Je plaide coupable : Je n'ai pas pu uploader le chapitre hier, je suis désolée . Bref, je vous présente mes excuses mais malheureusement, je ne peux pas prévoir les aléas de la vie ahah.
Par contre, je peux vous dire tout de suite que le prochain chapitre ne sera mis en ligne que dans deux semaines ! J'ai des examens la semaine prochaine et il faut vraiment que je bosse dessus, alors la fanfiction va attendre un peu…
Je vous souhaite une bonne lecture ! Allia'
Le Conte Ensanglanté : Quarto Nocturno
Mère,
J'espère que tu ne t'ennuies pas trop, dans ce manoir si isolé de la ville. Mon oncle me dit que ton état ne s'est pas aggravé depuis un bon moment, et ça me rassure, même si ce n'est qu'un peu.
Cependant, il m'a dit que tu continuais à essayer de renvoyer les domestiques et les femmes de chambre. Je t'en prie, Mère, arrêtez de leur faire peur. Ils sont là pour t'aider, tant que je suis loin. Ils prendront soin de toi, si tu les laisses faire.
Je sais que tu voudrais que je revienne, mais je ne peux pas. L'académie et mon travail m'accaparent en ce moment. Toutefois, je pense être en mesure de venir pendant les vacances.
En attendant, je te laisse quelques fioles de mon sang, essaie de ne pas tout boire d'un coup.
Ton fils,
Senri.
C'est amusant, qu'une lettre aussi courte pouvait devenir aussi rapidement un calvaire à écrire. Senri n'était pas doué pour cela. Parler, s'exprimer, ce n'était pas son fort. Mais il devait veiller sur sa mère, coûte que coûte.
Toutefois, il devait aussi se préserver d'elle. La dernière fois, elle avait presque bu jusqu'à la dernière goutte de son sang. Mizuki Shiki avait toujours été ambitieuse et capricieuse. Mais la folie l'avait rendue gourmande, incapable de savoir s'arrêter. Même si la vie de son fils était en jeu.
Rima et Takuma lui avaient dit de venir ici, que c'était pour son bien. Senri savait qu'ils s'inquiétaient, et qu'ils n'avaient pas tort non plus. Cependant, laisser sa mère toute seule là-bas, dans son état…
Il plissa ses yeux glacés, en regardant la lettre. Puis le modèle aux cheveux acajou glissa 5 fioles de sang, alourdissant le colis, avant de se lever.
Il irait porter cela après les cours.
Diana s'était réveillée avec l'impression de suffoquer dans son sommeil, son instinct lui hurlant que quelque chose n'allait pas. L'adolescente de treize regarda les alentours, effrayée, sa main se dirigeant dangereusement vers le couteau qui se cachait là, en dessous de son oreiller.
Rien dans le grenier délabré où elle et sa sœur avaient trouvé refuge pour la nuit. Kali dormait encore, bien paisiblement. La fille aux cheveux rouges se redressa doucement, essayant de calmer sa respiration.
C'est là qu'elle sentit cette odeur de brûlé. Elle porta son attention vers les fenêtres, se levant pour en écarter les rideaux qui masquaient la vue.
Du rouge et des flammes partout. Effarée, elle vit un groupe d'hommes brandir des torches dans les rues, alors qu'ils avançaient rapidement vers une maison qu'ils encerclèrent avec précaution.
Certaines maisons derrière eux étaient déjà en feu, et des cris étouffés venaient d'elles. Même d'ici, Diana pouvait les entendre. Mais son attention se reporta vers le groupe d'hommes.
Ils lancèrent leurs torches à l'intérieur de la maison, visant les poutres, les fournitures… Tout était en bois à l'époque, alors ce n'était pas difficile pour le feu de se propager à une vitesse folle. Elle entendit la famille à l'intérieur se réveiller, les pleurs des bébés, les ordres affolés du chef de famille, et la mère qui ouvrit une fenêtre de l'étage pour sauver un des gosses.
Un des pyromanes lui lança une fourche qui transperça la poitrine, ainsi que la tête du petit garçon qu'elle tenait serrée contre elle. Diana les vit tomber, et quand ils atteignirent le sol, les hommes se jetèrent sur eux, s'acharnant sur les corps.
C'est là qu'elle comprit de quoi il s'agissait.
« Kali, réveille-toi, vite ! » s'exclama-t-elle, se ruant vers la forme endormie de sa sœur pour la secouer.
La plus jeune des deux grogna dans son sommeil, ses yeux s'ouvrant petit à petit pour réveiller leur intense couleur violette. Aussitôt, elle se figea, ayant sûrement senti l'odeur du brûlé qui commençait à s'infiltrer dans tout le grenier. Elle se leva rapidement, regardant sa sœur aux cheveux rouges.
« Qu'est ce qui se passe ?
-On se barre. Les humains sont en train de mettre le feu aux maisons des vampires en ville. »
Kali enjamba le lit improvisé de sa sœur, pour aller constater le massacre d'elle-même. La plus jeune porta bien vite une main à sa bouche, semblant prête à pleurer. Diana sut immédiatement ce qu'elle allait dire :
« Nous devons aller prévenir les autres, avant qu'ils ne meurent tous !
-Ils sont déjà morts. Et ne compte pas sur moi pour te laisser faire partie de la montagne de cadavres qu'ils empileront demain. »
A chaque fois, c'est pareil. Kali voulait aider ceux dans le besoin, voyant de l'espoir partout, même dans les cas désespérés. Et Diana elle, les voyait tels qu'ils étaient. Déjà morts. Alors elle s'empressait de fuir en entraînant sa sœur derrière elle. Il n'était pas question qu'elles finissent comme eux.
C'est de leur faute, après tout. Ils savaient pertinemment que les humains commençaient à se rebeller. Quels arrogants, à penser que leur immortalité et leur force les garderaient en vie.
« Prépare tes affaires, enfiles ta cape. On va quand même devoir avancer à travers la tempête. »
Plus vite elles partiraient, plus elles auraient de chance de passer inaperçues. Diana ne voulait pas que les humains reconnaissent sa sœur. Qu'ils voient ses crocs.
Sa sœur était une proie pour eux, à brûler et à tenter de tuer des pires façons. Mais tant que Diana serait là, il ne lui arriverait rien.
Les deux filles sautèrent de l'étage, passant sans trop de problèmes la porte de la ville, s'enfonçant dans la neige. L'obscurité devant elles contrastaient de trop avec les flammes dont elles s'éloignaient.
Quand Diana se retourna une dernière fois, comme prise d'un regret, tout ce qu'elle discerna de la ville fut une couleur.
Un rouge si violent et si sanglant que cela ne devrait pas exister. Dommage, ce rouge la suivra désormais bientôt.
C'est moi, ou les filles là-bas crient encore plus que d'habitude ?
Sarah cligna des yeux, sortant de sa chambre, préparée pour aller en classe. Cela faisait trois, quatre jours depuis son arrivée ici et elle était enfin arrivée à s'adapter à son nouveau rythme de vie. Réveil à 17 heures, dodo à 9 heures du mat', casse-croûte discret en classe à 21 heures, dîner à 5 heures du mat… Et des Pockys et une bonne dose de patience pour n'assassiner personne.
Enfin, c'était des fois plus compliquées que d'autres. Surtout quand on cherchait dès le matin à lui crever les tympans à distance. Mais passons. Silencieusement, elle descendit l'escalier pour aller dans la cuisine.
Elles étaient bien « matinales », d'un coup… Sarah fronça les sourcils, se disant qu'elle avait fait une grossière erreur en ne pensant pas à prendre ses écouteurs quand elle était partie de la maison. Prenant des Pockys et une bouteille de jus de fruits, elle rejoignit le salon, voyant les autres commencer à descendre.
Il y en a un qui a l'air heureux, tiens.
« Qu'est ce qui se passe, Madonna ? C'est flippant, ce sourire jusqu'aux oreilles. »
Oups. Fallait qu'elle apprenne à garder ses remarques pour elle, un de ces jours. Mais contrairement à d'habitude – Hanabusa était une personne qui réagissait au quart de tour, elle avait pris un malin plaisir à le remarquer ces derniers jours-, il ne démordit pas de sa bonne humeur.
« Faudrait-il que pour faire plaisir à la princesse, je fasse une tête d'enterrement ? Ce serait triste, vu quel jour on est. »
Sarah s'efforça à ne pas tiquer sur l'appellation qu'il lui avait attribué. Princesse. Elle détestait ce mot. Puis, secouant mentalement la tête, elle s'interrogea sur la seconde partie de sa phrase. Vu quel jour on est ?... Ça veut dire quoi, ça ?
Elle alla voir le calendrier, la date semblant la narguer quand elle réalisa ce qu'il voulait dire. 14 février. La Saint-Valentin.
« On fête la St-Valentin ici ?... C'est n'importe quoi. C'est une fête commerciale. »
C'est tout ce qu'elle trouva à dire, tout prenant sens, même les cris des filles. Sûrement prêtes à proclamer leur amour éternel pour les garçons ici… C'est Akatsuki Kain qui lui répondit, haussant les épaules alors que le Vice-président descendait les escaliers, rayonnant encore plus que le soleil :
« Ce sont les filles qui ont commencé ça. Après, le directeur a eu l'idée d'en faire une fête à l'école, pour que l'académie ait quelques événements extra-scolaires. Et voilà où on en arrive…
-Ne sois pas si grognon, Kain ! C'est la fête après tout, faudrait pas déprimer les filles de la Day Class ! »
Sarah haussa un sourcil, en entendant Takuma Ichijo parler ainsi. C'était…pas surprenant, venant de lui. Il était du genre à adorer les événements quel qu'ils soient.
Les deux endormis de service arrivèrent avec le tout aussi impeccable Kaname, et ils purent se mettre en route, arrivant aux portes. Derrière les grilles, la jeune Hunter entendit Yuuki essayer, sans vraiment trop de succès apparemment, de calmer les filles.
De vraies furies…
Elle entendit vaguement Hanabusa parier sur le nombre de boîtes de chocolat qu'il allait avoir avant que les portes s'ouvrent. Yuuki leur donna des ordres plus ou moins stricts, avant de les laisser récupérer leurs chocolats. Les garçons furent ensevelis sous les chocolats, et les vampires eurent quand même la décence de les remercier gentiment. Les filles n'eurent rien, à part Ruka qui refusa un cadeau. Ce n'est pas ça qui intéressa Sarah.
Non, c'était le bruit sourd qu'elle entendit à sa gauche, et quand elle tourna la tête, elle vit que c'était la queue pour « Idol-senpai » qui causait du souci, Zero les retenant d'un mauvais regard. N'empêche que ça n'empêcha pas quelques-unes d'essayer de le contourner pour passer.
Sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte, elle se retrouva devant la fille, posant une main sur l'épaule d'une fille.
« S'il vous plaît mesdames, obéissez aux préfets et restez en ligne, Aido-san va bientôt arriv-
-Qu'est-ce que tu fiches, Sarah ? »
La réponse perçante et le ton sans appel la surprit presque. Elle tourna les yeux, abasourdie, vers un regard améthyste agacé.
« Je…je voulais juste aider…
-Je n'ai pas besoin d'aide. Si tu veux faire quelque chose, retourne avec ta classe, et dégagez rapidement. » Fut la réponse implacable qui s'ensuivit. Contrairement à elle, et à sa voix en laquelle elle ne pouvait avoir confiance quand Zero était devant elle… Les phrases qu'il prononçait étaient rapides, claires, claquaient comme un fouet au sol.
Comme d'habitude, tu n'arrives à lui parler normalement. Splendide, Sarah. T'as l'air d'une gosse qui vient de se faire disputer par un parent. T'es vraiment tombée aussi bas ?
Elle plissa les yeux. C'est vrai. Il fallait qu'elle réfléchisse avant de se donner en spectacle. Vite, se reprendre. Sarah redressa le menton, reprenant un masque neutre. Une défense. Qui aurait cru qu'elle en aurait eu besoin avec lui ?
« Je vois ça. Désolée d'avoir voulu être utile. »
Elle prit ses dernières poignées de fierté avant de lui tourner le dos, retournant dans ses rangs. La jeune femme fit semblant de ne pas voir les regards curieux.
Tu ferais mieux de ne plus l'approcher. C'est inutile, de vouloir lui parler. Ne te rajoute pas un ennemi.
Décidément, ça la faisait vraiment chier qu'elle n'avait pas su qu'il serait là. Elle aurait au moins voulu se préparer. Elle secoua la tête et prit l'emploi du temps négligemment plié de sa poche. Le premier cours était Dessin, pendant une session de trois heures.
Magnifique. Profites-en pour te vider la tête.
Sarah plissa les yeux en regardant le soleil se coucher, alors que le ciel se colorait de violet, d'orange, de rose…Et de rouge. C'était magnifique à voir, mais cette fois, ça lui donna plutôt des frissons d'appréhension qu'autre chose.
On dirait des flammes prêtes à avaler le ciel et à le faire brûler pour l'éternité.
Senri a toujours été plus un observateur qu'un meneur. Il voyait facilement les détails. Il les mémorisait, les gardait dans un coin de sa tête, car les petits faits et gestes que chacun se révélaient toujours utiles quand il devait savoir si par exemple, une personne était honnête ou non.
C'est peut-être pour ça qu'il s'était naturellement retrouvé en cours de dessin. La salle, petite par rapport aux autres dans lesquelles la Night Class avaient normalement cours, lui paraissait plus familière. Personne pour juger. Peu de personnes. Un silence dû au fait que les gens se concentraient, ou plutôt se perdaient dans leur œuvre.
Il aimait vraiment peu de choses, mais il devait s'avouer qu'il appréciait le dessin. Adorait, presque.
Il était assis le premier, s'étant affalé sur son tabouret auto-proclamé. Les autres entrèrent bien plus lentement. Takuma eut du mal à placer ses chocolats sur son bureau tout en ayant assez de place pour une feuille de dessin. Rima sortait déjà ses crayons, toujours extrêmement bien taillés. Nul doute que si l'envie lui prenait d'en lancer un sur quelqu'un, le projectile serait capable de percer la peau.
Puis vint la nouvelle. Toujours une avancée rigide, bien que moins rythmée que d'habitude. Décontenancée par Kiryû, peut-être ?
Ils se connaissent pour sûr.
Ce n'étaient pas ses affaires, loin de là. Mais faut dire que la Hunter avait été jusqu'ici stoïque, quittant une expression neutre que pour lancer des piques à quiconque osait l'importuner. Une statue de pierre, qui gardait toujours un regard droit et perçant. Si cela devait indiquer quelque chose, il dirait qu'elle était sans doute une très bonne Hunter. Elle avait l'attitude, la posture d'un soldat entraîné.
Le cours commença, la professeure arrivant avec quelques minutes de retard, un café en main. Glissant à nouveau une mèche de cheveux derrière son oreille, la belle vampiresse commença son petit speech :
« On va commencer le deuxième semestre doucement. La dernière fois, on a parlé des couleurs froides, de ce qu'elles pouvaient signifier, quel impact elles pouvaient avoir sur les gens. Aujourd'hui, on va s'intéresser aux couleurs chaudes. Particulièrement, le rouge. »
Ah. C'était quoi, la dernière chose qu'il avait vu de rouge ?
Il eut juste à faire glisser son regard sur la gauche pour s'en rappeler. C'est rare, comme nuance de cheveux. Presque comme du sang.
« Le rouge est assez contradictoire. L'amour et la passion sont souvent représentés par cette couleur. Comme c'est la Saint-Valentin, c'en est que plus approprié. Le désir, le sexe, la force pure … Mais aussi la vengeance, la colère, la folie, le sang, la violence. Le rouge est la couleur la plus prédisposée à la dualité. Elle a ses effets négatifs et positifs. »
La professeure continua, son regard vide passant au-dessus des élèves, comme si elle était dans un tout autre monde à cet instant précis :
« C'est une couleur provocatrice qui ne laisse personne indifférent, c'est pour ça qu'on la retrouve facilement dans les endroits publics. Le rouge attire l'œil. On aime ou on déteste le rouge, il n'y a pas de milieu. Le rouge a le pouvoir de réveiller nos instincts profonds. L'instinct de survivre, ou l'instinct de meneur. En Chine ou en Inde, les couleurs dites chaudes sont très présentes dans la culture. Il n'y a pas si longtemps que ça, les vêtements des mariées étaient de couleur rouge, symbole de chance et de pureté. Les roses rouges sont classiques pour les déclarations d'amour. Et pour nous vampires, le rouge est la couleur qui attire instinctivement notre attention. »
Elle en fait un peu trop, non ?
Senri secoua mentalement la tête. Il était mal placé pour juger. Et elle n'avait pas vraiment tort… La vie des vampires tournait autour de la couleur rouge.
« Maintenant, vous avez jusqu'à la fin du cours pour dessiner, peindre, tout ce que vous voulez, avec des couleurs chaudes. Principalement du rouge. Quelque chose qui vous inspire ou qui vous a marqué : la couleur est censée provoquer quelque chose en vous. A vos crayons ! »
Le vampire aux yeux glacés obéit, prenant un simple crayon rouge comme outil. C'est bien beau comme discours, mais il n'avait pas trop d'idée. Il haussa les épaules. Ce n'était pas bien important. Il laissa le crayon guider sa main, voyant des traits se former sur le papier.
C'était facile, de dessiner. Tout était une question de pression, d'angle exercé sur le crayon. Avant même qu'il eut le temps de le réaliser, il avait une figure stylisée d'une femme, comme pour un croquis de design.
Pourquoi pas.
Il n'avait pas d'autres idées pour le moment. Senri jeta un rapide coup d'œil sur les autres projets sur lesquels travaillaient ses camarades. Rima dessinait des fleurs. Pas des roses, toutefois. De loin, ça ressemblait à des camélias.
Une fleur qui représente l'honneur et la fierté ? Elle ne pouvait pas faire plus approprié.
La toile de Takuma était bien plus grande, et était déjà bien commencée. Il était un des rares à utiliser la peinture dans cette classe. Il avait un secret qu'il gardait jalousement pour mélanger les couleurs, et il en faisait justement usage. Un magnifique crépuscule, comme celui de ce soir. Ça aussi, ça ressemblait bien à Takuma, de savourer la nature plus qu'autre chose.
Son regard se figea soudainement sur une toile. La main qui tenait le pinceau était agitée, et pourtant, très précise dans ses gestes. Des gestes souples, des coups de pinceaux rapides qui laissaient de longues traînées sur la toile.
C'était le chaos total, sur cette toile. Des habitations de couleur marron, faites en bois, prenaient feu. Une explosion de jaune, d'oranges et de rouge. Beaucoup de rouge.
Les flammes, on aurait cru qu'elles bougeaient réellement, et tout était si parfait, si précis…Si vivant.
Que ça ne pouvait pas être un simple fruit de son imagination.
Il regarda enfin la Hunter, qui avait l'air complètement perdue dans son scénario d'horreur. Sa main n'hésitait pas du tout. C'était étrange, et ça faisait peur en même temps.
Tout d'un coup, la main s'arrêta net, et des yeux vairons s'agrandirent presque imperceptiblement en voyant le tableau fini, devant elle.
Sarah ne comprenait pas. A un moment donné, elle entendait parler de la couleur rouge, de son importance, bref, peu importe, et après… elle voyait ça.
Qu'avait-elle fait ? Ses yeux passèrent sur les maisons prenant feu, la vivacité des flammes. Les ombres menaçantes qui passaient entre ces dernières.
Ça lui rappelait quelque chose. Mais quoi ?... Elle arrêta sa main avant de toucher la peinture encore bien humide, résistant à l'envie d'y toucher.
Parfait, Sarah. Je pensais que tu n'avais plus ces transes bizarres. T'as choisi ton moment pour les faire ressurgir.
Oh, la ferme.
Elle plissa les yeux et se leva, allant mettre sa toile dans le cabinet d'à côté, là où on les mettait à sécher. Puis la prof lui donna l'autorisation de sortir. Il fallait qu'elle respire, elle avait l'impression de s'étouffer.
Même cette sensation, elle lui paraissait familière… Se laissant aller contre un mur et s'asseyant au sol, elle ferma les yeux.
Les flammes ne se sont jamais vraiment éteintes, n'est-ce pas ?
Kaname rejoignit son bureau après les cours. On dirait qu'aujourd'hui, il aurait le calme… Il soupira, avant d'ouvrir la boîte de Yuuki. Pleine de chocolats qu'elle n'avait pas faits… ça le fit sourire un peu. Kaien lui avait dit à quel point elle était mauvaise en cuisine.
Quelle délicate attention…
Des toquements distincts à la porte se firent entendre. Takuma. Il lui dit calmement d'entrer.
Le blond semblait moins heureux qu'il y a quelques heures, ce qui n'était pas dans ses habitudes. Le sourire semblait forcé, et l'inquiétude traînait dans ses yeux verts. Il avait dans la main un cliché, qu'il alla donner à Kaname sans un mot.
Kaname se raidit un peu. Cette peinture… ça lui rappelait des souvenirs qui remontaient il y a fort longtemps. Mais il n'aimait pas ce que ce dessin pouvait signifier, loin de là. Il parla calmement, regardant pour la première fois de la soirée Takuma :
« Pourquoi me montres-tu cela ?...
-C'est la nouvelle qui a dessiné ça. C'est plutôt… déstabilisant, comme dessin. Tu aurais dû la voir peindre. Rien n'aurait pu l'arracher à cette toile. »
Le blond semblait nerveux, comme si quelque chose le chiffonnait. Kaname se doutait bien que cela ne lui plaisait pas de surveiller une personne. Surtout qu'apparemment, Sarah l'avait déjà grillé il y a quelques jours. Il reposa calmement le cliché, baissant le regard sur son échiquier, attendant que son ami s'exprime.
« Je ne pense pas qu'elle soit là pour causer des problèmes, honnêtement. Darkwing-san a l'air plutôt d'être celle qui a de sérieux soucis, et qui essaye de s'en éloigner. Je ne doute pas de toi, loin de là… Simplement que ça expliquerait certains traits de son attitude. »
Kaname aurait dû s'en douter. Takuma avait toujours été plus du genre à s'inquiéter des autres, plutôt que de s'en méfier. Totalement le contraire de ce qu'Asatô avait essayé de lui inculquer au fil des années. Et le sang-pur devait avouer que ce dessin l'intriguait. Mais pas pour les mêmes raisons que son vice-président.
J'aurai juré que c'était le village d'Okinaya. Ça ressemble à ce que j'ai vu, en tout cas.
Sauf qu'à peu près 10000 ans sépare la destruction de la petite ville de nos jours. Il n'avait pas vraiment d'explications logiques. Seulement une plus farfelue… Et encore. Il plissa les yeux, avant de répondre :
« Peut-être Takuma. Mais j'ai des raisons de croire qu'elle est aussi venue pour des raisons moins… personnelles que celles-ci. Elle nous a omis des détails sur sa position aux Hunters.
-De quel genre ?
-Elle fait partie des haut-placés. Pourquoi donc la guilde enverrait-elle un de ses meilleurs chasseurs pour une simple participation à l'académie ? Ce n'est pas très logique. Et pourtant, le chef des Hunters est tout, sauf irrationnel. »
Malgré tout, Takuma ne sembla pas convaincu. Mais il hocha la tête, ayant compris. Ça voulait dire qu'il devait continuer de la surveiller malgré tout. Il n'en avait pas tellement envie, Sarah ne semblait pas bien méchante comme gamine… Et elle n'avait encore rien fait de suspect.
Suspect, non… Mais étrange, oui. Tu n'as qu'à regarder sa peinture.
C'est vrai que quand il l'avait vu dans le cabinet, ce n'est pas le réalisme de la chose qui l'avait choqué. C'est la violence dans la couleur, et la précision dans les coups de pinceaux.
Il paraît que l'art permettait à la plupart des gens d'extérioriser leurs émotions, leurs troubles et leurs traumatismes. Mais Takuma n'était pas sûr que cela suffirait, pour des expériences de ce genre.
Car il était clair pour le blond qu'elle n'avait rien imaginé. Sarah Darkwing s'était retrouvée au beau milieu d'un village en flammes. Et cette peinture, c'était le souvenir qu'elle en gardait.
Rima mangeait tranquillement son pocky, dans la chambre de Senri et de Takuma. Elle s'y invitait souvent, quand elle devait aller chercher son partenaire de mannequinat, ou simplement quand elle était à cours de Pocky. Shiki en avait toujours une réserve impressionnante dans sa commode.
Mais là, la rousse était ici car elle avait senti que Senri était un peu… perturbé. Savoir pourquoi était toujours une question difficile. Il parlait rarement de lui, et de ses problèmes. Encore une conséquence du fait qu'il avait pris soin de sa mère pendant si longtemps : il ne lui venait pas naturellement de demander de l'aide à autrui.
Elle le regarda passer devant son bureau désorganisé, rangeant les livres qu'il n'avait même pas feuilleté pendant le cours. Rima essaya de lancer le sujet :
« …Tu crois que c'était une bonne chose d'inviter la nouvelle en Dessin ? La peinture qu'elle a laissée derrière elle… »
Senri tourna ses yeux glacés vers elle, ne disant rien pendant un instant. Puis, il haussa les épaules.
« Elle ne semble pas être du genre à faire des choses à contre-cœur. Si elle est là, c'est qu'elle en a envie. Pour le reste, ce n'est pas nos affaires. »
Eh bien, Senri. Je t'ai connu plus curieux que ça.
Elle pencha la tête sur le côté, se demandant vraiment ce qui se tramait. Mais avant qu'elle ne puisse reposer une question, il se redressa, soudainement tendu.
« Je reviens tout à l'heure. »
Et d'un pas juste un peu plus rapide que d'habitude, il sortit de la chambre, Rima entendit ses pas s'effacer avec la distance. Effectivement… Quelque chose n'allait pas.
Oh.
La lettre qui était sur le bureau à leur arrivée n'était plus là.
Anya reprit une, deux fois une grande inspiration, avant d'ouvrir la porte et d'entrer avec un peu de difficulté dans le bureau de son père. Grand dieu, qu'elle détestait aller dans cet endroit. Trop de mauvais souvenirs. Et toujours ce silence pesant…
Edouard Darkwing avait toujours été friand de faire patienter ceux qui venaient le voir dans son bureau. Il était toujours en train d'écrire, les yeux rivés sur un des nombreux documents qu'il devait rédiger et signer chaque jour. Tant qu'il ne l'avait pas fini, il ne daignera pas vous regarder, encore moins vous parler. Seul le grattement du stylo plume sur le papier brisait ce silence.
Anya n'avait jamais été d'un naturel patient. Mais, encore une fois, elle se força à ne rien dire, se contentant d'avancer son fauteuil roulant jusqu'à ce que ses genoux tapent sur le bois sombre du bureau.
Son père signa et leva enfin ses yeux verts et froids sur elle :
« En quoi puis-je t'être utile, Anya ? »
La femme aux cheveux méchés le regarda pendant un court moment, sans dire mot, avant de parler :
« Est-ce vraiment nécessaire que ce soit Sarah qui représente la guilde à l'académie Cross ? Elle a plus important à faire que ça, il me semble. »
Il la regarda, avec un air semi-fatigué, semi-ennuyé. Il avait dû se douter qu'elle reviendrait à la charge.
« C'est très important que ce soit elle qui y soit. Elle est de la famille royale.
-J'aurais pu y être. Tout comme Kai.
-C'est elle qui est l'héritière. Elle a plus d'importance que vous.
-Et c'est elle qui a le plus d'importance pour les Hunters. Les autres familles se demandent où elle est passée. C'est mauvais pour le moral. »
Anya plissa les yeux. Plus d'importance qu'eux, ses autres enfants… C'est sûr que c'était vrai, elle ne pouvait pas le nier. Politiquement, Sarah a plus de poids qu'eux dans la sphère de la haute société.
N'empêche que ça fait mal de l'entendre de la bouche de son paternel. Paternel qui plissa les yeux, posant son stylo calmement.
« Les Hunters ne font pas loi ici. Je suis celui qui décide. Ta sœur restera là où elle est jusqu'à ce que je la fasse ramener.
-Même si elle ne se sent pas bien là-bas, au beau milieu du camp adverse ? » tenta alors Anya, haussant un sourcil.
Elle savait que cela ne suffirait pas. Et que c'était partiellement faux. Sarah ne s'était pas plainte de l'académie. Mais essayer d'aborder le côté sentimental du père était en dernier recours. Elle saurait alors si Edouard Darkwing voulait à tout prix laisser son héritière chérie là-bas.
La réponse ne tarda pas :
« Si elle n'est pas capable de rester en vie là-bas sans se plaindre, j'aurais à m'inquiéter de choisir un autre héritier. Sors, maintenant. J'attends quelqu'un. »
A vos ordres, Père.
Elle plissa les yeux avant de manœuvrer difficilement pour sortir du bureau. Il ne vint même pas lui ouvrir la porte, replongeant déjà dans ses papiers. Quel homme froid et distant…
Elle secoua la tête, laissant la porte claquer derrière elle. Le couloir était vide. Anya avança, les yeux concentrés sur sa route jusqu'à l'ascenseur.
C'est là qu'elle entendit les talons claquer sur le parquet, derrière elle. Une cadence rythmée, parfaitement cadencée … ça ne pouvait être qu'une personne.
« Quel plaisir de te voir, petite sœur. »
Bingo. Anya tourna la tête, apercevant la femme aux cheveux blancs qui s'approchait d'elle, un petit sourire calme aux lèvres. Ce n'est pas rare qu'Hélène traîne ici, dans le couloir. Après tout, elle fait office de messager direct entre le sommet de la Guilde et la haute sphère du Sénat. Mais Anya n'avait pas la chance de la croiser souvent.
Peut-être qu'elle sait quelque chose, elle. Père lui fait confiance plus qu'à quiconque. Son aînée parfaite…
« Que fais-tu là, Anya ? Je pensais que tu te reposais dans notre demeure au bord du lac…
-C'est ce que Père t'a dit, alors ? ... » fit la plus jeune, assez amusée. Quel doux euphémisme pour dire qu'on l'a envoyé là-bas, franchement. Ça ne l'étonnait pas de lui.
Mais elle n'aurait pas cru qu'Hélène croirait à cela, elle n'était pas si bête. Ou alors, la femme aux cheveux blancs savait très bien de quoi il retournait, mais n'abordait pas le sujet. Peu importe. Anya reprit donc :
« Je viens de voir Père. Au sujet de Sarah. Je crois que tu es au courant. »
L'air de la plus âgée s'assombrit de manière brève, avant qu'elle ne reprenne un air professionnel. Donc oui, elle était au courant. Celle-ci demanda mine de rien :
« Tu as voulu le convaincre d'envoyer quelqu'un d'autre et il t'a rembarré, c'est ça ?
-C'est possible. Tu sais ce qu'il prépare ?
-Confidentiel, désolée. »
Anya la fusilla du regard, tournant son fauteuil roulant vers la plus grande. Elle ne semblait pas désolée, loin de là. L'handicapée la fixa bien droit dans les yeux, elle savait que cela mettait Hélène mal à l'aise…
« Dis-moi ce que tu sais, Hélène. Ou je te jure que je ne te lâcherai pas d'une semelle tant que tu ne m'aurais rien révélé. Fauteuil roulant ou pas. »
La plus âgée plissa les yeux à cette déclaration, passant une main dans son cou. Elle faisait attention à ne pas tirer une mèche de sa tresse parfaitement coiffée. Madame perfection, l'appelait Anya dans son enfance.
Le surnom avait pris une tournure beaucoup plus sarcastique, quand la fratrie finit par devenir adulte, et à s'éloigner doucement des uns des autres. Hélène avait été la première à partir. La fille aînée ne pouvait pas se permettre de se promener avec ses bambins de frère et sœurs, après tout. C'était inapproprié. Ça faisait tâche.
Contrairement à Sarah, Anya n'avait jamais vraiment aimé la fille aux cheveux blancs. Mais, à sa surprise, Hélène finit par parler :
« Si on te demande, je ne t'ai rien dit. Le chef du Sénat, Asatô Ichijo, pense que Kaien Cross et Kaname prépare quelque chose à l'académie. Qui pourrait mettre le Sénat vampirique dans une position…fâcheuse. Papa a donc envoyé Sarah là-bas, pour voir si c'était vrai. »
Une mission d'espionnage, derrière la mignonne participation au projet pacifiste ? Bizarrement, ça ne m'étonne pas. Mais pourquoi Sarah ?
« Parce que c'est la princesse. Ni Kaien ni Kuran ne pouvait refuser son entrée dans la Night Class. » enchaîna la plus âgée, comme si elle avait lu dans son esprit.
Ah oui. D'un coup, c'était plus clair. Anya soupira. Est-ce qu'au moins, ces suppositions tenaient sur quelque chose de valable ?... Edouard ne prendrait normalement pas le risque, même pour maintenir de bonnes relations avec le Sénat. Ou alors, il y a encore autre chose. Que même Hélène ne savait pas.
Et si j'ai raison, ça sent vraiment le brûlé…
« …Merci Hélène. Je ne vais pas te retenir plus longtemps. Je suppose que tu es le rendez-vous tant attendu de Père » fit-elle, reculant son fauteuil pour contourner la plus grande.
Hélène eut la décence d'avoir l'air embarrassée.
« Anya, il serait peut-être temps d'arrêter avec cette querelle enfantine. Je n'ai rien fait. »
Ça eut le don de faire arrêter la brune dans sa progression vers l'ascenseur. Puis elle appuya sur le bouton, attendant d'être entrée dans cette cage en fer pour répondre.
« Compte pas là-dessus, très chère sœur. D'après toi, je suis la plus rancunière et bornée des quatre. »
La dernière chose qu'elle vit avant que l'ascenseur ne se referme fut le visage neutre d'Hélène.
Toi et moi, on n'est vraiment pas pareilles.
Sarah termina d'écrire la dernière lettre qu'elle devait envoyer aujourd'hui, posant avec un soupir de soulagement son stylo. Son poignet lui faisait mal, après coup. Elle ne devrait pas serrer autant sa plume.
En regardant le soleil commencer à pointer le bout de son nez dans le ciel, elle attrapa les enveloppes qui traînaient. Une pour la lettre de remerciement pour Anya, Une pour Hélène. Une pour son père… Elle retraça du regard les quelques lignes qu'elle lui avait écrite.
Chef de la Guilde,
Après observation, il se pourrait bien que Kaname Kuran soit effectivement en train de mijoter quelque chose. J'essaierai de creuser un peu plus. Quant à Kaien Cross, il ne semble pas être dans le coup.
Mes respects,
Soldat Darkwing.
Elle se demanda si elle allait vraiment l'envoyer, celle-là. Elle se méfiait de son père et apparemment, Anya aussi. Cependant, il était préférable de faire profil bas pour le moment. Ne pas éveiller les soupçons sur sa loyauté sans faille trop tôt.
Elle glissa donc le court papier dans une lettre et la posa avec les autres.
Ah. En parlant de lettre que je ne devrais pas envoyer…
Une autre lettre à Kai, trois lignes tout au plus, l'implorant de bien vouloir lui répondre. Elle ne se reconnaissait même pas dans sa manière de parler, ou dans son écriture saccadée.
Encore une bouteille à la mer inutile. Elle devrait s'épargner une autre peine, non ? Sarah fixa longtemps le papier fautif avant de le prendre en main.
Et de le glisser dans une quatrième enveloppe.
Désespérante.
Oh, elle savait. Pas la peine de le lui rappeler. Elle se leva de son bureau, allant chercher un foulard. Autant aller les poster tout de suite, elle serait tranquille après. Passant dans les couloirs vides du dortoir, là où elle pouvait entendre les faibles murmures derrière les portes, elle se dirigea vers la sortie.
Ce n'était pas si mal, comme endroit. Les vampires étaient parfaitement civilisés, et beaucoup moins hargneux qu'elle l'aurait imaginé. Il leur arrivait même de la faire rire - surtout Hanabusa. Être aussi intelligent et bête à la fois, ce n'était pas possible-.
Et comme ils ne voyaient qu'une fois les humaines folles furieuses par jour, c'était aussi tenable de ce côté-là. C'était un mode de vie auquel elle pourrait s'habituer, il fallait l'avouer.
Tu ferais bien d'abandonner cette idée tout de suite, ma chère. Dès que tu auras trouvé ce que prépare le sang-pur, c'est retour à la case héritière enfermée dans son grand palais.
Ses yeux s'assombrirent à l'idée. Elle … N'en avait pas envie. Et ce n'est pas parce qu'elle aimait vraiment l'académie Cross. C'est autre chose. Elle n'avait pas envie de se l'avouer tout de suite.
Après tout, cette prison déguisée en grand palais, c'était là où elle retrouverait sa fratrie. La famille avant soi. Ça a toujours été comme ça…
« C'est un peu tard pour envoyer des déclarations d'amour, non ? »
Nom de dieu !
Sarah sursauta, redressant la tête pour voir qu'effectivement, quelqu'un était devant elle à lui parler, et semblait presque amusé de lui avoir fait la peur de sa vie.
Sauf que les yeux de l'homme devant elle étaient bien trop vides et fatigués pour afficher une émotion tel que la moquerie dans son regard.
Senri Shiki. Si je m'y attendais…
« Ce ne sont pas des déclarations d'amour. »
Elle se rendit compte que sa réponse était stupide et embarrassante sur les bords. Argh. Quand elle disait qu'elle n'était pas douée pour la réplique, quand c'était pas du sarcasme. Elle secoua la tête pour oublier sa gêne, rivant ses yeux sur son interlocuteur :
« Et toi, qu'est-ce que tu fais là ? Il paraît que les rayons du lever du soleil sont les plus difficiles à supporter pour les vampires. »
Sans parler du fait qu'ils n'étaient pas censés sortir après les cours, mais passons…
Il leva la main en réponse.
« Pour la même chose que toi. »
Il tenait une lettre, une écriture droite et bien que semblant fatiguée se trouvant dessus. Oh. Sarah cligna des yeux, avant de recommencer à descendre les marches qui menait à la boîte aux lettres. Elle entendit ses pas derrière elle.
La marche était longue, mais le silence bizarrement ne fut pas pesant. Sarah glissa un regard vers le vampire. Senri plissait des yeux, les rétines sûrement attaquées par le soleil. Elle cligna des yeux, avant de demander :
« Pourquoi y aller à une heure pareille ? »
La curiosité la perdra, un jour. Le vampire ne fit qu'hausser les épaules.
« Les autres sont dans leur chambre. Ça évite les questions. Et les humaines ne sont pas levés à cette heure-là. »
Donc, il évitait le monde. Ça n'était pas surprenant, venant de lui.
Elle hocha la tête. Après tout, la fille aux cheveux rouges s'était faite la même réflexion avant de choisir une telle heure pour envoyer ses lettres.
« Ça fait beaucoup de lettres. »
Elle se raidit un peu à cette phrase. Pourtant, elle n'avait rien pour réveiller sa méfiance… Elle ne s'attendait juste pas à ce qu'il lui fasse des remarques. Elle jeta un bref regard à Senri avant de répondre, arrivant à la boîte aux lettres :
« Je les envoie à ma famille. Ma fratrie est un peu éparpillée partout, alors je dois faire des lettres séparées. »
Ce n'était pas totalement la vérité, mais nécessairement pas un mensonge non plus. Elle tourna ses yeux vairons vers lui. Il semblait fatigué, vraiment. Elle savait que c'était son teint naturel, sinon elle se serait inquiétée de son extrême pâleur.
Et pourtant, il prend le temps de venir à une heure importune pour les vampires et envoyer cette lettre…
« C'est quelqu'un d'important ?
-Huh ? »
Pour une fois, il eut l'air surpris, les yeux du vampire s'ouvrant un peu plus. Sarah remarqua qu'ils n'étaient pas de couleur grise, comme elle l'avait pensé au début. C'était un beau bleu céruléen. Peut-être que les nuances changeaient selon la lumière. Ou ses humeurs.
C'est une très belle couleur. Froide, mais néanmoins très belle.
La fille aux cheveux rouges se répéta, serrant un peu plus sa veste contre elle. Il faisait un froid de canard, à cette heure-là.
« La personne à qui tu envoies ça. C'est quelqu'un d'important ? »
Il resta muet, deux, trois secondes, la regardant de ses yeux illisibles. Elle crut qu'il ne daignerait pas répondre. Cependant, il s'avança pour mettre à son tour la lettre dans la boîte postale.
« C'est à ma mère. »
Une lueur passa fugacement sur le visage de marbre du mannequin. De l'inquiétude. Visiblement, il ne lui disait pas tout.
Sarah hocha simplement la tête, un petit sourire faisant son chemin sur son visage. Ce n'était pas bien grave.
« Elle en a de la chance. C'est rare que les fils écrivent des lettres à leurs mères, de nos jours. »
Le vampire tourna la tête vers elle, et Sarah fut choquée de voir une réelle lueur surprise sur son visage. Ça ne dura pas longtemps, malheureusement. Il haussa les épaules, reprenant son air fatigué qui semblait être l'expression la plus commune sur son visage.
« J'espère juste qu'elle ne s'ennuie pas trop, toute seule. »
La fille aux cheveux sanglants cligna des yeux, et hocha la tête, pouvant comprendre. Ça pouvait être dur d'être séparé de sa famille. Elle en savait quelque chose. Elle remit bien en place son foulard, n'ayant pas envie de choper un rhume.
« On rentre ? »
Elle se rendit compte que c'était elle qui avait parlé, seulement après avoir entendu sa voix. Senri cligna les yeux, une micro-surprise passant dans le bleu-gris de ses yeux.
Ce qui la surprit elle, c'est qu'il hocha la tête et dit seulement trois mots :
« Je te suis. »
Elle essaya de ne pas rester bêtement sur place à son choc, cachant la moitié de son visage dans son foulard, avant de commencer à remonter.
Fait étrange, il la suivit même quand elle alla en cuisine, histoire de se faire un dîner digne de ce nom.
Encore plus bizarre… Elle découvrit que sa présence à lui, ne la gênait pas. Loin de là.
Elle aurait dû se douter, à ce moment précis, qu'elle se faisait entraîner dans quelque chose dans laquelle elle serait loin, très loin, d'avoir le contrôle.
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