Salut à tous !

Un grand merci à Cat240, Asterie, Cameleon Re-Louu, Keloush, Imthebest (je ne peux pas te répondre directement, vu que tu n'es pas connecté, mais je te remercie d'avoir pris le temps de me laisser un message ! Et pour tes questions… les réponses tout de suite ;) et Clem2605 pour leur review ! :)

Ce qui est arrivé à James dans le précédent chapitre a délié les langues, j'espère que la suite vous plaira...

Au menu de ce douzième chapitre : le retour des fruits de Poudlard (mais si, vous savez, les copains de la pomme du deuxième chapitre) un grand chaos (tant dans le fond que dans la forme, malheureusement) le retour de Peter (c'est le chapitre des retours) un bal (avec des invitations foireuses, de la rancœur, de la jalousie et quand même un peu de danse) un bain de minuit (j'ai songé à changer le rating mais c'est assez soft) quelques cours (parce que, oui, Poudlard est une école et j'ai parfois tendance à l'oublier) de l'illégalité des tourments propres à l'adolescence des bagarres ... et des larmes, beaucoup de larmes.


12 Larmes de glace

Pomme, gargouille et sanglier de bronze étaient comme ensorcelés par une entité inconnue qui les observerait nuit et jour, année après année, sans un seul moment de répit. Un Big Brother version sorcier qui aurait fait frissonner la plus courageuse des mangues.

Un tableau, une statue. Il était peu commun de pouvoir se tenir au même moment à deux endroits distincts, et pourtant, les fruits de Poudlard avaient ce pouvoir. La fraise avait conté toute l'histoire à ses condisciples fruités, peu lui importaient les oreilles indiscrètes de quelques élèves de Poufsouffle. « Ils ne garderont pas le secret très longtemps, avait confirmé la banane, juste le temps que le Héros national prépare son discours. »

James Sirius Potter était mort. L'ultime grain de la grappe, le plus vieux, le plus frippé, ne pouvait s'empêcher d'être inquiet. Une grappe de raisin somme toute banale, positionnée devant le dortoir des filles de cinquième année, à mi-chemin entre la mangue et la cerise. Une grappe de raisin semblable trait pour trait à celle qu'elle avait remplacé, voilà quatre ans.

Les professeurs avaient cru à une fête un peu trop arrosée, un jeu qui ne les avait amusé qu'à moitié et qu'ils avaient puni de cent points. Voilà, Poufsouffle avait perdu cent points et nul n'avait jamais su ce qu'Elvis Zigaro avait fait. Nul fruit n'avait survécu à son attaque. Hormis lui, petit grain sans grande originalité qui avait échappé à la cruelle vigilance d'Elvis Zigaro.

Petit mais pas dénué de génie. Il avait mis du temps à se confier à ses nouveaux frères de grappe, le grain de droite ne l'avait pris au sérieux qu'au bout de six mois d'acharnement, les autres avaient été plus longs, encore, à convaincre. Et puis, bien sûr, il avait fallu parler aux autres fruits, leur expliquer ce qu'il était advenu de leurs prédécesseurs, les persuader de l'urgence de la situation, les convaincre de créer une alliance avec les gargouilles, les statues, les tableaux. Et avec les élèves.

La nouvelle pomme avait été la première conquise. Il fallait savoir qu'elle était tombée sous le charme d'Oscar Dubois et que la proximité du jeune garçon avec la Clef du Rassemblement arrangeait bien la pomme, qui s'était logiquement portée volontaire pour créer la première coalition fruitée-humaine.

Et pourtant, la pomme avait déjà fort à faire avec l'Oracle de Poudlard.

« La pomme d'origine parlait de ce lieu étrange, sorte de croisement entre une crypte et un laboratoire moldu. Elle y voyait des sortes d'expérimentations qu'elle n'a jamais compris.

– Cerise, renchérit la banane, as-tu observé la gargouille qui marmonne en continu ?

– Oui et la pomme avait raison. La gargouille donne un flot continu d'informations importantes. Changements de mots de passe, nouveaux passages secrets, elle parle également de tout ce qui a trait aux fils de et de ce qui se dit dans la salle des professeurs.

– Comment...

– Le tableau du triton fou. Il est positionné sur la porte de la salle des professeurs et il est de mèche avec la gargouille.

– Qu'en dit l'Oracle ?, demanda l'ananas, soucieux.

– Que nous devons patienter. Il n'est pas encore prêt à devenir la Clef du Rassemblement.

– Nous n'aurions pas dû parler à Oscar Dubois.

– Visiblement la Clef du Rassemblement n'est plus. Oscar Dubois aura vite oublié notre conversation, nos inquiétudes et le poids que nous souhaitons poser sur ses épaules. Il est proche de la Clef, la tristesse l'emportera sur l'inquiétude. Il nous faut mener notre enquête seuls. Pour le moment. »

Oscar Dubois n'avait pas oublié. Mais les Fruits de Poudlard avaient raison sur une chose, il avait bien d'autres soucis. Sa tête fourmillait de souvenirs, de rêves déchus, de moments qu'il avait espéré voir arriver, de fêtes d'adolescents qui n'auraient jamais lieu, de retrouvailles qui ne seraient plus jamais joyeuses. Tout contre lui, Susie laissait pleurer son cœur et Keanu... n'était plus que l'ombre de lui-même. Keith ne riait pas, Nalani n'était plus que panique et colère, Jean-Paul avait frappé le mur. Trois fois. Il pestait contre l'inaptitude et l'inconscience des adultes et contre l'existence même du Concours.

Oscar et Jean-Paul partageaient le même dortoir, dix mois par an, depuis cinq ans. Oscar pouvait prétendre avec légitimité bien connaître Jean-Paul. Ils étaient amis, il appréciait le calme de son ami, sa sagesse, sa mesure. Jamais il ne l'avait vu sortir de ses gonds.

Mais jamais ils n'avaient eu à pleurer la perte d'un ami.

ooOOoo

– Non !

– Je suis désolé mademoiselle, vraiment, mais…

– Non, pas mon frère…

– C'est fini. Il n'y a plus de…

– Il ouvre les yeux !

James ouvrit difficilement les yeux mais ne vit rien qu'un rideau noir ou blanc ou… Son visage se figea et il retomba sans vie sur le lit.

Lily reçut plus qu'elle n'entendit l'horreur, la tristesse et les cris autour d'elle et sentit en elle la terreur qui la paralysait. Elle ne vit pas ses parents supplier James de ne pas mourir, elle ne vit pas Ron tenter d'essuyer ses larmes pour soutenir les parents de son filleul, elle ne vit pas le visage d'Albus se décomposer, celui de Rose, noyé de larmes alors qu'elle serrait le bras figé de Natasha. Elle n'entendit pas Victoire, puis chaque cousin lui conseiller de s'éloigner un peu, elle ne sentit pas la présence pourtant d'habitude si réconfortante de Lorcan. Elle ne sentit pas son corps se mouvoir alors qu'on la traînait vers le fond de la pièce. Elle ne sentit pas de larmes, car aucune larme ne coulait sur ses joues. Pour la simple et bonne raison que Lily savait que James n'était pas mort. Il ne pouvait en autre autrement. James Sirius Potter ne pouvait mourir. Pas comme ça, pas maintenant, pas de cette façon.

ooOOoo

James Sirius Potter était mort. Sa famille n'avait pas encore quitté l'infirmerie, ses amis ne s'étaient pas éparpillés, restant serrés les uns aux autres et pourtant, tout Poudlard était en état de choc.

« Même les fils de peuvent mourir. », murmura un quatrième année de Serdaigle d'un air effaré.

Serena Velsen ferma les yeux quelques minutes. Autour d'elle, quelques garçons de sa classe retenaient leur larmes et tentaient de réconforter Annie Londubat, qui, elle, ne les retenait plus. David Dursley répétait inlassablement que c'était impossible, que James Potter était trop jeune, trop généreux pour mourir. Sebastian Rafa défiait Serena du regard, comme pour l'empêcher de nier, de contrer les propos du garçon joufflu. Elle ne risquait pas de le faire. Bizarrement, et bien qu'il continue de prétendre haut et fort qu'il était responsable de l'enfermement de la jeune fille dans les cachots de l'école, elle savait qu'il était innocent. Elle savait aussi qu'il couvrait quelqu'un. Son frère, sans doute. Ou l'un de ses amis. Merlin savait qu'il en avait beaucoup. Mais Serena songeait surtout au plus jeune des frères Potter, l'énigmatique Albus.

Lily était une tombe de granit dru qui ne répondait jamais aux questions de Serena. La blondinette songeait alors que seul James pouvait répondre à ses questions. Voilà pourquoi il ne devait surtout pas mourir.

Serena Velsen marmonnait rapidement mais personne n'y prêtait attention. Sauf le sanglier en bronze qui la suivait des yeux.

A quelques mètres de la blondinette de première année, un tableau représentant un verger de pêchers était accroché au mur, permettant à la gardienne du dortoir des garçons de première année de s'enquérir des dernières nouvelles.

Elle sembla profondément touchée par la détresse de Serena Velsen mais n'eut le temps de s'y intéresser davantage, la mangue l'appelait avec empressement, sa présence était requise dans la salle commune de Poufsouffle.

« Que se passe-t-il ?

– La Pomme vient de s'entretenir avec l'Oracle. Au sujet de la mort de James Potter.

– Et ? A-t-il nommé une nouvelle Clef du Rassemblement ?

– L'Oracle n'a pas ce pouvoir. L'Oracle porte des messages et a connaissance de savoirs, de légendes et d'espoirs qui nous sont inconnus.

– Il faut nommer une nouvelle Clef du...

– Selon Oscar Dubois, personne n'est mieux placé que James Potter.

– Mais... ça voudrait dire qu'il... qu'il n'est pas mort ?

– L'Oracle garde espoir. Et je crois que nous devrions en faire de même. »

ooOOoo

Et soudain, James respira à nouveau. Ce fut à nouveau le désordre, la précipitation, le chaos et en quelques secondes la famille avait reculé pour laisser travailler les guérisseurs.

ooOOoo

« Je te dis que c'est là.

– Mais enfin ! Il a parlé d'un château médiéval, il a dit qu'il était énorme, qu'il y avait des tours, un lac, une immense forêt !

– Et un village sorcier, oui, je sais...

– On devrait voir tout ça si on était au bon endroit, un château immense, comment tu veux le louper !? On devrait le voir...

– Pas si le Domaine de Poudlard est protégé des yeux moldus. »

Le visage d'Erik Baxter se décomposa. Nicolas Bordy et lui avaient suivi les informations que Hugh Irving* leur avait confié, ils avaient pris trois bus différents, avaient crapahuté pendant des heures avant d'enfin arriver à bon port, balise GPS pour témoin. Mais point de château féérique, point de forêt ténébreuse, point de lac aux eaux noires et profondes. Nicolas était plus patient, plus optimiste, lui seul avait le don de calmer l'enthousiasme angoissant d'Erik et pourtant... Ce n'était pas lui qui se tenait désormais en face d'Erik.

Celui-ci essaya de se rassurer, cherchant du réconfort dans les yeux doux de son meilleur ami mais la stupeur et un brin d'effroi avaient gagné Nicolas Bordy.

L'homme qui leur faisait face était la tranquillité même. D'une taille moyenne, les cheveux poivre et sel, les deux garçons n'auraient su lui donner d'âge. Un homme ordinaire, comme ils en croisaient des dizaines tous les jours. Seul le mégot qui lui brûlait doucement les doigts émettait une fumée bleutée atypique.

– Vous vouliez bien voir Poudlard, hein ?

– Oui, affirma Erik, angoissé. C'est par là ?

– Des moldus qui veulent voir Poudlard, il y en a plein. Des parents, des frères, des cousins de sorciers. Des amis, aussi.

– Notre meilleur ami est élève de Poudlard, en effet, répondit Nicolas d'une voix hésitante. Nous voulons juste lui rendre visite, si c'est permis.

L'homme les jaugea du regard, longtemps. Il n'ouvrit la bouche qu'au bout de ce qui semblait être une éternité pour l'impatient frustré et quelque peu effrayé qu'était Erik.

– Normalement ce n'est pas permis. Mais qui se préoccupe des règles, hein ? Mes amis et moi allons vous faciliter le boulot. Mais faudra être patient.

Erik grogna. Nicolas, lui, dissimulait parfaitement sa perplexité. L'homme leur expliqua la nature de son plan et un rendez-vous fut pris. Ils seraient trois à leur ouvrir les portes de Poudlard et ce simple détail suscita l'inquiétude de Nicolas.

– On prendra un couteau chez nos parents, le rassura Erik, alors qu'ils dévalaient la pente qui les éloignait de Poudlard. Et puis, t'as vu, il est pas très costaud, il ressemble à ces personnages qui se font descendre dès le début du film, il...

– Ils seront trois, Erik. Trois adultes face à deux gamins de douze ans. Je crois que ce n'est pas une bonne idée de revenir.

– Mais... Et Hugh ? On va pas l'abandonner, quand même ?

– Tu as sans doute raison. On va devoir se préparer, alors.

– Si ses potes sont comme lui, on ne devrait pas avoir trop de mal à se défendre.

Erik n'avait pas très peur. L'homme n'avait rien d'impressionnant. Même son nom était commun, passe-partout. Peter. Un prénom sans âge, sans charme. Pas plus que ceux de ses amis qui devaient les aider à intégrer Poudlard. Tom et Elvis. Deux frères, avait dit Peter. Deux jeunes à peine plus âgés que Nicolas et Erik. Celui-ci n'avait plus peur. Il reverrait bientôt Hugh et leur coup d'éclat les couvrirait de gloire et de richesse. Non, il n'avait plus peur.

ooOOoo

James se réveilla doucement. Il était totalement perdu et souffrait atrocement. Il avait peur d'ouvrir les yeux, peur de revoir ce cimetière et les corps de ses proches et ces yeux rouges effrayants, cette armée terrifiante, cette douleur lancinante. Il aurait tant préféré mourir… Que pouvait-il lui arriver maintenant ? Maintenant que tous ses proches, toutes ces personnes qu'il aimait plus que tout avaient quitté ce monde. Maintenant que Voldemort était revenu, qu'il allait décimer à nouveau des familles entières, des enfants, des femmes, des hommes qui n'avaient pas le pouvoir de le combattre. James avait compris ce qu'était vraiment le pouvoir, la force toute puissante, la suprématie. Il savait aussi que jamais il ne pourrait combattre une telle force. Il avait été trop jeune, trop peu entraîné pour empêcher que le monstre tue ses amis, ses parents, sa famille… Alors pourquoi ne le laissait-on pas mourir ? Pourquoi il lui semblait se réveiller dans le pays des vivants ? Il ne savait plus quelle souffrance était la pire. Bien sûr il se sentait orphelin, abandonné, son cœur battait et pesait lourd dans sa poitrine et la tristesse l'envahissait comme jamais. Mais il y avait aussi tous ces coups, ces courbatures, ce corps meurtri qui le faisait tant souffrir. Le froid aussi. Celui de l'abandon, de la culpabilité et de la peur.

Pourtant il semblait allongé à l'intérieur, dans un endroit beaucoup plus chaud que là où il avait passé la nuit. Il ne sentait plus ce vent froid mais en revanche il sentait des présences autour de lui et se tourna doucement. Il ne voyait rien, n'entendait rien. Juste un ressenti, une odeur, une impression. Et des mains qui se posent doucement sur lui. Puis des étreintes, douces, hésitantes, tremblantes, des cheveux qui lui chatouillent le visage, cette odeur de patchouli si représentative de… Cette idée le frappa. Etait-il mort ? Allait-il retrouver ses proches ? Plus que le doute, c'est l'espoir qui cognait fort en lui.

– James, est-ce que tu m'entends ? Ne t'inquiète pas mon garçon, c'est terminé, tu es en sécurité ici.

Cette voix. James la reconnaissait pour l'avoir très souvent entendue à l'infirmerie de Poudlard. Mais, puisqu'il était mort, que pouvait-il faire à l'infirmerie de Poudlard avec le professeur Shiitaké ? Il ouvrit la bouche mais aucun son ne pouvait s'échapper.

– Il est exténué, ça se comprend mais il va bien. Il réagit c'est le plus important. James ! Tu m'entends ?

– …où ? … où ?, dit-il à bout de force.

– Tu es à l'infirmerie de Poudlard mon garçon, ne t'inquiète pas, tu es sauvé.

Sauvé ? Le guérisseur voulait-il dire qu'il était… vivant ? Il sentait beaucoup de remue-ménage autour de lui, sans doute des gens qui essayaient de le soigner. Mais James ne pourrait jamais aller mieux, il ne pourrait jamais oublier.

ooOOoo

« Il est vivant ! »

A peine une phrase, un cri, un murmure étouffé qu'ils s'échangeaient, inlassablement. Les amis arrivaient mais ne partaient jamais, ils voulaient le voir, ils voulaient l'entendre, ils voulaient voir cet air espiègle, vivace, généreux dans ses yeux, ils voulaient voir son sourire rassurant, ses cheveux emmêlés. Ils voulaient le voir franchir la porte. Ils voulaient être rassurés, ils voulaient avoir le droit d'y croire.

– Maël avait l'air sûr de lui, fit remarquer Keith.

Nalani hocha la tête, pensive. Oscar et Susie avaient accolé leurs épaules. Ils n'étaient que tristesse et désespoir. Solenne répétait qu'il ne pouvait mourir, qu'il avait combattu des Détraqueurs, un Ogre, des oiseaux gigantesques, Clifford ajoutait alors que rien ni personne ne pouvait le tuer. Les cheveux de Pepper étaient ternes, le parchemin froissé dans sa main. « Pour prévenir Juliet, au cas où, qu'elle ait le temps de venir pour les obsèques. »

Personne n'avait su que répondre, tous avaient eu si peur, soudain. Et puis Maël était sorti en trombe, lâchant cette phrase que tous rêvaient d'entendre. Il était reparti aussi vite, les laissant dans le doute, l'hésitation. Et l'espoir.

ooOOoo

Toujours beaucoup de bruits, beaucoup de gestes, on lui prend le pouls, on le lève, on le recouche et toujours ces mains et ces cheveux, si doux. Toujours cette odeur de patchouli. James sait qu'il ne supportera pas une nouvelle déception mais il faut qu'il sache. Alors, après un effort qui lui semble surhumain, il ouvre les yeux. Un feu d'artifice, des taches de toutes les couleurs, tout cela tourne autour de lui et puis… un marron sale. Cette couleur si affreuse, James la reconnaîtrait parmi mille. Comment oublier la couleur du plafond de l'infirmerie ?

– Il ouvre les yeux. James, tu me vois ? Je suis le professeur Shiitaké. Tout va bien, tu es en sécurité. Tu te sens bien ?

– Je…. Je.. crois, parvient-il à murmurer d'une voix qui l'effraie encore davantage.

– Tu es très faible, c'est normal, ne t'inquiète pas nous allons nous occuper de toi.

James commence à distinguer le professeur. Il voit même d'autres personnes en blouses blanches sur sa droite, sûrement des guérisseurs. Et cet homme près du professeur avec ses cheveux bruns et ses lunettes rondes… James écarquille les yeux. L'homme en question s'approche de lui et James scrute les yeux humides et les joues rouges de son père. Non, c'est impossible. Il a un mouvement de recul et recommence à se débattre, les guérisseurs approchent mais les mains douces le calment et le rallongent sur le lit. Harry s'assoit près de son fils. Il semble réellement…

– Vi-vivant ?

– Oui, James, je suis vivant. Je suis là.

– Papa… Oh papa, je... j'ai…

Il n'a pas vraiment la force de parler alors son père le prend dans ses bras et le serre très fort contre lui. James sent les larmes couler, touché par les murmures de son père, « je suis là, James, c'est fini. » Les mains douces sont revenues et l'étreignent davantage. L'odeur de patchouli l'envahit. Cette odeur, cette douceur, ça ne pouvait être que…

– Oh, maman, toi... toi aussi tu... es vivante. Mais…, ajoute-t-il en s'écartant de ses parents. Je suis désolé, des gens sont morts et je n'ai pas pu..

– Regarde autour de toi mon chéri.

James voit alors une femme près de sa mère, sa marraine Hermione, le visage inondé de larmes tenant dans ses bras sa petite Rose. Près d'elles, Ron lui sourit, ainsi que tous ses cousins et cousines. Il voit Lucy dont l'habituelle indifférence a laissé place aux larmes, Roxanne la bavarde qui semble plongée dans un mutisme effrayé, Fred et Louis, côte à côte, semblant profondément soulagés, Molly et Victoire puis Teddy qui le regarde avec soulagement et fierté.

ooOOoo

Je suis mort. Il ne peut en être autrement. Ces sourires, j'en ai toujours rêvé. Ces traces de larmes, je ne pensais jamais pouvoir les faire naître. Même en mourant.

Les étreintes qui ne venaient jamais, les larmes que personne ne séchait jamais, les cauchemars qui n'attiraient jamais personne. Sauf Kreattur. Bizarrement, ce petit elfe agressif, intolérant, mauvais, s'était pris d'affection pour moi et n'hésitait jamais à interrompre sa nuit de repos pour me préparer une tasse énorme de chocolat chaud. Il écoutait, aussi. Il était le seul à écouter, d'ailleurs. Et lorsque mon père se levait, très tôt, et nous retrouvait endormis dans la cuisine, c'est sur moi qu'il criait.

Toutes les nuits je l'attendais, pensant bêtement qu'il était de mon devoir d'aîné de jouer les intérimaires, de protéger ma mère, mon frère et ma sœur des « méchants » que combattaient vaillamment mon père, jour après jour. Je m'obligeais à rester éveillé, je ne quittais la cheminée des yeux, attendant avec impatience de voir brûler les flammes vertes énonciatrices du retour de mon héros. J'avais beau ne pas le quitter des yeux, lui ne me voyait jamais. Il époussetait sa cape, la jetait sur le fauteuil, toujours le même, et montait retrouver ma mère.

J'attendais toujours quelques minutes, le cœur battant de gratitude, de soulagement et je montais à suite, discrètement, pour ne réveiller personne. Mes nuits étaient courtes, mes journées bruyantes. Je parlais, criais, jetais, cassais. Mais ça ne faisait pas revenir mon père plus tôt et ma mère continuait de soupirer en me tournant le dos. Lily rouspétait, Albus me jetait son air dédaigneux et navré.

J'étais l'élément perturbateur, celui que l'on aurait voulu cacher, oublier. Celui qui encombrait, qui gênait.

Je le sais, désormais. Je dois être mort puisque ma mère me sourit. Ma mère ne m'a jamais souri, sauf en présence des journalistes. Je dois être mort puisque Teddy semble fier de moi. Teddy n'a jamais été fier de moi, il n'a jamais voulu de moi comme frère, il m'a toujours supporté, comme on supporte un invité encombrant, comme s'il était normal de ne pas m'aimer. Je dois être mort puisque mon père est si proche de moi. Mon père n'ose jamais s'approcher de moi. Il doit avoir peur que je l'éclabousse avec ma soupe, que je tâche les chemises que ma mère repasse avec soin. Il embrasse ma mère, il embrasse ma sœur, il laisse traîner ses doigts dans les cheveux emmêlés de mon frère mais jamais dans les miens.

Je dois être mort.

J'ai fini par comprendre que je ne les rendrais jamais fiers, jamais heureux. Mes parents me regardent pourtant avec ce qui me semble être de l'amour.

Oui, j'en suis persuadé, je suis mort. Je suis mort et une sorte de paradis existe. Je suis mort puisque dans la vraie vie, mes parents ne m'ont jamais offert ce sourire.

ooOOoo

– Tu vois, James, tout le monde est là, lui dit tendrement sa mère.

– Mais…

– James, vous avez été blessé, pendant le Tournoi. Une maladie grave qui vous a plongé dans un affreux cauchemar.

– Un cauchemar ? Non, j'ai vu … j'ai vécu… des choses…

– Ne vous inquiétez pas, nous parlerons de tout ça mais maintenant il faut vous reposer, James.

– Il est revenu… je l'ai vu… je…

– Qui était-ce, James ?

– …

– Voldemort ?

James acquiesça, à bout de forces. Il regarda fixement son père, transi par la peur.

– Ne t'inquiète pas James, Voldemort ne fera plus de mal, je te le promets. Fais-moi confiance, mon fils, ne t'inquiètes pas…

– Il va vous falloir du repos, James, reprit le guérisseur de Poudlard, et nous aurons une conversation tous les deux, je vous expliquerai tout. Maintenant je vais demander à vos amis de…

Un poids énorme pesa à nouveau dans le cœur de James. Ses amis… Comment pourrait-il surmonter la perte de Maël et Alice ? Ils étaient aussi importants pour lui qu'un frère et une sœur, ils faisaient partie de lui. Ils avaient vécu tant de choses ensemble… Jamais il ne pourrait vivre sans eux.

– Mes amis… je n'ai plus de …

– On est là, James.

– Alice ! Mael !

Ses amis se jetèrent sur lui, sous les protestations du professeur. Il les serra tous les deux puis l'un après l'autre et Rose s'approcha à son tour pour éloigner les amis de James qui risquaient de le fatiguer davantage.

– On te laisse avec ta famille, James. Mais on viendra te voir plus tard. Promis.

– Monsieur Thomas, la nuit est tombée, je ne crois pas que ce soit une très bonne idée. Vous viendrez voir votre ami demain.

– D'accord professeur, répondit Mael tout en faisant un petit clin d'œil à James.

Fred, Louis, Lucy et les autres vinrent le prendre dans leur bras, sous les yeux attentifs de Rose qui fut la dernière à le serrer contre elle. Elle semblait plus bouleversée que les autres et ce fut James qui dut la réconforter. A son tour elle se dégagea, rejoignant…

Lorsqu'il la vit, James reçut comme un énorme choc. Il ne faisait plus attention à sa mère qui l'avait rejoint, ni à Hermione qui lui parlait, il ne pouvait quitter des yeux un visage, une chevelure, une fille qu'il avait cru morte et qui s'approchait de lui en lui souriant tendrement. Et plus elle s'approchait, plus James la trouvait belle. Elle se pencha pour qu'il soit le seul à l'entendre.

– Tu es peut-être un petit idiot prétentieux mais tu as beaucoup de force et de courage, lui murmura-t-elle en lui caressant doucement ses cheveux trempés de sueur.

Elle essaya de s'écarter, les yeux brillants, mais il la retint contre lui.

– J'ai cru… que je t'avais perdue.

Elle le regarda intensément, hésitant à lui répondre, puis lâcha dans un murmure :

– Tu ne me perdras jamais.

Rose, qui était restée près d'eux, dévisagea Natasha qui s'éloignait rapidement de James, rouge de confusion. James semblait soudain avoir repris du poil de la bête et Ginny et Hermione échangèrent un regard amusé. Le professeur Shiitaké accourut en disant qu'il fallait à James beaucoup de repos. Ses cousins l'étreignirent à nouveau avant de sortir. Fleur et Victoire l'étreignirent à leur tour, puis Ron et enfin Hermione qui le félicita en lui murmurant qu'il était le digne fils de son père. Ses grands-parents furent plus tendres que toute autre personne, ils pleuraient tous les deux et James, comme avec Rose, dut les réconforter du mieux qu'il pouvait.

– Repose-toi mon chéri. Avec ce que tu viens de traverser, tu mérites qu'on te laisse un peu de repos. Je viendrai te porter de ton gâteau préféré demain.

– Prends bien soin de toi James. Tu nous as fait si peur…

Des personnes étaient restées dans l'ombre depuis le réveil de James. Celui-ci désirait plus que tout au monde les voir. Il prit le bras de son père, le força à se pencher et lui murmura « Papa… où sont… où sont-ils ? » Son père le regarda avec beaucoup de fierté puis fit signe aux deux personnes tapies dans l'ombre d'approcher et James parut soudain le plus heureux des hommes.

– Albus ! Lily ! J'ai eu si peur pour vous….

Son frère et sa sœur vinrent sur son lit et James se sentit plus uni à Albus et Lily que jamais. L'infirmière Tulipe apparut à son tour et leur ordonna d'un air sévère de laisser James se reposer.

Harry et Ginny partirent à ce moment-là, Albus et Lily l'étreignirent une dernière fois en lui promettant qu'ils viendraient le voir le lendemain, Rose en fit de même et fit signe à Natasha de la suivre.

– Je pense qu'il y a encore une ou deux moqueries à servir à ce petit prétentieux. Je te rejoins…

– A la bibliothèque ? coupa James.

Rose quitta la pièce non sans montrer sa surprise et James en profita pour lancer un sourire moqueur à Natasha.

– Tu faisais moins le malin quand je me suis fait attaquer dans ton rêve !

Le sourire de James se figea. Il la regarda d'un air triste.

– Qui… qui te dit que c'était toi ?, tenta-t-il.

– Tu as prononcé mon nom, James.

– Il y a d'autres Natasha… J'en connais une qui…, il se tut devant la mine furieuse de son amie. Et… ça te ferait quelque chose si tu savais que c'est toi ?

– A ton avis hippogriffe mal peigné ? murmura-t-elle en se penchant vers James.

Elle effleura doucement ses lèvres et James répondit tout doucement à son baiser. Mais déjà elle se reculait, horrifiée. Elle voulut partir mais il la retint en lui attrapant le bras. Sa pression n'était pas très forte mais Natasha se laissa faire. Il la tira vers lui et elle se coucha à moitié sur lui. Il consentit à la lâcher et caressa tendrement ses cheveux, la regarda dans les yeux.

– J'ai eu si peur pour toi… Et si mal quand… Et j'étais tellement heureux quand j'ai vu que tu étais vivante. Et si belle, si… toi.

Il l'embrassa alors comme il n'avait jamais embrassé auparavant, passionnément et avec fougue, comme si ce baiser était l'ultime, comme s'il était sa dernière prise sur la vie. Miss Tulipe, qui arrivait avec sa potion, leur laissa un moment d'intimité puis s'éclaircit la gorge. Natasha s'empourpra puis se dégagea de James. Elle le regarda une dernière fois puis quitta l'infirmerie en courant. James avala d'un trait la potion et s'endormit à nouveau, mais cette fois d'un sommeil sans rêve et surtout sans cauchemar.

ooOOoo

« Il va bien.

– Tu es sûre ?

– C'est mon meilleur ami, bécasse !

Susie soupira. Alice Londubat ne lui était pas aussi antipathique qu'à Solenne, mais elle était assez insupportable pour la faire sortir de ses gonds. Nalani lui lança un sourire compatissant, quoique victorieux. Des « membres femelles de la bande », comme disait Keith, seule Susie s'entendait plus ou moins bien avec Alice. Nalani grognait que « cette fausse lionne me tape sur le chaudron », Solenne l'ignorait tout autant qu'Alice l'ignorait, et les Serpentard... Mieux valait ne jamais se tenir près de Pepper lorsqu'elle croisait Alice. Les garçons étaient à un âge où peu acceptaient de se mêler vraiment à leurs homologues féminines et si Oscar se prêtait volontiers à la mixité, James était le seul de la bande à accepter de partager son bureau avec sa meilleure amie. Malheureusement pour Susie, James ne sortirait pas de si tôt de l'infirmerie et elle seule acceptait de supporter Alice.

– Et tes amies de Gryffondor ?

– Mon ami, c'est James.

– Et les filles qui...

– Filippa ne parle que de Fred, Yelena que de quidditch.

– Et les deux autres ?

Alice la fusilla du regard et Susie soupira. Encore. Que pouvait donc lui trouver James ? Maël était plus souple, avenant, sociable, il s'accommodait de tout et de tout le monde. Depuis que James s'était réveillé, Maël quittait rarement son chevet, lui amenant ses devoirs, lui rapportant les potins, les rumeurs, les nouveaux couples et les crises de Mimi Geignarde. Il lui avait même parlé de l'entrevue surréaliste qu'Oscar avait eue avec la pomme du dortoir des Poufsouffle.

– Tu n'aurais pas dû le déranger avec ça, il va se faire du souci et il n'a vraiment pas besoin de ça en ce moment, avait dit Keanu. On lui aurait tout raconté à...

– Je n'ai aucun secret pour James, avait coupé Maël. Il mérite plus que quiconque d'être mis au courant.

– Maël a raison, avait confirmé Oscar. N'oublions pas que sans James, nous ne serions pas là aujourd'hui, ensemble, unis...

– Il nous a donné une force supplémentaire, quelque chose que les autres n'auront jamais, ajouta Susie.

– Il est la Clef du Rassemblement, conclut Nalani avec sagesse.

– Il est notre ami, corrigea Maël avec douceur et détermination.

ooOOoo

Les jours qui suivirent semblèrent très étranges pour James. Ses amis ne le quittaient pas et il reçut de nombreuses visites de ses camarades et de sa famille. Mais il avait besoin de se retrouver seul pour ressasser ce qu'il avait vécu, pour assumer, comprendre et se détacher de ce cauchemar qui lui semblait si réel. Il avait sans cesse besoin de serrer son frère et sa sœur dans ses bras et tentait de reprendre une vie normale mais ça lui était très difficile. S'il se souvenait trait pour trait ce qu'il s'était passé dans son cauchemar, comme s'il avait vraiment vécu ses moments, il oubliait quelque peu son réveil et avait toujours peur pour les personnes qu'il aimait. Un matin, alors qu'il tenait gravement sa sœur contre lui, sa personnalité lui revint, après une gentille moquerie de Jalil.

– Vade retro Serpentas, laisse les Gryffondor s'aimer !

Sa convalescence avait permis à James de mieux connaître les amis de son frère, la fameuse bande des exceptions de Serpentard. Sally-Ann s'était imposée près de lui, dans sa vie, comme une cousine turbulente et drôle, Jalil était profondément gentil, altruiste et Benoit Screta n'avait aucun point en commun avec ses frères aînés. C'était lui qui partait toujours le premier, comme gêné de parler avec celui qui était toujours pris pour cible par ses frères. Surpris par son attitude, James avait rassuré Benoît et continuait d'apprendre à connaître les amis de son frère.

Il conversait d'ailleurs plus souvent avec ceux-ci, surtout avec Jalil, qu'avec Albus, et si Maël s'en étonnait, James mettait la soudaine réserve d'Albus sous le coup de l'émotion.

« Il est très jeune, trop pour vivre des choses comme ça...

– Dois-je te rappeler que c'est toi qui a failli mourir et que Lily a deux ans de moins que lui ?

– Il est sans doute plus sensible. »

Dans ces moments-là Maël n'insistait pas, conscient de l'amour débordant que James ressentait pour son frère. Un amour à œillères, dénué de toute perspicacité. Maël aimait ses trois sœurs, de la même force que l'amour de James pour Lily mais Albus... Maël avait parfois l'impression que James avait hérité du don de ses parents à voir, aimer et traiter Albus d'une façon unique, jusqu'au-boutiste, imméritée. Mais James n'était pas prêt à entendre les arguments de son meilleur ami.

ooOOoo

« C'est pas normal ! La dernière fois que ce type de tournoi a été organisé, un mec est mort ! Un mec de notre âge !

– Jean-Paul...

– Il a raison, insista Susie. C'est dangereux, c'est inconcevable qu'on...

– C'est bon, c'est cool, il est vivant...

– Il aurait pu mourir, Fred ! »

Le ton montait rarement entre les cousins Potter-Weasley mais Louis n'hésitait plus à crier sur Fred. Celui-ci, plus touché qu'il n'aurait voulu par le mal qui frappait James, oscillait entre enthousiasme exacerbé et profond malaise. Il n'avait pas hésité à se confier à Louis, lui expliquant que James était comme un frère, pour lui, et que l'idée même de le perdre lui était insoutenable. Pourtant, depuis que James s'était réveillé, Fred était à la fois éperdument bouleversé et fou de joie, comme si le simple fait de voir James se remettre leur offrait à tous deux une seconde chance, une seconde jeunesse.

« Qu'en penses-tu, Louis ?, demanda Keanu. Toi qui est dans l'équipe...

– Je pense qu'on nous entraîne à nous battre, à encaisser les coups, à accepter de mourir.

– Tu devrais être content, maugréa Fred, c'est un apprentissage de la vie.

– Ça n'a rien à voir, rétorqua Louis. Cédric Digory est mort lors du Tournoi de...

– Voldemort l'avait tué ! Voldemort est mort, James est...

– C'est assez dangereux comme ça, pas besoin de parler de Voldemort, coupa Susie en tremblant.

– Et puis vous semblez oublier une chose, soupira Keanu. James a été blessé pendant la Tâche mais il est tombé après, une fois le parcours terminé. Ce n'était pas un accident.

– Tu... Tu veux dire...

– C'était une tentative de meurtre. Une tentative qui a heureusement échoué mais qui est passée près de réussir. James n'a pas été attaqué par une Acromentule ou un Détraqueur, il a été agressé par quelqu'un. Un homme, une femme, un groupe, peu importe... Qui que ce soit, il était prêt à tout pour le tuer. Et s'il était prêt à tout, il pourrait recommencer à n'importe quel moment.

– Tu ne crois pas que tu vas un peu trop loin ?, demanda Fred, abasourdi.

– Je pense au contraire qu'on est loin d'imaginer l'importance de ce qui se trame, là, quelque part au dehors.

– James n'a pas été pris pour cible au hasard, songea Nalani, pragmatique.

– Ce qui veut dire que vous tous, fils de, pouvez être touchés n'importe quand, remarqua Solenne.

– Peu importe, reprit Keanu. L'agresseur s'en est pris à l'un des nôtres. C'est à nous tous de veiller à ce que cette horreur ne se reproduise plus. Plus jamais.»

Un pacte muet et sincère. Un pacte qui fédérait toujours un peu plus la petite bande. Tous acquiescèrent, ensemble, d'un mouvement commun, ignorant qu'au dehors, un individu les écoutait.

La nuit noire le protégeait, la baguette tendue dans sa main le protégeait. Ses réflexes, ses sens le protégeaient tout autant. Il se fondit parmi les ombres sans se presser. Nul ne pouvait voir ses mouvements, nul ne pouvait le découvrir, nul ne pouvait voir le sourire cruel qui s'était affiché.

La Clef du Rassemblement avait exaucé le plus beau de ses rêves.

En exauçant les prières de l'Oracle, en devenant celui qu'il était, il avait fédéré, il avait trouvé une force immense, inébranlable. Une bande, des cerveaux imaginatifs et brillants qui, en fusionnant, devenaient la puissance même. Une armée en devenir. Ils se battraient, il n y avait plus aucun doute. Mais à trop se rassembler, ils finiraient par s'isoler à trop se soutenir, ils continueraient de se laisser abandonner par leurs familles, par les autres, par le reste du monde.

Leur plus grande force était devenue leur plus grande faiblesse.

Peter accueillit l'inconnu d'une révérence polie, soumise. Lui avait reconnu les vêtements, la carrure, l'apparence. Lui avait vu le sourire cruel. Lui avait compris. James Sirius Potter n'était pas mort. Il avait encore trop d'importance pour mourir. Mais son heure approchait. Il ne réaliserait jamais son rêve, songea Peter.

Lui s'était échappé de Poudlard, de ses pièges, de ses murs empreints de tâches, de devoirs, de responsabilités. James Sirius Potter, lui, ne s'en échapperait jamais. Le compte à rebours était lancé. Bientôt la Clef du Rassemblement accomplirait son destin. A ses dépends, sans même s'en apercevoir. Ensuite seulement il commencerait à comprendre, à sombre, à souffrir. Et puis, lorsqu'il la supplierait d'ôter enfin sa vie, la mort se montrerait généreuse et exaucerait son ultime prière.

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Étrangement, comme se jouant de lui, la vie reprenait son court et James y reprit goût. Il fut heureux de voir que les efforts des Champions de Poudlard avaient payé, fier d'apprendre qu'Olivia le gardait dans l'équipe de quidditch malgré ses blessures et ses absences aux entraînements et honoré lorsqu'à sa sortie de l'infirmerie il apprit qu'une grande fête était organisée dans la Salle Commune pour son rétablissement.

La version officielle était qu'il s'était blessé à la fin de l'épreuve. Seuls ses amis proches connaissaient la vérité et cela suffisait à ses yeux. Ses amis, Keanu et Solenne en tête, lui avaient proposé de faire des recherches sur cette « maladie » qui avait failli lui coûter la vie, mais James avait refusé. Bien sûr il était intrigué et comprenait l'importance de tout comprendre de cette « maladie », afin de s'en prémunir si elle venait à sévir à nouveau mais pour la première fois, la peur prenait le pas sur la curiosité. Encore chamboulée, Alice avait acquiescé. Louis et Fred avaient suivi le coche, sans trop en parler. Maël était plus dubitatif. Mais il comprenait, en voyant les larmes poindre au coin des yeux de son meilleur ami à quel point celui-ci garderait longtemps les vestiges de son traumatisme.

Ses amis n'abordèrent plus le sujet devant James et celui-ci se concentra sur ce qui lui était essentiel : reprendre une vie normale et tenter d'oublier.

Il attendait patiemment le retour de Nolan et de Jin Huang, toujours en convalescence à Sainte Magouste, et rattrapait son retard scolaire en compagnie d'Alice et Mael, ceux qu'il avait eu si peur de perdre. Louis et Fred se joignaient souvent à eux, ainsi que la joyeuse bande de Lily ou les discrets membres des Exceptions de Serpentard. Fred et James n'avaient pas vraiment reparlé du Tournoi mais ils se montraient à nouveau cordiaux. Leur complicité n'était plus aussi évidente mais les deux cousins faisaient beaucoup d'efforts pour la retrouver. James s'était également énormément rapproché de Lucy. Elle et Marcia Evans passaient beaucoup de temps avec la bande, surtout depuis que Marcia semblait totalement sous le charme de Louis. Marcia et Louis avaient somme toute le même caractère alors que Lucy s'était intégrée avec évidence dans le groupe de James, Alice et Mael. James adorait Lucy et elle le lui rendait bien. Rose passait régulièrement prendre de ses nouvelles, les animosités entre eux étaient définitivement oubliées et James découvrit une nouvelle Rose, beaucoup plus ouverte et attentive que ce qu'il croyait. En revanche, James n'avait plus vu Natasha. Quelques fois il se demandait ce qui s'était réellement passé entre eux peu après son réveil, lorsqu'ils s'étaient retrouvés seuls et s'étaient inexorablement rapprochés. Il gardait peu de souvenirs de son réveil et se demandait si leur baiser avait bien eu lieu ou s'il en avait juste rêvé.

Puis ce fut le moment de retourner en cours, de reprendre les entraînements de quidditch et de retrouver la folie des rumeurs, des pronostics et des chuchotements. Ce fut également le moment de retrouver Dona Cole et celle-ci lui sauta à la gorge en lui apprenant en moins de dix minutes qu'elle avait planifié la date de leurs fiançailles, qu'elle l'invitait à passer les fêtes de fin d'année chez ses parents et qu'elle avait déjà choisi les prénoms de leurs premiers enfants. Dona adorait se montrer au bras de James en public, dans la Grande Salle et les couloirs mais la plupart du temps, lorsqu'ils se retrouvaient dans la salle commune de Gryffondor, James et Dona n'avaient rien à se dire. Il avait mis moins de deux minutes pour prendre sa décision. La pire nuit de sa vie l'avait fait réfléchir et il ne voulait plus perdre de temps. Alors James prit son courage à deux mains et mit un terme à leur relation. Cela ne sembla pas vraiment surprendre Dona qui accepta plutôt bien leur rupture.

Lily avait éclaté de rire en apprenant leur rupture. Elle détestait les filles comme Dona Cole et ne supportait pas de voir cette fille se pavaner en prononçant sous toutes les formes « Dona Potter ». James était heureux de voir sa petite sœur avec le sourire. Elle était toujours le sujet numéro un des rumeurs en tous genres mais le Tournoi, les blessures, le quidditch étaient sur toutes les lèvres. Lily profitait de son apprentissage de la vie magique en compagnie de son fidèle groupe d'amis, Lorcan en tête. Elle continuait de tenir tête à Serena Velsen qui cherchait par tous les moyens à connaître le fin mot de l'histoire sur son attaque. Lily n'avait pas osé raconter la vérité à ses amis et ils croyaient simplement que James et Lily s'étaient lancé un défi et avaient été dépassés par les évènements. Lorcan et Annie savaient que Lily et James ne feraient jamais de mal à quelqu'un et Sébastian et Colin aimaient trop Lily pour douter d'elle. David ne s'était même pas posé la question, il était avec Lily, point barre. Mais s'il n'en voulait pas à sa « cousine », il ne comprenait quand même pas pourquoi Serena Velsen tournait tant autour d'eux et pourquoi Lily ne s'expliquait pas avec elle. Elle qui était d'origine moldue devait avoir besoin d'amis et elle était malheureusement souvent seule. De plus, David voyait que Lily, James et Louis étaient très attentifs à Serena et cela l'intriguait d'autant plus.

Alors que les élèves supportaient avec difficulté leurs derniers cours et qu'ils avaient hâte de profiter de leurs vacances, le dernier discours du professeur Briscard eut l'effet espéré.

ooOOoo

L'annonce du Bal de Noël fit l'effet d'une bombe. Cette fête, dont on avait parlé peu après la première tâche puis qui avait été oubliée était désormais officialisée, elle se déroulerait peu avant les vacances de Noël et mit le château sens dessus-dessous. Chaque récréation, chaque cours, chaque repas voyait fleurir quantité de conversations autour du bal. La décoration, la musique, les boissons, tout était sujet à pronostics et surtout les couples qui se formeraient pour l'occasion. En effet, le professeur Briscard avait bien insisté sur le caractère festif – et donc dansé – de la soirée. Les plus jeunes étaient tout aussi excités que ceux qui pourraient se rendre au bal. En effet, seuls les élèves de quatrième année et plus, avaient été autorisés à s'y rendre.

James et ses amis étaient silencieux à chaque fois que l'on abordait le sujet. Alice prenait un air dégagé mais attendait qu'un beau jeune homme vienne lui demander d'être sa cavalière et Mael et James n'osaient pas inviter les filles avec qui ils désiraient s'y rendre.

James avait tourné et retourné mille fois la situation dans sa tête. Il ne servait à rien de se voiler la face. Il éprouvait des sentiments très forts pour Natasha Kandinsky. Et Mael craquait littéralement pour Nalani Jordan et ce depuis… toujours, pensait James. Un soir, alors que les deux meilleurs amis veillaient à une heure tardive pour finir leur devoir de Défense contre les forces du mal, James profita du fait qu'ils étaient pratiquement seuls dans la salle commune pour aborder le délicat sujet.

– Au fait, tu… t'as une idée de qui t'aimerais inviter pour le bal ?

– Humm ? fit Mael en levant la tête de son parchemin. Je n'y ai pas trop réfléchi pour le moment. Et toi ?

– Moi non plus, mentit James.

– On a encore du temps. Par la barbe de Merlin, Gash abuse vraiment avec ses devoirs.

– Ouais, répondit James en jetant un œil à son devoir.

– Dommage qu'Alice l'ait fini avant nous. On aurait pu le faire avec elle, elle est tellement douée pour la Défense en ce moment… A croire qu'elle veut devenir Auror.

– Mmm.

– On perd un temps fou avec les entraînements du quidditch. Je ne veux pas remettre l'année des Buses sur le tapis mais quand même… Je ne sais pas comment Olivia et Liko trouvent le temps de bosser leurs ASPICS.

– Ils ont choisi peu de matières. Et puis c'est important aussi le quidditch.

– Ouais mais bon, trois entraînements par semaine avec la tonne de devoirs qu'on a… Franchement quand tu reprendras les entraînements du Tournoi tu seras mort de fatigue. On n'a même plus le temps de sortir le soir.

– On connaît le château par cœur maintenant.

– Ouais mais c'était bien. C'était le bon temps…

– C'est vrai que ça me manque à moi aussi… je regrette presque d'avoir donné la cape à Albus. La désillusion, c'est bien mais la cape c'était franchement mieux. Même si on n'y tenait plus tous dessous.

– De toute manière on n'a plus le temps et … Vu l'heure qu'il est on a intérêt à se bouger et à finir ce devoir si on veut dormir quelques heures.

Mael reprit sa rédaction et James savait qu'il aurait dû en faire de même. Accélérer, finir son devoir pour pouvoir rendre quelque chose le lendemain. Mais il n'arrivait pas à se concentrer.

– Mael...

– Ouais ?

– Pour en revenir au bal…

– Tu ne veux pas bosser plutôt ? James, franchement, t'as écrit dix lignes…

– Ouais mais ça me tracasse.

– T'es Champion de l'école, mec, invite n'importe qui et sors-toi ça de la tête.

– Je ne veux pas inviter n'importe qui.

Cette fois-ci il gagna l'attention totale de son meilleur ami.

– Tu veux dire… Tu veux inviter une fille en particulier ?

– Plus ou moins, oui. Et puis fait pas l'étonné, toi aussi y a une fille qui… Oh, Mael ça va quoi je vois bien comment tu la regardes.

– Qui ça ?

– Nalani.

– Quoi !? Attends tu parles de Nalani Jordan, là ?

– On connaît combien d'autres Nalani ?

– Franchement elle est très sympa mais c'est une amie, juste une amie. Je pourrais lui proposer d'aller au bal ensemble, d'ailleurs, juste en amis. Mais maintenant faut se remettre à ce devoir, James ! Écoute je sais qu'en ce moment t'es ailleurs, avec le Tournoi, ta famille, ton attaque, tout ça mais franchement tes notes ont baissé depuis le début de l'année ! Tu assures, c'est sûr, t'es toujours le meilleur mais tu n'écoutes plus en cours et tu bâcles tes devoirs. Tu vas continuer à te taper des sales notes si tu continues et puis… penses aux BUSES, t'es promis à un bel avenir, accroche toi !

Comme toujours, Mael avait raison. James resta très tard dans la salle pour finir son devoir, si bien qu'une fois totalement seul et alors que le soleil commençait à se lever il relut son devoir en étant satisfait. Ce n'était pas brillant mais il l'avait fini et c'était déjà un exploit par rapport au début de l'année. Il fallait qu'il se ressaisisse. Et heureusement, il pouvait compter sur ses amis pour y arriver.

Les jours suivants, James se concentra davantage en cours et recommença même à participer. Il avait obtenu un A à son devoir de Défense, comme quelques autres élèves et personne n'avait obtenu de meilleure note, à part Alice qui progressait à vue d'œil dans cette matière. Le professeur Gash était très sévère mais ses élèves appréciaient toujours autant ses cours, surtout la partie pratique et James fut très heureux de noter qu'il récupérait ses réflexes rapidement.

Les discussions autour du bal de Noël ne s'étaient pas taries, bien au contraire. Il n'était pas rare de voir une jeune fille pleurer car elle avait appris que l'élu de son cœur avait invité une autre fille. Il y eut également un incident qui choqua les amateurs de quidditch lorsque deux joueurs de l'équipe de Poufsouffle se blessèrent au cours d'un duel acharné devant la Grande Salle. C'est une nouvelle fois Alice, qui tirait ses sources des toilettes des filles, qui leur apprit ce qui s'était passé.

– Allan a appris que Connor avait invité Zoé Smith pour le bal.

– Et alors ?

– Zoé est l'ex d'Allan et le mois dernier Connor sortait avec Alize.

– Qui ?

– La sœur d'Allan.

– Donc Connor a laissé tomber sa copine qui n'est autre que la sœur de son meilleur ami pour sortir avec l'ex de celui-ci ?

– Voilà.

– Mais comment t'es arrivée à tout retenir ?

– Les filles ne parlent que de ça aujourd'hui. Et je vous signale que c'est très important pour vous !

– Pourquoi ?

– Ils jouent tous les quatre dans l'équipe de quidditch, c'est ça qui les a rapprochés. Du coup, déjà qu'ils ne sont pas très forts, ça risque de créer des tensions supplémentaires dans l'équipe et de les faire perdre.

James nota en effet que leur ami Oscar, qui faisait partie de l'équipe de Poufsouffle, paraissait assez inquiet. Fred, qui venait d'apprendre la nouvelle par leur amie Filippa était aux anges. Le prochain match de Gryffondor les opposerait à Poufsouffle et s'ils voulaient gagner le championnat, ils devaient non seulement les battre mais aussi les distancer d'un bon nombre de points. Fred était intarissable lorsqu'il s'agissait de quidditch, il lisait toutes sortes de magasines qui parlaient de son sport favori, effectuait des analyses et des pronostics et depuis quelques temps plus rien ne semblait vraiment l'intéresser à part ça. Il ne s'apercevait pas des sentiments que ressentait Filippa à son égard ni des soupirs agacés de Louis, Yelena et Alice et encore moins de l'énervement qu'il suscitait chez Mael.

James était une nouvelle fois perdu dans ses pensées lorsqu'il aperçut Rose et Natasha se lever de la table des Serdaigle, riant ensemble. Prenant son courage à deux mains, James se leva et les rattrapa dans le couloir.

– Salut mes petites rates favorites !

Comme elle en avait pris l'habitude, Rose l'attendit en souriant alors que Natasha essayait de l'éviter.

– Ça va Rose ?

– Très bien et toi, les BUSES ?

– Toujours programmées pour la fin de l'année, à ce qu'il parait, répondit-il sur le ton d'un rapport officiel.

Rose pouffa et même Natasha réprima un sourire.

– Natasha, je pourrais te parler ? En privé ? De … quidditch ?

– Je vous laisse, décida Rose. J'ai eu ma dose de discussions de quidditch pour la journée.

– Ok, je te rejoins vite. Qu'est-ce que tu veux Potter ? Si c'est pour rabâcher cette histoire de Poufsouffle…

– Non. Non ce n'est pas ça du tout.

– Qu'est-ce qu'il y a alors ?

– Euh… Je me demandais… Si… ça te dirait de venir au bal avec moi.

– Au bal ?

– Ouais… Les élèves de troisième année et moins ne peuvent y aller qu'accompagnés d'élèves plus âgés donc je me disais que… enfin comme ça tu pourras y aller. Enfin si tu veux.

– J'irai au bal. Mais pas avec toi.

Voyant l'air déçu de James elle se mordit la lèvre, certainement désolée d'avoir été si directe.

– T'étais sérieux ?

– Ben ouais…

– Je vais y réfléchir alors. Mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée…

– Pourquoi ?

– Je dois y aller, là.

Il la regarda partir puis regagna la salle commune de Gryffondor. Stupéfaction, incompréhension, déception s'emparaient de lui et il eut du mal à faire bonne figure devant ses amis. Il avait vraiment dût rêver de ce rapprochement doux et merveilleux entre eux, le lendemain de la Première Tâche, sinon, pourquoi se comportait-elle ainsi avec lui ? Pour se changer les idées, il prit quelques notes sur ses cours pour les envoyer à Nolan. Ses amis et lui n'avaient pas eu l'autorisation d'aller le voir à l'hôpital mais James prenait de ses nouvelles tous les jours auprès de sa sœur jumelle Noelia. Celle-ci lui avait alors proposé de l'aider à envoyer ses cours à Nolan. James savait bien que Nolan n'en avait pas besoin et que Noelia pouvait très bien assurer seule cette mission mais son amie s'était aperçue du manque de travail de James et l'aidait ainsi à sa manière à se reconcentrer sur son travail scolaire.

Alice, Mael, Fred et Louis l'avaient rejoint et si chacun se retenait de dire ce qu'ils pensaient sur Nolan par égard pour James, celui-ci savait très bien que leur nouvel ami ne faisait pas l'unanimité. Pour Fred, comme pour Alice, il était un adversaire, un ennemi. Louis jalousait ses bons résultats scolaires, quant à Maël... Lui d'habitude si ouvert aux autres semblait garder une certaine forme de réserve vis-à-vis de Nolan. « Il est simplement et bêtement jaloux », avait dit Nalani. Et Maël avait broyé du noir pendant des heures.

Ils firent leurs devoirs en silence devant la cheminée. A cette heure, beaucoup d'élèves étaient présents et la salle était très bruyante. Maggie Towler une élève de sixième année qui faisait partie de l'équipe de quidditch de Gryffondor comme batteuse passa le portrait de la Grosse Dame et salua la bande d'un petit signe de la main. James répondit brièvement avant de se concentrer sur son devoir de Potions. Il ne la vit pas s'approcher d'eux.

– Salut James

– Ah tiens. Salut Maggie ! J'imagine que tu viens nous parler de la bagarre des Poufsouffle ?

– Pas vraiment, non. J'ai entendu ça mais je voulais te parler d'autre chose. Tu bosses ?

– Ouais un devoir de potions…

– Besoin d'un coup de main ?

– Non, merci, ça devrait aller.

– Ok… au fait, je voulais te demander… Tu as déjà une cavalière pour le bal ?

James releva la tête surpris. Ses amis échangèrent un regard amusé.

– Euh. Pas vraiment. Enfin j'attends la réponse de quelqu'un.

– Ah bon ? répondit Maggie un peu déçue. Écoute… Moi j'aimerais bien y aller avec toi.

James s'empourpra. Il la regarda avec de gros yeux.

– Euh... Merci. Ben dès que j'ai la réponse je te dis ce qu'il en est.

– Ok ça marche ! Bonne soirée James !

Maggie alla rejoindre ses copines qui gloussaient dans un coin. James se tourna vers ses amis qui ne tarderaient pas à partir dans un fou rire collectif. Louis rompit la liesse :

– T'attends la réponse de qui ?

– Natasha.

Fred s'égosilla :

– Kandinsky ? T'es fou mon pote ! Accepte la proposition de Maggie ! Attends comment tu peux hésiter entre une troisième année qui veut pas y aller avec toi et une sixième année, super bien gaulée qui veut ?

– Elle n'a pas dit qu'elle ne voulait pas… Elle doit juste y réfléchir.

– Mais c'est tout réfléchi ! James ! Maggie Towler ! C'est une bombe !

– Laisse-le Fred, c'est à lui de voir, et en attendant on a un devoir de potions à finir.

Le lendemain James attendait la réponse de Natasha avec beaucoup d'impatience. Ni lui ni ses amis n'écoutèrent beaucoup en cours. Fred harcelait Oscar de questions sur l'ambiance entre les joueurs de l'équipe de Poufsouffle, et ça lui valut une retenue de la part du professeur Wine. Alice et Mael semblaient plus perturbés qu'ils ne le laissaient entendre à propos du bal, surtout lorsque les Serdaigle partageaient leurs cours. Habituellement Maël était aussi heureux que James de retrouver leurs amis, mais ces jours-ci il se montrait absent, ce qui inquiétaient ses amis lorsqu'ils ne soupiraient pas face à une Alice plus énervée, voire irascible, que jamais.

Durant leur cours commun de Métamorphose, le professeur Glacey leur avait demandé de métamorphoser des objets divers en animaux. Ils étaient classés par niveaux et dans ce cours, James n'avait jamais pris de retard. Il avait toujours apprécié les cours et l'attitude du professeur Glacey et ce sentiment s'était amplifié lorsqu'il avait commencé à suivre ses cours d'animagus. Il faisait donc équipe avec les meilleurs élèves de la classe de métamorphose, Noélia, Keanu et Louis et tous les quatre tentaient de transformer une vache en canapé. Un peu plus loin, Irina, Keith, Solenne et Yelena s'attaquaient à un tabouret qu'ils devaient transformer en singe. Le reste de la classe était également en petits groupes et tous bataillaient avec des livres, des coupes et des horloges qu'ils métamorphosaient en oiseaux ou en rongeurs.

La partie pratique du cours était toujours un moment très drôle pour les élèves. Alors qu'il observait Noelia qui réussissait particulièrement son sortilège, James entendit des éclats de rire. A l'autre bout de la pièce, Mael et Fred faisaient équipe avec Nalani et Dona Cole. Les deux filles ne pouvaient se retenir de rire face à une blague de Fred et vu la tête que faisait Mael, la blague s'était déroulée à ses dépens.

– Silence ! M. Weasley, cinq points en moins pour Gryffondor.

– Meuhhh !

– Félicitations miss Donovan, dix points pour Serdaigle. M. Corner, restez concentré, regardez votre singe n'a que trois pattes. Miss Londubat, maintenant, allez-y, on vous regarde.

Coutransfeurs !

La coupe qu'Alice essayait de transformer en rongeur se coucha et les hanses de la coupe se mirent à bouger doucement, comme le museau d'un rat. Fred explosa de rire et se tut en voyant le regard réprobateur de son professeur.

– Bien essayé, miss Londubat, tâchez d'être davantage concentrée dorénavant. La transfiguration nécessite une grande volonté. M. Weasley maintenant…

Le professeur s'approcha de Fred et James détourna le regard. Louis n'avait pas la même facilité que Noelia, aussi James et Keanu s'approchèrent de la table d'à côté où Filippa tentait de calmer Alice pendant qu'Aldo essayait à son tour sa transfiguration.

– C'est rien Alice, tu y arriveras la prochaine fois.

– Hum.

– Aller Londubat arrête de râler, ajouta Keanu, il n'était pas si mal ton rongeur ! D'ailleurs en regardant bien, comme ça là, tu lui ressembles pas mal.. Oh ! fais gaffe !

– Miss Londubat si je vous vois à nouveau jeter votre coupe sur votre camarade j'enlève dix points à Gryffondor !

– T'es bien susceptible en ce moment, reprit Keanu en se massant le bras là où la coupe l'avait frappé.

– Dégage Ganesh sinon je te jure que la prochaine fois je réussirai si bien mon sortilège que j'enverrai mon rongeur visiter ton caleçon ! T'as compris ?

– Londubat, dix points de moins ! Maintenant taisez-vous sinon c'est une retenue.

Keanu jeta un regard surpris à James et regagna leur table. Quand vint son tour, James métamorphosa le canapé mais sa vache manquait cruellement de tâches aux yeux du professeur Glacey qui ne put s'empêcher de rire quand James fit apparaître deux accoudoirs peints sur les poils de la vache qui prit une teinte de cuir ciré.

– Quelle sublime vache-canapé ! Cinq points pour Gryffondor pour féliciter votre audace, M. Potter et maintenant transformez-moi cette œuvre d'art en canapé avant que j'appelle la société de protection des animaux ! pouffa le professeur Glacey. Je suis content de voir que vous êtes à nouveau à… un poil de la perfection, M. Potter, ajouta-t-il à voix basse.

James avait facilement réussi sa métamorphose et il reçut la tape amicale de Louis avec beaucoup de fierté. Il était en train de remonter la pente et il en était profondément soulagé.

– Tu reprends du « poil de la bête » James !

– Tu sors de ta « bouse », c'est cool !

– Tu ne veux pas « meuhhh » montrer comment tu fais ?

Keith, Keanu et Fred n'arrêtèrent pas de plaisanter à ce sujet pendant la récréation qui suivit leur cours. Même Louis plaisanta avec eux. Mael, en revanche revoyait silencieusement son devoir de Potions. Les Gryffondor et les Serdaigle se séparèrent ensuite, les premiers rejoignaient les cachots et les seconds les serres de Botanique.

James essayait d'égayer un peu Alice et Mael mais au détour d'un couloir son regard croisa celui de Natasha qui retournait, avec Rose en cours d'Arithmancie. Elle ne le salua pas et lui tourna le dos.

– Mais qu'est-ce que vous avez tous les trois ? Même Louis est plus bavard que vous aujourd'hui !

– …

– James, mon pote, tu sais ce qu'il te faut ? Une petite infraction ! Il fait beau ce matin, si tu veux on va chercher nos balais et on file sur le terrain !

– On va en cours de Potions je te signale !

– Et alors ? T'es devenu trop sérieux, mec. Bon, ok, j'ai adoré ton petit coup en cours avec la vache, c'était très drôle mais faut pas s'arrêter là !

– Mes notes sont en baisse, Fred, faut que j'aille en cours.

– En baisse ? Oh arrêtes, viens ça te fera du bien…

– Toi, tu n'as pas fait ton devoir, devina Louis.

– Quel devoir ?

– Fred ! Les trente centimètres de parchemin sur le philtre de confusion !

– C'est quoi ça ?

– Tu le saurais si t'avais fait ton devoir ! On est noté dessus, Fred, tu vas avoir un Troll !

– Laisse tomber Louis, je n'aime pas les Potions et je ne compte pas continuer l'année prochaine. Bon je vais m'asseoir avec Oscar et on parlera de l'équipe de Poufsouffle.

– On est avec les Serpentard en Potions. Pas avec les Poufsouffle.

– Ah oui, je vais bien m'amuser ! répondit Fred en entrant dans la salle avec un grand sourire.

En effet, si Fred n'était ni intéressé ni doué dans cette matière, il savait à la perfection faire exploser les chaudrons et les Serpentard le savaient mieux que quiconque.

Trois étages plus haut, les élèves de première année de Gryffondor et de Poufsouffle attendaient patiemment que le professeur Glacey les invite à entrer en cours. Lily était adossée au mur et écoutait Lorcan, Colin et Sébastian parler comme tous les amateurs de quidditch de la mauvaise ambiance qui régnait dans l'équipe de Poufsouffle. Annie tentait d'expliquer avec ses propres mots à David ce qu'était la magie noire et pourquoi il était important d'apprendre le charme du bouclier.

Du côté des autres élèves, Serena semblait mourir d'ennui en écoutant Mary et Jessy discuter de la nouvelle liste de « divinités » de l'école, les garçons de Poufsouffle étaient trop loin pour que Lily puisse entendre leur conversation mais malheureusement elle entendait les filles évoquer leur nouveau sujet de prédilection, le bal de Noël. Après les avoir regardées avec un air écœuré, Lily se remémora le cours de défense que les Gryffondor venaient d'avoir. Alors que ses amis s'entraînaient au charme du Bouclier, Lily avait eu une impression étrange. Son instinct l'avait portée vers une pièce adjacente qui n'était autre que le bureau du professeur Gash. Elle ressentait au plus profond d'elle une sorte de plainte, comme si elle entendait un cri dans son propre corps. Dans la pièce qu'elle croyait vide se trouvait une créature qu'elle n'avait jamais vue auparavant. Elle avait reçu un jet de liquide sur le visage et avait ensuite compris qu'elle était face à une sorte de créature plus petite mais très semblable à un lama qui portait deux petites ailes sur le bas du dos. L'une de ses ailes étaient blessée et Lily avait analysé que l'animal devait être en position de défense pour éviter d'être à nouveau blessé. Pourtant Lily avait avancé vers la créature. Celle-ci s'était emballée et avait attaqué Lily qui ne s'était pas arrêtée et avait continué à avancer, posant une main sur le dos de la créature, la regardant droit dans les yeux et murmurant des mots et des sons qu'elle voulait réconfortants. L'animal s'était calmé et avait même laissé Lily observer sa blessure.

– Eloignez-vous Potter. Cet animal a été ensorcelé et votre attitude était très dangereuse. Dix points de moins pour Gryffondor. Le cours est terminé, je vous demande de quitter la salle.

Lily avait acquiescé et avant de quitter le bureau, avait murmuré :

– Il n'a pas été ensorcelé, professeur. Son regard est confus, quelque chose a dû l'effrayer et en reculant il a du se faire mal, certainement s'écraser contre quelque chose, un rocher ou un arbre. Ses poils ont été froissés et son aile… Je pense que c'est une fracture.

Le regard que lui avait lancé son professeur avait décidé Lily à déguerpir le plus rapidement possible. Elle avait rejoint Lorcan et les autres pour leur récréation et avait évité leurs questions. Seule Serena ne l'avait pas quitté du regard.

Devant la salle de Métamorphose, la porte s'ouvrit enfin et étonnamment, ce fut le professeur Gash qui en sortit.

– Potter ! Venez.

Lily jeta un regard inquiet à Lorcan et rejoignit ses deux professeurs dans la salle.

– Bonjour Lily, commença le professeur Glacey. Le professeur Gash vient de me rapporter ce qu'il vient de se passer à la fin de son cours. Pourquoi t'es-tu rendue dans son bureau ?

– Je… J'ai entendu une sorte de plainte. C'était plus une impression qu'autre chose mais ça m'a guidé vers le bureau, je pensais que quelqu'un était blessé.

– Un sortilège de silence était posé, Lily.

– Je… Je vous jure que j'ai… Je n'essayais pas de fouiller ou…

– Nous ne doutons pas de ça, miss Potter. Mais ce n'est pas la première fois que vous présentez un comportement étrange avec les créatures magiques. J'ai, comme vous le savez, un élevage de strangulots. Ils sont particulièrement agressifs, vous pouvez demander à votre frère Albus, il garde encore une trace de leur attaque de la semaine dernière. Je fais étudier à mes élèves les strangulots lorsqu'ils sont en troisième année. Chaque année des élèves sont blessés et j'ai bien l'impression que ça plaît énormément à mes strangulots. Pourtant, dès votre premier cours je vous ai vu avec votre ami Lorcan plonger un doigt dans mon aquarium. Et si votre ami a failli perdre son doigt, le vôtre était tranquillement en train de caresser les strangulots. Inutile de vous rappeler les épisodes avec les hippogriffes.

– …

– Miss Potter, nous pensons tous les deux que vous avez des… prédispositions. Une sorte de don. Le professeur Glacey fait passer des sortes de tests à certains de ses élèves. Il ne le fait jamais avant la troisième année d'étude. Nous en avons parlé tous les deux et nous aimerions que vous passiez ces tests.

– … C'est douloureux ? Ça consiste en quoi ?

– Ce n'est bien évidemment pas douloureux. Le professeur Glacey pratiquera quelques sortilèges sans gravité sur vous.

– C'est tout ?

– Oui, c'est tout.

– Mes parents seront au courant ?

– Ce sera à vous de le leur dire. Samedi après-midi, seize heures, ici ?

– D'accord.

– Bien, je vais vous laisser, ajouta Franck Gash en quittant le bureau. Lily… Vous aviez raison pour le lazaro. C'était bien une fracture. Puisque vous n'avez pas cours cet après-midi, vous pourrez observer Hagrid pendant qu'il le soignera si vous le souhaitez.

Déjà les autres élèves entraient et s'installer pour suivre leurs cours. Certains étaient ravis d'avoir perdus autant de temps, d'autres dévisageaient Lily. Les filles de Poufsouffle en revanche n'avaient pas arrêté de parler du fameux bal. Cela amusa Lily. Pendant que certaines passeraient l'après-midi à faire des pronostics, elle irait aider Hagrid à soigner un lazaro.

ooOOoo

De là où elle se trouvait, Lily pouvait voir quelques élèves survoler le terrain de quidditch. En se replongeant dans le discours incompréhensible du professeur Ganesh sur la lutte des pouvoirs des Gobelins dans les pays Scandinaves elle maudit les élèves qui n'avaient pas cours le jeudi matin. A ses côtés, Colin dessinait sur un bout de parchemin froissé et Lorcan observait également le terrain de quidditch. Sébastian, en revanche, prenait quantité de notes. Il adorait ce cours et ses amis ne comprenaient vraiment pas pourquoi.

Lily sortit discrètement de son sac l'emploi du temps de ses frères et y jeta un œil. Albus ne devait pas avoir cours car seuls les élèves de troisième année qui étudiaient les Runes Anciennes avaient cours ce matin-là. Albus avait en effet choisi les mêmes options que leur père, c'est-à-dire la Divination et les Soins aux Créatures Magiques alors que James avait choisi le cours de Hagrid mais avait également opté pour l'Arithmancie qu'il suivait avec son meilleur ami et les Runes Anciennes qu'il suivait avec Louis. Rose, en revanche, qui avait choisi de suivre nombre d'options, comme sa mère avant elle, devait être en cours avec sa meilleure amie. Lily jeta ensuite un œil à l'emploi du temps de James qui était en cours de Sortilèges. Comme Lily avait ce cours juste après l'Histoire de la Magie ils se croiseraient certainement. Lily était soulagée, elle voulait parler à James et Albus des évènements de la veille, avec le lazaro et de ce que lui avaient proposé les professeur Glacey et Gash.

A quelques mètres là en effet, James s'apprêtait à ranger ses affaires lorsque le professeur Slopa leur donna de nouvelles recommandations.

– Les devoirs que vous m'avez rendu la semaine dernière étaient particulièrement mauvais. Il est rare que je reçoive de tels torchons l'année des BUSES. J'attends mieux de vous les fois prochaines.

James repensa à la façon dont il avait bâclé son devoir, lui qui aimait particulièrement les Sortilèges pourtant. Alors que le professeur Slopa notait, comme à chaque fin de cours, le nom du pire élève de la semaine il jeta pour la millième fois de la journée un coup d'œil à ses meilleurs amis, plongés dans leur inhabituelle amertume.

– Le cours est terminé. L'élève le plus décevant de la semaine est James Potter.

James releva la tête tellement vite qu'il en eut le tournis. Son nom venait d'être inscrit sur le tableau de la honte et tout le monde pourrait le voir et ce durant minimum une semaine. Autour de lui beaucoup d'élèves ricanaient. Quelques Serdaigle avec qui il ne s'entendait pas très bien, bien sûr, mais aussi Fred, ce qui étonna beaucoup James et l'énerva grandement.

– Silence ! Cessez de ricaner bêtement, beaucoup d'entre vous ont eu des résultats bien plus mauvais que ceux de Potter, mais mon avertissement de la semaine dernière a porté ses fruits, tout le monde a progressé, ne serait-ce qu'un peu, n'est-ce pas Belby ? et Weasley ? Il y a encore beaucoup de travail pour vous ! Potter, restez un moment.

– Oui, professeur.

James attendit que ses camarades sortent de la salle pour rejoindre son professeur.

– La semaine dernière je vous ai tous averti que le niveau des BUSES était nettement supérieur que celui de la classe. Potter, je ne vois aucun progrès dans vos résultats, et ce, depuis le début de l'année. Je ne vous en demanderai pas la raison, je ne suis pas psycho-mage et votre vie ne m'intéresse absolument pas. En revanche vous êtes le meilleur élève de cette classe et ce, depuis votre première année. Mais vous avez été rattrapé sur les deux derniers devoirs par Mlle Kandinsky, M. Louis Weasley et Miss Donovan. Je devais donc sévir. Et j'écrirai également à vos parents pour le leur faire savoir. Vous serez en retenue demain soir. Vous pouvez disposer. Au revoir Potter.

– Au revoir, professeur.

C'en était trop. Il avait mis des mois à essayer, en vain, de regagner la confiance de ses parents et là, en quelques semaines, il semblait tout perdre à nouveau. Trop de devoirs à faire, trop de choses en têtes, trop de tâches à accomplir, il n'en pouvait plus. Bien sûr sa relation avec ses parents n'avait pas vraiment évolué depuis le début de l'année mais son attaque les avait rapprochés. Sa mère lui avait écrit à nouveau et même si elle n'abordait pas les choses sérieuses, James considérait déjà cela comme un début.

Il aperçut Alice, Louis et Mael qui l'attendaient au loin mais préféra partir dans l'autre sens. Enfin seul, il sortit la lettre qu'il avait reçue au petit déjeuner et qu'il n'avait pas eu le temps de lire.

« James, mon chéri,

Merci beaucoup pour ta réponse. Je suis soulagée de savoir que tu reprends ta vie normale et que tu es si bien entouré. Tu as de formidables amis et j'en suis très heureuse. N'est-ce pas un peu tôt pour reprendre les entraînements de quidditch ? Avec tout ce que tu as subi, tu aurais peut-être dû attendre un peu. Ton père et moi sommes rassurés que tu te reconcentres sur tes cours. N'oublies jamais que les Buses t'attendent à la fin de l'année. Tu vas avoir du mal à tout concilier… J'ai été étonnée que tu n'aies pas parlé du Bal de Noel. Heureusement que Lily m'a écrit à ce sujet… Avec qui comptes-tu y aller ? Veux-tu que je t'achète une tenue ? Comment comptes-tu t'habiller ?

Mamie Molly qui est à la maison avec moi t'embrasse très fort et te propose d'ajuster un peu la cape qu'elle t'a cousue et offerte à ton anniversaire. « Si tu as besoin de quoi que ce soit, mon chéri, n'hésite pas à m'écrire. Ta mamie Molly. »

J'en profite pour te dire que papy Arthur a beaucoup apprécié les notes que tu lui as envoyé sur les loisirs et la gastronomie moldus. C'était une délicate attention.

Mon chéri, réponds-moi vite au sujet du bal, restes bien concentré en cours et rapportes-nous beaucoup de bonnes notes. Je t'aime. Maman.

Salut James,

Je sais que tu veux tout concilier et je te soutiens, nous savons que tu peux traverser beaucoup de choses. Bon courage pour les cours et pour le match contre Poufsouffle. Et surtout, James, bonne chance pour le bal de Noël. A la maison, ta mère et ta grand-mère ne parlent plus que de ça ! Avec qui y vas-tu ? (C'est ta mère qui m'oblige à te poser la question, elle meurt d'envie de le savoir !). J'espère qu'elle est mignonne ! A bientôt, fils ! Papa. »

James ravala une larme et rangea la lettre dans sa poche. Il ne pouvait que penser à quel point ses parents seraient déçus en recevant la lettre du professeur Slopa. Il croisa un certain nombre d'élèves de première année qui le dévisagèrent sans retenue et entraperçue sa Lilou qui arrivait vers lui.

– James. Salut fréro ça va ?

– Salut Lily, je dois aller en Botanique, on se voit plus tard.

– Attend James, il faut que je te parle !

– Ce n'est pas le moment, Lily. On se verra au repas.

Lily était plus inquiète que déçue. Ça ne ressemblait tellement pas à James. Il était si attentionné depuis son attaque, si vigilant avec son frère et sa sœur. Mais Lily comprit vite ce qu'il arrivait à son frère lorsque Lorcan lui montra le « tableau de la honte » où le nom de James côtoyait ceux des pires élèves de l'école.

ooOOoo

Albus attendait son frère adossé contre un arbre, près des serres de Botanique. Il fallait donner le change, faire croire à tout Poudlard qu'il était le parfait petit Albus, intègre et innocent. Il fallait également amoindrir les doutes de James à son égard. Celui-ci était devenu si collant, si attentif qu'il donnait à Albus l'envie de rendre son omelette d'œufs de botrucs. Et si Lily, sous couvert que nul ne les espionne, se laissait aller dans les bras protecteurs de leur aîné, Albus restait figé, ne témoignant à son frère ni gratitude, ni bonheur de le voir en vie.

Albus n'était pas heureux de voir son frère reprendre du poil de la bête, il s'était cru un temps devenir le seul et véritable Héritier de l'Elu. En outre et jusque là il avait cru que James, n'étant pas très fin, ne réaliserait jamais à quel point la part d'ombre d'Albus était profonde. Mais James commençait à avoir des doutes et Albus ne pouvait laisser une telle chose advenir.

– Bonjour Albus.

– Bonjour Neville.

Albus songeait souvent que ses parents n'auraient pu trouver pire parrain pour lui. James vénérait le bon, le passionné, le tolérant Neville. Albus le trouvait tout bonnement pathétique.

– Comment vas-tu ? Tu n'as pas cours ?

– Non, jamais le jeudi matin, double cours de Runes Anciennes. J'attends James.

– Ah, d'accord. Tu es déjà au courant j'imagine.

– Au courant de ?

– James inscrit sur le tableau du professeur Slopa.

– Le tableau de la honte ? James y est inscrit ?

– Oui.

– Ce n'est pas possible, c'est le meilleur en Sortilèges !

– Son niveau a baissé cette année, il est moins concentré.

– Il a du mal à tout concilier, les cours, le quidditch, le Tournoi… Et son attaque aussi.

– C'est sûr qu'une telle magie laisse des traces. J'espère qu'il est assez entouré pour affronter tout ça. Ah, il arrive, regarde.

– Bonjour professeur.

– Voyons James ! On est entre nous… Comment tu te sens ?

– Ça va merci.

– Tu sais que si tu as le moindre problème tu peux venir m'en parler, n'est-ce pas ?

– Oui. Merci Neville.

– Bon je vous laisse tous les deux. Dépêchez-vous la récréation va bientôt se terminer.

– Ça va James ?

– Ouais, ça va. Je vais aller en cours, Al, ok ? On se voit plus tard.

– James ! Je suis là, ok ? Si t'as besoin…

– T'inquiète petit frère, tout va bien.

Albus esquissa un sourire dès que son frère se fut tourné. Son frère était au plus mal, Albus pouvait le voir. Tout allait bien, en effet.

ooOOoo

James, Mael et Alice furent silencieux durant tout le cours alors qu'ils recueillaient les feuilles dentées de leurs achillées sternutatoires. Alice, qui d'habitude était très concentrée durant les cours de son père, était particulièrement tête en l'air et se fit mordre par une plante carnivore alors qu'elle se penchait pour prendre un ustensile. Effrayée, elle fit un pas de côté et sa robe se déchira sous les fous-rires de certains élèves. James voyait également que Mael observait nerveusement chaque fait et geste de Fred et Louis s'était une nouvelle fois assis loin de la petite bande.

Cette situation ne pouvait plus durer, il fallait que James ait une discussion avec ses deux meilleurs amis, ils semblaient en avoir besoin tous les trois.

– Je passe aux cuisines et on mange dans le parc ? Juste tous les trois ?

– Hum, répondit Mael.

– Si tu veux, ajouta Alice.

C'était un début, pensa James et dix minutes après ils s'asseyaient tous les trois au soleil. Ils n'abordèrent pas vraiment les choses qui les tracassaient mais le fait d'être ensemble tous les trois les rassura.

– Par Merlin c'est vraiment incroyable !, s'écria Alice.

James leva les yeux du « Souaff' », son magasine de quidditch préféré.

– Qu'est-ce qu'il y a ?

– Je lis un dossier sur les dix nouveaux groupes de « Magical Rock » et tu ne devineras jamais quel est le nom des soi-disant révélations de l'année !

– …

Voldy wear a string !

– Quoi !?

– Je te jure regarde, dit-elle en lui passant la revue.

– Quelles têtes de scrout, nota Mael, penché sur James.

– C'est pas le problème, c'est vraiment n'importe quoi d'appeler un groupe comme ça ! A l'époque, personne n'osait l'appeler par son nom tellement il symbolisait la terreur ! Là, c'est comme… c'est comme le rendre plus…

– Plus humain, moins terrifiant.

– Ouais ! Putain mais quand mon père va voir ça ! Et le tien, James, le tien ! Imagine sa tête !

– Je vais lui écrire pour le lui dire.

– Oh Brocéliande !

– Quoi encore, Alice ?

– « Voldy wear a string est l'illustre dernier né du nouveau triptyque du Magical Rock. Après Voldy was a punk, dont l'immense tournée mondiale fut un grand succès et après les incontournables Gallois Merlin Bless Voldy, ce nouveau groupe va enflammer le Royaume-Uni et peut-être même le monde ! »

Les amis n'eurent pas assez de leur cours d'Arithmancie pour argumenter sur ce qu'ils venaient d'apprendre et leur inattention coûta à Gryffondor quelques points de moins. Enfin, ils terminèrent cette longue journée de cours par la Défense contre les forces du mal où ils retrouvaient à nouveau les Serdaigle. Et à nouveau James en profita pour observer ses amis. Fred passait le temps à plaisanter et faire rire tout le monde en faisant le pitre, Mael était plus que stressé et observait de moins en moins discrètement Nalani Jordan et Alice continua sa guerre avec Keanu.

Le professeur Gash avait pour habitude d'alterner ses cours de façon à ce qu'ils apprennent par cycle, un sort d'attaque, un sort de défense et une créature magique.

– Bonjour à tous ! Belby, veuillez distribuer leurs devoirs à vos camarades. Dans l'ensemble c'était très mauvais. Quand je vous demande d'approfondir un cours ça ne sert à rien de recopier vos notes. Vous devez agir comme avant un nouveau cours, vous rendre à la bibliothèque et approfondir vos recherches, développer votre propre point de vue sur le sort ou la créature étudiés. Londubat, c'était très bien, je vous ai mis un E. Ganesh et Corner en revanche je vous ai mis D, déjà que vous prenez les mêmes notes en cours, si vous me faites les mêmes devoirs… la prochaine fois ce sera T.

Alice rayonnait. Elle avait autant souri à l'annonce de son E qu'en apprenant que Keanu et Keith avaient eu un D. Il y avait toujours eu une petite rivalité entre Keanu et Alice, du fait qu'ils étaient tous deux fils et fille de professeurs de l'école, mais elle ne faisait partie ni des meilleurs ni des moins bons élèves de la classe, James pensait par conséquent qu'il y avait une autre raison derrière cette rivalité.

– La semaine prochaine nous reverrons le sort de stupéfixion, tout le monde ne le maîtrise pas encore. Ceux qui ont eu moins d'un A à leur devoir continuerons leurs recherches et me présenteront leur travail.

James jeta un coup d'œil à sa copie. Un A. Soulagé il fit un clin d'œil à Mael qui avait obtenu la même note.

– Aujourd'hui nous allons aborder un sort de défense très important. Je sais que dans l'ensemble, sauf quelques cas particulièrement intelligents comme Londubat, Potter ou Thomas, vous préférez les sorts d'attaque. Sachez que c'est une grosse erreur. Un sorcier n'est rien s'il ne sait pas convenablement créer un charme du Bouclier. Et même si certains d'entre vous sont encore incapables, après cinq années d'étude, d'en former un satisfaisant, nous allons passer à un sort beaucoup plus complexe. Le Patronus.

Le professeur Gash ne prit pas le temps d'assassiner du regard ses élèves qui s'enthousiasmaient bruyamment et commença son cours. Durant une heure les élèves prirent quantité de notes sur les détraqueurs et la seule manière de s'en débarrasser.

– Bien, comme d'habitude nous allons maintenant passer à la partie pratique du cours. Après la chute de Voldemort, les détraqueurs ont été enfermés magiquement sur une île au Nord de l'Ecosse. Je me suis donc rendu comme tous les ans à Kirkwall et je vous ai rapporté un détraqueur. Ne soyez pas effrayés. Vous allez tous vous placer contre le mur où vous serez protégés. Maintenant y a-t-il des volontaires pour vous confronter au détraqueur ?

C'était la première fois qu'aucune main ne s'était levée. Même Fred, d'habitude partant pour tout semblait hésitant. En même temps après avoir eu trois fois les cheveux brûlés en cours de défense depuis le début de l'année, Fred avait dû comprendre qu'il n'était pas très fort dans ce cours. James leva la main en même temps qu'Alice. Et Mael, effrayé mais solidaire, en fit de même. Keith se recula mais Keanu jeta un œil à Alice et leva sa main à son tour. Noelia et Solenne furent également volontaires.

– Très bien, approchez tous les six. Les autres, vous êtes désormais sous protection magique, mais je vous demande de bien observer vos camarades. Vous six, rappelez-vous bien la formule et cherchez un souvenir heureux. Vous allez vous mettre en arc de cercle, comme ceci, parfait et vous allez attaquer en équipe. Ce sera moins éprouvant et beaucoup plus efficace. Allons-y, je lâche le détraqueur.

James se tenait prêt, entre Alice et Solenne. Il ne fit pas attention aux cris des élèves qui se tenaient en arrière, il savait que son « équipe » était aussi concentrée que lui. Le détraqueur était… James avait presque oublié à quel point cette créature était terrifiante. Il vit Mael, Keanu et Noelia reculer. Il se devait d'agir mais il ne voyait plus le détraqueur. Il ne voyait que le jeune Voldemort de son cauchemar. Celui qui lui avait paru si réel, si puissant. La mort de ses parents. La mort de Natasha, d'Albus, Lily. La mort de ses meilleurs amis…

– Spero Patronum !

Le cri d'Alice le ramena à la réalité. Mael semblait terrifié, Solenne essayait de toutes ses forces mais n'y arrivait pas et Alice recula sous le coup de son sortilège. Mais James était plus qu'heureux de voir ses amis autour de lui, il se rappela qu'il n'avait pas de souvenir plus heureux que son réveil, lorsqu'il avait revu tous ses proches qu'il croyait morts.

– Alice avec moi ! Spero Patronum ! Reviens Maël, tous les trois, ensemble ! Spero Patronum !

– Spero Patronum !

– Sp-sper-Spero Patronum !

Les trois formes argentées se transformèrent peu à peu. James retrouva avec bonheur son magnifique chien et Alice regarda avec beaucoup de curiosité son patronus. Celui de Mael ne se matérialisa pas complètement mais il avait l'air énorme. Le professeur Gash renferma le détraqueur.

– Très bien ! Pour un premier essai c'était satisfaisant. Mais si vous aviez été seul vous auriez eu beaucoup plus de mal. N'est-ce pas Ganesh ? Et Donovan ? Très bonne idée Potter d'avoir encouragé vos amis à vous venir en aide. C'était un phénomène très étrange, peut-on savoir à quel souvenir vous avez fait appel ?

– … A mon réveil après l'incident du Tournoi.

– Et vous ?

– Pareil, répondit Alice.

– Moi aussi, ajouta Mael.

James les regardait avec étonnement mais ils détournèrent le regard. Le professeur Gash, lui, n'était pas peu fier.

– Je vois. C'est pour ça que vos patronus étaient si forts. Potter ce n'était pas la première fois, il me semble que vous avez déjà utilisé ce sort ? Lors du Tournoi justement ?

– Oui mais ça ne m'a pas fait le même effet. Bizarrement pendant le Tournoi ils étaient plusieurs mais Jin Huang était déjà en train de les combattre, il est très fort et il m'a encouragé.

– C'est très bien de l'avoir fait à votre tour avec vos amis. Et nous savons tous deux ce qu'il s'est passé après l'épreuve. C'est normal que ce traumatisme vous hante. Dix points chacun pour votre efficacité ! Monsieur Potter, votre Patronus semble être un énorme chien. Miss Londubat, avez-vous identifié votre patronus ?

– Non professeur.

– Il s'agit d'une civette. Silence Ganesh, vous faisiez moins le malin tout à l'heure ! Je disais donc, miss Londubat, que votre patronus prend la forme d'une Viverra Zibetha, la grande civette de l'Inde. Oh, ne soyez pas étonnée, un patronus prend toujours une forme particulière, très propre à son sorcier. Vous comprendrez un jour pourquoi le vôtre prend cette forme-ci. M. Thomas, avez-vous identifié votre patronus ?

– Euh… non. J'étais trop concentré pour…

– C'est très bien, vous avez fait preuve de beaucoup de volonté pour ce cours. Je vous félicite. D'autant que si le patronus est grand sa réalisation sera plus compliquée. Et je crois bien que le vôtre est un mammouth.

Mael ne fit pas attention aux moqueries de Fred et de quelques autres. Il était fier d'être arrivé dès son premier essai à obtenir un résultat assez convaincant.

La relation entre James, Alice et Mael s'était à nouveau améliorée. Ils avaient repris une attitude normale et cela semblait les ravir. En regagnant la Grande Salle ce soir-là, James se rappela que Lily voulait lui parler de quelque chose d'important. Il s'en voulait de ne pas l'avoir écoutée plus tôt et dut la chatouiller une bonne minute avant qu'elle daigne lui pardonner. Ils eurent une petite conversation et James rassura sa sœur sur les tests qu'elle allait passer deux jours après. Il lui apprit qu'il avait lui-même passé ces tests mais ne lui expliqua pas qu'il était un animagus en devenir. Il n'avait raconté ça à personne et il comprit qu'il lui faudrait bientôt le faire.

Le lendemain, James et ses amis étaient en épreuve pratique d'Etudes Moldues qui regroupaient les élèves de cinquième année des quatre maisons. Si les Serpentard occupaient les deux tables du fond de la classe, les élèves des trois autres maisons étaient dispersés. Les filles s'étaient regroupées et gloussaient nerveusement en jetant de vifs coups d'œil aux garçons.

James partageait sa table avec Mael, Keith, Keanu et Oscar. Ils finissaient avec beaucoup d'avance leur test d'épreuves scientifiques (mathématiques, chimie et physique) et s'attelaient désormais à construire le commentaire d'un texte moldu très célèbre. Oscar ne cessait cependant de regarder les filles d'un air inquiet.

– Mais qu'est-ce qu'elles ont les filles ?

– Laisse tomber, répondit Keith avec un petit sourire, c'est l'approche du bal qui les rend nerveuses.

Fred arriva à ce moment-là tenant dangereusement un tube à essai. Le professeur Handmade l'apostropha :

– Votre tube à essai, M. Weasley !

– Oui professeur, pardon ! Au fait les gars, vous y allez avec qui au bal ?

Keanu grommela en détournant son regard et Keith éclata de rire.

– Il voulait y aller avec Kandinsky mais elle a refusé, elle y va avec Mac Laggen.

– Kandinsky avec … Mac Laggen ? s'étouffa James.

– Ouais Irina a des goûts de chiottes, apparemment, répondit Keith par amitié pour Keanu.

James se rendit compte qu'il pouvait respirer à nouveau. Mael lui sourit, lui aussi avait eu peur que leurs amis parlent de Natasha et non d'Irina.

– Ouais Connor m'a dit qu'ils y allaient ensemble, ajouta à son tour Oscar, il n'était pas peu fier de lui. Désolé Keanu.

– T'inquiète Oscar, le coupa Keith, on n'a pas arrêté de le charrier avec ça ! Et toi t'y vas avec qui ?

Oscar jeta un air inquiet à James avant de répondre.

– Avec Susie.

– Yes jolie pioche ! approuva Keith.

– Ouais. Au fait, ajouta-t-il, inquiet, en se rapprochant de James. Ça ne te dérange pas James ?

Celui-ci leva la tête de son texte, surpris.

– Ben non, on a rompu avec Susie parce qu'on n'était pas amoureux, mais amis. Non, vraiment je suis content pour toi.

– Merci James, et vous vous y allez avec qui ?

– Avec Nalani, répondit Fred victorieux.

James jeta un coup d'œil à Mael qui semblait dévasté par cette nouvelle. Mael et Fred avaient toujours eu un faible pour Nalani mais les sentiments de Mael s'étaient renforcés irrémédiablement au fil du temps et James comprenait quelle pouvait être sa déception. En outre, James se demanda quand Fred avait pu faire sa demande à Nalani car il passait le plus clair de son temps avec James et celui-ci réalisa soudain que Fred avait dû profiter du petit pique-nique de ses amis pour se lancer. Mais James n'était pas au bout de ses surprises.

– Moi j'y vais avec la sœur d'Irina, répondit Keanu. Elle est en troisième année, donc elle est contente de pouvoir aller au bal, et Irina sera peut-être sensible au geste…

Mael regarda à son tour James avec un triste sourire. Tous les deux voyaient s'envoler leur espoir d'aller au bal avec l'élue de leur cœur.

– Mael, James, Keith ?

– Je ne sais pas encore, répondit Keith.

– Moi non plus, répondit Mael rapidement.

– Et toi, James ?

– Euh… J'y vais avec Maggie Towler.

– Towler ? La bombe de sixième année ? Waouh bravo James ! Vous deux en revanche va falloir vous bouger sinon il vous restera plus que les moches !

ooOOoo

Leur première visite à Pré-au-Lard avait été repoussée au début du mois de décembre à cause du Tournoi des Quatre Ecoles. James n'avait pas vraiment envie d'y aller même si cela lui changerait sûrement les idées. Il sourit en voyant le regard impatient de son frère qui y allait pour la première fois. La bande des exceptions au complet semblait avoir décidé de profiter ensemble de cette première visite.

Du côté des élèves de cinquième année, l'ambiance était tendue entre les maraudeurs alors qu'ils avançaient vers Pré-au-lard. Après être allés goutter les nouvelles bierraubeurres de Madame Rosmerta, James et ses amis firent un tour dans le vieux village. Énormément d'élèves, notamment des filles faisaient les magasins.

– Elles veulent sans doute s'acheter des robes pour le bal, expliqua Alice.

Celle-ci éprouva un peu moins d'enthousiasme que Yelena et Filippa en allant rejoindre leurs amies chez Ziriad, le nouveau magasin de la mode magique.

James et Louis étaient pensifs et Mael parlait très peu car il en voulait beaucoup à Fred. Celui-ci ne se rendait compte de rien tant il était heureux. Il était l'âme et la vie du groupe. Il n'arrêtait pas de parler et de faire des blagues pour remonter le moral de ses amis.

– Aller quoi les gars, qu'est-ce qu'il vous arrive ! James est sauvé, il va gagner le tournoi, c'est bientôt Noël, les cours sont quasi-finis et on va à Pré-au-lard. Sans compter qu'on va tous ensemble au bal avec quatre bombes !

En effet, la veille James avait parlé à Maggie qui était ravie d'être sa cavalière. Louis avait proposé à Marcia Evans d'être la sienne et Mael s'était alors entendu proposer à la meilleure amie de Marcia, Lucy Weasley, de venir au bal avec lui. Avant qu'il ne se rende compte de quoi que ce soit, Lucy avait accepté.

– Je vous laisse, je dois aller faire un truc…

Avant que ses amis n'aient pu dire un mot, Mael était déjà parti. Fred demanda étonné ce qu'il arrivait à leur ami. James allait répondre lorsqu'il vit un groupe de filles passer devant eux. Parmi elles se tenait Natasha qui paraissait très heureuse et ne lui lança même pas un regard. Ce n'est que lorsque celui-ci l'apostropha qu'elle daigna le regarder avec ennui.

– Natasha !

– Qu'est-ce que tu veux Potter ?

Il lui fit signe de le rejoindre un peu à l'écart des autres.

– Tu vas au bal avec Keanu ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?

– Et en quoi ça te regarde ?

– Ben… Tu m'avais dit que tu allais réfléchir à ma proposition et tu devais me tenir au courant.

– Quelle proposition ? Ah ça ? Ben voilà j'ai réfléchi et j'y vais avec Keanu.

Sur ces mots elle lui tourna le dos et rejoignit ses amies. James partit de son côté. Il n'avait pas envie d'aller faire les magasins avec ses cousins, il avait besoin de se retrouver seul. Sans faire attention il se rendait vers la cabane hurlante. Il observa un moment la cabane puis la contourna pour aller s'asseoir à l'abri des regards. Pensif, il n'avait pas vu qu'il n'était pas seul.

– James !

– Mael ?

– Je pensais que tu étais venu me chercher…

– Non. Je pense que comme toi, je cherchais un endroit où passer un moment tranquille pour réfléchir.

– On réfléchit à deux alors ?

– Ouais mon pote.

James sourit en s'asseyant auprès de son meilleur ami.

– Je viens de croiser Natasha. Elle m'a foutu un vent.

– Elle te plaît vraiment, hein ?

– Oui. Ben comme toi avec Nalani je pense.

– Ça ça doit rester entre nous.

– T'inquiète. Enfin si tu le disais à Fred il comprendrait mieux ton attitude.

– Il voit bien comme je la regarde ! C'est un salaud, lui il la trouve seulement mignonne. Moi… Putain je suis dégoutté !

– Je comprends. J'aime bien Keanu normalement mais là je le déteste !

– Ouais, je sais, moi c'est pareil. Vivement que ce foutu bal soit passé, qu'on parte en vacances tranquille.

– Tranquille ? Avec les trois nouvelles tâches qui m'attendent à la rentrée ? Avec Nolan et Jin blessés ? Et Olivia qui va nous faire redoubler d'efforts pour la compète de quidditch ? Après Noël, je me cache sous la cape et je ne réapparais qu'à la fin de l'année !

Mael éclata de rire. Ils restèrent encore un moment assis là puis rejoignirent le château assez tôt. Les élèves n'étaient pas pressés de rentrer et courraient de boutique en boutique et les deux amis purent avancer tranquillement.

– Qu'est-ce que tu vas faire pour Fred ?

– Franchement ? J'aimerais qu'il fasse une connerie pour que je puisse lui faire la gueule pour une raison valable. Là il ne va pas comprendre et ça m'énerve encore plus. Je sais pas, franchement, en plus je n'ai pas envie de foutre la merde pour toi, Alice et Louis.

– Tu peux compter sur moi.

– Mais Fred est ton cousin !

– Mais toi t'es mon meilleur ami !

– Ouais mais… merci. Oh merde !

James se tourna et vit arriver Fred et Nalani qui rigolaient ensemble. Plus loin, Louis, Keanu et Keith passaient un très bon moment avec Natasha et sa sœur Irina, en témoignait leur fou rire. D'un commun accord, James et Mael passèrent loin d'eux sans que les autres puissent les voir et regagnèrent la salle commune de Gryffondor.

Patmol attendait James avec une très courte lettre de ses parents qui avaient perdu toute trace de tendresse. Il soupira en voyant que Mael allait tout aussi mal que lui.

Ils travaillèrent un moment puis, n'arrivant pas à se concentrer, partirent se coucher. Ils ne répondirent ni à Louis ni à Fred qui venaient les chercher pour se rendre à la Grande Salle pour le repas du soir. Ceux-ci quittèrent la chambre pensant que leurs amis dormaient. Pourtant James et Mael ne dormaient pas, ils étaient beaucoup trop pensifs pour trouver le sommeil.

En plus du bal et de ses mauvais résultats scolaires, James culpabilisait de ne pas s'être inquiété des tests que passait sa sœur. Le dimanche matin, il se leva tôt et savait très bien où trouver sa sœur les jours où elle n'avait pas cours. D'un pas rapide il gagna la volière où il demanda à son hibou Patmol de porter sa lettre à son père. Il avait promis à Alice d'avertir son père de l'existence de ces groupes « Voldy ». Il ne savait pas si son père était au courant, il ne savait même pas si son père s'intéressait à la musique. Tant de choses les séparaient qu'il songea qu'ils ne se connaissaient vraiment pas tous les deux.

Il parcourut rapidement le chemin qui menait à la maison de Hagrid et trouva sa sœur en grande discussion avec Lorcan, dans le parc des hippogriffes. Il ne la dérangea pas longtemps, le temps qu'elle lui assure que tout s'était très bien passé. En rentrant au château, il laissa son écharpe à la pauvre Serena Velsen qui se trouvait comme souvent seule et transie de froid. James le savait, Serena se doutait de quelque chose, il la voyait souvent tirer les vers du nez de Lily, lui lançant des regards perçants en montrant différents élèves du menton comme pour lui demander « c'est lui que tu couvres, James ? ». James la trouvait plutôt courageuse comme fille et il aurait aimé la compter parmi les amis de Lily. Mais ni l'un ni l'autre ne pouvait se rapprocher d'elle et ils devaient laisser Louis s'occuper d'elle. Le jeune homme s'investissait de plus en plus dans ses devoirs de préfet et sa condition semblait lui plaire de plus en plus, même si celle-ci l'éloignait inexorablement de ses amis.

ooOOoo

La dernière semaine de cours fut un vrai calvaire pour les maraudeurs. Mael avait trouvé un moyen radical pour que ses disputes avec Fred aient une bonne raison d'exister. Il avait fait en sorte que Keith invite Lucy au bal pour pouvoir à son tour inviter Roxanne, s'attisant ainsi les foudres de Fred. Celui-ci trouvait que sa sœur était beaucoup trop jeune pour aller au bal. Roxanne était la seule élève de troisième année de Gryffondor à s'y rendre et n'arrêtait pas de s'en vanter. Elle n'adressait plus la parole à son frère qui était également fâché avec Mael. James et Louis se retrouvaient entre leurs amis, ne sachant pas qui « choisir ». Louis trouvait la réaction de Mael ridicule.

– Fred ne savait pas que Mael éprouvait des sentiments pour Nalani, sinon il ne l'aurait pas invitée au bal. Mael le sait très bien. C'est idiot d'avoir invité Roxanne pour emmerder Fred. Toi évidemment tu trouves ça normal. Oh arrêtes James, je vois bien que tu es très froid avec Keanu depuis que tu sais qu'il va au bal avec Natasha. Et Maggie est l'adversaire de Natasha au quidditch, tu comptes la rendre jalouse comme ça, franchement ?

– On n'est pas jaloux, ni l'un ni l'autre. Si Fred était un peu plus attentif, il verrait comme toi et moi, les sentiments de Mael. Et ce n'est pas moi qui ait invité Maggie, c'est elle.

Louis se retrouvait donc seul avec Fred et James soutenait Mael. C'en était fini de l'éternelle bonne humeur des maraudeurs. Leur séparation fit le tour de l'école en une soirée et chacun put choisir son camp. Si la bonne humeur et les bêtises à répétition de Fred l'avaient rendu célèbre, il ne faisait pas le poids face à un fils Potter, digne représentant de Poudlard au tournoi.

Lors du dernier cours du trimestre, Oscar et Keith firent équipe avec Mael et James alors que Nalani et ses amies restaient auprès de Fred à la grande surprise d'Alice et Yelena qui du coup firent équipe avec les Poufsouffle et… Keanu Ganesh. Keanu, rendu très triste par la situation, retint James à la fin du cours.

– James, dis-moi ce qui se passe. On s'entend très bien depuis cinq ans et là depuis une semaine je vois bien que tu m'en veux.

– Je ne vois pas du tout…

– Arrête, dis-moi, James, j'en ai parlé avec Keith et même avec Oscar, on ne comprend pas…

– Laisse tomber. Tu n'y es pour rien, c'est de ma faute. J'ai merdé, on laisse tomber ok ?

– Tu ne veux vraiment pas me dire ce qu'il y a ? C'est à cause de Natasha ?

– Quoi ? Non ! Pas du tout !

– T'es sûr ? Parce que je sais que tu ne l'aimes pas trop…

James le regarda, surpris.

– Non, Keanu, t'inquiète, je n'étais juste pas trop dans mon état normal, avec le froid entre Fred et Mael.

– Ouais, sale histoire. Tout ça parce que Mael va au bal avec la sœur de Fred ?

– C'est à peu près ça ouais…

– Ecoute… On s'est dit avec les autres qu'on pourrait refaire une soirée comme en juin dernier, tu te souviens ? Le bal c'est demain mais on part que lundi après-midi, donc on pensait faire ça dimanche, mais on voulait t'en parler d'abord… T'en pense quoi ?

James repensa à la situation avec ses parents, aux vacances de Noel qui approchaient, à sa décision de les passer finalement chez lui. Il repensa également à la lettre qu'il avait reçu la veille.

« James,

Ton père a bien reçu ta lettre et nous comprenons tes inquiétudes par rapport à ces groupes de musique qui prennent le nom de tu-sais-qui. Mais c'est l'année des BUSES et tu dois te concentrer sur tes cours. Déjà que tu es distrait par le quidditch et le Tournoi, il ne faut pas te déconcentrer davantage. Ton père et moi sommes très déçus par la lettre que nous avons reçue du professeur Slopa. C'est ce que tu appelles « redoubler d'efforts » ? Concentres-toi un peu sur l'essentiel.

Affectueusement,

Maman.

PS : Salut Jamesie, désolé de ne pas répondre à tes lettres, je dois faire mes preuves au bureau, du coup je n'ai pas beaucoup de temps libre. Vic t'embrasse et moi aussi. Teddy. »

James réfléchit quelques secondes et regarda Keanu dans les yeux. Celui-ci allait au bal avec Natasha, mais ils étaient amis depuis cinq ans et Keanu ne savait pas que James éprouvait des sentiments pour la belle Serdaigle.

– C'est une super idée ! Maintenant on maitrise tous très bien le sort de désillusion, faudra juste des sentinelles comme l'autre fois. On en parle demain ?

– Ok ! Salut James !

Il regagna la salle commune de Gryffondor, retrouvant Roxane et Fred en train de se disputer sous les yeux impuissants de Mael et pensa aux heures difficiles qui l'attendaient. Une montagne de devoirs, une journée d'entraînement de quidditch et un bal. Il était temps d'improviser une petite virée nocturne, sous la forme d'un daim.

ooOOoo

Le lendemain Olivia était bien la seule fille du château à ne pas penser au Bal. Elle les fit s'entraîner pendant plusieurs heures, inventant des matches entre titulaires et suppléants, essayant plusieurs tactiques, jusqu'à ce que le jour baisse. Olivia s'était même disputée avec Maggie Towler qui souhaitait partir plus tôt pour avoir plus de temps pour se préparer, mais Lucy, en revanche, était restée jusqu'au bout avec les garçons. Dès qu'Olivia eut sifflé la fin de la séance, Lucy se précipita vers le château, sous le regard amusé de ses coéquipiers.

A dix-huit heures, Mael et James montèrent se changer dans leur dortoir. Fred était encore en train de voler sur le terrain de quidditch, ils étaient donc seuls avec Louis. Celui-ci s'était déjà habillé et portait un magnifique costume dans les tons gris qui faisaient ressortir ses yeux. Mael revêtit un costume très traditionnel, pantalon et cape noires et chemise blanche. James portait un jean en toile noir, une chemise verte très foncée et une belle cape noire. Ils croisèrent Fred dans les escaliers. Ils échangèrent un bref regard avant que Fred ne courre se préparer. Dans la salle commune une effervescence sans pareille régnait. Les élèves les plus jeunes attendaient patiemment de voir leurs aînés, les filles gloussaient nerveusement et les garçons ne savaient sur quel pied danser. James vit Maggie et ses amies avancer vers lui. Maggie qui le dévorait des yeux portait une sublime robe mauve.

– Bonsoir James.

– Salut Maggie. Très belle robe.

– Merci chéri, tu es très beau toi aussi.

Elle l'embrassa doucement du bout des lèvres puis alla aider une de ses amis à attacher sa robe. James se tourna vers Mael et Louis qui avaient suivi l'échange en se retenant d'éclater de rire.

– Tu es vraiment très beau, « chéri », lui dit Louis d'un air d'emphase.

– Oh oui tu es le plus beau des chéris, ajouta Mael en explosant.

– Salut frangin, ou devrais-je dire, « chéri ».

Lily s'était approchée et souriait à son frère. Celui-ci lui passa la main dans les cheveux de sa sœur avec tendresse avant d'éclater de rire avec ses amis. Il s'arrêta brusquement en voyant Maggie revenir.

– On y va, chéri ?

– Euh… oui.

Elle prit son bras et l'entraîna vers la sortie. Ils furent rapidement rejoints par Louis et Marcia ainsi que par Lucy Weasley qui avait rendez-vous avec Keith devant la Grande Salle. Celui-ci leur sourit en les voyant arriver et tendit son bras à Lucy en la regardant un peu gêné. Il parla ensuite avec James et Louis jusqu'à ce qu'ils voient arriver Fred, Mael et Roxanne qui bouillaient de rage. Fred passa devant ses amis sans un mot. James interrogea sa cousine.

– Oh monsieur Fred est énervé parce qu'il est descendu et il nous a vu Mael et moi. On rigolait et ça ne lui a pas plu. Il a sous-entendu qu'on n'avait pas intérêt à faire ce qu'il allait faire avec Nalani après le bal, si tu vois ce que je veux dire.

Roxanne parla ensuite quidditch avec Lucy et Keith pendant que Maggie saluait des connaissances. James s'approcha de Mael et lui posa la main sur l'épaule. Celui-ci se tourna vers son meilleur ami avec un regard triste.

– Tu crois qu'ils vont le faire ?

– Ça m'étonnerait. Ils ne sont pas officiellement ensemble et puis je ne pense pas que Nalani veuille…

Il se tut. Mael suivit son regard et vit arriver un groupe d'élèves de Serdaigle. Irina cherchait des yeux Connor Mac Laggen et ne salua même pas les garçons. Trois autres camarades de leur promotion, Aldo, Feodor et Marius saluèrent les garçons en souriant avant d'aller vers la salle avec leurs cavalières, et Keanu s'approcha d'eux avec un grand sourire.

– Salut les gars ! C'est quoi cette tête !

Derrière lui, Nalani, Solenne et Natasha avançaient en silence. La première fut rejointe par un Fred très fier de lui. La seconde salua les garçons avant de partir au bras d'Owen Pold qui s'était séparé de Shannon aussi vite qu'ils s'étaient mis ensemble et Natasha s'approcha de Keanu sans voir avec qui celui-ci parlait. James avait du mal à détourner son regard d'elle. Sa robe vert sombre assortie à ses yeux épousait à merveille sa silhouette. Il croisa son regard puis tourna rapidement la tête.

– Salut Nat' ! Tu connais Mael ? et James ?

– Qui ne connaît pas le célèbre James-le-prétentieux Potter ? Salut Mael !

James et Mael la saluèrent. Ce dernier avait pourtant du mal à détourner son regard de Nalani qui riait à une blague de Fred un peu plus loin. Keanu regarda autour d'eux.

– Où sont vos cavalières, les gars ?

Maggie sortit d'on ne sait où et enlaça James.

– Mais qu'est-ce qu'ils attendent pour ouvrir les portes ? Ça va chéri ? Oh bonsoir, pardon, je suis Maggie !

– Salut, moi c'est Keanu et ..

– Natasha. Je suis ravie de rencontrer la seule fille de l'école capable de supporter M. le prétentieux.

Maggie ne l'avait pas entendu et continua à saluer tout Poudlard, essayant d'entraîner James, qu'elle présentait comme « son chéri, ça y'est, c'est enfin officiel ». Celui-ci se mit à rougir, profondément étonné de la réaction de Maggie. Il avait cru se rendre au bal avec sa coéquipière, une camarade de classe avec qui il parlait essentiellement de quidditch et avec qui il s'entendait plutôt bien mais certainement pas suffisamment pour « officialiser » une quelconque relation. Et puis, bien sûr, Natasha était là, devant lui et il aurait préféré combattre trois dragons plutôt que de la lui laisser entendre qu'il aimait une autre fille qu'elle. Il profita du retour de Roxanne que Mael présentait à Keanu pour s'avancer vers elle.

– C'est joli ce que tu as fait à tes cheveux. Ça te va très bien.

– Ses cheveux ? T'as fait quoi à tes cheveux? S'étonna Keanu.

– Je les ai coupés d'au moins dix centimètres…

– Ah oui c'est vrai ! Ça te va bien, James a raison. T'as l'œil mon pote !

– Toujours pour repérer les jolies filles ! dit-il en souriant et donnant une tape amicale sur l'épaule de Keanu.

Natasha rougit et détourna son regard alors que Maggie revenait vers eux en courant. Elle prit le bras de James, toute excitée.

– Ils ouvrent les portes, viens chéri.

– Oh ! Chéri ? C'est ridicule… répondit rapidement Natasha.

– James et moi on sort ensemble, et contrairement à ce que tu as dit, beaucoup de filles voulaient aller au bal avec lui. Mais il m'a choisie, moi. Et je compte bien lui prouver oh combien j'en suis fière ! Tu viens, chéri ?

James lança un regard paniqué à ses amis avant de suivre Maggie qui l'emportait vers l'entrée de la salle. Les élèves furent ébahis par le décor de la salle. De la neige douce tombait du plafond magique et accolée à la piste de danse s'étendait une magnifique patinoire dorée. Les élèves n'avaient pas besoin de chausser des patins, ils pouvaient y glisser et y danser comme ils le souhaitaient. Un orchestre Français qui avait fait le déplacement spécialement pour le bal s'installait pendant qu'entraient les couples. Tous les Champions des Quatre Ecoles étaient présents et certains élèves des écoles les accompagnaient. Ils jetaient des regards curieux aux élèves et à la décoration de la Grande Salle. Les champions et leur cavalier(e)s devaient ouvrir le bal sur une valse somptueuse. James s'était senti assez mal-à-l'aise par la proximité qu'offrait cette musique aux danseurs, il ne cessait de croiser les sourires de ses amis en évitant de marcher sur les pieds de sa partenaire. Cependant, James avait hérité du talent de sa mère pour la danse, et ce fut un moment dans l'ensemble plutôt agréable.

A mesure que le temps passait la majorité des couples avaient rejoint la piste. La bièraubeurre coulait à flots et la musique devenait de plus en plus rapide. James enchaînait danse sur danse car Maggie ne le laissait pas s'échapper de la piste. Il voyait ses amis s'amuser sur la patinoire magique et enrageait de ne pouvoir les rejoindre. Il profita d'un changement de plateau pour glisser à Maggie qu'il avait besoin de faire un break et d'aller boire un verre. Celle-ci accepta après lui avoir fait promettre qu'il reviendrait très vite. Elle s'agrippa alors à lui et l'embrassa fougueusement. James s'empourpra et quitta la piste, croisant au passage le regard flamboyant de Natasha qui avait dû suivre la scène de près. L'orchestre quittait la scène pour laisser la place aux Crickets, le groupe de rock que tout le monde adorait. Sa bièreaubeurre à la main, James se fraya un chemin jusqu'à ses amis. Il s'était séparé de sa cape et laissait négligemment tomber des pans de sa chemise. Mael, Keanu et Keith l'accueillirent en le charriant.

– Magnifique ce baiser !

– Oh, vos gueules, répondit James en rigolant.

Il montra tous ses talents de sportif en faisant des acrobaties sur la patinoire. Ses cheveux ébouriffés, sa chemise à moitié ouverte, son jean taille basse firent beaucoup parler d'eux du côté des filles qui le dévoraient des yeux. Ils trouvèrent ensuite une table éloignée et peu visible où ils se posèrent un moment. James apprit que Connor Mac Laggen qui était venu au bal avec Irina l'avait laissée pour tourner autour d'un groupe de filles de Beaux-Battons qui étaient présentes pour la soirée. Il en était de même pour Patrick Astrick, un élève de Gryffondor de sixième année qui était venu au bal accompagné d'Alice. Celle-ci avait rejoint James la mine boudeuse. James, qui savait combien ce bal comptait aux yeux d'Alice qui pourtant ne l'aurait jamais avoué, lui promit alors de la faire danser et Keith en profita pour le charrier à nouveau.

– Ça ne va pas faire plaisir à Maggie, chéri.

– Je peux quand même danser avec ma meilleure amie !

Contrairement à ce qu'avait pensé James, Maggie apparut outrée de voir qu'il l'avait « si vite remplacée ». Elle lui tourna le dos sans un mot, laissant un James mi étonné mi satisfait. Les Crickets avaient entamé leur set et les amis regagnèrent la piste en dansant comme des fous. Keanu s'était rapproché d'Irina qui était ravie d'avoir un nouveau cavalier. Alice ne reparla pas de Patrick Astrick et rayonnait en se mouvant près de ses deux meilleurs amis. Natasha plaisantait avec Roxanne et Nalani qui les avaient rejoints sous le regard furieux de Fred. Celui-ci lui faisait des signes qu'elle faisait semblant d'ignorer.

Contre toute attente, Mael qui était pourtant d'habitude très réservé proposa à ses amis d'échanger de cavalière pour une danse. Keith dut bientôt subir la fougue de Roxanne pendant que Keanu faisait virevolter Irina. Oscar et Susie dansaient avec Louis et Marcia et James regardait Mael avec insistance. Pourtant celui-ci voyait Fred revenir et n'osait pas demander à Nalani de danser avec lui. Ce fut elle qui rompit le silence.

– Tu prends qui, Nat' ? Mael ou James ?

– Je vais prendre le petit prétentieux.

Mael et James profitèrent du gloussement des filles pour échanger un regard. C'était le moment où jamais. Mael suivit tel un zombie le corps gracieux de Nalani. Et James se retrouva en train de danser avec sa meilleure ennemie.

– Maggie ne te manque pas trop, chéri ?

– Non… répondit-il en rougissant. Je suis content de danser avec toi Na.. Kandisky.

– Tu ne te débrouilles pas trop mal Potter.

– Je ne suis pas qu'un idiot prétentieux alors ?

– Pas uniquement j'avoue.

La musique devint plus rapide et James augmenta la cadence. Ils étaient essoufflés tous les deux mais dansaient en parfaite harmonie. Soudain le morceau se calla sur une longue et douce conclusion et les danseurs se rapprochèrent. James attira Natasha tout contre lui sans jamais quitter son regard.

– Dis-moi Kandinsky… Pourquoi tu as refusé de venir au bal avec moi ?

– Encore ça… tu ne lâches jamais l'affaire, toi ! A ton avis ?

– Je n'en ai aucune idée… Tu es peut-être attirée par Keanu ?

– Oh non, il est très sympa mais je sais qu'il a fait ça pour rendre jalouse ma sœur.

– Alors pourquoi ? Pourquoi préfères-tu aller au bal avec un mec sympa mais qui a des vues sur ta sœur plutôt qu'avec un qui t'ai… Tu ne m'aimes vraiment pas ?

– Si c'était le cas, tu penses vraiment que je danserai comme ça avec toi ?

– Alors, dis-moi pourquoi.

– J'ai entendu pendant des jours toutes les filles de Serdaigle ou des filles de troisième année d'autres maisons qui se demandaient qui serait la cavalière du beau, du célèbre, du parfait James Potter. Ça semble tellement facile pour toi de venir ici avec n'importe qui. Je me suis demandé pourquoi tu m'avais proposé d'être ta cavalière alors que trente autres nanas n'attendaient que ça. J'ai même pensé que c'était un piège.

– Un piège ? Pourquoi ?

– Tu ne me loupes pas depuis que je suis arrivée à Poudlard. Tout est tellement facile pour toi que tu dénigres les élèves studieux, les petits rats de bibliothèque comme tu les… comme tu nous appelles.

– Je ne dénigre pas les élèves studieux. J'étudie moi aussi. Je ne fais pas toujours des blagues très drôles tu sais. Et puis j'avoue que j'essayais de faire mon intéressant toutes ces années. Depuis que je suis arrivé ici les profs, les élèves plus âgés attendent de moi que je sois aussi brillant que mon père. Mais la seule manière serait de vaincre un mage noir et de sauver le monde. Et franchement, je préfèrerai éviter ça. Tout le monde me dévisage, me pose des questions, j'avais juste envie d'exister par moi-même.

– Et tu y arrives très bien James. Tes amis t'aiment pour ce que tu es et non parce que tu es le fils de ton père. Et je danse ce soir avec l'homme que tu deviens et non le gamin prétentieux que tu prétendais être.

La chanson s'était terminée. Ils se rendirent d'un commun accord au bar où James commanda deux bièraubeurres. Ils allèrent s'installer un peu plus loin. Ils n'avaient plus dit un mot depuis qu'ils avaient quitté la piste de danse.

– Tu sembles me comprendre très bien, pourtant je n'arrive pas à savoir si tu m'aimes bien ou si tu…

Natasha détourna le regard et fixa un point, au loin, pensive.

– Je ne sais pas. Je pense que je t'aime bien, oui. Mais je te déteste un peu quand même.

– C'est pour ça que tu as refusé pour ce soir ?

– T'es têtu toi. Non je crois que j'avais envie de te dire non pour qu'une fois dans ta vie on te refuse quelque chose.

– Ah... Ben j'avoue que sur le coup je n'ai pas apprécié. Mais ce n'était pas ton refus qui m'a fait du mal. C'était de savoir que tu préférais y aller avec un autre. Je veux dire… Si Maggie m'avait dit non ça m'aurait pas plus gêné que ça.

– Tu n'es peut-être pas aussi prétentieux que je le prétends alors…

Il lui sourit tendrement. Plus loin une dispute éclatait. James entendait des bribes de voix et comprit que son meilleur ami et son « meilleur cousin » étaient à deux doigts d'en venir aux mains. Mais jamais il n'aurait voulu rompre ce moment avec Natasha. Il voulait d'autres danses, d'autres moments avec elle.

– Natasha, je…

– Excuse-moi de te couper mais je vois qu'Aldo est tout seul. Sa cavalière lui a fait faux bond, enfin ! J'ai attendu ça toute la soirée ! Il danse tellement bien et il est tellement mignon !

Sur ce elle le quitta sans un regard, le laissant totalement abasourdi. Décidément, il ne comprenait rien aux filles. Ou alors c'était seulement Natasha qui… Oui, se dit-il, en faisant une grimace « typiquement Natasha ». Troublé il ne vit pas s'approcher le professeur Glacey.

– Potter ! Je peux savoir pourquoi vous restez là à ne rien faire alors que vos amis se battent à main nue devant tout le monde ! Si vous n'y mettez pas fin par amitié, faites-le pour la maison Gryffondor !

Keanu, Keith, Oscar et Louis tentaient en effet de séparer Fred et Mael et l'imploraient du regard.

– James ! Fais quelque chose !, supplia Louis. Les gars n'oubliez pas que je suis préfet je pourrai vous donner une retenue !

– Fred, Mael, qu'est-ce que..

– Ton cousin n'a pas supporté que je danse avec sa cavalière !

– Ta gueule, vieille crotte de bique ! T'es sorti avec ma sœur pour me faire chier !

– Je ne sors pas avec ta sœur, Fred, elle voulait venir au bal, c'est tout, on ne sort pas ensemble, on est amis…

– J'ai vu comme tu la regardais ! Tu t'es rapprochée d'elle ! T'as pas intérêt à la toucher ou alors je te…. Lâchez-moi !

Nalani arriva avec ses amies. James vit Alice, Irina, Marcia et Lucy un peu plus loin mais ne voyait ni Roxanne ni Natasha. Il repéra enfin cette dernière, riant étroitement serrée dans les bras d'Aldo. Il desserra son étreinte et Fred se jeta sur Mael. Nalani les sépara en sortant sa baguette avant que James n'en fasse de même.

– Fred, t'es fou !, s'exclama sa petite amie.

– Amène-le plus loin. Mael suis-moi. S'il te plaît, Mael, Glacey approche.

Mael suivit James avec regret, tout en regardant Nalani qui calmait Fred en… l'embrassant. James n'en revenait pas. Fred avait essayé toute la soirée de se rapprocher d'elle et elle venait de répondre à ses attentes. Pourtant il n'aurait jamais cru qu'il puisse se passer quelque chose entre eux. Plus loin Natasha et Aldo étaient également étroitement collés l'un à l'autre.

– Quelle soirée de merde, résuma Mael.

– Ouais mon pote, aller viens. Bonsoir professeur, ne vous inquiétez pas ce n'était rien…

– J'espère bien Potter. Quant à vous Thomas... vous et Weasley viendrez me voir dans mon bureau…

– Monsieur, c'est les vacances….

– Vous viendrez également Potter. Vos parents seront ravis que vous ayez déjà une retenue pour la rentrée prochaine alors que les vacances de sont même pas commencées. Je vous conseille de regagner vos dortoirs.

– Mais…

– Vous préférez peut-être remplacer les elfes de maison ce soir et ranger la Grande Salle à la main ? Tiens c'est une merveilleuse idée, restez ici. Une fois la fête terminée vous viendrez me voir. Potter, allez prévenir Weasley. Tout de suite.

James jeta un coup d'œil à Mael et partit, furieux, en direction de la piste. La Grande Salle était si pleine de garçons et de filles qui dansaient, courraient, chahutaient, que leur bonheur lui fit prendre conscience de sa propre amertume. Une punition de plus. Une punition injuste. Une rancœur qui ne cessait de grandir en lui à mesure qu'il cherchait Fred du regard. Il finit par voir ses amis, assis tous ensemble autour d'une table ronde qui ne comportait qu'une chaise vide. Comme il aurait aimé que tout se déroule différemment...

– Hey James assis-toi avec nous !

– Fred, faut que je te dise un truc…

– Mael va bien ? lui demanda gentiment Nalani.

– Ouais. Glacey vous a vu vous battre. On doit attendre la fin de la soirée et ranger toute la salle tous les trois.

– Quoi ? Pourquoi ?

– Tu as terni l'honneur des Gryffondor, selon lui. Tout le monde a vu votre bagarre, fallait qu'il vous punisse. Il va aussi écrire à nos parents et on aura sans doute une retenue à la rentrée.

Keanu et Oscar compatirent. Mais pas Fred qui continuait à rigoler.

– Nulle sa punition, on aura fini en quelques coups de baguette.

– Non je pense qu'il fera bien attention à ce qu'on range tout sans magie.

– Mais Potter… Tu n'as pas participé à la bagarre, tu les as même séparés !

James jeta un regard furieux à Natasha avant de lui répondre.

– Ouais mais quand Glacey a dit à Mael qu'il devrait venir demain dans son bureau, j'ai protesté que c'était les vacances, tout ça…

– Donc tu te tapes le sale boulot avec nous parce que t'as pris notre défense ?

– Ouais en quelque sorte. Enfin je tiens à te dire que j'ai surtout voulu prendre la défense de Mael et non la tienne. C'est ta faute si on se retrouve à passer la nuit ici.

– Il est sorti avec ma sœur !

– Il s'est comporté en gentleman avec Roxanne, pose-lui la question à ta sœur, adresse-lui la parole de temps en temps, tu verras.

– C'est toi qui dis ça ? Après ce qui s'est passé avec Albus et Lily ?

– C'était différent Fred. Là ce qui te fait vraiment chier c'est que Mael connaisse mieux ta sœur que toi.

– Ouais et il avait l'intention de la connaître encore mieux !

– Tu te trompes. Il la respecte. Beaucoup plus que toi en tout cas. Natasha aussi est en troisième année et elle ne m'a pas l'air bouleversée ni par Keanu ni par m… Aldo.

– Donc tu me fais la tête toi aussi ?

– Non, j'attends juste que tu présentes tes excuses à Mael.

– Jamais ! C'est lui qui…

– Oh tais-toi un peu ! le coupa Nalani. James a raison, Mael est un mec bien et ta sœur avait l'air ravie de pouvoir profiter du bal. Tu devrais le remercier plutôt que lui faire la gueule.

Fred détourna le regard, furieux. James leur tourna le dos et rejoignit Mael qui n'avait pas bougé.

– Alors ?

– C'est bon, il est au courant.

– Il est où ? avec Nalani ?

– Ouais et Keanu, Oscar, ils sont toute une bande.

– Y avait Natasha ?

– Ouais.

– Et Aldo ?

– Forcément puisqu'ils sont ensemble maintenant.

– Fait chier.

– Ouais. Nalani a pris ta défense au fait. Elle a dit que t'es un mec bien et elle a engueulé Fred.

– C'est quand même avec lui qu'elle sort. Par Merlin… James… Je l'aime vraiment tu sais.

– Je sais mon pote.

– Tu gardes ça pour toi…

– Mais oui, t'es mon meilleur ami je ne vais pas te trahir. On est deux beaux amoureux malheureux.

– Ben toi t'as Maggie remarque, je suis sûre qu'elle va te pardonner.

– Je m'en fous ce n'est pas elle que j'aime.

Mael se renfrogna. Tous deux restaient assis et regardaient fixement devant eux. Ils ne virent pas Alice qui s'assit près d'eux.

– Quelles têtes d'enterrement ! Je dansais avec Keith mais Kandinsky nous a dit pour vous et Glacey… Toi aussi quelle idée de te battre avec Fred !

– C'est lui qui m'a provoqué !

– Ouais mais ça ne te ressemble pas. Je ne sais pas si c'était la bonne attitude pour gagner des points auprès de Nalani.

Mael et James se tournèrent vers elle en écarquillant les yeux.

– Oh c'est bon Mael...

– Comment tu sais ?

– On peut pas dire que tu sois discret. Et je suis étonnée parce que je pensais vraiment que c'était réciproque.

– Tu ne me remontes pas vraiment le moral là.

– Elle n'est pas amoureuse de Fred en tous cas.

– Elle sort avec lui.

– Oui tout comme Natasha sort avec Aldo.

James la regarda furtivement. Sous-entendait-elle ce qu'il croyait ?

– Je pense que Natasha essaie de te rendre jaloux.

– Moi ? demanda Mael.

James sourit. Mael essayait de protéger le secret de James mais n'était pas très doué.

– Mais non, gros bêta. Arrêtez tout le temps de vous protéger l'un l'autre, vous m'agacez, je suis du côté de James, moi. Maintenant, si vous voulez faire vos trucs en douce, je vous laisse hein ?

– Bien sûr que non, Alice…

– C'est bon les gars vous êtes aussi discrets l'un que l'autre. Tu aimes Natasha depuis une éternité. Je crois bien que je m'en suis rendu compte avant toi d'ailleurs.

– Ecoute Alice, c'est vrai qu'elle me plait bien mais…

– Plus que bien on dirait.

– Bon, soit. Elle me plait. Mais elle sort avec Aldo. Et je ne vois pas pourquoi elle essaierait de me rendre jaloux. Je lui ai parlé tout à l'heure et j'allais lui proposer qu'on… Et bref elle m'a largué avant même que… pour le retrouver lui. Cet abruti.

– Aldo est très sympa.

– Non.

Alice se mit à rire. Aldo et James s'étaient toujours plutôt entendu, il n'avait pas aux yeux de James la même importance que Keith, Keanu et Oscar mais il le considérait comme un bon camarade. Mael s'amusait de la mauvaise foi évidente de son ami et profita de son air ronchon pour questionner Alice.

– Tu crois qu'elle s'intéresse à James ?

– Ça me parait évident.

– Mais vous fonctionnez comment vous les filles ? Un mec vous plait donc vous sortez avec un de ses copains ?

– C'est plus compliqué que ça. Pour Nalani, je pense qu'elle veut te pousser à faire le premier pas. Te bouger un peu, quoi. Vous vous entendez bien depuis toujours, tout le monde l'adore, elle est géniale, mais toi… Vous partagez des trucs tous les deux ça se voit. Seulement maintenant elle veut que tu te bouges. Pour Natasha elle a tellement de concurrence qu'elle veut être sûre des sentiments de James avant de sortir avec lui. Elle a peur qu'il la jette pour une autre fille.

– Vous nous voyez comme des monstres…

– Mais non James. Je sais bien que tu n'es pas comme ça mais elle te connait moins bien que moi. Tu la troubles, elle a peur c'est normal.

C'est ce moment que choisit Maggie pour réapparaitre.

– Ah tu es là mon chou. Avec elle, j'aurais dû m'en douter.

– Ton chou ? Je croyais que c'était terminé ? Et puis Alice est ma meilleure amie je te l'ai dit.

– Terminé ? Maggie était rayonnante. Donc ça veut dire qu'on sort ensemble ? Officiellement ?

– Euh… Non ! Enfin, si… je ne sais pas.

Maggie ne lui laissa pas le temps d'hésiter et se jeta sur lui pour l'embrasser. Il émergea difficilement de l'étreinte de sa nouvelle petite amie quelques minutes après.

– Oh tu as du rouge à lèvres partout mon petit chéri. Attends je vais t'enlever ça.

James rougit alors que Maggie lui essuyait tendrement le visage tout en l'embrassant encore et encore. Il fut d'autant plus gêné que Keith arrivait vers eux, avec Oscar, Susie, Aldo et Natasha. Celle-ci regarda Maggie d'un air dégouté. Elle se tourna vers Mael qui se retenait de rire.

– Roxanne est partie ?

– Ouais après le scandale de Fred. C'est pour ça qu'on s'est battu, il lui a trop manqué de respect, elle est partie en pleurant.

– Lucy l'a raccompagnée, ajouta Keith, d'un air déçu. Bon, ça vous dit de repartir sur la piste ? On se refait un échange de cavalière les gars ? proposa Keith.

Ils acquiescèrent tous, sauf Maggie.

– Allez-y sans nous, je pense qu'on va aller faire une petite balade, hein mon chou ?

– Euh…

– Tu ne lui demandes même pas son avis ?

Maggie se tourna immédiatement vers Natasha et la fusilla du regard. Elles se toisèrent un long moment sous le regard surpris de leurs camarades avant que Maggie n'attaque la première.

– Écoute, toi… Natasha c'est ça ? Tu ne connais rien aux hommes, tu es en quoi, deuxième année ?, ajouta Maggie d'un air méprisant.

– Troisième, répliqua Natasha, furieuse.

– Voilà, en troisième année, on en reparlera quand tu auras un peu vécu, ok ? répliqua Maggie. Surtout que je vois bien comment tu es avec lui, alors arrête un peu.

– C'est-à-dire ?

– Je connais les filles dans ton genre, tu es toujours derrière lui à l'embêter mais au fond tu es comme toutes les autres, folle de lui, folle de mon homme. Mais t'es qu'une gamine ma pauvre fille, j'ai autre chose à lui apporter, moi !

Natasha lui lança un regard furieux que Maggie ignora en entrainant amoureusement James à la suivre.

– Y en a un qui va passer un très bon moment si tu veux mon avis Oscar, plaisanta Keith.

Les garçons rirent avant de retourner sur la piste, Alice sourit aussi mais pas pour la même raison. Elle n'avait pas quitté Natasha du regard et sa mine furieuse puis jalouse ne lui avait pas échappé. Celle-ci croisa le regard d'Alice et s'empourpra. Mais elle prit la main d'Aldo et l'entraîna sur la piste. Mael, qui avait suivi tout l'échange se dit qu'encore une fois il ne comprenait rien aux filles.

ooOOoo

James suivait Maggie dans les couloirs de l'école. Ils croisaient des élèves qui regagnaient leur dortoir, d'autres qui s'embrassaient derrière une statue, d'autres qui avaient eu la même idée qu'eux et sortaient admirer les étoiles dans le parc. Arrivés devant la grande porte du château, James ralentit mais Maggie lui prit la main et passa devant sans s'arrêter.

– Euh… On ne sort pas ? Tu ne voulais pas aller te balader dans le parc ?

– Non chéri, il fait trop froid dehors, j'ai envie de quelque chose de plus… chaud.

James ne répondit pas et la suivit. Ce n'était pas plus mal, se dit-il, vu leur départ précipité, il n'avait même pas pris sa cape.

– Mais où on va Maggie ?

– Tu connais la salle de bains des préfets ?

– Quoi ? Euh… Louis m'en a parlé mais on n'y est jamais allé, non.

– C'est juste là-bas. Une amie m'a donné le mot de passe, je pense qu'il n'y aura personne en ce moment.

– Mais pourquoi tu veux aller là-bas ?

Maggie lui sourit pour toute réponse et cela ne le rassura pas du tout.

– C'est là ! Fraicheur Alpine !

La porte s'ouvrit et ils entrèrent dans une salle de bains que James aurait qualifiée de somptueuse. Mais ce qu'il voyait surtout c'était l'immense piscine qui servait de baignoire. Il avait un peu peur. S'il y avait bien une chose qui l'opposait à son père, c'était sa passion pour la nage. James, tout comme Albus, adorait l'eau et notamment la plongée. Pourtant, là tout de suite, il sentait que ce n' était pas le moment adéquat pour un cours de plongée. Soudain Maggie le plaqua au mur et l'embrassa avec fougue. Elle finit de détacher sa cravate et commença à déboutonner sa chemise. James bafouilla :

– Euh Maggie… Attends, tu fais quoi là ?

– Dis-moi que tu n'en as pas envie… Oh ! Tu es puceau, c'est ça ?

– Non… Non ce n'est pas ça mais tu ne veux pas attendre un peu ? On sort ensemble depuis… dix minutes ! On se connaît à peine…

– Tu oublies que je t'ai vu plusieurs fois torse nu pendant que tu te changeais après les entraînements de quidditch, tu es trop mignon et j'ai très envie de toi depuis une éternité.

Elle recommença à l'embrasser en jetant sa chemise au sol. Elle lui caressa le torse d'une main pendant que l'autre descendait…

– Oh oh oh… Attends Maggie...

– Je te dis que je suis sûre, que je suis prête… Tu n'as pas envie de moi ? Tu ne me trouves pas attirante ?

James la regarda un moment. Maggie était très jolie et était convoitée par beaucoup d'élèves. Elle était aussi plus âgée que lui et vu son engouement, devait avoir de l'expérience alors que James… Contrairement à ce qu'il lui avait dit il n'avait jamais été aussi loin avec une fille. Et puis il y avait Natasha…

– C'est à cause de Londubat, c'est ça ? C'est à elle que tu penses ?

– Maggie, je t'ai dit qu'Alice est ma meilleure amie !

– Alors si ce n'est pas à cause d'elle, c'est quoi ? Tu ne me trouves pas à ton goût ?

– Mais si bien sûr…. Tu es très jolie. Vraiment très belle.

– Je ne veux pas attendre James. Je veux connaître ça, ce soir, avec toi.

– Tu… tu ne l'as jamais fait ?

– Non. Je voulais que ce soit toi le premier. Tu me plais depuis des années. J'ai bien cru que Finnigan ne te lâcherait jamais… Et dès que tu as été libre c'est cette gourde de Dona Cole qui s'est jetée sur toi. Comment ça a fini vous deux, d'ailleurs, je n'ai jamais su ?

– Et bien… elle voulait me présenter à ses parents. Elle parlait fiançailles, enfants… Enfin tu comprends, à quinze ans, ces choses-là…

– Ne t'inquiète pas, chéri, on va attendre quelques mois avant que je te présente mes parents. Et pour les fiançailles, on peut attendre que tu finisses Poudlard, on pourra concevoir notre premier enfant à ce moment-là. Tu sais, je t'aime vraiment James Potter, tu es séduisant, talentueux, célèbre… Et pour t'avoir tout à moi, je suis prête à tout et surtout à me donner totalement à toi.

– Ah… euh… merci, bafouilla-t-il, cherchant en vain une solution. Mais, tu sais, Maggie... Je pense qu'il vaudrait mieux attendre de... tu sais, qu'on apprenne à se connaître...

Il se trouvait bête, torse nu, contre le mur à détourner son regard. Malheureusement, Maggie prit sa réponse pour une preuve de sensibilité et de profond respect à son égard. Sans plus attendre, Maggie se jeta une nouvelle fois sur lui. Ses lèvres le mordaient, sa langue lui chatouillait le cou, les mains se firent plus pressantes. Sans qu'il ne sache vraiment comment, il était en caleçon et toujours adossé au mur.

– Ça te dirait de prendre un bain ?

James ne répondit pas et Maggie, toujours habillée, alla remplir la baignoire. Il se glissa dedans et la quitta des yeux lorsqu'elle enleva sa robe. Il aimait beaucoup le contact de l'eau. Il y était bien moins à l'aise que son frère mais adorait quand même cette sensation. Elle glissa elle aussi dans la baignoire, ils nagèrent un peu en rigolant puis elle s'approcha de lui. A nouveau il fut adossé à la paroi de la baignoire. Elle se colla contre lui et reprit ses baisers, de plus en plus tendres, de plus en plus profonds. James sentit le corps de Maggie s'écraser contre le sien. Elle prit les mains de son petit ami, en porta une à sa taille, l'autre à sa poitrine, nue. James fut surpris de la sentir totalement nue et encore plus de la voir enlever son caleçon. Elle prit les choses en main et ils firent l'amour pour la première fois tous les deux dans cette baignoire.

Alors que tous deux reprenaient leur souffle, James se sentit ridicule de détourner le regard. Il aurait préféré que Maggie ait droit à la première fois qu'elle méritait, avec quelqu'un qui l'aurait sincèrement aimée. Ils remontèrent à la surface et s'habillèrent en silence. En sortant de la salle, Maggie lui caressa tendrement les cheveux.

– Tu veux qu'on retourne danser ? Ou tu veux venir dans mon dortoir ? Je ne pense pas que mes amies soient déjà rentrées du bal, on sera tranquille…

– Euh.. Non Maggie je dois rester toute la nuit dans la Grande Salle, Glacey nous a demandé de tout ranger Fred, Mael et moi.

– Ah oui c'est vrai. Quels imbéciles ! A cause de ça ils te gâchent ta soirée !

– Bah ce n'est pas grave, on a passé un bon moment quand même tous les deux. Je veux dire tout à l'heure en dansant, quoi, pas…

– Ne sois pas honteux mon chéri. On vient de passer un très bon moment…

Elle l'embrassa tendrement et ils retournèrent dans la Grande Salle. Ils tombèrent rapidement sur les amies de Maggie qui gloussèrent en les voyant arriver main dans la main. James se laissa embrasser puis chercha des yeux Mael. Il vit des signes de mains venant de deux tables différentes, et choisit celle de Mael, plutôt que celle de Fred. Il s'assit avec ses amis en souriant bêtement. Keith lui donna une grande tape dans le dos.

– Alors cette balade ? Il parait qu'il pleut dehors, ça va, vous n'avez pas pris froid ?

– Oh euh… on n'était pas dehors en fait.

– Pourtant t'as les cheveux mouillés mon pote !

Keith et Mael éclatèrent de rire. Ne sachant pas quoi répondre, James s'amusa avec une des nombreuses bouteilles qui jonchaient la table. Il comprenait soudain beaucoup mieux pourquoi ses amis étaient si joyeux.

– Et où étiez-vous ? insista Keith.

– On se baladait dans le château c'est tout.

– Menteur ! Aller raconte !

– Plus tard, les filles arrivent !

– Aller ! James !

– Et qu'est-ce qu'on ne doit pas savoir, nous, les filles ?

Natasha venait d'arriver avec Alice, Irina et Susie. Mael voulu arrêter Keith mais celui-ci fut trop rapide.

– On questionnait James sur sa balade romantique qui ne s'est pas déroulé dans le parc !

Alice sourit en s'asseyant près de son meilleur ami qui n'avait pas l'air dans son assiette. En prenant le verre qu'Alice lui offrit, il chercha dans sa tête comment détourner la conversation sur un sujet moins délicat et surtout moins embarrassant. Mais ni Keith, ni Alice ne l'entendaient ainsi.

– C'était bien ?

– Quoi ?

– Ben la balade.

– Ah… euh.. oui c'était intéressant.

Keith éclata de rire une nouvelle fois entraînant avec lui Oscar, Alice et Mael.

– Et Keanu où il est ?

– Ne change pas de sujet mon pote !

– On veut tout savoir. C'était bon ? Euh… bien, je veux dire ?

– Lâche le Keith, c'est sa vie privée.

– Merci Mael. Mon avocat a raison, je ne ferai aucun commentaire, ajouta James en rigolant.

– Tu te laisses défendre par ton meilleur ami maintenant ? T'es plus capable de te défendre tout seul, Potter ?

L'intervention de la jeune Serdaigle fit battre son cœur plus fort encore. Il se sentait lourd de honte, ridicule et puéril, un idiot immature qui avait succombé à des pulsions adolescentes alors qu'il éprouvait de si purs sentiments pour Natasha. Plus que honteux, il était furieux. Furieux de lui-même et de la situation, furieux de tout ce chaos qu'était devenu son esprit, de cette vie qu'il aurait voulue plus simple, plus heureuse. Il était même furieux contre elle.

– Ecoute Natasha, lâche moi un peu. On y peut rien si tu sors avec un de mes potes, je veux dire avec l'un ou l'autre, ou encore un autre de mes potes, je ne sais pas si ça a changé entre temps…

– Tu me traites de quoi là, Potter !?

– A ton avis ? Dans tous les cas ça me fait chier de devoir te supporter mais faut que je fasse avec alors évite de m'adresser la parole, ok ?

Ils se fusillèrent du regard, sous les yeux étonnés de leurs amis. Chacun savait que James aimait bien taquiner Natasha tout comme Rose et Irina mais cette année il le faisait beaucoup moins souvent et tous les avaient vus danser un peu plus tôt dans la soirée.

– Tu ne disais pas ça tout à l'heure, Potter !

– Et il disait quoi ? demanda Aldo qui s'asseyait en souriant à côté de sa petite amie.

– Laisse tomber Aldo c'est entre Potter et moi !

– Et il se passe quoi entre James et toi ?

– Rien ! Qu'est-ce que tu veux qu'il se passe avec ce petit prétentieux ?

– Bizarre t'as l'air jalouse, répliqua Alice.

– Je déteste Potter, et il me le rend bien, ok ? Je me fous de ce qu'il fait et avec qui il le fait.

– Mais nous on aimerait bien savoir ce qu'il a fait justement ! Et où il l'a fait !, ajouta Keith voulant détendre l'atmosphère.

– Dans la salle de bains des préfets, répondit James en regardant intensément Natasha.

– Vante-toi, comme d'habitude. Arrête de faire comme si ta célébrité te donnait tous les droits.

– Lâche-moi Kandinsky.

– Alors ferme-là ! Je ne peux plus te supporter « l'héritier prétentieux et débile » !

– Belle répartie Kandinsky, alors Potter parait que tu t'envoies en l'air dans la salle de bains des préfets ?

Boris Screta et ses amis regardaient James d'un air mauvais.

– Tu devrais dire à ta petite copine de la fermer quand elle s'extasie sur ton potentiel.

– Il a du potentiel lui au moins, on ne peut pas en dire autant de toi Scretin !

– Tu ne dirais pas ça si tu y avais goutté Londubat !

– Beurk tu vas me faire vomir !

– Fais attention Londubat, tu pourrais regretter…

– Lâche-là ! répliquèrent James et Keanu.

– En tout cas Potter, ni toi ni ta petite copine n'êtes préfets, compte donc sur moi pour que ce soit dit et répété aux bonnes personnes. Celles qui te feront par exemple virer de l'école. Ou pire. Pauvres petits enfants désoeuvrés, que feront-ils sans la célèbre famille Potter ?

– N'approche pas de ma famille Screta !

– C'est une menace ? Tu me fais peur, Potter, tu vas faire quoi ? M'amener prendre un bain avec toi ?

James se leva et Screta recula instinctivement. Pourtant, encouragé par ses amis, il reprit confiance.

– Qu'est-ce que tu vas faire, Potter ? Te battre comme un moldu ?

James n'était pas contre mais il sortit sa baguette pour bien montrer à son ennemi que peu importe la manière, il était certain de remporter son combat. Ses amis tentèrent de le calmer.

– Ben alors Potter ? T'es bien calme tout-à-coup ? ça a dû te calmer de voir ton frère prôner les idées des Mangemorts !

– Ta gueule ! Dégage pourriture sinon…

– Sinon tu vas faire un petit cauchemar ?

– Et ta sœur Potter, elle n'est pas là ? demanda à son tour Lars Bear, l' « ours de Serpentard ». Parait qu'elle est agressive et j'aime ça les filles…

– Ne touche pas ma sœur connard !

Mais Alice et Mael l'obligèrent à s'assoir. Le professeur Glacey approchait et vit la bande des Serpentard quitter la table.

– Rangez-moi cette baguette Potter ! J'ai bien fait de vous punir, vous n'en loupez pas une !

James était furieux. Ses amis essayèrent de détendre l'atmosphère et Keith reprit la conversation en souriant.

– La salle de bains des préfets, hein ? Pas mal comme rendez-vous. C'est Louis qui t'a donné le mot de passe ?

– Non c'est Maggie qui l'avait.

– Encore une qui n'a pas résisté à ton charme !

James ne répondit pas à Keith, il se retenait de regarder Natasha mais sentait son regard sur lui.

ooOOoo

Plusieurs heures après que la nuit soit tombée, la fête tourna à sa fin et leurs amis vinrent les saluer et leur souhaiter bon courage. Natasha n'avait plus parlé à James et ça faisait une éternité qu'ils n'avaient pas vu Nalani. James et Mael se retrouvèrent bientôt seuls.

– Mais où est Fred ?

Ils le cherchaient des yeux sans résultat. Le professeur Glacey avait quitté la salle depuis belle lurette en les avertissant qu'il visiterait les lieux le lendemain matin avant le petit déjeuner et qu'ils avaient intérêt à ce que tout soit en ordre. Il leur avait également précisé qu'il enverrait une lettre à leurs parents à la première heure. Une fois le dernier couple partit, James s'approcha d'une table et commença à entasser des chaises.

– On ne va pas l'attendre toute la nuit, moi je commence, plus vite on a fini, plus vite on se casse.

– Tu crois qu'il est avec … elle ?

– Écoute Mael je n'en sais rien. Je suis désolé mon pote mais je n'en sais fichtrement rien.

– Tu… tu n'as pas la carte sur toi ?

James sortit sa petite poche en poils de Houk. Celle-ci pouvait contenir tout ce qu'il souhaitait y garder et lui seul pouvait l'ouvrir. Il en sortit la carte.

Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises !

– Regarde dans la salle des Serdaigle.

– Attends… Nalani y est. Mais lui non. Il est dans le dortoir. Le nôtre. Seul. Je ne vois pas Louis. Ah si, il est dans la salle commune avec…

– Le salaud ! Fred ! Il nous laisse faire tout le boulot seuls ! Alors que tu n'y es pour rien !

– Toi non plus.

– Messieurs ! couina un elfe. Il faudrait vous dépêcher vous avez beaucoup de travail.

– Oui vous avez raison, répondit James. Pourriez-vous nous dire où trouver des… sacs poubelle ?

Ils travaillèrent d'arrache-pied pendant plusieurs heures, remplissant les sacs, enlevant les décorations des tables et des chaises, empilant le mobilier, lavant les verres et les assiettes.

Yanji, l'elfe qui les supervisait s'était occupé de faire disparaître la scène, comme convenu avec le professeur Glacey et avait disposé des sauts partout dans la salle pour récolter l'eau qui s'écoulait désormais des stalactites. En effet, dès que la fête fut finie, les principaux sorts furent rompus et la glace fondait à vue d'œil. James et Mael devaient à chaque fois s'interrompre dans leurs taches pour vider les sauts dans un conduit qui menait jusqu'au lac. Ils parlaient peu mais Mael essaya de tirer quelques informations sur « la chose » comme il l'appelait.

– Mais c'était bien quand même ? On dit qu'il vaut mieux le faire la première fois avec quelqu'un qu'on aime vraiment, c'est vrai ? C'était ta première fois, non ?

– Oui. Et c'était bien mais je pense que ça doit être encore mieux quand on le fait par amour, oui.

– T'as pensé à Natasha en le faisant ?

– A un moment oui. J'avais l'impression de la trahir. C'est con, non ?

– Non. Je comprends. Si je faisais ça avec une autre je penserais tout le temps à Nalani. Tu crois qu'elle la fait avec Fred ?

– Je ne pense pas, elle n'a pas quitté la grande salle de toute la soirée.

– Ouais, t'as raison.

– Monsieur James, le saut !

– Ah oui, merci Yanji.

James courut prendre le saut qui allait déborder. Les deux amis se partageaient le travail. Mael avait porté toute la vaisselle jusqu'au bac de nettoyage pendant que James avait décroché toutes les décorations, sauf la glace. Mael s'occupa ensuite de faire la vaisselle et James de porter le mobilier dans une pièce adjacente comme le lui avait demandé Yanji. Il s'occupait également de vider les sauts mais Mael l'aidait également à cette tâche.

Les garçons finirent leur travail un peu après cinq heures du matin. Ils étaient exténués par la folle journée qu'ils venaient de vivre, après avoir enchaîné plusieurs heures d'entraînement de quidditch et des dizaines de danses, ils venaient de tout nettoyer seuls. Ils se rendaient à leur dortoir lorsqu'ils croisèrent le professeur Glacey.

– Alors messieurs, c'est à cette heure-ci que vous rentrez ? Pourquoi n'êtes-vous que deux ?

Les garçons se regardèrent.

– Euh.. Fred est rentré plus tôt que nous.

– Et pourquoi ça, Potter ?

– Il était fatigué et on se débrouillait bien sans lui.

– Bien nous verrons ça tout à l'heure. Je vais inspecter votre travail. Suivez-moi, vous irez vous coucher seulement si je décide que votre travail est fini.

Les garçons échangèrent un regard las et suivirent leur professeur en repartant sur leurs pas. Celui-ci parut impressionné et demanda à voir Yanji. Il libéra James et Mael qui tombaient de fatigue. Il n'y avait pas un bruit lorsque les garçons entrèrent dans la salle commune. Ils se couchèrent sans un mot et furent réveillés deux heures plus tard par la légendaire discrétion de Fred. Mael enrageait, la tête sous son oreiller.

– Putain Fred, ta gueule !

– Oh ça va marmotte il est huit heures !

– Sauf qu'on s'est couché y a deux heures avec James ! Je te rappelle qu'on devait ranger la salle tous les trois et que tu nous as lâché !

– Vous y êtes allés ? Sérieux ? Franchement ils auraient envoyé les elfes et puis c'est bon…

Mael s'était levé, ils se tenaient l'un en face de l'autre. Louis les observait d'un air soucieux.

– T'es vraiment un salaud ! James s'est fait punir juste parce qu'il nous défendait et tu la laissé faire le sale boulot à ta place !

– Je ne pensais pas que vous iriez franchement ! Glacey avait un coup dans le pif, comme nous tous d'ailleurs, on était crevé d'avoir dansé toute la nuit et les elfes avaient prévu de tout ranger…

– Ta gueule ! Putain cette mauvaise foi… Tu n'es qu'un lâche !

– Ne m'insulte pas ! cria Fred en sortant sa baguette.

Mael prit également la sienne mais Fred le désarma.

– Du calme les gars…

– Pousses-toi Louis ! Petrificus Tottalus !

Louis tomba à la renverse, pétrifié. James se leva à son tour et se positionna devant son meilleur ami.

– Fred, arrête ça tout de suite !

– Sors de là James, c'est entre lui et moi !

– Non !

– T'es un malade Weasley ! Et un lâche !

– Je t'ai dit que je pensais que vous n'y étiez pas allé !, explosa Fred, dont le courage Gryffondorien ne supportait pas la lâcheté.

– Et ça t'a pas paru bizarre qu'on ne soit pas là quand tu t'es couché ?

– Non James, je pensais que t'étais avec Maggie et Mael… à ronchonner dans un coin.

– Menteur ! T'es vraiment qu'une merde..

– Stupéfix !

Mael tomba lourdement sur le sol, inerte. James sauta sur Fred et lui prit sa baguette. Il la brandit vers Louis.

– Finite Incantatem !

– Merci James, Fred t'as perdu la tête !

– Enervatum ! s'écria James en pointant sa baguette sur Mael.

Mael bougea difficilement sur le sol.

– Je suis obligé d'en référer à Glacey !

– Il m'a cherché ! Merde quoi, Louis on est cousins !

– Tu l'as bien cherché toi aussi ! C'est toi qui as provoqué Mael hier, toi qui les as laissé seuls ranger la salle et toi qui l'a attaqué alors qu'il était désarmé. James, amène Mael à l'infirmerie, je vais parler à Glacey. Fred je te conseille de te faire tout petit jusqu'à notre départ.

Louis quitta la pièce et Fred s'enferma dans la salle de bain. James aida Mael à s'habiller et à sortir de la chambre. Il croisa Liko et Guillaume dans le couloir.

– Ca va James ? On a entendu des cris, qu'est-ce que… Merde il va bien ?

– Il a été stupéfixé, vous pouvez m'aider à l'amener à l'infirmerie ?

– Ouais bien sûr. Stupéfixé ? Attends… qui…

– Fred.

– Ton cousin ? Mais vous êtes les meilleurs amis du monde vous tous, la bande d'inséparables, les nouveaux maraudeurs…

– C'est fini tout ça, murmura doucement Mael.

Ils traversèrent la salle commune et les couloirs qui les menaient à l'infirmerie. Là, ils furent rejoints par Louis et le professeur Glacey qui semblait plus gêné qu'autre chose.

– Jordan, Green, vous pouvez y aller. Thomas, comment vous sentez-vous ?

– Ca va je crois. Je suis juste un peu sonné.

– C'est la première fois que vous êtes stupéfixé ?

– Oui professeur.

Tulipe, l'infirmière de Poudlard, et le professeur Shiitaké, Guérisseur, arrivèrent. Celui-ci donna à Mael une potion après l'avoir observé quelques minutes. Louis et James attendaient dehors en compagnie du professeur Glacey.

– Weasley m'a expliqué ce qu'il s'était passé. Potter puis-je avoir votre version des faits ?

– Ils se sont disputés. Mael et Fred. Ils ont tiré leur baguette tous les deux, Fred a désarmé Mael, pétrifié Louis, …

– Pétrifié ?

– Oui, enfin… Le petrificus tottalus. J'ai aussi essayé de les séparer, comme Louis, puis Fred a stupéfixé Mael.

– Mais que vous arrive-t-il en ce moment ? Avant tous les quatre vous étiez inséparables ! Toujours à courir un risque et à enfreindre le règlement mais au moins votre bonne humeur faisait plaisir à voir !

James regardait fixement le terrain de quidditch, semblant y voir voler un balai enfourché par une magnifique silhouette féminine aux cheveux bruns…

– Potter, je vous parle ! Pourquoi ne s'entendent-ils plus ?

– L'amour, professeur. C'est l'amour, répondit-il pensif.

Le professeur Shitaké vint leur ouvrir à nouveau la porte alors que le professeur Glacey dévisageait James avec effarement et que Louis se retenait de rire. Mael fut heureusement sur pieds en moins d'une heure.

– Pas d'effort brusque aujourd'hui, M. Thomas.

– Très bien, merci professeur, merci miss Calor.

En sortant de l'infirmerie, ils virent le soleil éclairer joliment le parc et le terrain. Sans se concerter, les trois amis avançaient vers celui-ci. Quelques élèves arrivaient en courant pour rejoindre ceux qui volaient au-dessus du terrain. James reconnut Malek Lespare qui semblait beaucoup s'amuser, sur son balai, tout comme Liko Jordan ou Jalil et Albus. Un peu plus loin et assis dans l'herbe, Lily et Lorcan semblaient être en pleine conversation. Un jeune homme salua les deux amis en passant près d'eux, son balai à la main.

– L'ordure ! je vais le tuer !, s'exclama Mael en regardant Fred rejoindre ses amis de Serdaigle en souriant.

– Laisse, ça n'a pas d'importance, il…

Louis se tut. Après avoir salué ses amis, Fred avait enlacé Nalani et l'embrassait désormais. Pour fuir le regard triste de Mael, James chercha des yeux la silhouette qu'il avait tant observé de l'infirmerie. La jeune femme lui tournait le dos et se concentrait sur son vol. Une joueuse de quidditch, se dit-il, elle semble s'entraîner. Pas de roulage, pas d'emphase, ce n'est donc pas une poursuiveuse. Pas assez rapide pour être un attrapeur. C'est une batteuse. Comme… Natasha s'approcha d'eux et fonça sur James dès qu'elle le reconnut.

– Tiens voici le petit débile prétentieux !

– Natasha, je n'ai pas envie de…

– Tais-toi Potter ! Tu as vu comme tu m'as parlée hier soir ? Non mais tu te prends pour qui, hein ? Et l'autre gourde, elle…

– Écoute, Natasha, je n'ai fait que te répondre, toi aussi tu…

– Tu m'énerves ! ajouta-t-elle avant de se jeter sur lui et de le frapper.

– Oh, arrête ! Kandinsky !

– Mais vous passez vraiment votre temps à vous chamailler vous deux ! Salut les gars ça va ?

James, tout en évitant les coups de son adversaire, jeta un coup d'œil aux nouveaux arrivants. Keith, Nalani, Fred et Solenne. Mael était étrangement pâle et semblait bien décidé à ne pas croiser le regard de Fred.

– Ça va Mael ?

Il ne répondit pas à la question de Nalani et James eut pitié de lui.

– On sort de l'infirmerie, il est un peu patraque.

– Ah bon, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

– Ton mec ne te l'a pas dit ? cria Mael en se tournant vers elle.

– Me dire quoi ?

– Il m'a stupéfixé !

– Quoi ? Non, Fred ne ferait jamais une chose pareille !

– Putain mais tu le prends pour qui ? Un ange ? Et moi ? Je suis un menteur, c'est ça ?

– Mael, calme-toi, pourquoi tu m'agresses comme ça ?

Nalani paraissait vraiment surprise de l'attitude de Mael et celui-ci se renfrogna. James enrageait car il connaissait bien l'expression qu'arborait son meilleur ami. Le regret et la honte. Fred, au contraire, semblait particulièrement heureux de pouvoir se défouler sur son ancien ami.

– Parce qu'il est jaloux ! Il voulait t'avoir avant moi, donc il inventerait n'importe quoi…

– Je n'invente rien ! Et je ne veux pas…

– M'avoir ?, releva Nalani. Parce que tu penses qu'on peut m'avoir, Fred ? Tu penses que je t'appartiens ?

– Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, ma puce. Mais on sort ensemble, et ça le fait chier ! Mais avoue bordel, sinon t'aurais pas essayé de choper ma sœur !

– Je n'ai jamais essayé de faire quoi que ce soit à ta sœur !

– Normal elle ne voudrait pas de toi ! Qui voudrait de toi ? T'es moche et t'as aucune personnalité !

– Fred, arrête !

– Mais non James, c'est nous les leaders, toi et moi, lui il est toujours derrière. Toi tu ne le reconnaîtras jamais parce que ça te plaît d'avoir un larbin avec toi. Comme Alice, comme Louis.

– Ni James, ni Alice, ni moi ne considérons quiconque et encore moins Mael comme un larbin ! répliqua Louis.

– Ah ah ah ! Mais t'as rien compris Louis, t'es un larbin aussi ! et Alice aussi ! Trois larbins avec toi t'es content James Potter ? Ou t'en veux encore ? C'est pour ça que t'a sauvé la pauvre petite Natasha ? Tu pensais qu'elle ferait tes devoirs ou passerais sous ta robe pour te détendre en fin de journée ?

James le regarda, horrifié. Il tira sa baguette en même temps que Fred qui, voyant que leurs amis se plaçaient entre eux pour les séparer, ne s'arrêtait plus de parler.

– Et ouais, vous ne saviez pas ? C'est à cause de James que Natasha s'est fait agresser au début de l'année !

– Ta gueule !, cria Mael, qui lui aussi avait sorti sa baguette.

– C'est vrai ? Potter, c'est vrai ?, demanda Natasha en menaçant James.

– Non !

– Si c'est vrai ! Il m'a tout raconté ! Et je sais même qui t'a agressé !

– Arrête Fred ! Tais-toi !

– Qui ? Potter, Weasley, dites-moi qui !

– Son frère ! Tout ça parce que la rumeur courrait qu'il t'aimait bien !

– Albus ?

– Non, James. Il s'envoie en l'air avec des filles déjà majeures et y en a qui croient qu'il préfèrerait être avec toi ! Du coup, pour l'emmerder les Serpentard ont voulu te faire du mal, et qui t'a enlevée ? Qui t'a enfermée ? Son propre frère ! Le prince des Ténèbres. Mais bien sûr le grand James Potter en a profité pour venir te chercher et il a dû inventer une stupide histoire pour que tu ne balances pas son frangin, le stupide et ridicule Albus ! Il aime ça les gens stupides le parfait petit James, y a qu'à regarder son meilleur ami..

Mais c'en était trop, James et Mael s'étaient jetés sur Fred et les trois garçons se rouaient de coups. Natasha attrapa James et profita de la bagarre entre Mael et Fred pour éloigner James du groupe. Elle se jeta à nouveau sur lui.

– Dis-moi la vérité.

– Arrête, Natasha, Fred est énervé, il sait que…

– Que quoi ?

– Que tu me plais ! Beaucoup ! Énormément même ! Alors comme il est énervé il essaie de créer des embrouilles ! Tu crois vraiment que je voudrais te blesser ? Ou faire de toi mon larbin ou je ne sais quoi ?

– Est-ce que c'est vrai ? Que c'est Albus qui…

– Non ! Écoute Natasha, Albus n'a rien à voir avec ça, d'accord !

– Comment t'as su alors ? Comment tu m'as retrouvée ?

– La carte. Ma carte spéciale.

– Celle qui permet de voir où on est en temps réel ?

– Oui.

– Donc c'est juste un coup de chance alors. J'aurais très bien pu rester...

– Non, je… écoute t'étais pas la première et… quand j'ai vu que tu avais disparu... Mais ça n'arrivera plus maintenant, on essaie de faire en sorte que ça s'arrête. Je te le promets. Tu me crois ?

– Je ne sais pas, James, comment savoir avec toi…

– Mais pourquoi tu as si peu confiance en moi ! Pourquoi tu me chauffes pour me laisser et rejoindre MacMillian !

– Et toi alors !

– Quoi moi ? Je t'ai invité au bal, c'est toi qui a refusé, je suis revenu vers toi pour te proposer qu'on… bref et tu es partie danser avec … lui !

– Et ?

– Et tu sais très bien que je… que je veux… que je veux être avec toi, bordel !

– Ah ouais ?

– Mais qu'est-ce que je dois faire pour te le prouver ?

– Peut-être coucher encore une fois avec Towler ! Tu n'avais pas l'air si malheureux et abandonné que ça hier, en revenant de ta… balade !

– Ce n'est pas ce que tu crois.

– Tu n'as pas couché avec elle ?

– Ca ne s'est pas passé comme ça.

– Tu lui as fait l'amour, oui ou non ?

– Oui. Mais j'ai pensé à toi et ce n'était pas…

– Oh épargne-moi les détails, tu veux..

– Non, écoute-moi. Je ne voulais pas, elle s'est jetée sur moi !

– Et tu t'es laissé faire ?

– Ben.. Je ne voulais pas la vexer.

– Et tu crois que je vais avaler ça ? Tu sais quoi Potter ? Tu ne m'auras pas ! Après Susie, Cole et Towler, une petite jeune à dépuceler ça t'amusait c'est ça ?

– Natasha, je t'aime beaucoup. Vraiment.

– Tu mens. Comme toujours.

James !

– Tes amis t'appellent, ils ne peuvent pas se passer de leur roi pendant dix minutes on dirait.

– Natasha…

– Je ne veux plus te voir. C'est fini Potter.

– Tu ne m'as même pas laissé le temps de te convaincre de commencer…

– Tu en as eu du temps. Et tu as tout gâché.

Natasha enfourcha son balai et s'enfuit loin de James que ses amis priaient de revenir. Fred et Mael s'étaient lancé sort sur sort et une fois pétrifié, Fred se retrouvait criblé de coups par un Mael méconnaissable. Leurs amis semblaient retenus par un mur invisible et James courut pour les libérer.

– Duo Excartax !

Le sort sépara Mael et Fred et celui-ci se releva péniblement. James annula le sort qui retenait ses amis et Nalani se rua sur Fred pour voir son état.

– Faut l'amener à l'infirmerie, conseilla Louis.

– Oui. Je l'amène tout de suite. Fred, ça va tu peux te déplacer ?

– Oui… Enfin… Je vais avoir besoin de toi… Si… Si tu veux bien.

Ils partirent tous les deux, étroitement serrés, après que Fred ait jeté un bref clin d'œil malicieux à ses deux cousins. Mael semblait affreusement gêné. Il gardait la tête baissée et semblait au bord des larmes.

– Mais qu'est-ce qui se passe entre vous ?, demanda Keith. C'est vraiment par rapport à Nalani ? T'en pince pour elle ?

– Non, ce n'est pas ça, c'est juste qu'on… On ne se supporte plus. Il m'a quand même jeté un sort ce matin, et là j'en pouvais plus alors je… mais je n'aurais pas dû, je sais.

– Une chance qu'aucun prof ne soit passé !

James savait très bien que Mael était vraiment mal.

– Viens Mael, on rentre.

– Les gars, on n'annule pas pour ce soir ? s'inquiéta Keith.

– Tu crois franchement que…

– Oh James, aller ! On n'invitera pas Fred, c'est tout, comme ça Mael..

– Je ne suis pas sûr de vouloir venir, dit Mael d'une voix éteinte.

– On ne fera rien sans toi mec ! assura Keith.

– Aller on y va, coupa James. Histoire de rattraper notre sommeil et d'être en forme pour ce soir. On se voit plus tard les gars.

En regagnant le château, James, Louis et Mael croisèrent nombre d'élèves qui les dévisageaient en chuchotant. Ils regagnèrent rapidement leur dortoir désert et partirent à la rencontre de Morphée.

ooOOoo

Ce dimanche, veille du grand départ pour les vacances de Noël, tout le monde ne parlait que du bal et des couples qui s'étaient formés. Celui qui était sur toutes les lèvres était bien sur James Potter et sa nouvelle conquête. L'épisode de la salle de bains des préfets était relaté partout et sous plusieurs formes. Alice apprit à James qu'elle avait entendu plusieurs élèves en parler dans les toilettes des filles ce matin-là et si l'une d'entre elle était persuadée que James avait quasiment violé Maggie en l'amenant dans le lieu où il entraînait toutes ses conquêtes, une autre prétendait que James et Maggie n'étaient pas seuls, la veille, dans la fameuse baignoire et faisait mille pronostics pour savoir qui avait également participé à ce rendez-vous coquin à plusieurs.

– C'est fou comme les rumeurs courent vite.

– Ne m'en parle pas. Elles sont débiles les filles que tu as entendu. J'ai passé la nuit à tout ranger dans cette foutue salle, je dois préparer la fête de ce soir, je suis crevé et tout le monde me regarde avidement pour savoir le fin mot de l'histoire. Les gens n'ont donc aucun respect pour la vie privée des autres !

– Laisse tomber, ils auront tout oublié à la rentrée ! Vivement les vacances d'ailleurs, on a une tonne de boulot mais au moins au fêtera Noël en famille !

La décision, après les multiples blessures causées par le tournoi, de faire finalement rentrer les élèves chez eux à Noël en avait enchanté plusieurs. James était cependant un peu moins heureux de retrouver sa famille après les évènements de la veille.

– Parle pour toi. Mes parents vont recevoir la lettre de Glacey et je suis sûr qu'ils vont savoir pour Maggie et moi.

– Ça m'étonnerait que Scretin balance. Tu passes quand même pour un héros là.

– Ouais ben pas pour mes parents. Quand je pense que c'est elle qui m'a forcé…

Alice éclata de rire. Elle avait été très amusée quand James leur avait expliqué à Mael et elle la vraie version de l'histoire. Elle avait en revanche été outrée d'apprendre ce qui s'était réellement passé dans le dortoir des garçons, tôt, ce matin. Mael était resté très vague sur les évènements qui avaient ensuite eu lieu sur le terrain de quidditch et James avait respecté son meilleur ami. Après cette escapade, Alice était venue les réveiller pour le repas de midi.

– Je ne regarderai plus jamais la Grande Salle de la même façon désormais, avait plaisanté Mael en s'asseyant et en se servant abondamment de son ragout.

Fred les ignorait royalement. Il s'était exilé à la table des Serdaigle pour manger. Tous les élèves de Gryffondor étaient au courant de ce qu'il avait fait et Roxanne avait juré de ne plus lui adresser la parole. L'épisode du terrain de Quidditch n'avait pas été relaté car les seuls témoins de l'affaire estimaient trop Mael et Fred pour le dévoiler. A la fin du repas, comme souvent pendant l'hiver, quelques élèves restaient dans la Grande Salle et changeaient de table pour bavarder avec leurs amis. Keanu appela James qui s'apprêtait à partir.

– James, Alice, Mael ! Venez !

Ils s'assirent dans un coin et furent rejoints par Oscar. Keanu prit James à part.

– Il faut faire la liste des élèves qu'on invite ce soir.

– Ok. A Poufsouffle : Oscar, Susie et Jean-Paul, ok pour toi ?A Serdaigle, toi, Solenne, Keith et Nalani et j'imagine que tu veux inviter Irina.

– Oui. On peut également faire confiance à Aldo et Feodor, ils sont sympas. Y a Marcus aussi, ils trainent souvent ensemble…

– On ne pourra pas être trop nombreux, Keanu, faut pas qu'on se fasse repérer !

– Ok juste Aldo, alors ? C'est un très bon danseur, il mettra de l'ambiance ! Natasha viendra aussi si ça ne te dérange pas, c'est sa copine. Et puis Irina ne s'entend bien qu'avec elle donc si je veux…

– Elle est en troisième année !

– On peut les désillusionner avant de quitter la salle commune.

– Les ?

– Ben je pense qu'elle viendra avec une copine.

– Elle traîne qu'avec ma cousine et ça m'étonnerai que Rose prenne un tel risque…

– On les compte quand même ?

– Si tu veux. Bon à Gryffondor : Louis, Mael et moi. Alice, Yelena et Filippa.

– Et… ?

– Non, on n'invite pas Fred. Sinon ça se fera sans moi.

– Ok, ok, pas de Fred ! On prend des élèves plus jeunes aussi ? Keith serait heureux de revoir Lucy…

– Lucy, ok. Et Marcia peut-être. Et Roxanne et Franck Londubat. Y a aussi la sœur de Nalani et celle de Mael. Et puis j'aurais bien proposé à mon frère de venir.

– Ton frère ? Mais ...

– C'est mon frère Keanu !

– Oui, désolé James. Albus est très sympa en plus. On prend toute la bande ?

– Je vais lui proposer on verra bien. Ce qui nous fait… plus de vingt-cinq si tout le monde vient.

– On était dix la dernière fois… On ne tiendra jamais dans ce bout de couloir où tu nous avais emmenés la dernière fois.

– Bon on va voir, faut se démerder. J'ai trouvé l'endroit adéquat mais ça va être difficile. On s'habillera en vêtements moldus. On ne fixe pas de rendez-vous, par contre on va se faire une réunion à seize heures ici. Amène Keith avec toi. Je vais également demander à Oscar de venir. Pas un mot à qui que ce soit, tu ne dis pas aux autres qui vient ok ?

– Pas de soucis.

L'après-midi fut studieuse pour James qui échafaudait un plan de dernière minute avec Alice et Mael. Louis avait demandé à James que Marcia les accompagne, et James avait accepté. Roxanne avait été ravie d'être invitée et son amie Kena Jordan l'accompagnerait. La sœur de Mael trouvait que c'était trop dangereux et avait refusé. James avait également parlé à Albus. Celui-ci avait accepté ainsi que ses deux meilleurs amis. Benoit resterait à Serpentard pour les couvrir. Leur absence aurait paru trop suspecte sinon. Alice tira James de ses pensées.

– James, il est presque seize heures, faut y aller.

Ils retrouvèrent comme prévu Keanu, Keith et Oscar.

– Bon, j'ai un plan. Je vous ai parlé de ma carte ?

– Celle qui est un peu spéciale ?

– C'est ça. Je viendrai vous chercher à partir de vingt-et-une heures. Assurez-vous que les autres aient fini de manger. J'espère que vous avez déjà trouvé un prétexte qui expliquerait pourquoi autant d'élèves de Serdaigle soient absents de leur dortoir. D'autant plus que nous avons cinq préfets avec nous. A vingt heures trente j'irai chercher mon frère et ses amis. Je les amènerai au point de rendez-vous numéro 1. J'irai ensuite chercher les Poufsouffle. Oscar tu te tiendras près devant les cuisines avec Susie et Jean-Paul. Vous jouerez une partie de bavboules en m'attendant, ok ? Dès que j'arrive, vous vous désillusionnez et vous me suivez, je vous guiderai par ma voix. On passera prendre un groupe de Gryffondor qui nous attendra devant le tableau du bébé qui porte sa mère dans ses bras. Je vous laisserai au point de rendez-vous numéro 1 où vous retrouverez donc mon frère et Mael et Alice. Je viendrai ensuite chercher les Serdaigle. Keanu tu feras mine de réfléchir à l'énigme du portrait, les autres seront désillusionné. A mon signal, tu te désillusionnes et on rejoint les autres, ok ?

– Ok. Et après on va où ?

– Ah ça c'est la surprise du chef, mon pote. Je tiens juste à vous signaler que c'est dangereux, complètement interdit et qu'on passera la soirée hors du château. Je veux également vous demander d'être les chefs d'équipe de la soirée. On encadrera les autres et on fera gaffe à pas trop boire pour pouvoir ramener tout le monde sans risque. Si jamais un des élèves est fatigué ou veut rentrer il faudra que l'un de nous s'en occupe également, ok ?

– Ok James. Et pour le reste on fait comment ? Pour la boisson, la musique, tout ça ?

– J'allais y venir. Il ne nous reste pas beaucoup de temps pour tout préparer, donc Oscar, tu vas dans les cuisines et tu prends tout ce que tu peux prendre. Demandes à voir Yanji et dis que tu viens de ma part, on a sympathisé hier soir et on s'est entendu. Keanu, Keith, vous récoltez un gallion à chaque élève de Serdaigle qui vient ce soir, Oscar tu récupères les trois gallions de Poufsouffle. Vous donnerez le tout à Alice dans une heure. Elle se charge d'aller faire le plein de provisions. Mael et moi on va voir si la… l'endroit où on va ce soir a besoin d'une petite déco. Les gars ce soir c'est notre soirée !

Les préparatifs continuèrent tout l'après-midi et James, Mael et Alice firent le point avant d'aller diner.

– J'ai une tonne de bièraubeurres et deux bouteilles de Whisky Pur feu. J'ai également une boisson moldue, volav ou bodka, bref je sais plus comment ça s'appelle.

– Comment t'as fait pour tout porter ?

– Tout était planifié, j'ai caché tout ça en lieu sûr et on récupèrera tout par un Accio.

– Super Alice. Le lieu est nickel aussi, un peu rustique, mais ça fera l'affaire.

Après le repas, James regagna son dortoir, il se changea rapidement et s'apprêtait à repartir en amenant avec lui la carte et la cape qu'il avait emprunté à son frère quand Fred entra dans la chambre.

– La soirée est confirmée à ce que je vois.

– Oui.

– Et je ne suis pas invité.

– Non. Fred, j'espère que tu tiendras ta langue et que tu ne nous balanceras pas.

– Je ne suis pas tombé aussi bas !

– T'es pas tombé très loin du bas quand même.

– Tu oublies ce qu'a fait Mael ! J'imagine qu'il est invité, lui !

– Tu l'as poussé à bouts, tu sais bien qu'il ne t'aurait pas attaqué sans raison !

– Tu prends toujours sa défense, je suis ton cousin je te signale !

– Je suis en retard. A plus.

Il était aussi énervé que peiné par la situation mais espérait de tout son cœur que laisser Fred à l'écart agisse sur lui comme un électrochoc. Tout à ses pensées, il sursauta lorsque Maggie lui attrapa la main.

– Je ne t'ai pas vu de la journée, dit-elle en l'embrassant.

– C'est vrai... J'étais assez... hum... occupé.

– Ouais j'ai entendu Liko en parler avec ses amis. T'organises une soirée privée et tu n'invites même pas ta petite amie ?

– Ben… La jauge est restreinte et je ne suis pas le seul organisateur.

– Les sœurs Kandinsky viennent, j'imagine ? Et Londubat ?

– Je ne sais pas… Enfin, je crois, oui.

– Tu préfères passer la soirée avec elles qu'avec moi ?

– Ecoute Maggie je suis super à la bourre donc si tu tiens vraiment à venir, va t'habiller en tenue moldue et attends-moi devant le portrait dans demi-heure, ok ?

– Oh merci mon chéri.

Il se désillusionna et descendit vers les cachots. Il retrouva son frère et ses amis dans la salle de musique, déserte. Il les désillusionna et les guida jusqu'au point de rendez-vous où les attendaient Mael et Alice. Il partit ensuite chercher les Poufsouffle, les autres Gryffondor et les Serdaigle. Une fois tous réunis mais toujours désillusionnés, James les fit sortir du château et les amena jusqu'au saule cogneur.

– Wingardium Leviosa !

Une branche s'envola et appuya sur un nœud du saule. Celui-ci s'immobilisa.

– Suivez-moi. Mael et Alice vous passez en premier. Il passa sa main sous la cape. Chacun passe en me tapant dans la main. Oscar tu fais passer les Poufsouffle. Vas-y. Fréro à toi et tes amis. Keanu tu fais passer ton groupe. Keith à toi. Louis à ton groupe. Il n'y a plus personne? Hominum Revelio !

James préférait être prudent et s'assurer qu'ils n'avaient pas été suivis. Rassuré, il rentra à son tour, fermant la marche du petit groupe. Mael et Alice les guidèrent. Une fois à l'étage de la cabane hurlante, tous se désillusionnèrent et regardèrent autour d'eux. Tous étaient épatés de se trouver dans la cabane hurlante. Alice revint bientôt avec les provisions, Mael lança la musique et la fête put commencer.

Tout se passait admirablement bien. Les garçons se jetèrent sur le whisky pur feu et certaines filles y gouttèrent aussi. Kena Jordan et Maggie s'endormirent donc très tôt. James en profita pour danser avec Lucy, Marcia, Roxanne, Alice, Nalani et Solenne. Les autres avaient été surpris de voir Albus et ses amis mais ceux-ci avaient su rapidement s'intégrer et la bonne ambiance régna toute la soirée. Louis et Marcia semblaient s'être beaucoup rapprochés, comme Oscar et Susie. Keith faisait tout pour faire rire la sublime Lucy mais celle-ci semblait le trouver terriblement ennuyeux.

Nalani ne parut pas embêtée de l'absence de Fred et s'amusait comme une folle avec sa meilleure amie Solenne. Filippa tomba à son tour après avoir perdu un défi lancé par Jalil et bu deux verres de Vodka cul sec.

Au bout de deux heures de danse, James sirotait son verre, adossé contre un des murs, regardant la piste. Natasha s'approcha doucement de lui.

– Belle soirée. Merci James. Par contre ta copine se la joue un peu trop à la belle au bois dormant. Tu connais ? C'est un conte moldu.

– Ouais je connais, ma marraine m'avait offert plusieurs bouquins comme ça quand j'étais gamin et ma mère nous les a lu.

– Pas trop déçu pour Towler alors ?

– Non on se rattrapera plus tard.

Il se montrait évasif comme ennuyé de parler avec elle. Il n'en était rien bien sûr, il n'avait cessé de la dévorer des yeux mais il était resté discret, ne voulant dévoiler ses sentiments.

– Tu m'en veux encore James ?

S'il lui en voulait encore ? James eut du mal à cacher sa surprise, après l'échange qu'ils avaient eu la veille et celui de la matinée, il pensait honnêtement qu'il n'aurait plus vraiment l'occasion de parler avec elle. Encore moins seul à seul. Mais il feignit l'indifférence, une nouvelle fois.

– Non, je ne vois pas pourquoi je t'en voudrais.

– Pour hier par exemple. Et de t'avoir refroidi en sortant avec Aldo. Et pour ma crise de nerfs de tout à l'heure.

– Je t'ai empêchée de t'entrainer, c'est normal, mentit James. Et pour Aldo, tu fais ce que tu veux, et puis je sors avec Maggie je te signale.

Il la quitta pour rejoindre une toute petite pièce qui leur servait de cuisine. Il décida d'apporter davantage de bièraubeurres, le stock s'étant considérablement affaibli. Natasha l'avait suivi, ils étaient seuls et elle vint se coller à lui.

– Tu fais quoi là Kandinsky?

– Arrête de faire la tronche James. Devant les autres, passe encore, mais tu sais très bien qu'entre nous, quand on est seuls c'est différent.

Elle le prit par la nuque et l'embrassa tendrement. Il voulut se dégager mais elle resserra son étreinte. Il était très étonné. Natasha n'avait pratiquement bu que du jus d'Acerola, ce geste n'était donc pas motivé par l'alcool. Sentant le corps de Natasha s'écraser doucement contre le sien, il arrêta de réfléchir. Il répondit alors à son baiser, la prenant fougueusement dans ses bras. Ils s'étaient appuyés contre un mur et se dévoraient de baisers. Rose entra à ce moment et interrompit les jeunes gens qui, essoufflés détournaient le regard.

– J'aidais James à ramener des bièraubeurres.

– Ok je me demandais juste où tu étais passé.

– Tu passes une bonne soirée cousine ?

– Oui… murmura-t-elle encore choquée de les avoir surpris ainsi. Oui ! Vraiment…

– C'est super hein ?

– Ingénieux même. Franchement James bravo.

– Merci !

Il sortit en embrassant Rose sur le front. Les amis continuèrent de se trémousser et de plaisanter tous ensemble et bientôt Mael et Aldo tombèrent à leur tour de fatigue. James sourit en voyant Nalani qui veillait tendrement Mael. Celle-ci croisa son regard et répondit à son sourire, gênée.

– Un nouveau couple en route on dirait, nota Natasha qui s'était assise près de lui.

– J'espère pour eux. Ils seraient heureux ensemble je pense. Mais bon elle est avec Fred pour le moment.

– Ça ne durera pas.

– Comme Aldo et toi ?

– En tout cas il est hs ce soir et il me faut un cavalier…

– Je ne joue pas les remplaçants moi.

– Oh James ! Faut-il vraiment que je te supplie ?

– Oui…

Elle se mit à rire en l'entraînant sur la piste. James ne s'arrêta plus de danser, en couple ou en collectif et fit même une démonstration fraternelle d'une danse très spéciale que seuls Keith et lui arrivèrent à reproduire, déclenchant des fou-rires de leurs amis. Ils furent rapidement rejoints par Sally-Ann qui les entraîna tous deux dans un rock endiablé. Ils n'étaient pas trop de deux pour subir la fougue habituelle de la jeune fille qui dansa ensuite avec tous les garçons présents, ce qui permit à James de se concentrer uniquement sur Natasha. Vers trois heures du matin, la fin de la fête arriva. Certains voulaient continuer de danser jusqu'au bout de la nuit mais il fallait envisager la complexité du retour. James réussit donc à convaincre tous les réfractaires. Après un rangement rapide de la cabane, ils partirent en transportant ceux qui somnolaient. Natasha et James ne cessèrent de se taquiner sur le chemin du retour et alors qu'il faisait entrer tous les autres dans le château, il retint une dernière fois la jeune fille en l'écrasant contre le mur de tout son poids et en l'embrassant passionnément.

– C'était quoi ça ?, lui demanda-t-elle, essoufflée et radieuse.

– J'avais juste envie de finir la soirée sur une note aussi… sublime.

Ils s'embrassèrent de nouveau jusqu'à ce qu'Alice arrivent près d'eux.

– James. Désolée de vous déranger mais la tête de Maggie rebondit en continu sur le mur, elle va finir par se réveiller ou par réveiller tout le château. D'ailleurs, pour ta gouverne, elle ronfle.

Ils éclatèrent de rire et ne s'aperçurent pas que leurs amis étaient anormalement silencieux. Et pour cause, Boris Screta et sa bande leur faisaient face. Emporté par son attirance pour Natasha, James n'avait pas regardé sur la carte.

– Ah ! L'héritier du survivant ! Le roi des maraudeurs en personne ! Je pensais bien que t'étais derrière tout ça.

James vit que ses amis étaient prêts à dégainer leur baguette mais il leur fit signe de se calmer.

– Salut les gars. Vous allez faire une petite balade nocturne ? On ne vous retient pas, bonne soirée !

– T'as du faire une belle connerie ce soir, Potter pour être si aimable. Où vous étiez ?

– En retenue, répondit Oscar rapidement.

– Vous êtes au moins une vingtaine, Dubois ! Ne nous ment pas !

– T'as vu comme ils sont habillés, Boris ?

– Oui. Quelle honte. S'habiller comme ces animaux de moldus… Tiens tiens mais ce sont nos petites exceptions que je vois là ! Alors Potter Junior, on ternit l'image de Serpentard en trainant avec cette bande de traitres à leur sang en habits d'animaux ? Y a même des sangs de bourbe parmi vous… Beurk.

James était inquiet. Bien sûr ils avaient l'avantage du nombre s'ils devaient en venir à la bagarre mais en continuant de parler ainsi ils risquaient de se faire repérer. James ne pouvait même pas regarder la carte sans être vu par Screta et sa bande. Et ce qui devait arriver, arriva. Le professeur Brinks entra à ce moment-là dans le château tombant sur trente élèves du château hors de leur dortoir. Il fut si étonné, qu'il ne vit pas un des jumeaux Nott qui s'apprêtait à lui jeter un sort.

– Stupéfix !

Heureusement, James et Keanu avaient pu détourner le sort à temps. Le professeur Brinks qui s'était jeté sur le sol se releva rapidement en hurlant.

– Nott tu vas me payer ça ! Stupéfixer un professeur ! Je ne veux même pas savoir ce que vous faites tous là !

Le professeur Brinks fit apparaître une corde magique qui entoura les élèves. Il envoya ensuite un message sous forme de patronus. James était inquiet et déçu, il se sentait cruellement fautif. Il pensait aux préfets présents, à Rose qui n'avait jamais fait perdre un seul point à sa maison, à Keanu et Alice qui devaient toujours être très sérieux pour ne pas mettre mal à l'aise leurs pères, professeurs de l'école, à Albus qui risquait de subir les foudres des Serpentard.

– Désolé les gars, murmura-t-il à ceux qui se tenaient près de lui.

– Ce n'est pas ta faute James.

Après quelques minutes d'attente, les professeur Glacey, Slopa, Wine et Ganesh arrivèrent. Ils parlèrent un moment avec le professeur Brinks puis celui-ci interrogea les élèves.

– Qu'avez-vous fait ce soir ?

– On s'est rendu compte, commença Screta, que certains élèves n'étaient pas dans leur dortoir et on est partis à leur recherche, au cas où il leur soit arrivé quelque chose.

– Menteur ! s'écria James

– Taisez-vous Potter ! Et donc vos amis et vous-même avez préféré enfreindre les règles plutôt que venir nous voir directement ? Potter allez-y je vois que vous brûlez de vous exprimer…

– Ce soir après le repas on a voulu fêter la fin du trimestre.

Tous le regardaient, surpris.

– On a donc décidé de faire une bataille de boules de neige dehors dans le parc.

– A vingt ?

– Non on était que quelques un au départ et après quelqu'un est venu nous prévenir que Boris, Sandro et Diego préparaient un mauvais coup…

– Qui ? Qui vous a prévenu ?

– Je ne peux pas vous le dire, professeur. Je vous le dirai volontiers mais en privé.

– Et peut-on savoir ce qu'il est arrivé à ceux-là ?

Maggie, Mael et Aldo émergeaient difficilement. Heureusement, Mael qui avait entendu des bribes de la conversation se tourna avec peur vers Boris et lui cria dessus.

– Ne m'approche plus jamais, monstre !

– Peut-on savoir ce qu'il vous arrive M. Thomas ?

– Il m'a fait mal, un sort ou une potion, je me souviens seulement de sa baguette brandie sur moi.

– Je tiens quand même à vous faire savoir que M. Nott a essayé de me stupéfixer avant que vous y arriviez et c'est M. Potter et M. Ganesh qui l'en ont empêché.

– Chers collègues, je pense qu'on n'aura pas le fin mot de l'histoire ce soir. Je propose qu'on enlève vingt points par élève de chaque maison présent ici, qu'on écrive à leurs parents demain à la première heure afin que ces élèves soient bien reçus dès leur arrivée à Londres et enfin il me semble qu'une semaine retenue ne serait pas de trop, qu'en pensez-vous ?

– J'insiste pour que Nott ait une punition supplémentaire.

– Nott fait perdre cent points à Serpentard et aura deux semaines de retenues au lieu d'une. Ses parents seront bien sûr informés de son geste, trancha le professeur Slopa.

Chaque professeur raccompagna ses élèves dans leur salle commune. Une fois arrivés, James s'écroula dans un fauteuil et se fondit en excuses.

– Arrête, grâce à toi on a évité le pire ! s'écria Lucy. Faudra juste qu'on soit plus prudents la prochaine fois !

– La prochaine fois ?

– Tu ne crois pas qu'on va arrêter comme ça ? On s'est trop amusé !, éclata Mael.

– Devrais-je te rappeler que tu as dormi presque la totalité de la soirée ? releva Alice, amusée.

– Justement, la prochaine fois, je saurais qu'il faut boire un peu moins… pour danser un peu plus !

A force de fous-rires, de chatouillis et de blagues d'un goût douteux, ses amis finirent par rassurer James. Il se promit néanmoins de présenter ses excuses à chacun de ses amis dès le lendemain, lorsqu'ils seraient dans le Poudlard Express. Il était loin de se douter du sérieux de la conversation qui animait ses amis de Serdaigle.

ooOOoo

« Alors ?, murmura Keith en baillant. Vous avez trouvé un truc ?

– Je ne vois pas ce qu'il y aurait à trouver, maugréa Nalani. James ne veut pas se...

– C'est trop tôt, coupa Keanu d'un air sérieux. Cette épreuve lui a laissé un traumatisme difficile à enterrer, il a besoin d'être avec les siens, de profiter de la vie, parce qu'il est passé près de la perdre.

– Justement, contra Nalani. On devrait être avec lui, passer plus de temps tous ensemble, organiser plus d'escapades comme ce soir et non aller contre sa volonté. On se voit bien moins que...

– Tu n'as qu'à larguer Fred, coupa Solenne sans lever le nez de l'épais grimoire dans lequel elle était plongée.

Keith haussa les sourcils, surpris. Il était rare que Solenne reproche quoi que ce soit à sa meilleure amie, plus rare encore de la voir la rabrouer ainsi. Il était vrai, cela dit, que Solenne n'avait jamais vraiment apprécié Fred, à qui elle préférait James, Maël et Louis, et qu'elle n'était pas très heureuse du couple que formaient désormais Fred et Nalani. Mais Keith avait mis ses grimaces et ses regards noirs sur le compte de la jalousie, une jalousie somme toute normale pour toute jeune fille dont la meilleure amie était en couple avec l'un des garçons les plus célèbres de l'école.

Keanu, dont la logique étonnait parfois son meilleur ami, lui avait confié penser que Solenne se méfiait réellement de Fred, qu'elle trouvait trop versatile. « Elle n'a jamais eu confiance en lui. Avant ça passait, parce que Fred n'était qu'un membre de la bande mais maintenant elle a peur pour Nalani »

Keith avait hoché la tête, approximativement. Ce qu'il pensait, lui, c'est que Solenne s'était fait les mêmes idées que lui, que Nalani sortirait avec Maël, point barre. Mais ils étaient jeunes, se disait-il parfois, et Nalani avait bien raison de profiter de sa jeunesse.

Celle-ci, vexée par les paroles de sa meilleure amie, détourna le regard, fulminant en silence.

– C'est quand même bizarre qu'il ne veuille pas en savoir plus sur cette maladie. Il a failli mourir ! Et on n'en sait toujours pas davantage !

– C'est pourtant pas faute d'essayer, soupira Keanu.

Ils s'y étaient mis dès qu'ils avaient eu la confirmation que James était bel et bien en vie et, depuis, tout leur temps libre, ou presque, y passait. Les plus investis étaient Keanu et Solenne, mais leurs amis de Poufsouffle et de Serpentard les aidaient dès que possible. Et Juliet Hawkes n'était pas en reste, elle qui menait son enquête outre-atlantique afin de trouver des cas similaires. Keith, lui, faisait le lien entre les amis, récoltant les résultats des uns, faisant un résumé synthétique aux autres. Il parlait tous les jours avec Maël, de loin le plus concerné des lions et récoltait les notes que tous s'envoyaient avec les hiboux les plus discrets de l'école.

Mais ce n'était pas un moyen duc qui tapotait le careau de la salle commune, alors que l'aube pointait au loin.

– Un pélican, souffla Solenne, profondément inquiète.

– Pourquoi nous l'envoie-t-elle directement ?, s'étonna Nalani. Elle n'écrit qu'à James et aux Serpentard.

– Pepper, Clifford et Vincent ont dû lui parler des dernières découvertes de Keanu, songea Keith.

Keanu soupira. Des découvertes ? Il n y en avait pas assez à son goût. Pas plus que la moindre piste. D'où venait le mal qui avait frappé leur ami ? Quel rapport y avait-il entre les trois « agressions » qui avaient engendré les mêmes symptômes ? Car si l'ensemble de la bande convergeait sur un point, c'est que cette maladie n'en était pas vraiment une.

« Quelqu'un a essayé de le tuer », répétait quotidiennement Mael d'une voix ferme.

James ne voulait en entendre parler pour le moment, encore trop choqué pour entreprendre des recherches qui l'effraieraient d'autant plus, mais Keanu, Solenne et les autres étaient décidés à trouver des réponses à leurs questions. Surtout si, comme ils l'imaginaient, l'agression de James était en lien avec les frères Zigaro.

– Le père de James finira par entendre raison, une enquête sera ouverte et ils seront jugés, avait dit Mael.

– Et ils croupiront en prison toute leur vie, avait ajouté Oscar avec détermination.

Keanu avait alors échangé un regard avec Louis, un de ceux qui ne les étonnait plus. Voilà cinq ans qu'ils courraient après des preuves qui n'avaient aucun mal à leur échapper. Il leur fallait obtenir des résultats solides et fiables, des exemples irréfutables sur lesquels baser un argumentaire qui ferait mouche.

Qu'avaient-ils pour le moment ? Rien. Selon Keanu, du moins. Solenne était plus optimiste. A défaut de connaître l'agresseur de James et la nature de l'agression, ils avaient éliminé des pistes, les unes après les autres. Maigre victoire.

Keith s'empara de la lettre et en vérifié l'expéditrice. Juliet Hawkes.

« Chers tous,

Je voudrais bien prendre le temps d'être polie, tout ça, mais je me dois d'aller à l'essentiel. J'ai enfin trouvé un cas, similaire à James. Ils n'en parlent pas trop, ici, parce que personne n'avait encore survécu à cette « maladie ». Ça commence à inquiéter les Guérisseurs d'à peu près partout, personne ne sait d'où ça vient et les Aurors sont sur le coup. Pourquoi cette lettre, me demanderez-vous... Parce que je suis tombée sur un rapport (bon, ok, je l'ai emprunté) qui confirme totalement ce que pense Keanu. Si on ne sait pas comment les « malades » tombent malade, on sait qu'il ne s'agit ni d'un sortilège, ni d'une potion il n y pas non plus de rapport avec un être vivant, une créature, une plante... L'agression n'a rien d'humaine, rien d'animale, rien de végétale. Rien de magique. Il y a même un Guérisseur Canadien qui pense que les moldus sont au courant de tout et qu'ils préparent une sorte de guerre contre nous, en créant des armes qui vont nous enlever notre magie et nous tuer. Alors rassurez-moi, James jette bien des sorts comme avant ? C'est pas que je commence à flipper... Mais je suis complètement terrorisée ! »

La voix de Keith s'éteignit. Lui d'ordinaire jovial et plein de vie était plus sombre que jamais. Le silence ne fut nullement rompu, Nalani monta se coucher sans un mot, deux heures plus tard, suivie de près par une Solenne pâle comme la neige. Keith, touché par la détresse de son meilleur ami, lui pressa affectueusement l'épaule, mais rien n'y fit. Keanu n'eut pas la moindre réaction et, lorsque Keith gagna leur dortoir, Keanu demeura seul dans la salle commune.

Ils avaient laissé le feu s'éteindre, le froid s'engouffrait dans l'immense et somptueuse salle commune des aigles, l'eau martelait les fenêtres, le vent cognait fort contre les murs de la tour mais Keanu ne réagissait pas. La lettre de Juliet Hawkes était posée près de lui, sans qu'il n y jette le moindre coup d'œil. Il en connaissait le moindre mot, il palpait le poids des dires de leur amie, son cœur se serrait au moindre de ses sous-entendus.

Ses amis avaient-ils compris ? En étaient-ils arrivé à la même conclusion que lui ? Une agression non humaine, non animale, non végétale. Aucun sort, aucune potion, aucune plante vénéneuse. Aucune présence magique, en somme. Keanu fixa l'horloge murale. Devait-il monter réveiller ses amis, leur faire part de ses craintes, courir à travers les couloirs retrouver de toute urgence leurs amis de Gryffondor, Poufsouffle et Serpentard ?

Il en avait envie. Il en avait besoin. Mais la peur immense qui l'avait englouti le clouait sur place. Les frissons parsemaient son corps, il sentait ses jambes trembler. Elles ne le porteraient pas jusqu'à l'étage, encore moins jusqu'à la tour des Gryffondor.

Keanu Ganesh se laissa glisser au sol et resta là, prostré en position fœtale, laissant couler des larmes d'effroi. Quelques mètres au-dessus de lui, dissimulé dans les alcôves de l'escalier, Keith retenait son souffle. Parmi la petite bande et toutes maisons confondues, Keith Corner n'était pas le plus courageux, encore moins le plus malin. Ses notes étaient moins brillantes que celles de Keanu, son maniement de la batte moins brillant que celui de Natasha Kandinsky, son esprit moins pertinent que celui de Nalani.

Il se voyait comme l'éternel boute-en-train de la bande, celui qui ne baissait jamais les bras, qui remotivait les troupes, qui s'assurait que chacun atteigne son quota de sourires. Keith était ainsi, il ne forçait pas sa personnalité, pas plus qu'aucun membre de la bande. Mais ce que tous ignoraient c'est que Keith n'était pas que ça. Il aimait faire rire et rire avec ses amis, les entraîner dans la joie et la bonne humeur, leur faire oublier, même le temps d'infimes minutes, le poids qui pesait sur leurs épaules. Mais il voyait cela comme un équilibre. Il avait besoin de voir les yeux pétillants de Nalani, la sagesse rare de Solenne et, surtout, la quiétude sensée de Keanu.

Ils avaient beau s'aimer profondément, il y avait des binômes qui, sans prendre le pas sur le collectif, imposaient une évidence qui laissait nulle place au doute.

James et Maël. Oscar et Susie. Keanu et Keith. Leur amitié leur était naturelle, rassurante, bénéfique. Keith adorait son meilleur ami, son « presque frère », comme disait James et il avait besoin de savoir Keanu serein pour pouvoir l'être à son tour.

Sans être le plus optimiste de tous, Keanu ne tombait jamais dans la précipitation, l'angoisse ou la peur, il était raisonnable, réaliste, serein et confiant, tout ce dont Keith avait besoin pour avancer. L'un puisait dans les forces de l'autre pour avancer, comme d'un accord commun qui n'avait besoin d'aucune parole.

Ils ne se cachaient rien, n'avaient pas besoin de grands discours, se contentaient de l'essentiel, d'être là pour l'autre, coûte que coûte. Pourtant Keith n'avança pas vers son meilleur ami. Il se contenta de le regarder pleurer, sentant le mal et la peur l'envahir peu à peu. Les larmes de Keanu n'avaient qu'un sens pour Keith : Keanu n'avait plus d'espoir.

ooOOoo

Une autre élève en était arrivée à la même conclusion que lui. Elle aussi s'était dissimulée dans les escaliers, ceux qui se situaient en face de Keith, ceux qui menaient aux dortoirs des filles de la maison Serdaigle.

Elle n'avait pas participé aux recherches. Elle ne faisait pas partie de leur bande, après tout. Mais elle avait vite compris, en voyant l'inquiétude et la conviction mêlées dans leurs yeux, tout l'intérêt de leurs recherches. Elle les avait guettés, suivis de loin, avait profité des cours d'Animagus pour les surprendre discrètement, pour écouter leurs murmures, pour se faufiler parmi eux sans qu'ils ne se doutent de rien. Elle n'en avait parlé à personne. Irina se concentrait sur ses Buses, Isidore sur ses Aspics, Anastasia n'en finissait plus de découvrir le monde de la magie et Rose...

Bien sûr qu'elle avait l'impression de trahir sa meilleure amie. Rose apprenait à accepter la relation que James lui proposait tacitement, une relation fraternelle bourrée de générosité, de tendresse et d'attentions. Rose apprenait à le connaître, passant davantage de temps avec lui, mais aussi avec Lily. Et Rose surveillait Albus de très près.

Elle n'en avait pas parlé à Natasha, bien qu'elle tente par tous les moyens d'éloigner sa meilleure amie de son cousin. Natasha avait compris que Rose la protégeait, sans pour autant se confier à elle. Natasha avait fait mine de ne rien voir. Qu'aurait-elle pu dire d'autre ? Lui reprocher de ne pas lui dire pourquoi elle se méfiait d'Albus ? Natasha voyait bien que Rose n'en était qu'au début de ses recherches et que les résultats tarderaient à venir, alors elle se contentait de la protéger à son tour, discrètement.

Car elle non plus n'était pas à l'aise en présence d'Albus. Au début, elle l'avait pris pour un gentil garçon, il ne l'intéressait pas vraiment mais il était le cousin de Rose. Et le frère de James. Et puis, son instinct d'animal s'était peu à peu réveillé en elle, comme le lui avait confié le professeur Glacey, et elle avait commencé à voir les efforts d'Albus, comment celui-ci forçait sa voix, son sourire, son regard, son attitude, ses phrases, ses gestes. Désormais, elle n'avait plus de doute. Il pouvait manipuler tout Poudlard qu'il ne l'aurait pas. Plus que tout, elle était déterminée à protéger Rose. Et James.

Mais tant que Rose n'abordait pas le sujet, Natasha restait fidèle à l'attitude qu'elle s'était choisie. Elle souriait à Albus, le saluait gentiment, le manipulait comme il la manipulait. Elle y pensait souvent mais avait désormais d'autres choses en tête. La maladie de James.

Elle se tenait là, sur la sixième marche de l'escalier en colimaçon, adossée aux pierres glacées qui laissaient le froid l'envahir, les yeux rivés sur son cavalier de bal, le brillant Keanu Ganesh. Un moyen de se rendre au bal, un moyen d'étudier la réaction de James, un moyen de le rendre jaloux, aussi, même si elle ne voulait toujours pas se l'avouer.

James Sirius Potter. Le fils du Survivant, l'Héritier, le poursuiveur de leurs plus grands adversaires, un lion charismatique, un élève que tout le monde connaissait, une célébrité. Pour tous les autres, du moins. Pour elle il était seulement James, un garçon un peu crâneur avec qui elle échangeait des piques depuis son arrivée à Poudlard. Un garçon dont les yeux noisette étaient entourés d'un rond de ciel sombre envoûtant. Un garçon dont les cheveux étaient éternellement emmêlés, qu'il pleuve ou qu'il vente. Un garçon dont le sourire l'avait fait fondre, alors qu'elle n'avait que neuf ans et qu'il souriait à Irina. Un garçon qui sortait avec une fille de trois ans son aînée et dont les mœurs dépassaient tout ce qu'elle pouvait imaginer.

Ce garçon-là avait failli mourir. Ce garçon-là avait prononcé son prénom à elle, alors qu'il voyait ceux qu'il aime mourir les uns après les autres. Ce garçon-là avait paru plus triste de la perdre, elle, que de perdre ses cousins et même Rose, qu'il considérait comme sa sœur. Ce garçon-là avait fini par se réveiller, par survivre. Ce garçon-là l'avait embrassée, doucement, avec une tendresse qui avait bouleversé tout son être. Ce garçon-là n'était pas pour elle, Natasha le savait, alors elle avait eu envie d'en profiter. Juste une fois. Elle avait, le temps d'une fête entre amis, dans l'illégalité la plus totale du chaos qu'était la cabane hurlante, eut l'envie sourde et tenace de vivre la vie d'une autre. Oublier qu'elle sortait avec Aldo avait été facile. Oublier que James sortait avec Maggie Towler l'avait été également. Oublier que rien ne serait jamais possible entre eux avait été plus dur à oublier. Alors elle l'avait charmé, elle avait joué la comédie, elle s'était mise dans la peau d'une autre pour vivre le temps d'une danse l'émotion intense de se retrouver dans les bras de celui qu'elle aimait depuis qu'elle l'avait rencontré. Elle l'avait embrassé. « Juste une fois », s'était-elle promis. Mais la douce tendresse mêlée à l'intense fougue du jeune homme avait fait tomber les dernières barrières. Aucune pensée rationnelle, aucune peur du lendemain. Les bras de James étaient son rêve, ses lèvres son illusion. Elle avait goûté au plus pur des bonheurs, au plus savoureux des songes. Elle voulait s'y plonger, s'y noyer. Elle voulait qu'il n'y ait plus de lendemain, que la musique se répète, que les danses se poursuivent, que l'aube n'arrive jamais. En quittant la cabane hurlante elle s'était fait une nouvelle promesse. Elle en avait profité, plus qu'elle en avait rêvé, il n y aurait plus de baiser, désormais, elle était redevenue Natasha Kandinsky, une file qui sortait avec un autre et lui était redevenu le garçon le plus célèbre de Poudlard, dont la petite amie, saoule et endormie, avançait en lévitant. C'était lui qui avait fait le premier pas, son corps qui l'avait clouée contre le lierre grimpant, ses bras qui s'étaient fermés autour de sa taille. Au diable les promesses, elle avait succombé, comme l'idiote idéaliste qu'elle laissait sommeiller tout au fond de son cœur.

Ce garçon-là était dans sa tête, sa voix raisonnait dans ses oreilles en permanence, elle le croisait partout, le voyait lui sourire jour après jour, lui tendre la main lorsqu'elle en avait besoin, la suivre des yeux lorsqu'elle faisait mine de l'ignorer. Ce garçon-là était intelligent, sensible, drôle et attentionné. Il aimait les siens, avait un sens inné du sacrifice et du don de soi, une générosité et une attention que seuls ses proches semblaient percevoir.

Ce garçon-là était connu de tous, célèbre pour de mauvaises raisons, suivi par des filles qui ne le comprenaient même pas, adulé par ceux qui ne voyaient en lui que le fils de son père, jugé par ceux qui lui préféraient son frère.

Ce garçon-là avait failli mourir et n'avait pas hésité une seule seconde à ouvrir son cœur, à expliquer à ses amis pourquoi il ne voulait pas enquêter, à parler de sa peur et de son manque de courage.

Ce garçon-là n'était pas tombé malade.

James Sirius Potter avait été attaqué, agressé. James Sirius Potter avait été agressé par quelqu'un qui en voulait à sa vie, qui n'avait aucun doute, aucune faille, aucurn regret, aucun remord.

James Sirius Potter n'était rien pour Natasha Kandinsky.

James, le garçon aux yeux tristes et au sourire chaleureux, était tout pour elle.

Elle pouvait le dissimuler aux autres et à elle-même, se fourvoyer, embrasser Aldo MacMillian et faire croire à tout Poudlard qu'elle appréciait davantage Albus que James, son cœur, lui, ne se trompait pas, pas plus que les larmes qui coulaient inlassablement. Elle s'appuyait si fort contre le mur que les pierres froides incisaient sa peau. Elle aurait voulu espérer. Que les choses changent, qu'il ait enfin droit à un bonheur sans responsabilité, sans rumeurs, sans drame. Qu'il vive une vie normale, qu'il ne soit plus un fils de. Qu'il jette Maggie Towler contre le Saule Cogneur, qu'il passe devant les autres filles sans les voir. Qu'il la voie elle, qu'il ne voie plus qu'elle.

Elle s'était tant maudite d'espérer...

Il n y avait plus d'espoir désormais. Qui que soient ses agresseurs, ils frapperaient à nouveau. Ils le tueraient lui, et tant d'autres avec lui. Ils avaient des armes contre lesquelles un jeune lion fougueux, même entourés d'aigles, de blaireaux et de serpents, ne pouvait rien.

Son cœur était trop lourd pour qu'elle esquisse le moindre geste. Elle voyait son corps à lui se mouvoir sous ses paupières, elle sentait son odeur boisée et la douceur de ses lèvres, elle sentait ses mains rassurantes, entendait son rire saccadé, se laissait caresser par ses mèches un peu trop longues qui encadraient son visage... Elle le suppliait de toutes ses forces de faire naître l'espoir. Dans le cœur de Rose, qui avait bien besoin de lui pour percer les mystères d'Albus. Dans le cœur de ses amis, ensuite, parce que Natasha sentait qu'ils n'étaient pas comme les autres, parce que cette bande ubiquiste, cosmopolite, lui semblait dotée de pouvoirs spéciaux, parce qu'ensemble ils semblaient pouvoir tout affronter.

Dans son cœur à elle, surtout, parce que lui seul avait le don de la rendre heureuse et de chasser ses pleurs, ses doutes, ses inquiétudes. Mais James n'était pas là, il n'entendait pas ses appels, il était loin d'elle et le froid était partout, chassant sa force, son abnégation, et tout espoir. Seules demeuraient les larmes de glace.


EDIT

*Hugh Irving est le jeune élève d'origine moldue qui parle de "googliser" la magie dans le chapitre 10...

Voilà, voilà. Peut-être me trouverez-vous lâche de n'avoir pas « tué » James ou perfide de vous l'avoir laissé croire avec le clifhanger du précédent chapitre... Mais ce n'était pas son heure.

Dans tous les cas j'espère que ce chapitre vous a plu et je vous donne rendez-vous dans une dizaine de jours, pour des vacances de Noël poilues et plutôt flippantes..