie de Benoit. Jalil resta un moment près d'Albus.
– Ça compte aussi pour toi, Lespare.
– Ok… je voulais juste que tu saches que moi aussi ça me fout les boules d'être à Serpentard, mon frère Malek est à Serdaigle, tout le monde l'adore, comme ton frère, et c'est dur pour nous. Attends, je n'ai pas fini. J'ai bien compris ce que tu as dit à Sally. Saches juste que tu n'es pas tout seul.
Jalil quitta à son tour l'infirmerie, laissant Albus pensif. Il aurait tant aimé pouvoir se faire des amis, mais il mourrait de peur de subir à nouveau les représailles de Tom. Celui-ci lui faisait terriblement peur. Albus devait s'éloigner des gens. Il ne devait pas avoir d'amis et encore moins de liens avec sa famille. Il serait trop faible et aurait tendance à vouloir se confier à eux. Pire, il avait également peur que Tom s'en prenne à eux. Non, Albus devait rester seul et faire semblant d'appartenir au clan de Tom. Lui obéir en silence, suivre ses cours, manger sans faim, continuer sans envie, souffrir sans expression. Rester neutre, indifférent et ne lâcher prise qu'une fois protégé par les rideaux de son lit, en étouffant sanglot après sanglot silencieusement.
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Albus avait passé un week-end maussade. Il s'était fait le plus discret possible, rasant les murs, évitant sa famille et les autres élèves de première année. Il n'avait quitté son coin isolé du parc que pour remplir les tâches que lui confiait Tom. Les sélections de quidditch terminées, Albus avait dû nettoyer le matériel de chaque joueur. Cela aurait pu être pire mais en voyant Sally-Ann Perks et Benoit Screta rire ensemble dans le parc, en observant la solitude muette de Jalil Lespare assis près de son frère et des amis de celui-ci, Albus songeait qu'il aurait pu vivre une vie différente, une vie parallèle, une vie loin de Tom Zigaro, de ses amis et de ses règles.
Petit à petit, jour après jour, cours après cours, il commença à éviter ses cousines et Franck Londubat et s'asseyait seul à son bureau. Il devint le centre des rumeurs, tout le monde ne parlait que de lui et il supportait difficilement les chuchotements sur son passage, les élèves qui le regardaient en riant ou ceux qui, effrayés, s'écartaient en le voyant arriver. Il lui était plus facile qu'il ne l'aurait cru d'adopter les signes distinctifs des Serpentard, l'indifférence qu'il simulait à merveille, le mépris lorsqu'il croisait le regard d'un autre élève, la supériorité lorsqu'il bombait le torse, feignant d'être si fier de l'insigne de sa maison cousue sur son uniforme. Mais dehors le froid arrivait à grands pas et bientôt il ne pourrait plus s'y isoler, il ne pourrait plus se cacher derrière ce bosquet qui était son seul véritable ami.
Les semaines passaient sans l'ombre d'un sourire. D'autres missions lui étaient ordonnées au fil des jours, réquisitionner des paquets suspects, recopier des devoirs à la main alors que les élèves qui le lui ordonnaient pouvaient très bien lancer un sort de copie… Albus avait reçu plusieurs courriers de ses parents. Ceux-ci lui assuraient qu'ils étaient fiers de lui, qu'importe la maison dans laquelle il avait été envoyé. Il savait ses parents compréhensifs mais il ne pouvait s'empêcher de penser qu'ils étaient déçus de sa distribution. Il ne leur répondait pas, n'écrivait pas à Lily et n'ouvrait plus leurs lettres. James avait quelques fois essayé de lui en parler mais Albus refusait de lui parler à lui aussi.
Albus n'adressait plus ni une parole ni un regard à sa famille. Il passait devant son frère avec un regard hautain et méprisant, celui-là même que portaient fièrement certains Serpentard. Il ne parlait plus à Franck Londubat ni aux élèves des autres maisons. Il évitait Rose qui semblait toute surprise et ne savait pas comment aborder son cousin. Il l'enviait quelques fois. Elle ne se mêlait pas beaucoup aux autres et avait déjà écopé de l'étiquette de première de la classe bêcheuse et snob mais elle s'était fait une amie, Natacha Kandinsky, et on ne voyait jamais l'une sans l'autre. Elle non plus n'était pas à Gryffondor et ils faisaient partie des quelques exceptions des cousins à ne pas y être. Victoire, si elle était allée à Serdaigle, était traitée comme une reine par tous les Gryffondor. Molly suivait logiquement les traces de son père. Future préfète de Serdaigle, élève studieuse et calme, elle n'en était pas moins appréciée par tous. Dominique, était à Poufsouffle et chacun évoquait le choix et non pas l'obligation pour celle qui voulait se démarquer de sa sœur et plus généralement de toute sa famille. Tous les autres étaient à Gryffondor, notamment les enfants ou la famille « ajoutée » de Harry Potter. James, et Tallulah avant lui, avaient repris fièrement le flambeau des Maraudeurs. Fred et Louis avaient suivi. Lucy et Roxanne ne tarderaient pas à en faire même.
Albus avait découvert un nouveau James. Bien sûr il se mettait toujours en avant, parlait beaucoup, se déplaçait au milieu d'un groupe d'amis qui riaient à ses blagues, lançait des regards charmeurs aux jolies filles en passant la main dans ses cheveux et prenait soin de toujours les avoir ébouriffés. Il était apprécié de tous, même des Serdaigle qui étaient pourtant jaloux de sa facilité. Albus l'avait aperçu, volant avant tous ses camarades sur un hippogriffe, expliquant les bases de l'Arithmancie à ses camarades qui, eux, n'avaient rien compris à leur premier cours, décrivant à ses amis le village de Pré-Au-Lard qu'ils allaient bientôt pouvoir visiter, volant sur un balai qu'il avait lui-même acheté contre la volonté de ses parents. Mais surtout, Albus avait été surpris de la simplicité de son frère. S'il était têtu et téméraire, il ne ressemblait pas au garçon plein d'arrogance qu'Albus pensait qu'il était. Bien sûr il se battait, comme d'autres Gryffondor, avec certains Serpentard. Mais, lorsque cela se produisait, il le faisait avec résignation et lassitude, pour sortir Fred d'un mauvais pas, par solidarité, et non par envie. Il y avait également des amis et, dès qu'il voyait Albus, il lui souriait et le prenait dans ses bras, en une accolade fraternelle qui semblait s'adresser au tout Poudlard. Il tentait de faire passer un message, qu'il ne fallait pas s'en prendre à son petit frère. Mais ceux qui s'en prenaient à Albus n'avaient que faire de James Potter. Et, aux yeux d'Albus, ils étaient bien les seuls. James n'était pas l'idiot prétentieux que le professeur Ballerup dépeignait dans les lettres qu'il envoyait aux Potter, ses amis semblaient énormément l'apprécier et il le leur rendait bien. Il avait aussi cherché, plusieurs fois, à parler sérieusement à Albus et après le refus de celui-ci, James ne s'était montré ni agressif ni méprisant, il baissait la tête, triste et déçu. Pour la première fois Albus perçut une tendresse infinie dans les yeux de son frère. Alors qu'avant la rentrée il pensait le rejoindre à Gryffondor et continuer à subir les frasques de son aîné, il avait découvert un autre James mais il ne pouvait se lier davantage à lui car il était à Serpentard.
Albus ne parlait pas davantage aux élèves de sa propre maison, sauf Tom et ses amis. Il suivait ses cours sans un mot, sans une participation, assis à côté de Fedda Tanzakis, une élève de Serpentard qui semblait vénérer les élèves connus ou puissants, ou de Billy Flowrd, un élève de Poufsouffle discret et sans amis qui semblait terrorisé par Albus. Il ignorait souvent le regard insistant de Jalil qui était lui aussi profondément seul, bien que semblant sous la tutelle d'Albert Nott. De sa promotion, Jalil ne parlait qu'à Sally qui semblait elle aussi être une exception chez les Serpentard. Débordante de vie, souriante, drôle, extravertie, elle était le parfait contraire d'un Serpentard ordinaire. Miranda Vaisey, une élève de septième année, semblait devoir la contrôler. Mais Sally ne laissait rien paraître. Albus ne la voyait pas souvent avec d'autres filles, ni avec les élèves des autres maisons. Elle passait en revanche le plus clair de son temps avec Benoit Screta. Celui-ci était très différent de ses frères aînés. Il était joyeux et lumineux et engageait facilement la conversation avec n'importe qui, toutes maisons confondues. Et il était bien le seul. Albus avait vite compris que si les élèves de première année de Serpentard ne se mélangeaient pas aux autres maisons c'est tout simplement qu'ils avaient peur, de Tom Zigaro, Albert Nott et leur bande. D'autres bien-sûr vouaient une admiration totale à ceux-ci. Ce devait être le cas de Scorpius Malefoy, qui n'avait plus adressé la parole à Albus et qui feignait de l'ignorer totalement. Il avait intégré une bande d'horribles garçons, parmi les pires de la maison des serpents. Ils ne parlaient que des idées de Tom et Albert, leurs dieux en qui ils avaient foi et confiance. Pourtant, Albus savait que Scorpius aussi passait des tests, tout comme Jalil et lui. Mais les deux garçons ne semblaient pas réagir de la même manière.
Le temps filait très lentement pour Albus. Alors qu'il s'était fait une joie d'apprendre et découvrir les sortilèges, l'histoire ou la botanique, d'étudier en compagnie de ses amis ou de se promener dans le parc, le week-end, il passait le plus clair de son temps seul à errer ou à accomplir les fameux tests de Tom. Son mal être était difficile à dissimuler, pourtant personne ne semblait l'avoir remarqué. Depuis que James, Rose, Fred, Louis et Roxanne l'avaient vu en train de parler avec Tom, un soir après les cours, ils devaient penser qu'il faisait partie de la mauvaise bande. Pour les autres élèves, Serpentard était une maison unie où l'on se soutenait.
Si un seul élève s'était un tant soit peu intéressé à ce qu'il se passait vraiment chez les Serpentard, il aurait vite découvert que la maison n'était pas si unie que ça. Le dortoir des garçons de première année en témoignait. Aucun des quatre garçons n'adressait la parole aux autres. Chacun était dans sa bulle, solitaire, malheureux, sans amis.
Les trois autres s'en accommodaient avec plus ou moins de résignation. Albus, lui, avait d'autres envies, d'autres projets.
« Maître ?
– Que veux-tu Albus Severus Potter ?
Tom paraissait surpris. Albus esquissa son premier véritable sourire depuis plus d'un mois. Un sourire sincère. Un sourire hautain.
– J'ai beaucoup réfléchi. Les petits tests que vous me donnez vous amusent sans doute, mais ils manquent de pertinence et ne sont pas très utiles. Je pense avoir bien mieux à vous offrir.
– Crois-tu ? J'en doute fort, mon jeune ami.
– Nous ne serons jamais amis. Mais nous pouvons être alliés. »
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Octobre avait défilé vite. Peut-être trop vite. Ce dernier matin du mois, James se prépara par habitude à se rendre en cours. La veille, il avait beaucoup pensé à son frère dont le changement d'attitude le rendait perplexe. Fatigué et l'esprit embrouillé, James avait oublié qu'il pouvait dormir ce matin-là, qu'il n'avait pas cours, que les vacances d'automne débutaient. Il avait même oublié qu'aurait lieu sa première visite à Pré-au-lard. En effet, les élèves de troisième année étaient autorisés à se rendre dans le village sorcier quelques jours par an et ses amis s'étaient fait une joie de cette sortie. Mais lui avait d'autres préoccupations.
Il se faisait du souci pour Albus, celui dont on parlait parfois en le nommant « l'héritier qui a mal tourné », « la part sombre de la famille Potter », « le faux-fils du survivant ». Et Albus ne semblait pas souffrir de ces rumeurs. Il les laissait courir, traînant avec la pire bande de l'école, affichant un air hautain et indifférent. Il n'avait pas d'amis de son âge, seul Tom Zigaro semblait l'intéresser.
« Arrête de te prendre la tête, James.
– C'est vrai t'es tout le temps silencieux en ce moment, tu ne t'amuses plus.
– En plus on va à Pré-au-lard aujourd'hui ! Trop la classe !
– D'ailleurs on ferait mieux d'y aller si on veut en profiter.
– Partez devant, je veux parler à Albus. Je vous rejoindrai à la boutique Weasley. »
Il laissa ses amis et se rendit vers les cachots où il trouva Albus en grande discussion avec Tom Zigaro. Celui-ci se tut en voyant James arriver.
– James Sirius Potter.
– Zigaro. Désolé je ne tiens pas comme toi un registre des prénoms de chaque élève de cette école. Tu m'excuseras je souhaitais parler à mon frère. En privé.
– Surveille ton langage Potter.
– Désolé de ne pas parler fourchelang, Zigaro.
– Tu ferais mieux de lui accorder un peu plus de respect. Tom est préfet.
– Merci Albus, ça ira. Nous nous verrons plus tard. Je te laisse avec ton idiot de frère.
James regarda Tom s'éloigner avec dégoût.
– Je ne comprends pas ce que tu fous avec ce type.
– Tom est mon ami.
– Arrête. Dis-moi la vérité. Il te fait chanter ? Il profite de toi ? L'an dernier des rumeurs courraient sur son compte. Il se croit au dessus de tout parce que les gros bras de ses potes le protègent.
– James, l'époque où tu faisais de moi ce que tu voulais est terminée. Mes amis sont plus puissants, plus intelligents que toi. Ils me respectent pour ce que je suis.
– Un élève de première année obéissant. Voilà ce que tu es. Albus, voyons…
– Je ne t'autorise pas à me parler ainsi. Tu pensais que j'allais faire comme toi ? Perdre mon temps avec des sangs de bourbe et à me pavaner dans le château ? Je te le laisse, ça c'est pour les faibles et les idiots.
– Tu t'entends Albus ? Tu prononces ces mots horribles, toi ! Te rappelles-tu d'où tu viens, Albus ? Te rappelles-tu ce qu'ont fait notre père et Hermione au ministère ? Ils ont lutté pour que ces idées soient éradiquées ! Et toi tu…
– Hermione est une sang de bourbe, ce n'est pas une référence.
– Quoi !? Albus ! S'il te plaît dis-moi ce qu'il t'arrive, je te protégerai, je te…
– Toi ? , tu me fais rire. Tu n'es qu'un idiot.
– Albus…
– Tais-toi ! Tu n'es plus mon frère, tu m'as aveuglé pendant des années. Ici je suis moi. Serpentard est ma vraie maison ! Tom est mon vrai frère ! Je suis fier de ce que je deviens, de ne plus être puéril et bête comme tu l'es, comme tu le seras toujours ! Toujours à vouloir vous ressembler père et toi ! Mais lui n'a rien compris et toi tu n'es rien ! Et il en sera toujours ainsi ! Je vaux mieux que lui et mieux que toi !
James le regarda avec douleur. Son frère avait tant changé. Il avait cru un moment qu'Albus souffrait, qu'il était sous l'emprise de quelqu'un, de Tom, et qu'il n'avait pas le choix. Mais en fait c'était Albus, c'était son frère, qui avait fait ce choix-là. Et James semblait ne pouvoir rien y changer.
– Moi je préférais celui que tu étais et non celui que tu deviens. Avant j'avais un frère. Que j'aimais plus que tout au monde. Bien sûr je me moquais de toi, je te bousculais, mais ce n'était que de l'amour que je te portais mais que je ne savais pas témoigner. Aujourd'hui... Je ne te comprends plus… Penses à nos parents, penses à Lily…
– Lily me suivra ou je n'aurais plus de sœur.
– Albus…
– Va-t-en maintenant. Et ne reviens plus me voir. J'ai honte de t'avoir comme frère, honte de cette famille vantarde et prétentieuse. »
Albus fut le premier à se retourner, s'éloignant de ce frère qui avait si peu d'orgueil qu'il ne retenait même plus ses larmes. Désormais seul dans une salle isolée qu'il avait fait sienne, Albus ricana en pensant à son frère. Les filles tenteraient sans doute moins de le charmer si elles savaient qu'il pleurait encore comme un bébé. Il était si facile, pour Albus, de manipuler son frère, si simple de trouver les mots pour le bouleverser, pour jouer avec ses sentiments. James était si crédule... Albus n'avait pas fini de souffler le chaud et le froid avec son frère et s'en réjouit. C'était plus qu'une vengeance, James ne lui avait jamais fait de mal après tout. Non, ce n'était pas une vengeance, un appel à l'aide ou une perche qu'il tendait à son frère. C'était son rôle, sa réalisation, son avenir. La continuation de ce qu'il avait toujours attendu, au plus profond de son cœur, un aveu qu'il n'aurait jamais osé prononcé à voix haute, un secret qu'il dissimulerait encore longtemps.
Le soleil ne pouvait briller que pour un seul frère. Qu'importe si Albus devait pousser son frère dans l'ombre des ténèbres.
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Sous le poids de la tristesse, James choisit de ne pas se rendre à Pré-au-lard. Son altercation avec son frère l'avait dévasté. Il gagna son dortoir, désert, et se coucha. Il pleura longtemps jusqu'à ce que Maël et Alice entrent silencieusement et s'assoient près de lui.
– Ça s'est si mal passé que ça avec Al' ?
– Tu n'imagines même pas Alice…
– Ben…
– Quoi ?
– On… On était à Pré-au-lard et comme tu ne venais pas, on a décidé de venir te chercher avec Maël. Et en venant on a croisé Albus. Et Zigaro et ses potes. Ils… Ils se moquaient de toi. Ouvertement.
– …
– James, ajouta Maël, mon pote, faut que tu te reprennes. Je sais que c'est dur, tu aimes Albus ça se voit et je sais que tu croyais qu'il était sous l'emprise de quelqu'un. Mais je crois qu'il a vraiment changé, James. Il est vraiment comme…
– Je sais Maël. Je l'ai compris ce matin. Il a employé des mots… Jamais j'aurais pensé que…
– Ignore-le. Ça va être difficile mais si vous vous ignorez tous les deux ça sera peut-être mieux que de vous affronter. Il n'a que onze ans, Zigaro est impressionnant dans son genre..
– C'est un horrible Serpentard aveuglé de magie noire !
– Je sais James, mais il est charismatique. Même Alice le trouvait sexy.
– Quoi !? Alice !
– Ben… Il est quand même pas mal. Après il a ses idées, complètement contraires aux miennes. Mais ce que veut dire Maël c'est qu'il est un peu comme Mike ou Ted quand on est arrivé à Poudlard. Ils sont plus âgés, intelligents, charismatiques. Albus est peut-être impressionné, c'est tout. Il changera d'opinion plus tard. Mais toi de ton côté il ne faut pas que tu lui montres que ça te touche. Reprends ta vie en main, fais-nous rire, fait craquer les filles, joues au Quidditch, bref, redeviens James Potter !
– Et maintenant va à la salle de bains, fait disparaître toute trace de tristesse et suis-nous, Pré-au-lard est vraiment cool !
Contre toute attente, James passa un moment plutôt agréable avec ses amis à Pré-au-Lard. Il but une Bièraubeurre aux Quatre Balais et fit le plein de friandises chez Honeyducks et c'est le cœur un peu moins lourd qu'il rentra au château. En allant ranger ses achats, il eut la surprise de trouver Patmol qui l'attendait dans son dortoir, une lettre attachée à sa patte.
« James,
Nous sommes désespérés de ne recevoir aucune nouvelle de ton frère. Pas une lettre. Ta sœur non plus. Que se passe-t-il ? Comment va-t-il ? Parles-tu avec lui ?
James, s'il-te-plait, sois gentil avec ton frère. Tu pourrais être un bon garçon si tu étais moins têtu et égoïste. Soutiens-le au lieu de te moquer de lui et pries le de nous écrire vite.
Nous serons à Poudlard dans une semaine pour assister à la rencontre spéciale de Quidditch. Je dois la couvrir pour le travail et ton père sera affilié au contrôle avec son équipe. Préviens Albus que nous souhaitons le voir. Hermione viendra également en tant que spectatrice avec Lily et Hugo.
Je t'en prie, sois raisonnable et arrête d'embêter ton frère.
A la semaine prochaine,
Maman
PS : James, si comme nous le pensons, tu mènes la vie dure à ton frère, tu auras affaire à moi. Papa. »
– Je n'en reviens pas !
– Qu'est-ce qu'il se passe ? C'est grave ?
– Plutôt ouais. Ce petit con se fait passer pour une victime ! Mes parents me demandent d'arrêter de l'embêter ! Genre, c'est à cause de moi qu'il ne leur écrit pas !
Maël lut la lettre par-dessus son épaule.
– Laisse tomber, fais comme si de rien n'était. Vous verrez le week-end prochain. C'est quoi ces rencontres au fait ?
– Aucune idée…
Mais ça ne laissait présager rien de bon.
La réponse vint toutefois dès le lendemain, lorsque James, Fred et Maël se rendirent à leur entraînement de Quidditch. Olivia leur apprit que le ministère organisait une rencontre spéciale de quidditch, le week-end suivant à Poudlard. Il s'agissait à la fois de la huitième journée du championnat et du premier match de l'année à Poudlard, qui opposerait Gryffondor et Serpentard. Les élèves étaient heureux de pouvoir assister à des matchs de leurs équipes phares, comme les Harpies ou les Cannons. Pour les plus âgés, cette rencontre permettrait également d'obtenir des avis de professionnels sur leur niveau de jeu, et peut-être d'intégrer un de ces clubs. Pour James, cela signifiait surtout des retrouvailles familiales qu'il redoutait.
Olivia était très stressée à quelques jours du premier match de l'année. La plupart des joueurs des années précédentes étaient désormais en sixième ou septième année. Ils avaient donc leur mémoire et leurs ASPICS à préparer, sans compter les visites fréquentes au Temple, qui se déroulaient les week-ends et les soirées. Olivia avait tenté de les garder dans l'équipe mais Ethan Pold, Nicole Karabatic, Sylvie Towler, Yoalis Koppe et Mike Corner ne pouvaient plus assister aux entraînements de manière régulière. Olivia avait donc du se passer d'eux et avait fait travailler intensivement ceux qui étaient remplaçants l'année précédente. James et Fred, qui avait déjà joué dans l'équipe à plusieurs reprises, entrèrent comme titulaires aux postes de poursuiveurs. Rodney Lewis devint titulaire au poste de batteur où il faisait désormais équipe avec Clark MagLaggen et Lucy Weasley devint suppléante batteur pour remplacer l'un d'eux au cas où celui-ci ne pourrait pas jouer. Liko et Olivia avaient bien évidemment gardé leur poste, et Patrick Astrick remplaça Mike Corner. Maël n'était pas très déçu de ne pas avoir eu le poste de troisième poursuiveur. Jouant également au soccer, il préférait continuer les deux sports et les entraînements intensifs d'Olivia ne lui en auraient pas laissé l'opportunité. En effet, Olivia planifiait plusieurs entraînements par semaine. La moitié ne concernait que les titulaires, l'autre moitié l'intégralité de l'effectif.
– Bon on va commencer l'entraînement. Il nous manque encore des suppléants mais il est trop tard pour les former avant ce match. Je vous demande donc de vous tenir à carreau et d'éviter au maximum les Serpentard. Si l'un de vous est blessé, nous perdrons le match à coup sûr. Et par la même la coupe de Quidditch, car les Serdaigle sont vraiment très bons en ce moment. James, Fred et Patrick vous allez enchaîner quelques roulades du paresseux. Vous irez ensuite bombarder les buts de Liko. Lewis, MagLaggen et Lucy Weasley, vous me suivez.
Alors qu'ils s'envolaient avec bonheur, Fred glissa à James :
– C'est dingue, elle vole vraiment bien Lucy. En deuxième année et déjà dans l'équipe…
– J'ai joué mon premier match en première année !
– Oui mais toi tu es James Sirius Potter !
– Lucy est exceptionnelle, affirma James en souriant largement.
Et pour cause. Au-dessus de leurs deux sourires, Lucy volait telle une fusée, ses cheveux châtains-roux filant aussi vite que le vent. Elle prenait un tel plaisir à voler, ses réflexes étaient si évidents, ses aptitudes si maîtrisées qu'elle redonnait de l'espoir à tous les lions, pressés d'enfin ravir la Coupe détenue par les Aigles depuis bien trop longtemps à leurs yeux.
– ça serait quand même bien qu'elle passe titulaire.
– On a qu'à enfermer Mac Laggen dans...
– Lucy n'a pas besoin de nous ni de tricher, Fred. Faisons lui confiance. Elle gagnera sa place au mérite et au talent.
– Comme nous !, se vanta Fred en riant.
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Tous les élèves étaient restés à Poudlard pour les quelques jours des vacances d'automne. On parlait toujours autant des frères Potter, spéculant même sur la rentrée prochaine de la petite dernière… Que ferait Lily Luna Potter ? Dans quelle maison serait-elle envoyée ? Suivrait-elle le sombre Albus, le nouveau prince des ténèbres ? Ou suivrait-elle l'exubérant, le téméraire James ?
Celui-ci se moquait d'alimenter les rumeurs et continuait de faire comme si de rien était. Il parlait fort et à des dizaines de personnes en même temps et avait repris ses visites du château armé de sa cape et de sa carte, accompagné de Maël, toujours fidèle, de Fred aussi qui adorait les bêtises et même de Louis qui était pourtant un peu plus réservé. Ils avaient repris leurs farces habituelles, s'en prenant comme d'habitude au professeur Ballerup, volant des bébés mandragores pour les camoufler sous les mets de la table de Serpentard, jetant un sort de glue perpétuelle aux fauteuils des professeurs, créant ainsi l'hilarité générale. Chacun savait que les Maraudeurs sévissaient à nouveau, mais contrairement à leurs deux premières années d'études, ils ne laissaient désormais aucune preuve derrière eux. Un matin, alors que ses cernes trahissaient son manque de sommeil, il tomba sur sa cousine Rose qui discutait devant la bibliothèque avec deux filles. James reconnut Irina Kandinsky qui était à Serdaigle en même année que lui. Il ne connaissait pas la troisième qui portait elle aussi d'épais livres dans les bras.
– Bonjour les petites rates !
Irina et Rose feignirent de l'ignorer, mais pas la troisième fille, qui se tourna vivement vers James en le regardant avec curiosité.
– Pardon ?
– Ben, les petites rates, quoi, les rates de bibliothèque !
– Mais tu es qui, toi ?
– James Sirius Potter, dit-il avec une fausse fierté.
– Natacha Kandinsky.
– Je suis ravi de faire enfin ta connaissance ! Tu es donc la petite sœur d'Irina.
– Sans blague ? T'as deviné ça tout seul ?
– Laisse tomber Natacha, coupa Rose, mon cousin adore se pavaner et se moquer des élèves sérieux.
– Mais tu n'es pas seulement sérieuse, Rosie, tu ne lèves pas ton nez des livres, tu ne sors pas de la bibliothèque, je ne sais même pas si tu es au courant mais… Il y a un parc qui entoure le château ! Oh laisse-moi deviner… tu l'as lu dans L'Histoire de Poudlard !
Les amis de James éclatèrent de rire et suivirent James qui s'éloignait des trois jeunes filles. Si Rose et Irina étaient furieuses, Natacha Kandinsky paraissait plutôt amusée et satisfaite.
– Il a de la répartie ton cousin, dit-elle. Je sens que je vais m'amuser avec lui.
– Tu devrais faire attention, Nat', la prévint sa sœur Irina. Je suis arrivée en même temps que lui et... Pas mal de gens disent des choses affreuses sur lui. Et puis son frère parait… étrange. Et effrayant.
– Albus ? s'étonna Natacha. Il est en première année, aussi, je te rappelle. On a eu cours avec lui et il n'a pas l'air si effrayant que ça.
– N'empêche, beaucoup de rumeurs courent sur lui. T'en pense quoi, Rose ? Tu dois bien le connaître, c'est ton cousin…
– Ne comptes pas sur moi pour balancer des choses horribles sur lui. Albus a toujours été un garçon très bien.
– Son frère et lui n'ont pas l'air si proches que ça en plus, nota Natacha. Je ne les vois jamais ensemble. Donc t'inquiètes pas pour moi Irina, je sens que Potter et moi allons bien nous amuser.
Rose sourit discrètement. Elle s'estimait chanceuse d'avoir rencontré Natacha. Celle-ci était attentive et partageait les mêmes passions que Rose pour l'histoire et les livres. Mais Natacha était également extravertie, impertinente, ouverte et joviale. Les deux amies s'étaient rapprochées dès le premier soir, et depuis elles passaient le plus clair de leur temps ensemble. Rose avait été si déçue de ne pas être avec Roxanne, Albus et Franck et l'avait été encore plus de voir qu'elle ne semblait manquer à aucun d'eux. Natacha était sa première véritable amie et elle espérait que cela dure longtemps.
En quelques jours et grâce à ses amis, James avait repris du poil de la bête. Mais il redoublait également d'efforts en cours où il était plus doué que jamais. Il le fallait car si leurs professeurs ne pouvaient punir les Maraudeurs pour leurs bêtises, faute de preuve, ils savaient pertinemment qui étaient les coupables et étaient beaucoup plus exigeants avec eux. Il avait également décidé d'être brillant en cours pour casser son image d'élève désinvolte. Fauteur de troubles il était, mais il avait également envie d'être talentueux et brillant en cours pour faire cesser les rumeurs sur sa « facilité évidente ». S'il était consciencieux et attentif en réalisant ses devoirs de vacances, il profitait de son temps libre pour s'amuser. Ses nouvelles proies étaient Rose, Irina et Natacha Kandinsky. Il était redevenu le leader de sa bande et le clown de l'équipe de Quidditch. Il était le seul à pouvoir dérider Olivia Dubois qui était stressée de voir que Mike Corner avait abandonné l'équipe en raison de sa nomination comme Préfet-en-chef. Il était remplacé à la tête des poursuiveurs par Patrick Astrick, qui faisait du bon boulot, mais qui n'avait pas son expérience. D'autant plus que Patrick avait la lourde tâche d'être pour la première fois de sa vie à la tête des poursuiveurs, comme véritable meneur du jeu de son équipe. Et cette nouvelle position l'angoissait énormément. Olivia avait finalement décidé de trouver rapidement des remplaçants, élément très important avant une rencontre avec l'équipe Serpentard.
James était inquiet du résultat du match mais il l'était davantage de voir ses parents. Il n'avait pas reparlé à Albus, et les deux frères s'ignoraient désormais royalement. Pire, James avait entendu Albus et Fred se disputer violemment sous les yeux impuissants de leurs cousines Lucy, Roxanne et Molly. Les Serpentard avaient repris leurs petites remarques bien placées, les Nott et les Screta leurs attaques violentes et même Albus aimait à se moquer de son frère dès qu'une de ces attaques le touchait, sous le regard fier de Tom Zigaro. Celui-ci arborait plus que jamais sa double étiquette. Il semblait omniscient. Aux yeux de tous il était le préfet parfait, bon, intelligent et serviable, celui qui aidait les plus jeunes et redorait le blason de Serpentard. Il n y avait qu'une minorité d'élèves qui le soupçonnaient d'avoir un côté bien plus sombre. Alors que chacun savait que certains élèves de Serpentard comme les Screta revendiquaient des idées pro sang pur, Tom Zigaro et même Albert Nott passaient pour ceux qui tentaient de prôner la tolérance et la bonne entente entre les maisons. Tom était de loin le meilleur élève de l'école, il rapportait beaucoup de points à sa maison et les professeurs le regardaient avec une grande fierté. Comment pouvait-on soupçonner ce garçon si bon et si parfait ?
Les plus jeunes élèves de Gryffondor avaient repris la tradition et il était courant de les voir échanger des sorts basiques avec Malefoy ou ce jeune Potter qui inspirait la crainte autour de lui. En observant deux jeunes élèves partir en courant à l'infirmerie après avoir reçu un sort lancé par un Albus hilare, James redoutait de plus en plus la réunion familiale qui se tiendrait en fin de semaine.
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Les vacances touchaient désormais à leur fin. L'équipe de Gryffondor s'était entraînée tous les jours et celles de Serdaigle et Poufsouffle, bien décidées à contrer Serpentard leur avait laissé le terrain et avait même simulé des matches amicaux pour entraîner au mieux les Gryffondor.
Le samedi matin, l'équipe de Gryffondor se retrouva pour le petit déjeuner. Tous étaient stressés et mangeaient en silence. Autour d'eux l'ambiance était électrique. La veille le directeur de l'école avait annoncé le programme du week-end et tous étaient pressés de voir des matches de haut niveau. Le professeur Briscard reprit la parole ce matin-là.
– Bonjour à tous ! Comme je vous l'ai annoncé, ce week-end se tiendra la huitième journée du championnat de Quidditch. Et pour la première fois, des rencontres sont organisées à Poudlard ! Nous en accueillerons cinq. Ce matin le premier match opposera Gryffondor et Serpentard. Puis deux matches professionnels auront lieu : Les Flèches d'Appleby contre les Harpies de Holyhead et les Pies de Montrose contre les Canons de Chudley. Demain, trois matches auront lieu à partir de 14h : les Faucons de Falmouth contre les Crécelles de Kenmare les Tornades de Tutshill contre le Club de Flaquemare les Vagabonds de Wigtown contre les Frelons de Wimbourne. Les autres matchs de cette huitième journée ne se dérouleront pas à Poudlard. Bon week-end à tous ! Et bonne chance aux équipes de Gryffondor et Serpentard !
L'équipe de Gryffondor se rendit dans les vestiaires après avoir été salué une dernière fois par leurs camarades. James avait sourit à Alice et Louis qui lui souhaitaient bon courage.
– Il va t'en falloir pour rester sur ton balai plus de dix minutes !, avait glissé Albus, en passant près de lui.
James ne répondit pas et suivit les autres joueurs en abaissant la baguette de Fred. Il y avait Serpentard et Serpentard. James ne voulait pas voir ses amis et son frère se battre, et encore moins voir des bagarres entre cousins. Fred était conscient de la situation et il donna une grande tape dans le dos de son « meilleur cousin ».
L'air était vif et cela sembla changer toute la tactique d'Olivia qui remettait tout en question. L'équipe se prépara à sortir sur le terrain. Des gradins magiques avaient été ajoutés et la clameur dépassait tout ce qu'ils pouvaient imaginer. James regarda ses coéquipiers, stressés et surpris comme lui. Plusieurs centaines de sorciers avaient fait le déplacement, les plus jeunes n'avaient jamais vu autant de monde à Poudlard. Ils avancèrent vers Tim Brinks, l'arbitre du match et Olivia serra la main de Théo Nott, le capitaine des Serpentard qui prit un malin plaisir à lui écraser chaque phalange. L'équipe de Serpentard n'était pas réputée pour sa qualité de vol. Les frères Nott ou Screta se succédaient depuis quelques années en tant que capitaines et ne recrutaient que leurs amis, brutaux, et irrespectueux, des règles comme de l'équipe adversaire. Cela dérangeait énormément les autres équipes, surtout celle de Serdaigle, qui prônait depuis une dizaine d'années un jeu respectueux des règles. Du côté de Gryffondor, le stress était contagieux. Olivia et Liko étaient toujours très concentrés mais échangeaient des regards affolés, Mac Laggen faisait rouler ses muscles, comme à son habitude, Rodney Lewis regardait derrière lui, donnant l'impression de vouloir se plonger dans les vestiaires et ne plus en sortir. Patrick Astrick, quant à lui, était plus blanc que jamais.
Les joueurs s'envolèrent, le souaffle fut jeté et le match commença. Les Serpentard s'étaient emparés du souaffle, et James et Fred se lancèrent à leur poursuite. Patrick était totalement stressé et éprouvait beaucoup de difficultés à rester en équilibre sur son balai. Ça chamboulait complètement Olivia qui criait ses directives à son équipe tout en surveillant le nouvel attrapeur adverse, Austin Vaisey. Celui-ci ne semblait pas très doué mais possédait un balai flambant neuf et très rapide, dont il se vantait copieusement. Ce balai avait été au centre de plusieurs disputes. La famille Vaisey était richissime mais Liko, qui avait appris de ses parents la valeur du travail et de la vie, rassurait son équipe et affirmait dix fois par jour que le balai ne faisait pas le joueur.
Les Serpentard ne lâchaient pas le souaffle mais Liko tenait bon et repoussait toutes leurs attaques. James et Fred volaient bien mieux que les trois poursuiveurs de Serpentard, mais à deux contre trois, il était difficile de s'approprier l'objet de toute leur convoitise, le souaffle.
– Et encore un but sauvé par Liko Jordan !, s'égosillait Guillaume Green, un des commentateurs du match.
– Boris Screta récupère le souaffle, passe à Jameson … qui le loupe et c'est James Potter qui reprend le souaffle !
James fila vers les buts adverses sans quitter des yeux Fred qui le suivait de près. Il n'entendait pas les conseils d'Olivia mais voyait MacLaggen et Lewis jeter les cognards vers les poursuiveurs adverses. Léon Pucey fonçait vers James la batte levée et celui-ci fit une roulade du paresseux pour éviter l'attaque, il réussit parfaitement mais avait perdu du terrain et déjà Jameson se jetait sur lui pour récupérer le souaffle. Il fit la passe à Fred, évita Jameson et fonça de toutes ses forces. Il reçut un cognard dans le dos qui faillit lui faire perdre l'équilibre. Mais il se maîtrisa pendant que Rodney Lewis s'en prenait au batteur qui l'avait attaqué contrairement au règlement. On ne pouvait attaquer un adversaire que s'il était en possession du souaffle ou du vif d'or.
– Faute ! hurla Oliver Koppe ! Mais que fait l'arbitre ?
– Fred Weasley fonce droit vers les buts mais Boris Screta et Robert Jameson lui font face, Fred passe le souaffle à James Potter qui tire et qui… rate les buts. Bel arrêt de Théo Nott. Le souaffle est à Victor Rosebury.
– Et Brooke Cole est dans le public pour interviewer les parents d'un des joueurs. Nous t'écoutons Brooke.
– Bonjour, je me trouve sur les gradins des visiteurs en présence exceptionnelle des parents des joueurs. Monsieur et madame Lewis, que pensez-vous de…
James filait à vive allure, il devait venir en aide à Liko qui était en mauvaise posture. Le batteur Léon Pucey restait près des buts pour lui lancer un cognard dès l'arrivée des poursuiveurs. Robert Jameson et Victor Rosebury fonçaient et jetèrent le souaffle. Liko l'arrêta mais perdit l'équilibre, touché au buste par un cognard violent. James accéléra pour le récupérer.
– Laisse-le tomber, James, récupère le souaffle ! lui criait Olivia.
James attrapa docilement Liko et le posa sur le sol.
– Désolé mec, je dois y retourner !
– Courage, faut qu'on gagne, murmura Liko avant de s'endormir.
– Liko Jordan est à terre, les infirmiers sont avec lui, espérons que ce ne sera pas trop grave. Les Serpentard ont bien profité de l'absence du gardien et ont marqué trois nouveaux buts.
– James Potter remplace temporairement Liko comme gardien. Il ne reste plus que deux poursuiveurs pour les Gryffondor. Weasley récupère le souaffle, il passe à Astrick qui… loupe la passe.
– Et Screta s'est emparé du souaffle.
James regardait les trois poursuiveurs arriver vers lui, tétanisé. Screta jeta le souaffle à pleine puissance et James le récupéra du bout des doigts en ressentant une vive sensation de brûlure. Ce n'était pas un arrêt très brillant mais il s'en contenta et fila vers les buts adverses, faisant ainsi diversion.
– Alors que les Serpentard pensaient sans doute que Potter ferait la passe et resterait devant les buts, celui-ci prend l'initiative et file vers les buts. Il est seul devant les buts, seul Nott lui fait face…
– Il tire et… Il marque ! Dix points pour Gryffondor ! Les Serpentard mènent 70 à 10 !
James entendit la clameur des supporters et fila rejoindre les buts. Mais il n'en eut pas le temps car un cognard percuta son bras droit, le faisant perdre l'équilibre et il tomba violemment sur le sol. Alors que le professeur Shiitaké, Guérisseur de Poudlard, courrait vers lui et que son assistante, miss Tulipe, amenait Liko à l'infirmerie, Olivia demanda un temps mort à Tim qui le lui accorda. L'équipe se posa près de James.
– Bon on est grave dans la citrouille ! Désolée, professeur Shitaké. Il faut faire des changements. James tu peux continuer à jouer ?
– Oui bien sûr !
– Je ne pense pas que ce soit raisonnable monsieur Potter.
– Vous pouvez calmer la douleur, professeur ? Je pourrai me servir de mon bras encore quelques temps ?
– Deux heures au maximum si vous avalez ça.
– Ça sera suffisant, conclut Olivia. De toute façon on ne tiendra pas plus de temps. Faut voir le bon côté des choses, les Serpentard sont crevés, ils n'ont pas le même entraînement que nous, on est plus endurants. Professeur, Liko peut-il rejouer ?
– Pas aujourd'hui, miss Dubois. Il a besoin de repos.
– D'accord. Yelena, tu prends sa place. Ne quitte pas le souaffle des yeux et fais de ton mieux. Patrick tu te sens de continuer ?
– Non… je suis désolé.
– Maël, tu le remplaces. MacLaggen tu t'es démené mais tu as l'air complètement crevé. Et… inefficace. Tu veux continuer ? Ou je fais rentrer Lucy à ta place ?
– Je suis crevé, murmura-t-il en se tenant les côtes.
– Lucy tu entres. On n'a droit qu'à trois changements, donc les autres, tenez bon. James fais de ton mieux, ok ?
– Il faut reprendre le match, Olivia, annonça Tim Brinks.
– Ok c'est parti, Maël, Yelena, Lucy… faites de votre mieux.
Ils décollèrent plus motivés que jamais. James souffrait toujours et avait du mal à bouger son bras. Il était droitier mais devait modifier sa façon de jouer.
– Quel idiot cet Astrick ! T'es blessé et c'est lui qui sort ! s'énervait Fred.
– Les Serpentard récupèrent le souaffle. Yelena Crivey, Lucy Weasley et Maël Thomas remplacent Liko Jordan, Clark MacLaggen et Patrick Astrick. Potter semble éprouver beaucoup de difficultés et Gryffondor ne peut plus effectuer de changements. Du côté des Serpentard, Nott fait signe à l'arbitre qu'il ne souhaite pas faire de changements.
James vola très vite pour rejoindre ses coéquipiers, il avait perdu quelques minutes à trouver une bonne position. Il tenait désormais son balai de sa main droite souffrante et dégageait ainsi sa main gauche pour le souaffle. Les Serpentard avaient encore marqués deux buts.
– Crivey récupère le souaffle et le lance à Weasley qui slalome entre les poursuiveurs adverses, il passe à Potter qui passe à Thomas qui tire et … loupe les buts.
– Mais Weasley récupère le souaffle !
– Il passe à Potter…
– Et il marque ! Magnifique tir du gauche pour Potter ! 90 à 20.
Plus motivés que jamais, les Griffondor ne lâchaient pas la partie. A trois, les poursuiveurs étaient beaucoup plus efficaces et ne laissaient plus aucune occasion aux Serpentard. Lucy était déchaînée, elle jetait les cognards avec adresse et fougue, mais toujours en respectant les règles.
– Superbe cognard de Weasley qui touche Nott et but ! But de Maël Thomas. 90 à 30.
James se lança avec folie pour récupérer le souaffle avant Rosebury, ils filaient tels deux attrapeurs à la poursuite du vif d'or, à deux mètre du sol, James récupéra le souaffle et remonta en piqué. Il lança le souaffle de toutes ses forces à Fred qui marqua facilement.
– Génial mon pote, tu me l'as offert celui-là !
– Bravo James et Fred, restez concentrés ! Mais où il est ce vif d'or ?!
La complicité de James, Fred et Maël portait ses fruits, ils marquaient encore et toujours et faisaient de magnifiques parades. Ils savaient réaliser en même temps trois roulades du paresseux tout en se passant le souaffle. James avait failli le perdre alors qu'il avait la tête retournée vers le sol mais tapa dans la souaffle sans l'attraper, directement dans les buts.
– Fred ! Fais gaffe à James, il est blessé, assurez par Merlin !, s'égosillait Olivia.
– Magnifique but de James Potter ! Superbe parade, superbe tir ! Les équipes sont à égalité.
– Mais Weasley récupère le souaffle. Il file vers les buts, il évite un cognard, non, Rosebury n'a pas le droit de faire ça !
– Heureusement Lucy Weasley est là pour faciliter le travail de son cousin !
– Fred avance, il tire et marque ! 100 à 90 pour Gryffondor qui mène au score pour la première fois !
– Et Brooke Cole est avec une nouvelle famille.
– Oui, je suis en ce moment-même assise près de l'ex joueuse des Harpies, Ginny Weasley Potter. Ginny que pensez-vous de ce match ?
– Qu'il est très disputé. Les deux équipes montrent un très haut niveau et ahhhhh…
Toute la foule retint sa respiration. James et Léon Pucey qui faisait à peu près le triple de son poids venaient de se percuter à toute vitesse. Les deux joueurs tombaient vers le sol et Rodney et Lucy accéléraient leur course pour récupérer James.
– Eh oui, Ginny ne peut nous répondre pour le moment car le joueur qu'elle regarde en ce moment-même n'est autre que son fils. Aller James, relève toi !
James parvint à se maintenir sur son balai avec l'aide de Lucy et Rodney et remonta aussi vite. Les Serpentard en avaient profité pour récupérer le souaffle mais Yelena arrêta le tir de Rosebury.
James fit un geste rassurant à Olivia, qui vola féliciter Yelena pour son premier arrêt, et ralentit quelques instants, laissant Fred filer vers les buts. Il avait littéralement failli s'écraser sur le sol et il avait rarement eu aussi peur.
– Qu'est-ce qui s'est passé, James ?
– Je n'avais pas vu Pucey. Mais t'inquiète je vais bien, je récupère juste et je file. Yes ! Fred a marqué !
James n'avait pas été déconcentré par le souaffle mais par Albus. Celui-ci supportait les Serpentard avec ses amis mais en entendant la voix de sa mère, son regard avait changé. En passant devant lui, James l'avait regardé et il avait échangé un regard étrange avec son frère. Comme s'il retrouvait son Albus, celui qu'il pensait avoir perdu. En arrêtant sa chute après son choc avec Pucey il avait recroisé le regard d'Albus, effrayé. Il s'était approché du gradin et avait entendu une brève conversation entre Albus et Tom.
– Aurais-tu peur pour ton idiot de frère, Albus Severus ?
– Je… non. J'avais peur pour votre ami Léon, maitre.
Son frère avait insisté sur le dernier mot. Inexorablement. Se pouvait-il qu'il ait tenté de faire un signe à son frère ?
– Tu planes Potter ?
James évita à la dernière seconde le cognard que lui avait envoyé Bob Screta. Celui-ci voulait lui faire payer le choc avec Pucey qui ne s'était toujours pas relevé et préférait s'en prendre à James plutôt qu'à Fred qui enchaînait les buts. James eut soudain une idée brillante. Il se mit à voler de parts et d'autres du terrain, entraînant avec lui Screta, ne prenant le souaffle qu'à quelques occasions de perturber Nott, le gardien qui n'avait rien compris de sa stratégie et renvoyant systématiquement le souaffle à Fred qui marquait à tous les coups. Maël avait aussi compris le plan de James et s'occupait de faire diversion des poursuiveurs adverses.
– 240 à 120 pour Gryffondor ! Nous parions qu'Olivia Dubois va faire confiance au Trio d'Or encore longtemps !
– Trio d'or ! Trio d'or ! scandaient la foule.
– Brooke, une nouvelle interview ?
– Je suis toujours avec Ginny et son mari, le célèbre Harry Potter.
James failli tomber en entendant le nom de son père. Il avait presque oublié que ses parents étaient là et le regardaient jouer. Téméraire, égoïste, prétentieux, il fonça sur Rosebury pour récupérer le souaffle et fila vers les buts, affrontant Pucey et les deux autres poursuiveurs adverses qui tentèrent de le bloquer. Les acclamations de la foule témoignaient de la violence à laquelle il faisait face, il fonça sur Nott puis fit une ultime roulade pour marquer librement devant le cercle vide.
– Et un nouveau but de James Potter !
– Quelle rapidité ! Il pourrait facilement jouer comme attrapeur !
– Bravo James ! Monsieur et madame Potter, que pensez-vous du jeu de votre fils ?
– Il prend beaucoup de risques.
– Ça paye on dirait ?
– Oui mais ….
James continuait à foncer comme un fou. Il avait vite compris qu'épuisés, les joueurs de Serpentard restaient au centre du terrain. James indiqua à Fred et Maël qu'ils devaient jouer le plus possible sur les côtés, il fila vers un gradin où il vit Rose et Natacha qui le regardaient venir vers elles, éberluées. Il dévia au dernier moment, laissant Pucey s'écraser une deuxième fois, mais cette fois sur les gradins.
– Quel spectacle ! Encore une superbe parade de Potter qui file vers les buts suivis de près par Rosebury qui… Mais que fait –il ?
– Potter se jette sur les gradins de Serpentard et… remonte en piqué alors que Rosebury s'écrase sur Albert Nott et Tom Zigaro ! Bravo Potter ! Il passe le souaffle à Weasley qui passe à Thomas, Lucy prépare son cognard et … oui Nott est touché, Thomas marque !
– Quel excellent joueur ! Bravo Maël !
– Et bravo Lucy qui joue un excellent match ! Nous parions qu'Olivia va faire confiance à sa nouvelle merveille !
James regarda Rosebury se lever péniblement et chercher des yeux son balai. Il avait évité de justesse Albus qui le regarda intensément et lui fit un imperceptible clin d'œil. James l'interpréta comme un signe et était profondément soulagé et heureux. Il était désormais persuadé qu'Albus subissait les foudres des Serpentard, mais qu'il n'en partageait pas les idées. Il savait aussi qu'il l'aiderait à s'en sortir. Il allait aider son frère à redevenir bon et humain. Mais avant tout, il avait un match à gagner.
– Quelle victoire écrasante ! Alors que le vif d'or n'a toujours pas été trouvé, les Gryffondor mènent 380 à 140 !
– Dubois et Vaisey partent comme des fusées ! Ont-ils vu le vif d'or ?
– C'est ce que croient les joueurs de Serpentard qui laissent filer Potter et Weasley vers les buts !
– Et un nouveau but de Potter !
– Et un nouveau but de Weasley !
– Et… Non !
– Si ! Un nouveau but de Thomas ! Le trio d'or a encore frappé !
James, Fred et Maël étaient hilares. James ne sentait plus son bras, porté par la clameur des supporters et le talent de ses coéquipiers, il résistait et fonçait avec eux. Olivia et Vaisey avaient disparu et le match se poursuivait sans eux.
– Encore un but pour Gryffondor ! 420 à 140 !
– Regardez ! Les deux attrapeurs reviennent ! Ils sont côte à côté, qui emportera le vif d'or ?
Olivia se démenait pour l'attraper et Vaisey l'en empêchait pour laisser le temps aux poursuiveurs de remonter le score. En effet, même s'il attrapait le vif d'or, Gryffondor l'emporterait. A la rapidité du balai de Vaisey se confrontaient l'adresse et le talent d'Olivia.
Alors que le trio d'or continuait de marquer, Lucy fit signe à Rodney de protéger les garçons pendant qu'elle s'occupait d'Olivia. Elle fila à toute vitesse vers eux, suivie de près par le terrible Bob Screta.
– Continuez les gars, marquez tant que vous pouvez, je vais aider Lucy, Scretin pourrait lui faire mal !
– Mais que font Weasley, Potter et Screta ?
– Ils partent à la poursuite des attrapeurs !
James partit rejoindre les quatre joueurs qui volaient très haut et très vite. James sentit un souffle près de lui et c'était un cognard qui le dépassa et fonça dans le dos de Lucy.
– Lucy derrière toi !
Lucy se tourna étonnée de voir James si proche et vit le cognard à la dernière seconde elle brandit sa batte et jeta de toutes ses forces le cognard vers Vaisey, l'attrapeur adverse. Celui-ci l'évita mais perdit du terrain sur Olivia qui poursuivait toujours le vif d'or, concentrée comme jamais.
Screta récupéra le cognard et le lança vers Lucy avec une totale puissance mais celle-ci jouait à la perfection et renvoya une nouvelle fois le cognard vers Vaisey. Au lieu de se débarrasser de Screta, elle jouait pour son équipe, pour sa capitaine qui filait vers la victoire. Ils montaient toujours plus haut et le froid les glaça. James souffrait à nouveau de son bras, le souaffle lui manquait mais il avait peur pour Lucy et Olivia. Tim ne pouvait plus les voir à cette distance et Screta était connu pour son irrespect des règles. Alors qu'il commençait à trembler de froid il vit Olivia descendre en piquet. Tous descendirent à leur tour et Screta attrapa le balai d'Olivia pour la retenir. Lucy et James hurlèrent et se jetèrent sur lui alors que Vaisey fonçait vers le vif. James percuta Screta et Lucy le frappa avec sa batte. Libérée, Olivia fila à la poursuite de Vaisey, suivie de près par James et Lucy qui maintenaient toutefois Screta sur son balai. Rosebury arriva à son tour à la hauteur d'Olivia et la percuta violemment, laissant le champ libre à Vaisey.
– Je le tiens, rattrape Olivia ! cria James à Lucy
Celle-ci s'élança frappant au passage Rosebury de sa batte. Celui-ci s'accrocha à son balai et la poursuivit. Ils descendaient rapidement vers le terrain et James se posa sur le gradin le plus haut pour se débarrasser de Screta.
– T'es mort Potter !
– Moi aussi je suis heureux de t'avoir sauvé la vie, Scretin !
Il partit aussitôt rejoindre le terrain.
– Vaisey est de retour, il poursuit toujours le vif d'or !
– Lucy Weasley semble aider Olivia Dubois à tenir sur son balai ! Screta et Rosebury semblent amochés, que s'est-il passé dans le ciel ?
– Aucune idée, mais ça ne trouble pas Weasley qui marque un nouveau but ! Ah non tir dévié par Théo Nott ! Le souaffle monte très haut et…
– Oui ! James Potter le récupère et marque ! 560 à 140 ! Le trio d'or est de retour !
James tapa dans les mains de Fred alors que Maël se dépêchait de marquer un nouveau but. Olivia, en revanche, faisait peine à voir. Rodney Lewis et Yelena Crivey semblaient eux aussi avoir subi les foudres des Serpentard et se tenaient les côtes, l'un contre l'autre sur le sol. Seul le trio d'or continuait de garder le souaffle et de foncer vers un Théo Nott épuisé. Vaisey piqua vers le sol.
– Vaisey est sur le point d'attraper le vif !
– Wahou ! Le magnifique cognard de Lucy Weasley l'a percuté ! Il tombe sur le sol, heureusement qu'il était à deux mètres du sable ! Et Lucy Weasley et James Potter sont nommés joueurs du match !
– Et Olivia se jette sur le vif !
– Et deux nouveaux buts de Potter et Thomas !
– Weasley va devoir en mettre un pour compléter le trio d'or ! Aller Fred ! Oui, nouveau but !
– Elle l'attrape ! Olivia Dubois attrape le vif d'or ! 150 points de plus ! Gryffondor l'emporte 750 à 140 !
Toute l'équipe vola vers Olivia et ils s'étreignirent tous avec force avant de se poser au sol, vite rejoints par les remplaçants et par Yelena, Rodney et même Liko qui avait quitté l'infirmerie n'en pouvant plus d'entendre les commentaires sans voir le match.
– On va gagner ! La Coupe est à nous !
– 750 points !
– Énorme !
– 750 points !
– On les a écrasés !
– On va gagner la Coupe !
– 750 points !
La foule scandait le nom d'Olivia qui ruisselait de larmes de joie et de fatigue. Toute l'équipe contourna les vestiaires et partit à l'infirmerie en se soutenant, riant, pleurant de joie, recevant les félicitations de leurs amis et oubliant leurs maux au point de se moquer des blessures des uns et des autres.
Mais en quittant le terrain, James dut s'arrêter. Les Serpentard leur faisaient face.
– Quelle équipe de bras cassés, leur cria Albert Nott.
– 600 points de différence, Nott, tu sais compter ?
James fut heureux de voir leurs professeurs venir vers eux. Il ne voulait pas d'altercation avec son frère, qui se tenait toujours près de Zigaro. Le professeur Glacey les félicita et quelques parents arrivaient. Les Astrick semblaient déçus, mais pas autant que Patrick lui-même. Le père d'Olivia la prit dans ses bras avec fierté alors que Lee Jordan et ses enfants venaient prendre des nouvelles de Liko.
– James !
Il se tourna à temps pour recevoir Lily qui s'était jetée dans ses bras.
– Ma Lilou ! Je suis tellement content de te voir, ma puce.
– T'as été génial ! Ton bras ça va ?
– Ben si tu pouvais éviter de me le massacrer…
Il la serra longtemps et très fort dans ses bras. Ginny l'embrassa et son père lui serra la main, pour la première fois de sa vie. Il fallait avouer qu'il avait grandi depuis la rentrée, mais cela n'expliquait pas l'air si froid de ses parents.
– Viens James, on doit parler.
– Je pense que James devrait faire un tour à l'infirmerie, avant, suggéra sa marraine, Hermione en lui souriant gentiment.
James salua son jeune cousin Hugo, promit de retrouver ses parents pour le repas et suivit son équipe à l'infirmerie.
ooOOoo
Ils furent tous rapidement sur pieds mais tombaient de fatigue. James partit avec Lucy, Fred et Maël et en traversant le parc et l'entrée du château, des « Vive le Trio d'or » étaient scandés un peu partout. On félicitait aussi beaucoup Lucy qui avait été de loin la meilleure joueuse du match, selon James. Des applaudissements fusèrent de toutes parts quand ils entrèrent dans la Grande Salle. Plusieurs joueurs des autres équipes venaient les saluer, comme Malek Lespare, l'attrapeur fétiche de Serdaigle qui était aussi très humble.
James rejoignit ses parents qui se tenaient à un bout de la table des Gryffondor avec Lily, Hugo, Angelina et Hermione. Fred et lui mangèrent abondamment en revivant le match sous les yeux ébahis des plus jeunes. Rose et Roxanne s'étaient également jointes à eux et s'amusaient des sourires immenses des deux garçons. Une fois leur repas englouti, Harry fit signe à James de le suivre. Ginny se leva à son tour et laissa Lily avec la famille.
« Où est ton frère ?
– Je n'en sais rien, j'étais à l'infirmerie. Il n'était pas à sa table ?
– James, ne garde pas ce ton nonchalant avec nous ! Qu'as-tu fais à ton frère pour qu'il ne veuille même pas nous rejoindre ?
– Mais ça ne va pas !?
– Ne hausse pas le ton, jeune homme !
– Si ! J'en ai marre qu'on m'accuse ! Albus ne me parle pas non plus à moi ! Je n'y peux rien s'il ne vous écrit pas ! J'en ai marre que vous m'accusiez tout le temps !
– Tu es tout le temps en tord c'est normal !
– Pas là ! Pas à Poudlard ! A la maison je l'embête et je suis très lourd, je sais, mais depuis la rentrée on a échangé deux mots avec Al', demandez à Rose ou Fred et Roxanne ils vous diront la même chose !
– Que lui arrive-t-il alors ?
– C'est à lui qu'il faut demander, pas à moi !
– Ta mère t'a dit de te calmer il me semble !
– J'en ai marre ! De toi, d'elle, je suis toujours accusé de tout, jamais un compliment, jamais une approbation, rien ! J'ai d'excellents résultats, je viens de jouer un super match mais vous vous en foutez ! Et ça a toujours été comme ça ! »
James rejoignit la Grande Salle et s'assit près de sa sœur sans un mot. Harry et Ginny demandèrent un entretien avec les professeurs Slopa et Glacey et James et Lily durent les accompagner. Ils s'installèrent tous dans le bureau du professeur Glacey.
– Merci de nous recevoir, commença Harry.
– C'est normal, monsieur Potter, sachez que nous ne refusons jamais un entretien avec les parents des élèves de nos maisons respectives, répondit le professeur Slopa. J'imagine que vous voulez en savoir plus sur la scolarité de vos fils.
– Hum… Oui mais pas seulement. Nous avons des problèmes avec Albus depuis la rentrée. Il ne nous écrit pas, nous n'avons aucune nouvelle de lui. Et a priori il ne parle pas davantage à son frère, ajouta-t-il en regardant James, d'un air dubitatif.
– C'est vrai que nous ne les voyons jamais ensemble, monsieur Potter, affirma le professeur Glacey. Sachez également qu'à part quelques problèmes de discipline, je n'ai rien à redire du comportement de votre fils aîné. Il a obtenu d'excellents résultats à ses premiers examens, et également dans ses nouvelles matières. Les professeurs Strudel, Hagrid et Brinks sont plus que satisfaits de lui.
– Pour ce qui est d'Albus, continua le professeur Slopa, il a des résultats moyens. Il est attentif pendant les cours et n'a eu aucun problème de discipline. En cours de Sortilèges, matière que j'enseigne, il se classe dans la moyenne, il n'est pas le plus brillant mais ne témoigne d'aucun retard notable. Et Mireille Wine a indiqué dans son dossier qu'Albus était un des meilleurs de sa classe, en cours de Potions.
– Je suis satisfait de ses résultats en Métamorphose aussi.
– James est tout le contraire de son frère, en Sortilèges, très agité pendant les cours, mais c'est le meilleur élève de sa classe. Il est sérieux dans ses devoirs et il apprend vite.
– Mais pourquoi Albus ne nous donne-t-il pas de nouvelles ? insista Ginny.
– J'ai chargé Tom Zigaro, préfet de Serpentard, d'aller chercher Albus dans la salle commune.
James grommela ouvertement.
– Un problème, monsieur Potter ?
– C'est avec Zigaro que nous avons un problème !
– Tom Zigaro est de loin l'élève le plus brillant de cette école, monsieur Potter. Il n'a jamais eu de problèmes quelconques et ses professeurs sont très fiers de ses talents.
– Il martyrise Albus !
– Auriez-vous des preuves de ce que vous avancez ?
– Non mais…
– Nous verrons ça avec lui, alors. Et vous, jeune fille, quand viendrez-vous à Poudlard ?
– Dès maintenant si je pouvais !, s'exclama Lily.
– Dans deux ans, madame, répondit Ginny.
– J'aimerais mieux y venir maintenant et savoir dans quelle maison je serai…
– Gryffondor ! s'exclama James en souriant à sa sœur.
– Alors c'est ça, James ? Tu embêtes ton frère parce qu'il est à Serpentard !
– Non, c'est faux !
– Vous avez quand même beaucoup d'altercations avec les élèves de ma maison.
– C'est vrai, James, admit le professeur Glacey.
– Mais pas avec tous, seulement ceux qui s'en prennent à moi ou à mes amis !
On cogna à la porte et le professeur Glacey se leva pour ouvrir. Albus et Tom se tenaient à l'encadrement de la porte, épaule contre épaule.
– Asseyez-vous. Tous les deux.
Tom regarda le professeur Slopa, surpris mais s'assit à côté d'Albus. Harry arrêta Ginny et Lily qui voulaient se lever vers Albus. Celui-ci n'avait pas jeté un regard à sa famille.
– Bien. Tom, votre camarade James Potter sous-entend que vous y êtes pour quelque chose si Albus ne parle plus à sa famille.
– Tu ne parles plus à ta famille ? demanda Tom à Albus, avec un regard innocent. Je n'étais pas au courant, professeur.
– Tu mens ! s'écria James.
– Non, James, même si je comprends ton inquiétude. C'est mon devoir de préfet de veiller à ce que chaque nouvel élève soit bien intégré. J'aurais dû me soucier davantage d'Albus et je m'en excuse. Mais il est vrai que je ne m'inquiétais pas trop du fait que vous avez une famille nombreuse. J'attache toujours plus d'importance aux enfants seuls, qui ont beaucoup moins de frère ou de cousins à l'école.
– Vous êtes tout le temps fourrés ensemble ! Il a du t'en parler !
– Je ne comprends pas ton agressivité James ! Je t'ai toujours beaucoup apprécié, je connais bien sûr ta haine inexpliquée pour les Serpentard, mais ton frère… James, Albus reste ton frère même s'il est à Serpentard.
– Je ne peux pas l'approcher il est toujours avec toi !
– Albus est en première année, et moi je prépare mes ASPICS, James. Nous n'avons pas du tout le même emploi du temps, ni les mêmes occupations. Je suis confus de ne pas avoir été assez attentif avec lui mais je pensais que tu t'occuperais un peu plus de lui.
– Monsieur Potter, calmez-vous, ordonna le professeur Slopa à James qui allait répliquer. Albus, pourquoi n'avez-vous pas écrit à vos parents ?
– Je n'ai reçu aucune lettre d'eux, professeur. Je pensais qu'ils étaient déçus, étant tous passés par Gryffondor, que je sois à Serpentard.
– Albus, nous t'avons écrit plusieurs lettres et puis tu sais très bien que nous nous moquons de ta maison tout ce qui compte c'est que tu sois heureux.
– Ce n'est pas ce que me disait James.
Celui se redressa, abasourdi, et tenta de croiser le regard de son frère. Mais Albus l'ignora.
– C'est vrai, monsieur et madame Potter, appuya Tom. J'ai entendu plusieurs fois James dire à Albus qu'il était la risée de la famille et que vous étiez profondément déçus.
– Je croyais que tu étais tellement pris par tes ASPICS que…
– Je mange à la Grande Salle, comme tous les élèves et on ne peut pas dire que tu passes inaperçu. Madame, monsieur, professeurs, je prendrai désormais Albus sous mon aile.
– Non pas toi ! Un autre préfet ! Ou Mike Corner !
– Corner ?
– Il est préfet-en-chef, professeur.
– Je sais. Et il a d'autres occupations. Albus souhaitez vous que je fasse appel à un autre préfet ?
– Et bien je ne voudrais pas déranger Tom s'il a d'autres occupations mais j'aimerais beaucoup que ce soit lui.
– Tom ?
– J'en serai ravi, professeur.
– Le sujet est donc clos, affirma le professeur Slopa.
– Monsieur Potter, votre impertinence vous coûte une retenue. Vous viendrez me voir ce soir à vingt et une heures, ajouta le professeur Glacey.
– Mais…
– James ! Tais-toi ! le coupa sa mère, furieuse. Merci professeur Slopa, merci professeur Glacey, et merci à vous, Tom pour votre patience et votre engagement.
– Je vous en prie, madame, c'est mon devoir. Nous nous verrons plus tard, sans doute au match. James, félicitations pour tes progrès ! Tu as très bien joué, malgré ton agressivité habituelle, mais c'est normal durant les rencontres Gryffondor-Serpentard. J'espère que ton bras sera vite soigné.
James le fusilla du regard et sortit du bureau avec sa famille. Ses parents étaient furieux, et même Lily le regardait avec déception. Ils n'échangèrent pas un mot pendant de longues minutes, puis s'assirent tous les cinq dans le parc.
– James, je suis furieuse ! Tais-toi, arrête de répondre, on en parlera plus tard. Albus, mon chéri, comment vas-tu ?
– Très bien maman, je me plais beaucoup à Poudlard, les cours sont chouettes et je me suis fait des amis.
– Ah ouais ? Lesquels ?
– Je ne risque pas de te communiquer leur nom, vu ton attitude.
– Albus… Zigaro n'est pas là ! Tu peux nous dire la vérité à nous !
– On a déjà eu cette discussion, James. Plusieurs fois, même, je croyais que tu allais enfin me laisser tranquille avec ça.
– Je croyais qu'Albus ne t'adressait plus la parole ?
– Quoi ? Mais c'est James qui ne me parle pas ! Il me traite comme les autres Serpentard !
– Ça suffit, coupa Harry. James, Serpentard n'est plus une maison à part. Elle est comme les autres, désormais, comme Gryffondor.
– Tu ne sais pas ce qu'il a dit. Lui. Quel discours il tient sur les… Comme les autres.
– James arrêtes ! Tu ne fais que mentir ! Où est passé le garçon jovial et souriant que tout le monde aimait ? Qu'es-tu devenu ?
– Moi ? C'est lui qui a changé, pas moi ! Mes amis m'apprécient, je…
– Tu te pavanes ! Voilà ce que tu fais ! Mon père aussi était comme toi ! Les mêmes facilités, le même égo. Mais lui a su évoluer. Il s'est rendu compte de qui il devenait. J'espère juste que comme lui, tu sauras retrouver la raison ! Sinon j'aurai honte de t'avoir donné son nom !
– Je ne traite pas les gens de sang de bourbe moi !
– Où as-tu entendu ce mot horrible, demanda Ginny avec horreur.
– De la bouche de ton fils !
– Tu mens ! Je ne sais même pas de quoi il s'agit ! Arrêtes de mentir, tu me détestes depuis toujours et là à Poudlard c'est pire !
– Putain mais tu me dégoûtes Albus ! Pourquoi tu dis ça !?
– James, ça suffit ! Comment oses-tu nous parler ainsi ? C'est terminé, nous allons dès à présent te surveiller de près ! Fini le temps où nous passions tous tes caprices, cette époque est révolue ! Interdiction de te rendre à Pré-au-lard cette année et interdiction de jouer dans l'équipe de Quidditch !
– Quoi ? C'est dégueulasse !
– Surveille ton langage, James ou je…
– Ou tu quoi ? Papa je te jure que je n'y suis pour rien et crois moi je ne vais pas m'arrêter de vivre parce que tu ne m'aimes pas !
– Assieds-toi !
– Certainement pas ! Je te prouverai que j'ai raison et quand ça sera fait je n'accepterai pas tes excuses ! Et je n'abandonnerais pas le Quidditch !
– Oh que si, tu devrais un peu te concentrer sur tes cours au lieu de…
– Mes cours ?! Mais je suis le meilleur de ma classe !
– Prétentieux.
– Non ! Regarde mes notes, papa ! Intéresse-toi à moi et tu verras !
– Oh arrêtes de jouer ta victime !
– Je n'ai eu que des O et des E depuis le début ! J'ai vu tes notes, à toi, et franchement…
– Quoi ? Franchement quoi ?
– Ça ne m'étonne pas que tu aies mis tant de temps à battre Voldemort et que tu aies laissé tous ces gens mourir au lieu d'agir, de travailler, de t'améliorer, de te préparer !
– James ! Ne dis pas ces choses là, lui ordonna sa mère. Tu ne te rends pas compte de…
– Je ne veux plus jamais vous voir ! Et toi, ajouta-t-il en pointant son frère du doigt, ne m'adresses plus jamais la parole.
Il allait partir et se retrouva face à Hermione, Rose, Fred, Angelina et Roxanne qui le regardaient, effrayés.
– James, que se passe-t-il ? lui demanda sa marraine.
« Tu n'as qu'à lui demander à lui », pensait-il de toutes ses forces. « Demande-lui ce qu'il a osé dire sur toi ! Cet abruti de pro-mangemort ! ». Mais il ne pouvait dire cela, il ne le pensait même pas.
Fred l'avait suivi jusqu'au dortoir où il s'était couché, épuisé, dépité, accablé. Maël, Louis et Alice les avaient rejoints. Comme toujours il pouvait compter sur ses amis.
– Vous me croyez, vous ?
– Bien sûr, James. C'est horrible ce qu'il t'arrive…lui répondit doucement Alice.
– Je ne comprends pas Albus. S'il est vraiment devenu mauvais, pourquoi ne le montre-t-il pas à tes parents ?, ajouta Louis.
– Il a honte, proposa Fred.
– Non, il a peur, affirma James. Je suis sûr que ce Zigaro le fait chanter. J'ai bien vu comment Al me regardait quand j'ai failli tomber de mon balai. Je pense que l'autre le tient à sa merci.
– Que comptes-tu faire ?
– Rien. Je le laisse se démerder.
– James…
– Il me fait porter le chapeau, Louis ! Mes parents me détestent, même Lily me regardait avec horreur !
– C'est ton frère quand même !
– Si Dom te faisait ça…
– Elle resterait ma sœur quoi qu'il arrive. Je sais que c'est dur mais on est là et on va se battre avec toi. Tu sais que tu peux compter sur nous.
– Ouais. Merci les gars. Oui tu as raison.
– Il faut qu'on en ait le cœur net, scanda Alice. Il faut qu'on sache la vérité, sur Albus, sur Zigaro.
– Il va falloir la jouer fine, remarqua Maël.
– Il va surtout falloir enfreindre le règlement et sortir tard le soir, trouver un moyen d'entrer comme on veut chez les Serpentard et se rapprocher d'au moins quelques uns d'entre eux, conclut Louis.
Alors que James et Maël hochaient la tête, Alice et Fred dévisagèrent le blond d'un air horrifié.
– Enfreindre le règlement, ok, énuméra Fred, sortir tard le soir, c'est dans nos habitudes, trouver un moyen d'entrer chez Serpentard… beurk ! Et difficile. Se rapprocher de certains, pour… Pourquoi au juste ?
– En savoir plus. On n'a pas d'autre solution les gars, répondit Louis.
– On va se partager le boulot, dit Alice avec enthousiasme.
– Ouais et puis il faudra qu'on se montre beaucoup moins tous ensembles pour que ça fonctionne, ajouta Maël.
– Maël et Louis, vous vous rapprocherez des Serpentard. Ta sœur traîne souvent avec eux, ça ne devrait pas être trop difficile. Pour nous ça le serait davantage. Je vais réfléchir à une manière d'entrer chez eux. Fred et James, sous la cape, tous les soirs, avec la carte, vous les observez, vous cherchez des preuves.
– Quoi comme preuve ?
– N'importe quoi, Fred ! Tu feras un compte rendu à chaque fois. Et toi James, tu te concentres sur les cours et tu joues profil bas. Louis, tu vas voir ta sœur, tu dis que James et Fred t'ennuient, tu trouves un truc. Maël…
– Je trouverai.
– Pareil, vous tenez des comptes rendus. Comme ça dès qu'on aura trouvé un moyen pour rentrer on saura à quoi s'attendre et on aura globalement leurs horaires, tout ça.
– Comment on fera pour y aller ?
– Polynectar ?
– Non, ça ne dure pas assez longtemps. Et puis ça ne règle pas le problème du mot de passe.
– La cape, sûr.
– Pas assez grande. Faudra qu'on y soit tous les cinq au cas où, pour se défendre.
James les regardait s'égosiller pour trouver un plan, avec soulagement. Quoi qu'il ait à vivre, quelles que soient les épreuves qu'il ait à traverser, il ne serait pas seul à affronter cet avenir sombre qui le tourmentait.
– Je sais ! s'écria Alice, tirant James de sa rêverie.
– Quoi ?
– Les animagus ! On va devenir des animagus !
– T'es folle !
– C'est quoi un animagus ?, demanda Maël.
– Certains sorciers peuvent se transformer en une créature magique, expliqua James. On les appelle les animagus.
– Mais c'est compliqué, non ?
– Je ne sais pas, j'ai vu dans notre livre de défense qu'on va bientôt les étudier. Faudra en parler avec Gash.
– En même temps si on se transforme en dragon, ça ne va pas nous aider…
– Mais en mouche !, insista Alice. Ça serait génial pour les observer !
– Finir dans la gueule d'un chat tu veux dire ! Je préfère encore être un dragon !
– Bon les gars, on a un match de Quidditch à voir !
James ne croisa ni ses parents ni aucun autre membre de sa famille, à part Rose qui le regarda passer en murmurant quelque chose à l'oreille de son amie Natasha. A la fin du premier match, il discuta avec les joueurs professionnels qui avaient assisté au match des Gryffondor et ceux-ci félicitèrent Fred et James pour leurs talents.
La nuit était tombée depuis longtemps lorsque le dernier match de la journée prit fin. James observa un moment ses parents et Lily dire au revoir à Albus. Une larme coula le long de sa joue alors qu'il croisait le regard de sa mère. Harry prit Lily par la main mais celle-ci se libéra et courut vers James qui la prit dans ses bras.
– Je suis désolé pour tout à l'heure Lily. Vraiment. Je n'aurai pas dû dire…
– Je te crois, James. Pour tout. De toute manière, tu ne sais pas mentir. Faudra que je t'apprenne un jour. Mais toi tu me prendras dans l'équipe de quidditch en retour, ajouta Lily d'un air malicieux. T'es vraiment doué, hein ? Ça me tue de le reconnaître bien sûr mais bon…
James sourit en lui ébouriffant les cheveux.
– Je t'aime ma Lilou.
– Moi aussi, je t'aime. Prends soin de toi, James, et d'Albus aussi. De loin. Tu es doué pour faire les choses en douce, ajouta-t-elle en lui rendant son clin d'œil.
– Lily, viens, nous rentrons.
– J'arrive papa. Bon, j'y vais mais tu m'apprendras comment marquer un but en aillant la tête en bas quand même. J'ai adoré quand t'as fait ça !
– Ça s'appelle une roulade du paresseux. Tu voudrais jouer comme poursuiveur ?
– Lily !
– J'arrive ! Ouais je veux jouer au même poste que toi.
– Ok ma puce, on verra ça dans deux ans. Vas les voir maintenant, ils t'attendent.
– Salut James et n'oublie pas ce que je t'ai dit, répondit-elle avant de courir vers ses parents qui l'attendaient.
– James ! appela sa mère.
Il se tourna pour la regarder, puis quitta le terrain sans un mot. Oui il allait prendre soin de son frère. Il le devait. Pour Lily. Pour ses parents. Pour Albus.
ooOOoo
Réflexion, exécution, collaboration. Un plan plus bancal que dans leurs désirs, un échappatoire à mille angoisses, un prétexte pour sourire et rire, comme du temps où ils se moquaient de Mike Corner qui ne cessait de répéter que « la chose importante dont il faut se souvenir pour transplaner se résume à trois D : Destination, Détermination, Décision ! »
James se réveilla en sursaut après avoir reçu ce qui semblait être un oreiller lancé par Fred.
– Aller réveille toi gros paresseux ! Alice veut qu'on commence notre espionnage !
– Ça va James ? Tu as une mine affreuse… Tu faisais un cauchemar ?
– Non ça va Louis, t'inquiètes pas.
Il avait mal à la tête. Le match de la veille avait laissé ses marques. C'est sous la douche que James comprit. Il n'avait pas fait un simple rêve, il avait rêvé qu'il revivait un moment du match. Le vert dont il se rappelait était celui des yeux de son frère, et la phrase qu'il entendait était celle de Tom Zigaro.
– Aurais-tu peur pour ton idiot de frère, Albus Severus ?
– Je… non. J'avais peur pour votre ami Léon, maître.
Votre ami ? Maître ? Ça y est il avait la preuve de ce qu'il avançait. Il attendit que ses amis aient fini de prendre leur petit déjeuner pour pouvoir leur parler à l'écart des autres.
– Tu es sûr de toi, James ? Tu as pris pas mal de coups hier …
– J'en suis certain Alice !
– Bon. C'est plus grave que ce que je pensais alors…
– Ouais s'il le vouvoie et qu'il l'appelle…
– Maître. C'est ça le plus choquant. Comme…
– Voldemort.
– Oui.
Ils se regardèrent en silence et effrayés.
– Nous n'avons pas une minute à perdre. On commence le plan aujourd'hui, conclut Alice.
Le temps passait à une allure folle et James et ses amis n'avaient plus une minute de temps libre. Après les cours et leurs devoirs, ils mettaient en place tous les détails de leur plan. Ils passaient des heures à la bibliothèque, cherchant une idée, un sort, une potion qui pourrait faciliter leur tâche. Un jour de décembre, peu avant le repas du soir, alors que leurs estomacs et leurs yeux réclamaient une pause, James ferma un ultime livre dans lequel il n'avait pas trouvé la solution qu'il cherchait. Pensif, il fut attiré par un feuillet très coloré, oublié sur une étagère. Il s'agissait d'un vieux formulaire d'achat par correspondance des produits de la boutique Weasley. « Poudre d'obscurité instantanée du Pérou – très utile pour disparaître quelques secondes ! Lancée en l'air, elle plonge la zone qui l'entoure dans l'obscurité totale… »
– J'ai trouvé, cria James à ses amis.
– Silence !
– Excusez-moi Mrs Fablegg.
– C'est quoi ? questionna Louis.
– Regardez…
– Oui c'est une bonne idée, on pourra s'en servir pour se faufiler dans leur salle commune.
– Bonne idée ! Mais pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt ! Les trucs que fabrique mon père peuvent nous aider…
– J'ai aussi trouvé quelque chose, ajouta Alice. Un sort. Mais il semble compliqué…
– Le sortilège de désillusion. Sort de dissimulation… caméléon humain…, lut Louis.
– C'est quoi le principe ? demanda Maël.
– On devient invisible, en gros. Ça doit moins bien marcher que les capes, sinon je ne vois pas vraiment leur utilité.
– Les capes sont très difficiles à réaliser.
– Ce sort aussi, a priori. En tout cas pour des élèves de troisième année.
– On va s'entraîner. Il faudra bien le maîtriser avant de tenter quoi que ce soit. Bon, je pense qu'il est grand temps d'entrer en action. Demain, au petit déjeuner, vous simulerez une dispute bruyante devant tout le monde, ajouta Alice en regardant Fred et Maël. James, tu prendras le parti de Fred. Louis, tu te plains à ta sœur comme prévu, tu sais quoi faire. Et moi… je cesse de vous voir. Devant les autres en tout cas.
– Yelena et Filippa vont se douter de quelque chose.
– Mais non, je m'en occupe. Allons-y. »
Le lendemain, leur plan marcha encore mieux que prévu et tout le monde ne parlait plus que de la déchirure de la bande infernale. Il fallait avouer qu'ils jouèrent leur scène à merveille même si le sujet de la discorde était somme toute assez banal. Fred et Maël se vantaient d'être chacun le meilleur poursuiveur de Poudlard et se crièrent dessus pendant tout le repas. Toute l'école avait les yeux rivés sur eux, le professeur Glacey était si choqué qu'il ne les avait pas réprimandé et Olivia, Liko et les autres membres de l'équipe étaient les plus surpris. Qu'adviendrait-il de l'équipe si le Trio d'Or se déchirait ?
James prit comme prévu le parti de Fred, affirmant que Maël n'avait pas sa place dans le duo d'or. Louis se leva, fatigué de voir ses amis ressasser toujours la même chose, et Alice se plaignit ouvertement d'être entourée d'une bande d'imbéciles.
– Rendez-vous dans la salle secrète après les cours, glissa James à Alice discrètement.
Le reste de la journée, les garçons s'en donnèrent à cœur joie, multipliant les piques et les disputes devant leurs camarades surpris. Louis les ignorait avec superbe, passant son temps avec leurs amis de Poufsouffle, alors que Maël restait avec les Serdaigle.
Le soir, en se réunissant dans la Salle sur demande, ils s'étreignirent tous avec force, sous le regard surpris mais joyeux des aigles et des blaireaux. La bande au complet riait en se remémorant les fausses disputes de la journée. James ne se pria pas pour tout expliquer à leurs amis de Serdaigle et Poufsouffle, sous l'œil furibond d'Alice. Celle-ci aurait très bien pu s'entendre avec tout le monde, aux yeux de James, mais elle plaçait n'importe quel Gryffondor au-dessus des élèves de toutes les autres maisons. En outre, elle ne respectait pas seulement cette règle d'or de la supériorité des lions, qui était pour elle une évidence, avec les plus jeunes, même les professeurs y avaient droit et, sans qu'elle ne soit particulièrement douée en Métamorphoses, le professeur Glacey, en tant que directeur des Gryffondor, était son préféré, suivi de près par le professeur Londubat, Gryffondor notoire.
– Bon, coupa Alice, il faut avancer. J'ai pas mal parlé à Yelena et Filippa. Elles sont ok pour marcher avec nous. Louis, quoi de neuf ?
Celui-ci échangea un bref regard avec James et Maël mais hocha la tête, s'installant confortablement contre le mur pour leur faire son compte-rendu.
– J'ai parlé à ma sœur cet après-midi. Elle m'a écouté me plaindre mais vous la connaissez, elle n'est pas trop loquace. Mais cet abruti de Vaisey est arrivé, à priori ils sortent ensemble, ajouta-t-il écœuré. Il nous a coupés et elle lui a tout raconté. Il était plutôt content et il vous a taillé un beau costard les gars ! Surtout toi, James. J'ai d'ailleurs vu passer Albus, qui suivait Zigaro et sa bande. Il était surpris de me voir mais il a vite retrouvé son air arrogant.
– Ok. As-tu déjà appris quelque chose ?
– Non. Mais j'ai demandé à Dominique si elle pouvait m'introduire auprès d'élèves plus âgés et plus puissants.
Ses amis échangèrent un regard inquiet.
– C'est risqué, Louis, tu ne crois pas ?
– Non, je fais comme si je n'en pouvais plus d'être avec vous et que je cherche un moyen de vous nuire. Bref, j'ai rendez-vous avec Vaisey demain, dans son bureau.
– Son bureau ?
– Ouais, près des cachots, chaque membre fort a un bureau. Faudrait arriver à y placer les oreilles à rallonge nouvelle génération invisible.
– Bonne idée. Fred ?
– J'ai reçu la livraison de mon père. Il y a tout ce que j'avais commandé.
– Tout ? Ton père n'est pas étonné ?
– Non, mon père adore que je fasse des bêtises… Je lui ai juste dit que quelqu'un nous embêtait et qu'on voulait se venger.
– Ok… C'est bon pour une première journée. Demain, réveil à six h pour James et Louis. James, sous la cape, tu surveilles la salle commune des Serpentard. Louis, tu fais mine d'avoir passé une soirée horrible et tu attends ta sœur. Maël, tu as réfléchi à quel Serpentard tu vas approcher ?
– Perdita Phillips et Gilbert Grey.
– Pour quelle raison ?
– Perdita, parce que c'est une véritable cruche, ça ne me demandera pas trop de difficulté. Et Gilbert, c'est un élève deuxième année un peu isolé. Et il avait des marques visibles sur le visage ce matin. Et c'est un passionné de quidditch…
– Ok, compte rendu demain, même heure, même endroit.
– Hum…
– Oui Susie ?
– Je veux vous aider. Et j'ai peut-être une idée.
– On t'écoute.
– Zigaro est séduisant et plein de filles sont dingues de lui, dans toutes les maisons. Je peux l'approcher comme ça, lui courir après, ne pas le lâcher.
– C'est une bonne idée, approuva Louis.
– Je verrai plus Filippa s'occuper de ça, opposa Alice.
– C'est qui ça ?, s'étonna Keith.
– Mais si, tu sais, la brune de leur classe, soupira Keanu, exaspéré.
– Ah !, s'exclama Keith. La meilleure amie de votre nouvelle gardienne ?
– C'est Liko notre gardien, affirma Fred en haussant la voix.
– Peu importe, clama Alice. Filippa et Yelena peuvent...
– Il vaudrait mieux que ça reste entre nous, Alice, tenta Louis.
– Nous ?, releva Alice. Ce sont des Gryffondor ! Elles sont plus dignes de confiance que...
– Que qui, Alice ?, coupa Oscar la mine sérieuse.
– On se calme, intervint James. On est... une bande. On est tous amis depuis notre première année et... On avance ensemble, ce n'est pas nouveau Alice. Je pense pouvoir affirmer que tu as toute notre confiance, Susie. Mais sois prudente, et fais ça le plus bruyamment possible. Que tout le monde sache que tu le suis. Il n'osera rien tenter contre toi car il serait suspecté.
– Ok James.
– Je me charge d'Albert, ajouta Nalana avec détermination.
– Cette brute ? Non, c'est trop risqué, Nal.
– Je veux t'aider, James ! Tu es mon ami et… Tu n'as pas ton mot à dire. Tu ne veux pas être un leader, n'est-ce pas ?
– Ca n'a rien à voir, Nal, je... Ok, faites comme vous le sentez. Oscar, Keith, Keanu, vous savez lancer le Charme du Bouclier Pour Autrui, n'est-ce pas ? Alors restez bien ensemble tous les cinq. Ok ?
Les amis s'étreignirent une nouvelle fois avant de quitter un à un la salle. Il ne resta bientôt plus qu'Alice, Maël et James.
– James, je suis sûre que tu seras contre mais … Je pense que quelqu'un d'autre peut nous venir en aide.
– Qui ?
– Mon frère… je sais qu'il est jeune mais il estime beaucoup Albus et …
– Qu'est-ce que tu proposes ?
– Il veut se réconcilier avec Albus. Laissons-le se rapprocher de lui, je suis sûre qu'il nous sera d'une grande aide.
– Ok. Mais qu'il soit bien prudent ! S'il se passe la moindre broutille, on l'écarte, j'adore ton frère, c'est un membre de la famille, comme toi ou Maël, il ne faut pas qu'il risque quoi que ce soit ! Il n'est qu'en première année !
– Albus aussi…
– Raison de plus. Ils ne savent pas encore se défendre.
– Nous non plus…
– C'est censé me rassurer ça ?
James attendit que ses amis aient quitté la salle depuis cinq minutes avant de la quitter à son tour. Il regarda une nouvelle fois sa carte et comme souvent, cherchait la position de son frère. Albus était devant un cachot avec Zigaro, Nott et Scorpius Malefoy. Quelques minutes après, il courrait, caché sous la cape, en direction des cachots. Il ralentit dans l'escalier pour ne pas être essoufflé puis s'arrêta en entendant la voix de Zigaro.
– Où est-il ?
– Avec Benoit et la folle de première année, répondit Albert Nott.
– Perks ?
– Oui c'est ça.
– Et que font-ils ?
– Ils rigolaient.
– On va leur passer l'envie de rigoler. Appelle Miranda.
Un silence se fit mais James en était sûr, Albert n'avait pas bougé. Cependant, Miranda Vaisey arriva rapidement vers eux.
– Oui, Tom ?
– Où es ta protégée ?
– Je n'avais pas besoin d'elle ce soir, j'étais avec Doug.
– Je répète ma question, Miranda, où est-elle ?
– Je ne sais pas, Tom.
– Miranda… Tu me déçois énormément.
– Je suis désolée, Tom, je ne…
– Tais-toi ! Vas la chercher ! Immédiatement.
– Elle ne m'écoute jamais… Elle est spéciale.
– Et bien force-là à t'écouter.
– Tu veux dire, l'imperium ?
– Débrouille-toi pour qu'elle soit dans vingt minutes dans ton bureau. C'est compris ?
– Oui Tom.
James dut se plaquer au mur pour ne pas être touché par Miranda qui s'était précipitée dans l'escalier.
– Appelles-moi Bob et Boris. Tout de suite.
Dix secondes après, James vit Boris Screta descendre les escaliers alors que la voix de Bob résonnait près de Zigaro.
– Tu voulais me voir, Tom ?
– Nous attendons ton frère. Ah le voilà. Boris, Bob, je suis très déçu par l'attitude de votre frère. Dois-je le faire contrôler ?
– Il.. C'est cette fille qui a mauvaise influence sur lui.
– Perks ?
– Oui.
– Encore elle. Bref, concernant Benoit, je vais demander à Spencer de s'en occuper.
– Non ! Pas Spencer, je…
– Tu me contredis, Boris ?
– Non… Non, Tom… Maître… je…
– Tu oses me contredire ?
– Non, pitié, maître…
– Endoloris !
– Nooooooonn….
Boris tomba au sol et cria jusqu'à ce que son cri soit stoppé net.
– Tu apprendras à souffrir en silence, Boris, je peux te l'assurer. Jerks s'occupera de ton cas. J'attends tes excuses, Boris.
– Pardon maître, je suis désolé.
– Cesse de geindre à genoux. Relève toi et disparaît. Retrouves Jerks et dis-lui que tu es sous ses ordres dès maintenant.
– B-bien M-maître.
– Bob à toi maintenant. N'oublies pas que c'est grâce à mon amitié pour ton cousin que je vous ai laissé carte blanche, Boris et toi. Les choses peuvent changer. A partir d'aujourd'hui, tu passes des Basilics aux Cocatrix.
– Mais…
– Estime-toi heureux de ne pas rejoindre les Shantaks ! Silence ! Tu connais les règles, désormais, files, je te ferai savoir quand j'aurai besoin de toi.
– D'accord, Tom.
– Pardon ?
– Maître. Pardon maître.
– Va-t-en !
Bob passa en trombe près de James qui se colla au mur, effrayé.
– Albert, il va falloir serrer les rangs. J'ai été bien trop souple avec eux.
– Oui, T.. maître.
– Voyons, Albert, nous sommes amis, répondit Tom d'un ton doucereux. Tu peux m'appeler par mon prénom.
– Bien… Tom. Je me demandais… ne devrait-on pas les réveiller ?
– Si. Mais je pensais en avoir d'autres sous la main. Je suis déçu. Très déçu.
– Le petit Lespare, n'est-ce pas ?
– Oui. Et cette Perks. Et le dernier des Screta. Il faut avouer que les nouveaux sont bien moins dociles que ceux de l'année dernière.
Albert étouffa un rire.
– Qu'y a-t-il ?
– Pardon Tom. Je me remémorais le jour de la rentrée dernière, lorsque nous leur avions fait boire un litre de sang de dragon.
– Je comprends que cela te fasse rire, Albert. Ça me donne d'ailleurs une idée.
– Que fait-on alors ? Nous attendons les autres ?
– Non. Nous ferons sans eux. Ils seront punis, bien sûr. Mais de toute manière, nous possédons les deux meilleurs d'entre eux.
– Le petit Scorpius apprend vite. Il vous est totalement dévoué.
– Je ne crois pas, Albert. Mais il n'a pas le choix. Quand à Potter, il est obéissant. Et il possède bien des qualités. Mais il agit par intérêt et non par dévouement.
– Nous saurons le faire changer, Tom.
– C'est certain. Et dès ce soir. Réveille-les.
– Enervatum !
– Albus Severus et mon cher Scorpius, j'ai une mission de la plus haute importance à vous confier.
– Rien ne me fera plus plaisir, maître, répondit Scorpius.
– Tu viens de me couper la parole, Scorpius et ça ne plaît guère. Albus Severus, torture-le immédiatement.
– …
– Fais ce que je t'ai dit !
– Mais, maître, je ne connais pas la formule, je n'ai jamais…
– Endoloris !
C'en était trop, en entendant son frère crier et supplier Zigaro d'arrêter, James jeta sa cape au sol et se précipita. Une main ferme l'arrêta et le plaqua au mur. Cinq jeunes élèves brandissaient leur baguette sur lui et l'obligèrent à reculer en silence. Il recula ainsi plusieurs mètres, s'éloignant de l'escalier des cachots et des cris de son frère. Enfin, arrivés dans un couloir isolé, une voix douce lui demanda de se retourner. Il reconnut les élèves qui l'avaient entraîné. Trois faisaient partie de la promotion d'Albus et les deux autres étaient des élèves de deuxième année. Tous étaient à Serpentard.
– Chut, lui intima Sally-Ann Perks, on n'a pas beaucoup de temps, remets ta cape, vite.
– Potter, tu dois faire très attention, lui conseilla Benoit Screta. Zigaro prépare un plan machiavélique.
– Explique-m…
– Tout ce que je peux te dire c'est que ton frère est sous ses ordres. Il est terrifié et on pense que Scorpius aussi, même s'il le vit mieux qu'Albus. Jalil subit la même chose.
– En moins dur, nuança Jalil Lespare.
– Il faut que vous en parliez au professeur Slopa ! C'est votre directrice de maison, elle saura vous conseiller et vous protéger ! Vous devez...
– Il est puissant. Terrible. Il faut trouver une autre solution qu'aller voir les profs sans preuve. Luc et Kresta, ajouta-t-il en montrant les deux autres élèves, ont subi ça aussi, l'année dernière. Kresta est née moldue et Luc ne partage pas du tout les idées de Serpentard. Ils font semblant, comme moi. Et comme ton frère. Tu es au courant désormais, mais fais vraiment attention. On doit y aller maintenant.
– Attendez ! supplia James en sortant de sous sa cape. C'est quoi ces histoires de basilics…
– Des castes. Plusieurs niveaux en fonction de la confiance que Zigaro peut accorder aux élèves. On n'en sait pas plus.
– Attends, Benoit, c'est ça ? Je peux vous aider. Mes amis aussi. Faisons équipe…
James observa les cinq Serpentard. Benoit et Sally échangeaient un regard complice, c'étaient eux les leaders, sans conteste. Jalil Lespare paraissait effacé et fatigué, il était aussi nettement plus maigre que lors de la rentrée.
– Ok, répondit Sally-Ann. On se tient au courant.
– Pourquoi vous m'avez dit tout ça ?
– Parce que nous aussi on se fait du souci pour ton frère. Remets ta cape maintenant.
Et ils disparurent rapidement en se séparant les uns des autres. James avança rapidement jusqu'à la salle commune de Gryffondor. Il n'y croisa pas ses amis et se rendit directement dans son dortoir. Ils étaient tous là, faisant les cent pas, la mine inquiète.
– James ! Par Merlin, où étais-tu passé ?
Il leur raconta tout ce qu'il avait appris l'heure précédente. James vit qu'ils étaient révoltés et prêts à s'engager à ses côtés. Mais il passa une nuit terrible, ressassant toute la discussion entre Zigaro et sa bande. Il ne pouvait se douter que son frère ne dormirait pas non plus et qu'il passerait l'une des pires nuits de sa vie.
ooOOoo
Albus éprouvait beaucoup de difficultés à suivre la démarche rapide de Tom et ses amis. Ils s'enfonçaient dans les sous-sols de Poudlard, traversant des couloirs lugubres où les torches s'allumaient à leur passage et s'éteignaient au fur et à mesure qu'ils avançaient. Tom les fit entrer dans une salle à l'apparence ragoutante.
– Arrêtez-vous là. Scorpius Hyperion Malefoy, Albus Severus Potter, je vais tester ce soir votre allégeance. Je vais vous confier deux missions chacun. Scorpius, tu devras dans un premier temps te rapprocher de trois élèves. Je te communiquerai leur nom plus tard. Il faudra que tu deviennes ami avec eux et que tu me rapportes certaines informations les concernant. Albus, je te demande de te rapprocher de Franck Londubat. Tu sembles surpris, ça ne m'étonne pas. Mais Londubat semble beaucoup t'apprécier. Ta tâche sera donc facilitée. Il s'avère que son idiot de père connaît une salle secrète de Poudlard, il l'a même habitée pendant sa dernière année d'études, lorsque ton idiot de père a mis fin au pouvoir du Seigneur des Ténèbres. Je veux que tu me rapportes tout ce qu'il sait à propos de cette salle. Et je veux que tu m'y amènes.
Albus baissa la tête en signe d'allégeance. Mais au fond de lui une bataille avait commencé. Franck n'était pas un de ces amis d'enfance pour qui on a une affection particulière, Albus et lui s'étaient toujours plus ou moins bien entendu mais depuis la rentrée les garçons s'évitaient. Et Franck ne manquait pas spécialement à Albus. Il n'était pas comme son frère, loyal et courageux, capable de mourir pour ses amis à la manière d'un bon Gryffondor. Il se rendait compte jour après jour qu'il possédait certains traits de caractères typiques des Serpentard. Et bizarrement ça commençait à le rendre fier. Mais dévoiler où se trouvait la Salle sur Demande ? Son père lui en avait parlé à sa dernière visite. Albus connaissait son existence et il était certain que son frère en connaissait l'emplacement exact. Après tout, James et ses amis étaient connus pour avoir mieux que quiconque exploré tout le château. Il n'aurait tout au plus besoin de prononcer quelques mots, une phrase seulement et James répondrait. James donnait toujours tout ce qu'on lui demandait. Oui, Albus obtiendrait facilement l'information dont il avait besoin. Mais la communiquerait-il à Tom ? Rien n'était moins sûr.
– Ensuite, vous aurez une tâche commune. Vous allez mal vous comporter en cours, demain. Assez pour obtenir une retenue. Les élèves de première année passent le plus souvent leur retenue avec Hagrid, dans la forêt interdite. Une fois votre retenue terminée, vous ferez en sorte de ne croiser personne lorsque vous reviendrez dans le château. Là commencera réellement votre mission. Albert fera en sorte que vous aillez des hématomes visibles. Le lendemain, lorsqu'on vous demandera ce qu'il vous est arrivé vous ne répondrez pas, comme si vous étiez effrayés par votre agresseur. Vous irez ensuite voir le professeur Slopa en accusant Hagrid et quelques élèves de Gryffondor. Pour toi, Scorpius il s'agira de James Potter et Fred Weasley. Pour toi, Albus, il s'agira de Liko Jordan et Mike Corner. L'équipe de Gryffondor a un entraînement de Quidditch demain soir, il n y aura donc aucun problème et le professeur Slopa vous croira sur parole. Vous avez compris ?
– Oui maître.
– Oui maître. Mais… maître, je crois que Corner ne joue plus dans l'équipe… ajouta Albus d'une voix timide
– Effectivement. Mais aucune sortie au Temple n'est prévue demain et il sera donc avec ses amis sur le terrain. Bien. Maintenant, pour vous donner du courage, vous allez boire cette potion. Albert, sert donc un verre à nos jeunes amis.
Nott étouffa un rire et servit un breuvage sanguinolent dans deux grandes coupes.
– Maître… qu'est-ce que c'est ? S'il vous plaît.
– Du sang de dragon.
– Pur ? … maître, ajouta Scorpius.
– Oui, Scorpius. Tu ne voudrais pas que je pense que tu ne souhaites plus être sous mes ordres ?
– Non, maître, je serai heureux de boire tout ce que vous souhaiterez que je boive, maître.
– Bien. Albus ?
– Moi aussi, maître, répondit Albus en tendant la main à Nott pour montrer l'exemple.
Il but la coupe d'un trait, se forçant à avaler malgré le goût et l'épaisseur du liquide. La coupe tomba alors que lui-même tombait à genoux. Il avait mal dans tout le corps et était sur le point de rendre le breuvage.
– Novmito !
Albus ressentit une impression étrange et désagréable, comme s'il avait envie de vomir mais qu'on l'en empêchait. Étendu par terre, il vivait un calvaire sans pareille. Scorpius était effrayé mais le regard froid de Tom l'obligea à boire. Sa réaction fut plus vive encore et il semblait extrêmement malade.
– Qu'est-ce qu'on va faire d'eux ? Les amener à l'infirmerie ?
– Certainement pas. On va les laisser ici, on viendra les chercher demain matin.
Et ils partirent, fermant la porte avec un sort, laissant les deux jeunes garçons étendus sur le sol.
Quelques heures plus tard, Albus parvint à se lever à moitié. Il souffrait toujours autant mais avait perdu l'envie de vomir. Il se tourna vers Scorpius qui pleurait doucement. Celui-ci prit peur en voyant Albus le regarder et ravala ses larmes.
– Ne t'inquiète pas pour ça, Scorpius. Ça va aller. On est tous les deux dans le même pétrin. Tu te sens mieux ?
– Oui… Enfin je crois. Quelle horreur ce truc.
– Oui.
– Je n'avais jamais rien bu de pareil.
– Et moi, jamais ressenti cette douleur…
– Et… l'endoloris c'était horrible aussi. Pas le tien bien sûr, je sentais que c'était beaucoup moins fort. Mais celui de Tom…
– Oui…
La porte se rouvrit et un corps fut projeté entre eux. Scorpius et Albus eurent l'idée de s'envoyer des regards furieux, faisant croire qu'ils venaient de se disputer.
– Tiens, tiens ! On faisait ami-ami ? Je vous en donne un nouveau. Toi, bois ça. J'ai dit bois ça ! Nott, oblige-le à boire.
– Non… non…
– J'ai dit bois ! Impero ! Et vous deux, vous reprendrez bien un petit verre pour accompagner votre compagnon ?
L'effet fut encore plus atroce la seconde fois. Le premier corps retomba au sol après avoir bu le breuvage, bientôt suivi par Albus et Scorpius. Tom et Nott avaient déjà fermé la porte derrière eux. Albus et Scorpius se relevèrent avec difficulté et s'avancèrent prudemment vers le garçon étendu à leurs pieds. Celui-ci était très malade et vomit plusieurs fois. Albus s'agenouilla près de lui et reconnut Jalil Lespare.
– Ça va aller, Jalil, tu te sentiras mieux dans quelques heures.
Il réconforta Jalil pendant que Scorpius lançait des sortilèges de nettoyage chaque fois que Jalil était malade. La porte se rouvrit une heure plus tard et ce furent Sally-Ann Perks et Benoit Screta qui subirent le même sort. Albus et Scorpius avaient eu le temps de se jeter aux deux extrémités de la pièce, laissant Jalil seul au centre, et le sourire mauvais de Tom laissait entendre qu'il pensait que les trois jeunes ne s'adressaient pas la parole.
Une fois seuls, les cinq élèves se rapprochèrent. Ils consolèrent les deux derniers arrivés et une fois la première crise passée, se regroupèrent dans un coin tous les cinq.
– C'était quoi cette horreur ? s'exclama Sally, dégoûtée.
– Du sang de dragon, répondit Albus.
– Quoi ? S'écria Benoit. Mais c'est interdit ! Si mes frères savaient ça…
– Tes frères sont au courant, Screta, sois-en sûr.
– Tu as sans doute raison, Scorpius. J'arrive quelques fois à oublier qu'ils font partie de sa bande. C'est sans doute le pouvoir de l'auto-persuasion qui me joue des tours.
Albus échangea un regard perplexe avec Jalil.
– Ça doit laisser des traces ce truc, reprit Sally.
– On ne gardera pas de séquelles, si c'est ce à quoi tu fais allusion, lui répondit Scorpius d'un ton froid.
– Non mais on pourra au moins prouver ce qu'ils ont fait, s'enthousiasma Sally-Ann. Ils sont cuits.
– C'est faux, rétorqua Scorpius. Je ne te conseille pas de parler à quiconque de ce qui s'est passé ce soir. Garde-le pour toi, n'en parlez même pas entre vous. Sinon vous subirez bien pire.
– Mais Scorpius on peut s'en sortir ! Ils ne sont pas intouchables !
– Toi non plus, Perks. Tu n'imagines même pas ce que tu endureras si cela devait se savoir.
– C'est un conseil ou une menace ? attaqua Jalil.
– A ton avis Lespare ?
– Je pense que tu es davantage de leur côté que du notre et que ça te dérangerait personnellement qu'on touche à tes petits copains.
– Ça ne me fait pas peur, tu ne les toucheras jamais. Et pour répondre à ta question, tu as raison, ce n'est pas un conseil mais un avertissement.
Sur ces mots, Scorpius s'éloigna du groupe et s'assit dans un coin avant de fermer les yeux pour clore toute conversation.
– Bon, reprit Benoit. Scorpius a donné son avis, nous qu'est-ce qu'on décide ?
– Je vote pour aller voir Slopa, répondit Sally. Benoit ?
– Je te suis.
– Jalil ?
– Et toi Albus ? demanda celui-ci.
– Je suis d'accord avec Malefoy.
– Arrête Albus ! s'exclama Jalil. Tu crois qu'on ne voit pas ce qu'ils te font subir !
– Ça ne t'est jamais venu à l'idée que je puisse prendre du plaisir avec ces gens ? Ils ont des tas de choses à m'apprendre ! C'est normal de suivre un apprentissage avant de devenir comme eux !
– Un apprentissage ? Sous la torture ?
– Je vois qu'aucune discussion n'est possible avec vous.
– Si ! C'est ce qu'on veut justement ! Et arrête d'essayer de leur ressembler avec tes regards froids. Tu n'es pas comme eux !
– Je ne suis pas comme vous, nuance. Ce sont mes amis. Vous non. Aucun de vous, ajouta-t-il en lançant un regard mauvais à Jalil.
Ce fut les seules paroles qu'ils échangèrent ce soir-là. Albus avait trouvé un coin de la pièce où il s'installa, comme Scorpius avant lui. Jalil resta également seul mais Sally et Benoit, tous deux tremblants de froid se collèrent l'un à l'autre et attendirent qu'on vienne les libérer.
Albus avait décidé de copier les agissements et réactions de Scorpius et s'exécuta dès le matin, lorsque l'on vint les libérer. Mais ce n'était ni Tom ni un de ses amis qui leur ouvrit la porte.
– C'est donc vrai ! s'écria Mike Corner.
Les deux préfets-en-chef de Poudlard ainsi que trois autres préfets entrèrent dans la salle. Victoire Weasley eut un haut le cœur tant l'odeur l'incommodait.
– Sortez d'ici tous les cinq ! reprit Corner. Comment êtes vous arrivé jusqu'ici ?
– Albus !? s'écria Victoire. Tu vas bien ?
– …
– Albus, qu'est-ce que vous faites ici ?
– On nous a enfermés ici, hier soir, répondit-il. Je n'ai pas vu nos agresseurs, j'étais à moitié endormi.
– Et vous ?
– Je marchais tranquillement vers notre salle commune et je me suis réveillé ici, répondit Scorpius.
– Et vous trois vous confirmez cette ...
– Comment vous nous avez trouvés ? interrompit Sally-Ann.
– Un préfet a entendu des élèves se vanter d'avoir enfermés des… jeunes. Il nous a avertis.
– Il sait donc qui a fait ça ?
– Non, il a entendu des voix mais les élèves en question ne se sont pas montrés.
– Ils étaient sans doute invisibles, hasarda Scorpius.
– Les sortilèges de désillusion laissent des traces Malefoy.
– Ils portaient sans doute une cape d'invisibilité, tenta Scorpius une nouvelle fois.
– Peu d'élèves en possèdent, Malefoy.
– Mais nous en connaissons quelques-uns qui s'en vantent.
Victoire le détailla, visiblement surprise et effrayée par cette accusation.
– Maintenant vous allez nous suivre, on vous amène dans le bureau du professeur Slopa.
– Victoire ? l'arrêta Albus. Je peux te parler en privé ?
– Oui, viens par là.
– Je… cette histoire de cape, je crois que c'est vrai. Je pense que c'est James. Qu'il a voulu nous jouer un tour, sans gravité quoi, juste nous embêter. On va bien, tu crois qu'il faut aller voir Slopa pour si peu ? On ne ferait pas mieux de retourner dormir un peu avant notre premier cours ?
Albus devait s'être montré très convaincant car les cinq élèves purent regagner leur dortoir sans rencontrer leur directrice. Scorpius restait indifférent et c'est en arborant son regard glacial qu'il dépassa ses camarades et fit chemin seul, sans un regard pour les quatre autres jeunes. En revanche, Albus voyait bien que Sally, Benoit et surtout Jalil lui en voulaient. Ils savaient qu'Albus avait trouvé un moyen de protéger Zigaro et Albus était désormais convaincu qu'ils allaient changer d'avis à son sujet et cela le soulageait et le rendait triste à la fois. Il savait qu'il ne devait pas se rapprocher de Jalil mais celui-ci lui était très sympathique et Albus était aussi très impressionné par la personnalité de Sally-Ann. D'un côté Il aurait apprécié d'avoir des amis… D'un autre, il se fichait pas mal de l'amitié et ses valeurs, contraires à sa personnalité. Il devait les éviter à tout prix et tout faire pour que ceux-ci l'oublient.
Alors qu'il tentait d'enfouir la terreur qu'il avait ressenti toute la nuit sous une douche brûlante, il était loin de s'imaginer qu'un de ses cousins se tenait à quelques mètres de là, sous la cape de son frère et observait les entrées et sorties des élèves de Serpentard.
En sortant de la salle commune, Albus alla directement dans le bureau de Tom Zigaro. Il était bien décidé à de pas donner d'autres raisons à Tom de le torturer. Il arriva en même temps que Tom alors que Scorpius était déjà là.
– Bonjour vous deux. Potter tu sais ce que tu as à faire, il me semble ? Nous en avons déjà parlé. Je ne te retiens pas. Malefoy, entre je t'en prie.
Albus s'éloigna lentement en regardant la porte du bureau de Tom se refermer. Il n'avait pas paru heureux, satisfait, inquiet ou en colère, il était tel que d'habitude, ne laissant aucune émotion le trahir, totalement indifférent de ce qu'il s'était passé la veille, semblant avoir parfaitement oublié qu'il avait torturé cinq jeunes adolescents. Un tel détachement faisait envie, Albus ne pouvait le nier. Il rêvait de devenir comme Tom, brillant, charismatique, apprécié de tous, talentueux. Supérieur. Et pourtant il savait que Tom était tout ce que combattaient ses parents, sa famille. Vil, méprisant, violent, intolérant. C'était un peu comme un choix à faire, un choix que ne voulait pas faire Albus. Pas pour le moment.
Quelques étages plus haut un petit groupe d'élèves s'étaient réuni et conversaient à voix basse en se tenant à l'écart des autres.
– C'est tout ce que tu as entendu ?
– Ouais.
– Et tu es vraiment sûr que tu ne les as pas vus sortir ce matin ?
– J'en suis sûr Alice ! J'étais là-bas à six heures je te rappelle ! Ils sont arrivés un peu avant huit heures.
– Ganesh, tu as noté les noms ?
Keanu se redressa, brandissant son carnet avec une grandiloquence qui fit ricaner son meilleur ami Keith, qui le trouvait parfois trop sérieux.
– Albus, Perks, Screta, Lespare et Malefoy. Tous en première année. Et ils semblaient fatigués et malades. Tout est noté, Alice.
– Bien. A toi, James. Alors du nouveau sur ce qu'il s'est passé cette nuit ?
– Pas vraiment, à cette heure-ci ça grouille de Serpentard je ne pouvais pas avancer. J'ai même cru qu'on nous avait vus au moment de l'échange, lorsque j'ai pris mon tour de garde. Faudra qu'on soit plus prudents, Fred. Mais j'ai vu Malefoy sortir avec Zigaro. J'ai rien entendu de compromettant.
– Tu es sûr ? Aucun nom ?
– Euh… Si, Malefoy a dit qu'il allait voir « Vaisey et les autres ». Pourquoi ?
– Chut ! Ta cousine approche…
James se tourna vivement et fit face à sa cousine Victoire. Celle-ci semblait furieuse et James se rappela qu'il ne l'avait plus croisée depuis la rentrée et qu'il n'avait toujours aucune réponse aux lettres qu'il avait envoyées à Teddy.
– James ? Il faut que je te parle un moment.
– Oui bien sûr Victoire. Les gars, je vous rejoins en cours, ok ? Salut Vic, un souci ? C'est Teddy ?
– Ted ? Non, pourquoi aurait-il un souci ?
– Laisse tomber, dis-moi plutôt ce que…
– Où étais-tu hier soir ?
– Ben dans mon dortoir.
– James…
– J'étais dans mon dortoir, Vic, demande à Louis si tu veux.
– Laisse Louis en dehors de tout ça, oh oui, par Merlin, laisse mon frère en dehors de tes magouilles !
– Mes quoi ?!
– James, je suis préfète-en-chef ! Tu crois que je ne vois pas ton comportement ?
– Tu auras sans doute remarqué que je suis plus calme cette année.
– Plus malin pour ne pas te faire attraper, oui, plus calme, sûrement pas. On t'a vu hier soir. Sous ta cape. Et franchement, laisse-moi te dire que ce que tu as fait est dégueulasse ! A la limite certaines de tes blagues peuvent être drôles mais enfermer cinq gamins dans un cachot ça me…
– Quoi !? Mais arrête ce n'est pas moi !
– Tu connais combien d'élèves qui ont une cape d'invisibilité et qui sortent dans les couloirs pour visiter le château ! Ted m'a dit que tu adorais faire ça !
– Mais hier j'étais dans mon lit ! Et je n'ai jamais enfermé qui que ce soit !
– Ton propre frère en plus…
– QUOI !?
Victoire n'eut le temps d'esquisser le moindre mouvement, les mains tremblantes de James s'étaient agrippées à elle, ses yeux trahissaient un sentiment qu'il ne pouvait dissimuler. Il n'avait pas peur, non. Il était devenu la peur.
– Comment il va, où il est ?
– T'es… t'es sérieux ? Ce n'était pas toi ?
– Je te jure que non ! Où est Al ? Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ?
– Il va bien. Il a passé la nuit dans un cachot avec quatre autres élèves mais on l'a ramené dans son dortoir ce matin, il va bien James, cesse de t'agiter comme ça ! James ! Attends ! Albus… Il pense que c'est toi. Il en était persuadé.
– Vic, je te promets que…
– Je te crois. Mais lui… Il… C'est lui qui t'a accusé James. Et apparemment sans preuve. Il pense avoir vu quelqu'un sous une cape d'invisibilité, ce qui t'accusait bien sûr, très peu d'élèves peuvent posséder une cape. Je voulais aller voir Slopa et lui… Il m'a dit de ne pas y aller pour pas que tu te fasses prendre.
– Qui t'a dit où il était ?
– Un préfet l'a dit à Mike Corner.
– Lequel ?
– Je n'en sais rien. Écoute, je dois aller en cours et tu ferais mieux d'y aller toi aussi. Ne cherche pas à faire justice seul James. Ton frère et toi… Vous ne vous entendez pas, ça ne sert à rien d'essayer de le voir.
ooOOoo
L'année touchait désormais à sa fin. Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis que James et Victoire avaient eu cette discussion. Des mois de rires, de matchs de quidditch, d'examens réussis avec brio et de moments difficiles à supporter. James et Fred avaient été sévèrement punis après que Scorpius Malefoy les ait injustement accusé de l'avoir battu, Liko fut suspendu pour un match, et les Serdaigle écrasèrent les Gryffondor sans le moindre mal. Mike Corner, enfin, fut destitué de son statut de Préfet-en-chef. L'insigne fut attribué au préfet de Poufsouffle, une maigre récompense pour tous ceux qui avaient eu peur que Tom n'accède à ce grade.
Jamais James n'avait eu si peu envie de rentrer chez lui pour les vacances. Deux mois. Deux mois à regarder son père l'éviter, deux mois à entendre sa mère lui reprocher n'importe quoi, deux mois à tenir son rôle. C'était les seuls mots qu'ils avaient échangés, comme une promesse qu'ils se forçaient à tenir.
« Tu m'avais parlé de clubs secrets, d'un choix que j'aurais à faire. Je ne veux pas savoir ce que tu as choisi. En échange je ne te dirai pas non plus ce que moi, j'ai choisi.
– Je voulais seulement t'aider, Albus.
– Tu n'as aucune légitimité, James. Deux ans. Deux ans, c'est rien. Je suis certain que j'aurais de meilleurs résultats que toi dans deux ans. Et une place dans mon équipe.
– Je ne prétends pas le contraire, Al. Mais on est des frangins, par Merlin, on dirait que tu...
Mais Albus n'avait que faire de leurs liens de famille. Il avait fini par tout avouer à James. Les menaces de Tom, le sang de dragon, les épreuves à passer, les étapes à franchir, les accusations sans preuve. Il était contre ces pratiques, bien sûr, mais semblait vouer une sorte de respect ambigu à l'égard de Tom. Une vénération pour son statut, sa célébrité, sa suprématie.
« Il n'a pas besoin d'être un fils de pour être celui qu'il est. Je veux faire comme lui, je...
– Tu seras toujours vu comme le fils de notre père, Al. Regarde ce que dis la presse, tu lui ressembles comme deux gouttes d'eau, tu es son digne héritier.
La voix du frère aîné était légèrement cassée. James était en pleine période de mue et ne parvenait plus à camoufler l'amertume qu'il ressentait malgré lui. Le temps avait été du côté d'Albus, les élèves s'étaient attachés à lui, une jeune Poufsouffle s'était éprise de celui qu'elle appelait « l'émeraude précieuse de Poudlard », Albus était charmant avec tout le monde, tout en demeurant distant, comme un oiseau blessé qui se sentait à la fois fautif d'avoir été envoyé dans une maison autre que Gryffondor et fier de pouvoir contribuer à la réhabilitation des Serpentard. Il demeurait encore quelques élèves qui ne voyaient qu'ombre en lui et qui l'évitaient, mais la majorité des élèves, ainsi que tous les professeurs, voyaient en lui le fils qui ferait la fierté du couple le plus célèbre de la communauté sorcière britannique, surtout en comparaison avec ce frère aîné, ce fils déméritant qui multipliait les frasques et les rumeurs.
Tom l'avait aidé à accéder à ce statut. Albus n'avait eu aucun mal à l'avouer à James. Il en était tellement fier. « Nous avions un accord, j'ai respecté ma part du marché et lui a tenu ses promesses. »
James était plus dubitatif. Perplexe et soucieux, aussi, bien sûr. Mais il se rassurait en pensant au départ de Tom qui quitterait Poudlard une fois ses Aspics validés. Il lui restait un an pour faire changer Albus, un an pour le faire redevenir celui qu'il avait toujours été. Un an avant que Lily n'arrive à son tour à Poudlard.
« On fait comme on a dit ?
– Oui, Albus. On fait comme on a dit. »
Tous deux savaient qu'ils tiendraient parole. Deux mois. Et puis la vie reprendrait son court.
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C'était la dernière fois qu'ils se retrouvaient et, dans l'attente des chaleureuses retrouvailles de septembre, la petite bande de troisième année s'était réunie dans cette salle qu'ils affectionnaient tant. James, Louis et Susie avaient tenu à inviter leurs amis de Serpentard et seuls Pepper, qui s'était beaucoup rapprochée de la jeune Poufsouffle après le départ de sa meilleure amie, et Clifford s'étaient joints à eux. Celui-ci leur avait lu la dernière lettre que Juliet leur avait envoyée et où elle disait se plaire à l'Institut de Salem, bien que Poudlard lui manque énormément.
« Et après elle me demande de vous embrasser, ajouta-t-il en regardant James et Louis d'un air légèrement maladif.
– Le cœur y est, c'est le principal, répondit James en riant. »
Juliet lui manquait beaucoup. Ils s'écrivaient une fois par mois, lui tout heureux de pouvoir échanger avec son amie tout en apprenant de nombreuses choses sur le système éducatif Américain, elle fière de son nouveau statut de « troisième correspondante ». Comme elle le lui avait demandé, il gardait un œil sur Pepper, Clifford et, dans une moindre mesure, sur Vincent, qui avait désormais d'autres amis. Comme James le lui avait demandé, Juliet insistait auprès de ses amis de Serpentard afin qu'ils gardent un œil sur Albus. James était heureux qu'ils aient gardé de si bons rapports mais Poudlard n'était plus vraiment Poudlard sans le rire joyeux de Juliet Hawkes.
« Tu as lu l'édition du jour ? »
Maël entraîna James à l'écart, chose qui ne surprenait plus grand-monde depuis que tous avaient compris qu'un lien spécial unissait les deux amis. Maël tendit à James le dernier numéro de la Gazette du Sorcier, journal dont Albus et lui faisaient régulièrement la une. C'étaient les yeux d'Albus qui brillaient en grand format, de ce regard qu'il dédiait au monde extérieur, un regard timide et charmant, bien loin des airs de froideur qu'il exhibait dans l'intimité.
L'article le comparait à Kendall Kent, celui que l'on nommait « le Nouvel Elu » depuis qu'il avait, à sept ans, sauvé tous ses camarades de l'école élémentaire attaquée par une troupe de Détraqueurs en fuite. Il était devenu le second Héros National, raflant la place auparavant attribuée à Ron et Hermione.
– Ils disent qu'il ne viendra pas à Poudlard, expliqua Maël. Il aurait dû arriver dans deux ans...
– Oui, coupa James, songeur. Il devait arriver en même temps que Lily. A l'époque ils prédisaient même un mariage entre eux, alors qu'ils n'avaient que sept ans...
Maël hocha la tête, compréhensif. Mais il demeurait un éclat de trouble dans ses yeux d'habitude rieurs.
– Quand ils parlent d'élu... Tu ne crois pas que ça a quelque chose à voir avec l'Oracle, la Source, les frères Zigaro, tout ça ?
James ne savait, parfois, s'il devait se montrer soulagé de ne pas être le seul à voguer entre incertitudes et paranoïa ou inquiet que ses amis le soient aussi. Il en avait discuté avec Maël à plusieurs reprises, avec Louis et Alice aussi, et même avec Susie. Tous le rassuraient et lui avouaient ressentir à peu près la même chose. Seule Alice était plus individualiste. Il y avait James d'un côté, les autres Gryffondor d'un autre. Leurs amis de Serdaigle, de Poufsouffle ainsi que le reste du monde n'avait que très peu de valeurs à ses yeux. Maël lui, était parfaitement sur la même longueur d'ondes que James, il s'était inquiété pour Nalani tout au long de l'année et s'entendait tout aussi bien avec Oscar, Keith et Keanu que son meilleur ami.
– Je ne crois pas, Maël, je crois plutôt qu'il est un peu dans la même position que mon père, tu vois ?
– Nalani pense la même chose, affirma Maël, rassuré.
– C'est bien connu, Nal a toujours raison, sourit James.
Maël ne put s'empêcher de rougir. Aux yeux de James, qui se sentait un peu jeune pour les choses de l'amour, il n y avait pas de couple plus parfait que Maël et Nalani. Mais, comme disait Louis, encore faudrait-il qu'eux mêmes s'en aperçoivent.
– Ça se passe comment avec Susie ?
– Euh... rougit James à son tour. C'est... bizarre. On change pas vraiment, en fait. On parle comme avant, c'est juste que... On se tient par la main dans les couloirs et on se fait la bise différemment.
– Sur la bouche.
– Voilà. »
Avec Maël, James pouvait parler de tout. Mais ce qu'il vivait avec Susie était si nouveau, si étrange, qu'il ne savait vraiment qu'en dire. Voilà deux semaines qu'ils étaient un couple, bien trop gentillet aux yeux des moqueurs Fred et Keith, mais un couple quand même. Il y avait eu ces filles de quatrième année qui avaient fait un pari pour sortir avec lui et cette Gryffondor de la classe de Liko et Olivia qui était bien trop âgée pour lui mais qui le draguait effrontément et Susie avait fini par songer à haute voix qu'il gagnerait à avoir une petite copine, qu'il n'avait qu'à choisir l'une de ses amies, que les autres filles arrêteraient de l'embêter avec ça. James aimait beaucoup Susie et leur rapprochement s'était fait naturellement, même si tous deux rougissaient dès que leurs mains s'effleuraient.
« Elle est trop timide et empotée. Tu devrais en choisir une autre », avait dit Fred. Louis avait pris la défense de Susie et James avait joué les arbitres. Il était attaché à Susie. Profondément, sincèrement. Il se disait également qu'il n'aurait jamais pu embrasser Alice – qu'il considérait comme une cousine – ou Nalani – qu'il voyait comme la future « madame Thomas ». Quand à Pepper... Il avait bien assez de mal à éviter les sorts que la jeune fille lui envoyait pour se moquer de son esprit chevaleresque.
– Louis dit que ça ne durera pas entre elle et moi, qu'on est amis et non amoureux.
– Et toi, qu'est-ce que tu en penses ?
– J'en ai plus ou moins parlé avec Susie, on est bien comme ça, on a décidé de ne pas trop se poser de questions.
– C'est l'intérêt de sortir avec une amie, conclut Maël avec sagesse.
Son regard s'appuya très longtemps sur Nalani, qui riait à une blague de Fred. De toutes les filles de Poudlard il n y avait qu'elle qu'il regardait ainsi et James se prenait à espérer qu'il trouve un jour « sa » Nalani.
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Il était tard. Très tard. Trop tard, selon lui. Minuit était largement passée. Le couvre-feu était entrée en vigueur depuis bien longtemps. Et Victoire était toujours Préfète-en-chef, du moins jusqu'au lendemain. Il avait envie de sonner l'alarme, de rappeler tout le monde à l'ordre, mais il passerait pour le rabat-joie de la bande, Fred se moquerait de lui, les autres riraient... Alors Louis prenait patience.
« Notre plan a été un sombre échec, pas vrai ?
Louis se laissa tenter par la Bièbraubeurre que Keanu lui tendait. Jean-Paul le suivait de près. A eux trois ils formaient « le trio des chieurs », selon Fred. Selon Louis, c'était totalement faux. Lui était sans doute trop sérieux, mais Keanu avait une belle âme, une générosité sans pareille et un grand sens de la justice. Il passait des heures à parler avec James des voyages de son enfance et de son émerveillement lorsque son père, professeur d'Histoire de la Magie, l'amenait visiter une communauté sorcière éloignée. Il s'entendait également très bien avec Nalani et Keith, tous trois formant un trio redoutable. Quant à Jean-Paul... Il n'avait jamais pu se défaire de son image de dernier sombral de la meute, bien que tous ses amis le rassurent à longueur d'années. Il était l'un des leurs, un membre à part entière de cette bande qui les ravissait. Pourtant Jean-Paul se sentait un peu à part. Il y avait les Maraudeurs de Gryffondor, le trio de Serdaigle, Oscar et Susie, les Serpentard et lui. Jean-Paul qui doute, Jean-Paul qui rougit, Jean-Paul qui écoute mais reste silencieux, calme, prévenant. Un vrai chieur, selon Fred.
Et, comme à son habitude, il attendait que Louis réponde à Keanu, qu'il donne son avis le premier, comme si son avis à lui comptait moins. Louis soupira.
– C'est évident que nous n'avons pas beaucoup avancé.
– Je ne comprendrai jamais pourquoi James a laissé tomber, reprit Keanu, songeur.
– Moi non plus, avoua Jean-Paul dans un murmure.
– Il avait ses raisons, répondit Louis.
– Il avait surtout raison, rectifia Keanu. On a eu beau continuer notre enquête, on n'est parvenu à aucun résultat satisfaisant.
– Restent les plus jeunes, songea Louis.
– Ça va ?, s'inquiéta James en les rejoignant.
Plus loin Maël faisait rire Nalani. Le voir parader comme un coq sans plume amusait Louis qui compatissait silencieusement. Maël était si maladroit qu'il lui faudrait bien plus d'un essai pour séduire l'incorruptible Nalani Jordan.
– On parlait du plan, avoua Keanu.
Le garçon brun d'origine Indienne était la franchise personnifiée. Là où Keith gaffait et ne pouvait retenir longtemps un secret, Keanu partageait la confiance de James et s'enthousiasmait avec autant de ferveur que lui.
– Je sais que vous n'avez pas laissé tomber les gars et moi non plus mais... c'est compliqué avec Albus qui les couvre et qui...
– Nous n'avons jamais été inquiétés. Toi si. Vous, les Maraudeurs, risquez gros dans cette histoire.
– Vous n'avez jamais peur de vous faire renvoyer ?, demanda Jean-Paul timidement.
– Ça ne risque pas d'arriver, soupira James avec amertume. On est des Potter, des Weasley. Ça ferait les gros titres internationaux, le Ministre ne peut se le permettre.
– Tout à fait, confirma Keanu, de loin le plus intelligent de la bande. Mais vous faire virer n'est peut-être pas la pire chose qui puisse vous arriver.
James et Keanu échangèrent un regard entendu, avant que Louis n'entraîne à nouveau la conversation vers les Serpentard de première année. Il voyait bien que ça rendait James triste mais c'était nécessaire.
– Je comptais sur eux, avoua James. Je pensais que se faire des amis comblerait Albus, qu'il trouverait auprès d'eux ce qu'il cherche auprès de Tom Zigaro. Mais...
– Personne ne peut lui apporter ce qu'il lui apporte, confirma Keanu.
– Mais... Il... Zigaro, il.. Il part l'an prochain, n'est-ce pas ?
– Oui, Jean-Paul.
– On reprend le plan l'an prochain, alors ?
La question de Keanu stoppa le temps autour d'eux. Tous leurs amis s'étaient tu, attendant la réponse de celui qui était leur leader, presque malgré lui. James les observa, les uns après les autres. La nostalgie ne tarderait pas à l'étreindre, à peine aurait-il mis un pied dans la maison de ses parents qu'il songerait à eux, ses amis, qui l'aimaient tel qu'il était.
Une nouvelle fois il lui fallait faire un choix, placer sa confiance en ses amis ou en son frère, enquêter de soir comme de nuit, au risque d'écoper de punitions à répétitions. Ils n'avaient que quatorze ans, il ne leur restait plus qu'une année d'insouciance avant les fameuses Buses qui les effrayaient déjà. Il voulait profiter de son adolescence, il voulait que tous ses amis profitent de la leur. Mais il n'oubliait pas la promesse qui le liait à Louis et à Alice. Albus, Franck, Roxanne, Rose, Lucy, Hugo et Lily comptaient plus qu'eux. Leur insouciance n'avait pas de prix.
Alors il plongea ses yeux dans les regards compréhensifs, résolus, compatissants de ses amis. La fin de la fête approchait. Le choix pouvait bien attendre.
ooOOoo
Il s'appelait Tom. Et tout le monde l'appelait ainsi. Après tout, il n y avait que lui pour s'appeler ainsi. Lui et quelques nés moldus que leurs parents avaient naïvement, ironiquement appelé ainsi.
Tom. Un prénom, un frère, une mission. Tom et son destin de martyr, Tom et sa mission, sa raison de vivre et de mourir. Entre les deux il n y avait rien d'autre. Sa mission. Rien d'autre.
Il se tenait droit et majestueux parmi ses camarades de septième année, le regard fixé sur Victoire Weasley, faisans mine d'écouter son discours soporifique de Préfète-en-chef illégitime. Bientôt les élèves défileraient sur l'estrade, les parents applaudiraient et les chapeaux voleraient. Et puis ce serait son tour, major de promotion, élève exemplaire. Il entendait déjà les sifflements des envieux et les applaudissements des conquis. Il n'avait pas peur, il n y avait rien à craindre. Il avait accompli ses premières missions avec brio, l'avenir lui tendait les bras. Un avenir clair, prévu depuis toujours, qu'il embrasserait avec succès.
Lorsque ce fut enfin son tour, il arbora son sourire d'apparence, sa démarche droite et sérieuse, drapée dans sa courtoisie légendaire et cette bienveillance qu'on lui prêtait. Un comédien dans toute sa splendeur. Il regarda la foule de badauds, gardant son étonnement en lui. Il n'aurait pas dû l'être, il aurait même dû s'y habituer. Elvis l'avait prévenu.
Tom. Elvis. Des prénoms sacrés. Des prénoms aujourd'hui oubliés de ceux qui ne gardaient en mémoire qu'un nom d'emprunt, un surnom au jeu de mot plus que douteux. Lorsqu'il avait compris sa mission, Tom s'était inquiété qu'on se méfie de lui, que ses professeurs émettent des doutes, que quelqu'un fasse le lien. C'était sans compter sur l'aveuglement volontaire de l'après-guerre, les héros d'autrefois fermaient les yeux, comme pour profiter de cette vie qui avait failli leur filer entre les doigts. Il était là, lui aussi. Le Survivant. L'Élu. Harry Potter. Ses deux bambins n'étaient pas loin mais ils n'intéressaient déjà plus Tom.
Albus avait été l'apprenti qu'il attendait, docile et rusé. Un véritable Serpentard. Il n'avait pas été difficile d'obliger le Choixpeau à lui prédire un si bel avenir, il avait été encore plus facile de manipuler Albus tout au long de l'année. Tom avait songé à mille sortilèges et potions mais il n'avait nul besoin d'introduire des idées sombres à l'intérieur de l'esprit du jeune Potter. Elles y étaient déjà, tapies dans l'ombre, dissimulées par cet air timide de bon garçon qu'il se plaisait à afficher. Un manipulateur que Tom avait pris plaisir à manipuler.
Le jeune garçon pensait avoir des qualités, des objectifs, un but à atteindre. Il pensait le vouloir, le pouvoir et même qu'aucun obstacle ne pourrait se dresser contre lui. Il ne soupçonnait pas ce qu'il était vraiment, un pantin aux idées malsaines dont Tom tirait les ficelles, à sa guise.
Oui, Albus avait été un problème vite réglé. Il restait James, bien sûr. L'idéaliste incompris, la Clef du Rassemblement. Un problème qui n'en était pas un. Tom avait eu le temps nécessaire pour monter un plan voué à la plus belle des réussites. James Sirius Potter allait bientôt souffrir. Il serait détruit, détesté de tous, suffisamment pour que sa mort soit accueillie avec soulagement. « Hors de question d'en faire un martyr », avait dit Elvis.
« Encore une fois, toutes mes félicitations, Tom. Poudlard vous remercie d'avoir été un si bon élève et un si bon préfet. Nous vous souhaitons un avenir radieux.
– Merci, monsieur le directeur. Il le sera. Je vous en fais la promesse. »
Il lui semblait que le directeur avait tiqué. Peut-être était-ce son regard, devenu soudainement froid, sa voix doucereuse, sa poigne de main qui laisse entrevoir tout le mépris que ressentait Tom pour le directeur de Poudlard.
Qu'importe, au final. C'en était fini de Poudlard. Désormais il devait suivre sa route, poursuivre sa mission, la réaliser aussi bien qu'Elvis. Lui n'avait eu aucun mal à s'introduire au ministère, devenant le meilleur apprenti Auror depuis plus de cinquante ans, coiffant au poteau le filleul du Survivant.
C'était à Tom, désormais, de s'infiltrer. Il reviendrait à Poudlard, bien sûr. On le supplierait d'y revenir et, dans sa bonté d'âme, il accepterait. Les gens étaient si facilement manipulables. Le ministère et Poudlard, deux endroits stratégiques. Mais pas tout de suite. Il fallait la jouer fine. Il fallait créer cette arme de destruction massive que nul de soupçonnerait jamais. Après seulement il reviendrait.
Alooooors ? Verdict ?
Impressions sur le petit Albus, sur l'énigmatique Tom, lâchez-vous, je prends tous les avis ! ^^
J'en profite pour vous remercier de suivre cette fic, vous êtes à chaque fois plus nombreux, ça me fait tout bizarre *-*
Enfin, un grand merci à Cat, pour sa fidélité et son adorabilité (si, si)
A très vite pour le prochain chapitre et, d'ici là, portez-vous bien !
