Par le boxer en crin de licorne de Merlin, ça faisait longtemps !
Toutes mes excuses à ceux qui suivent cette histoire, le mois de janvier est celui où j'ai le plus de boulot, je viens à peine d'émerger...
Au menu de ce nouveau chapitre : un soupçon d'Albus agrémenté d'un brin de pshychologie, une rasade de James arrosée de presse et de mystères, un odorat au poil, du sable et de l'eau. Beaucoup d'eau. Bonne lecture !
Doppelgänger
Nadia Pinperya, dite Pimprenelle, rencontra son seul et unique amour un premier avril. De nature malicieuse, Pimprenelle n'accorda de prime abord qu'une infime attention à ce jeune homme dégingandé qui bégayait dès qu'il l'abordait. Grand et maigre, d'une démarche boiteuse, son amour ne payait pas de mine. Il avançait voûté, parlait d'une voix basse et hésitante et peinait à se confier. Il ne lui avait avoué sa nature de sorcier qu'après un an de relation. « Tu ne pouvais pas mieux choisir ton cadeau ! », avait-elle pouffé. Elle n'avait pas bien compris, au départ.
Elle n'avait pas compris pourquoi ce jeune homme la fixait avec autant d'attention, pourquoi sa cour discrète mais non moins sincère la rendait si heureuse, pourquoi il était à la fois si pressé et si hésitant.
Lorsqu'ils sortaient en amoureux, sa poigne était tremblante et son autre main crispée sur sa poche qui dissimulait sa baguette magique. Lorsqu'elle l'avait amené au cinéma, la première fois, ils avaient dû sortir de la salle, sans qu'il ne lui explique pourquoi il ne supportait pas les films de guerre ni pourquoi il était soudainement devenu si grave.
La première année était passée très vite, tous deux étudiaient dans la même école d'art, en France, et leurs journées étaient denses. Mais il trouvait toujours un moyen de la toucher, avec ces petits cadeaux qu'il lui offrait sans occasion particulière et ces attentions qui la faisaient rougir.
La date arriva sans qu'elle ne songe à l'après, au sérieux de leur relation, à un avenir commun. Lui, au contraire, ne pensait qu'à cela. Bien sûr il était un élève doué, talentueux, brillant même. Mais il ne pensait qu'à eux, qu'à cet amour qui le surprenait jours après jours et aux révélations qu'il lui faudrait avouer, aux décisions qu'il devrait prendre, inexorablement.
« Je viens du même monde que toi, Nadia. » Il l'appelait toujours par son prénom et la façon qu'il avait de le prononcer rendait Nadia heureuse. « Ma mère vient de ce monde que tu connais mais pas mon père. Je ne le savais pas, avant. Je croyais que rien d'autre n'existait. Et puis, quand j'ai eu onze ans... J'ai découvert quelque chose. Je suis un sorcier, Nadia. Tu m'as demandé plusieurs fois comment était ce pensionnat où j'ai passé sept ans. Il était... magique. Dans les deux sens. Un château ancien... » Ainsi étaient nées les premières révélations. Elle avait cru, au début, qu'il lui parlait d'un nouveau projet, un livre pour enfants qu'il illustrerait, un film d'animation sur lequel il travaillerait. Et puis il avait parlé de la guerre, de comment elle l'avait détruit, de comment il avait tout perdu. « Je ne suis pas revenu passer mes examens finaux à Poudlard, je voulais retrouver ma mère, mes sœurs... Quitter ce monde où j'avais soudain si peu de bons souvenirs. Je ne voyais plus que ce que j'étais devenu, un être empli de craintes et de douleurs. »
Elle était devenue la seule à qui il acceptait d'en parler. Il le faisait peu mais sa confiance rendait Nadia fière et comblée. Il lui avait donné le choix. Il avait sorti sa baguette magique, lui avait montré ses livres d'école, son chaudron en étain, quelques photographies mouvantes. Il lui avait donné des preuves et lui avait laissé le choix. « Si, comme je le crois, tu m'aimes autant que je t'aime, nous ne resterons pas étudiants toute notre vie. Nous grandirons, je poserai un genou à terre et nous rêverons d'enfants, de grande maison et même d'un labrador. Lui sera comme toi mais nos enfants risquent bien d'être comme moi. »
Leur mariage fut à leur image. Simple et radieux. Chaque enfant qui naissait était un cadeau. Leur famille unie, leur réussite professionnelle, tout les rendait heureux. Mais la magie n'était jamais loin, bien que l'homme de sa vie tente de la tenir éloignée. Leur fils fit tomber de la neige à l'intérieur du salon à l'âge de neuf ans, sa sœur d'un an sa cadette, fit exploser la voiture des voisins, voiture que leur troisième enfant répara d'un clignement d'œil. La petite dernière, en revanche, ne possédait nul pouvoir en elle. Les sorciers disaient qu'elle était une Cracmol, lui disait que ça ne changeait rien, Marguerite était leur fille et ils l'aimaient comme leurs trois autres enfants.
Il avait fallu déménager, Nadia préférant que son fils intègre la même école que son père et non ce « Beaux-Battons » où ils ne connaissaient personne. Son mari avait contacté son ami d'enfance, un Irlandais qui était entré dans leur vie pour ne jamais plus la quitter. Il avait une fille de l'âge de leur fils et rien ne rassurait plus Nadia que de savoir que son fils ne serait pas seul à découvrir Poudlard. « On les mariera p'tet », disait l'Irlandais. Mais le fils de Nadia n'était visiblement pas de cet avis. « Elle est sympa mais c'est mieux que j'ai des copains garçons. Pour le moment. » Nadia était on ne peut plus d'accord avec son unique fils.
Les années passaient. La quiétude demeurait.
Nadia travaillait beaucoup plus depuis que trois de ses enfants étaient à Poudlard, mais, bien qu'elle soit passionnée par son travail, rien ne remplaçait à ses yeux les moments de joie sincère qu'ils partageaient. Les vacances d'été étaient, de loin, ses préférées. Bien sûr il fallait gronder leur aîné, qui rapportait autant de bons résultats que de punitions. Ils avaient moins de problèmes avec Christine, qui, du haut de ses treize ans, étaient la meilleure Poufsouffle de sa promotion. Elisa, en revanche, avait suivi les traces de son frère dès sa première année. « Une véritable lionne », disait parfois son mari avec fierté.
Un aboiement la tira de sa contemplation. Son mari et ses enfants jouaient au soccer, dans le jardin familial et Titus semblait vexé de ne pas avoir été convié par ses maîtres.
– Viens, mon beau, sourit Nadia en plongeant ses doigts dans le pelage sable du labrador. Ils sont ingrats et nous sommes d'éternels incompris.
Les rires de cinq Thomas raisonnèrent bruyamment et Dean lui lança « le » regard, celui qui l'avait fait fondre, voilà près de vingt ans.
Il lui avait laissé le choix. Elle n'avait jamais regretté de l'avoir choisi lui.
ooOOoo
« Tout va bien mon chéri ? »
Maël soupira et, pour toute réponse, posa brusquement le journal sur la table. « Harry Potter nous parle de son véritable Héritier », titrait la Gazette.
– Ils disent encore des bêtises sur James ?, se soucia Nadia.
Si Dean restait mesuré quant à cette profonde amitié qui unissait leur fils à celui du héros national, Nadia s'en réjouissait. Elle avait rencontré James et celui-ci lui plaisait bien. Poli, adorable, intelligent, il semblait loyal envers Maël et sincère dans leur relation, c'était tout ce qui comptait aux yeux de Nadia.
– Son père parle à peine de lui, comme d'habitude, grogna Maël.
Une solidarité sans limite unissait les deux jeunes garçons, leur amitié avait évolué de façon naturelle et, si Nadia entendait de plus en plus souvent parler d'autres amis à Gryffondor, Serdaigle et à Poufsouffle, elle savait que son fils n'avait et n'aurait toujours qu'un seul meilleur ami.
ooOOoo
Nadia et Maël Thomas l'ignoraient mais une autre famille prenait son petit déjeuner, un exemplaire de la Gazette posée au centre de la table. Albus l'avait à peine survolée, son père leur avait tout expliqué de cette interview qu'il avait accordée au sujet de ses enfants. « Je ne supporte pas qu'on mettre en doute ta bonté, Albus. », avait-il confié à son fils. La Gazette avait d'ailleurs agrémenté l'article de citations du Survivant qui s'étalaient en grand : « le meilleur garçon au monde » « le Choixpeau aurait envisagé d'envoyer le Survivant à Serpentard » et quelques autres phrases choc qui faisaient que la Gazette dressait désormais le portrait d'un Albus bon et généreux qui avait à cœur de redorer le blason de sa maison et de lutter contre intolérances et injustices.
« … Le fait que le Survivant ne veuille aborder le sujet de son fils aîné est-il en lien avec le portrait injuste que nous avons tous dressé de son frère ? Rien n'est moins sûr. Arguons que dans sa générosité, le plus jeune pardonne au plus âgé, un garçon qui n'a pas encore prouvé qu'il était à la hauteur de son statut d'héritier. »
James replia le journal avec soin, encore blessé par la dernière phrase du journal. Il avait pris l'habitude de ce type d'articles tout comme il s'était habitué à voir tous ses faits et gestes relatés dans la presse pendant des jours. Il savait qu'on le comparerait toute sa vie à son père. Mais, bêtement, il s'était imaginé qu'il n'en serait de même avec son frère.
Il plongea ses yeux dans les deux émeraudes qui le fixaient. Albus n'eut pas l'ombre d'une réaction. Hier, il aurait été gêné, compatissant. Peut-être même triste. Demain il le serait sans doute. Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui il était en mode « face ».
ooOOoo
Un cercle doux et froid relié à une fine chaîne en argent. Un vieil objet qui lui avait tapé dans l'œil dans la vitrine d'une brocante. Son père avait voulu le récompenser des efforts fournis lors de sa première année à Poudlard et Albus avait choisi cette veille médaille. Ce n'était pas un objet magique, Harry s'en était assuré, seulement un cercle à deux faces, la dorée pour les bons jours, l'argentée pour les autres. Pas les mauvais, non. Les autres.
« Je ne sais pas qui je suis, avait-il dit à James. Des fois j'ai envie de jouer avec toi, de t'aimer et de plaisanter et des fois j'aimerais que tu n'aies jamais existé.
– Élisa, Christine et Marguerite disent la même chose de Maël, c'est des trucs de frères et sœurs, c'est...
– Cesse de me comparer aux autres, James. Je ne suis pas comme toi. Je suis unique.
– Tout le monde est unique.
– Ça voudrait dire que personne ne l'est. Tu sais très bien que c'est faux. Notre père est un héros, il a accompli son destin. Et je veux accomplir le mien. »
James avait tout d'abord cru qu'il s'agissait d'ambition. Une ambition compréhensible, justifiée par le passé de leur père et les responsabilités qui pesaient en toute illégitimité sur leurs frêles épaules. Mais Albus n'était pas seulement ambitieux, il alternait les moments où il était bon et généreux avec un tempérament acerbe, volontairement froid et calculateur.
James avait alors eu peur que son frère devienne schizophrène. Il avait longtemps hésité avant d'en parler à quelqu'un et son choix s'était finalement fixé sur Luna Scamander, meilleure amie de sa mère et marraine de sa sœur. Luna l'avait écouté bien attentivement et en avait touché deux mots à Ginny et Harry. James avait été puni une semaine, ne sortant de sa chambre que pour subir discours déçus et repas maussades.
Albus, lui, avait négligé l'idée. Il avait néanmoins accepté de se plonger avec son frère dans quelques grimoires appartenant à leur tante Hermione, lors des journées pluvieuses qu'ils passaient chez les Weasley. Rose les observait avec ce qu'elle croyait être de la discrétion, sa moue dubitative suivant le fruit de leurs recherches.
Non, Albus n'était pas schizophrène. Il était ambitieux. Une ambition exacerbée, poussée à son paroxysme. James parlait également d'ambivalence affective, de personnalité inostensible, de concepts à leur portée qui les effrayaient assez pour ne pas tenter les grimoires de l'étage supérieure. James et Rose paniquaient légèrement, affirmant qu'il fallait en parler aux adultes, peut-être même suivre une petite thérapie, ce à quoi Albus répondait par la négative. Il se sentait en accord avec lui-même, il n'avait besoin de rien.
« Et puis... Entre ta mère qui ne t'écoute jamais, Rose et toi, James, qui n'est écouté par personne... Qui vous croirait ? Personne. Alors que moi... Il me suffit de mettre un vieux pull de papa et d'humidifier un peu mes yeux et tout le monde me mange dans la main. Même ta mère, Hermione. »
A contre cœur Rose lui avait donné raison. Que pouvait-elle faire de plus ?
– J'ai quand même besoin de m'assurer que tu vas bien, Al, s'opposa James. Tu es mon frère.
James et son amour sans limite. James et son besoin de protéger son petit frère. Soit. Albus était dans un bon jour. Un jour « pile ».
– Tu vois cette médaille ? Pile, annonça-t-il, faisant pivoter la face dorée. Dans ces moments-là je serais cet Albus que vous connaissez.
Hélas les jours « pile » étaient suivis de jours « face » où Albus se montrait différent. Renfermé, taciturne, acerbe. Ces jours-là il ne rechignait pas à suivre les plans transmis par les frères Zigaro aux Basilics toujours en place à Poudlard, ces jours-là Albus laissait James se faire punir à sa place, ces jours-là Albus ne laissait aucune place à ses sentiments. L'affect prédominant d'un côté, l'intellect omniscient de l'autre. Un Yin et un Yang. Une pièce aux deux faces bien distinctes. Un Doppelgänger.
ooOOoo
« Salut Albus ! ça...
La voix de Natasha Kandinsky resta en suspend, alors qu'Albus poursuivait son chemin sans même un regard pour elle.
– Qu'est-ce que j'ai dit ?, s'étonna-t-elle. Vous vous êtes disputés ? Tu ne lui as même pas dit bonjour...
Rose soupira. James et elle avaient bien réfléchi à la question, avant la rentrée, mais ils n'avaient trouvé aucune solution. Que pouvaient-ils dire aux gens ? Comment pouvait-elle expliquer à sa meilleure amie que son cousin était dans un jour « face » et que la simple vision de la face argentée de son pendentif anéantissait toute possibilité d'échange ?
Heureusement pour Rose, Natasha était sensible, intuitive et perspicace et, si le manque de chaleur d'Albus à son égard l'avait rendue perplexe, elle se contenta d'aborder leur premier cours de Sortilèges et la difficulté que semblaient éprouver leurs condisciples à réaliser un enchantement que toutes deux maîtrisaient déjà avec brio.
– Conservons cette avance, proposa Rose en se dirigeant vers la bibliothèque, nous aurons un aval sur eux lorsque les Buses arriveront. Et Merlin sait qu'elles arriveront très vite. »
Alors que toutes deux entraient dans l'antre du silence – comme aimait à l'appeler James -, celui-ci sortait justement du sacro-saint lieu du savoir.
« Salut les petites rates !
– Diantre, le roi des potirons en personne !, s'exclama Natasha en réprimant un sourire.
– Effectivement, affirma James en gonflant la poitrine.
– Es-tu réellement fier d'être un potiron ?
– Mieux vaut être un potiron, le roi des potirons qui plus est, qu'une toute petite rate, plaisanta-t-il.
– Le rat est l'animal le plus intelligent qui...
– Je pensais que c'était l'abeille, songea James tout haut. Le potiron fait d'excellentes soupes !
– Tu n'es qu'un ventre, répondit Natasha d'une voix volontairement dédaigneuse.
– L'influence de mon oncle Ron, rigola James en un clin d'œil pour Rose.
– Ne m'en parle pas, râla Rose en tâtant son ventre d'un air inquiet.
– Tu es parfaite telle que tu es, la rassura Natasha.
– Pour une fois nous sommes parfaitement d'accord, conclut James. Votre rentrée s'est bien passée ?
– Tout allait très bien avant que tu ne pollues le seule lieu respirable de Poudlard.
– Respirable ? La bibliothèque ?
– C'est évident puisque c'était jusqu'à aujourd'hui le seul endroit où tu ne mettais jamais les pieds !
– Je vois que vous avez repris les vieilles habitudes, soupira Irina en les rejoignant.
– Salut Irina !, s'exclama James. Juliet te passe le bonjour ! On s'est vus cet été, elle est venue passer quelques jours à Londres.
– Qui est Juliet ?, s'étonna Natasha.
– Tu es toujours en contact avec elle ?, s'étonna Irina à son tour.
– Bien sûr !, rétorqua James. Tu pensais vraiment que j'allais arrêter de lui parler ?
– C'est une ancienne Serpentard. Et elle est partie depuis plus d'un an...
– Juliet est et restera toujours mon amie. Comme toi, ajouta-t-il après quelques secondes d'hésitation. »
Natasha Kandinsky eut beau tenter de tirer les veracrasses du nez de sa sœur, Irina resta muette quant aux raisons qui l'avaient poussée à se prendre d'amitié pour le jeune homme et à subitement cesser de le fréquenter. Si elle en avait eu le courage, elle lui aurait répondu la vérité, qu'ils étaient trop différents, que jamais un prince à qui tout était dû ne se prenait d'amitié pour une fille sans argent, sans célébrité et sans ambition. C'était ainsi dans les contes et Irina avait décidé qu'il en était de même dans la vraie vie. Après tout, James s'était entouré de jeunes tels que lui, beaux, brillants, célèbres, des fils et des filles de.
Irina n'avait rien à faire parmi eux. Oui, elle aurait pu dire toute cela à Natasha. Mais Irina n'était pas courageuse. Pire, elle n'avait pas le courage de Natasha. La plus jeune n'avait pas hésité, elle s'était accrochée et avait fait fi des différences qui l'opposaient à la fille de qu'était Rose.
Lorsque les Kandinsky s'étaient frayés un chemin parmi la fourmillière qu'était devenu la voie 9 ¾, Natasha avait retrouvé le sourire en même temps qu'elle retrouvait Rose. Irina, elle, n'avait salué personne. Elle avait bien croisé quelques camarades de dortoir mais Solenne attendait Nalani et cette dernière courrait après James et son meilleur ami, les oreilles entourées d'une épaisse fumée rose.
ooOOoo
Albus n'avait jamais vraiment su qui il était. Bien que ses parents ne lui aient jamais rien confié de leur terrifiant passé, Albus s'était renseigné, Albus avait mémorisé, Albus avait compris. Bien plus tôt que son frère aîné.
C'était lui qui avait hérité des prénoms de leur grand-père et du parrain de leur père lui qui avait des amis, un balai et des filles qui lui tournaient autour.
Albus, lui, était « comme son père ». Même gabarit, mêmes yeux, même comportement. Du moins aux yeux des autres. Il était celui qu'il fallait protéger, celui qui deviendrait quelqu'un, qui serait un grand homme. Il était celui que l'on n'oublierait jamais. Plus tard, dans cent ans, qui se souviendrait de James et de Lily ? Personne. Albus, lui, resterait dans l'histoire. « Comme son père ».
Il avait été élevé ainsi, on ne lui avait jamais rien reproché, on ne lui avait jamais trouvé aucun défaut, on le dépeignait comme le parfait petit garçon qui faisait la fierté de ses parents et la joie de sa famille.
Voilà pourquoi Albus Severus Potter ne supportait pas cette nouvelle étiquette que les gens collaient sur sa cape prestigieuse, voilà pourquoi il voulait que cette mascarade prenne fin. Son père avait donné une interview, son frère cessait de respirer dès qu'ils se croisaient, mais ce n'était pas suffisant. Rien n'était suffisant. Albus voulait plus. Albus voulait tout.
Ce n'était pas à lui de changer. Ses idées, il les garderait bien au chaud, et ne les partagerait avec personne. Il n'était pas comme Lily, qui répétait tout ce qu'elle apprenait à Lorcan Scamander il n'était pas comme James, qui partageait savoir et bêtises avec ses nombreux amis il n'était pas comme son père, qui n'avait aucun secret pour Ron et Hermione. Albus songeait parfois à la bêtise de son entourage proche. Quelle personne intelligente confiait ses plus intimes pensées à des gens qualifiés d'amis, au risque de se faire trahir ? L'amitié n'avait aucune valeur à ses yeux. Bien sûr, il lui faudrait se trouver quelques « amis », il en allait de sa couverture et de la bonne réalisation de ses projets. Son choix s'était porté sur Jalil, Benoit et Sally. Ils s'étaient désignés d'eux-même et étaient parfaits pour le rôle. Crédules, manipulables, bien loin des véritables Serpentard de cœur, rusés et malins. Ils auraient pu rejoindre une autre maison et créaient des affinités avec leurs camarades de Serdaigle, Poufsouffle et Gryffondor. Exactement ce dont Albus avait besoin. Il serait plus facile de se rapprocher de ses anciens amis. Franck et Roxane, à Gryffondor, Rose et Natasha, à Serdaigle. Il lui faudrait trouver un Poufsouffle, mais ce n'était pas urgent. Il avait un fils de professeur, deux filles de célébrités et une née-moldue, cela lui suffisait pour le moment.
Ils étaient trois enfants. Ils étaient deux fils. Deux héritiers. James avait eu son temps, il en avait déjà trop perdu. Pourtant c'était à lui que l'on souriait, c'était lui que l'on encourageait avant un match, lui que l'on félicitait après un exploit. Contre toute attente, la répartition d'Albus à Serpentard avait donné à James un nouveau statut. Celui de « vrai-fils », de digne héritier. Mais cela ne durerait pas. Harry Potter ne pouvait avoir qu'un seul héritier légitime. Il en avait toujours été ainsi. Il s'était toujours agi d'Albus.
Albus Severus Potter regarda son frère rire, entouré de ses amis et de ces filles qui tentaient de le charmer. Il lui laisserait un jour ou deux de répit, le temps de mettre en œuvre son plan. Et puis, fatalement, il le ferait tomber de son trône. Il aurait pu se satisfaire de redevenir le fils prodigue, le meilleur, le digne. Mais pour qu'il puisse briller totalement, il fallait chasser James de la lumière. Il n y avait de place pour eux-deux. Albus avait fait son choix. Ce serait à son frère de se sacrifier.
Albus retira sa médaille argentée avec délicatesse et l'accrocha comme chaque soir, près de son lit. L'objet était devenu son objet fétiche, un talisman dont seuls James et Rose connaissaient l'existence et le sens. Un objet qui lui permettait de ne jamais oublier qui il était, de ne jamais laisser une part en lui prendre le dessus sur l'autre.
ooOOoo
Le couvre-feu était en vigueur depuis une heure, pourtant il était loin d'être seul dans les sombres couloirs de Poudlard. Combien de fois était-il sorti tard le soir, combien de fois avait-il fait fi du règlement de l'école ? Rien ne changeait vraiment, il y avait toujours le stress, l'adrénaline, le soupçon d'orgueil et la peur qui lui tordait le ventre. Non, malgré les années, rien ne changeait, si ce n'était l'autorisation pliée en quatre dans sa poche.
A mesure qu'il avançait vers les portes du château, James se replongea un an en arrière.
Pourquoi s'était-il retrouvé en retenue ce soir-là ? Il l'ignorait, il y avait tant de farces à créer, tant d'aventures à mener... Mais le fait est qu'il s'était retrouvé dans le bureau de son directeur de maison, seul. Le professeur Glacey avait déclaré vouloir les voir un par un pour qu'ils cessent « votre solidarité puérile, messieurs, vous n'êtes plus des enfants ! ».
Lorsqu'ils s'étaient retrouvés l'un assis en face de l'autre, le professeur Glacey s'était aperçu que James n'allait pas bien. Oubliant temporairement l'objet de leur rencontre, ils avaient abordé le sujet des frères Zigaro et des doutes de James. Celui-ci était alors prêt à tout pour protéger son frère de Tom Zigaro.
- Avez-vous des preuves ?
- Plutôt des certitudes. Comme une sorte d'instinct.
- Je vois, soupire le professeur Glacey, songeur, liant ses mains sur son ventre et prenant appui contre le dossier de son fauteuil de velours pourpre. Ce mot revient plusieurs fois dans votre discours, Potter. L'instinct. Voilà qui m'amène à changer votre punition.
James avait baissé la tête, penaud, prêt à prendre les responsabilités de ses actes, de ses dires, de ses pensées. Or, il se méprenait, le professeur Glacey lui demanda l'autorisation de tester quelques sortilèges sur lui. Surpris et confiant en son professeur, James accepta. Il s'agissait de sorts informulés mais James n'avait pas peur, il avait beau frissonner et sentir des sensations étranges au plus profond de lui-même, il laissa son professeur finir ce qu'il avait commencé. Jusqu'à ce que celui-ci esquisse un sourire satisfait.
- Je souhaiterai vous voir jeudi soir, Potter. Vous vous entendez bien avec monsieur Jordan, n'est-ce pas ?
- Oui, professeur, nous sommes amis. Enfin, je crois.
- Allez le voir et dites-lui, discrètement, le mot suivant : truffe. Et libérez-vous jeudi soir. C'est compris Potter ?
- Oui, professeur.
- Vous ne posez pas de question ?, s'était étonné Robert Glacey.
- Je devrais ? Je vous fais confiance, professeur.
- Bien. Merci, Potter. Au fait… Pas un mot à qui que ce soit hormis monsieur Jordan, c'est bien compris ?
Il n'en avait parlé à personne et, le jeudi suivant, avait marché côte à côte avec un Liko à la mine étonnement sérieuse.
– Je dois m'inquiéter ?, lui avait demandé James.
– Non, mec. Mais je préfère rien te dire, vaut mieux que Gash et Glacey...
– Le professeur Gash sera là, lui aussi ?, avait coupé James, effrayé.
Pas qu'il n'apprécie pas son professeur de défense contre les forces du mal, James était un très bon élève et son professeur était tout aussi exigeant qu'intègre, mais l'idée de passer sa soirée avec deux professeurs n'enchantait guère le jeune homme.
Ses craintes n'avaient pas duré, Liko l'avait mené vers la cabane de Hagrid, ils avaient été rejoints par deux Serdaigle, une Poufsouffle et un Serpentard et le professeur Glacey avait pris James à part.
« Une panthère, avait-il dit en désignant Liko. Un singe, une mouette, un reptile pas encore identifié et un futur rongeur.
James avait trouvé cette entrée en matière bien peu commune. Il s'était même demandé si son professeur était sain d'esprit. Et puis un doute s'était instauré en lui. Un doute en lequel il voulait croire.
– Sous-entendez-vous ce que je crois, professeur ?
– Vous êtes un Animagus en devenir, monsieur Potter. Vous avez le gêne et le don mêlés et, si vous travaillez dur, vous deviendrez un Animagus confirmé. »
Voilà comment James s'était retrouvé à suivre des cours particuliers deux fois par semaine. Voilà pourquoi il avait obtenu une autorisation exceptionnelle. Voilà pourquoi il rentrait parfois si tard le soir, fourbu et affamé. Pourtant il ne regrettait rien et n'aurait arrêté son apprentissage pour rien au monde. Rarement il avait éprouvé tant d'intérêt et de plaisir et, si ces cours particuliers l'épuisaient parfois un peu trop, il n'aurait échangé sa place pour rien au monde.
Il n'en avait parlé à personne et avait dû ruser pour poursuivre son apprentissage durant les deux mois de vacances estivales qui l'avaient séparé de Poudlard.
Il n'avait éprouvé nulle envie de se confier à ses parents. Il était plus éprouvant, pour lui, de dissimuler un tel secret à ses meilleurs amis.
Il progressait lentement, parfois trop peu à ses yeux, mais ses professeurs étaient satisfaits de ses efforts et, s'il n'avait pour le moment nulle idée de son animal « totem », comme il aimait à l'appeler, il sentait déjà son corps se métamorphoser et acquérir de troublantes aptitudes. Lors des cours qui se déroulaient en extérieur ou lors des entraînements, il lui arrivait de humer l'air frais et de savoir à l'avance ce que les elfes leur serviraient au dîner. L'odeur du bœuf séché, même à plusieurs dizaines de mètres, n'avait son pareil pour faire frétiller ses papilles et le parfum de l'unique edelweiss, qui poussait sur la petite montagne de l'autre côté du lac avait le pouvoir de hérisser le moindre de ses poils. Ces changement, bien que futiles, le faisaient sourire, il aurait seulement voulu les partager avec ses amis.
Les chassant à regret de son esprit, James se concentra sur l'environnement qui l'entourait, fermant les yeux, humant les parfums de la nuit, écoutant la moindre feuille fendre la brise et effleurer le sol, la sève couler le long des Saules Rieurs, le vent du Nord effleurer les cimes des arbres les plus reculés de la forêt.
« Que ressentez-vous, monsieur Potter ?
Toujours la même question. Plusieurs fois par « cours ». Une question à laquelle il devait répondre sans réfléchir, alors qu'il rêvait tout bonnement de se sentir différent, de se sentir « devenir » un autre, de sentir son double animal prendre le dessus.
– Le professeur Hagrid a préparé une tourte aux limaces géantes et aux champignons, marmonna James en réprimant un haut-le-coeur.
Rubeus disait pourtant que ses tourtes étaient délicieuses, il avait même joué un tour à James, lui faisant goûter un bout de sa fameuse tourte, lui faisant croire qu'elle était garnie de cuisses de Botrucs, mais rien n'y faisait, James avait été malade toute la nuit et, depuis, la simple odeur des limaces rôties l'écoeurait.
– Le professeur Londubat a rempoté les lianes de Floride et les arbustes inversés d'Ouganda.
– Votre odorat s'est encore étoffé.
– Hum, grogna James.
C'était un peu comme avoir l'envie de parler avec un ami très proche mais de ne pas pouvoir le voir, c'était comme s'il était tout prêt mais qu'aucune interaction entre eux n'était possible. C'était frustrant.
C'était ni plus ni moins qu'un échec de plus.
« Ne soyez pas trop pressé de vous dévoiler, James, j'ai connu un élève, bien plus âgé que vous, qui a abandonné son apprentissage en découvrant qu'il était à demi-libellule.
– Ca doit pourtant être génial ! Voler, tout ça...
– Il voulait être un loup, soupira le professeur Glacey, laconique. »
James l'observa rejoindre ses appartements et revint sur ses pas. Il avait pris l'habitude de ne pas prendre le chemin direct depuis que Fred sortait tard le soir pour le rejoindre. James avait beau dire à ses amis qu'il passait ses soirées avec Susie, ce n'était nullement une bonne excuse pour Fred qui s'impatientait de reprendre leurs petites escapades nocturnes. Emprunter différents chemins permettait également au jeune Potter de découvrir moult passages secrets qu'il faisait mine de découvrir à nouveau lorsqu'il y entraînait ses meilleurs amis. Il pouvait désormais rejoindre le sixième étage en caressant le crâne de la gargouille de l'aile ouest du rez de chaussée, ce qui lui faisait gagner beaucoup de temps.
Il rencontrait souvent quelques élèves, des préfets à qui il devait montrer l'autorisation signée de son directeur de maison, des fraudeurs habitués comme lui à arpenter le château de nuit, quelques couples enamourés qui ne faisaient attention à lui et...
« Malefoy. Tu es bien loin de ta salle commune. Tout va bien ?
– Potter.
Les deux perles d'acier le scrutèrent le temps d'un instant. Deux perles éreintées, entourées de sombres cernes. James retint un soupir, il savait pourtant que, bien qu'ils qu'aient pris l'habitude de se saluer cordialement, il y avait comme une barrière dressée entre eux deux.
Une barrière dressée par leurs pères, par Albus, par le reste du monde. La preuve, lorsque Scorpius avait été blessé, quelques semaines auparavant, certains élèves ne s'étaient pas gênés pour accuser James. Nulle preuve ne les animait et, James avait beau répéter qu'il avait passé la journée en cours et qu'il n'en avait séché aucun, « c'est pareil, ça aurait pu être toi, tout le monde sait que vos pères étaient ennemis, c'est normal que vous le soyez à votre tour. »
Nulle inimité entre eux, pourtant. Ils se croisaient deux à trois fois par semaine, tard le soir et avaient fini par ne plus s'ignorer. Parfois James s'adossait près de la salle de musique, écoutant attentivement les mélodies tortueuses de Scorpius, parfois ils se rencontraient aux cuisines, tous deux affamés par leurs activités nocturnes.
– Je vais très bien, je te remercie. Bonne soirée.
– Attends Scorpius...
James ferma les yeux quelques secondes. Il n'avait rien contre le jeune homme et s'assurait parfois de son flair grandissant que celui-ci ne rencontre aucun préfet mais ce soir-là... Il n y arrivait pas, l'odeur du sang était bien trop présente.
– Tu es blessé ?
Scorpius passa nerveusement la main sur son bras. Il était soudain plus pâle encore que d'ordinaire.
– Je ne vois pas de quoi tu parles.
Sa voix n'était pas aussi ferme que l'aurait voulu le jeune Malefoy, sa démarche pas aussi assurée qu'il l'aurait fallu et puis, bien sûr, puisqu'il ne pouvait rien faire d'autre, il appuya son regard sur la pierre. Suffisamment longtemps pour que James suive son regard. Et lorsque Scorpius hocha la tête, il sut que James ferait ce qu'il attendait de lui.
ooOOoo
« Une lettre, répéta Louis, perplexe.
– Un « W », oui, lâcha James, quelque peu énervé. »
Voilà une heure qu'ils répétaient les mêmes phrases, et toujours pas le soupçon d'une idée...
– C'est maigre comme piste, soupira Louis.
– C'est nul tu veux dire, grogna Fred.
– Peu importe, balaya Alice. Comment t'es tombé dessus, d'ailleurs ?
– Par hasard, bafouilla James, mal-à-l'aise.
– Ce n'est pas le plus important, intervint Mael. James dit qu'il est en relief et qu'il n'a pas exactement la même couleur que la pierre, c'est sur ça que nous devons nous concentrer.
James le remercia d'un sourire. Il n y avait que Maël pour comprendre quand James tentait de leur dissimuler quelque chose, il n y avait que lui pour ne pas le lui reprocher.
– Je pense qu'il a été rajouté, qu'il n'est pas d'époque. Quand ? Comment ? Pourquoi ? Par qui ? Aucune idée...
– On devrait aller voir, proposa Fred.
– Il est tard. On ira demain matin, tempéra Louis.
– T'es un trouillard, Weasley, ricanna Fred.
– Et toi un crétin !
– Les gars...
– On va y aller tous les deux, trancha Alice en se levant. Tu viens ?, insista-t-elle.
– Et moi ?, bouda Maël.
– James et moi formons une équipe. On va pas former un nouveau trio d'or, Thomas, mets toi ça dans la tête.
– Ça ne m'a jamais effleuré l'esprit, Londubat. Mais tu n'es pas la seule à marcher avec James. On y va quand, mec ?
– Demain, trancha James.
James était rassuré que ses amis prennent au sérieux ses inquiétudes, sans pour autant qu'ils leur en disent plus sur les raisons de sa découverte, pourtant, dès le lendemain venu, il déchanta.
– En quoi tu vois que ça a été rajouté après ?
– Les nuances de couleur ne sont pas les mêmes, tu le vois bien.
Fred haussa les sourcils, sceptique. James paniquait quelque peu, comment pouvait-il convaincre ses amis d'une chose qu'il avait vue seulement grace à ses aptitudes d'Animagus en devenir ?
– C'est vrai, confirma Maël qui avait les yeux rivés sur le « W ». C'est très subtil mais c'est vrai. Le « W » est à peine moins soutenu que le reste, de quoi le rendre plus mystérieux encore.
– Le relief est à peine visible lui aussi, nota Louis, à genoux à côté de son ami. On le perçoit à... Non ! Maël ! Ne fais pas ça !
La main de James se referma sur le poignet de son meilleur ami, l'attirant en arrière.
– Je sais que c'est tentant mais on ne sait pas ce qu'on trouvera de l'autre côté. Peut-être un simple raccourci, peut-être un passage secret de plus, mais en attendant...
– Comment le savoir si on n'y va pas !?, s'énerva Fred. On est seuls, ok ? On s'est pas trimballés les Serdaigle qui voudraient tout analyser ni les trouillards de Poufsouffle, on...
– Tu es injuste, coupa James. Nos amis...
– … ne sont pas là ! On est entre lions, là, alors faisons honneur à notre maison !
– Fred, non !
Le cœur battant à tout rompre, il vit le doigt de son meilleur cousin effleurer les barres du « W ».
ooOOoo
Il ne sut où il était vraiment. Il crut faire une attaque lorsqu'il s'aperçut qu'il était seul, que ses amis avaient disparu et que Poudlard n'était plus qu'un lointain souvenir. Le sol qu'il foulait était fait de sable épais qui s'échouait dans l'eau marine qui l'entourait. Maël Thomas se trouvait au beau milieu d'une île, elle-même située parmi des dizaines d'autres.
Malgré l'incongruité de la situation, Maël ne paniqua pas. Partout autout de lui se dessinaient des « W », signes que tout cela n'existait pas réellement, qu'il était là pour une raison bien précise et qu'il finirait par s'en sortir. Il avait davantage peur pour ses amis, sûrement éparpillés quelque part. Eux étaient sans doute moins sereins que lui, eux n'avaient jamais entendu Dean Thomas assurer que « là où te mène Poudlard, nul ne peut t'atteindre. Poudlard protège chacun de ses élèves, Poudlard est fidèle, Poudlard ne t'abondonnera jamais. »
Bien sûr, le « W » avait été ajouté par une tierce personne mais Maël avait suffisamment foi en Poudlard pour ne pas paniquer.
Il ne déchanta nullement, traversant ce lieu inconnu précausieusement pendant des heures. Et puis, au moment où le doute commençait à le gagner, il vit sable et eau disparaître. Et le sourire rassurant de Louis remplaça cette lumière qui l'aveuglait depuis des heures.
Louis et Alice n'avaient jamais quitté Poudlard. Louis, car il s'était éloigné de ses amis avec hâte dès qu'il avait vu Fred appuyer sur la lettre et Alice car James avait eu suffisamment de réflexe pour l'envoyer au loin. Pourquoi ne s'était-il pas sauvé lui-même ? Maël s'en voulait presque de se poser la question. James n'était pas de ceux qui sauvent leur peau au détriment des autres, surtout lorsqu'il s'agissait de ses amis proches.
Louis avait eu la présence d'esprit d'informer leurs amis de la mésaventure qui leur avait coûté trois cent points en moins pour Gryffondor et dix retenues chacun. Maël, Fred et James avaient râté trois cours mais s'avouaient plutôt satisfaits de rentrer sains et saufs au bercail.
Chacun avait gagné un lieu différent, un lieu qu'ils avaient décrit à leurs amis et, après plusieurs semaines de recherches intensives, Maël avait compris qu'il avait été « amené » dans l'Archipel de Wa, autrement appelé le Royaume des Oubliés. Les illustrations qui peuplaient les grimoires consacrés aux légendes sorcières décrivaient ce lieu de façon bien plus austère qu'il l'aurait cru, et, s'il avait avoué la vérité à son meilleur ami, il avait laissé les autres croire qu'il avait traversé une terre terrifiante au péril de sa vie dès qu'il avait vu la compassion et l'admiration naître dans les yeux de Nalani.
« Tu as été très courageux », avait-elle répété. Trois fois. Et le cœur de Maël avait fait trois bonds.
Bien sûr il en avait été de même pour Fred qui assurait à qui voulait bien l'entendre qu'il avait affronté des créatures dangereuses dans l'univers médiéval qu'il avait traversé.
James, enfin, demeurait perplexe. Et soucieux. Il avait été « transporté » dans une étrange contrée qui semblait en tout point au Walhalla, royaume de la magie Nordique dont il avait lu avidement les informations dans son manuel d'Histoire de la Magie.
Il avait avoué à ses amis avoir eu « la trouille de ma vie » et avait passé des heures à rechercher ses amis, en vain.
– C'était comme si je n'existais pas vraiment, je marchais et je voyais des gens agir, parler, vivre, mais personne ne me voyait.
– Un peu comme si tu étais mort ?, demanda Keith les yeux exorbités.
Il reçut deux coups de coude peu discrets de la part de Nalani et Keanu mais n'en eut cure. Il s'agissait de James, un ami proche qui ne lui reprochait jamais la moindre de ses gaffes.
– C'est ça, confirma James, blanc comme neige. Mais je crois surtout que c'était comme un rite initiatique. Un test. Une épreuve à passer. Je n'en suis pas sûr mais...
– Il va falloir creuser là-dessus, lâcha Louis avec sérieux.
– Vous pensez que ça a un rapport avec les Zigaro ?, demanda Susie en se blotissant dans les bras de James.
– Sûrement, approuva Keith.
– Ca me paraît évident, cracha Alice. Vous avez tout oublié ou quoi ? T'es certain que tu veux marcher avec eux ?
Maël observa l'échange de regards en retenant son souffle. Il avait foi et une confiance inébranlable en son meilleur ami mais Alice... Alice avait ce pouvoir sur James, cette facilité... Elle ne le faisait pas méchamment, n'était animée d'aucune mauvaise intention, mais elle parvenait facilement à lui faire faire tout ce qu'elle voulait. Il relisait ses devoirs de Métamorphoses et Sortilèges, travaillait une nuit par semaine sur la Botanique avec elle, parce qu'elle ne voulait pas décevoir son père et l'écoutait pendant des heures se plaindre de ses camarades de dortoir. Lorsqu'elle se disputait avec l'une d'entre elles c'était James qui, tel un frère, arrangeait la situation. Yelena commençait à bien les connaître, elle appréciait sincèrement Alice et avait développé des liens solides avec James sur le terrain de quidditch Filippa était de ces filles qui adoraient plus que tout la célébrité, Rita était de bonne composition, sociable et diplomate et Dona... Elle avait plus qu'un faible pour James.
James passait tout à sa meilleure amie. Il n y avait qu'un seul sujet sur lequel ils étaient en désaccord, un seul sujet pour lequel il n'acceptait pas de courber l'échine.
– Je ne marche pas avec eux, nous marchons tous ensemble. Ce n'est pas nouveau, Alice, ça fait plus de quatre ans que c'est ainsi et ça ne changera jamais. Du moins, je l'espère.
Maël laissa l'air s'écouler librement hors de lui. Le ton de James, sans être dur, était ferme et assuré. Alice eut beau marmonner dans sa barbe, nul n'y prêta attention, sauf peut-être Keanu qui leva les yeux au ciel, autant exaspéré qu'amusé par la réaction de la jeune lionne. La réponse de James ne semblait pas non plus réjouir Fred mais celui-ci se contenta de croiser les bras et de détourner les yeux.
Tous les autres arboraient le même air soulagé, aventureux, déterminé. Maël s'autorisa à sourire, se plongeant comme ses amis dans des souvenirs qu'ils partageaient. Des souvenirs pourtant effrayants mais qui avaient le mérite de souder leur amitié. A tout jamais.
ooOOoo
Près d'un an s'était écoulé. A l'époque, les amis de James en avaient marre d'être les seuls à se méfier des frères Zigaro et avaient intensifié leurs recherches, allant même jusqu'à suivre le plus jeune des deux frères.
A l'époque personne à part eux ne doutait de Tom Zigaro. A l'époque, Tom Zigaro était un préfet-en-chef brillant, apprécié, lavé de tout soupçon. A l'époque, Tom Zigaro était un élève de Poudlard. Et puis la fin d'année était arrivée, Tom avait passé ses Aspics avec brio et avait quitté Poudlard. La petite bande pensait alors ne plus revoir le jeune homme avant longtemps.
Keanu les avait tous étonnés lorsqu'il leur avait murmuré avoir cru apercevoir Tom et Elvis Zigaro un soir, tard dans la nuit, alors que Keanu rentrait de l'infirmerie où séjournait sa sœur, gravement grippée.
« Ils ne sont plus élèves de Poudlard, il n'ont rien à faire ici. », avait dit Louis. Et tous avaient acquiescé.
Ce fut ensuite Solenne Oranche, meilleure amie de Nalani, qui aperçut le plus vieux des frères Zigaro.
« Je rentrais de retenue et il était là, devant moi. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite, je me suis demandé ce que faisait ce type, trop âgé pour être élève, trop jeune pour être un prof. C'est quand j'ai croisé son regard que j'ai compris. »
Solenne s'était enfuie en courant, effrayée par tout ce qu'elle avait appris de sa meilleure amie.
Et puis, fatalement, James fut le prochain.
Erreinté par son cours d'Animagus en devenir, il trainait les pieds dans les coulois, lorsqu'il avait rencontré les perles outremer de Tom Zigaro. Abasourdi, James n'avait pas fui. Les deux garçons s'étaient regardés longtemps, suffisamment pour que James comprenne que Tom n'était pas dans son état normal.
« Zigaro.
– Maître, susurra Tom.
James sentit son échine frissonner. Le sourire diabolique qu'arborait Tom aurait dû le pousser à fuir à toutes jambes, il connaissait plus d'un passage secret et était plutôt rapide, il aurait pu semer Zigaro. Pourtant son instinct le poussait à rester.
– Tu n'es pas surpris. Tu ne cries même pas.
– Tu t'attendais à ce que je pleure, Zigaro ? Je sais que tu te fais appeler maître. Je trouve ça passé de mode mais chacun ses préférences.
– Passé de mode ? Tu en sais plus sur Voldemort que ton frère. C'était un Serpentard, pourtant.
– Ne me dis pas que tu veux reprendre le flambeau ?
– Tu sembles plus déçu qu'effrayé. Tu as du cran, Potter. Nous avons exigé cette dénomination parce qu'il est tellement facile de récupérer de cette manière ceux qui portent des noms de Mangemorts. Pas forcément parce qu'ils sont mauvais, ils ne le sont pas tous, mais parce que les gens comme ton père, Potter, ne leur ont rien offert d'autre. Quel choix de vie avaient-ils ? Aucun. Ils étaient destinés à être des fils de, eux aussi, leur réputation aurait toujours été mauvaise. Moi je leur ai montré qu'une autre voie, qu'une autre vie était possible.
– Mais... Pourquoi ?
– Parce que j'ai besoin de disciples. J'ai besoin de jeunes désespérés et eux ont besoin de croire qu'il leur reste un espoir.
– Pourquoi as-tu besoin d'eux ?
– Pour nourrir la Juste Cause.
– Tu es donc un croyant, Zigaro.
– Tu te crois malin, petit Potter... Mais tu mourras. Tu mourras comme tous les autres.
Tout homme meurt. James le savait, Arthur le lui avait expliqué lorsque James, alors âgé de sept ans, lui avait demandé qui était ce jeune homme si semblable à l'oncle Georges qu'il voyait sourire sur de vieilles photographies. Arthur n'avait parlé ni de la guerre, ni de la célébrité de la famille mais, avec ses mots à lui, il avait expliqué les fondements mêmes de la vie et de la mort au petit garçon aux cheveux trop longs et éternellement ébouriffés.
James connaissait l'existence des maladies contre lesquelles on ne pouvait lutter et des accidents qui ne prévenaient pas. Il savait que lui-même mourrait un jour prochain, il ne savait quand et il préférait qu'il en soit toujours ainsi.
– Tout homme doit mourir, Zigaro.
Mais Tom ne l'écoutait plus. Ses iris s'étaient comme enflammés, en proie à une transe que James ne partageait pas et dont il semblait totalement exclu.
– C'était comme une sorte de baptême célébrant ma venue au monde, une renaissance... La Source m'a donné la trace invisible et lorsqu'elle a prononcé ces mots... « Tu possèdes la Trace, tu vogueras parmi les élus, tu entendras ma voix. Tu ne disparaîtras pas au moment de l'extinction. » Lorsque la Colossale s'abattra sur la Terre, je serai guidé vers l'un des îlots préservés et je vous regarderai crier, souffrir, mourir. Je ne tendrai aucune main. Et lorsque vous ne serez plus que des cadavres...J'accomplirai mon ultime devoir, repeupler la Terre des Élus. »
Tom avait fermé les yeux. Autour de lui la magie crépitait, les objets tremblaient, la poussière voletait, tels des milliers de paillettes dorées. Prenant peur, James avait pris ses jambes à son cou, traversant chaque couloir un peu plus vite, bousculant les élèves sans même s'en apercevoir. Rose n'eut pas le temps de l'apostropher, Natasha n'eut pas le temps de le traiter de potiron crétin, seul Louis avait stoppé la course folle de son cousin.
« Ça va ?, s'était-il inquiété, voyant la sueur perler sur les tempes de James.
– Il faut que je te parle. C'est urgent. Vraiment urgent.
– Dis-moi.
– Pas ici. On pourrait nous entendre. »
La bande fut vite réunie, à l'orée de la forêt interdire, là où tous pouvaient s'assurer d'un coup d'œil que personne ne les suivait ni ne pouvait les entendre. James avait eu le temps de poser à Louis ce qui était pour lui une question cruciale. Et Louis s'était empressé de répondre. En pâlissant à vue d'œil.
« On t'écoute, James.
– Y a-t-il parmi nous un ou une...
– James... Pas comme ça, l'avait coupé Louis. Avez-vous déjà entendu parler de la Source ?
Certains nièrent instantanément, pressés d'entendre la suite, d'autres froncèrent les sourcils, perplexes, et Nalani...
– Tu nous prends pour qui, Louis ? On sait tous, ici, que James a rencontré l'Oracle ! Nous sommes pour la plupart des fils de ! Je te rappelle que mes parents faisaient partie de l'Armée de Dumbledore, ils sont considérés comme des héros !
– Et alors ?, s'étonna Keith.
– Et alors les croyants et les héros ne font pas bon ménage. Personne, ici, ne croit en cette satanée Source. Ne me dis pas que tu y crois, toi ?, demanda-t-elle, plongeant ses yeux chocolat dans ceux de James.
– Je ne crois pas. Mais là n'est pas le plus important.
– Vas-tu finir par nous dire ce qui se passe ?, s'était emporté Fred.
– Il se passe qu'un Tsunami géant va éradiquer toute forme de vie sur Terre. On va tous y passer.
– Selon qui ?, avait insisté Nalani, alors que ses amis déglutissaient avec peine.
– Tom Zigaro. Il aurait reçu une trace invisible de la part de la Source. Une sorte de baptême, m'a-t-il dit, qui le protégerait du Tsunami.
– Qu'est-ce qu'on peut faire pour t'aider ?
La loyauté d'Oscar à son égard n'était nullement à remettre en doute, James le savait. Mais il ne voulait pas de ce rôle de leader qui trahissait parfois les paroles de ses amis.
– Je n'ai pas besoin d'aide, Oscar. Je voulais juste que vous le sachiez, qu'on en discute ensemble, qu'on mette nos idées en commun. Je ne suis pas un héros.
– Mais tu es la Clef du Rassemblement, avait affirmé Maël.
– Non, je...
– Maël a raison, avait clamé Nalani. C'est autour de toi qu'on s'est tous rassemblé, c'est ensemble qu'on percera ce mystère. Même si à mon avis, ce tsunami n'est fait que pour nous effrayer, nous...
– Sais-tu comment naissent les miracles, Nal ? Un croyant, ne voyant un miracle se produire, va le créer lui-même, pour que les autres y croient.
– Tu penses franchement que quelqu'un va éradiquer toute forme de vie pour...
– Tu penses que quelqu'un est assez puissant pour...
– Je pense que ceux qui sont derrière tout ça vont tout faire pour clamer haut et fort qu'on va tous mourir très vite, parce qu'ils savent très bien que c'est le meilleur moyen de rallier de nouveaux adeptes, parce qu'i pas grand chose de plus puissant que la peur.
– Il y a une chose de plus puissante que la peur, avait affirmé Maël, l'air résolu. L'espoir. »
Et l'espoir était toujours là, dans leurs retrouvailles, dans leurs recherches communes, dans cet objectif qu'ils poursuivaient et dont ils ignoraient jusqu'à la nature profonde. L'espoir, toujours. Parce qu'ils rêvaient d'un monde où ils n'auraient plus peur. Parce qu'ils avaient l'espoir de bâtir ce monde. Parce qu'ils avaient peur de voir s'éteindre le monde. Parce qu'ils n'avaient d'autre choix que d'espérer.
ooOOoo
« Vous êtes des visionnaires », avait dit Luke Mumford. Et le temps lui avait donné raison. Ils se faisaient discrets, ne récoltaient que de bons points, ne maraudaient pas, ne faisaient pas honte à leur maison. On les appelait « la bande des exceptions ». Trois garçons et une fille qui redoraient le blason de Serpentard. On les disait bons élèves, sérieux, généreux et attentionnés les professeurs les appréciaient, leurs parents pouvaient être fiers d'eux.
Jalil était sans doute un peu trop discret, Benoit riait très fort, Sally-Anne avait un caractère fier et borné, mais ils avançaient aux côtés de la copie conforme du Survivant. La Gazette ne s'arrêtait plus de parler d'eux, titrant un pluvieux jour de mars « le Trio d'Or n'est plus - Vive le quatuor d'Argent ».
Albus était devenu celui par qui tous les miracles arriveraient. On disait qu'il avait décidé le Choixpeau à l'envoyer à Serpentard pour faire taire les fausses rumeurs, pour apporter de la joie là où il y avait eu tant de souffrances, pour redorer définitivement le blason des vert et argent.
Albus vivait en plein rêve, il était enfin apprécié à sa juste valeur. Lorsqu'on le voyait travailler tard à la bibliothèque, les élèves lui souriaient gentiment, marmonnant entre eux que James n'avait que des facilités lorsqu'il aidait les plus jeunes, les plus faibles, les désœuvrés, on disait que James devrait arrêter ses blagues idiotes. Ce n'était plus Albus qu'on comparait à James. C'était lui qui était devenu l'exemple à suivre. Il s'était fixé des objectifs et il était en passe de les réaliser. Plus vite qu'il ne l'aurait cru.
« Vous êtes des visionnaires », avait dit Tom Zigaro. Et le temps lui avait également donné raison. Albus continuait de voir son mentor et d'écouter ses discours passionnés et son enseignement. Il aimait voir James et ses amis faire moult recherches, il savait d'avance qu'ils ne trouveraient jamais les réponses qu'ils cherchaient avec tant d'avidités.
Des réponses qu'Albus détenait, car il était un élu parmi les élus. Et lorsque la Colossale s'abattrait sur la Terre, James serait englouti sous les flots. Lily aussi, sans doute. Mais pas Albus. Lui serait sauvé. Lui deviendrait le Sauveur.
ooOOoo
« Certains s'expriment par leur art, d'autres par un trait de leur personnalité exacerbé, d'autres par leur instinct. », avait dit le professeur Ganesh. Et c'est l'instinct qu'avait choisi James. Voilà près de deux mois qu'il travaillait sur son exposé d'Histoire de la Magie et le sujet qu'il avait choisi le passionnait chaque jour davantage. Jamais il n'aurait soupçonné pouvoir s'intéresser réellement à l'Histoire, jamais il n'aurait cru qu'un Maraudeur puisse se passionner pour les différentes cultures du monde magique. Et pourtant.
– Excuse moi, Fred, bafouilla James en posant ses notes, tu disais ?
– Tu deviens ridicule, Jimmy-boy, tu quittes le terrain dès l'entraînement terminé, tu viens plus draguer les gazelles, tu ne sors plus le soir... Pas avec moi, en tout cas ! Y a plus que ce fichu exposé qui compte !
– Tu devrais peut-être prendre exemple sur lui, remarqua Louis. Tu n'as toujours pas choisi ton sujet !
– Je m'en tape, on va arrêter cette matière l'an prochain, les gars ! »
Arrêter l'Histoire de la Magie après les Buses avait toujours été dans leurs plans. Ils songeaient alors qu'ils pourraient consacrer plus de temps au quidditch et à leurs visites nocturnes. Mais alors que deux ans auparavant James aimait restait des heures sur le terrain pour améliorer ses techniques de vol, il n'en ressentait plus la même joie, quant à leurs sorties tardives... Ils avaient exploré le château de fond en combles et James ne ressentait plus le besoin de sortir tous les soirs. Les cours d'Animagus le fatiguaient mais, malheureusement, il n'avait pas le droit d'en parler à ses cousins. Seule Susie était au courant et elle avait accepté de servir d'alibi à son petit ami. Depuis qu'ils étaient ensemble, James s'interdisait de regarder les autres filles, à défaut d'être un petit ami parfait, il tentait d'être le plus irréprochable possible. Et puis, s'il avait dû se montrer parfaitement honnête, regarder les filles passer avec ses cousins ne l'avait jamais beaucoup intéressé. Il aimait Susie non seulement pour son physique mais pour tout ce qu'elle représentait et jamais une inconnue qui traversait les couloirs de Poudlard ne lui avait fait ressentir ce que Susie déclenchait chez lui d'un simple sourire.
Quant à l'Histoire... Bien sûr il leur faudrait arrêter de suivre certaines matières. Le niveau allait s'accroître et ils n'auraient de temps à consacrer à chaque matière mais James n'envisageait plus avec autant de certitudes d'abandonner l'Histoire. Pourtant il gardait sa réserve pour lui seul, il savait très bien quelle scène lui ferait Fred une fois mis au courant.
L'instinct l'avait conduit à mener ces recherches, à découvrir par lui-même ce que convoitaient tant les frères Zigaro. Il se répétait souvent qu'il n'avait pas l'intelligence de tout comprendre mais espérait pouvoir éclairer ceux qui l'étaient plus que lui. Un exposé public, ouvert à tout Poudlard. Un exposé où ceux qui avaient l'esprit assez ouvert pourraient voir la vérité se dévoiler.
« Je ne comprends toujours pas le rapport, grommela Fred. »
Louis lui fit signe de baisser la voix et entraîna ses amis dans un coin éloigné de toute oreille-à-rallonge.
– C'est pourtant simple. Maël, James et moi avons entendu Scorpius Malefoy et un Serpentard de septième année parler d'un objet qu'ils cherchent, un objet qu'ils doivent donner aux frères Zigaro.
– La casserole de Gouda, dit Fred, fier de lui.
– Le chaudron de Dagda, rectifia Louis en levant les yeux au ciel.
– Pareil, soupira Fred. Mais quel rapport avec James et son exposé ?
– J'ai choisi de travailler sur les différentes communautés sorcières pour pouvoir traiter de la différence de perception des religions sorcières et je me suis basé sur les croyances britanniques, liées au fondement même de notre magie à nous, la magie Celte.
– Tu peux pas aller droit au but ?, s'énerva Fred.
– Ne sois pas si impatient, le gronda Louis. James travaille sur le mythe des treize trésors de Bretagne, parce qu'il croit, parce que nous croyons que les frères Zigaro les cherchent et qu'il pourrait y avoir un lien avec l'Oracle.
– Mais...
– Salut les mecs !
James se tendit, faisant signe à ses cousins de se taire. Autant il sentait qu'ils pouvaient parler librement en présence de leurs amis proches, autant Dona Cole était exclue de ce cercle. Et pourtant... La jeune fille passait de plus en plus de temps avec eux, chassant Oscar en Botanique pour pouvoir s'asseoir près de James, se disputant avec Alice pour attirer le jeune Potter dans le dortoir des filles... La liste était longue. Et l'hématome qui ornait la hanche droite de James après son vol plané l'était tout autant.
« Je me demande qui a un jour décidé que les filles pouvaient venir tant qu'elles le veulent dans nos chambres et pourquoi leur escalier se transforme en toboggan lorsqu'on essaie d'aller chez elles ! », avait-il râlé.
– Tu vas mieux, James ?
– Beaucoup mieux, merci, rougit James.
– Toujours cet exposé? Et dire que tout le monde dit que tu ne travailles jamais !
– Pas les Gryffondor, contra Maël en s'asseyant près de James. Nous on sait tous à quel point il...
Mais Dona Cole ne l'écoutait plus. James était en train de ranger ses affaires et elle savait qu'il allait rejoindre cette Susie Finigan qu'elle détestait. Qu'avait donc pu faire cette boulotte empotée pour sortir avec le garçon le plus séduisant de leur promotion ?
Louis et Maël, eux, échangèrent un sourire complice. James avait beau ne pas y croire, tous deux savaient à quel point il plaisait à leur camarade.
– J'y vais, lâcha-t-il en glissant son sac sur son épaule.
– Tu feras un bisou à Susie de notre part, s'esclaffa Maël.
Et alors que James rougissait à vue d'œil, le visage angélique de Dona Cole s'assombrit, sous l'air amusé de leurs camarades.
ooOOoo
Rose ne connaissait pas la même célébrité que James ou Albus et, alors qu'elle aurait trouvé cela injuste quelques années auparavant, elle s'en réjouissait désormais. Certes tout le monde savait que son oncle Harry parlait régulièrement de l'importance qu'avaient joué ses meilleurs amis dans la victoire contre Voldemort, mais aux yeux de la communauté britannique il n y avait et n y aurait jamais qu'un seul héros. Bien sûr, lorsqu'elle avait appris la vérité, elle s'était sentie aussi fière que confuse. Pourquoi ses parents ne lui avaient-ils jamais confié cette partie de leur histoire commune ? C'était son histoire à elle aussi, ses origines, son passé. Lorsqu'elle les avait questionnés, ils étaient restés muets. Pas un mot, pas une explication. Pas un cri, pas un regret. Elle n'en savait pas davantage que le plus commun des élèves de Poudlard et, si elle s'en était énervée pendant un an, elle avait désormais appris à penser différemment.
Rose avait à peine plus d'importance que Roxanne ou Dominique Fred, et même Louis, avaient droit à davantage de murmures, de rumeurs, de regards. Cela lui convenait plutôt bien, elle n'aurait supporté longtemps les attentes des élèves de sa maison, la pression immense sur ses épaules pourtant frêles.
Elle n'enviait pas Lily qui, quelques mois plus tard, ferait sa première rentrée. Fille dé héros, sœur des deux garçons dont tout Poudlard parlait, elle aurait fort à faire pour être traitée comme n'importe quelle élève.
« Vous ne serez jamais traités comme les autres. C'est indéniable, vous n'y pourrez jamais rien changer.
– Mais toi tu me traites bien comme si j'étais n'importe qui...
– Tu n'es pas une fille de héros pour moi, répondit Natasha avec sérieux. Tu es ma meilleure amie. Quand on s'est rencontrées... On n'en savait rien, ni toi ni moi. On l'a appris ensemble.
– Tu aurais pu me tourner le dos, je sais à quel point tu n'aimes pas la célébrité et tout...
– Jamais. »
Dans ces moments-là, Rose se contentait de sourire. Que pouvait-elle faire de plus ? Elle avait la présence, la complicité et surtout le soutien de sa meilleure amie, elle n'avait besoin de rien d'autre. Parfois pourtant, un doute la gagnait. Il y avait Chandika Goldstein qui partageait leur dortoir et qui riait souvent avec Natasha et même quelques élèves des autres maisons. Rose n'avait pas peur de Roxanne, celle-ci admettait enfin un lien de famille entre elles mais elle était déjà bien entourée à Gryffondor. Rose n'avait pas peur de Franck, il la préférait à Natasha. Mais c'était bien le seul.
Natasha prenait toujours le temps de saluer les Gryffondor, comme elle le faisait avec les Poufsouffle de leur promotion. Elle s'entendait même avec les amis d'Albus, plaisantant avec Benoit Screta, échangeant quelques commentaires de quidditch avec Jalil Lespare, riant avec Sally-Anne Perks. Dans ces moments-là, Rose restait coite, mal-à-l'aise, angoissée. Elle n'avait jamais été douée pour les relations sociales et ne savait comment se comporter en communauté. Elle ne savait pas davantage se faire des amis, contrairement à sa seule amie qui semblait appréciée de tous. Rose était jalouse. Une jalousie qui la rendait malade, qui occupait son esprit, suffisamment pour échouer à quelques uns de ses examens, lorsque Natasha l'abandonnait pour suivre ses cours avec « les autres, parce qu'il faut bien qu'on s'intègre ». Les autres le faisaient mais, pour Rose, ça ne voulait pas dire qu'elles aussi devaient le faire. Elle avait peur. Peur de voir s'éloigner Natasha, peur de perdre sa seule amie.
Et puis, comme s'il n y avait pas assez d'ennemis à abattre dans sa promotion, il y avait James. L'aimant à amis. James pour qui l'amitié avait pris la première place dans sa vie. James l'ami fidèle, James qui ne marchait jamais sans dix amis autour de lui. Plusieurs fois Rose s'était fait la réflexion que Natasha, qui était déjà plutôt mûre pour son âge, n'aurait pas dépareillé dans la bande de James.
– C'est vraiment un crétin, grommela Natasha. A peine séparé de Dubois qu'il fricote déjà avec Cole.
Rose esquissa un sourire discret. Pour le moment elle n'avait pas à craindre James. Personne en ce château n'éprouvait tant de dédain pour lui que Natasha. Il représentait tout ce qu'elle détestait et, si tous deux semblaient s'être pris d'affection pour le jeu qu'ils avaient instauré, jamais ils ne se rapprocheraient davantage. « C'est déjà ça », pensa Rose avant de foudroyer du regard la Poufsouffle dont elle avait oublié le nom qui faisait la bise à sa meilleure amie.
ooOOoo
Lorsqu'ils virent les Maraudeurs franchir les portes de la Grande Salle, ce matin-là, leurs amis de Poufsouffle et Serdaigle ne purent détourner les yeux. Les quatre garçons, hilares, étaient suivis d'une Alice exaspérée et cette situation, qui d'ordinaire attirait sourires attendris, de connivence, ne pouvait en ce jour chasser compassion et inquiétudes.
A peine James s'installa à la table des lions qu'un de ses camarades désigna la Gazette du Sorcier. L'édition du jour titrait « Précoces et incestueux, les Héritiers du Trio d'Or ont-ils leur place à Poudlard ? ». Avec photo à l'appui, de Hugo embrassant Lily sur la bouche.
Autour d'un James qui peinait à ravaler ses émotions le silence était seulement entrecoupé de murmures et de regards insistants. Plus loin, James vit que Rose le dévisageait, incertaine, la main de Natasha posée solidairement sur son épaule.
– Hugo a toujours été amoureux de Lily, commenta Lucy en s'asseyant à côté de James.
– Mais... Ils sont cousins, murmura sa meilleure amie Marcia, abasourdie.
– Ce sont des choses qui arrivent.
– Ce ne sont que des gamins, souffla James, en proie à une profonde détresse.
Comment les journalistes pouvaient-ils se permettre une telle intrusion dans leur vie ? Comment les lecteurs pouvaient-ils accepter cela ? Pire encore, pourquoi en redemandaient-ils ? Comment et pourquoi les gens devenaient-ils avides d'informations qui ne les regardaient nullement ? Autant de questions qui demeuraient sans réponse mais qui tournaient pourtant à grande vitesse dans l'esprit du jeune Potter.
– James, l'appela Louis. Il faut que tu lises ça.
Sa voix était plus sérieuse encore qu'à l'accoutumée. James observa la une du journal, où les chevelures rousses de son cousin et de sa sœur volaient au vent. Plus discret, un encart avait attiré l'attention de son cousin. La photographie était cette fois plus petite, plus discrète, tout comme le jeune garçon qui y posait. Timide, hésitant, le cheveu brun et le regard inquiet.
– Kendall Kent, lut James. Jamais entendu parler.
– Personne n'a jamais entendu parler de lui, confirma Louis. C'est un gamin comme les autres, de l'âge de Lily et Hugo, un gamin sans histoire... Du moins jusqu'à aujourd'hui.
L'article relatait la vie de ce jeune garçon, ordinaire au possible, et qui, pourtant, avait réalisé un exploit hors du commun.
– Des détraqueurs, souffla James, abasourdi. Je croyais qu'il n y en avait plus.
– Ils ont été chassés d'Azaban mais on ne peut pas les tuer, rappela Louis. Ils se nourrissent des malheurs des gens, alors ils ont été confinés sur une île au large. Pas trop loin, pour pouvoir les surveiller, pas trop près non plus.
– Mais ils ont réussi à s'échapper. Et ils ont attaqué une école élémentaire.
– Ils doivent sentir qu'ils dépérissent sans leur... nourriture.
– Il dit... le journaliste... il dit...
James ne put terminer sa phrase. Les mots avaient beau s'étaler devant ses yeux, il ne parvenait à croire ce qu'il lisait.
– On ne sait pas ce qui s'est réellement passé, mais ce Kendall Kent a sauvé la vie d'une cinquantaine de gamins en chassant les Détraqueurs, conclut Louis, la mine grave.
James hocha la tête, incapable de pouvoir répondre quoi que ce soit. La dernière phrase de l'article parlait du frère jumeau du jeune héros, interné au centre magique de la délinquance juvénile, et de l'arrivée imminente à Poudlard de Kendall Kent, surnommé « le nouveau Harry Potter ».
James ne put s'empêcher de penser à sa sœur et à son jeune cousin qui connaîtraient à leur tour les avantages et les inconvénients d'être des fils de. Des élèves célèbres qu'on juge avant même de les connaître. Ils arriveraient en même temps que ce Kendall Kent et James ne savait s'il devait s'en réjouir.
ooOOoo
Certains naissent dans une famille sorcière, grandissent entourés de magie ambiante, attendent leur lettre de Poudlard toute leur enfance et feignent la lassitude lorsqu'ils la tiennent enfin dans leur petite main boursouflée de petit enfant gâté. D'autres naissent dans l'ignorance et manquent de peu l'arrêt cardiaque en voyant apparaître un volatile nocturne dans leur modeste maisonnée.
Roxanne Weasley fait partie de la première catégorie. Moi, de la deuxième. Et je crois bien que ça fait toute la différence. Roxanne Weasley est une fille de ma promotion, une lionne sans pudeur dotée d'une arrogance sans pareille. Ou presque. Toute sa famille semble en avoir hérité, sans doute un mauvais gêne transmis par un aïeul vantard qui aurait inventé la potion à rallonger les orteils. Leurs parents sont des héros, oui, tout le monde le sait, même les nés-moldus comme moi et leurs rejetons s'en vantent constamment, fiers d'être célèbres grâce à une bataille terminée bien avant que leurs parents commencent à copuler.
Je n'ai jamais compris le concept d'héritage de la célébrité. Je les ai bien observés, tous autant qu'ils sont, différents et pourtant tellement semblables. La douce Molly qui livre quelques informations gouvernementales, souriant de sa moue faussement timide l'intrépide Lucy, vantarde de niveau international qui se pavane batte en main, fière de son statut de meilleur batteur de Poudlard, ravie de s'être opposée à son père, le Weasley le plus sérieux et rébarbatif le nonchalant Louis, beau gosse qui s'ignore, élève doué en tout et pour tout, future divinité de Poudlard, perfection gerbante à souhait... Même la parfaite Victoire débordait de vantardise au bras de l'Hybride. Personne ne l'a regrettée à son départ de Poudlard mais tout le monde simule la nostalgie, parce qu'elle est la première d'une ribambelle de dieux vivants et qu'elle est « la fille de ». Ça ferait mauvais genre de critiquer une telle fille. On a enfermé des idiots à Azkaban pour moins que ça.
Une petite fille, une Poufsouffle de première année que personne n'avait jamais remarqué a osé demander qui était cette fille dont tout le monde parlait. La pauvre marmotte était arrivée à Poudlard après que Victoire en soit partie et puis elle était née moldue, comme moi. Elle avait le droit de ne pas savoir, après tout. Je me souviens de la décomposition de son visage alors que tout un groupe de cinquième année l'entourait d'un air menaçant. Je me souviens de toutes ces gamines des quatre maisons qui ont subitement décidé de lui tourner le dos. Je me souviens de la puanteur de son cadavre, lorsqu'il a été découvert. Je me souviens de la voix maussade de Londubat lorsqu'il a murmuré qu'elle était morte depuis six jours.
Depuis je ne manque jamais de saluer Roxanne Weasley lorsque je la croise dans les couloirs. Ses amis qui avancent fièrement à ses côtés vérifient chaque visage, chaque murmure, s'assurant ainsi de la suprématie préservée des Potter-Weasley. Et de ceux qui les accompagnent.
Elle n'est pas désagréable, Roxanne. C'est même une chouette fille quand elle ne crie pas. Elle a du caractère et n'est pas dénuée d'intelligence. Elle n'est pas comme son frère, quoi. Mais on n'est pas du même monde elle et moi. Alors je me contenterai de l'observer, de ne jamais oublier de la saluer, et elle continuera de ne pas me voir. A ses yeux je n'existerai jamais. Pour exister, il faudrait que je l'ignore, que je passe mon chemin sans lui laisser constamment ma place. Mais je n'ai pas ce courage.
ooOOoo
« … le plus important reste que chacun découvre la culture de l'autre, sans que personne ne s'en sente forcé, une curiosité naturelle qui émane de chacun. Bien sûr il est encore délicat de nos jours de pouvoir découvrir les cultures qui nous sont inconnues mais les portes sont faites pour s'ouvrir. Ce sera sans doute légèrement plus ardu qu'un simple Alohomora mais découvrir signifie s'intéresser, chercher, comparer, se comparer et surtout ne pas juger trop vite. Si l'un d'entre vous m'affirme que la culture magique scandinave est la plus juste et merveilleuse qui soit, je m'attends à ce qu'il ou elle m'explique en quoi son système juridique est plus intègre que celui de la communauté magique Japonaise, qu'il me démontre en quoi ses inventions sont plus pertinentes que celles des autres communautés, qu'il me prouve que le niveau de son championnat de quidditch est plus élevé que le nôtre. Il n'est pas là question de prôner des idées, des valeurs, un système isolés mais de s'ouvrir au monde et de s'imprégner des différences qui le constituent. Merci de votre attention. »
La voix légèrement plus rauque, la bouche sèche, les mains moites. Durant plus d'une heure. Le regard, en revanche, était passé de timide, hésitant à résolu, à mesure qu'il prenait confiance en son discours, qu'il s'apercevait à quel point cet exposé était bien plus qu'un travail d'Histoire de la Magie.
Il avait légèrement dépassé le temps imparti mais nul ne fit la moindre réflexion à ce sujet. Les regards étaient sérieux, attentifs. Quelques rires avaient ponctué son discours. Des rires d'intérêt et non de moquerie. Le professeur Ganesh se leva et le silence se fit.
« Félicitations, jeune homme. Quelques carences demeurent, bien sûr mais ce ne sont que des détails. Vous avez très bien compris votre sujet et on sent qu'il vous a passionné. Je vous donne un Optimal. »
Il n'en croyait ni ses yeux ni ses oreilles. Le professeur Ganesh, d'habitude profondément neutre, lui souriait franchement. Le professeur Ganesh lui avait donné un Optimal. Cela paraissait clair, limpide. Il avait néanmoins besoin de plus pour se rassurer. Louis hocha la tête, avec un semblant de fierté dans le regard, Alice lui adressa « le » sourire, Maël « le » clin d'œil. Keith sifflait bruyamment, Keanu applaudissait avec ferveur, Oscar leva les deux pouces et Susie... Lorsqu'il croisa son regard, James se sentit rougir, plus qu'il ne rougissait depuis le début de son exposé, ce qui était peu dire.
La veille ils avaient fêté leur première année de relation, simplement, installés dans le parc du domaine et entourés de leurs amis. James avait profité d'une sortie à Pré-au-Lard pour lui acheter un bracelet que Susie avait semblé apprécier et tous deux s'étaient retrouvés seuls à marcher dans les couloirs, se tenant la main avec un peu plus d'assurance qu'un an auparavant. Ils en avaient profité pour parler. Des cours qui s'enchaînaient, des Buses qui approchaient, de quidditch et de cinéma, d'Albus et des frères et sœurs de Susie, de toutes ces choses qui faisaient leur vie, qui les avaient rapprochés et qui les amenaient soudain à se séparer. Tous deux rêvaient d'autre chose et tous deux partageaient les mêmes craintes. Faire souffrir l'autre, bafouer leur amitié, fermer la porte au véritable amour, celui qui restait encore bien caché mais que tous deux rêvaient de trouver.
« On le trouvera ensemble mais séparément, avait expliqué James à Maël, Fred et Louis, une fois revenu dans son dortoir. On se sépare pour mieux se retrouver. Susie est une chouette fille, sans doute un peu trop bien pour moi. Il vaut mieux qu'on reste amis.
– C'est bien, avait confirmé Maël. Et ça arrange tout le monde.
En effet, Oscar, avec qui James s'était toujours très bien entendu, semblait beaucoup plus gai depuis leur séparation et, si elle en avait ri avec James, Susie semblait plus qu'heureuse de ce revirement de situation.
– Reste plus qu'à trouver la tienne, avait souri Nalani en lui donnant une bourrade affectueuse.
– A moins qu'il l'ait déjà trouvée, renchérit Maël.
– Wouhou, le SCOOP !, hurla Keith.
James, lui, se tourna vers son meilleur ami, les sourcils plus hauts que jamais. Celui-ci se contenta de sourire sereinement.
– Mais... Je..., bafouilla James.
– Toi tu sais un truc que je sais pas mon pote !, s'enthousiasma Keith en s'accolant à Maël.
Mais, quoi qu'aient pu tenter ses amis, Maël Thomas demeura silencieux. Ce n'était pas à lui de parler à la place de son ami, encore moins d'avouer tout haut ce que James ignorait encore.
ooOOoo
La Gazette du Sorcier – Édition spéciale
« Les héros engendrent des héros, par Coqueliquette Graindorge.
Il y a deux sortes de « fils de ». Ceux qui surfent sur la vague de la célébrité et avancent, tels des nonchalants à qui tout est dû, dans la paresse et la facilité. James Potter est de ceux-ci, tout comme les amis qu'il s'est choisi. Jordan, Dubois, Thomas, Finigan... Des noms connus de tous, des patronymes synonymes d'Armée de Dumbledore, des blasons de guerre, des représentants de notre communauté. Mais leurs héritiers ont-ils bien tout saisi des causes, rouages et conséquences de la guerre ? Visiblement, non.
« Ils se pavanent dans Poudlard, sèchent les cours et se choisissent des esclaves parmi les élèves les plus jeunes, ceux qui demeurent impressionnés par une carrure, un nom, un passé. »
Un passé qu'ils n'ont pas vécu, un passé qui ne se transmet pas seulement par le verbe. Mais comment remédier à cette situation néfaste pour nos enfants ? Peut-on se satisfaire de l'absence de réaction de leurs parents, simplement parce qu'ils ont trop soufert par le passé ? Cette situation doit-elle demeurer sans réponse, comme si elle était normale ?
Non. Bien sûr que non. Car les « fils de » ne sont pas tous comme ça. Merlin merci, certains font preuve de qualités humaines. Merlin merci, Albus Severus Potter n'a pas suivi les traces de son frère... »
Maël posa le journal souplement, sans hâte ni colère. Les yeux de tout Poudlard étaient rivés sur eux, il fallait donner le change, leur laisser croire, à tous, que tout allait bien, qu'aucun membre de leur petite bande ne se laissait impressioner par ces articles à répétition qui parlaient d'eux sans les connaître, qui se permettaient de les juger en toute illégitimité. D'un simple et bref coup d'oeil, il vérifia qu'Oscar, Jean-Paul et Susie buvaient leur jus de citrouille en discutant tranquillement, comme tous les matins. Chez les Serdaigle, Keith faisait rire ses amis les plus proches, Keanu et Solenne parlaient sérieusement et Nalani... Aux yeux des autres, Nalani était normale, ordinaire. Elle souriait distraitement, croquait avidement dans une pomme acidulée, levait les yeux au ciel comme à chaque fois que Keanu et Solenne abordaient leur sujet de prédilection – les différentes appréciations de la guérison magique à travers le monde – et pourtant... Maël voyait qu'elle jouait le même jeu que lui, ce jeu que toute la bande avait en commun pour se prémunir de l'adversité, pour passer outre les rumeurs et les articles, sans leur donner raison mais sans non plus les infirmer. Il le voyait à ses yeux qui brillaient plus que d'ordinaire, il le voyait à cette veine qui faisait tremblotter sa temp droite.
« Ca va, mon pote ? »
Maël sourit à son meilleur ami qui chuchotait pour que personne d'autre ne les entendent, pas même leurs plus proches amis. Le jeune garçon aimait rester surpris par son meilleur ami, même après quatre années passées à ses côtés. James le surprenait toujours, par sa sagesse, par son humour, ses choix et ses aptitudes, mais surtout par son humanisme. Tous avaient beau répéter, assurer qu'ils étaient dans le même bâteau, nul n'ignorait que James était plus visé que n'importe quel autre membre de la bande. Et pourtant... C'était lui qui se souciait des autres plus quiconque, lui qui rassurait Jean-Paul, lui qui riait avec Keith, lui qui témpérait Fred et faisait sourire Louis. C'était également James qui s'assurait, par n'importe quel moyen, de laisser Maël et Nalani seuls, ne serait-ce que quelques secondes par jour. Il avait pris cette manie de marcher à travers le groupe, entraînant Maël dans son sillage pour l'abandonner aurprès de Nalani avec nonchalance, se rapprochant d'Oscar pour parler quidditch. Et lorsque Nalani entrait dans leur conversation, James stopait net tout intérêt pour ce sport qui le passionnait pourtant et parlait justice magique avec Keanu. Maël n'avait plus, alors, qu'à parler du dernier match des Harpies pour que Nalani lui sourie.
« C'est en bonne voie », lui glissait parfois Susie avec un sourire à la fois joyeux et compréhensif et Maël se prenait à rêver de la longévité de leur amitié à tous et des soirées fabuleuses qu'ils passeraient tous ensemble lorsqu'ils quitteraient Poudlard.
Pour Maël, tout était limpide. Il n'essayait pas de se projeter ou de prévoir quoi que ce soit, il avait foi en l'avenir, foi en leurs liens, mais il lui arrivait parfois de rêver et même d'aborder le sujet avec James. Tous deux se voyaient poursuivre leurs études et quitter le domicile familial. Ils ne parlaient pas de prendre un appartement ensemble mais Maël savait que tous deux l'envisageaient. Pourtant une part de lui rêvait de s'installer avec Nalani et James ne cachait pas qu'il espérait vivre avec son frère lorsque celui-ci quitterait Poudlard à son tour.
Il y avait pourtant une chose dont Maël ne doutait jamais. Quoi qu'il advienne d'eux, quels que soient les chemins qu'ils emprunteraient après Poudlard, le sien serait toujours relié à celui de James. Et à celui de tous ses amis. Qu'adviendrait-il de lui s'il cessait de voir Oscar, Susie ou Jean-Paul ? Pour les Serdaigle, tout était plus simple, en couple avec Nalani, il verrait forcément très souvent les meilleurs amis de celle-ci. Bien sûr, il était encore loin de parvenir à ses fins avec la demoiselle qui avait ravi son cœur. Mais l'espoir le guidait et les oeillades qu'elle lui jetait parfois suffisaient à réchauffer son cœur pendant des jours, même lorsqu'ils s'entrainaient sous une tempête de neige.
Louis, lui, parlait de plus en plus souvent de fuir l'Angleterre. Il n'avait jamais caché vouloir rejoindre son oncle Charlie en Europe de l'Est mais, auparavant, il employait les mots « voyage », « voir le monde », « découvrir ». Désormais, entre les articles et la pression de sa mère, Louis n'avait plus que la fuite en tête, et si nul ne le savait vraiment – sa mère en aurait été très furieuse – il s'ouvrait peu à peu à ses amis, racontant tout de ce qu'il savait de la Roumanie à un Jean-Paul admiratif de son courage.
Malgré tout, Maël savait que l'amitié qui l'unissait à Louis n'avait pas de frontière et qu'ils continueraient à se voir et à pouvoir compter l'un sur l'autre où qu'ils soient. Comme avec Oscar, comme avec Keith, Keanu... Bizarrement Maël avait moins confiance en leurs autres amis de Gryffondor. Alice, en tant que meilleure amie de James, était lavée de tout soupçon. Mais elle demeurait roide et parfois même jalouse de la relation qui le liait à James. Quant à Yelena et Filippa... Elles étaient de sympathiques camarades mais Maël ne se sentait pas très proche d'elles.
Quant à Fred... La seule chose qui intéressait vraiment le jeune Weasley résidait en trois balles, sept balais et deux battes et, alors que Maël avait toujours espéré pour lui qu'il soit pris dans une équipe de la Ligue Britannique, il espérait désormais – et secrètement – que Fred parte jouer à l'étranger. Ils n'étaient plus les quatre lions inséparables de Gryffondor, les Nouveaux Maraudeurs n'avaient jamais vraiment existé qu'aux yeux des autres, ceux qui parlaient d'eux, ceux qui s'octroyaient le droit de décider pour eux. Bien sûr Louis et Fred étaient les cousins de James et une sincère amitié était née entre eux. Mais Maël et Louis supportaient de moins en moins le caractère butté et colérique de Fred, son impression de supériorité sur leurs amis de Serdaigle et Poufsouffle, son aversion sans logique pour Serpentard et son addiction pour le quidditch. Lorsqu'il en parlait – ce qu'il faisait huit heures par jour, au bas mot – rien d'autre ne comptait. Les cours lui passaient au-dessus de la tête, les Buses n'étaient qu'un mauvais jeu de mot qui ne l'atteignait pas, les problèmes que rencontraient ses amis n'étaient, pour lui, qu'une entrave à son entrainement. Il avait pourtant le même esprit aventureux que James, et ne rechignait jamais devant le danger, mais ce qui l'intéressait était le risque immédiat, l'adrénaline et non les questions qui travaillaient ses amis. Des questions qui demeuraient sans réponse, quoi qu'ils entreprennent.
« C'est pas plus mal, lâcha Keanu en s'installant souplement entre James et Maël, désignant l'article d'un hochement de tête. Laissons-les parler de nous comme des jeunes stupides et méprisants...
– C'est injuste, protesta James.
– Mais nous ne pouvons rien y faire, contra Louis. On a essayé, James, mais ils démontent nos démentis et les parents ne nous soutiennent même pas...
– Je pense que Keanu a raison, songea Maël. Bien sûr, c'est injuste... Mais on ne peut rien y faire, James. Tant qu'on ne sait pas contre qui on se bat...
– Il faut connaître son ennemi pour savoir comment l'affronter, coupa Nalani avec sagesse.
– Vous devez avoir raison, soupira James.
– On sait au moins qu'il a peur de nous, songea Keith. Sans ça il nous laisserait tranquille. Mais non, il s'acharne, pour que tout le monde pense qu'on est des abrutis, pour que personne ne nous croit...
– Ca complique quand même les choses, coupa Susie, inquiète.
– On se fiche de ce que pensent les autres, contra Oscar, le plus important c'est ce qu'on pense nous. On a confiance en...
– Mais notre « ennemi » semble fort, insista Susie, réprimant un tremblement. Il a des contacts dans la presse, qui sait ce qu'il...
– Il semble surtout nous craindre, coupa Keanu. Il ne se donnerait pas autant de mal sinon.
– Ce qui veut dire que nous approchons du but, murmura Maël.
– Tout à fait, conlut Keanu avec calme.
La petite bande échangea de curieux regards. Curieux pour les autres, pour tous, pour ceux qui ne savaient pas. Pour eux il était devenu évident de communiquer sans même échanger un mot, tellement évident qu'ils ne s'en étaient même pas aperçu. Ils étaient devenus la définition même de l'amitié.
ooOOoo
Sally-Anne Perks n'avait rien oublié de ce que lui avait dit Miranda Vaisey. Ordonné, plutôt. « Ne t'entiche de personne d'autre qu'Un Serpentard. » « Ne traîne jamais vers cette aile du septième étage, c'est la tanière des lions et tu n'as rien à y faire. »
Sally-Anne s'était pourtant entichée d'un Poufsouffle. Bien sûr ils ne faisaient rien d'autre que d'échanger quelques œillades pathétiques, aux yeux de Jalil, et de se tenir la main lorsqu'ils partageaient le même bureau. Et elle se tenait depuis près d'une heure devant le tableau qui gardait l'entrée de la salle commune des Gryffondor. Elle avait bien essayé de demander à un lion d'aller chercher James Potter mais Roxanne lui avait déclaré la guerre, alors personne ne voulait rendre service à la « vipère que je tuerai un jour ».
« Bonsoir, tu voulais me voir ?
Lui aussi était plutôt pas mal. Un peu grand pour elle, bien sûr, mais il se pencherait pour l'embrasser qu'elle se laisserait volontiers faire. Il n'en fit rien, se contentant de lui sourire d'un air chaleureux. Et légèrement inquiet. L'amour qu'il portait à son frère n'était pas étranger à la jeune fille, elle aussi regardait son petit frère de la même façon.
– Qui t'as prévenu ?
– Franck Londubat.
– Faudra pas le dire à ta cousine Roxy. Elle pourrait l'enfermer dans un placard pendant des jours pour trahison ultime.
– Faire enrager ma cousine n'est-il pas justement ce que tu veux ?, s'étonna-t-il. Je croyais que c'était la guerre entre vous...
– C'est elle qui fait la guerre.
– Tu veux que je lui parle ?
– Pourquoi tu ferais ça ?
– Tu es amie avec mon frère, je suis certain que...
– Laisse tomber la queen Roxy, elle ne m'intéresse pas. Parlons plutôt d'Albus si t'es d'accord.
Il sembla réfléchir quelques secondes, soudain beaucoup plus inquiet, puis lui proposa de gagner une salle où, disait-il, ils ne seraient pas dérangés.
– Tu vas pas me draguer, hein ? J'ai appris que tu avais largué la...
– Susie et moi nous sommes séparés d'un commun accord. Nous sommes amis. Que se passe-t-il avec Albus ?
– Bon je te dis ça parce qu'on t'a pas mal observé depuis l'année dernière avec Benoit et on pense que t'es pas du tout comme le disent les gens, tu sais, prétentieux, crétin, tout ça. Jalil était contre, au début, mais lui aussi a confiance en toi. Alors voilà... Tu seras d'accord avec moi, ton frère est franchement bizarre. Le fait est qu'on n'a pas très bien commencés, tous les quatre, l'année dernière avec Zigaro c'était franchement l'horreur et on n'a pas pu s'empêcher d'imaginer ce qu'aurait pu être notre vie de sorciers sans qu'elle ne commence avec Zigaro, tu vois ? On s'est tous imaginé être une bande et comment ça aurait pu être cool d'être tous les quatre. Mais en fait, Albus, il est pas toujours de cet avis. Des fois oui et des fois non. Des jours oui et des jours non. Je sais que t'es au courant pour son pendentif et...
– Il vous en a parlé ?, s'étonna James.
– Ne m'interromps pas, beau gosse, j'ai pas fini. Bon, donc, son pendentif et tout c'est trop bizarre. Alors Benoit lui a jeté un sort et...
– Quoi !? Mais vous n'êtes qu'en...
– Je t'ai dit de pas m'interrompre, t'es sourd ou quoi ? Bon donc, Benoit lui a jeté un sort, histoire d'alourdir la face dorée parce qu'on a tous remarqué que ton frère est tout cool quand il porte son pendentif en face dorée. Les autres jours c'est à peine s'il nous regarde. C'est vachement destabilisant. Au début ça a marché mais au bout de cinq jours... Albus a commencé à râler. Etant donné qu'il ne sait pas qu'on sait, il ne disait rien, mais il faisait la gueule. Du coup, malgré le sort de Benoit, il le met quand même en face argentée.
Elle s'interrompit, le fixant intensément. Lui demeurait perplexe.
– C'est tout ?
– Benoit a dit que tu essaierais de tout minimiser, soupira-t-elle.
– Vous attendez quoi de moi, au juste ?
– Trouve un moyen pour qu'il reste en mode doré. Ou en mode argenté. Qu'on sache, tu vois. Parce que là c'est juste pas possible à vivre. On voudrait l'aider, tu vois, mais si on se confie à lui, c'est pas pour qu'il courre tout répéter à Zigaro.
– En gros vous voulez savoir si vous pouvez avoir confiance en lui.
– Voilà. Aller, à plus. Au fait... Je suis déçue. On m'a dit que t'étais un bourreau des cœurs et que t'enchaînais les conquêtes et t'as même pas essayé de m'embrasser.
– Faut pas croire tout ce qu'on te raconte, sourit James. »
Un sourire factice, un sourire de façade.
ooOOoo
Il avait cherché son frère pendant des heures, avant de se rendre près du lac, à la tombée de la nuit. Albus était là, assis à même le sol, fixant les eaux sombres d'un regard impénétrable.
« Tu es mon frère préféré.
– Je suis surtout le seul, répondit Albus sur le ton d'une évidence dédaigneuse.
– Tu es le frère préféré de Lily, le fils préféré des parents, l'ami que préfère Jalil. Tu es aimé, Albus. Tu n'as nul besoin de faire tes preuves ou de démontrer quoi que ce soit. On t'aime déjà, tu sais.
– Oui je sais. Mais moi je m'aimerai mieux quand j'atteindrai mon but. C'est important de se fixer des objectifs, James. Toi tu te contentes de vouloir être comme les autres, moi je ne veux pas d'une vie quelconque, je me fixe des objectifs élevés et je me pousse à les atteindre.
– L'ambition peut être une qualité, je le reconnais mais…
– Tu ne me changeras pas, James.
– Je ne veux pas te changer.
James inspira un bon coup, fixant un couple de strangulots qui se prouvait leur amour en s'étripant sur un rocher humide.
– Je ne veux pas te changer, répéta-t-il. Je voudrais que ça vienne de toi. Enlève-le, Albus. Tu n'as pas besoin de lui, tu le sais mieux que personne. Il t'éloigne de tes proches, il t'éloigne de ce qui t'est bon et bénéfique.
James poursuivit sa diatribe et Albus comprit qu'il ne récitait pas, qu'il parlait avec son cœur, sincèrement. Le frère aîné avança des arguments que son cadet ne pouvait réfuter, citant des exemples précis en un plaidoyer passionné, franc et loyal.
« … ce collier, tu n'en as pas besoin. Il faut s'en débarrasser. »
Albus hésita quelques secondes et finit par le jeter de lui-même dans les eaux profondes du lac noir.
Les deux frères retournèrent au château épaule contre épaule, semblant plus unis que jamais.
ooOOoo
Chacun a une passion dévorante. Chacun a ses petits secrets. Scorpius Malefoy, une fois ses obligations sociales et scolaires remplies, aimait à rejoindre la salle de musique, où un piano majestueux l'accueillait pour de longues heures de douces mélodies. Ce soir-là, ce n'était pas l'ainé des Potter qu'il croisa mais ce garçon lunatique de sa classe. Albus Severus Potter. Il semblait à Scorpius que James désirait qu'il devienne ami avec son petit frère. Le reste du monde s'attendait à ce qu'ils deviennent ennemis. « En souvenir de leurs pères », disaient-ils. Comme si Harry Potter et Drago Malefoy étaient déjà morts, comme si leurs fils, si semblables à leur père, devaient forcément prendre la relève.
Ni amitié ni inimité. Scorpius ne savait quoi penser d'Albus, et pour cause… Celui-ci l'indifférait totalement. Il n'était ni plus ni moins un garçon de sa classe, comme Lespare, comme Screta. Rien ne le différenciait des autres aux yeux de Scorpius, voilà pourquoi il hocha à peine la tête lorsqu'Albus le salua poliment.
Celui-ci ne s'en formalisa pas. Bien sûr, le rapprochement avec Scorpius était nécessaire, il fallait démontrer que le véritable héritier du Survivant n'était pas empli d'aigreurs et qu'il faisait fi du passé. Il fallait que tout le monde sache qu'Albus Severus Potter multipliait les deuxièmes chances, à ceux qui le méritaient et même aux autres. Altruiste, humble, généreux. Les jours « pile ». Intransigeant, exigeant, individualiste. Les jours « face ».
Scorpius gérait les missions des Basilics à sa façon, en gardant une forme d'expression qui lui était propre. Le piano.
Albus, lui, ne trouvait sa liberté qu'à l'extérieur du château, là où il n'était pas constamment comparé à son père ou pire, à son frère. Il marcha lentement vers le lac. Il n'était pas pressé. Il aimait penser en marchant. Il aimait marcher seul dans le parc de Poudlard. Il aimait avoir pour seule compagnie la neige qui se cachait dans ses cheveux et celle que ses chaussures écrasaient.
Il pensait à après, il pensait à son avenir, il pensait à sa vie. Celle qu'il mènerait, une vie brillante, une vie dont il serait fier.
Il sentit l'eau glacée lui mordre les mollets mais ne s'arrêta pas. Il songea que si un élève quelconque l'observait depuis le château, la moitié du corps professoral accourrait pour sauver sa vie pendant que l'autre moitié s'occuperait de retenir la presse et de prévenir ses parents. Pourtant personne ne courut vers lui. Personne. Pas même lorsqu'il enfonça tout son être dans les profondeurs glaciales. Pas même lorsqu'il laissa l'eau s'engouffrer dans ses poumons. Pas même lorsqu'il sentit tout air disparaître de son corps. Personne ne vint. Personne ne fut témoin de ce qui aurait pu être un suicide. Personne ne vit les infimes petites bulles disparaître de la surface de l'eau. Personne ne vit l'eau se brouiller à nouveau, à mesure qu'Albus se débattait. Personne ne le vit ramper sur la rive. Personne ne vit ce qu'il tenait dans sa main. Personne ne vit l'air mauvais clairement affiché sur son visage.
Voili, voilou.
J'ai eu beaucoup de mal à « accoucher » de ce chapitre, je pense que la lecture s'en ressent... Les chapitres suivants sont déjà écrits, donc je devrais reprendre un rythme d'un chapitre par semaine. Le suivant sera très différent de celui-ci. Ce sera plutôt un chapitre de transition, avec les débuts de Lily Luna Potter, de Hugo Weasley et de quelques OC qui auront leur importance... ! Il s'appellera « Tornade Rousse » et sera publié la semaine prochaine.
Du coup, je lance quelques petites questions... Comment imaginez-vous « ma » Lily ? Que pensez-vous d'Albus et de James ? Des attentes particulières ? Un personnage préféré ? Lâchez-vous, je serais curieuse de connaître votre avis !
